samedi 29 février 2020

Wind Chill

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gregory Jacobs. 2007. U.S.A/Angleterre. 1h31. Avec Emily Blunt, Ashton Holmes, Chelan Simmons, Martin Donovan, Ned Bellamy.

Sortie uniquement en Dvd en France: 30 Janvier 2008. U.S: 27 Avril 2007

FILMOGRAPHIEGregoy Jacobs est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2020: Untitled Tom Papa comedy special (TĂ©lĂ©film). 2015: Magic Mike XXL. 2007: Wind Chill. 2004:  Criminal.


Un pur film d'ambiance mĂ©prisĂ© et oubliĂ©. 
LimogĂ© de nos salles obscures dans nos contrĂ©es alors qu'Outre-Atlantique il se voit rĂ©duit Ă  une sortie limitĂ©e, Wind Chill dĂ©barque sous support Dvd neuf mois après sa sortie timorĂ©e. Nos distributeurs français ayant Ă©tĂ© probablement frileux de son potentiel commercial eu Ă©gard de son rythme faiblard et de son absence de gore ne misant donc que sur son ambiance horrifique particulièrement rĂ©frigĂ©rante. Mais c'est justement Ă  travers cette atmosphère d'Ă©trangetĂ© sous-jacente, ce sentiment d'insĂ©curitĂ© palpable que Wind Child parvient Ă  captiver pour s'extirper du produit lambda sous l'impulsion d'un attachant duo d'acteurs d'un humanisme Ă  la fois sobrement fĂ©brile et dĂ©semparĂ©. La charmante Emily Blunt, douce, caractĂ©rielle, dĂ©terminĂ©e mais aussi chĂ©tive, et Ashton Holmes, dragueur empotĂ© mais dĂ©vouĂ©, se partageant la rĂ©plique avec une belle conviction, et ce jusqu'Ă  l'Ă©mergence d'une brutale intensitĂ© dramatique. Si bien que l'on se familiarise dès le dĂ©part Ă  leurs scènes de mĂ©nage qu'il se provoquent en huis-clos. A savoir, se renvoyer la faute de l'accident au moment mĂŞme oĂą celle-ci suspecte son chauffeur d'avoir pris un raccourci pour l'enjeu d'un plan cul.


Wind Child nous narrant à l'aide d'une économie de moyens la nuit de cauchemar de ce couple confiné dans l'habitacle de leur véhicule à la suite d'un accident avec un étrange chauffard. Filmé entièrement de nuit dès que ceux-ci se retrouvent perdus au coeur d'un sentier bucolique enneigé, Wind Child invoque une immersion constante en y provoquant en intermittence un surnaturel à la fois interlope et feutré, de par la présence d'ectoplasmes déambulant à proximité d'un cimetière. Et si l'intrigue bizarroïde (son argument surnaturel récursif), bâclée (les motivations expéditives des prêtres d'un étonnant charisme ténébreux !) et inachevée (un shérif serial-killer s'en prend aux touristes du coin en provoquant des accidents routiers) nous fait songer à un épisode grandeur nature de la 4è Dimension, notamment dans son parti-pris d'y télescoper réalité et cauchemar, elle ne manque pas de nous envoûter avec un humanisme empathique (renforcé du jeu mélancolique d'Emily Blunt). Ajoutez enfin à ce cruel enjeu de survie un sentiment d'isolement et d'inconfort tangibles, tant auprès du décorum forestier (qui plus est fouetté d'un blizzard !) que de la menace invisible rodant aux alentours. Quand bien même quelques fantômes s'y matérialisent pour se railler de leurs proies au gré d'hallucinations (et ce en dépit de 2 effets numériques plutôt foirés).


Purement atmosphĂ©rique dans un format scope joliment photographiĂ© de teintes dĂ©saturĂ©es, Wind Child mĂ©rite franchement le dĂ©tour pour qui raffole les (purs) films d'ambiance. Et ce dans le cadre intègre de la sĂ©rie B intimiste adepte de la suggestion et de l'angoisse Ă©touffĂ©e (au grand dam d'une narration inachevĂ©e). Une tentative ratĂ©e certes, pour autant magnĂ©tique, un brin mĂ©lancolique (quel joli score Ă©lĂ©giaque !), attachante et sincère. A dĂ©couvrir.  

*Bruno
2èx

vendredi 28 février 2020

Urban Legend

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jamie Blanks. 1999. U.S.A. 1h39. Avec Jared Leto, Alicia Witt, Rebecca Gayheart, Tara Reid, Michael Rosenbaum, Loretta Devine

Sortie salles France: 17 Mars 1999

FILMOGRAPHIE: Jamie Blanks est un réalisateur et compositeur australien. 1998 : Urban Legend
2000 : Mortelle Saint-Valentin. 2007 : Storm Warning ou Insane. 2009 : Long Weekend. 2010 : Needle.


On ne va pas se leurrer ! Si vous abordez Urban Legend au 1er degrĂ©, il s'agit d'un produit de consommation standard surfant sur la vague Scream et Souviens toi l'Ă©tĂ© dernier Ă  travers son florilège de clichĂ©s pachydermiques et de persos stĂ©rĂ©otypĂ©s s'auto-parodiant. Cette sĂ©rie B modestement emballĂ©e (bien que son montage laisse Ă  dĂ©sirer - ce qui renforce aujourd'hui son charme dĂ©suet -) s'avère donc parfaitement dispensable, pour ne pas dire inutile (comme le soulignaient les critiques de l'Ă©poque). Pour autant, si vous ĂŞtes aptes Ă  prendre le recul du second degrĂ© afin de le visionner tel un plaisir coupable, Urban Legend s'avère Ă  la fois bonnard et franchement ludique. Tant auprès de son rythme cinĂ©tique fertile en mises Ă  mort cruelles (le prĂ©lude s'avère d'ailleurs savoureux dans sa stratĂ©gie meurtrière en trompe l'oeil, mĂŞme si tĂ©lĂ©phonĂ©e !), de son orchestration musicale Ă©minemment stridente et de ses protagonistes juvĂ©niles tentant de fuir le tueur avec une maladresse souvent (involontairement) hilarante. Tant et si bien que chaque comĂ©dien adopte leur rĂ´le sobrement probablement afin de concurrencer la nouvelle rĂ©fĂ©rence des annĂ©es 90 ayant revitaliser le sous-genre, Scream de Craven.


D'ailleurs, et pour parachever dans le délire folingue, on s'émoustille en sus des expressions désaxées du fameux tueur à capuche se raillant de ses ultimes victimes lors d'un final trinaire digne d'un cartoon de Tex Avery. Ainsi, Jamie Blanks parvient donc à jongler avec les clichés du psycho-killer avec une efficacité sarcastique (notamment auprès des postures décomplexées des ados), de par son (involontaire) dérision irriguant chaque situation de stress ou de terreur. Les meurtres inspirés de légendes urbaines intervenant comme de coutume tous les quarts d'heure entre 2 jumps-scare infructueux (avouons le !). Quand bien même ses fameuses allusions aux faux coupables nous divertissent tout autant dans leur volonté dérisoire de nous faire croire qu'un tel ou un tel demeure le véritable meurtrier. Quant à l'issue du dénouement grotesque, il s'avère tant capillotracté que l'on ri une ultime fois de bonne grâce face à ces argument éculés. Les infaillibles de psycho-killer connaissant tant les ficelles qu'il ne parviendront pas à retenir leur sérieux face aux mobiles de l'assassin en proie à une vendetta psychotique tirée par le chignon. Et je ne vous raconte pas l'intarissable cliffhanger de dernier ressort faisant office de pittoresque clin d'oeil afin de laisser le spectateur sur un sentiment de stupeur "bon enfant" !


