vendredi 18 décembre 2020

La Prison du Viol

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Jackson County Jail" de Michael Miller. 1976. U.S.A. 1h24. Avec Yvette Mimieux, Tommy Lee Jones, Cliff Emmerich, Howard Hesseman, Robert Carradine. 

Sortie salles France: 4 Mai 1977 (Int - 18 ans). U.S: Avril 1976.

FILMOGRAPHIE: Michael Miller est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 2001: Face Value. 2001 Disparition programmĂ©e. 1997 Adventures with the Dutchess (TV Movie). 1997 World's Most Daring Rescues (TV Movie documentary). 1997 World's Deadliest Volcanoes (TV Movie). 1996 Ă€ force d'aimer (TV Movie). 1994 Danielle Steel - Un parfait inconnu (TV Movie). 1994 Il Ă©tait une fois l'amour (TV Movie). 1993 Star (TV Movie). 1993 Passion enflammĂ©e (TV Movie). 1993 Battement de coeur (TV Movie). 1992 EnquĂŞte dangereuse (TV Movie).  1991 Un papa sur mesure (TV Movie). 1991 Palomino (TV Movie). 1990 Blown Away (TV Movie).  1990 Always Remember I Love You (TV Movie). 1990 Dangerous Passion (TV Movie). 1988 Necessity (TV Movie). 1987 Les roses de la vengeance (TV Movie). 1986 Le regard du coeur (TV Movie). 1986 A Case of Deadly Force (TV Movie). 1985 Le crime de la loi (TV Movie). 1985 Le tĂ©moin silencieux (TV Movie). 1982 American Class. 1982 Horreur dans la ville. 1978 Outside Chance (TV Movie). 1976 La prison du viol. 1975 Street girl.


"Les injustices sont le nid des révolutions".
RĂ©putĂ© pour son flair indĂ©fectible, Roger Corman ne s'y est pas trompĂ© en produisant le mĂ©connu La Prison du Viol natif des Seventies. Titre français racoleur faisant sans doute rĂ©fĂ©rence au sous-genre du Women In Prison alors qu'il n'en est rien, bien que l'hĂ©roĂŻne se fera effectivement violĂ©e durant son incarcĂ©ration journalière Ă  travers une sĂ©quence aussi brutale qu'Ă©prouvante (raison pour laquelle le film Ă©cope une interdiction aux - de 18 ans chez nous). Sorte de After Hours vitriolĂ©; principalement pour sa première partie lorsque l'hĂ©roĂŻne littĂ©ralement infortunĂ©e multiplie sans modĂ©ration les mauvaises rencontres au sein d'une AmĂ©rique profonde engluĂ©e dans la mĂ©diocritĂ©, l'ennui, le chĂ´mage, l'alcool et la pop-culture, La Prison du Viol demeure une bonne sĂ©rie B d'action efficacement troussĂ©e. Tant auprès de sa rĂ©alisation Ă©tonnamment soignĂ©e (notamment Ă  travers l'habiletĂ© du montage ciselĂ© si je fais rĂ©fĂ©rence aux courses poursuites automobiles et aux bastons improvisĂ©es) que de la qualitĂ© de son interprĂ©tation qu'Yvette Mimieux et Tommy Lee Jones dominent avec une force d'expression effrĂ©nĂ©e. Il faut dire que durant la majoritĂ© de l'intrigue, ils se retrouvent poursuivis sans relâche par une police expĂ©ditive de par leur condition de fugitifs malgrĂ© eux Ă  la suite du meurtre d'un flic schizo. 

Ces derniers endossant les nouveaux Bonnie and Clyde sans toutefois braquer les banques Ă  travers leur instance de survie. Ainsi, l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue menĂ©e sans temps morts Ă©mane Ă©galement de la caractĂ©risation humaine de ce duo infortunĂ© impliquĂ© dans un concours de circonstances prĂ©judiciables aux yeux d'une police inconsĂ©quente incapable de discerner la droiture d'une femme victimisĂ©e par des machistes en rut après s'ĂŞtre fait dĂ©rober son vĂ©hicule par un couple de jeunes dĂ©linquants. C'est donc Ă  travers leurs yeux emplis de larmes et de colère que s'y dĂ©voile un portrait pathĂ©tique d'une AmĂ©rique profonde Ă  la fois rĂ©actionnaire et rĂ©gressive. Si bien que Michael Minner (spĂ©cialiste de sĂ©ries TV et de tĂ©lĂ©films avant tout, mĂŞme s'il se fit connaĂ®tre auprès des cinĂ©philes avec Horreur dans la Ville avec l'ami Chuck) ne lâche jamais du regard cette femme Ă©plorĂ©e ne trouvant que soutien auprès d'un taulard lui criant son fiel contre une AmĂ©rique fallacieuse dĂ©nuĂ©e d'Ă©quitĂ©. On s'attache donc facilement Ă  la fragilitĂ© de ses personnages en fuite marginalisĂ©s par cette sociĂ©tĂ© abrutissante incapable de discernement et de lĂ©gitimitĂ© envers ces prĂ©sumĂ©s coupables condamnĂ©s Ă  fuir l'autoritĂ© en y brandissant les armes en dĂ©sespoir de cause. 

Etonnante curiositĂ© entre action, peinture sociale et road movie aride, La Prison du Viol met avant tout en exergue la valeur humaine de ce duo Ă  la fois contradictoire et commun dans leur condition de fugitifs en survie prĂ©caire. Tommy Lee Jones, fraĂ®chement impressionnant dans sa posture frondeuse taiseuse, et Yvette Mimieux, sobrement empathique en victime dĂ©munie, portant le film Ă  bout de bras Ă  l'aide d'une aigre acuitĂ© dramatique davantage confirmĂ©e.  A dĂ©couvrir. 

*Bruno

Remerciement à Ciné-Bis-Art.

jeudi 17 décembre 2020

L'un des Notres

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Let him go" de Thomas Bezucha. 2020. U.S.A. 1h54. Avec Kevin Costner, Diane Lane, Lesley Manville, Will Brittain, Jeffrey Donovan, Kayli Carter. 

Sortie salles France: 6 Janvier 2021. U.S: 6 Novembre 2020

FILMOGRAPHIEThomas Bezucha est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 8 mars 1964, . 2000 : Big Eden. 2005 : Esprit de famille. 2011 : Bienvenue Ă  Monte-Carlo. 2020 : L'un des nĂ´tres. 


Un couple de légende réunit autour d'un western moderne compromis au vigilante movie.
Splendide vigilante movie transplantĂ© dans le cadre du western moderne, L'un des Notres (oubliez ce titre français somme toute triviale pour opter sa traduction initiale par "laisse le partir"), est illuminĂ© du duo impromptu Kevin Costner / Diane Lane. Car si je ne m'abuse, c'est la seconde fois qu'un cinĂ©aste les rĂ©unit Ă  nouveau l'Ă©cran en tant que couple fragilisĂ© par les Ă©preuves du temps Ă  travers sa thĂ©matique si dĂ©licate du deuil filial. Notamment en y portant en filigrane une attention toute particulière Ă  l'humilitĂ© du cheval auquel le film fait plusieurs fois rĂ©fĂ©rences si bien que le couple voue un amour immodĂ©rĂ© pour l'animal au sein de leur ranch reculĂ©. Deux comĂ©diens de lĂ©gende donc qu'on ne prĂ©sente plus, bien que Diane Lane s'y faisait plus discrète que son confrère auprès de ses seconds-rĂ´les des annĂ©es 2000 et 2010. En tout Ă©tat de cause, le couple vieillissant qu'ils forment Ă  l'Ă©cran nous suscite une profonde nostalgie teintĂ©e de mĂ©lancolie Ă  travers leur âge avancĂ© si bien que certaines situations intimistes nous provoquent une Ă©motion tantĂ´t poignante, tantĂ´t bouleversĂ©e. Notamment grâce au tact de Thomas Bezucha filmant leur apartĂ© parmi une juste rĂ©serve prude (notamment auprès de leur  discussion studieuse sur les murmures invoquĂ©s autrefois Ă  leur cheval lors d'un diner au restaurant). 

