mardi 29 août 2023

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée / Indiana Jones and the Dial of Destiny

                                               
                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de James Mangold. 2023. U.S.A. 2h34. Avec Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, John Rhys-Davies, Thomas Kretschmann, Boyd Holbrook, Shaunette Renée Wilson, Toby Jones, Antonio Banderas

Sortie salles France: 28 Juin 2023. U.S: 30 Juin 2023

FILMOGRAPHIE: James Mangold est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain nĂ© le 16 dĂ©cembre 1963 Ă  New York, dans l'État de New York, aux États-Unis. 1995 : Heavy. 1997 : Copland. 1999 : Une vie volĂ©e. 2001 : Kate et LĂ©opold. 2003 : Identity. 2005 : Walk the Line. 2007 : 3 h 10 pour Yuma. 2010 : Night and Day. 2013 : Wolverine : Le Combat de l'immortel. 2017 : Logan. 2019 : Le Mans 66. 2023: Indiana Jones et le Cadran de la DestinĂ©e. 

Enorme surprise que ce 5è opus des aventures d'Indy ayant marqué de son empreinte la génération 80 si bien qu'Indiana Jones et le Cadran de la Destinée est un miracle inespéré alors que je redoutais que le ridicule aurait pointé le bout de son nez en la présence sclérosée d'Harrison Ford du haut de ses 81 printemps. Que nenni, et même si bien évidemment il ne possède plus le même panache de ses glorieux exploits juvéniles (loin de là !), Harrison Ford parvient à rendre toujours aussi attachant, attractif, charismatique son héros notoire avec une ferme persuasion tant l'acteur s'investit corps et âme une ultime fois dans la peau de notre archéologue bondissant. Mais outre sa présence physique étonnamment solide pour un âge aussi handicapant, on est également surpris de la qualité des FX numériques lorsque le prologue nous le présente sous un âge contrairement fringant. Et même si on peut regretter quelques plans imberbes où l'on discerne la supercherie artificielle (lorsque par exemple il court sur le toit du train ou lorsqu'il chevauche à cheval lors des moments les plus couillus), on fonce tête baissée dans l'aventure sous l'impulsion d'un récit redoutablement efficace. Un schéma évidemment connu puisque reprenant les ingrédients de la trilogie initiale que les fans ne manqueront pas non plus de se remémorer à travers de nombreux clins d'oeil JAMAIS grossiers. Ainsi, profondément respectueux du matériau d'origine, pour ne pas dire amoureux de la franchise de Spielberg, James Mangold parvient à mon sens à réconcilier ancienne et nouvelle génération auprès de son rythme infernal auquel l'action résolument homérique nous coiffe au poteau avec un art consommé d'une maestria chorégraphiée.

Et ce sans JAMAIS verser dans une quelconque gratuité outrancière tant et si bien que l'action dégénérée reste au service du récit que nos personnages fringants et bondissants maintiennent avec une vélocité somme toute naturelle. On peut d'ailleurs oh combien saluer la présence sobrement affirmée de Phoebe Waller-Bridge, LA révélation du film tant l'actrice gentiment arrogante, cupide, dégage une force d'expression magnétique auprès de son oncle Indy participant communément à l'aventure avec une soif de conquête au trésor. Ce qui nous entrainera vers une conclusion hallucinée (pour ne pas trop spoiler) avec le sourire de gosse qui va avec, des étoiles pleins les mirettes. Quant à la dernière séquence toute en intimité j'ai personnellement fondu aux larmes par la brutalité de son effet de surprise que personne n'aura pu anticiper. Une séquence que je considère personnellement anthologique tant je n'ai pu maitriser mes sentiments fougueux face à pareille ................ Enfin, le jeune acteur Ethann Isidore n'est pas en reste pour se prêter au jeu du faire-valoir en ado fripon et débrouillard jamais chieur ou irritable puisque suscitant bien au contraire une présence plutôt posée en aventurier en herbe aussi investi que les adultes dans cette quette au trésor dépaysante nous menant aux 4 coins du monde. Seul petit reproche niveau acting, Mads Mikkelsen a perdu de sa force expressive en méchant nazi étonnamment discret à croire par moment qu'il ne se sent pas très à l'aise dans sa fonction sciemment caricaturale. Quand bien même Antonio Banderas passe en un coup de vent lors d'un périple en batelier de vieille connaissance.