Hommage semi-parodique aux psycho-killers des années 80; Urban Legend s'avère franchement ludique et facétieux à travers son pot-pourri de références horrifiques que le puriste s'amuse à comptabiliser avec un plaisir (coupable) de cinéphile. A moins de le rejeter en bloc et préférer revoir une 10è fois le parangon du genre: Halloween de Carpenter ! A vous de choisir votre camp et d'opérer le bon choix ^^

*Bruno
2èx

jeudi 27 février 2020

Les Valeurs de la Famille Addams

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Addams Family Values" de Barry Sonnenfeld. 1993. U.S.A. 1h34. Avec Anjelica Huston, Raúl Juliá, Christopher Lloyd, Christina Ricci, Jimmy Workman, Carol Kane, Joan Cusack.

Sortie salles France: 22 Décembre 1993

FILMOGRAPHIEBarry Sonnenfeld est un réalisateur, acteur, producteur et directeur de la photographie américain né le 1er avril 1953 à New York (États-Unis). 1991 : La Famille Addams. 1993 : Les Valeurs de la famille Addams. 1993 : Le Concierge du Bradbury. 1995 : Get Shorty. 1997 : Men in Black. 1999 : Wild Wild West. 2002 : Big trouble. 2002 : Men in Black 2. 2006 : Camping Car. 2012 : Men in Black 3. 2016 : Ma vie de chat.


Si Barry Sonnenfeld a déçu nombre de fans avec son 1er long La Famille Adams, sa sĂ©quelle rĂ©alisĂ©e 2 ans plus tard contredit Ă  point nommĂ© la formulation de la "suite ratĂ©e" de par son inventivitĂ© en roue libre et l'extravagance des acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans les provocations macabres. Car vĂ©ritable pied de nez au politiquement correct et Ă  Walt Disney, tout en rendant un hommage caustique au gĂ©nocide indien (l'anthologique pièce de théâtre face aux parents dĂ©confits !), les Valeurs de la Famille Adams s'avère terriblement gĂ©nĂ©reux Ă  travers sa profusion de gags insolents qu'enchaĂ®nent chaque membre de la famille Addams avec sĂ©rieux inĂ©branlable. Mention spĂ©ciale Ă  Christina Ricci dans le rĂ´le impassible de Mercredi dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dynamiter les convenances au sein d'un camp de vacances dirigĂ© par 2 moniteurs aussi benĂŞts qu'ultra conservateurs.


L'intrigue oscillant les tribulations de Mercredi et de Pugsley tentant de s'adapter auprès d'une communauté de scouts grégaires, avec les stratégies sans vergogne de la veuve noire Debbie Jellinsky (Joan Cusack, exquise de diableries perverses en duchesse pimpante !) ayant tissé sa toile dans le coeur de Fétide. S'ensuit donc à rythme métronome une avalanche de gags gouailleurs où les coups les plus cyniques et les plus couards s'affrontent la vedette quant aux postures soumises de Mercredi, Pugsley, Fétide et du nouveau né Puberté que Mercredi a bien du mal à tolérer en guise de filiation. Quant aux décors gothiques fréquemment crépusculaires (tant internes qu'externes), ils se prêtent à merveille aux us et coutumes des Addams baignant dans l'indépendance la plus marginale à coup d'effets spéciaux parfaitement exploités si bien qu'ils ne sombrent jamais dans l'inanité. Une récréation bougrement pétulante donc, vent de fraîcheur roboratif contre les pisse-froids bien-pensants.

*Bruno
2èx

mercredi 26 février 2020

A l'Est d'Eden. Golden Globe du Meilleur film dramatique, 1956.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Amazon.fr

"East of Eden" d'Elia Kazan. 1955. U.S.A. 1h56. Avec James Dean, Julie Harris, Raymond Massey, Richard Davalos, Burl Ives, Jo Van Fleet

Sortie salles France: 26 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Elia Kazanjoglous, dit Elia Kazan est un rĂ©alisateur, metteur en scène de théâtre et Ă©crivain amĂ©ricain d'origine grecque, nĂ© le 7 septembre 1909, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 septembre 2003. 1940 : It's Up to You (documentaire). 1945 : Le Lys de Brooklyn. 1947 : Le MaĂ®tre de la prairie. 1947 : Boomerang ! 1947 : Le Mur invisible. 1949 : L'HĂ©ritage de la chair. 1950 : Panique dans la rue. 1951: Un tramway nommĂ© DĂ©sir. 1952 : Viva Zapata! 1953 : Man on a Tightrope. 1954 : Sur les quais. 1955 : Ă€ l'est d'Eden. 1956 : Baby Doll. 1957 : Un homme dans la foule. 1960 : Le Fleuve sauvage. 1961 : La Fièvre dans le sang. 1963 : America, America. 1969 : L'Arrangement. 1972 : Les Visiteurs. 1976 : Le Dernier Nabab.

Chef-d’Ĺ“uvre d'Elia Kazan, immortalisĂ© par la prĂ©sence incandescente de James Dean - alors mĂŞme qu’il s’agit de son premier rĂ´le Ă  l’Ă©cran - Ă€ l’Est d’Eden conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  sa puissance dramatique d’une Ă©pure saisissante. Le film impressionne autant par le jeu des acteurs, bouleversants d’humanitĂ© candide, que par la mise en scène du cinĂ©aste, qui sublime une douloureuse rivalitĂ© familiale dans une fulgurance estampillĂ©e "Technicolor".

Nombre de plans s’apparentent Ă  de vĂ©ritables tableaux, oĂą la nature florissante dialogue avec les tourments intĂ©rieurs, sans jamais cĂ©der Ă  une quelconque gratuitĂ© esthĂ©tique. Les corps et les dĂ©cors - naturels comme domestiques - finissent par se confondre dans le cadre, dans une alchimie presque irrĂ©elle, comme si chaque espace devenait le prolongement immĂ©diat des Ă©tats d’âme.

Ă€ travers le portrait d’une famille brisĂ©e par le silence et la rupture, le film Ă©pouse l’introspection morale du jeune Cal, en quĂŞte d’une mère disparue autant que de l’amour d’un père incapable de le voir. Un père qui, Ă  l’inverse, voue une admiration plus Ă©vidente Ă  son autre fils, Aaron, figure rassurante de rĂ©ussite, lui-mĂŞme entourĂ© d’une fiancĂ©e aussi lumineuse que vertueuse.

Toute la trajectoire du rĂ©cit repose sur ce cheminement intĂ©rieur : celui d’un adolescent dĂ©chirĂ© entre sa quĂŞte maternelle, un mal-ĂŞtre existentiel de plus en plus envahissant, et un dĂ©sir de rĂ©demption qui semble constamment lui Ă©chapper. Cal avance ainsi, vacillant, prisonnier d’une condition qu’il ressent comme maudite, tandis que son entourage ne cesse de juger, voire d’Ă©touffer, sa solitude farouche, de par sa nature Ă  la fois taciturne et rebelle.

