samedi 13 juillet 2019

Grâce à Dieu. Berlinale 2019 : Grand prix du jury

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de François Ozon. 2019. France. 2h17. Avec Melvil Poupaud, Denis MĂ©nochet, Swann Arlaud, Éric Caravaca, Bernard Verley, François Marthouret, Martine Erhel, Josiane Balasko.

Sortie salles France: 20 Février 2019

FILMOGRAPHIE: François Ozon est un rĂ©alisateur français, nĂ© Ă  Paris le 15 novembre 1967. 1998 : Sitcom. 1999 : Les Amants criminels. 2000 : Gouttes d'eau sur pierres brĂ»lantes. 2000 : Sous le sable. 2001 : Huit femmes. 2003 : Swimming Pool. 2004 : 5×2. 2005 : Le Temps qui reste. 2006 : Angel. 2009 : Ricky. 2010 : Le Refuge. 2010 : Potiche. 2012 : Dans la maison. 2013 : Jeune et Jolie. 2014 : Une nouvelle amie. 2016 : Frantz. 2017 : L'Amant double. 2018 : Grâce Ă  Dieu.


"Lorsque dieu ferme une porte, il en ouvre toujours une autre."
Retraçant avec souci documentaire l'endurant combat judiciaire de 3 victimes d'attouchements pédophiles d'après les faits réels d'un scandale religieux ayant incriminé le père Bernard Preynat et le cardinal Philippe Barbarin (pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineur), Grâce à Dieu interpelle notre raison sans l'ombre de l'apitoiement ou du pathos. Le récit plein de pudeur, car entièrement bâti sur la suggestion et les silences dans le regards, s'appuyant à radiographier les différents profils de 3 victimes d'abus sexuels aujourd'hui adultes mais pour autant traumatisées par leur passé éhonté. Chacun d'eux d'un statut social contradictoire ayant tenté de survivre avec un poids moral préjudiciable. Notamment si on se réfère au plus fragile d'entre eux, Emmanuel (le personnage le plus empathique), puisque devenu par la causalité épileptique, solitaire, instable, violent auprès de sa compagne et complexé, notamment à travers une anomalie génitale.


Ainsi, Ă  travers leur investigation de longue haleine Ă©paulĂ©e du soutien parental (si on fait fi du père prolĂ©taire d'Emmanuel et de la mère vaniteuse de François) et en rametant le plus de victimes possibles (en dĂ©pit des improbables prescriptions), François Ozon compte sur la vĂ©racitĂ© des faits studieusement exposĂ©s et sur la sobriĂ©tĂ© hors-pair de son remarquable casting (jusqu'aux seconds-rĂ´les, Ă  l'instar de Josiane Balasko en mère sentencieuse hantĂ©e de remord et surtout de la rĂ©vĂ©lation Swann Arlaud - sosie de Patrick Dewaere - en marginal pugnace d'une subtile intensitĂ© d'expression) pour nous alerter d'un haro religieux oĂą les plus hauts dirigeants se sont soumis Ă  l'omerta afin de prĂ©server leur institution. RĂ©voltant, nonsensique, immoral, lorsque les reprĂ©sentants de Dieu continuent (sous l'alibi de la prescription) d'occulter cette ignoble affaire pĂ©dophile au mĂ©pris de centaines de victimes Ă©corchĂ©es vives, Grâce Ă  Dieu remet finalement en cause une rĂ©flexion spirituelle quant Ă  la perte des valeurs chrĂ©tiennes. 


Sans toutefois atteindre l'intensitĂ© dramatique de l'inoubliable, audacieux (dans le mĂ©lange des styles), Ă©prouvant et percutant Les Chatouilles, Grâce Ă  Dieu n'en demeure pas moins un grand film d'utilitĂ© publique dans sa nĂ©cessitĂ© de bousculer les consciences et les lois Ă  travers les thèmes brĂ»lants de la pathologie pĂ©dophile, de la prescription, de la prĂ©somption d'innocence et de l'omerta catholique impliquĂ©e dans des affaires pĂ©dophiles rarement condamnĂ©es. Grâce Ă  dieu restant un tĂ©moignage Ă©loquent de l'impuissance du système judiciaire face l'hypocrisie du corps religieux. 

*Bruno

jeudi 11 juillet 2019

Starman. Saturn Awards, Meilleur Acteur: Jeff Bridges.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de John Carpenter. 1984. U.S.A. 1h54. Avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel, Robert Phalen.

Sortie salles France: 3 Juillet 1985. U.S: 14 Décembre 1984.

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


"Vous êtres une espèce étrange, différente des autres. Je peux dire ce que je trouve de plus merveilleux chez les humains: vous donnez le meilleur de vous même quand tout semble perdu"

Deux ans après son cuisant Ă©chec commercial The Thing, John Carpenter opère un virage Ă  180 degrĂ©s au sein de sa plĂ©thorique carrière Ă  travers Starman. Un film de commande conçu pour le convaincre Ă  persĂ©vĂ©rer Ă  Hollywood, tant et si bien qu'il abandonne purement et simplement le genre horrifique au profit d'une romance stellaire tous publics. Alors qu'un tâcheron aurait facilement fait sombrer l'entreprise dans le ridicule Ă  travers l'amourette prĂ©visible entre un ET et une jeune veuve en berne, John Carpenter parvient miraculeusement Ă  s'extraire de la trivialitĂ©. Aussi simpliste soit son rĂ©cit linĂ©aire et aussi rose-bonbon soient les sentiments candides que se partage le couple dans une fragile humanitĂ© ! Ainsi, grâce au savoir-faire habile du cinĂ©aste maĂ®trisant l'image au grĂ© de sĂ©quences saillantes (la rĂ©surrection du Daim est habitĂ©e d'un troublant climat fĂ©erique sensiblement intense et inquiĂ©tant), Starman instille une poignante Ă©motion eu Ă©gard des rapports amiteux entre Jenny, en deuil sentimental, et Starman en apprentissage civique. Le rĂ©alisateur s'attardant toujours plus Ă  mettre en exergue leur romance peu Ă  peu impossible lorsque l'E.T est finalement contraint de rejoindre son bercail afin d'y prĂ©server sa destinĂ©e.


