lundi 8 décembre 2014

LA MERDITUDE DES CHOSES (De helaasheid der dingen)

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Felix van Groeningen. 2009. Belgique/Hollande. 1h48. Avec Kenneth Vanbaeden, Koen de Graeve, Johan Heldenbergh, Valentijn Dhaenens, Wouter Hendrickx, Gilda De Bal, Bert Haelvoet.

Sortie salles France: 30 Décembre 2009. Belgique: 7 Octobre 2009

RĂ©compensesAmphore d'or au Festival de Quend du film grolandais, 2009. 
Prix Art et Essai de la CICAE, Festival de Cannes, 2009. 
Meilleur Film, Meilleur ScĂ©nario, Meilleur Acteur, Meilleur Acteur de second rĂ´le, Meilleur Espoir, Prix du Public au Prix du CinĂ©ma Flamand, 2010. 
Coup de coeur du Jury LycĂ©en, Festival Les Enfants du CinĂ©ma (Ardennes), 2011. 

FILMOGRAPHIE: Felix van Groeningen est un réalisateur belge flamand, né à Gand en 1977.
2000: 50CC. 2004: Steve + Sky. 2007: Dagen zonder lief (des jours sans amour). 2009: La Merditude des Choses. 2012: The Broken Circle Breakdown


DĂ©jĂ  responsable de l'Ă©lectro-choc Alabama Monroe, rĂ©compensĂ© en 2014 de l'Oscar du Meilleur Film EtrangerFelix van Groeningen avait dĂ©jĂ  montrĂ© ses preuves de cinĂ©aste talentueux trois ans au prĂ©alable avec La Merditude des choses. Un drame social plutĂ´t glauque dans la peinture marginale adressĂ©e Ă  une famille de chĂ´meurs engluĂ©s dans l'ennui et l'alcool. Le jeune Gunther Strobbe tente de se faire une place au sein de sa famille, entre les beuveries de son père et de ses oncles quotidiennement fourrĂ©s dans les bars, et parmi le tĂ©moignage impuissant de sa grand-mère. Comment cristalliser alors une adolescence Ă©quilibrĂ©e et cultivĂ©e dans un environnement aussi malsain oĂą les hystĂ©ries collectives, les violences verbales et physiques, les grossièretĂ©s et les Ă©tats d'Ă©briĂ©tĂ© font partie de son morne quotidien ? 


Alternant tranches de vie du passĂ© et du prĂ©sent, La Merditude des Choses Ă©voque avec un rĂ©alisme cru, pour ne pas dire jusqu'au-boutiste, l'itinĂ©raire incertain d'un adolescent paumĂ© co-existant dans une cellule familiale en dĂ©liquescence sociale. Outre la structure avisĂ©e du rĂ©cit prenant soin de dĂ©crire les Ă©tats d'âme fragilisĂ©s du jeune Gunther et de brosser le caractère besogneux de chacun des parents, l'intensitĂ© qui s'y dĂ©gage Ă©mane de leurs comportements erratiques Ă  s'y brĂ»ler les ailes. Époustouflants de naturel avec leur trogne tumĂ©fiĂ©e et leur dĂ©gaine ventripotente, les comĂ©diens s'avèrent incroyablement expressifs pour insuffler un humanisme en perdition, entre sentiments de rĂ©volte et d'impuissance. Car victimes de leur condition rĂ©trograde et d'une sĂ©vère accoutumance Ă  l'alcool, c'est avec la fiertĂ© de leur patronyme qu'ils dĂ©cident de survivre dans une solidaritĂ© inconsciente de dĂ©bauche. Au milieu de ces machistes incultes se vautrant dans la mĂ©diocritĂ©, Gunther (Kenneth Vanbaeden s'avère touchant d'innocence et de naĂŻvetĂ© dans sa condition infantile) observe leurs effronteries grossières, entre rire amusĂ©, sourire gĂŞnĂ© et lassitude grandissante. Victime de dĂ©saffection et de dĂ©considĂ©ration, notamment envers le corps scolaire, mais Ă©pris d'un regain de conscience, c'est avec le soutien de sa grand-mère et d'une assistante sociale qu'il va tenter de modifier son parcours pĂ©dagogique afin de concrĂ©tiser une destinĂ©e plus optimiste. Advenu Ă  son tour adulte quelques annĂ©es plus tard pour devenir un potentiel Ă©crivain et papa d'un enfant, aura-t'il la maturitĂ© responsable de faire face au statut paternel et aura t-il la constance professionnelle de parvenir Ă  son rĂŞve ? En brassant les thèmes de l'exclusion, de l'immaturitĂ©, du chĂ´mage, des ravages de l'alcool, de l'influence de l'entourage et de la dĂ©mission parentale, Felix van Groeningen nous ausculte un drame social d'une incroyable verdeur dans la peinture de ces laissĂ©s-pour-compte auquel l'Ă©motion poignante et rigoureuse vient nous alpaguer de manière alĂ©atoire. 


Dur, cruel, poignant, bouleversant, La Merditude des Choses s'avère aussi dĂ©rangeant qu'Ă©prouvant lorsqu'il nous retranscrit avec gravitĂ© et tendresse la quotidiennetĂ© d'une famille dĂ©shĂ©ritĂ©e dans les bas-fonds d'un village flamand. Sans misĂ©rabilisme et avec souci de vĂ©ritĂ©, Felix van Groeningen pose la question essentielle de la responsabilitĂ© parentale tout en Ă©voquant les consĂ©quences de la postĂ©ritĂ© d'un enfant ayant Ă©voluĂ© dans un milieu familial aussi dĂ©pravĂ©. Ode Ă  l'espoir, au courage Ă  l'amour et Ă  la persĂ©vĂ©rance, un film coup de poing d'une intensitĂ© Ă©motionnelle nĂ©vralgique !

La critique d'Alabama Monroe: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/alabama-monroe-broken-circle-breakdown.html

Remerciement Ă  Dany Dumont et Jennifer Winter
Bruno Matéï

vendredi 5 décembre 2014

Massacre à la Tronçonneuse / The Texas Chainsaw Massacre. Prix de la Critique, Avoriaz 76

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Silverferox.

de Tobe Hooper. 1974. U.S.A. 1h23. Avec Marilyn Burns, Paul A. Partain, Allen Danziger, William Vail, Teri McMinn, Edwin Neal, Jim Siedow, Gunnar Hansen.

Sortie salles France: 5 Mai 1982. VHS: 1979.

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 25 Janvier 1943 Ă  Austin (Texas). 1969: Eggshells, 1974: Massacre Ă  la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crĂ©ditĂ©), 1981: Massacre dans le Train FantĂ´me, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre Ă  la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


"Totem de chair et folie texane".
Mastodonte de l’horreur poisseuse, Ă©preuve de force traumatique discrĂ©ditĂ©e par la critique bien-pensante dès sa sortie, Massacre Ă  la Tronçonneuse subit les foudres de la censure internationale — en raison de l’intensitĂ© de sa violence extrĂŞme, de son rĂ©alisme aride, et de son caractère faussement sanglant. Hormis son Prix de la Critique Ă  Avoriaz, le film fut marginalisĂ©. Et pourtant, aujourd’hui, tout le monde s’est rĂ©conciliĂ© avec l’Ă©vidence : la virtuositĂ© de son auteur, l’influence majeure exercĂ©e sur des gĂ©nĂ©rations de cinĂ©astes, et l’impact Ă©motionnel sidĂ©rant infligĂ© aux spectateurs. Tobe Hooper, jadis paria, foule dĂ©sormais le tapis rouge de Cannes.