Électrisant l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, James Dean impose une prĂ©sence naturelle, presque insaisissable. Fragile, hĂ©sitant, souvent maladroit dans ses Ă©lans dĂ©sespĂ©rĂ©s pour gagner l’affection paternelle, il bouleverse par la simplicitĂ© dĂ©sarmante de son jeu. Une expressivitĂ© Ă  fleur de peau, jamais forcĂ©e, qui capte l’instant avec une vĂ©ritĂ© trouble.

Face Ă  lui, Julie Harris dĂ©ploie une humanitĂ© lumineuse, tout en retenue, incarnant une figure de soutien dont la tendresse se teinte peu Ă  peu d’une ambiguĂŻtĂ© sentimentale. Le triangle qu’elle forme avec Cal et Aaron trouve sous le regard de Kazan un Ă©quilibre d’une Ă©lĂ©gance inĂ©dite, oĂą la douceur des sentiments se mĂŞle Ă  une tension Ă©motionnelle constante.

Car Ă€ l’Est d’Eden touche Ă  une forme de grâce rare. Celle d’un cinĂ©ma oĂą chaque Ă©lĂ©ment - la richesse des couleurs, la justesse des interprètes, la force universelle du rĂ©cit - semble habitĂ© par une sincĂ©ritĂ© absolue. Kazan y dĂ©peint des ĂŞtres meurtris, traversĂ©s de contradictions, avec finesse psychologique.

L’intĂ©rĂŞt du rĂ©cit rĂ©side alors dans cette lente Ă©volution morale de Cal, adolescent incompris aux Ă©lans sincères, confrontĂ© Ă  un père autoritaire, rigide et orgueilleux. Un chemin semĂ© d’Ă©preuves, oĂą les rĂ´les se renversent peu Ă  peu, jusqu’Ă  ouvrir peut-ĂŞtre la possibilitĂ© fragile d’une rĂ©conciliation.

Revoir Ă€ l’Est d’Eden, tel un rituel mĂ©tronome, c’est se confronter Ă  une Ĺ“uvre intemporelle, dont la beautĂ© “rĂ©tro” ne cesse de vibrer avec une intensitĂ© intacte. Et au cĹ“ur de cette Ă©motion, demeure le visage de James Dean - celui d’un Ă©phèbe tourmentĂ©, d’une grâce presque irrĂ©elle, qui continue, battement de cil après battement de cil, de faire chavirer les cĹ“urs. L'Ă©ternitĂ© est en lui j'vous dis. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx

Récompenses:
Golden Globe, Meilleur film Dramatique, 1956.
Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Jo Van Fleet lors de la 28e cérémonie des Oscars.

mardi 25 février 2020

The Nightingale. Prix Spécial du Jury, Mostra de Venise.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jennifer Kent. 2018. Australie. 2h12. Avec Sam Claflin, Damon Herriman, Aisling Franciosi,
Charlie Shotwell, Ewen Leslie, Sam Smith.

Sortie salles Australie: 13 Octobre 2018. Italie (Mostra de Venise): 8 Septembre 2018

FILMOGRAPHIEJennifer Kent est une actrice, scénariste et réalisatrice australienne née à Brisbane en Australie. 2005 : Monstre (court métrage). 2014 : Mister Babadook. 2018 : The Nightingale.


"La meilleure façon de se venger d'un ennemi est de ne pas lui ressembler"
Pour son second long mĂ©trage, Jennifer Kent nous prouve que Mister Badadook n'Ă©tait pas un accident, tant et si bien qu'avec The Nightingale elle s'avère autrement ambitieuse Ă  transcender le sous-genre du Rape and Revenge avec une maturitĂ© insoupçonnĂ©e. Car les quelques sĂ©quences chocs qui Ă©maillent l'intrigue ont beau flirter avec l'insoutenable (viols en rĂ©union, bĂ©bĂ© et enfant assassinĂ©s face camĂ©ra, exaction sordide auprès d'un violeur, ad nauseam), Jennifer Kent s'extirpe de la complaisance de par son parti-pris d'y exprimer un rĂ©alisme cru afin de mieux dĂ©noncer les consĂ©quences du châtiment punitif. Notamment eu Ă©gard de la victime Ă©plorĂ©e s'efforçant de traquer ses tortionnaires avec une apprĂ©hension et un dĂ©sarroi davantage prĂ©gnants. Aisling Franciosi portant le film Ă  bout de bras avec une force d'expression Ă  la fois fĂ©brile et chĂ©tive au fil de son pĂ©riple sĂ©vèrement hostile (la guerre Ă©clatant tous azimuts lors de ses pĂ©rĂ©grinations). DĂ©nuĂ©e de fard et impeccablement dirigĂ©e, celle-ci parvient Ă  susciter une bouleversante empathie lors de son pĂ©riple meurtrier beaucoup plus imprĂ©visible que prĂ©vu si je me rĂ©fère Ă  sa remise en question sentencieuse. Et c'est bien lĂ  la grande force de The Nightingale lorsque la victime blasĂ©e de ses actes crapuleux dĂ©cide Ă  mi-parcours de rebrousser chemin pour s'obscurcir dans la nuit.


Outre l'impact Ă©motionnel que l'actrice suscite Ă  travers son tempĂ©rament bipolaire, Baykali Ganambarr lui partage la vedette avec une Ă©motion souvent contenue de par sa virilitĂ© primitive et les cruelles Ă©preuves de son passĂ© comparables au vĂ©cu de sa partenaire Clare. A eux deux, ils forment un tandem nĂ©vralgique inusitĂ© de par leur diffĂ©rence de culture et leur fragilitĂ© humaine teintĂ©e d'amour, de rĂ©demption mais aussi d'amertume. De par leur appui commun Ă  unir leurs forces pour l'enjeu d'une auto-justice, c'est Ă©galement l'occasion pour la rĂ©alisatrice de nous transfigurer une magnifique histoire d'amitiĂ© et de tolĂ©rance que le couple infortunĂ© uniformise dans leur condition d'exclusion. Quant au rĂ´le du "mĂ©chant", ou plus prĂ©cisĂ©ment de l'engeance, c'est bien connu: "Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, plus rĂ©ussi sera le film !". Cette tagline empruntĂ©e Ă  Hitchock ne dĂ©roge donc pas Ă  la règle si bien que l'acteur Sam Claflin immortalise de son empreinte dĂ©lĂ©tère le rĂ´le d'un officier sans vergogne se vautrant dans le viol et le meurtre avec une impassibilitĂ© exĂ©crable. Et ce en dĂ©pit de son physique bellâtre imprimĂ© d'orgueil impĂ©rieux et de condescendance. On peut d'ailleurs noter qu'Ă  travers la haine qu'il nous attise nous attendions impatiemment sa dĂ©route promise, et ce avant de nous remettre sur le droit chemin de la morale, faute des exactions putassières de Clare subitement consciente de s'ĂŞtre adonnĂ©e Ă  une ultra-violence prĂ©judiciable. 