Sorte de version adulte d'E.T si j'ose dire, le rĂ©cit parvient donc davantage Ă  nous sĂ©duire au mĂŞme moment oĂą notre explorateur tente de comprendre nos us et coutumes, notamment Ă  travers nos excès de zèle, d'orgueil, d'irresponsabilitĂ© et d'incivilitĂ© (brĂ»ler un feu rouge, faire un doigt d'honneur, tuer le daim pour le plaisir de la chasse, corriger lâchement un rival Ă  plusieurs, fumer la cigarette au pĂ©ril sanitaire), et ce avant d'y cĂ´toyer l'amour auprès de Jenny s'identifiant d'autant mieux Ă  lui grâce au clonage de son dĂ©funt Ă©poux. EmaillĂ© de sĂ©quences fĂ©eriques singulières alors que d'autres moments dĂ©tonnent par leur onirisme baroque (notamment auprès de la mĂ©tamorphose humaine de l'E.T, d'un stade cellulaire Ă  l'âge adulte - FX Ă©tonnants Ă  l'appui -), Starman envoĂ»te nos sens sous l'impulsion du score (un brin sirupeux peut-ĂŞtre par instant) de Jack Nitzsche et du duo alchimique formĂ© par Jeff Bridges et Karen Allen. Jeff Bridges endossant un jeu Ă©tonnamment nuancĂ© de par sa sobriĂ©tĂ© d'expression innocente, Ă  l'instar d'un bambin dĂ©ficient d'apparence adulte, mais pour autant transcendĂ© d'une intelligence et d'une sagesse d'esprit pour le respect d'autrui (Ă  renfort de rĂ©pliques ironiques). Quand bien mĂŞme Karen Allen chavire notre coeur de par sa douceur de miel d'y approcher craintivement l'amour puis de l'adouber auprès d'un attachant anthropologue altruiste.


Au delĂ  de sa leçon d'humanitĂ© et de tolĂ©rance du point de vue d'un tĂ©moignage extra-terrestre, et de sa plaidoirie invoquĂ©e Ă  la cause animale (joli pied de nez contre les chasseurs !), Starman fait vibrer la corde sensible Ă  travers la simplicitĂ© de sa romance sentimentale Ă©tonnamment vigoureuse de la part d'un maĂ®tre du frisson. Le couple Allen / Bridges irradiant l'Ă©cran avec une sobre pudeur (davantage) empathique eu Ă©gard de leur rapport charnel invoquant une fusion amoureuse procrĂ©ative. Un fragile conte stellaire avec un coeur qui bat. 

*Bruno
3èx

Récompense: Saturn Awards 1985 : meilleur acteur pour Jeff Bridges

mercredi 10 juillet 2019

Alita: Battle Angel

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Robert Rodriguez. 2019. U.S.A. 2h02. Avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly, Mahershala Ali, Ed Skrein, Jackie Earle Haley, Keean Johnson.

Sortie salles France: 13 Février 2019. U.S: 14 Février 2019

FILMOGRAPHIE: Robert Rodriguez est un réalisateur et musicien américain, d'origine mexicaine, né le 20 Juin 1968 à San Antonio, Texas, Etats-Unis. 1992: El Mariachi. 1993: Roadtracers (télé-film). 1995: Desperado. 1995: Groom Service (Four Rooms, segment: The Misbehavers). 1996: Une Nuit en Enfer. 1998: The Faculty. 2001: Spy Kids. 2002: Spy Kids 2. 2003: Spy Kids 3. 2003: Desperado 2. 2005: Sin City. 2005: Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl. 2007: Planète Terror. 2009: Shorts. 2010: Machete (co-réalisé avec Ethan Maniquis). 2011: Spy Kids 4. 2013: Machete Kills. 2014: Sin City: j'ai tué pour elle. 2014: From dusk till Daw: The Series (épis 1,2 et 4). 2015 : 100 Years. 2019 : Alita: Battle Angel. 2019 : Red 11.


Blockbuster familial conçu par l’inĂ©gal Robert Rodriguez, Alita adapte au cinĂ©ma le manga Gunnm de Yukito Kishiro, fantasmĂ© depuis des lustres par son producteur et scĂ©nariste James Cameron. Prouesse visuelle indiscutable, tant par le vĂ©risme de son univers cyberpunk monumental que par ses effets numĂ©riques d’un rĂ©alisme saisissant, Alita dĂ©ploie un divertissement grandiose, menĂ© par une hĂ©roĂŻne longiligne, championne absolue dans l’art du combat martial. Ă€ ce degrĂ© de perfection, elle en met littĂ©ralement plein la vue : elle combat, bondit, virevolte, se cramponne Ă  ses adversaires avec une force et une agilitĂ© foudroyantes.

Ă€ travers une intrigue Ă©tonnamment Ă©motive, dĂ©crivant la quĂŞte identitaire d’une androĂŻde amnĂ©sique, Alita s’illumine de la prĂ©sence de cette figure numĂ©rique que le spectateur apprivoise peu Ă  peu, entre empathie trouble et fascination hallucinĂ©e. Contestataire, amicale (dans sa relation avec son père adoptif), amoureuse, Alita traverse son rĂ©cit comme une flamme vive. Rodriguez et son armĂ©e de techniciens ont accompli le prodige de lui donner chair, de l’inscrire dans un univers futuriste grouillant d’automates hĂ©tĂ©roclites Ă  faire pâlir Robocop, Terminator et mĂŞme Robowar (ok, je sors).


Regorgeant de sĂ©quences d’action au souffle narratif, vĂ©ritables pièces d’anthologie - la fameuse Ă©preuve du Motorball, la poursuite urbaine sur les toits, l’affrontement dans le bar pour rallier les chasseurs -, Alita n’en oublie pas pour autant l’Ă©motion. Jamais. Celle qui naĂ®t de son rapport avec Hugo, humain juvĂ©nile et fragile, tiraillĂ© entre amour sincère et double vie marginale. Leur relation, fondĂ©e sur la confiance, la trahison et le pardon, confère au rĂ©cit une dimension poignante. Christoph Waltz, en docteur Frankenstein attendri, campe un père adoptif d’une douceur dĂ©sarmante, chĂ©rissant sa crĂ©ation depuis la perte tragique de sa fille.

Construite avec fluiditĂ©, portĂ©e par les valeurs de bravoure, de loyautĂ© et d’honneur, l’Ĺ“uvre de Rodriguez explore avec pudeur la rĂ©demption et le pardon, Ă  travers deux ĂŞtres en proie au remords. Alita se dĂ©ploie finalement comme une rĂ©flexion sensible sur le Bien et le Mal, sur le pouvoir corrompu et la puretĂ© d’une existence artificielle influencĂ©e par un dĂ©miurge perfide et mĂ©galo.


Spectacle fĂ©erique, vertigineux de pyrotechnie - jamais gratuite, ou alors si peu -, Alita Ă©rige le blockbuster en Ĺ“uvre d’intĂ©gritĂ© rare, animĂ©e de personnages dont l’Ă©motion humaine affleure sous la surface mĂ©canique. Alita, androĂŻde fĂ©minine, crève l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, d’une intensitĂ© candide et bouleversante. Et le festin, vibrant, Ă©motif, tendre et Ă©pique, est total. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
02.11.25. 2èx. 4K Vostf

mardi 9 juillet 2019

HĂ´tel Membai / Attaque Ă  Mumbai.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Anthony Maras. 2018. Australie/inde/U.S. 2h03. Avec Dev Patel, Armie Hammer, Nazanin Boniadi, Anupam Kher, Tilda Cobham-Hervey.