Ă€ partir d’un pitch trivial — cinq jeunes amis sillonnent la campagne texane pour rejoindre la maison familiale de l’un d’eux, avant d’ĂŞtre mĂ©thodiquement exterminĂ©s par une famille de rednecks psychopathes —, le jeune Hooper tire un modèle d’efficacitĂ© brutale, oĂą les nerfs du spectateur sont mis Ă  rude Ă©preuve durant 1h23 ! Et ce, dès le gĂ©nĂ©rique rubigineux, oĂą les flashs d’un appareil photo impriment en gros plan des membres de cadavres putrĂ©fiĂ©s. Le plan suivant, dĂ©voilant deux corps en position de totem, nous propulse dans un univers oĂą le viol de sĂ©pulture est un rite inaugural. Puis vient l’inoubliable sĂ©quence de l’auto-stoppeur : l’homme dĂ©taille ses anciennes mĂ©thodes d’abattage bovin, se tranche la main au canif, puis entaille le bras de Franklyn, l’impotent. La "dĂ©mence humaine" est plantĂ©e.


Avec un souci du dĂ©tail crapoteux — la camĂ©ra s’attardant sur une nuĂ©e d’insectes lovĂ©s au plafond, ou sur une dent humaine ramassĂ©e au sol —, la première partie installe un suspense latent, une montĂ©e d’angoisse implacable. Deux maisons insalubres deviennent les portes d’un cauchemar, oĂą surgit le monstre le plus aberrant de l’histoire criminelle : Leatherface. Dès que les protagonistes s’Ă©garent dans cette campagne claquemurĂ©e, un sentiment d’insĂ©curitĂ© les assiège, amplifiĂ© par une bande-son dissonante, hybride, inventĂ©e pour l’effroi. Hooper joue avec une atmosphère solaire irrespirable, soulignĂ©e par une photo granuleuse et criarde, et un dĂ©cor insalubre : odeur de charogne, ossements animaux, sang sĂ©chĂ©… Le spectateur est pris Ă  la gorge.

La seconde partie, la plus cauchemardesque, est une traversĂ©e de la folie — un chemin de croix de torture morale, une Ă©tude de la dĂ©mence paroxystique (gros plans sur les yeux rĂ©vulsĂ©s d’une martyre), un crescendo vers l’effroi absolu. Sally Hardesty devient combattante, survivante d’un enfer domestique peuplĂ© de bouchers cannibales. La bande-son, stridente, scande l’hystĂ©rie. La course-poursuite dĂ©bouche sur un repas familial dĂ©lirant, Ă  la fois cartoonesque et insoutenable. Notamment lors du rituel du marteau, oĂą l’on invoque la main sĂ©nile du grand-père pour frapper la victime. L’horreur culmine — et avec elle, un sentiment d’impuissance viscĂ©ral, jusqu’au malaise sensoriel.


"Sous le soleil, la charogne".
Tableau schizo de l’AmĂ©rique profonde, mĂ©taphore de l’exclusion, du chaos et de la dĂ©sillusion, Massacre Ă  la Tronçonneuse est une plongĂ©e sans retour dans la dĂ©chĂ©ance. Une diatribe sociale sur la prĂ©caritĂ©, l’ignorance, la marginalisation — et sur ce que la misère engendre de plus monstrueux.
Le film se dĂ©cline en acmĂ© d’horreur inhumaine, par sa terreur viscĂ©rale et son rĂ©alisme brutal hĂ©ritĂ© du reportage. Un bad trip expĂ©rimental, Ă  la frontière d’un cartoon vitriolĂ©, oĂą Tex Avery aurait glissĂ© par erreur. Outre sa puissance visuelle et auditive, alternant suggestion oppressante et Ă©clairs de brutalitĂ© malsaine, il faut saluer le jeu viscĂ©ral d’une scream queen transie de dĂ©mence : la regrettĂ©e Marilyn Burns.

*Bruno
26.04.26. 6èx

Récompense: Prix de la Critique au Festival d'Avoriaz, 1976

Ci-joint la Chronique de Massacre Ă  la Tronçonneuse 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/massacre-la-tronconneuse-2.…
La Chronique du remake Massacre Ă  la Tronçonneuse: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/massacre-la-tronconneuse-2003-texas.html


jeudi 4 décembre 2014

TERMINATOR RENAISSANCE (Terminator Salvation)

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lunkiandsika.wordpress.com

de McG. 2009. U.S.A. 1h57 (Director's Cut). Avec Christian Bale, Sam Worthington, Bryce Dallas Howard, Roland Kickinger, Common, Anton Yelchin, Moon Bloodgood, Helena Bonham Carter.

Sortie salles France: 3 Juin 2009. U.S: 21 Mai 2009

FILMOGRAPHIE: McG (Joseph McGinty Nichol) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 2000: Charlie et ses drĂ´les de dames. 2003: Charlie's Angels 2: les anges se dĂ©chaĂ®nent. 2005: We are Marshall. 2009: Terminator Renaissance. 2012: Target. 2014: 3 Days to Kill.


RepĂ©rĂ© avec deux adaptations d'une sĂ©rie TV culte des annĂ©es 70 (DrĂ´les de Dames), McG est enrĂ´lĂ© en 2007 pour relancer la nouvelle franchise de Terminator dont l'action se situera cette fois-ci dans le futur d'un Los-Angeles post-apo. C'est donc un film de guerre destroy que nous façonne le cinĂ©aste avec l'esthĂ©tisme crĂ©pusculaire d'une photo dĂ©saturĂ©e et un sens Ă©pique souvent impressionnant dans son lot de bravoures explosives. Que ce soit au niveau des poursuites motorisĂ©s, en hĂ©licoptère, en vaisseaux high-tech ou en camion, ou encore celles des offensives belliqueuses manoeuvrĂ©es secrètement entre l'homme et la machine, Terminator Renaissance privilĂ©gie l'actionner bourrin avec l'efficacitĂ© d'un script haletant Ă©maillĂ© d'idĂ©es intĂ©ressantes. A l'instar de l'identitĂ© suspicieuse de Marcus Wright, ancien condamnĂ© Ă  mort vouĂ© Ă  une rĂ©surrection hybride dans le futur de 2018, Ă  l'exemple de la stratĂ©gie de dĂ©fense employĂ©e avec une arme capable de paralyser les machines, ou encore au niveau de la dĂ©mesure des diffĂ©rents prototypes de robots se dĂ©plaçant sur moto, sous l'eau ou en vaisseau afin de mieux riposter. 