Car outre le soin de sa mise en scène posée et attentionnée, ce qui touche irrémédiablement dans L'un des Notres émane de son récit à la fois hostile et fragile exploitant brillamment les codes du western grâce à son intensité exponentielle ainsi que la valeur sure des comédiens communément impliqués dans leur fonction pugnace de self-défense. L'histoire soigneusement structurée illustrant les moults tentatives de ce couple de grands parents tentant d'extraire des mains d'une famille de rednecks (dirigée de main de fer par leur matrone) leur petit-fils maltraité. Qui plus est, leur ex belle fille s'avère recluse par son époux abusif n'hésitant pas également à la corriger pour un moindre prétexte. Quand bien même au préalable, c'est à dire lors du prologue, on nous démontre hors champs que le fils des grands-parents mourut lors d'un accident de cheval. Ainsi, à travers les thèmes du deuil insurmontable, de la maltraitance et de l'amour maternel, L'un des Notres s'extrait de la routine et des conventions grâce à l'âpreté de son récit drastique et à la densité humaine de ces personnages évoluant dans des directions anxiogènes impossibles à deviner. On se demande donc, passé l'acte dramatique de l'épicentre de l'intrigue, où nous mènera cette vendetta familiale que Kevin Costner (tout en retenue de son flegme inquiétant) et Diane Lane (digne portrait maternel inscrit dans une douce sollicitude) impose avec une force d'expression semi-dépressive.


La femme qui murmurait à l'oreille de l'âme.
Superbe thriller westernien agrĂ©mentĂ© d'affrontements tendus et d'Ă©clairs de violence d'une intensitĂ© affolante, L'un des Notres dĂ©gage une Ă©motion aussi ardue que bouleversante Ă  travers l'amour irrĂ©fragable de ce couple sclĂ©rosĂ© s'Ă©vertuant Ă  prĂ©server l'enfance au pĂ©ril de leur vie. Spoil ! Telle le souligne sa thĂ©matique finale du sens du sacrifice risquant de vous faire sortir les mouchoirs sans fioriture. Fin du Spoil. Au final, l'un des films Ă©vènementiels en cette fin d'annĂ©e (Covid) d'un onirisme crĂ©pusculaire pour cet hommage moderne au western classique. 

Dédicace à Frédéric Serbource et Thierry Savastano

*Bruno

mercredi 16 décembre 2020

Phantasm IV: Oblivion

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Don Coscarelli. 1998. 1h26. U.S.A. Avec Reggie Bannister, A. Michael baldwin, Bill Thornbury, Bob Ivy, Heidy Marnhout, Angus Scrimm.

Sortie salles Canada: 31 Juillet 1998. Location Vhs, France: 6 Juillet 1999.

FILMOGRAPHIEDon Coscarelli est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 FĂ©vrier 1954 Ă  Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.


La vie n'est qu'un rêve qui mène à la mort.
4 ans après le 3è volet concoctĂ© en 94, Don Coscarelli redore le blason de Phantasm pour ce nouvel opus plus axĂ© sur un onirisme feutrĂ© qui faisait tout le sel et le charme de son modèle gravĂ© dans la mĂ©moire des fantasticophiles. Ainsi, nos compagnons Mike et Reggie vont une nouvelle fois unifier leur force pour tenter de combattre et dĂ©truire le Tall Man, croque-mort Ă©nigmatique en costume noire armĂ© de sphères volantes et ayant dĂ©cidĂ© de dĂ©truire l'humanitĂ© en transformant les humains en nains de l'enfer ! Et c'est reparti pour une nouvelle aventure au pays des fantasmes avec cet univers hermĂ©tique volontiers insensĂ© afin de semer la confusion chez le spectateur en corrĂ©lation au rĂŞve Ă©veillĂ©. Un fascinant voyage onirico-cauchemardesque dont les composantes essentielles (boules volantes, Tall Man, nabots difformes, seuil dĂ©lĂ©tère) restent Ă  nouveau prĂ©sentes pour aviver notre curiositĂ©. Par consĂ©quent, après les sympathiques mais inĂ©gales sĂ©quelles Phantasm 2 et 3Don Coscarelli tente de renouer aux origines qui ont fait le succès et la notoriĂ©tĂ© de son oeuvre phare du Fantastique contemporain. A savoir, et par le biais d'une narration Ă  la fois non-sensique et originale, conjuguer avec perpĂ©tuelle efficacitĂ© fantastique, horreur, science-fiction et mĂŞme merveilleux, mâtinĂ© d'un soupçon d'Ă©rotisme (la rencontre entre Reggie et la jeune Ă©trangère survivante de son accident de voiture donne lieu Ă  une surprenante Ă©treinte dans la chambre d'un motel abdiquĂ©). Et la bonne nouvelle, c'est que Coscarelli souhaite rĂ©gresser en terme d'action et de rebondissements trop tĂ©lĂ©phonĂ©s car versant inutilement dans la facilitĂ© du grand-guignol, comme le dĂ©finissaient ses deux prĂ©cĂ©dents volets. 


Et ce en dĂ©pit ici d'un prologue dĂ©calĂ© aussi bizarroĂŻde qu'Ă©quivoque. Mais passĂ© cette parenthèse un chouilla discutable (l'intervention du flic et le corps dans le coffre), un souci formel et une crĂ©ativitĂ© fertile sont prĂ©conisĂ©s afin de renouer avec l'ambiance feutrĂ©e du premier volet (sans toutefois reprendre son fameux thème musical, Ă  tort ou Ă  raison). Et on peut avouer que le cinĂ©aste retrouve assez rĂ©gulièrement l'aura de fascination et la fraĂ®cheur de son modèle de par son sens inventif en roue libre (c'est peu de le dire car on reste constamment intriguĂ© par l'action Ă  rĂ©pĂ©tition). Ainsi donc, on ne cesse de progresser vers un rĂŞve temporel truffĂ© de flash-back faisant ainsi rĂ©fĂ©rence au 1er opus. Si bien qu'il s'agit en faite de scènes coupĂ©es assez habilement insĂ©rĂ©es pour rendre un tout assez cohĂ©rent alors qu'initialement, Phantasm avoisinait une durĂ©e de 3h00. L'intrigue se rĂ©sumant Ă  un long rĂŞve Ă©veillĂ© oĂą chaque personnage se retrouve projetĂ© d'un endroit singulier Ă  un autre lors d'un voyage temporel dĂ©nuĂ© de logique (ou presque). La singularitĂ© est donc une nouvelle fois de rigueur auprès de ces pĂ©riples vertigineux, entre passĂ© et futur, afin de tenter d'expliquer les agissements mais aussi les origines du fossoyeur lors de ses thĂ©ories morbides. Quand bien mĂŞme au grĂ© de cette aventure chimĂ©rique situĂ©e en plein dĂ©sert (dĂ©paysement assurĂ© !), on retrouve avec plaisir tous les personnages amiteux du premier film (Mike, Reggie, le tall man mais aussi Jody, mĂŞme si un peu en retrait !) lors d'une chronologie (sciemment) dĂ©sordonnĂ©e. Si bien que leur cheminement semĂ© d'embuches et de faux-semblants ne cesse d'osciller passĂ©, prĂ©sent et mĂŞme futur quant Ă  la destinĂ©e de Mike toujours en quĂŞte de vĂ©ritĂ© sur la disparition de son frère aĂ®nĂ©. 


La vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille
Spectacle Ă©sotĂ©rique beaucoup plus convaincant et inventif que ses prĂ©cĂ©dents volets dans son refus du divertissement standard adepte de l'outrance, Phantasm 4 est de loin le plus rĂ©ussi depuis son modèle en dĂ©pit de son budget restreint, d'FX digitaux parfois ratĂ©s et d'un aspect tĂ©lĂ©film pour autant moins prĂ©judiciable que le prĂ©cĂ©dent opus. Tentative fidèle et plutĂ´t habile d'honorer son ancĂŞtre Ă  travers un sens de fascination sĂ©millant, Phantasm 4 nous tend la main pour approcher une expĂ©rience chimĂ©rique hors du temps sous l'impulsion d'un sarcasme macabre nous titillant une rĂ©flexion sur le sens de notre rĂ©alitĂ© terrestre et cĂ©rĂ©bral. 

*Bruno
16.12.20
02.08.10. 157 v

mardi 15 décembre 2020

Sound of Metal

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Darius Marder. 2019. U.S.A. 2h01. Avec Olivia Cooke, Riz Ahmed, Mathieu Amalric, Paul Raci, Lauren Ridloff 

Sortie salles France: 30 DĂ©cembre 2020 (ou 20 Janvier 2021)

FILMOGRAPHIE: Darius Marder est un scĂ©nariste et  rĂ©alisateur amĂ©ricain. 2008: Loot (documentaire). 2019: Sound of Metal. 

Oeuvre sensorielle d'une sensibilitĂ© inĂ©vitablement expressive, sans pour autant se laisser berner par une Ă©motion programmĂ©e, Sound of Metal est un drame humain peu Ă  peu bouleversant eu Ă©gard de l'Ă©preuve de force d'un batteur de metal subitement atteint de surditĂ©. TraitĂ© comme un docu-fiction, de par son souci vĂ©riste de nous immerger dans l'introspection du hĂ©ros dĂ©pressif sous l'impulsion d'une bande-son chiadĂ©e (le silence bourdonnant qu'il perçoit de ses oreilles ainsi que les sons trop aigus après s'ĂŞtre introduit les implants nous distillent un malaise permanent), Sound of Metal fait office de douloureuse expĂ©rience humaine Ă  travers ce passionnĂ© de musique soudainement contraint de virer sa cuti depuis son handicap auditif. Car fou d'ardeur pour le metal et sa compagne avec qui il sillonne les contrĂ©es Ă  bord de sa caravane, Ruben sera contraint de suivre une thĂ©rapie dans un centre spĂ©cialisĂ© afin d'y accepter son fardeau. Et ce lors d'une temporalitĂ© rĂ©solument furtive, notamment auprès de la dĂ©tresse de sa compagne l'incitant Ă  rejoindre fissa sa nouvelle communautĂ© afin de lui Ă©pargner une probable rĂ©cidive Ă  la toxicomanie. 

C'est donc une initiation au langage des signes que lui imposera son nouvel entourage parmi l'autoritĂ© d'un leader enseignant Ă  la fois prĂ©venant et (oh combien) lucide. Le rĂ©cit, soigneusement narrĂ© et structurĂ©e, nous relatant avec beaucoup de sobriĂ©tĂ© et de pudeur sa rĂ©silience de se confronter Ă  sa nouvelle condition de vie, mais aussi son Ă©ventuel espoir de renouer avec son quotidien mĂ©lomane et sentimental en y tablant une transaction chirurgicale. Outre la valeur chĂ©tive d'Olivia Cooke (la rĂ©vĂ©lation de la sĂ©rie Bates Motel) de par sa force d'expression dĂ©munie inscrite dans la rĂ©serve (elle suggère plus donc qu'elle ne nous montre), on reste impressionnĂ© par la performance de Riz Ahmed  humainement impliquĂ© Ă  nous susciter ses sentiments contradictoires de colère et de dĂ©sespoir, d'apprĂ©hension et d'aspiration sans effets de manche. Il faut dire que la mise en scène (leste) radiographie ses humeurs et Ă©tats d'âme par le biais de sa poignante humilitĂ© accompagnĂ©e d'intelligence d'esprit. Ce qui nous converge d'ailleurs Ă  un final proprement bouleversant Ă  travers sa nouvelle prise de conscience Ă  la fois Ă©quilibrĂ©e, docile et valide. 

RĂ©flexion dure et Ă©mouvante (car si cruelle) sur l'alĂ©a de la vie auquel rien ne nous est acquis d'après l'apprentissage du handicap et du dĂ©passement de soi que cela entraĂ®ne, Sound of Metal est un uppercut Ă©motionnel d'une fragilitĂ© humaine jamais sirupeuse eu Ă©gard de son vĂ©risme expĂ©rimental faisant office de docu sensoriel. Du cinĂ©ma Ă©purĂ© Ă  la fois vibrant et salutaire afin d'y imprimer la caractĂ©risation morale de sa victime en instance de renouveau. 

*Bruno

lundi 14 décembre 2020

Le Corbeau

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
"The Raven" de Roger Corman. 1963. U.S.A. 1h26. Avec Vincent Price, Peter Lorre, Boris Karloff, Hazel Court, Olive Sturgess, Jack Nicholson.

Sortie salles France: 13 Novembre 1968. U.S: 25 Janvier 1963

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


ComĂ©die pittoresque menĂ©e sans temps mort, Le Corbeau est la 5è des adaptations de Poe rĂ©alisĂ©e par le maĂ®tre du système D, Roger Corman. Et on peut dire qu'avec la complĂ©mentaritĂ© amiteuse de tĂŞtes d'affiche aussi prestigieuses qu'Ă  contre-emploi (Vincent Price, Peter Lorre et Boris Karloff sont Ă©paulĂ©s du nĂ©ophyte Jack Nicholson), celui-ci parvient Ă  divertir avec une aimable efficacitĂ© eu Ă©gard de la simplicitĂ© du pitch (l'adversitĂ© entre 2 prestigieux magiciens) non exempt de rebondissements bâtis sur le subterfuge, la fĂ©lonie et le mensonge. Outre son climat fantaisiste bonnard que les acteurs entretiennent avec une mutuelle bonhomie, le Corbeau bĂ©nĂ©ficie une fois de plus d'une scĂ©nographie gothique flamboyante au sein du château saturĂ© d'une envoĂ»tante photo sĂ©pia. Corman exploitant habilement les vastes pièces du château (mais aussi des extĂ©rieurs naturels) avec parfois un certain onirisme enchanteur. Et si les trucages ultra cheap prĂŞtent inĂ©vitablement Ă  sourire, son final dĂ©bridĂ© (le combat entre les 2 magiciens) dĂ©gage un charme fripon Ă  travers sa simplicitĂ© innocente, notamment auprès des moyens rudimentaires mis en oeuvre. Une sĂ©rie B bougrement plaisante donc que les acteurs parviennent Ă  rendre facilement attrayante Ă  travers leur complĂ©mentaritĂ© gentiment sarcastique. Quand bien mĂŞme Roger Corman,  Ă©tonnamment Ă  l'aise dans le registre comique (mĂŞme s'il y eut dĂ©jĂ  La Petite Boutique des Horreurs pour le prouver), demeure comme de coutume aussi bien incorrigible qu'inĂ©galable pour façonner un p'tit mĂ©trage sans prĂ©tention rĂ©alisĂ© en un temps record. Et ce en y exploitant par souci d'Ă©conomie les mĂŞmes dĂ©cors de ces prĂ©cĂ©dents hommages Ă  Poe


*BM
2èx

jeudi 10 décembre 2020

S.O.S FantĂ´mes 2

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imd.com

"Ghostbusters II" d'Ivan Reitman. 1989. U.S.A. 1h48. Avec Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Harold Ramis, Rick Moranis, Ernie Hudson, Annie Potts.