Sortie salle Australie: 14 Mars 2019. U.S: 22 Mars 2019

FILMOGRAPHIEAnthony Maras est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2018: Hôtel Mumbai.


Retraçant avec souci de rĂ©alisme et d'unitĂ© de temps l'attaque terroriste d'islamistes radicaux au sein du Taj Mahal Palace, immense hĂ´tel rupin accueillant une clientèle fortunĂ©e, HĂ´tel Membai s'avère aussi bien Ă©prouvant que poignant Ă  travers sa descente aux enfers escarpĂ©e. Si bien que Anthony Maras ne s'embarrasse que rarement du hors-champs pour Ă©branler le spectateur rĂ©solument immergĂ© dans une action sanglante dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, eu Ă©gard des exactions furtives des bourreaux fanatiques ne jurant que pour l'honneur d'Hallah et de leur leader (perfide !) leur dictant une conduite impassible pour y exterminer (en l'occurrence) des infidèles nantis. A travers le choix de son cast mĂ©connu (pour la plupart) et de son cadre indien dĂ©paysant (renforcĂ© d'une photo sĂ©pia sous un soleil Ă©crasant pour les extĂ©rieurs), le public s'identifie sans ambages au dĂ©sarroi de ces otages impliquĂ©s dans une terrible Ă©preuve de survie oĂą la mort plane en permanence au dessus de leurs Ă©paules. Pour autant, grâce Ă  la bravoure de quelques volontaires nĂ©anmoins contrariĂ©s dans leur sentiment d'abandon (un chef cuisinier, un serveur, un russe notoire), ceux-ci vont tenter de survivre dans leur prison domestique en y rameutant dans une pièce blindĂ©e les ultimes survivants (comptez une cinquantaine de rĂ©sistants).


Si bien que ces terroristes d'une lâcheté sans égale ne leur laisseront nul répit, notamment auprès de quelques survivants confinés dans leur chambre ou dans un sellier en escomptant l'arrivée éventuelle du corps policier. D'une violence inouïe quant au carnage soigneusement planifié par ces kamikazes ne jurant que pour une vendetta sanguinaire à grande échelle, Hôtel Membai a l'intelligence de ne pas sombrer dans la complaisance, aussi insupportables soient ses brutales exactions. Notamment auprès de la tournure cauchemardesque de son final apocalyptique aussi bien asphyxiant (la stratégie incendiaire) que rigoureusement éprouvant (les victimes n'en finissent plus de trébucher sous les impacts de balles). Et donc, à travers son suspense ciselé constamment tendu multipliant les points de vue contradictoires d'otages à bout de nerf, Hôtel Membai parvient à distiller un sentiment permanent d'insécurité et d'impuissance à travers le moule du survival éludé de fioritures. Chaque personnage se fondant malgré eux dans le corps d'otages démunis face à ce contexte aussi impromptu. Entre sentiments de révolte et de désespoir, instincts d'héroïsme (pour les plus vaillants) et appréhension du danger qu'ils tentent pour autant de canaliser avec un mince espoir de survie.


TĂ©moignage Ă  la fois poignant et bouleversant auprès d'un carnage terroriste d'une violence âpre, HĂ´tel Membai emprunte le cheminement risquĂ© du thriller Ă  suspense sous couvert de drame historique reconstituĂ© avec un rĂ©alisme assez substantiel afin de ne pas chavirer le naufrage dans les conventions du "spectacle outrancier". Les comĂ©diens d'une sobre force d'expression parvenant notamment Ă  y injecter une dimension humaine assez palpable Ă  travers leur ultime Ă©preuve de force dĂ©nuĂ©e de concession. Chaotique et impitoyable, on en sort aigri et lessivĂ©, en vouant notamment une haine indĂ©fectible pour ces intĂ©gristes juvĂ©niles facilement influençables par le rigorisme et l'appât du gain (celle de subvenir aux besoins de leur famille). 

*Bruno

INFOS WIKIPEDIA: Les attaques de novembre 2008 à Bombay sont une série de dix attaques terroristes coordonnées qui ont eu lieu du 26 au 29 novembre 2008 à travers Bombay, capitale financière et plus grande ville de l'Inde. 188 personnes, dont au moins 26 ressortissants étrangers, ont été tuées1 et 312 blessées. L'équipe terroriste était composée de 10 militants islamistes entrainés au Pakistan sans appui direct du gouvernement, 9 d'entre eux ont été tués et un fait prisonnier2. Alors que ce seul rescapé, jugé en Inde, a été condamné à mort et exécuté le 21 novembre 2012, sept autres Pakistanais soupçonnés d'être liés à l'attentat sont en cours de jugement au Pakistan.

lundi 8 juillet 2019

Commando

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Mark Lester. 1985. U.S.A. 1h32. Avec Arnold Schwarzenegger, Rae Dawn Chong, Dan Hedaya, Vernon Wells, James Olson, David Patrick Kelly, Alyssa Milano, Bill Duke.

Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 4 Octobre 1985

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio. 1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.


Gros succès des années 80 si bien qu'il récolte chez nous 2 577 215 entrées, Commando joue la carte du divertissement décérébré avec une efficacité en roue libre. Réunissant le mastard Chwarzy (plus fougueux que jamais en justicier expéditif !) accompagné de la sémillante Rae Dawn Chong en faire-valoir cocassement empotée (le coup du lance-roquette vers le fourgon de police), Commando ne nous laisse aucune seconde répit, aussi étique soit sa trame linéaire (un colonel à la retraite est contraint de tuer son président pour retrouver sa fille en vie). Ainsi donc, son cheminement narratif prévisible a beau cumuler les clichés sans souci de vraisemblance, Commando divertit grâce au parti-pris de Mark Lester littéralement décomplexé pour illustrer une action hyperbolique au confins de la semi-parodie.


De par son humour parfois dĂ©bridĂ©, ses personnages caricaturaux (Vernon Wells vaut son pesant de cacahuètes en vindicateur psychotique dans sa posture homo !), son ultra-violence gore cartoonesque et ses situations bellicistes hautement improbables (quelle pyrotechnie finale dans son genre guerrier !), Commando prĂŞte autant Ă  rire qu'Ă  sourire Ă  travers sa mise en forme cartoonesque. Car formidablement menĂ© sous l'impulsion du score tonitruant de James Horner (48 heures), Mark Lester dirige avec savoir-faire son divertissement bourrin (le dynamisme du montage s'avère d'ailleurs payant) en y parodiant tacitement la saga Rambo que Schwarzy monopolise Ă  l'aide d'un charisme expressif. Notamment eu Ă©gard de son amour indĂ©fectible pour sa fille que campe avec une certaine sobriĂ©tĂ© infantile la jeune Alyssa Milano et de son ascension amicale Ă©changĂ©e avec sa partenaire Cindy Ă©prise d'audace dĂ©vergondĂ©e !