En dĂ©pit d'un manque d'intensitĂ© dans les enjeux humains accordĂ©s entre John Connor, Kyle Resse et Marcus Wright, le trio rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  insuffler une certaine densitĂ© dans leur conflit de divergence et leur cohĂ©sion hĂ©roĂŻque avant de suspecter la condition de l'un d'eux rĂ©duit Ă  l'Ă©tat d'homme-machine. C'est lĂ  l'Ă©lĂ©ment le plus intĂ©ressant de cette rĂ©actualisation du mythe de Frankenstein lorsque le monstre se rĂ©voltait contre son crĂ©ateur de lui avoir violĂ© sa propre identitĂ©. Le rĂ©alisateur insistant sur la prise de conscience humaine d'un homme d'acier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©jouer les ambitions immorales de ces crĂ©ateurs. Une diatribe contre la dictature militaire est Ă©galement survolĂ©e lorsque le gĂ©nĂ©ral Ashdon s'Ă©vertue Ă  donner l'assaut de ces troupes au sein de l'entreprise de Skynet malgrĂ© l'enjeu humanitaire de rĂ©sistants retenus prisonniers Ă  l'intĂ©rieur. Afin de retenir l'intĂ©rĂŞt, et en dĂ©pit de ces sĂ©quences homĂ©riques dĂ©capantes qui empiètent rĂ©gulièrement le rĂ©cit, deux facteurs majeurs sont donc allouĂ©s Ă  la rĂ©sistance de nos hĂ©ros et Ă  la survie de l'humanitĂ© ! Retrouver en vie Kyle Reese (le futur père de John Connor !) retenu prisonnier chez Skynet, et dĂ©truire ce gigantesque ordinateur responsable de la hiĂ©rarchie des machines Ă  tuer. 


En dépit d'un final assez prévisible au sentiment de déjà vu, du manque d'intensité dramatique (exit l'univers dystopique sombre et désespéré entraperçu dans les 2 premiers volets !) et du défaut d'aplomb dans la réalisation, Terminator renaissance ne manque pas de trouvailles, de souffle épique et d'esthétisme cendré (décors décharnés à l'appui !) pour crédibiliser un univers post-apo régi par les robots. S'il est loin de rivaliser avec la réussite des 2 premiers opus, il n'en demeure pas moins un spectacle ultra spectaculaire épaulé des prestances viriles de Christian Bale et Sam Worthington

Bruno Matéï
2èx

mercredi 3 décembre 2014

LE DERNIER DES MOHICANS (The Last of the Mohicans)

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lecritiqueurfou.blogspot.com

de Michael Mann. 1992. U.S.A. 1h52. Avec Daniel Day-Lewis, Madeleine Stowe, Russell Means, Eric Schweig, Jodhi May, Steven Waddington, Wesley Studi, Maurice Roëves, Patrice Chéreau.

Sortie salles France: 26 Août 1992. U.S: 25 Septembre 1992

FILMOGRAPHIE
: Michael Kenneth Mann est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 5 Février 1943 à Chicago.
1979: Comme un Homme Libre, 1981: Le Solitaire, 1983: La Forteresse Noire, 1986: Le Sixième Sens, 1989: LA Takedown, 1992: Le Dernier des Mohicans, 1995: Heat, 1999: Révélations, 2001: Ali, 2004: Collatéral, 2006: Miami Vice, 2009: Public Enemies. 2015: Hacker.


Les colonies amĂ©ricaines. Troisième annĂ©e de guerre entre l'Angleterre et la France pour la possession du continent. Trois hommes, les derniers d'un peuple en extinction, sont sur la frontière ouest de la rivière Hudson. 

Neuvième adaptation du roman de James Fenimore Cooper, le Dernier des Mohicans relate la guerre de la conquĂŞte française sur le sol amĂ©ricain en 1757. EpaulĂ© des Hurons, ils s'engagèrent dans une bataille sans merci contre l'armĂ©e britannique, eux mĂŞme soutenus par les Mohicans. Le rĂ©cit se concentre ensuite sur l'hĂ©roĂŻsme de trois Mohawks venus sauver d'une embuscade l'officier anglais Duncan Heyward et les soeurs, Cora et Alice Munro. ImpliquĂ©s indirectement dans leur conflit, ils vont tenter d'influencer le colonel britannique Munro de plier bagage d'un fort avant l'offensive attendue des français. 


C'est donc une lutte sans merci pour le pouvoir que nous illustre Michael Mann avec un souffle Ă©pique impressionnant. Que ce soit pour la beautĂ© des vallĂ©es montagneuses ornĂ©es de cascades ou des batailles rangĂ©es coordonnĂ©es de jour comme de nuit par des armĂ©es orgueilleuses, le Dernier des Mohicans transpire la fureur belliqueuse avant de faire appel au romantisme lorsque Nathanael finit par succomber au charme de Cora. Avec une pudeur inscrite dans la noblesse des sentiments, Michael Mann dresse en parallèle le portrait de ce couple en Ă©treinte impliquĂ© au milieu d'un conflit historique qui les dĂ©passent. Par l'aspect sanglant des diverses batailles homĂ©riques, on est aussi frappĂ© par la brutalitĂ© des affrontements physiques, les Hurons s'acharnant sauvagement sur leurs victimes Ă  coups de hache pour les Ă©ventrer, leur arracher le coeur ou les scalper. Par son rĂ©alisme acĂ©rĂ©, cette barbarie reflète sans complaisance l'inhumanitĂ© de la guerre au sein d'une Ă©poque colonialiste ancrĂ©e dans le conservatisme oĂą le plus couard n'hĂ©sitait pas Ă  feindre et trahir son alliĂ© pour parvenir Ă  la victoire. Mais le Dernier des Mohicans, c'est aussi une leçon de sagesse, de pacifisme et de tolĂ©rance, un sens de l'honneur, de la justice et du sacrifice Ă©tablis par trois Mohawks afin d'apaiser les tensions. A l'instar de leur compromis partagĂ© avec l'armĂ©e anglaise ou de leur stratĂ©gie de dĂ©fense invoquĂ©e en dernier ressort pour Ă©pargner de la mort trois otages. Ce qui nous converge Ă  un final anthologique d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante et d'un lyrisme bouleversant pour la destinĂ©e de ces survivants sĂ©parĂ©s par la partialitĂ© ! 


Dominé par le charisme viril de comédiens insufflant sentiments de bravoure, de loyauté et de dignité, et scandé par l'exaltante partition de Trevor Jones et Randy Edelman, Le Dernier des Mohicans réanime le souffle épique, la candeur romanesque des plus grands récits d'aventures inscrits dans le lyrisme et la fougue des sentiments. Grâce à la virtuosité de la mise en scène, son réalisme historique nous immerge dans ces rivalités étrangères avec fureur et passion pour dénoncer l'orgueil du colonialisme et l'inanité de la guerre dans sa barbarie, son injustice et ses trahisons. Un grand moment de cinéma émaillé de séquences vertigineuses, à l'instar du duo incandescent Daniel Day-Lewis/Madeleine Stowe.

Bruno Matéï
3èx

mardi 2 décembre 2014

MISERY. Oscar de la Meilleure Actrice, Kathy Bates, 1991.

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Rob Reiner. 1990. U.S.A. 1h47. Avec James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Frances Sternhagen, Richard Farnsworth, Graham Jarvis.

Sortie salles France: 13 Février 1991. U.S: 30 Novembre 1990

Récompenses: Oscar de la meilleur Actrice pour Kathy Bates, 1991
Golden Globe de la meilleure Actrice pour Kathy Bates, 1991

FILMOGRAPHIE: Rob Reiner est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 6 Mars 1947 dans le Bronx à New-York.
1984: Spinal Tap. 1985: Garçon choc pour nana chic. 1986: Stand by me. 1987: Princess Bride. 1989: Quand Harry rencontre Sally. 1990: Misery. 1992: Des Hommes d'honneur. 1994: L'Irrésistible North. 1995: Le Président et Miss Wade. 1996: Les Fantômes du passé. 1999: Une vie à deux. 2003: Alex et Emma. 2005: La Rumeur court... 2007: Sans plus attendre. 2010: Flipped. 2012: Un Eté magique. 2014: And so it goes.