RĂ©cit initiatique Ă  la sagesse et Ă  la rĂ©demption sous couvert d'une intelligente rĂ©flexion sur la perte de l'innocence, manifeste anti-raciste quant Ă  la condition soumise des aborigènes victimes de la purge coloniale des britanniques en 1825, The Nightingale constitue une Ă©prouvante descente aux enfers que Jennifer Kent inscrit sur pellicule de sa personnalitĂ© frondeuse. DĂ©nuĂ© de partition musicale et tournĂ© en 1.37 Ă  travers une fastueuse flore naturelle, celle-ci honore le drame naturaliste sous couvert d'un Rape and Revenge âpre et tendu mais onirique (tant crĂ©pusculaire que limpide) et profondĂ©ment humaniste quant Ă  la valeur de son intensitĂ© dramatique. 

Dédicace à Cid Orlandu

*Bruno

Récompenses:
Mostra de Venise 2018 :
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Baykali Ganambarr
Prix spécial du jury pour Jennifer Kent

lundi 24 février 2020

The Machinist

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Brad Anderson. 2004. U.S.A/Espagne. 1h42. Avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sanchez-Gijon, John Sharian, Michael Ironside, Lawrence Gilliard.

Sortie salles France: 19 Janvier 2005. U.S: 18 Janvier 2004

FILMOGRAPHIEBrad Anderson est un réalisateur né en 1964 à Madison (Connecticut) aux États-Unis. Il est également scénariste et monteur. 1995 : Frankenstein's Planet Monster's! 1996 : The Darien Gap. 1999 : Et plus si affinités. 2001 : Session 9. 2001 : Happy Accidents. 2005 : The Machinist. 2008 : Transsibérien. 2010 : L'Empire des Ombres. 2013 : The Call. 2014 : Hysteria. 2018: Opération Beyrouth. 2019 : La Fracture.


Drame psychologique greffĂ© au thriller, The Machinist relate la lente folie paranoĂŻde d’un ouvrier solitaire rongĂ© par l’insomnie. Amaigri de 28 kilos pour le rĂ´le, Christian Bale porte le film sur ses frĂŞles Ă©paules dans cette fonction contrariĂ©e de victime persĂ©cutĂ©e par un Ă©trange mastard Ă  lunettes noires. ÉclairĂ© par une photographie dĂ©saturĂ©e, contrastant avec les Ă©tats d’âme torturĂ©s de Trevor - dont les seules compagnies amiteuses se rĂ©sument Ă  une prostituĂ©e au grand cĹ“ur et une serveuse de snack - The Machinist plonge le spectateur au cĹ“ur d’une psychĂ© nĂ©buleuse, au fil d’un climat malsain toujours plus saillant. Brad Anderson parvient Ă  distiller une atmosphère ombrageuse et permĂ©able autour de ce personnage profondĂ©ment empathique, injustement broyĂ© dans sa condition morale, attachĂ© Ă  des valeurs d’amabilitĂ©, d’amitiĂ© et de considĂ©ration, notamment envers la gente fĂ©minine, tandis que ses collègues d’usine ne cessent de le brimer et de le discrĂ©diter Ă  la suite d’un grave incident professionnel qu’il a provoquĂ©.


BercĂ© par une partition hitchcockienne de Roque Baños - au point que l’ombre de Bernard Herrmann plane sur l’intrigue - The Machinist convoque Ă©galement des rĂ©miniscences de Lynch et de Polanski pour incarner la moralitĂ© en berne de Trevor, persuadĂ© d’ĂŞtre la victime d’un complot Ă  grande Ă©chelle. Le spectateur dĂ©mystifie peu Ă  peu l’irrationalitĂ© de ces situations, Ă©manant d’un esprit dĂ©labrĂ© par l’insomnie (il avouera n’avoir pas dormi depuis un an), au point d’engendrer hallucinations et distorsions de la rĂ©alitĂ©. Sans dĂ©voiler son dĂ©nouement surprenant - moins brutal qu’attendu, mais autrement plus accablant sur le plan humain - Brad Anderson rĂ©vèle un scĂ©nario plus subtil qu’il n’y paraĂ®t, reconsidĂ©rant le profil de Trevor, rongĂ© par la culpabilitĂ©, la honte et le remords. De ce retournement aussi inopinĂ© que cohĂ©rent Ă©merge un nouveau niveau de lecture, Ă©clairant les tenants et aboutissants moraux d’un homme occultant un secret odieux.


Par son climat dĂ©lĂ©tère, lentement envoĂ»tant jusqu’Ă  instiller un malaise moral, et par la rigueur d’une mise en scène dĂ©pouillĂ©e scrutant les agissements interlopes d’une victime paranoĂŻaque aux portes de la dĂ©mence, The Machinist s’impose comme un vĂ©ritable thriller Ă  suspense, doublĂ© d’un drame psychologique poignant, que Christian Bale magnifie d’un humanisme discrètement dĂ©cent.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx

vendredi 21 février 2020

Golden Glove

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Der Goldene Handschuh" de Fatih Akın. 2019. France/Allemagne. 1h50. Avec Jonas Dassler, Margarethe Tiesel, Katja Studt, Dirk Böhling, Hark Bohm

Sortie salles France: 26 Juin 2019 (Int - 16 ans). Allemagne: 21 FĂ©vrier 2019 

FILMOGRAPHIE: Fatih Akın est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur allemand d'origine turque, né le 25 août 1973 à Hambourg en Allemagne. 1998 : L'Engrenage. 2000 : Julie en juillet. 2001 : Denk ich an Deutschland - Wir haben vergessen zurückzukehren (documentaire). 2002 : Solino. 2004 : Head-On. 2005 : Crossing the Bridge - The Sound of Istanbul (documentaire). 2007 : De l'autre côté. 2009 : Soul Kitchen. 2012 : Polluting Paradise (documentaire). 2014 : The Cut. 2016 : Tschick. 2017 : In the Fade. 2019 : Golden Glove.


"Coeurs fragiles, s'abstenir !" Une tagline que les fans d'horreur ont pu lire des centaines de fois sur les affiches racoleuses en guise d'alibi mercantile. Sauf qu'en l'occurrence, une seule envie nous titille l'esprit Ă  l'issue de la projo ! Prendre une douche afin de se purger des saillies d'immondices que le rĂ©alisateur vient de nous projeter 1h50 durant ! Ainsi donc, âmes sensibles (dans le sens viscĂ©ral j'entends !), vous voilĂ  prĂ©venus ! Tant et si bien que je viens personnellement d'assister au portrait de serial-killer le plus cradingue, insalubre et misĂ©reux du genre horrifique (Maniac ou encore Henry n'ont qu'Ă  bien s'tenir !). Car tirĂ© de l'histoire vraie du tueur en sĂ©rie Fritz Honka ayant sĂ©vi Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70 en y assassinant 4 prostituĂ©es, Golden Glove demeure une Ă©prouvante descente aux enfers dans les bas fonds des caniveaux et cuvettes de chiottes les plus dĂ©gueulbifs ! Putassier, effrontĂ©, dĂ©bauchĂ©, (un chouilla) porno (masturbation Ă©pileptique face Ă©cran), Ă©mĂ©tique, hardcore, glauque, sordide et surtout crapoteux, de par son ambiance ultra malsaine oscillant taudis exigu et bar Ă  poivrots suintant communĂ©ment pisse, sueur, sperme et sang, Golden Glove  confine au malaise viscĂ©ral "ad nauseum". Si bien que Fatih Akin (dĂ©jĂ  responsable du tĂ©tanisant mais autrement bouleversant Head-On !) n'y va pas par quatre chemin pour nous confronter au drame social le plus cru et fuligineux.