Seul contre tous. 
Aussi bien allumĂ© que gĂ©nialement inconsĂ©quent et incorrect, Commando reste constamment fun et jouissif au sein d'une narration somme toute banale mais pour autant dĂ©calĂ©e Ă  travers son second degrĂ© assumĂ©. A revoir avec un sourire de bambin ! 

*Bruno
4èx

vendredi 5 juillet 2019

Vendredi 13 / Friday the 13th

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Mauvais-genres.com

de Sean S. Cunningham. 1980. U.S.A. 1h35. Avec Betsy Palmer, Adrienne King, Jeannine Taylor, Robbi Morgan, Kevin Bacon, Harry Crosby, Laurie Bartram.

Sortie salles France: 11 Février 1981 (int - 18 ans). U.S: 9 Mai 1980

FILMOGRAPHIE: Sean Sexton Cunningham est un réalisateur, producteur et scénariste américain. Né en 1941 à New York. 1970 : Art of Marriage. 1971 : L'Amour à deux. 1973 : Case of the Full Moon Murders. 1978 : Manny's Orphans. 1978 : Here Come the Tigers. 1980 : Vendredi 13. 1982 : A Stranger Is Watching. 1983 : La fièvre du printemps. 1985 : Représailles. 1989 : MAL : Mutant aquatique en liberté. 2001 : XCU: Extreme Close Up. 2002 : Invasion finale (TV). 2006 : Trapped Ashes.

 
"Lac, sang et terreur estivale : revisiter Vendredi 13".
RudoyĂ© par la critique mais plĂ©biscitĂ© par un public qui s’y rua en masse lors de sa sortie internationale (au point de devenir l’un des produits les plus rentables du cinĂ©ma, mĂŞme si l’Hexagone resta plus frileux), Vendredi 13 exploite avec une efficacitĂ© retorse le concept des Dix Petits Nègres, recyclĂ© dans le cadre du psycho-killer en vogue depuis Black Christmas et surtout Halloween. Relativement bien menĂ© — agrĂ©able Ă  suivre, Ă©tonnamment atmosphĂ©rique Ă  la revoyure —, ce scĂ©nario rachitique distille ses effets-chocs Ă  intervalles rĂ©guliers sous la supervision du maĂ®tre Tom Savini, tout en tissant un suspense moite, juste avant chaque mise Ă  mort. Les comĂ©diens, pour la plupart inconnus (hormis un jeune Kevin Bacon que l’on dĂ©busque), insufflent parfois une intensitĂ© dramatique touchante, perdue d’avance dans leur destin sacrifiĂ©. Ă€ contrario, un mot sur l’illustre Betsy Palmer : impassible et carnassière derrière un rictus faussement affable, elle incarne une prĂ©sence tranquille dans son aplomb, non sans un sadisme inventif. 


Un rĂ´le taillĂ© sur mesure que l’actrice accepta par pur intĂ©rĂŞt pĂ©cuniaire (s’offrir une nouvelle voiture), elle qui mĂ©prisait le genre horrifique — avant de se raviser, conquise par l’enthousiasme des conventions. Ainsi, Ă  travers cette interprĂ©tation lunaire et Ă©peurante, Cunningham cède parfois aux subterfuges morbides, enchaĂ®nant rebondissements Ă©piques voire cartoonesques. Grâce Ă  son cadre forestier caressĂ© par un lac estival d’une photogĂ©nie rassurante, Sean S. Cunningham orchestre, passĂ©e la première demi-heure, un climat angoissant que j’avais presque occultĂ© : jeux de lumières nocturnes, refuges prĂ©caires, mise en attente de la mort, Ă  la façon de Carpenter. Jusqu’Ă  ce que les effets gores — toujours aussi saisissants — surgissent pour nous terrifier, impulsĂ©s par des jump scares souvent efficaces, stridents, soulignĂ©s du superbe score d’Harry Manfredini et son cĂ©lèbre leitmotiv chuchotĂ© : tchi, tchi, tchi, ah, ah, ah...

Ludique par son rythme soutenu, immersif grâce Ă  son dĂ©cor forestier solaire et nocturne, Vendredi 13 distille surtout une ambiance horrifique aujourd’hui disparue, rĂ©vĂ©lant un savoir-faire aussi indĂ©niable qu’inespĂ©rĂ©. L’efficacitĂ© des poursuites de la dernière partie culmine dans des effets-chocs spectaculaires et iconiques — la dĂ©capitation au ralenti, puis enfin l’apparition de Jason, portĂ©e par une mĂ©lodie faussement apaisante pour mieux nous foudroyer. Ă€ mon sens, de loin l’opus le plus humble et angoissant de la saga, Ă  revoir attentivement, armĂ© d’une pincĂ©e de nostalgie gĂ©nĂ©ration 80.

P.S. : Ă€ (re)voir de prĂ©fĂ©rence en 4K et en Vostfr — le jour et la nuit !

*Bruno
7èx
02.07.23

jeudi 4 juillet 2019

Double Détente


                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

"Red Heat" de Walter Hill. 1988. U.S.A. 1h44. Avec Arnold Schwarzenegger, James Belushi, Peter Boyle, Ed O'Ross, Laurence Fishburne, Gina Gershon, Richard Bright.

Sortie salles France: 6 Juillet 1988. U.S: 17 Juin 1988

FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis). 1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV). 2006 : Broken Trail. 2012 : Du plomb dans la tête. 2016 : Revenger.


Pure sĂ©rie B d'action bâtie sur la notoriĂ©tĂ© d'Arnold Schwarzenegger que Walter Hill souhaitait un jour concrĂ©tiser pour lui attribuer un rĂ´le musclĂ© en bonne et due forme, Double DĂ©tente joue la carte du divertissement en toute simplicitĂ©. Car faute d'une intrigue classique dĂ©nuĂ©e d'originalitĂ©, Double DĂ©tente exploite le contexte musclĂ© du "gendarme et du voleur" par le biais du Buddy Movie en vogue en ces annĂ©es 80. Et cela fonctionne Ă  point nommĂ© grâce Ă  la complĂ©mentaritĂ© du duo impayable Schwarzenegger / Belushi endossant les rĂ´les de flics dĂ©complexĂ©s Ă  travers une nationalitĂ© distincte. Schwarzy endossant un milicien russe implantĂ© sur le sol amĂ©ricain afin de retrouver Viktor, un dangereux trafiquant de drogue (qu'Ed O'Ross incarne avec un charisme patibulaire idoine), quand bien mĂŞme Belushi sert de faire-valoir en sergent ricain fĂ©ru de  calembours afin de dĂ©tendre l'atmosphère funèbre (les cadavres pleuvent parmi l'autoritĂ© expĂ©ditive de son compère).