DĂ©marche inopinĂ©e que celle du rĂ©alisateur de Stand by me, Princess bride et Quand Harry rencontre Sally de porter Ă  l'Ă©cran un suspense horrifique initiĂ© par le maĂ®tre Stephen King. C'est d'ailleurs la seconde fois que Rob Reiner adapte l'un de ses Ă©crits avec le mĂŞme succès commercial et critique. RĂ©gi en mode huis-clos rĂ©frigĂ©rant, Misery nous confine Ă  l'intĂ©rieur d'un chalet isolĂ© pour nous scander la confrontation au sommet d'un Ă©minent Ă©crivain rĂ©duit Ă  la paralysie et d'une fan hystĂ©rique avide d'Ă©vasion romantique. A travers le portrait de cette quadra solitaire fĂ©rue de passion pour les histoires de Paul Sheldon, l'intrigue met en exergue le revers de mĂ©daille de la cĂ©lĂ©britĂ© du point de vue de son auteur et surtout le rapport fanatique d'une frange de lecteurs incapables de distinguer la part de fiction et de rĂ©alitĂ© lorsqu'ils sont obnubilĂ©s par l'intensitĂ© d'un rĂ©cit plus vrai que nature. Jusqu'oĂą peut donc mener l'emprise de la passion, l'influence du bouquin, l'addiction des suites Ă  succès chez les ĂŞtres susceptibles rĂ©duits au spleen de leur solitude ?


Si Misery se prend un finaud plaisir Ă  Ă©laborer un suspense psychologique aussi haletant que sardonique dans ces instants d'humour nerveux, il le doit beaucoup au tandem formĂ© par le couple maudit, James Caan et Kathy Bates. ParalysĂ© depuis son accident de voiture dans un ravin enneigĂ© et toujours plus molestĂ© par sa tortionnaire exigeante, l'acteur exprime avec retenue ses sentiments d'impuissance dans une hypocrisie affable afin d'amadouer sa dominatrice et avant une dĂ©marche progressive de stratagèmes de dĂ©fense. Rob Reiner nous infligeant des moments de suspense tendu lorsqu'il essaie Ă  plusieurs reprises de s'Ă©chapper de sa chambre, ou des instants horrifiques d'un rĂ©alisme rigoureux lorsqu'il en est sĂ©vèrement châtiĂ© (personne ne peut oublier l'Ă©pisode brutal des pieds broyĂ©s par une massue !). Quand Ă  l'ultime confrontation paroxystique, nos nerfs sont mis Ă  rude Ă©preuve lorsque Paul essaie dans une posture prĂ©caire de se dĂ©battre contre la violence dĂ©mentielle de sa tortionnaire  ! Pourvue d'une stature corpulente et douĂ©e d'un charme attendrissant dans son regard pĂ©tillant, Kathy Bates insuffle une prĂ©sence subtilement perfide dans sa perversitĂ© goguenarde Ă  vouloir dompter son otage pour le caprice d'un roman Ă  suites Ă  l'Ă©pilogue inconsolable ! Ses crises d'hystĂ©rie inattendues et ses Ă©clairs de violence laissant Ă©galement transparaĂ®tre la nĂ©vrose d'une dangereuse sociopathe dĂ©jĂ  responsable d'un sordide passĂ© ! La densitĂ© cruelle de Misery rĂ©sulte donc dans ce rapport dysfonctionnel Ă©tabli entre la victime et le bourreau contraints de cohabiter ensemble pour satisfaire le contentement de cette lectrice irrationnelle avide de romance et de reconnaissance !


Jouissif dans le mĂ©canisme infaillible de son suspense charpentĂ© et Ă©prouvant dans le calvaire cruel imposĂ© Ă  l'Ă©crivain dĂ©muni, Misery distille une angoisse sous-jacente et redouble l'efficacitĂ© des affrontements psychologiques autour d'un survival subtilement affolant.  

Bruno Matéï
3èx

lundi 1 décembre 2014

Sunshine

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Danny Boyle. 2007. Angleterre. 1h47. Avec Cillian Murphy, Chris Evans, Rose Byrne, Michelle Yeoh, Cliff Curtis, Troy Garity, Hiroyuki Sanada.

Sortie salles France: 11 Avril 2007. Angleterre: 6 Avril 2007

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance.


Echec commercial lors de sa sortie, Sunshine bĂ©nĂ©ficie pourtant d'un spectacle vertigineux rĂ©gi autour du système solaire lorsque huit astronautes vont tenter de ranimer le soleil Ă  l'aide d'une bombe nuclĂ©aire. Or, leur mission va ĂŞtre compromise par un concours de circonstances infortunĂ©es. Qu'en sera t-il du devenir de l'humanitĂ© ? Si le pitch peut prĂŞter Ă  sourire de par l'aspect fantaisiste d'une telle mission comparable Ă  celle du blockbuster (indigeste) Armageddon, Sunshine Ă©lude toute forme de racolage, aussi spectaculaire qu'il soit, pour se focaliser sur l'attitude dĂ©munie de ses astronautes en quĂŞte existentielle. Et pour une première incursion dans la science-fiction, Danny Boyle s'en sort donc avec les honneurs de nous avoir conçu cette splendide sĂ©rie B (de luxe) riche en rebondissements et rehaussĂ©e d'un esthĂ©tisme fulgurant au sein de sa scĂ©nographie spatiale plus vraie que nature. J'ose mĂŞme avouer que le rĂ©alisme imparti aux dĂ©cors industriels ou Ă  ceux des vaisseaux spatiaux voguant Ă  proximitĂ© de l'immense soleil anticipe le tour de force technique dĂ©montrĂ© dans le novateur Gravity ! OdyssĂ©e de l'espace Ă  la dimension humaine rude quand une poignĂ©e de hĂ©ros vont mesurer leur sens du courage, de loyautĂ© et du sacrifice, Sunshine nous conte leur Ă©preuve de force dans un univers stellaire d'oĂą plane l'ombre d'une divinitĂ© malfaisante. 


ConfrontĂ©s aux dilemmes moraux, aux incidents techniques, aux conflits de virilitĂ© puis Ă  la dĂ©couverte surprise d'un saboteur inconnu, leur espoir de sauver l'humanitĂ© s'avère toujours compromise par un concours d'Ă©vènements impondĂ©rables. RĂ©alisĂ© avec souci de rĂ©alisme (euphĂ©msime), Ă  l'instar de l'incroyable beautĂ© de ces effets-spĂ©ciaux numĂ©riques, Sunshine possède l'atout de filmer l'espace comme si vous y Ă©tiez ! Qui plus est, Ă  l'aide d'une intrigue pessimiste oĂą l'avenir de notre humanitĂ© est Ă  deux doigts de se volatiliser, les sĂ©quences d'action qui s'y interposent sont tributaires du cheminement aussi hĂ©roĂŻque que suicidaire des protagonistes Ă  bout de course. Il s'avère donc que, outre sa dramaturgie imposĂ©e durant ce cheminement pĂ©rilleux oĂą les pertes humaines affluent, le film distille une intensitĂ© haletante quant Ă  la survie de ces astronautes confrontĂ©s Ă  leur curiositĂ© de percer les origines de la vie et Ă  affronter les risques inconsidĂ©rĂ©s. Quand au final onirique scandĂ© du thème Ă©lĂ©giaque de John Murphy et Underworld, il laisse percer l'Ă©motion Spoil ! parmi le tĂ©moignage de ces ultimes survivants et d'une famille contemplant de la terre la rĂ©sultante de leur mission de dernier ressort Fin du Spoil


Hymne Ă  l'immensitĂ© de l'espace et Ă  ses secrets impĂ©nĂ©trables, ode Ă  la bravoure de ces astronautes suicidaires pourvus d'une digne humanitĂ©, Sunshine renouvelle l'expĂ©dition spatiale avec l'indĂ©niable efficacitĂ© d'un script imprĂ©visible Ă©paulĂ© d'une rĂ©alisation littĂ©ralement formelle (on en prend plein la vue sans interruption possible). Du grand space opera naturaliste qui fera date. 