Pour ce faire, il nous immerge de plein fouet dans la quotidiennetĂ© ordurière d'un loser dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© tuant sa sinistre condition morose dans l'alcool et la baise. Il faut dire que notre serial-killer s'avère physiquement laid, puant, vĂ©rolĂ©, antipathique, fourbe, irascible, ultra brutal, et ce en dĂ©pit de sa dĂ©tresse Ă  combler ses lacunes sentimentales dans des concertations lubriques. Et donc, de par son tableau impitoyable d'une misère humaine en dĂ©liquescence (parmi l'appui d'authentiques gueules de poivrots dĂ©jĂ  condamnĂ©s Ă  trĂ©passer !), Golden Glove nous vrille et salit les yeux de par sa vigueur olfactive dĂ©coulant des coĂŻts et exactions criminelles que Fritz Honka enchaĂ®ne lors d'addictions incontrĂ´lĂ©es (tant pour l'alcool et la baise que l'homicide le plus brutal). Mais Ă©ludant miraculeusement la complaisance auprès des sĂ©quences horrifiques sanglantes, Fatih Akin joue d'autant mieux avec notre voyeurisme et nos nerfs quant Ă  l'ultra rĂ©alisme des situations orageuses et expressions sentencieuses (je tire mon chapeau Ă  chaque acteur, jusqu'aux second-rĂ´les et figurants du fond !). Des Ă©changes de regards Ă©vasifs que s'Ă©changent Fritz et ses proies sexuelles pataudes, faute de sa repoussante laideur. A l'instar des odeurs d'excrĂ©ments et cadavres putrĂ©fiĂ©s qui pullulent dans son appartement. Parfois caustique auprès de cette faune de quidams avinĂ©s Ă  la limite de l'aliĂ©nation dans leur condition toxico, Golden Glove est une expĂ©rience extrĂŞme avec la prĂ©caritĂ© la plus irrĂ©cupĂ©rable. Bref, tout le monde est au fond du trou, il n'y a plus qu'Ă  y tirer la chasse !


Affreux, sale et méchant
Maelstrom d'images obscènes oĂą gueulantes et verres brisĂ©s se mĂŞlent au foutre et aux vomissures au sein d'un microcosme sociĂ©tal tristement loqueteux, Golden Glove provoque Ă  l'extrĂŞme pour y marquer de son empreinte rubigineuse l'authentique profil d'un tueur esseulĂ© victime de son ignorance dĂ©ficiente. Inoubliable car sensoriel, traumatique, dĂ©rangeant et Ă  la limite du soutenable (l'interminable scène de strangulation est la pire que j'ai vu au cinĂ©ma), que l'on adhère ou que l'on rejette en bloc ce pavĂ© dĂ©cadent. 

Ci-joint la chronique de Head-Onhttps://brunomatei.blogspot.com/2018/11/head-on-ours-dor-berlin-2004.html

Dédicace à Mylène Lam.
*Bruno

Biographie de Fritz Honka (Wikipedia) :

" De petite taille (1,65 m), Fritz Honka était extrêmement complexé. À cause de cela, il aimait uniquement les femmes plus petites que lui, et les préférait édentées à cause de ses peurs incontrôlables de mutilation lors des fellations. Il aimait solliciter des prostituées âgées du Reeperbahn à Hambourg. Il massacra au moins quatre d'entre elles dans sa petite chambre se situant dans le grenier d'un immeuble situé au 74 de la Zeißstraße, dans le quartier d'Ottensen), à Hambourg. Il conservait les corps dans son appartement, et, pour lutter contre les odeurs nauséabondes à la suite d'une plainte des voisins due aux odeurs pestilentielles qui se dégageaient de son appartement, il les aspergea d'eau de Cologne. En janvier 1975, les restes momifiés furent découverts par les pompiers à la suite d'un incendie provoqué par l'accumulation des vapeurs d'alcool stagnantes dans la pièce. Veilleur de nuit, Honka n'était pas présent au moment des faits, et fut arrêté chez lui à son retour. Pour sa défense, Honka indiqua qu'il avait tué ces femmes après qu'elles se furent moquées ouvertement de sa préférence pour les fellations plutôt que pour des rapports sexuels classiques. Il fut condamné à l'emprisonnement à perpétuité, le maximum prévu par la loi allemande, mais il fut en fait libéré de prison en 1993. Il passa ses dernières années sous le nom de Peter Jensen dans une maison de retraite.

Il est mort Ă  l'hĂ´pital de Langenhorn, Ă  Hambourg le 19 octobre 1998."

jeudi 20 février 2020

Le 13è Guerrier. Meilleur film, Imagen Foundation Awards 2000.


Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The 13Th Warrior" de John Mc Tiernan. 1999. U.S.A. 1h42. Avec Antonio Banderas, Omar Sharif, Vladimir Kulich, Dennis Storhoi, Clive Russell, Daniel Southern.

Sortie salles France: 18 Août 1999

FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic.


DĂ©prĂ©ciĂ© par la critique et boudĂ© par le public (il rapporte dans le monde 61 millions de dollars pour un budget estimĂ© Ă  160 !), le 13è Guerrier constitue la pièce maudite du grand John Mc Tiernan. Tant et si bien que selon mon jugement de valeur je me demande encore aujourd'hui ce qui a bien pu chagriner les renfrognĂ©s en dĂ©pit de son montage Ă©minemment chaotique (le prĂ©lude - les prĂ©sentations entre l'ambassadeur Ahmed Ibn Fahdlan et les vikings - est expĂ©diĂ© en quelques secondes alors qu'il aurait fallu le dĂ©velopper en 10/15 minutes, l'expĂ©dition des guerriers dans la grotte pose ce mĂŞme problème elliptique) que Michael Chrichton se rĂ©appropria depuis sa discorde avec le rĂ©alisateur. C'est Ă©galement au producteur qu'incombe la responsabilitĂ© d'avoir modifiĂ© la partition musicale en post-production initialement prĂ©vue par Graeme Revell, si bien qu'il fit personnellement appel Ă  Jerry Goldsmith. En tout Ă©tat de cause, ce nouveau score orchestral se prĂŞte pourtant en harmonie au climat Ă©pique de l'aventure menĂ©e avec un savoir-faire vertigineux. On peut d'ailleurs parler de modèle d'efficacitĂ© au grand dam d'un pitch somme toute linĂ©aire (attaques/ contre-attaques et vice versa entre vikings et cannibales) que Tiernan Ă©labore sous le moule du pur divertissement menĂ© sur rythme alerte. Alors oui, par moments, on a bien le sentiment que les pĂ©rĂ©grinations de nos hĂ©ros demeurent beaucoup trop furtives, notamment auprès de l'Ă©bauche des offensives, si bien que la prĂ©cipitation des Ă©vènements fait un peu tache en terme de structure narrative.