Outre l'attraction du duo susnommĂ© vĂ©ritablement impliquĂ© dans leur fonction aussi bien pugnace que dĂ©contractĂ©e, Double DĂ©tente s'appuie sur le savoir-faire infaillible de Walter Hill rĂ©solument inspirĂ© par son divertissement sans prĂ©tention. Tant et si bien que son rĂ©cit habilement structurĂ© parvient très efficacement Ă  relancer l'action des enjeux criminels Ă  travers la filature de deux tĂ©moins Ă©loquents (un malfrat grièvement blessĂ© / l'Ă©pouse de Viktor) et d'une Ă©nigmatique clef que Schwarzy s'efforce de prĂ©server lors de sa traque inlassable contre son propriĂ©taire. Comme de coutume, ce rĂ©cit haletant est entrecoupĂ© d'une chorĂ©graphie d'actions aussi bien violentes qu'homĂ©riques (giclĂ©es de sang sous les impacts de balles), notamment Ă  travers sa dernière demi-heure Ă  tombeau ouvert laissant libre court aux cascades urbaines entre deux bus erratiques.


Western urbain impeccablement ficelĂ©; Double DĂ©tente remplit honorablement le cahier des charges pour y distraire le spectateur embarquĂ© dans un Buddy Movie gĂ©nĂ©reusement teigneux et drĂ´le. Les rĂ©pliques caustiques fusant frĂ©quemment auprès du bagout de Belushi et (un peu moins de) Schwarzy accompagnĂ©s de 2,3 seconds-rĂ´les aussi cocasses ! Un excellent moment de dĂ©tente n'ayant rien perdu de son charme (eightie !) et de son intensitĂ© Ă©pique, et ce sans se complaire dans une vaine surenchère (aussi homĂ©rique soit sa traque finale volontiers insidieuse et sanglante). 

*Bruno
2èx

Box Office France: 1 292 988 entrées

mercredi 3 juillet 2019

Black Death

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Christopher Smith. 2010. Angleterre/Allemagne. 1h41. Avec Warner David, Van Houten Carice, Bean Sean, McInnerny Tim, Redmayne Eddie, Nixon Kimberley, Lynch John, Elliott Emu.

Sortie salles France: 8 Octobre 2010 (Festival du cinéma britannique de Dinard). UK: 11 Juin 2010

FILMOGRAPHIEChristopher Smith est un réalisateur et scénariste britannique né à Bristol le 16 août 1970. 2004 : Creep. 2006 : Severance. 2009 : Triangle. 2010 : Black Death. 2012 : Labyrinthe (série télévisée - 2 épisodes de la saison 1). 2014 : Get Santa. 2016 : Detour.


Film choc s'il en est, de par la cruditĂ© de ses scènes barbares et de son climat fĂ©tide permĂ©able que Christopher Smith retranscrit avec souci de vĂ©risme (aussi low-cost soit le budget), Black Death demeure une impitoyable descente aux enfers au coeur d'une Ă©poque mĂ©diĂ©vale asservie par le fanatisme, la superstition et le puritanisme. Le Pitch: Angleterre, 1348. Un groupe de mercenaires a pour mission de retrouver un NĂ©cromancier susceptible d'avoir propagĂ© la peste bubonique dans la rĂ©gion. Paradoxalement, un village ne semble nullement touchĂ© par la maladie mortelle particulièrement  contagieuse. Avec l'aide d'Edmund, jeune moine amoureux de la paysanne Averill, le chevalier Ulric et ses acolytes partent Ă  la recherche du village situĂ© Ă  proximitĂ© d'un marais. Eprouvante Ă©preuve de force (morale et physique) qu'un groupe de mercenaires endosse Ă  l'instar d'un chemin de croix si je me rĂ©fère Ă  leur rencontre finale auprès de la confrĂ©rie occulte, Black Death s'avère plus intelligent et retors qu'il n'y parait Ă  travers ses faux semblants surrĂ©alistes et surtout sa rĂ©flexion sur la foi religieuse et l'athĂ©isme que Christopher Smith oppose sans jamais juger ses personnages. Car baignant dans une mise en scène macabre teintĂ©e de surnaturel, l'intrigue joue efficacement du simulacre afin de contredire la rĂ©ception du spectateur pris Ă  parti entre l'inexpliquĂ© et les valeurs antinomiques du Bien et du Mal au sein d'une Ă©poque primale en quĂŞte de repères moraux.


La confrérie occulte s'efforçant de renier une existence divine sous couvert de leur hiérarchie sectaire bienfaitrice (leur populace aime à croire aux miracles pour se préserver de la peur de la peste - et donc de la mort -) quand bien même Ulric et ses sbires sont entièrement voués à la cause de Dieu afin de se donner un code d'honneur à leur existence vaillante. D'une cruauté inouïe, tant psychologique que corporelle, Black Death s'avère à l'image poisseuse de son époque moyenâgeuse. C'est à dire jusqu'au-boutiste, putrescente (ses cadavres décharnés à l'odeur pestilentielle que l'on entrevoit par intermittence), lâche et sans concession (l'épuration de sa dernière partie). Tant auprès de la pandémie à grande échelle, de la chasse aux sorcières pratiquée tous azimuts en guise de superstition que des sévices corporels perpétrés sur l'ennemi chrétien rendu impuissant dans sa condition de détention. Mais outre son intensité dramatique à couper au rasoir quant à son mode survival vécu de plein fouet lors de l'ultime demi-heure, Black Death tend notamment à souligner la faiblesse morale de l'homme vertueux du point de vue du moine néophyte sombrant dans une vendetta criminelle en lieu et place de traumatisme endeuillé. Ainsi, c'est sur cette note d'amertume que Black Death nous quitte précipitamment à travers sa réflexion sur la vengeance et la foi chrétienne du point de vue d'une perte de valeur morale en perdition spirituelle. Black Death sous-entendant en guise d'épilogue opaque que le mal est en chacun de nous et que la valeur d'un homme se juge à la manière dont il défie ce Mal.