Vous l'aurez compris, le VRAI retour d'Indy est cette fois-ci bien ancré dans notre réalité de cinéphile aguerri grâce aux talents mutuels de toute l'équipe (acteurs/technichiens/réal) d'une sincérité irréprochable à tenter de renouer avec l'aventure des premiers émois. Et cela fait un bien fou de se retrouver face à un spectacle à l'ancienne n'omettant jamais d'y affilier "à juste dose" humour, tendresse, action, émotions avec un souffle épique et romanesque parfois même bouleversant. Et pour clôturer ma dithyrambe, Indiana Jones et le cadran de la destinée est selon mon jugement de valeur du niveau de la trilogie de Spielberg. Et s'il ne l'atteint peut-être pas (diront les plus exigeants) il l'effleure à de nombreux égards. Et puis rien que pour l'émotion à la fois tendre et nostalgique ressentie pour l'acteur Harrison Ford, nullement ridicule ici, le spectacle à couper le souffle nous restera gravé comme un désarmant cadeau d'adieu.

P.S: n'ayez crainte de sa durée excessive, le temps n'existe plus.

*Bruno

lundi 28 août 2023

Le Sang du Châtiment / Rampage. Montage de 1992.

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site  Imdb.com
 
de William Friedkin. 1987. U.S.A. 1h31 (montage de 92). Avec Michael Biehn, Alex McArthur, Nicholas Campbell, Deborah Van Valkenburg, John Harkins, Art LaFleur, Billy Green Bush.

Sortie salles France: 23 Novembre 1988. U.S: 30 Octobre 1992

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe. 2023: The Caine Mutiny Court-Martial.
 

Dressant le glaçant portrait d'un tueur en série (Alex McArthur sidérant de flegme et de force tranquille derrière son sourire désarmant de naturel !) dans une facture documentée criante de vérité, le Sang du Châtiment est une oeuvre à la fois malsaine et malaisante nous questionnant sur la polémique de la peine de mort. Conjuguant suspense à l'ambiance un tantinet horrifique, drame psychologique pour l'attention accordée à la fragilité des victimes survivantes et à la remise en doute du procureur puis film de procès, le Sang du Châtiment demeure suffisamment passionnant, dense, sciemment ambigu à savoir si un tueur sadique est potentiellement fou ou sain d'esprit après avoir commis l'innommable. Sachant que s'il plaide la folie il pourrait un jour retrouver sa liberté après avoir purgé quelques années en centre psychiatrique. Et si le film laisse des traces dans l'encéphale c'est également grâce à son ambiance lourde, oppressante, déstabilisante, comme habitée par le Mal si j'ose dire et irriguant tout le récit parmi l'extrême maîtrise de la réalisation de Friedkin entièrement voué à ses personnages se remettant mutuellement en cause sur les valeurs du Bien et du Mal. Le score quasi dépressif d'Ennio Morricone renforçant ce sentiment insécure que l'on perçoit à travers son aura implicite de désespoir existentiel. Un film choc donc dont on ne sort pas indemne passée son amère conclusion dénuée d'illusion.

Ci-joint ma chronique de 2011
 
DĂ©finition: La peine de mort ou peine capitale est une peine prĂ©vue par la loi consistant Ă  exĂ©cuter une personne ayant Ă©tĂ© reconnue coupable d'une faute qualifiĂ©e de « crime capital ». La sentence est prononcĂ©e par l'institution judiciaire Ă  l'issue d'un procès.
La peine de mort aux États-Unis est appliquée au niveau fédéral et dans trente-cinq États fédérés sur cinquante que comptent le pays. Aujourd'hui, les États-Unis font partie du cercle restreint des démocraties libérales qui appliquent la peine de mort.
La peine de mort est diversement considérée selon les époques et les régions géographiques. A l'origine, peine très fortement développée à travers le monde, elle a été déconsidérée à l'époque des Lumières. Fortement en recul dans la deuxième moitié du XXe siècle, elle est actuellement dans une situation incertaine.