* Bruno
29.07.22. 
25.03.24. 4èx. Vostfr

vendredi 28 novembre 2014

Ghosts of Mars

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de John Carpenter. 2001. U.S.A. 1h38. Avec Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham, Clea DuVall, Pam Grier, Joanna Cassidy, Richard Cetrone.

Sortie salles France: 21 Novembre 2001. U.S: 24 Août 2001

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


Échec commercial d’autant plus injustement discrĂ©ditĂ© par une frange de la critique de l’Ă©poque, Ghosts of Mars incarne l’Ĺ“uvre maudite Ă  rĂ©habiliter. Un western futuriste d’une redoutable efficacitĂ©, constamment captivant par son flot d’action, de mystères (toute la première partie Ă©thĂ©rĂ©e) et de rebondissements, tout en distillant, en sous-texte, une diatribe acerbe contre le colonialisme amĂ©ricain.

Synopsis: En 2076, Mars est exploitĂ©e par une colonie de mineurs afin d’ĂŞtre rendue habitable. Deux femmes flics, Helena Braddock et MĂ©lanie Ballard, sont chargĂ©es de rĂ©cupĂ©rer un dangereux criminel responsable de la mort de six travailleurs Ă  Shining Canyon. Sur place, elles dĂ©couvrent une citĂ© Ă©trangement dĂ©sertĂ©e, Ă  l’exception de Desolation Williams et de quelques prisonniers erratiques, confinĂ©s dans une cellule. Mais Ă  l’extĂ©rieur, une menace bien plus vicieuse et dĂ©lĂ©tère s’apprĂŞte Ă  lancer son offensive.

Si l’on peut reprocher Ă  Carpenter de recycler certaines situations de siège dĂ©jĂ  explorĂ©es dans Assaut ou The Thing, il est impossible de nier l’efficacitĂ© implacable de cette guĂ©rilla homĂ©rique, aussi barbare que belliqueuse. En s’appuyant sur une dynamique de groupe minĂ©e par la discorde avant de converger vers une cohĂ©sion salvatrice, les survivants finissent par s’allier Ă  des marginaux pour affronter une tribu de guerriers sanguinaires.

La scĂ©nographie rutilante d’un Mars inquiĂ©tant participe pleinement au dĂ©paysement, immergeant le spectateur dans un environnement aussi hostile que tangible. Ă€ l’image de cette menace invisible - une poudre rouge - qui s’empare des corps humains pour les possĂ©der un Ă  un, fĂ©dĂ©rant une hiĂ©rarchie rĂ©volutionnaire. AffublĂ©s de peintures tribales et de piercings couvrant leurs visages, ces fantĂ´mes issus d’une biologie indigène, libĂ©rĂ©s de leur caveau, deviennent une mĂ©taphore limpide du sort rĂ©servĂ© aux peuples indiens lors de la conquĂŞte amĂ©ricaine. Leur vengeance s’accomplit ici sur Mars, pour repousser une fois encore l’envahisseur.

Au-delĂ  du caractère jouissif de sĂ©quences d’action rigoureusement chorĂ©graphiĂ©es et d’idĂ©es subversives - l’ingestion de drogue devient ici un rempart contre l’emprise de l’entitĂ© indigène - Ghosts of Mars brille aussi par la prestance burnĂ©e de comĂ©diens en roue libre, affublĂ©s d’un look fĂ©tichiste. L’audace de Carpenter rĂ©side Ă©galement dans le choix d’un personnage fĂ©minin pour incarner l’autoritĂ© : une jeune mannequin blonde, rĂ©vĂ©lĂ©e dans la très sympathique sĂ©rie B La Mutante, parfaitement crĂ©dible, pour ne pas dire magnĂ©tique, en lieutenant inflexible, tout aussi loyale lorsqu’elle coopère avec un anti-hĂ©ros difficilement domptable. SecondĂ© par Ice Cube, celui-ci livre sans retenue l’un de ses rĂ´les les plus marquants, incarnant un dĂ©linquant inĂ©branlable sur la rĂ©serve, longtemps stigmatisĂ© par sa couleur de peau, dĂ©sormais mĂ» par un hĂ©roĂŻsme rĂ©dempteur.


"Invaders from Mars." 
PortĂ© par le score Ă©lectro de Carpenter et les percussions hard rock d’Anthrax, Ghosts of Mars illustre l’excellence d’une sĂ©rie B de samedi soir menĂ©e avec maĂ®trise, efficacitĂ© et subversion. On s’attache Ă  ces protagonistes au caractère bien trempĂ©, symboles d’une escorte solidaire placĂ©e sous le signe de la bravoure et du sacrifice, quelles que soient les diffĂ©rences et les appartenances sociales. Un spectacle rĂ©gressif, aussi savoureux qu’atmosphĂ©rique, traversĂ© d’Ă©motions furibondes et d’accalmies anxiogènes, sourdement envoĂ»tantes. Le mĂ©pris qu'il essuie depuis sa sortie me parait donc disproportionnĂ©, voir imbitable, surtout venant de la part d'amateurs Ă©clairĂ©s du maĂ®tre. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx. 4K. Vost


jeudi 27 novembre 2014

Harlequin. Prix du Jury, Prix de la Critique, Prix du Meilleur Acteur (Robert Powell) au Rex de Paris.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineday.orange.fr

de Simon Wincer. 1980. Australie. 1h35. Avec Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Broderick Crawford, Gus Mercurio, Alan Cassell, Mark Spain.

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. Australie: 20 Mars 1980

FILMOGRAPHIE: Simon Wincer est un réalisateur, producteur et scénariste australien né en 1943 à Sydney (Australie). 1979: Snapshot. 1980: Harlequin. 1983: Phar Lap. 1985: D.A.R.Y.L. 1987: La Chevauchée de Feu. 1990: Mr Quigley l'Australien. 1991: Harley Davidson et l'Homme aux santiags. 1993: Sauvez Willy. 1994: Jack l'Eclair. 1995: Opération Dumbo. 1996: Le Fantôme du Bengale. 2001: Crocodile Dundee 3. 2003: La Légende de l'Etalon Noir. 2011: The Cup.