Film choc furieusement noir, malsain et dĂ©sespĂ©rĂ© (notamment auprès du sentiment d'Ă©puisement des victimes molestĂ©es), Black Death ne nous laisse aucun rĂ©pit quant Ă  la prĂ©caritĂ© de ses pieux personnages martyrisĂ©s par une idĂ©ologie dĂ©lĂ©tère, si bien que l'on ne sort pas indemne de ce constat d'Ă©chec humaniste.  

*Bruno
2èx
03.03.11
03.07.19

mardi 2 juillet 2019

Terreur / Dread

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Anthony DiBlasi. 2009. U.S.A. 1h40. Avec Jackson Rathbone, Shaun Evans, Hanne Steen, Laura Donnelly, Jonathan Readwin, Paloma Faith, Siobhan Hewlett.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Anthony DiBlasi est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2018 Extremity.  2016 Her Last Will. 2015 Most Likely to Die. 2015 Attirance interdite (TV Movie). 2014/I Last Shift. 2013 The Profane Exhibit (segment "Mother May I"). 2013 Missionary. 2011 Cassadaga. 2009 Terreur. 

 

Une expérience de terreur underground, profondément malsaine et perverse.
AdaptĂ© d’une nouvelle de Clive Barker publiĂ©e dans le second volume des Livres de sang, Dread signe le premier long-mĂ©trage choc d’Anthony Diblasi. MalgrĂ© un cheminement narratif prĂ©visible, le film parvient Ă  bâtir un climat anxiogène, distillĂ© par les dissensions de jeunes protagonistes livrĂ©s peu Ă  peu Ă  leur pire cauchemar. 

Synopsis: MarquĂ© par un traumatisme d’enfance terrifiant, Quaid, Ă©tudiant en philosophie, entraĂ®ne deux camarades dans une Ă©tude sur la peur en recrutant divers tĂ©moins. Derrière cet alibi scientifique se cache sa tentative maladroite de museler des cauchemars nocturnes qu’il ne maĂ®trise plus. Mais au fil des entretiens tendus avec marginaux et âmes brisĂ©es, Quaid bascule dans une vendetta intime, perverse et irrĂ©mĂ©diable.


Interdit aux moins de 16 ans, Dread a de quoi retourner les estomacs les plus fragiles dans sa dernière demi-heure, explicite mais jamais gratuite, d’un rĂ©alisme cru et suffocant. Un dispositif qui exacerbe le voyeurisme maladif de Quaid, apprenti criminel dont les complices assistent, impuissants, Ă  la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale et Ă  l’irascibilitĂ©. SobriĂ©tĂ© et efficacitĂ© dominent la première partie, certes classique dans sa narration, mais solidement inquiĂ©tante. Grâce Ă  un casting jeune qui refuse l’outrance, le film accroche et inquiète. Surtout par la prĂ©sence dĂ©rangĂ©e de Quaid, incarnĂ© avec un charisme trouble et glaçant par Shaun Evans. Si glaçant qu’on prĂ©fĂ©rerait ne jamais croiser son regard dans la rĂ©alitĂ© sans qu'il ne paraisse patibulaire.


PortĂ© par une mise en scène parfois Ă©tonnamment inventive (les plans obsĂ©dants de la hache montant les marches, les crimes exĂ©cutĂ©s avec une froideur clinique, la prĂ©cision du montage acerbe) et par un travail sonore affĂ»tĂ© (BO rock alternative en première partie, bruitages diĂ©gĂ©tiques perçus Ă  travers l’angoisse des victimes), Dread dĂ©range jusqu’au malaise ad nauseam. L’expĂ©rience carnivore dans la geĂ´le reste franchement insoutenable. Le film refuse toute concession : pas de happy end, mais un sentiment d’amertume et de dĂ©goĂ»t, nĂ© de l’obsession d’un oppresseur anciennement martyrisĂ©, dĂ©sormais dĂ©cidĂ© Ă  affronter la bĂŞte en lui en scrutant, Ă©goĂŻstement, les postures apeurĂ©es de ses proies torturĂ©es jusqu’Ă  l’Ă©puisement. Dans le registre underground le plus intègre, et malgrĂ© un manque d’ambition par moments, Dread demeure une cruelle et solide surprise horrifique, Ă  dĂ©couvrir le cĹ“ur accrochĂ©, au grĂ© de ses sĂ©quences les plus crues et cruelles. On n'en sort pas indemne... Pour public averti...

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir


*Bruno
21.09.25. 3èx. Vostf

lundi 1 juillet 2019

Les Sorcières d'Eastwick

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Witches of Eastwick" de George Miller. 1987. U.S.A. 1h58. Avec Jack Nicholson, Cher, Susan Sarandon, Michelle Pfeiffer, Veronica Cartwright, Richard Jenkins

Sortie salles France: 10 Septembre 1987. U.S: 12 Juin 1987

FILMOGRAPHIE: George Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road.


ComĂ©die fantastique frĂ©tillante menĂ©e sur un rythme endiablĂ© par le rĂ©alisateur de la quadrilogie Mad-Max, Les Sorcières d'Eastwick possède plus d'une corde Ă  son arc pour nous sĂ©duire. Car outre l'inventivitĂ© des situations dĂ©bridĂ©es ou cocasses que George Miller maĂ®trise de main de maĂ®tre avec imagination, et la cadence de son score idoine composĂ© par l'orchestre de John Williams, les Sorcières d'Eastwick est transcendĂ© de son cast 4 Ă©toiles littĂ©ralement en roue libre. Tant auprès du sĂ©duisant trio Cher, Susan Sarandon, Michelle Pfeiffer en proie Ă  la dĂ©sinhibition puis la rĂ©bellion fĂ©ministe en sorcières contestataires, que du monstre sacrĂ© Jack Nicholson nous livrant un nouveau numĂ©ro d'acteur anthologique dans celui du diable lubrique. Un maĂ®tre-chanteur phallocrate et oisif se complaisant Ă  duper la gente fĂ©minine par le biais de son charme, de son bagout et de ses pouvoirs surnaturels.


George Miller parvenant donc avec originalité à renouveler le thème de la sorcellerie dans une forme ludique aussi légère que subtile (notamment auprès de l'utilisation de ses formidables effets-spéciaux au service narratif). A la fois drôle, sexy et badin, parfois inquiétant (notamment auprès d'une puritaine erratique que Veronica Cartwright incarne à la perfection dans une force d'expression psychotique), voir même féerique (l'étonnante et fortuite partie de tennis, le trio en lévitation en amont de la piscine), les Sorcières d'Eastwick est un savoureux cocktail d'humour, de charme et séduction sous l'impulsion d'une guerre des sexes soigneusement planifiée. Car autant satire sur le rigorisme parmi le témoignage rabat-joie d'une populace rurale pratiquante, que sur le machisme à travers la polygamie, George Miller égratigne de manière caustique les conflits sempiternels entre l'homme et la femme par le biais d'un jeu de pouvoirs fondé sur la dichotomie de la domination et de la soumission.