Sortie salles France: 15 DĂ©cembre 1989. U.S: 16 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Ivan Reitman est un réalisateur canadien, né le 27 Octobre 1946 à Komarno en Tchécoslovaquie. 1971: Foxy Lady. 1973: Cannibal Girls. 1979: Arrête de ramer, t'es sur le sable. 1981: Les Bleus. 1984: SOS Fantômes. 1986: L'Affaire Chelsea Deardon. 1988: Jumeaux. 1989: S.O.S. Fantômes 2. 1990: Un Flic à la Maternelle. 1993: Président d'un Jour. 1994: Junior. 1997: La fête des pères. 1998: 6 Jours, 7 nuits. 2001: Evolution. 2005: Ma Super ex. 2011: Sex Friends.


Mal accueilli par la critique en dĂ©pit de son succès public international (chez nous il cumule 2 175 147 entrĂ©es contre 2 939 369 avec le 1er opus); S.O.S FantĂ´mes 2 est une sĂ©quelle inutile rĂ©alisĂ©e par Ivan Reitman himself 5 ans après son modèle. Pour autant, auprès des aficionados, cette suite gentiment troussĂ©e demeure toutefois assez attachante et bonnard pour passer un agrĂ©able moment. Et ce en dĂ©pit d'un rythme sporadique non exempt de longueurs et d'un inĂ©vitable effet de surprise rompu. On se raccroche donc sur la bonhomie fougueuse de nos chasseurs de fantĂ´mes Ă©paulĂ©s de seconds-rĂ´les aussi attractifs pour rendre l'ensemble somme toute frĂ©quentable. Tant et si bien que Ivan Reitman eut la judicieuse idĂ©e de rĂ©unir toute l'Ă©quipe du 1er film pour notre plaisir nostalgique. Et Ă  ce niveau, on reste jouasse de les retrouver dans une Ă©nième aventure truffĂ©e d'effets spĂ©ciaux plutĂ´t rĂ©ussis (notamment cet impensable final avec la statue de la libertĂ© dĂ©ambulant dans les rues nocturnes de New-York entre la foule en liesse !). 


Les acteurs communĂ©ment impliquĂ©s insufflant une humeur assez fringante durant leur pĂ©riple en dĂ©pit de leur (première) rĂ©ticence d'y reprendre leur rĂ´le respectif (surtout auprès de Bill Murray rĂ©fractaire aux sĂ©quelles gĂ©nĂ©ralement redondantes). En l'occurrence, alors que l'action prend place 5 ans plus tard, nos chasseurs sont contraints de reprendre du service Ă  la suite de l'hostilitĂ© d'un tyran (Vigo des Carpathes) dĂ©libĂ©rĂ© Ă  s'extraire de sa fresque d'un musĂ©e après s'ĂŞtre incarnĂ© dans le corps d'un nouveau-nĂ©. Pour se faire, il envoĂ»te Janosz Poha, le conservateur du musĂ©e le contraignant Ă  kidnapper le bĂ©bĂ© de Dana Barrett (Sigourney Weaver). Au mĂŞme moment, nos chasseurs de fantĂ´mes aperçoivent dans les Ă©gouts de la ville une Ă©trange matière visqueuse rose qu'ils prĂ©nomment "slime". Ainsi, si son schĂ©ma narratif n'apporte pas vraiment de surprises auprès de son air de dĂ©jĂ  vu et que l'humour demeure beaucoup moins efficace qu'au prĂ©alable, S.O.S FantĂ´mes 2 parvient toutefois Ă  divertir in extremis de par son ambiance loufoque et dĂ©bridĂ©e Ă©maillĂ©e de sĂ©quences d'action modestement extravagantes et sĂ©millantes. 


Ils reviennent pour sauver le monde !
En tout état de cause, par je ne sais quelle alchimie probablement intègre, on quitte l'aventure avec un sentiment de satisfaction amiteux sous l'impulsion du score proverbial de Ray Parker, Jr (même si cette séquelle n'avait pas lieu d'être faute d'absence d'innovation).

Ci-joint la chronique de S.O.S. FantĂ´mes: https://brunomatei.blogspot.com/2019/01/sos-fantomes.html

*Bruno
3èx


mardi 8 décembre 2020

Jade (Theatrical Cut)

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de William Friedkin. 1995. U.S.A. 1h35. David Caruso, Linda Fiorentino, Chazz Palminteri, Richard Crenna, Michael Biehn. 

Sortie salles France: 29 Novembre 1995. U.S: 13 Octobre 1995

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de film amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1935 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). Il dĂ©bute sa carrière en 1967 avec une comĂ©die musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaĂ®tra la consĂ©cration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux rĂ©compensĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: TĂŞtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police FĂ©dĂ©rale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: TraquĂ©. 2006: Bug. 2012: Killer Joe. 

                                           

DĂ©moli par la critique (et le public) de l'Ă©poque après l'avoir comparĂ© comme un vulgaire plagiat de Basic Instinct, Jade demeure toutefois un excellent thriller Ă©rotique menĂ© de main de maĂ®tre par la sommitĂ© William Friedkin. Il est donc temps de remettre les pendules Ă  l'heure tant ce divertissement regorge de qualitĂ©s esthĂ©tiques, techniques et narratives n'ayant point Ă  rougir de son modèle susnommĂ©. Car outre le savoir-faire de sa mise en scène posĂ©e et d'une intrigue Ă  suspense incessamment captivante (on reste scotchĂ© jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin); Jade est notamment rehaussĂ© d'un cast 3 Ă©toiles Ă  la sobriĂ©tĂ© payante. Tant et si bien que l'on reste par exemple en suspens face Ă  son Ă©pilogue Ă©quivoque, dans la mesure oĂą les acteurs ne dĂ©bordent pas dans leur persuasion perfide Ă  nous brouiller l'esprit une ultime fois. Outre la posture saillante de David Caruso en flic placide dĂ©libĂ©rĂ© Ă  boucler son enquĂŞte de manière circonspecte, de Chazz Palminteri en amant infidèle couard et du regard mĂ©prisant de Richard Crenna en gouverneur altier sans vergogne, Linda Fiorentino affronte ses partenaires avec une force tranquille et de suretĂ© Ă  contre-emploi de la performance clinquante de Sharon Stone. Tout du moins c'est ce qu'elle nous dĂ©voilera au premier abord de son interrogatoire. 

                                  

Car sans dĂ©voiler les tenants et aboutissants de l'intrigue Ă©maillĂ©e de rebondissements sans fard (tout est charpentĂ© et admirablement mis en image avec un rĂ©alisme parfois dĂ©monstratif), l'actrice parvient Ă  distiller un certain doute dans l'esprit du spectateur avec un naturel Ă  la fois dĂ©pouillĂ© et sans fard de par sa personnalitĂ© notoire (bon chic bon genre) Ă  la sexualitĂ© nĂ©vrosĂ©e. Car bien entendu l'intrigue en vogue repose sur les composantes de la luxure, de l'Ă©changisme, du fantasme, du fĂ©tichisme et du sado-masochisme avec un goĂ»t prononcĂ© pour l'art chinois (d'oĂą son titre rĂ©vĂ©lateur faisant allusion Ă  2 dĂ©tails). Quand bien mĂŞme les protagonistes tentent de dĂ©mĂŞler le vrai du faux parmi de potentiels suspects en grande fragilitĂ© de survie. On peut enfin relever une scène d'action faisant office d'Ă©picentre Ă©motionnel Ă  travers une poursuite automobile Ă  couper le souffle (on appelle ça aussi une "anthologie artisanale"), qui plus est au service du rĂ©cit au climat dĂ©lĂ©tère sous-jacent. 