Sorti en plein âge d'or du Fantastique australien, Harlequin reçu un accueil enthousiaste de la part du public et du vidĂ©ophile l'ayant dĂ©couvert Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 dans son vidĂ©o-club du coin. CĂ©lĂ©brĂ© de trois prix au Festival du Rex de Paris (Prix du juryPrix de la Critique et Prix du Meilleur acteur pour Robert Powell), cette sĂ©rie B impeccablement troussĂ©e puise son originalitĂ© par son concept peu commun bâti autour de l'intrusion d'un prestidigitateur chez une famille politique. Car surgi de nulle part, GrĂ©gory Wolf se rĂ©signe Ă  sauver la vie du fils d'un sĂ©nateur atteint d'un cancer incurable. Alors que le sous-gouverneur Steele est portĂ© disparu en mer, Rick Rast est sur le point de prendre sa place parmi l'influence de son entourage politique. Mais l'arrivĂ©e inquiĂ©tante de Wolf multipliant tours de prestige et exploits de guĂ©rison va bouleverser son ambition professionnelle ainsi que sa vie conjugale ! 


Cet étrange scénario dénonçant en sous texte social la corruption, l'influence et la mégalomanie au sein du corps politique use de supercherie et de manipulation parmi le témoignage d'un énigmatique Harlequin. Endossé par Robert Powell, l'acteur parvient à se tailler une stature quasi surnaturelle par son apparence lunaire, ses tours de passe-passe improvisés, sa spontanéité d'y dominer l'illusion. Renforcé de son regard azur littéralement perçant, sa présence magnétique doit beaucoup au caractère fascinant et ambigu de sa personnalité tant il réussit à nous faire douter de ses intentions louables ou disgracieuses. Tout l'intérêt réside alors de savoir quel est le motif de son arrivée au sein de la famille Rast, est-il réellement doué de pouvoirs surnaturels et de guérison, et d'où vient-il ? Alors que d'étranges évènements vont ébranler la tranquillité de certains membres du sénateur et rendre publique une potentielle affaire de viol, Grégory Wolf ne se prive pas de sarcasme pour railler ses adversaires avec une insolence dérangeante. Ainsi, avec intense efficacité et suspense progressif, Simon Wincer met en appui une intrigue infaillible auprès de son lot de rebondissements oscillant stratégies politiques et simulacre de magie, là où l'apparence s'avère aussi bien fallacieuse dans les deux camps. Quand au final haletant imprégné de mysticisme, il laisse planer le doute quand à la nouvelle destinée du fils du sénateur, quand bien même le générique de fin s'attarde sur son portrait imprimé sur le carrelage d'une cuisine !


Avec intelligence, malice et originalitĂ©, Harlequin idĂ©alise le divertissement adulte Ă  travers une fantaisie sardonique diablement ficelĂ©e fustigeant la manipulation politique. RehaussĂ© de la performance ensorcelante de Robert Powell, de seconds-rĂ´les attachants et d'un climat d'inquiĂ©tude teintĂ© d'onirisme, le film prĂ©serve toujours autant son pouvoir irrĂ©el de fascination ! 

Récompenses: Prix du jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur pour Robert Powell au 10è Festival du film Fantastique de Paris.
Prix du jury de la critique internationale, meilleur scénario et meilleure photographie au Festival du film de Catalogne, 1980

*Bruno
4èx

    mercredi 26 novembre 2014

    PREDESTINATION

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

    de Michael Spierig et Peter Spierig. 2014. Australie. 1h37. Avec Ethaw Hawke, Noah Taylor, Sarah Snook, Elise Jansen, Christopher Kirby, Freya Stafford.

    Sortie Dvd France: 1er Décembre 2014. Australie: 28 Août 2014

    FILMOGRAPHIEMichael Spierig et Peter Spierig sont des réalisateurs australiens, nés le 29 Avril 1976 à Buchholz (Allemagne).
    2003: Undead. 2010: Daybreakers. 2014: Predestination


    "Ne faites jamais hier ce qui devrait être fait demain. Si vous réussissez, ne réessayez jamais !"

    Après le mĂ©diocre Undead et le sympathique Daybreakers, les frères Spierig se retrouvent pour le coup relĂ©guĂ©s Ă  la case DTV avec Predestination, une sĂ©rie B d'anticipation inspirĂ©e d'un roman de Robert A. Heinlein, "Vous les zombies". Un agent secret a pour mission d'annihiler un dangereux terroriste. Avec l'aide d'un procĂ©dĂ© temporel, il parcourt le passĂ© afin d'Ă©viter un prochain attentat de grande envergure. Gravement brĂ»lĂ© au visage lors d'une ultime altercation avec l'assassin, il se rĂ©signe une dernière fois Ă  voyager dans le temps afin de l'Ă©radiquer. 


    Si ce bref rĂ©sumĂ© a de quoi laisser dubitatif l'amateur de rĂ©cits temporels "singuliers", dĂ©trompez vous du leurre, Predestination tirant parti d'un concept follement original autour de l'affrontement psychologique de personnages en quĂŞte identitaire. Exit donc les scènes d'action pĂ©taradantes observĂ©es dans le dernier Blockbuster ricain pour laisser place ici Ă  un affrontement entre deux individus avides d'une rĂ©solution existentielle car compromis dans un concours de circonstances dysfonctionnelles. La première partie nous prĂ©cise le passĂ© tourmentĂ© d'une jeune femme pugnace, Jane, rĂ©duite Ă  la solitude depuis sa naissance dans un orphelinat. Captivant dans sa structure dĂ©taillĂ©e, son cheminement malchanceux insuffle une rĂ©elle empathie pour l'Ă©trange destin de cette femme destituĂ©e de sa propre personnalitĂ© et en quĂŞte de vengeance. Le second acte se focalise ensuite sur la transaction temporelle impartie entre l'agent secret (barman Ă  ses heures perdues) et Jane après que cette dernière lui eut expliquĂ© ses raisons de supprimer son amant, le paternel responsable de sa nouvelle condition et d'un enfant prĂ©alablement kidnappĂ© Ă  la naissance. Je n'en dĂ©voilerais pas plus pour la progression des enjeux dramatiques riches d'imprĂ©vus et de rĂ©vĂ©lations malsaines, mais outre l'aspect captivant d'une Ă©nigme retorse embourbĂ©e dans un contexte temporel sans fin, Predestination sous-tend une rĂ©flexion sur l'Ă©chec de la personnalitĂ©, de la psychose et la schyzophrĂ©nie (qui suis-je ? d'ou je viens ?) lorsqu'une personne rongĂ©e par la solitude et la colère se condamne elle mĂŞme Ă  briser une vie commune sans issue. L'intensitĂ© du conflit Ă©mane donc de la gĂ©nĂ©alogie scabreuse d'une relation humaine bâtie sur la fraude, le simulacre et le viol d'identitĂ©.  

    Destination finale
    Conçu Ă  la manière d'un puzzle complexe inĂ©vitablement confus, Predestination brode un scĂ©nario perfide pour nous entraĂ®ner dans une inexorable descente aux enfers autour de personnages interlopes noyĂ©s par leur solitude et l'Ă©chec de la rĂ©ussite. Il en Ă©mane une perle de dĂ©viance (encore plus couillue que l'Ă©tonnant Looper de Rian Johnson !), un rĂ©cit de science-fiction lancinant dans ses thĂ©matiques abordĂ©s oĂą le contexte temporel fait office d'offrande empoisonnĂ©e (le serpent qui se mord la queue indĂ©finiment!), rehaussĂ© en prime d'un score percutant et surtout de la constance tranchĂ©e des comĂ©diens (Ethan Hawke et Noah Taylor sont hantĂ©s par une dĂ©sillusion amoureuse).

    Dédicace à Jean Marc Micciche
    Bruno Matéï 

    mardi 25 novembre 2014

    L'ORPHELINAT (El Orfanato). Grand Prix, Gérardmer 2008.