Dangereuse alliance
Étonnamment Ă  l'aise dans le registre de la comĂ©die fantastico-romantique avec un Ă©quivalent brio technique, George Miller transfigure au grĂ© de sa flamboyante distribution un dĂ©licieux divertissement aussi frais et extravagant que lors de sa sortie populaire (1 158 563 entrĂ©es rien qu'en France). Si bien que les Sorcières d'Eastwick parvient Ă  se dĂ©tacher de l'ombre du spectacle commercial standard grâce Ă  la personnalitĂ© de son auteur fĂ©ru d'attention pour l'Ă©volution de ces personnages et d'invention pour nous amener Ă  la suivre avec un sens onirique insolite. 

*Bruno
4èx

Récompenses: British Academy Film Awards 1988 : Meilleurs effets visuels
Los Angeles Film Critics Association Awards 1988 : Meilleur acteur pour Jack Nicholson
New York Film Critics Circle Awards 1988 : Meilleur acteur pour Jack Nicholson
Saturn Awards 1988 : Meilleur acteur pour Jack Nicholson

vendredi 28 juin 2019

Ghoulies

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site sensacine.com

de Luca Bercovici. 1984. U.S.A. 1h21. Avec Peter Liapis, Lisa Pelikan, Michael Des Barres, Jack Nance, Peter Risch.

(probablement) InĂ©dit en salles en France. Sortie U.S: 2 Mars 1985 (ou 18 Janvier 1985)

FILMOGRAPHIELuca Bercovici est un réalisateur, acteur et scénariste américain né le 22 Fevrier 1957 à New York. 2006: The Making of 'Kill Your Darlings' (documentaire). 2000 Luck of the Draw. 1999 BitterSweet (Video). 1997 Convict 762. 1996/I The Chain. 1995 The Granny (Video). 1994 Profondeur. 1990 Rockula. 1984 Ghoulies.


Nanar des annĂ©es 80 ayant créé son petit effet de fascination auprès des rats des videos (il fut inĂ©dit en salles chez nous), Ghoulies est une sympathique production Charles Band surfant sur le succès de Gremlins rĂ©alisĂ© la mĂŞme annĂ©e. Petite bande fauchĂ©e nantie d'une intrigue Ă  la fois redondante et capillotractĂ©e (un jeune homme invoque les forces des tĂ©nèbres lors de frĂ©quentes messes noires afin de connaĂ®tre ses origines familiales, quand bien mĂŞme un dĂ©mon exhumĂ© d'outre-tombe tente de lui substituer sa place), Ghoulies amuse gentiment la galerie. Principalement grâce aux superbes crĂ©atures confectionnĂ©es par une Ă©quipe de techniciens parmi lequel y figure John Carl Buechler. Ainsi, ces gnomes d'une laideur velue Ă  la fois dĂ©lirante et fascinante vont semer la zizanie dans un manoir gothique (soigneusement Ă©clairĂ© et ornementĂ©) qu'un jeune couple et ses convives abriteront le temps de rituels sataniques.


Jouant les adulescents assez benêts, les comédiens méconnus s'efforcent de rendre attachant leur fonction de trublions avec autant de charme (notamment auprès des conflits sentimentaux entre notre anti-héros - en quête identitaire - et sa compagne) que d'irritation. Car à force d'outrances verbales et de gestuelles emphatiques, ceux-ci peuvent prêter à la lassitude, notamment faute d'un cheminement superflu dénué de surprises (franchement dommageable que l'intrigue soit si exsangue !). Pour autant, Luca Bercovici ponctue à bâton rompu son récit de scènes chocs parfois surprenantes (la langue géante agrippant la bouche d'une victime) afin de maintenir le spectateur en éveil. Egalement en ne cessant d'exhiber fréquemment à l'écran ces Ghoulies trouble-fête plutôt attachants à travers leur fantaisie grotesque naïvement expressive. Qui plus est, accompagnés d'un couple de nains d'allure médiévale et d'un mort-vivant vaniteux, Ghoulies divertit aimablement aussi vite oublié soit ce produit d'exploitation perfectible.


A redécouvrir d'un oeil distrait avec une pointe de nostalgie.
*Bruno

jeudi 27 juin 2019

Héros d'Apocalypse

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aVoir-aLire.com

"L'ultimo cacciatore" d'Anthony M. Dawson. 1980. U.S.A. 1h37. David Warbeck, Tisa Farrow, Tony King, Bobby Rhodes, Margit Evelyn Newton, John Steiner.

Sortie salles Italie: 9 Août 1980.

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Pur produit d'exploitation surfant sur la vague du film de guerre vietnamien, HĂ©ros d'Apocalypse est symptomatique de ce que le cinĂ©ma italien pouvait produire de plus attractif Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80. Car bien avant Rambo 1 et 2Anthony M. Dawson nous offrait un film d'action belliqueux Ă  l'ultra violence dĂ©complexĂ©e, tant et si bien que ses scènes gores, Ă  la fois percutantes et spectaculaires, irriguent l'Ă©cran dans un dĂ©luge d'explosions et canardages Ă  tout va, Ă  feu et Ă  sang ! Le tout façonnĂ© avec un talent technique artisanal si bien que l'on reste encore aujourd'hui Ă©bahi par le rĂ©alisme de ses scènes chocs furieusement complaisantes (gros plans sur les chairs Ă©clatĂ©es dans des gerbes de sang Fulciennes !). Ainsi, si l'intrigue Ă©tique fait preuve de oisivetĂ© (le capitaine Morris a pour mission de dĂ©truire un Ă©metteur dans un camp vietcong après avoir rejoint une Ă©quipe de rangers ainsi qu'une journaliste retranchĂ©s dans une grotte customisĂ©e !), Anthony M. Dawson compte sur l'intensitĂ© des explosions et carnages en roue libre afin de plonger le spectateur dans un divertissement bourrin aussi bordĂ©lique qu'Ă©pique.