"Certains fantasmes vont trop loin"
Divertissement policier impeccablement huilĂ© surfant sur le phĂ©nomène Basic Instinct Ă  travers une identitĂ© autrement glauque et affutĂ©e, Jade se tire de la redite (ou de l'Ă©pigone) avec un art consommĂ© de l'efficacitĂ©. Et ce sans se complaire dans une vulgaire outrance lubrique pour mieux appâter la libido du spectateur. A revoir d'urgence donc, ne serait-ce Ă©galement que pour la stature Ă©trangement vĂ©nĂ©neuse de Linda Fiorentino en misandre chĂ©tive. 

*Bruno
2èx

vendredi 4 décembre 2020

Un plan Simple. Prix du Jury, Cognac 1999.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"A simple plan" de Sam Raimi. 1998. U.S.A. 2h01. Avec Bill Paxton, Billy Bob Thornton, Bridget Fonda, Brent Briscoe, Becky Ann Baker, Gary Cole. 

Sortie salles France: 24 Mars 1999

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.


"L'ignoble nous enserre, la vulgarité nous étouffe, la cupidité nous dévore."
Jeu de massacre entre une poignĂ©e d'honnĂŞtes citoyens sombrant peu Ă  peu dans la criminalitĂ© après avoir dĂ©couvert un juteux magot Ă  la suite du crash d'un avion, Un plan Simple n'accuse aucune concession pour leur cynique cupiditĂ© en roue libre. Car d'une puissance dramatique en crescendo sous l'impulsion de rebondissements aussi cruels qu'impitoyables, Un plan simple insuffle un sentiment d'amertume dĂ©sespĂ©rĂ© au fil de leur dĂ©rive (a)morale. Particulièrement celle de leur leader respectĂ© de tous mais aujourd'hui amenĂ© Ă  vendre son âme au diable depuis sa transaction auprès de ses complices, notamment auprès de son Ă©pouse beaucoup plus vĂ©nale qu'elle n'y parait (Bridget Fonda demeurant toujours plus pathĂ©tique dans sa rĂ©silience intraitable d'aller jusqu'au bout de son dessein). Echec commercial incomprĂ©hensible lors de sa sortie alors que les critiques l'eurent facilement comparĂ© Ă  Fargo des frères Cohen, Un plan simple joue pourtant dans une cour autrement renfrognĂ©e de par son refus de dĂ©rision macabre et de revirement dĂ©bridĂ© ou (volontairement) grotesque. Et ce mĂŞme si sa scĂ©nographie enneigĂ©e demeure l'un de ces principaux points communs entre ses 2 pièces maĂ®tresses. 
 
                                         


Tant et si bien que l'observe la scrupuleuse caractérisation de ses protagonistes perfides avec une aversion toujours plus appuyée que Sam Raimi brosse avec un réalisme dérangeant eu égard de leur (insatiable) appétence du gain quitte à y sacrifier les plus faibles ou les plus inconséquents de par leur mutuelle défiance. Tout du moins, parmi l'habileté d'un cheminement narratif serpenté, Raimi s'arrange pour les confronter à un concours de circonstances infortunées (dont celle du terrible dilemme de la légitime défense !) lorsque mensonges et félonies y seront les vecteurs du règlement de compte. Bill Paxton s'efforçant de falsifier les preuves parmi la complicité de son frère déficient que Billy Bob Thornton endosse avec un humanisme profondément torturé. On regrette toutefois l'attrait un brin caricatural de son physique benêt à travers sa banale défroque soutenue d'une paire de lunettes trop larges sur le visage. En tout état de cause, la dégénérescence morale de ce personnage secondaire s'avère aussi passionnante que bouleversante à travers sa sombre (pour ne pas dire funeste) amertume. Sa prise de conscience d'une culpabilité préjudiciable au fil d'une descente aux enfers semée d'épineuses complications.


D'une puissance dramatique rarement Ă©galĂ©e pour le genre, Un plan Simple ne nous laisse pas indemne Ă  observer sans retenue la lâchetĂ© de cette mĂ©diocritĂ© humaine embourbĂ©e dans une criminalitĂ© besogneuse. De cupides minables aptes Ă  se trahir et Ă  se feindre pour l'enjeu d'un magot abritĂ© par une aura dĂ©moniale, telle le souligne (symboliquement) cette poignĂ©e de corbeaux querelleurs Ă  l'affĂ»t de leur proie. Au terme, un sentiment tangible de gâchis, de colère et de tristesse irrigue nos Ă©motions face Ă  ce tableau dĂ©risoire de la nature humaine.   

*Bruno
3èx

Récompenses: Critics' Choice Movie Awards 1999 : meilleur scénario adapté et meilleur acteur dans un second rôle pour Billy Bob Thornton.
National Board of Review 1999 : NBR Award du meilleur scénario
Festival du film policier de Cognac 1999 : Prix du jury

jeudi 3 décembre 2020

THX 1138

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de George Lucas. 1971. U.S.A. 1h28. Avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley, Ian Wolfe. 

Sortie salles France: 3 Novembre 1971. U.S: 11 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: George Walton Lucas, Junior est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 14 Mai 1944 à Modesto, en Californie. 1971: THX 1138. 1973: American Graffiti. 1977: La Guerre des Etoiles. 1999: La menace Fantôme. 2002: L'Attaque des Clones. 2008: La Revanche des Siths.

A contre-emploi de sa machinerie stellaire Ă  dollars, Georges Lucas rĂ©alise en 71 son chef-d'oeuvre visionnaire d'une Ă©bouriffante modernitĂ© funèbre. 
Quand on estime que THX 1138 fut rĂ©alisĂ© en 1971 tient d'une vĂ©ritable prouesse Ă  la fois technique et formelle tant la dystopie de George Lucas demeure d'une effarante modernitĂ© (je pèse mes mots !). Car plus d'un demi-siècle plus tard, THX 1138 reste une claque visuelle et Ă©motionnelle sans prĂ©cĂ©dent de par l'acuitĂ© de ces images cauchemardesques retraçant avec souci de rĂ©alisme futuriste la condition soumise de ces milliers d'ouvriers confinĂ©s dans des sous-sols afin d'exercer leur tâche sans relâche au grĂ© de drogues synthĂ©tiques. Visionnaire s'il en est, et plus qu'actuel Ă  travers ses thĂ©matiques de la religion (vĂ©reuse), de l'asservissement, du totalitarisme, du confinement, de la police de la pensĂ©e, du capitalisme (pubard), du rigorisme, de la censure, des violences policières, de la dĂ©pression (on peut d'ailleurs peut-ĂŞtre aussi rappeler que nous sommes les champions d'Europe en terme de consommation d'anti-dĂ©presseur), faute de nos privations (davantage drastiques) de libertĂ©, THX 1138 parvient Ă  cristalliser un univers monochrome rĂ©solument Ă©touffant au sein d'une scĂ©nographie faussement rassurante. Dans la mesure oĂą la couleur symbolique du blanc perce l'Ă©cran afin que ses dĂ©tenus lobotomisĂ©s puissent Ă©prouver une certaine quiĂ©tude Ă  travers leur condition de vie aliĂ©nante. 