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

    de Juan Antonio Bayona. 2007. Espagne. 1h45. Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Montserrat Carulla, Géraldine Chaplin, Mabel Rivera.

    Récompenses: Grand Prix à Gérardmer, 2008
    Prix du Jury Sci-Fi à Gérardmer, 2008
    Prix Goya des Meilleurs Effets Spéciaux, 2008

    Sortie salles France: 5 mars 2008. Espagne: 11 Octobre 2007

    FILMOGRAPHIE: Juan Antonio Bayona est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1975 Ă  Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible.


    Immense succès dans son pays d'origine, Ă  l'instar de son ovation française reçue au Festival de GĂ©rardmer (Grand Prix, Prix du Jury Sci-fi !), l'Orphelinat incarne l'archĂ©type du Fantastique Espagnol noble lorsqu'un scĂ©nario charpentĂ© est entièrement allouĂ© Ă  l'humanisme des personnages, au sens d'un mystère palpable et Ă  l'ambiance Ă©thĂ©rĂ©e d'un cas de hantise. En empruntant les thĂ©matiques dĂ©licates de l'enfance meurtrie, de l'instinct maternel, de la difficultĂ© de surmonter le deuil et du sens du sacrifice, Juan Antonio Bayona se porte en conteur avisĂ© pour mettre en exergue l'investigation rigoureuse d'une mère de famille obsĂ©dĂ©e par la disparition de son fils. Ancienne pensionnaire d'un orphelinat durant sa jeunesse, Laura dĂ©cide aujourd'hui de rouvrir l'Ă©tablissement pour accueillir de jeunes enfants handicapĂ©s. Mais le comportement de son fils, Simon, s'avère toujours plus inquiĂ©tant lorsqu'il se distrait avec ses potentiels amis invisibles. Le jour de l'inauguration, ce dernier disparaĂ®t sans laisser de traces. MalgrĂ© l'impuissance de la police, Laura se lance alors Ă  sa recherche afin de le retrouver en vie puis finit par faire appel Ă  une Ă©minente parapsychologue. 


    Autour de cette douloureuse histoire de disparition infantile Spoil !!! mais aussi du châtiment macabre intentĂ© Ă  de jeunes orphelins fin du Spoil !, Juan Antonio Bayona aborde le sujet de l'injustice de la mort avec la sensibilitĂ© prude de parents dĂ©boussolĂ©s en quĂŞte de vĂ©ritĂ©. En particulier du point de vue de Laura, une mère dĂ©jĂ  Ă©branlĂ©e par son ancienne adoption au sein de l'orphelinat, puisque du jour au lendemain contrainte de se sĂ©parer inopinĂ©ment de ses jeunes amis pensionnaires. La manière intelligente dont le cinĂ©aste fait intervenir le surnaturel s'avère d'autant plus crĂ©dible qu'il ne fait appel Ă  aucune esbroufe puisque prĂ©conisant la fragilitĂ© psychologique de Laura (Belen Rueda s'avĂ©rant remarquable de sobriĂ©tĂ© dans son Ă©preuve maternelle toujours plus significative !) embarquĂ©e dans une investigation aussi macabre que fructueuse. Outre sa force dramatique impartie aux thèmes de l'enfance meurtrie, du deuil inĂ©quitable et de la dĂ©mission parentale, l'Orphelinat joue sur la notion spirituelle de l'existence en l'au-delĂ  avec pudeur afin de dĂ©dramatiser l'angoisse du trĂ©pas. En second plan, son onirisme candide et son atmosphère feutrĂ©e laissent planer un mystère diffus autour de cette bâtisse gothique entachĂ©e de mauvais souvenirs et de secrets inavouĂ©s. Sans dĂ©florer l'alibi de l'intrigue riche en rebondissements, le film puise donc son acuitĂ© dans le cheminement mystique de Laura emmĂŞlĂ©e dans une Ă©nigme aussi longue et cruelle mais aussi salvatrice. 


    Avec Ă©motion et sensibilitĂ©, Juan Antonio Bayona renouvelle le film de fantĂ´me grâce Ă  l'intelligence d'un script retors impeccablement structurĂ©. Car sans volontĂ© d'Ă©branler le spectateur, il occulte la terreur traditionnelle pour miser sur le suspense lattent et la caractĂ©risation humaine de ces personnages confrontĂ©s Ă  un destin aussi funèbre que rĂ©dempteur ! Poème d'amour et de mort, l'Orphelinat se rĂ©sumant Ă  une bouleversante leçon de dĂ©cence envers ces enfants martyrs Ă©pris de grâce maternelle ! 

    Bruno Matéï
    2èx

    vendredi 21 novembre 2014

    Assaut / Assault on Precinct 13

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de John Carpenter. 1976. U.S.A. 1h31. Avec Austin Stoker, Darwin Joston, Martin West, Laurie Zimmer, Nancy Kyes, Tony Burton, Charles Cyphers.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1978. U.S: 5 Novembre 1976

    FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.
     

    Après un premier essai de science-fiction fauchĂ© (Dark Star), John Carpenter signe un coup de maĂ®tre avec Assaut, variation moderne du Rio Bravo d’Howard Hawks qu’il vĂ©nère sans rĂ©serve. Mal reçu dans son pays, le film gagne pourtant ses lettres de noblesse en Europe, jusqu’Ă  devenir culte. InspirĂ© aussi de La Nuit des morts-vivants, Carpenter, avec un budget dĂ©risoire, orchestre une prouesse : narrer l’Ă©tat de siège d’un commissariat assailli par une horde de meurtriers impassibles. Tout part du tĂ©moignage d’un homme rĂ©fugiĂ© dans le central 13, tĂ©moin de l’assassinat brutal de sa fille (scène-choc d’un rĂ©alisme insoutenable encore aujourd'hui) qui, dans un geste de vengeance, abat le chef du gang. TraumatisĂ©, incapable d’articuler sa dĂ©tresse après avoir vu sa fille et un marchand de glace exĂ©cutĂ©s, il entraĂ®ne malgrĂ© lui le commissariat dans un blocus infernal. BientĂ´t, autour du bâtiment, se regroupent des assaillants venus de toutes origines, prĂŞts Ă  le rĂ©duire au silence. Alors, avec l’aide de deux criminels en transfert, le shĂ©rif Ethan Bishop, la secrĂ©taire Leigh et la standardiste Julie vont tenter de le protĂ©ger et de rĂ©sister.


    Modèle d’efficacitĂ© brute, Assaut enferme ses protagonistes dans un huis clos oĂą des policiers s’allient Ă  des criminels pour survivre, acceptant leurs divergences morales et sociales face Ă  un ennemi commun. Ces gangsters, silhouettes fantomatiques, mutiques et vĂ©loces, prennent des allures surnaturelles dans leur attaque mĂ©thodique. Carpenter nous projette dans un western moderne quasi horrifique: action rageuse, hĂ©roĂŻsme viril, commissariat vĂ©tuste transformĂ© en fortin et surtout climat d'angoisse et d'inquiĂ©tude indicible qui imprègne toute la pellicule. ScandĂ©e par la pulsation Ă©lectro du maĂ®tre, l’ambiance crĂ©pusculaire s’agrippe d’une horreur diffuse, surtout lors des assauts silencieux au pistolet muni de silencieux : scènes d’anthologie, jouissives et glaçantes, oĂą le silence devient une arme. Au-delĂ  de ses Ă©clairs de violence spectaculaires et de son ambiance sĂ©pulcrale aux allures d'apocalypse, Assaut brille par un suspense implacable et par l’engagement total de ses acteurs, jusque dans les seconds rĂ´les inoubliables. Chacun prend des risques insensĂ©s pour Ă©viter les balles et chercher une improbable issue. Parmi eux, l'Ă©trange Laurie Zimmer magnĂ©tise Ă  coeur ouvert : secrĂ©taire tĂ©mĂ©raire, au regard doux et loyal, elle impose une force tranquille, discrète et audacieuse qui surpasse parfois ses partenaires endurcis.