Servi par une plĂ©iade de seconds couteaux familiers des fans de Bis (on y croise David Warbeck, Tisa Farrow, Tony King, Bobby Rhodes et John Steiner), ces derniers se prĂŞtent au jeu belliciste avec un sĂ©rieux dĂ©sinhibĂ©. Car Ă  travers une combinaison de Voyage au bout de l'Enfer et surtout d'Apocalypse Now, nos acteurs transalpins surjouent leur fonction burnĂ© avec un irrĂ©sistible orgueil auto-parodique. C'est simple, on les croirait rĂ©unis au club Med de festoyer et s'extasier Ă  buter du viet dans une posture hĂ©roĂŻque rĂ©solument suicidaire ! C'est dire si Dawson s'adonne aux clichĂ©s tous azimuts, entre premier et second degrĂ©. Car n'hĂ©sitant pas lors de brèves occasions Ă  dĂ©tendre l'atmosphère par le biais de moments de cocasserie aussi grotesques qu'hallucinĂ©es (la fameuse compĂ©tition contre la montre du ranger pour rĂ©cupĂ©rer un fruit du haut d'un arbre en arpentant un sentier truffĂ© de vietcongs !), celui-ci se raille d'une bravoure surhumaine dans un esprit antimilitariste troupier. On sourit Ă©galement (voir on pouffe de rire) lorsque HĂ©ros d'Apocalypse se la joue Apocalypse Now Ă  travers des sĂ©quences cultes contournĂ©es ici dans un esprit bisseux. A l'instar du major Cash caricaturant dans son fanatisme guerrier le lieutenant-colonel Bill Kilgore (entrevu en surfeur dans Apocalypse Now), du message prĂ©ventif que les rangers Ă©coutent frĂ©quemment Ă  la radio afin de dĂ©missionner de leur poste offensif, ou encore de l'ultime chevauchĂ©e des Walkyries reprise ici en Ă©pilogue Ă  travers un thème orchestral contrefait.


RĂ©ussissant par ailleurs l'exploit de nous immerger dans une vĂ©ritable jungle vĂ©gĂ©tative (on se croirait mĂŞme par instant dans Cannibal Holocaust, notamment Ă  travers ses pièges meurtriers !), HĂ©ros d'Apocalypse demeure un fleuron du film de guerre transalpin de par son immense gĂ©nĂ©rositĂ© de nous en foutre plein la vue Ă  renfort de tripes, de sulfateuses et d'explosions furibardes ! A revoir sans modĂ©ration, tel l'antidĂ©presseur de choix ! 

*Bruno
3èx

mercredi 26 juin 2019

Le Professeur / La prima notte di quiete / La première nuit de la Tranquillité

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb

de Valerio Zurlini. Italie/France. 2h12 (version intégrale). Avec Alain Delon, Lea Massari, Monica Dominici, Sonia Petrovna, Giancarlo Giannini, Renato Salvatori, Alida Valli, Adalberto Maria Merli, Salvo Randone, Liana Del Balzo.

Sortie salles France: 18 Octobre 1972 (1er Novembre 1972 selon d'autres sources). Italie: 27 Octobre 1972

FILMOGRAPHIEValerio Zurlini est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 19 mars 1926 Ă  Bologne, dĂ©cĂ©dĂ© le 27 octobre 1982 Ă  VĂ©rone. 1955 : Les Jeunes Filles de San Frediano. 1959 : ÉtĂ© violent. 1961 : La Fille Ă  la valise. 1962 : Journal intime. 1965 : Des filles pour l'armĂ©e. 1968 : Assis Ă  sa droite. 1969 : Quand, comment et avec qui ? 1972 : Le Professeur. 1976 : Le DĂ©sert des Tartares.

"L’amour, cet impossible lointain."

Romance Ă©corchĂ©e vive entre un professeur trentenaire et une Ă©tudiante de dix-neuf ans foudroyĂ©s par une passion dĂ©vorante, Le Professeur dĂ©sarçonne par son atmosphère sinistrĂ©e, traversĂ©e d’une mĂ©lancolie permĂ©able aux cicatrices morales de deux ĂŞtres hantĂ©s par le poids de l’Ă©chec et de l’insatisfaction sentimentale. Succès retentissant en Italie mais Ă©chec en France (allez comprendre), le film transfigure le genre mal-aimĂ© du mĂ©lodrame grâce au talent singulier de Valerio Zurlini, qui y imprime sa personnalitĂ© transalpine.

Son ambiance glauque, baignĂ©e d’une photographie blafarde, et les postures vulgaires de protagonistes peu recommandables - qu’il s’agisse de l’entourage avinĂ© de Daniel ou de celui de Vanina - nous enferment dans un drame conjugal aux faibles lueurs d’espoir.

La grande force de cette Ĺ“uvre fragile rĂ©side dans sa rĂ©interprĂ©tation du genre Ă  travers les thèmes Ă©culĂ©s mais ravivĂ©s de la trahison, de l’infidĂ©litĂ©, de la possessivitĂ© (notamment les rapports masochistes entre Daniel et son Ă©pouse, coexistant dans leur demeure opaque comme dans un tombeau en guise de routine dĂ©sespĂ©rĂ©e), de la jalousie et de l’amour insoluble.


Dans un rĂ´le d’amant torturĂ© et taciturne, Alain Delon Ă©lectrise tranquillement en promenant sa dĂ©gaine de chien battu, tel un fantĂ´me infortunĂ©, quasi suicidaire - jusqu’Ă  ce final expĂ©ditif oĂą il s’Ă©lance dans sa quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de la muse perdue qu'il doit rejoindre pour toujours.
Face Ă  lui, l’Ă©lectrisante Sonia Petrovna magnĂ©tise l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions sensuelles. Comme Daniel, le spectateur succombe Ă  son charme noir, redoutant pourtant l’aigreur insurmontable d’une relation prĂ©caire, noyĂ©e d’amertume, de malaise, de remords et de dĂ©sillusion.
Le Professeur aborde, tantĂ´t par la suggestion des regards et des silences (l'incroyable sĂ©quence du night club alternant les Ă©changes de regards en plan serrĂ©), tantĂ´t par la brutalitĂ© des corps et des Ă©treintes sauvages, la cruautĂ© de l’Ă©moi amoureux Ă  travers des esprits rebelles, victimes de leur propre marginalitĂ© et de leur isolement moral. 
Vanina, marquĂ©e par l’ombre d’une mère catin et des conquĂŞtes phallocrates qui l’ont façonnĂ©e, croise Daniel, lui-mĂŞme hantĂ© par la disparition du père et surtout par le suicide de sa sĹ“ur : deux âmes en ruine, cherchant dans l’autre une impossible rĂ©paration.

 
Ĺ’uvre atypique, irriguĂ©e de spleen et de pessimisme sous la lumière vacillante d’un climat vaporeux, Le Professeur explore la passion amoureuse comme l’ultime sursaut de losers nĂ©vrotiques, tentant de s’accrocher au fil tĂ©nu de la rĂ©demption sentimentale.
Un drame d’une noirceur somptueuse, audacieuse, lucide - oĂą chaque geste, chaque regard, semble s’Ă©teindre dans le dĂ©sespoir des cĹ“urs trop usĂ©s pour aimer encore au coeur d'un no man's land feutrĂ©.
Un film personnel et intime qui s’infiltre sous la peau et hante longtemps après la dernière image pudique.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

3èx. VOSTF