Car c'est bien connu, Ă  opĂ©rer les mĂŞmes actions quotidiennes 24h/24 tend Ă  nous converger vers la dĂ©mence sous l'impulsion de narcotiques aux effets secondaires fatalement addictifs. Outre son incroyable illustration technologique oĂą les voix de synthèse fusent tous azimuts afin d'orienter ses ouvriers semi-comateux dans la meilleure trajectoire morale et professionnelle, on reste dĂ©rangĂ© par les postures atones de ceux-ci incapables de se rebeller contre des flics humanoĂŻdes faussement diplomates. A l'exception de THX 1138 (Ă©paulĂ©s de 2/3 comparses en perte de conscience et de repères) depuis que celui-ci Ă©prouve une attirance sentimentale pour sa compagne LUH 3417. Outre les forces d'expression moralement dĂ©rangĂ©es des seconds-rĂ´les rĂ©duits Ă  l'Ă©tat vĂ©gĂ©tatif (notamment la composition subtilement hystĂ©risĂ©e de Donald Pleasance en dĂ©tenu couard), Robert Duvall insuffle un intonation impassible progressivement humaniste lors de son initiation Ă  l'amour, la rĂ©silience et la rĂ©bellion. En parvenant lestement Ă  nous susciter ses nouvelles Ă©motions clairsemĂ©es au fil de son enjeu de survie oĂą plane une Ă©ventuelle lueur d'espoir (quel plan final symbolique !). Ce qui nous vaut d'ailleurs un final autrement barrĂ© et spectaculaire (mais aussi baroque avec l'intrusion impromptue de ses animaux mutants !) Ă  travers une course automobile littĂ©ralement vertigineuse (on reste plaquĂ© Ă  son fauteuil par la vitesse ressentie sans fard). Ainsi, et après avoir tĂ©moignĂ© durant la projo du soin allouĂ© Ă  ses (discrets) effets-spĂ©ciaux, on se dit que Georges Lucas est parvenu Ă  les utiliser efficacement de par leur vĂ©risme frĂ©quemment probant. 


L'important c'est d'aimer.
Pierre angulaire de la science-fiction cĂ©rĂ©brale, chef-d'oeuvre visionnaire s'il en est, en espĂ©rant ne jamais subir pareille dystopie funeste, THX 1138 nous transcende une expĂ©rience cauchemardesque Ă  la fois auditive Ă  travers ses sonoritĂ©s atonales et formelle de par son souci du dĂ©tail technologique, urbain et architectural. Du cinĂ©ma d'auteur infiniment expressif et Ă©motionnellement dĂ©moralisant si bien que son attrait de fascination quasi hypnotique demeure aussi inĂ©puisable qu'inextinguible. 

*Bruno
2èx

Spielberg dira Ă  l'occasion d'une interview: « C'est l'un des meilleurs films de SF que j'ai jamais vus ». 

mardi 1 décembre 2020

Le Retour de Patrick (Uncut version)

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Patrick vive ancora / Patrick still lives" de Mario Landi. 1980. Italie. 1h32 (uncut version). Avec Sacha Pitoëff, Gianni Dei, Mariangela Giordano, Carmen Russo, Paolo Giusti, Franco Silva.

Sortie salles Italie: 15 Mai 1980 (int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Mario Landi (Messine, 12 octobre 1920 – Rome, 18 mars 1992)1950 : Canzoni per le strade. 1953 : Siamo tutti Milanesi. 1954 : Così è (se vi pare). 1955 : Andrea ChĂ©nier. 1957 : All'insegna delle sorelle Kadar. 1957 : Un mese in campagna. 1959 : Il povero fornaretto di Venezia. 
1961 : Il piacere dell'onestĂ . 1962 : Racconti dell'Italia di oggi - Una lapide in Via Mazzini. 1963 : Giacobbe ed EsaĂą. 1967 : Maigret a Pigalle. 1969 : Dal tuo al mio. 1976 : Le impiegate stradali. 1979 : Supersexymarket. 1979 : Giallo a Venezia. 1980 : Il viziaccio. 1980 : Le Retour de Patrick. 


Une déclinaison de Patrick complètement vrillée dans son cocktail d'horreur / obscénité faisandées !
Improbable sĂ©quelle transalpine rĂ©alisĂ©e 2 ans après Patrick de Richard Franklin, le Retour de Patrick fleure bon la bisserie Z comme on en ose plus en faire de nos jours (conservateurs). Car l'intrigue linĂ©aire a beau ĂŞtre con comme la lune et les personnages mutuellement inexpressifs (mais facĂ©tieux), Patrick 2 est sauvĂ© par son cocktail de gore/nichon illustrĂ© sans modĂ©ration. La plupart des femmes en rut exposant leur corps dans leur plus simple appareil au sein d'une sinistre clinique, fruit d'expĂ©riences scientifiques fumeuses. Dans la mesure oĂą après avoir Ă©tĂ© dĂ©figurĂ© lors d'un accident, Patrick se retrouve clouĂ© sur son lit d'hĂ´pital, avec comme consigne paternelle de se venger des responsables de son Ă©tat vĂ©gĂ©tatif. Pour se faire, Ă  l'aide de 3 cobayes humains que son paternel expĂ©rimente en direct, il parvient Ă  absorber leur Ă©nergie vitale pour ainsi pouvoir extĂ©rioriser un pouvoir tĂ©lĂ©kinĂ©sique. Dès lors, et de manière mĂ©tronome passĂ©e la 1ère demi-heure, chaque hĂ´te de la clinique trĂ©passera de la manière la plus trashouille qui soit. Et Ă  ce niveau crapoteux, le Retour de Patrick ne peut dĂ©cevoir l'afficionado de nanar transalpin avide de dĂ©rives gorasses limite dĂ©gueulbifs. En tĂ©moigne avec l'hallucinante sĂ©quence de l'empalement du vagin d'une femme par un tisonnier jusqu'Ă  s'extraire de sa bouche que Ruggero Deodato eut au moins la dĂ©cence de suggĂ©rer dans le scandaleux Cannibal Holocaust. Or, ici, tout ou presque nous est dĂ©voilĂ© sans scrupule par le biais de zooms grossiers du plus bel effet putassier (marque de fabrique de nos opportunistes italiens pillant les succès des autres Ă  leur sauce typiquement racoleuse). J'oserai mĂŞme dire: il faut le voir pour le croire tant la sĂ©quence extrĂŞme demeure aussi impressionnante que dĂ©mentielle. 


Mais aussi incongrue soit cette sĂ©quence dĂ©viante d'une Ă©poque rĂ©volue, Le Retour de Patrick regorge d'autres scènes-chocs presque aussi hardgores. Ou tout du moins presque aussi rĂ©pulsives et dĂ©rangeantes. A l'instar de la femme (limite zoophile dans ses allusions sentimentales) dĂ©vorĂ©e par ses propres chiens (on reste constamment dĂ©rangĂ© par son rĂ©alisme et ses dĂ©rives gores cracras), d'une autre dĂ©capitĂ©e par la vitre Ă©lectrique d'une voiture, d'un type la gorge empalĂ©e par un crochet de boucher ou encore d'un nageur Ă©bouillantĂ© dans sa piscine. Quand bien mĂŞme, en frĂ©quente intermittence, on se rince l'oeil des sĂ©quences de nuditĂ© que nos actrices italiennes surenchĂ©rissent afin de griser leurs amants bizarrement indiffĂ©rents Ă  leur attrait concupiscent. On s'amuse Ă©galement de la posture sous hypnose d'une des jeunes protagonistes tentant d'amadouer Patrick alitĂ© depuis que celui-ci est tombĂ© amoureux d'elle. S'ensuit mĂŞme une sĂ©quence de strip-tease limite porno lorsque celle-ci finit par se caresser les parties gĂ©nitales en gros plans aguicheurs. Comment voulez vous donc vous ennuyer face Ă  tant de provocations gratuites exposĂ©es Ă  travers une ambiance horrifique parfois envoĂ»tante (score dissonant Ă  l'appui !) ! ? Tant et si bien que Le retour de Patrick fut filmĂ© dans les mĂŞmes dĂ©cors que le (gĂ©nialement Z) Manoir de la Terreur (les amateurs reconnaĂ®tront fissa les extĂ©rieurs de la bâtisse gothique) tournĂ© la mĂŞme annĂ©e par le mĂŞme producteur Gabriele Crisanti, alors que l'actrice Mariangela Giordano sera Ă©galement recrutĂ©e pour ses 2 tournages successifs. 