Mais pour autant, et avec une volontĂ© (payante) d'y transcender le genre, Mc Tiernan parvient Ă  nous scotcher et Ă  retenir notre souffle lors d'une succession de batailles anthologiques dignes d'un Conan le Barbare, Excalibur ou encore Dar l'Invincible. Autant souligner que le spectacle homĂ©rique fait frĂ©quemment preuve de barbarie de par le fracas des armes et ses corps Ă  corps ensanglantĂ©s n'hĂ©sitant pas Ă  s'Ă©ventrer ou Ă  se dĂ©capiter au grĂ© d'un souffle Ă©pique sensitif. Tant et si bien que les magnifiques dĂ©cors naturels font office de personnages Ă  part entière lors d'intempĂ©ries diluviennes ou embrumĂ©es que nos guerriers arpentent avec une bravoure impavide (notamment auprès du sens du sacrifice). Quand bien mĂŞme Tiernan parvient admirablement Ă  relancer l'action Ă  travers un climat nocturne puis caverneux chargĂ© d'onirisme crĂ©pusculaire en "ombre chinoise". Enfin, Ă  moindre Ă©chelle, on peut peut-ĂŞtre reprocher le manque de charisme de certains vikings (un chouilla trop bellâtres) et le profil un brin bâclĂ© d'Ahmed Ibn Fahdlan qu'Antonio Banderas impose avec un charisme fĂ©lin gentiment sĂ©ducteur Ă  travers son initiation hĂ©roĂŻque. Mais tant auprès de sa flamboyance formelle capiteuse que du rĂ©alisme des batailles soucieuses du moindre dĂ©tail, le 13è Guerrier parvient Ă  nous immerger dans l'action primitive avec un esprit jouissif dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ©.


Bref, foncez revoir le 13è Guerrier, car sur le plan strictement ludique, il s'agit d'une des plus grandioses aventures belliqueuses que l'on ai savouré à l'écran

*Bruno
3èx

Récompenses:
ALMA Awards 2000 : meilleur acteur pour Antonio Banderas18
Imagen Foundation Awards 2000 : meilleur film

mercredi 19 février 2020

Max et les maximonstres

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Where the Wild Things Are" de Spike Jones. 2009. U.S.A. 1h41. Avec Max Records, Pepita Emmerichs, Max Pfeifer, Madeleine Greaves, Joshua Jay

Sortie salles France: 16 Décembre 2009. U.S: 16 Octobre 2009

FILMOGRAPHIE: Adam Spiegel, dit Spike Jonze est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur, amĂ©ricain nĂ© le 22 octobre 1969 Ă  Rockville (Maryland). 1999 : Dans la peau de John Malkovich. 2003 : Adaptation. 2009 : Max et les Maximonstres. 2013 : Her.


"De la magie à l'état brut, en y laissant des plumes et des séquelles sur nos propres failles caractérielles."
Spectacle enchanteur d'une tendresse émotionnelle davantage bouleversante, Max et les Maximonstres ne peut laisser indifférent le spectateur empathique, aussi difficile d'accès soit son contenu (de prime abord) singulier. Tout du moins lors de sa première partie lorsque Max aborde et batifole avec les monstres en s'y proclamant roi afin de se venger de son statut de souffre-douleur auprès des camarades de sa bourgade. Complexe et déconcertant, de par les états d'âmes de Max et des Monstres se disputant l'autorité avec parfois des humeurs versatiles et démonstrations de force un tantinet brutales, Max et les Maximonstres n'est clairement pas destiné aux enfants de - 10 ans. Ce qui ne l'empêche pas d'y cultiver un hymne à l'amour pour les valeurs familiales à travers l'introspection morale d'un gamin avide de respect, d'amitié, de reconnaissance et surtout de compassion. Et ce avec une subtile intelligence à la fois dense et si profonde si bien qu'il faut impérativement revisionner le film afin de radiographier les comportements instables de ces personnages en proie à une réflexion existentielle oecuménique. Sa grande force cérébrale résidant dans notre propre remise en question comportementale à réviser notre jugement sur tel ou tel personnage familier ou amical que l'on côtoie au sein de notre propre quotidienneté.


Magnifiquement campĂ© par le jeune Max Records d'une force d'expression naturelle sensorielle (on a l'impression que les pores de sa peau sont en constant Ă©veil); Spike Jonze le dirige sans effet de manche dans son refus de l'estampiller tĂŞte Ă  claque en dĂ©pit de sa rĂ©bellion irascible. Notamment si je me rĂ©fère Ă  sa rĂ©volte contre sa mère (admirablement incarnĂ©e par Catherine Keener de par son humanisme maternel mĂŞlĂ© d'amour, d'empathie et de contrariĂ©tĂ©). RĂ©cit initiatique donc pour l'acceptation de soi afin de tolĂ©rer l'autre en opĂ©rant un travail moral sur nos propres failles caractĂ©rielles, Max et les Maximonstres aborde le thème si dĂ©licat de l'enfance avec une originalitĂ© et une insolence qui laisse pantois. A l'instar de cette attachante galerie de monstres hors normes confectionnĂ©es en numĂ©rique et animatronic dans leur costume disproportionnĂ©. Tant et si bien que l'on se prend d'affection pour eux sans jamais se rendre compte Ă  quel moment propice ils sont parvenus Ă  nous faire vibrer d'Ă©motions Ă  travers leur innocence ambivalente. Des monstres infantiles tentant de cohabiter ensemble sous la mainmise d'un faux roi en proie Ă  une brutale prise de conscience.


Conte philosophique sur la nature humaine (notre part monstrueuse) et la fragilitĂ© de l'enfance en crise identitaire que Spike Zone imprime sur pellicule de sa personnalitĂ© auteurisante, Max et les Maximonstres Ă©branle nos Ă©motions avec une intensitĂ© dramatique que l'on ne voit jamais arriver. Tant et si bien que l'on sort de la projo psychologiquement transformĂ©, mĂŞme si l'enfant tapi en chacun de nous continue de nous triturer les mĂ©ninges d'après l'itinĂ©raire sinueux de Max sujet au difficile cap du "vivre ensemble". 
A revoir absolument ! (j'insiste). 

*Bruno
2èx

mardi 18 février 2020

Le Baiser de la Tarantule

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lupanarsvisions.blogspot.com

"Kiss of the Tarentula" de Chris Munger. 1976. 1h24. Avec Ernesto Macias, Suzanna Ling, Herman Wallner, Patricia Landon, Beverly Eddins, Jay Scott.

Sortie salles France: 28 Février 1980

FILMOGRAPHIE: Chris Munger est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain. 1978: La lĂ©gende d'Adams et de l'ours Benjamin (TV Series) (1 episode) - The Quest. 1976 Le baiser de la tarentule.  1974 Black Starlet. 1970 The Year of the Communes (Documentaire).


Sombré dans l'oubli depuis sa discrète exploitation Vhs chez nous, le Baiser de la Tarantule demeure une curiosité poussive, faute d'une réalisation bâclée, d'un jeu d'acteur inexpressif (même si on a connu pire dans une Zèderie italienne) et d'une intrigue prémâchée influencée par Carrie sorti la même année. Reste un prologue (faussement) prometteur (les brimades de la mère de Susan et la mort qui s'ensuit), une scène horrifique bonnard (bien que la gestuelle outrée des interprètes collapsés effleure le ridicule au sein du cadre exigu de leur véhicule) et une ambiance funeste parfois perméable (la morgue) contrastant avec la beauté angélique de la timorée Susan. Une ange exterminatrice peu convaincante dans sa folie homicide d'exploiter sa passion des tarantules (bien qu'il s'agisse à l'écran de véritables mygales rampant sur leurs victimes avec un réalisme factuel) afin de venir à bout de ses gouailleurs.