    Dans sa lecture sociale Ă  la fois implacable et visionnaire, Assaut rĂ©vèle une AmĂ©rique rongĂ©e par la violence (policière / dĂ©linquante) et la prolifĂ©ration des armes. Mais il transcende ce constat en western urbain incandescent : mise en scène millimĂ©trĂ©e, partition obsĂ©dante, frĂ©nĂ©sie d’action, ambiance funèbre parfois mĂ©lancolique et hĂ©roĂŻsme dĂ©sespĂ©rĂ©. Tout concourt Ă  hisser ce film indĂ©pendant au rang de mythe sous l'impulsion d'un sublime portrait de femme langoureuse dont je ne me suis jamais remis de son pouvoir de sĂ©duction Ă©vanescent. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    6èx. Vostf

    jeudi 20 novembre 2014

    Le Mort-Vivant / Dead of Night

                                                                                Photo scannĂ©e appartenant Ă  Bruno Matéï

    de Bob Clark. 1972/74. U.S.A. 1h32. Avec John Marley, Lynn Carlin, Richard Backus, Henderson Forsythe, Anya Ormsby, Jane Daly, Michael Mazes.

    Sortie salles France: 20 AoĂ»t 1975. U.S: 30 AoĂ»t 1974  

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bob Clark est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 5 Août 1941 à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane (Etats-Unis), décédé le 4 Avril 2007 à Pacific Palisades, en Californie. 1966: The Emperor's New Clothes. 1967: She-Man. 1972: Children Shouldn't play with dead things. 1974: Le Mort-Vivant. 1974: Black Christmas. 1979: Meurtre par décret. 1980: Un Fils pour l'été. 1982: Porky's. 1983: Porky's 2. 1983: A Christmas Story. 1984: Rhinestone. 1985: Turk 182 ! 1987: From the Hip. 1990: Loose Cannons. 1995: Derby (télé-film). 1999: P'tits génies. 2004: SuperBabies.


    Juste avant Black Christmas, fer de lance du psycho-killer, Bob Clark marqua les esprits avec le Mort-Vivant, authentique film culte d'une surprenante originalitĂ© pour son thème empruntĂ© au mythe du zombie suggĂ©rant une mĂ©taphore sur le trauma vietnamien. Car sous couvert d'une intrigue horrifique au climat sĂ©vèrement mortifère, le film traite en filigrane de la difficile rĂ©insertion des vĂ©tĂ©rans amĂ©ricains livrĂ©s Ă  la folie et la solitude dans leur pays en berne. 

    Le pitchUn officier du ministère vient apprendre Ă  la famille Brooks que leur fils Andy est mort au front vietnamien. Quelques jours plus tard, ce dernier rĂ©apparaĂ®t vivant Ă  la stupeur des parents ! Mais dĂ©boussolĂ©, impassible et mutique, Andy se morfond dans la solitude quand bien mĂŞme un routier est retrouvĂ© sauvagement assassinĂ©. Une descente aux enfers commence pour la famille et leur nouveau rejeton rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de monstre. 


    Portrait glaçant d'un soldat infĂ©riorisĂ© par sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique et morale, le Mort-Vivant est un cauchemar amĂ©ricain d'un rĂ©alisme acĂ©rĂ©. De par la prestance magnĂ©tique de l'acteur John Marley pourvu d'une trogne aussi famĂ©lique que rigide, et le parti-pris de sa mise en scène proche du documentaire, Le Mort-Vivant laisse en Ă©tat de choc. PrivilĂ©giant l'Ă©tude de caractère des personnages, le film gagne en crĂ©dibilitĂ© lorsque le cinĂ©aste s'attarde Ă  souligner la situation de crise d'une cellule familiale tourmentĂ©e par le retour de leur fils, car rĂ©fugiĂ© depuis dans l'isolement. Alors que le père adopte un comportement davantage irascible et suspicieux Ă  son Ă©gard, la mère, dĂ©jĂ  bien perturbĂ©e de sa longue absence, prĂ©serve aujourd'hui son instinct maternel afin de le protĂ©ger contre toute culpabilitĂ©. Quand Ă  la soeur d'Andy, elle mise pour le retrait, une manière docile de ne pas interfĂ©rer dans la discorde afin d'y apaiser les tensions. EmaillĂ© de sĂ©quences horrifiques assez malsaines, le Mort-Vivant provoque une terreur sourde pour les agissements meurtriers de ce soldat revenu de l'Enfer ! Les meurtres sauvagement perpĂ©trĂ©s s'avĂ©rant d'autant plus dĂ©concertants qu'Andy pratique des perfusions intraveineuses pour se nourrir du sang des victimes. Il y Ă©mane une trouble fascination face Ă  son comportement interlope, notamment pour la variation de son look (col roulĂ© et lunettes noires afin de panser ses plaies purulentes puis sa vision dĂ©clinante) et de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique appuyĂ©e des maquillages du dĂ©butant Tom Savini (Andy se putrĂ©fiant inexorablement en dĂ©pit de ses dernières agressions sanglantes). Qui plus est, Ă©paulĂ© d'une photo granuleuse et sombre, le climat glauque qui enveloppe le rĂ©cit distille une atmosphère Ă©touffante que la musique de Carl Zittrer accentue dans des tonalitĂ©s dissonantes. Enfin, le film s'achève de manière bien cruelle lors d'un Ă©pilogue dĂ©rangeant restĂ© dans les mĂ©moires, de par son caractère poignant proprement tragique nous laissant dans un Ă©tat d'amertume dĂ©semparĂ©.


    Moi, Zombie, chronique du traumatisme.
    Avec audace, intelligence et originalitĂ©, Bob Clark suggère avec le Mort-Vivant un pamphlet contre la barbarie guerrière et le traumatisme des vĂ©tĂ©rans livrĂ©s Ă  l'abandon Ă  leur retour au pays. Grâce Ă  l'interprĂ©tation effrayante de John Marley, aux seconds-rĂ´les dĂ©pouillĂ©s plus vrais que nature (les parents d'Andy insufflent une empathie torturĂ©e) et Ă  la verdeur de son rĂ©alisme, cette oeuvre ultra noire insuffle une aura putrescente auprès de sa descente aux enfers d'une rigueur infiniment cauchemardesque. 
    AVERTISSEMENT ! N'optez surtout pas pour la Version Française, le doublage ultra superficiel et sa nouvelle partition musicale usurpée dénaturant sans vergogne l'identité de l'oeuvre maudite.

    *Bruno
    5èx. Vostfr. 13.07.24. 

    Récompenses: Prix du Meilleur Scénario au Festival du film fantastique de Paris.
    Prix du Meilleur Scénario au Festival du film de Catalogne, 1975