Vous l'aurez donc compris, le Retour de Patrick mĂ©rite largement le coup d'oeil pour les fans irrĂ©ductibles de nanars transalpins n'ayant pas froid aux yeux. Car en y conjuguant avec modeste efficacitĂ© (j'ose le dire) horreur et Ă©rotisme, le Retour de Patrick divertit sans ennuyer, avec mĂŞme parfois un esprit involontairement drĂ´le dont seuls les italiens ont le secret (les crĂŞpages de chignons entre 2 godiches dĂ©vergondĂ©es lors du repas d'invitĂ©s s'avère aussi loufoque que dĂ©bridĂ©). Il est d'ailleurs Ă©tonnant de constater que ce pur produit d'exploitation assumĂ© demeure aussi rare que timorĂ© lors des conversations entre cinĂ©philes aguerris. 

P.S: un grand merci à Ciné-Bis-Art.

*Bruno

vendredi 27 novembre 2020

Le Corps et le Fouet / La Frusta e il corpo

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lipercubo.it

de Mario Bava. 1963. Italie. 1h27. Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Ida Galli/evelyn Stewart, Gustavo de Nardo, Harriet White.

Sortie salles France: 26 Janvier 1966. Italie: 29 AoĂ»t 1963

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


"Le masochisme est une perversion absurde qui consiste Ă  se faire du mal Ă  soi-mĂŞme, alors qu'il y a les autres pour cela."
Après La Fille qui en savait trop et Les Trois Visages de la peur, Mario Bava rĂ©alise la mĂŞme annĂ©e Le Corps et le Fouet, thriller gothique Ă  tendance sexuelle. Car oser Ă©voquer, en 1963, les thèmes fĂ©tichistes de la perversion et du sadomasochisme relevait dĂ©jĂ  d’un geste provocateur dans une Italie encore muselĂ©e par le puritanisme. Par l’entremise d’un suspense latent compromis Ă  une hantise spectrale, Bava ressuscite l’esthĂ©tisme baroque d’un gothisme raffinĂ©, enfermĂ© dans un château isolĂ© du XIXe siècle. La splendeur architecturale des dĂ©cors, le soin pictural accordĂ© Ă  la photo azur-verdâtre traversĂ©e de teintes carmin, forgent l’identitĂ© visuelle d’un cauchemar typiquement transalpin. Infiniment envoĂ»tant et inquiĂ©tant, Le Corps et le Fouet renoue avec la tradition de l’esprit frappeur venu persĂ©cuter sa propre lignĂ©e. RejetĂ© de sa famille après l’Ă©trange suicide de la fille d’une domestique, le Baron Kurt Menliff revient parmi les siens pour tenter de raviver la flamme sulfureuse qu’il entretenait avec sa belle-sĹ“ur. Sur un canevas classique de malĂ©diction, Bava injecte le venin du masochisme, par le truchement d’un couple maudit livrĂ© aux griffes du Mal.


"Le corps, la nuit, le nœud serré".
Si la structure narrative laisse prĂ©sager un rĂ©cit Ă©culĂ© de revenant vengeur, Bava en dĂ©tourne les codes grâce Ă  un habile usage du whodunit et une relation incestueuse larvĂ©e entre amants damnĂ©s. L’aura transgressive du film frappe d’autant plus fort que le cinĂ©aste ne recule pas devant la violence sèche : le baron, dans un plaisir malsain partagĂ©, fouette sans retenue sa belle-sĹ“ur soumise - et oh combien complice. Ă€ mesure que les morts s’accumulent et que plane le doute sur l’identitĂ© du coupable (ou la vengeance d’un spectre tyrannique), Le Corps et le Fouet glisse lentement vers une rĂ©vĂ©lation finale ambigĂĽe. Dans le rĂ´le du baron renfrognĂ©, Christopher Lee insuffle une froideur souveraine - silhouette rigide, regard impassible, cynisme spectral. Au-delĂ  de la mort, ses agissements masochistes continuent d’infester le château comme une fièvre noire. En maĂ®tresse torturĂ©e, Daliah Lavi embrase l’Ă©cran : beautĂ© tĂ©nĂ©breuse fascinante, elle incarne le refoulement masochiste dans ce qu’il a de plus troublant, jusqu’Ă  cette haine amoureuse retournĂ©e contre son propre tyran. Cette charge Ă©rotique et ce romantisme dĂ©chu s’enchevĂŞtrent autour d’un portrait fĂ©minin rongĂ© par la nĂ©vrose et peut-ĂŞtre, par une schizophrĂ©nie insidieuse.


"Tout couple humain vit dans un rapport qui, d'une certaine façon, à un moment ou à un autre, est d'ordre sadomasochiste."
D’une beautĂ© funèbre, glaçante et ensorcelante — oĂą chaque plan ciselĂ© Ă©blouit la rĂ©tine (le Suspiria du gothisme latin, j’vous dis !) - Le Corps et le Fouet ose aborder la paraphilie avec une insolence visuelle, un Ă©rotisme charnel et une brutalitĂ© primitive. Poème en berne, romance damnĂ©e, partition mĂ©lancolique : Bava sculpte le portrait d’une femme Ă©plorĂ©e, incapable de se dĂ©faire de l’emprise d’un amant maudit. Tout bien considĂ©rĂ©, l’un des plus grands films gothiques de tous les temps.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.02.25. 5èx. Vostf
27.11.20. 
17.06.13. 100 v


jeudi 26 novembre 2020

Christmas Evil

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"You Better Watch Out" de Lewis Jackson. 1980. U.S.A. 1h34. Avec : Brandon Maggart, Jeffrey Demunn, Dianne Hull, Andy Fenwick, Brian Neville.

Sortie salles U.S: Novembre 1980.

FILMOGRAPHIE: Lewis Jackson est un réalisateur, scénariste et acteur américain. 1980: Christmas Evil. 1974: The Transformation: A Sandwich of Nightmares. 1970: The Deviates.

Parce que, trente ans plus tĂ´t, un soir de rĂ©veillon, il fut traumatisĂ© en surprenant un Père NoĂ«l - en rĂ©alitĂ© son propre père - se livrer Ă  des attouchements sexuels sur sa mère, Harry, introverti et solitaire, dĂ©cide en cette nouvelle pĂ©riode de NoĂ«l de rendre ses lettres de noblesse Ă  une fĂŞte catholique qu’il estime pervertie par le consumĂ©risme. PrĂ©curseur de la saga Silent Night, Deadly Night, Lewis Jackson rĂ©alise quatre ans auparavant cette curieuse sĂ©rie B horrifique Ă  l’atmosphère profondĂ©ment Ă©trange, au point que certains fans lui vouent aujourd’hui un vĂ©ritable culte (John Waters le considère comme le meilleur film de NoĂ«l jamais rĂ©alisĂ© - rien que ça).