Remerciement Ă  Lupanarsvisions pour leur superbe version HD.

*Bruno

lundi 17 février 2020

Slice

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Cheun" de Kongkiat Khomsiri. 2009. 1h40. Avec  Arak Amornsupasiri, Sonthaya Chitmanee, Jessica Pasaphan

Sortie salles ThaĂŻlande: 22 Octobre 2009

FILMOGRAPHIE: Kongkiat Khomsiri est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste thaĂŻlandais. 2018: Khun Phaen Begins. 2016 Khun Phan. 2016/III Take Me Home. 2012 Antapal. 2011 Lud 4 lud. 2009 Slice. 2008 Long khong 2. 2007 Boxers. 2005 Long khong. 2003 Khunsuk (co-director - as Gonggiat Komsiri).


InĂ©dit en salles chez nous, Slice est une production thaĂŻlandaise hybride dans son mĂ©lange des genres. Romance, thriller, horreur et drame se chevauchant efficacement au fil d'une trajectoire narrative davantage escarpĂ©e eu Ă©gard de son rebondissement de dernier acte aussi traumatisant que bouleversant. L'intrigue dĂ©crivant, sous une photo surexposĂ©e, les exactions barbares d'un mystĂ©rieux tueur en sĂ©rie entièrement vĂŞtu de rouge que le taulard TaĂŻ tentera de coincer dans un dĂ©lai furtif de 15 jours. Auquel cas il retrouvera sa libertĂ© après avoir purgĂ© sa peine pour bavure policière. Au-delĂ  des nombreuses scènes-chocs qui interfèrent durant le rĂ©cit imprĂ©visible, Kongkiat Khomsiri alterne, via le flash-back, avec la relation amicale du flic et du tueur lors de leur enfance marginale. Sorte de Stand by me vitriolĂ© Ă  travers sa peinture rurale d'une bande d'ados rebelles batifolant dans les prairies en y brimant parfois le jeune Noi vulgairement taxĂ© de tapette. Jouant sur l'ambiguĂŻtĂ© de l'homosexualitĂ© refoulĂ©e de Tai que NoĂŻ tente d'apprivoiser par amour, Slice dĂ©range en oscillant l'empathie pour le sort de ce dernier.


Car souffre-douleur d'un père abusif avinĂ© et de camarades goguenards n'hĂ©sitant pas Ă  le maltraiter sexuellement, celui-ci compte sur l'amitiĂ© naissante de son nouvel acolyte afin d'oublier son statut d'objet esseulĂ©. Kongkiat Khomsiri invoquant une grande brutalitĂ©, tant auprès des scènes gores graphiques (parfois Ă  la limite du soutenable) que le tueur perpĂ©tue en guise de vendetta que des sĂ©vices sexuels que Noi endure pour tenir compte d'assouvissement pervers. D'autant plus rigide et rugueux quant Ă  la caractĂ©risation morale de ce dernier en proie aux châtiments corporels et Ă  une insupportable injustice, Slice n'est clairement pas une partie de plaisir Ă  travers sa palette de sentiments contradictoires que le cinĂ©aste s'amuse Ă  manipuler en rĂ©futant les conventions. Car autant psycho-killer Ă  suspense qu'histoire d'amour vertigineuse, Slice y extrait un cocktail Ă©picĂ© d'oeuvre choc provocatrice sous l'impulsion d'une dramaturgie davantage prononcĂ©e. L'intensitĂ© psychologique Ă©manant des rapports amicaux conflictuels entre TaĂŻ et Noi se rapprochant mutuellement au fil de leurs vicissitudes, et ce avant de se sĂ©parer lors d'un concours de circonstances Ă  la fois prĂ©caires et sordides (la prostitution des mineurs).


Glauque, malsain, baroque et sordide, tant auprès de sa violence tranchĂ©e que des châtiments intentĂ©s sur l'ado torturĂ©, Slice triture nos Ă©motions Ă  l'aide d'une vibrante humanitĂ© pour la romance insoluble entre deux amants martyrisĂ©s par leurs souvenirs d'enfance vĂ©reuse et putassière. DĂ©nuĂ© d'espoir et de rĂ©demption au grĂ© d'une dramaturgie reptilienne, Slice traite donc des thèmes de la maltraitance, de l'homophobie et de l'exploitation sexuelle des mineurs avec un Ă©prouvant rĂ©alisme cauchemardesque. Difficile d'en sortir indemne, en y versant lors d'une mĂ©lancolique Ă©treinte de douloureuses larmes d'amertume. 

*Bruno

samedi 15 février 2020

Au Nom de la terre

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Édouard Bergeon. 2019. France. 1h43. Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi.

Sortie salles France: 25 Septembre 2019

FILMOGRAPHIEÉdouard Bergeon est un journaliste et rĂ©alisateur français, nĂ© le 29 septembre 1982. 2019: Au nom de la Terre.


Uppercut émotionnel que l'on perçoit de plein fouet sous l'oeil consciencieux d'Edouard Bergeon décrivant avec souci de réalisme documenté le calvaire insurmontable de son (propre) père suicidé à la suite d'une moisson de dettes, Au nom de la terre laisse en état de choc traumatique. Car autopsiant à l'aide d'un humanisme névralgique ce profil d'un métayer contraint de céder au modernisme technologique afin de sustenter sa ferme animalière et entretenir sa famille, Au nom de la Terre sonne tel un cri d'alarme contre ces agriculteurs minés par un désespoir impitoyablement plombant. Et ce au péril de leur vie précaire si bien qu'en France 1 agriculteur se suicide chaque jour apprendra t'on en guise de conclusion escarpée. Foudroyant d'intensité dramatique au fil du cheminement déliquescent de Christian en proie à une dépression galopante, Au nom de la Terre demeure un terrible fardeau pour le spectateur assistant à la lente agonie morale de cet agriculteur allant jusqu'à discréditer sa profession face au témoignage positif de son fils, témoin malgré d'un échec professionnel lié à la déveine, l'injustice (mais aussi à la dissension paternelle quant à l'intolérance du père anachronique de Christian). Outre la sobriété de la mise en scène réfutant tout cliché et misérabilisme en dépit d'une sinistrose extrêmement éprouvante pour nous, le jeu viscéral des acteurs nous magnétise l'esprit avec une trouble persuasion.