Avec son ton caustique, plus insidieux que frontal, Christmas Evil s’impose comme une curiositĂ© singulière, sans jamais chercher la surenchère gore ni la terreur pure - autant prĂ©venir les amateurs. Le film privilĂ©gie, surtout dans une seconde partie plus vigoureuse, des idĂ©es inventives et inattendues : les villageois pourchassant un Père NoĂ«l Ă  la lueur des torches (clin d’Ĺ“il appuyĂ© Ă  Frankenstein), ou cet Ă©pilogue hallucinant oĂą un camion s’Ă©lève dans le ciel, en lieu et place du traĂ®neau traditionnel. Le tout baigne dans une ambiance lourde, poisseuse, saturĂ©e d’une partition musicale ombrageuse.

Lewis Jackson s’efforce ainsi de dresser, de manière quasi documentaire - Ă  la manière de Maniac ou Henry, en beaucoup moins glauque - le portrait pathĂ©tique d’un homme brimĂ©, marginalisĂ©, cherchant Ă  se rĂ©approprier la magie de NoĂ«l après un traumatisme infantile. De son point de vue torturĂ©, cette cĂ©lĂ©bration censĂ©e glorifier la naissance du Christ se retrouve dĂ©sacralisĂ©e, vidĂ©e de son sens par une sociĂ©tĂ© de consommation obscène et sans vergogne.

Satire vitriolĂ©e, non dĂ©nuĂ©e de quelques incohĂ©rences (la tentative d’Ă©touffement d’un père de famille dans son lit, tandis que son Ă©pouse comateuse ne bronche pas), Christmas Evil capte pourtant l’attention par son cheminement singulier. Les situations saugrenues abondent : ce Père NoĂ«l tentant vainement de s’introduire dans une cheminĂ©e trop Ă©troite, ou ces sĂ©quences parodiques dĂ©licieusement absurdes - l’auditoire improbable de Pères NoĂ«l contraints de clamer un “Merry Christmas” poussif face Ă  des policiers mĂ©dusĂ©s. Le film dĂ©tourne ainsi les codes du cinĂ©ma familial avec une ironie grinçante.

On retiendra Ă©galement cette scène incongrue d’un rĂ©veillon bondĂ© d’invitĂ©s, oĂą notre Père NoĂ«l, convaincu de sa mission morale, avertit des enfants attentifs qu’il leur infligera des choses terribles s’ils ne se montrent pas dociles l’annĂ©e suivante. Les parents, mĂ©dusĂ©s, hĂ©sitent entre le rire et l’inquiĂ©tude, avant que l’homme ne libère un rire aussi railleur que libĂ©rateur. Plus loin, une autre sĂ©quence, dĂ©rangeante et presque euphorique, voit des enfants tenter de protĂ©ger le tueur, dĂ©sormais dĂ©masquĂ©, face Ă  un père de famille armĂ© d’un couteau.

Pour incarner ce profil inquiĂ©tant, Brandon Maggart se rĂ©vèle Ă©tonnamment persuasif, grâce Ă  la neutralitĂ© de son regard, Ă  la fois fuyant et habitĂ©, reflet d’un esprit rongĂ© par des hallucinations cauchemardesques. Un portrait fragile, presque touchant, qui suscite une forme d’empathie - notamment Ă  travers son Ă©pilogue cathartique. Harry n’aspirait finalement qu’Ă  chĂ©rir et protĂ©ger les chĂ©rubins de l’influence licencieuse de parents asservis par le goĂ»t du lucre.


MalgrĂ© une mise en place un brin laborieuse et une rĂ©alisation inĂ©gale - tantĂ´t soignĂ©e dans ses dĂ©tails fĂ©eriques, tantĂ´t maladroite dans son montage - Christmas Evil demeure une Ă©tonnante curiositĂ©, pilier d’une horreur au premier degrĂ©, injectĂ©e d’un sarcasme discret mais corrosif. Ă€ dĂ©couvrir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
26.11.20
29.11.10.

L'anecdote subsidiaire: le film aurait Ă©tĂ© saisi et confisquĂ© au Royaume-Uni en vertu de l'article 3 de 
l'Obscene Publications Act 1959 lors de l'affluence de la Vhs

lundi 23 novembre 2020

La Disparue

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

"The Vanishing" de George Sluizer. 1993. U.S.A. 1h49. Avec Jeff Bridges, Kiefer Sutherland, Sondra Locke, Nancy Travis, Park Overall, Maggie Linderman . 

Sortie salles France: 7 Juillet 1993 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIEGeorge Sluizer, nĂ© le 25 juin 1932 Ă  Paris, et mort le 19 septembre 2014 Ă  Amsterdam, Ă©tait un rĂ©alisateur nĂ©erlandais. 1961 : De lage landen. 1967 : National Geographic Specials. 1971 : Stamping Ground. 1972 : JoĂŁo et le couteau. 1979 : Un homme, deux femmes. 1982 : Tepito si. 1983 : Adios Beirut. 1985 : Red Desert Penitentiary. 1988 : L'Homme qui voulait savoir. 1992 : Utz, la passion de l'art. 1993 : La Disparue. 1996 : Crimetime. 1996 : Mortinho por Chegar a Casa. 1998 : The Commissioner. 2002 : La Balsa de piedra. 2012 : Dark Blood. 

Remake de l'Homme qui voulait savoir (que je n'ai hĂ©las jamais vu), La Disparue est un bon thriller hollywoodien si on fait fi de son modèle plus intègre, nihiliste et authentique (après m'ĂŞtre un peu renseignĂ© sur la toile). George Sluizer se permettant de remaker son propre film Ă  l'aide d'une rĂ©alisation acadĂ©mique et en y modifiant aussi un final autrement conventionnel et prĂ©visible (bien que formidablement menĂ© Ă  travers sa tension spectaculaire fertile en pĂ©ripĂ©ties). Suspense hitchcockien menĂ© sans temps mort, La Disparue doit beaucoup de son intensitĂ© grâce Ă  son contexte en suspens. A savoir si l'Ă©poux parviendra Ă  retrouver sa compagne, morte ou en vie, après 3 ans d'enquĂŞte infructueuse. Pour se faire, il comptera Ă©galement sur les rapports houleux avec sa nouvelle amie en dĂ©sarroi amoureux mais apte Ă  redresser la situation lors de circonstances fructueuses quant au dĂ©nouement attendu. Mais au-delĂ  de l'aspect ludique de son intrigue interlope, La Disparue est rehaussĂ© des prĂ©sences de Kiefer Sutherland sobrement convaincant en Ă©poux teigneux avide de vĂ©ritĂ©, Sondra Locke en victime chĂ©tive partagĂ©e entre doute et optimisme pour la situation de son couple, et la mĂ©connue Nancy Travis en amante affirmĂ©e d'une force de caractère finalement hĂ©roĂŻque. Mais c'est Ă  Jeff Bridges que revient la palme de la prĂ©sence la plus proĂ©minente de par son statut dĂ©lĂ©tère subtilement tranquille en kidnappeur fascinĂ© par la dichotomie du Bien et du Mal. L'acteur dĂ©ployant (Ă  nouveau) un jeu Ă  contre-emploi littĂ©ralement magnĂ©tique et fascinant Ă  chacune de ses prĂ©sences perfides. 

Ainsi, pour ceux ignorant l'existence de son modèle, La Disparue mérite le coup d'oeil pour qui raffole de thriller ludique si bien qu'ici l'intrigue correctement menée demeure intense et efficace sous l'impulsion d'un quatuor de comédiens communément expressifs.

*Bruno
2èx