Eu Ă©gard des forces d'expressions Ă  la fois dĂ©munies et pugnaces de Christian et des membres de sa famille tentant mutuellement de se relever avec une dĂ©termination "bipolaire". C'est le cas de le souligner si bien que sa maladie morale semble effleurer les esprits torturĂ©s de ces derniers tentant malgrĂ© tout de redresser la tĂŞte afin de ne pas sombrer Ă  leur tour dans la tourmente d'un pessimisme ingĂ©rable ! Guillaume Canet, dont il s'agit probablement de son meilleur rĂ´le; endossant ce paysan des temps modernes avec une dĂ©chĂ©ance morale difficilement supportable quant Ă  l'ultra rĂ©alisme de ses expressions faciales, qu'elles soient irascibles ou dĂ©faitistes. Quand bien mĂŞme Rufus (bien trop rare Ă  l'Ă©cran ses dernières dĂ©cennies !) se fond dans le corps du patriarche "donneur de leçon" avec une verve orgueilleuse terriblement condescendante. Le choc des gĂ©nĂ©rations Ă©manant de leur diffĂ©rente perception du travail professionnel au sein d'une Ă©poque trop Ă©voluĂ©e oĂą la rentabilitĂ© prime au mĂ©pris du facteur humain. Quant Ă  l'actrice et chanteuse belge Veerle Baetens (rĂ©vĂ©lĂ©e par l'inoubliable Alabama Monroe), elle se taille une carrure d'Ă©pouse protectrice avec un humanisme fĂ©brile timorĂ©e de crainte de voir son Ă©poux sombrer dans une forme de dĂ©mence. Enfin, rĂ©compensĂ© du Valois du Meilleur Acteur, Anthony Bajon y incarne le fils aĂ®nĂ© avec pudeur et loyautĂ© très impressionnantes, quand bien mĂŞme ces Ă©clairs de rage, d'impuissance et de colère face Ă  l'agonie de son père nous laisse KO d'Ă©motions brutes de dĂ©coffrage.


Première oeuvre salutaire d'Edouard Bergeon tirant la sonnette d'alarme sur la crise agricole par le biais du fait-divers sinistré, Au nom de la Terre nous plonge (tête baissée) dans un cauchemar rural avec souci de réalisme vertigineux. Tant auprès du tact de sa réalisation étonnamment maîtrisée (notamment d'un aspect formel) que du jeu des acteurs sidérants de naturel cafardeux. Inévitablement bouleversant car d'une cruauté inouïe, d'autant plus que son manifeste agricole s'avère dénué de lueur d'espoir...

Dédicace à Thierry Savastano
*Bruno

Récompense: Festival du film francophone d'Angoulême 2019 : Valois du meilleur acteur pour Anthony Bajon

vendredi 14 février 2020

Intruders

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Juan Carlos Fresnadillo. 2011. U.S.A/Espagne/Angleterre. 1h40. Avec Clive Owen, Carice Van Houten, Daniel BrĂĽhl, Kerry Fox, Ella Purnell, Mark Wingett, Lolita Chakrabarti, Imogen Gray, Ella Hunt, Izan Corchero, Matthew Hodkin.

Sortie salles France le 11 Janvier 2012. U.S.A: 30 Mars 2012

FILMOGRAPHIE: Juan Carlos Fresnadillo est un rĂ©alisateur espagnol nĂ© le 5 dĂ©cembre 1967 Ă  Tenerife. 2001: Intacto. 2007: 28 Semaines plus tard. 2011: Intruders
.
 
"Sous la peau des ombres".
Après l’excellent Intacto (multi-rĂ©compensĂ© en son pays ibĂ©rique) et l’apocalyptique 28 Semaines plus tard, l’Espagnol Juan Carlos Fresnadillo s’attira les foudres des critiques avec son troisième long-mĂ©trage, Intruders. Pourtant, ce bon suspense horrifique joue habilement avec les attentes du spectateur, mariant angoisse diffuse et dramaturgie psychologique.

Le pitch : deux enfants que tout sĂ©pare, dans deux pays diffĂ©rents, sont tourmentĂ©s par un cauchemar rĂ©current devenu rĂ©alitĂ©. Un individu sans visage surgit dans leur quotidien, personnification d’une peur enfantine jusque-lĂ  confinĂ©e Ă  l’imaginaire. Tandis que l’un des pères, tĂ©moin de cette entitĂ©, tente de l’apprĂ©hender, la mère de l’autre se tourne vers l’Ă©glise pour conjurer l’impensable.

Ă€ travers cette trame onirique nouant un lien viscĂ©ral entre la psychĂ© infantile et la matĂ©rialisation d’un oppresseur fantasmĂ©, certains pourront songer au très sympathique Lectures Diaboliques de Tibor Takács. Juan, petit Espagnol, et Mia, fillette anglaise, confient Ă  leurs journaux intimes l’existence d’un homme sans visage. RetranchĂ©s dans la solitude de leur chambre, ils dĂ©crivent une prĂ©sence menaçante, de plus en plus intrusive, nĂ©e de leur propre effroi. Mais ce monstre intĂ©rieur franchit le seuil de l’imaginaire et se manifeste dans le rĂ©el. Un soir, John, le père de Mia, assiste, tĂ©tanisĂ©, Ă  cette apparition funèbre. De son cĂ´tĂ©, Susanna, la mère de Juan, vacille entre panique, foi et dĂ©ni.

DotĂ© d’un script prometteur, jalonnĂ© de sĂ©quences anxiogènes crĂ©dibles, Intruders cultive le mystère, entretient une tension latente et expose des phĂ©nomènes surnaturels qui semblent d’abord dĂ©cousus. Mais sous cette surface mouvante, Fresnadillo articule un ballet psychologique entre enfants martyrisĂ©s et parents impuissants. Ce tĂ©lescopage de perceptions brouille les repères du spectateur, entre rĂ©alitĂ©, hallucination et trauma.

ConfinĂ©e dans la pĂ©nombre rassurante des chambres d’enfants, l’ambiance crĂ©pusculaire Ă©voque nos peurs les plus enfouies : celle du monstre tapi dans le placard. Grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© de sa mise en scène et Ă  la sincĂ©ritĂ© de ses interprètes (Clive Owen, parfait en père aimant et dĂ©passĂ©), le film dĂ©roule un cauchemar insidieux, dont la force rĂ©side autant dans la fragilitĂ© des enfants que dans l’incapacitĂ© des adultes Ă  affronter l’irrationnel.

Ă€ mesure que le rĂ©cit progresse, une fissure narrative laisse entrevoir une vĂ©ritĂ© plus troublante : un Ă©vĂ©nement traumatique, indicible, peut-il justifier la naissance d’un monstre intĂ©rieur ? Tandis que Susanna invoque l’aide d’un prĂŞtre pour sauver son fils, John mise sur la surveillance, les alarmes et la rationalitĂ© pour repousser l’intrus. Ce contraste rĂ©vèle une humanitĂ© meurtrie, tiraillĂ©e entre croyance et pragmatisme, impuissance et instinct de protection.

Et si la conclusion, un brin convenue, peut sembler prĂ©cipitĂ©e, Intruders reste une Ĺ“uvre solide, soutenue par une mise en scène dĂ©pouillĂ©e et une direction d’acteurs d’une justesse Ă©motive troublante. Fresnadillo nous confronte Ă  une ultime rĂ©flexion : comment canaliser les blessures de l’âme lorsque la conscience elle-mĂŞme vacille sous le poids des non-dits ?

 
 "L’Ă©cho des terreurs muettes".
Angoissant, pĂ©nĂ©trant, interprĂ©tĂ© avec une densitĂ© fragile (notamment grâce Ă  la grâce nue de ses jeunes acteurs), Intruders demeure un bon suspense horrifique au rythme implacable. MĂ©taphore d’une peur nĂ©e des profondeurs nĂ©vrotiques, ce conte contemporain s’offre aussi comme un exorcisme intime, une tentative de libĂ©ration face aux terreurs les plus inavouables.
 
*Bruno
03.06.25. 3èx. Vost
14.02.20
03.04.12. 261 v