Deux ans après Police Fédérale, Los Angeles, polar high-tech transcendant la ville californienne pour jonglant sans cesse autour des valeurs du Mien et du Mal, le pourfendeur William Friedkin lance un nouveau pavé dans la mare avec Le Sang du Châtiment. Un pamphlet à double tranchant sur l'épineux débat de la peine de morte suggéré chez un accusé capable de commettre les plus abominables des crimes au nom de la folie ou de sa raison. Au hasard d'une demeure familiale, un inconnu accoutré de lunette noire et d'une veste rouge sonne à la porte et tire sans sommation sur sa logeuse âgée. A l'intérieur de la maison, il continue son massacre en mutilant les parents de la propriétaire. Un peu plus tard, il continue sa virée meurtrière en assassinant une mère de famille retrouvée découpée en morceau et de son fils mystérieusement disparu. Appréhendé par les forces de l'ordre, le tortionnaire semble totalement dénué d'un quelconque remord et possède même un mobile sur ses exactions sanguinaires.


Oeuvre maudite sujette à dérangeante controverse et devenue depuis introuvable en support numérique, Le Sang des Châtiments est le genre de métrage antipathique que l'on n'ose à peine aborder, faute de son sujet scabreux beaucoup trop complexe et abstrait mais si essentiel et capital. D'après le roman "Rampage" de William P. Wood, (ancien avocat de la défense et co-scénariste du film), le Sang du châtiment s'inspire en partie d'un fait divers réel vis à vis du "Vampire de Sacramento". Un tueur en série américain, de son vrai nom, Richard Case, ayant sévit durant les années 70 pour se repaître du sang de ses victimes. Dans un climat glaçant et malsain renforcé d'une photographie blafarde et d'un score musical aigri, le prologue de cette éprouvante descente aux enfers tétanise d'effroi le spectateur avec l'estocade d'un inconnu agressant de manière aléatoire d'innocentes victimes confortablement installées dans leur cocon familial. Sans jamais verser dans une quelconque débauche outrancière, le caractère ultra réaliste des meurtres abjectes mis en exergue dans une âpre verdeur nous terrifie. Car elle touche de plein fouet l'image chétive du citoyen lambda paisiblement réuni dans sa demeure alors qu'un étranger d'apparence docile décide de faire brutalement irruption pour faire voler en éclat leur existence épanouie. Après un second massacre perpétré auprès d'une famille sans histoires, la narration entre de plein gré dans le vif du sujet en appréhendant furtivement le tueur qui n'oppose aucune résistance face aux forces de l'ordre. S'ensuit une expertise médicale et psychiatrique avant que l'accusé ne se retrouve assigné derrière les barreaux devant un tribunal mené par un procureur pro-peine de mort. En effet, il faut rappeler que ce jeune avocat est douloureusement affecté par la perte chère de sa fille décédée 6 mois auparavant d'une brutale pneumonie. Ce lourd sentiment intrinsèque d'injustice va inévitablement l'influencer à condamner sévèrement son accusé en prouvant qu'il était sain d'esprit au moment de ces exactions. Mais le tueur prénommé Charlie Reece aura su démontrer aux experts en psychiatrie que ses ambitions meurtrières étaient pleinement justifiées par son besoin vital de se repaître du sang de ses victimes afin de purifier son enveloppe corporelle avilie. Paradoxalement, la rupture conjugale inopinée de l'épouse de l'avocat va le remettre finalement en question, à savoir s'il faut véritablement envoyer l'accusé à la chambre à gaz. Mais un revirement fortuit va empêcher la décision capitale à trancher si oui on non, ce tueur atypique méritait la peine de mort.


Mis en scène de manière brute et traversé par la hantise d'images cauchemardesques titillant l'esprit du spectateur, Le Sang du châtiment est un terrifiant constat sur le délicat parti-pris d'envoyer ou réfuter au bûcher un tortionnaire responsable d'ignobles crimes perpétrés envers des quidams. Si le film dérange aussi viscéralement, nous place dans un sentiment déstabilisant d'inconfort et ne nous laisse pas indemne à la fin de la projo, c'est dans notre éthique déterminante à approuver ou non la peine de mort chez le prévenu condamné. Si cet homme considéré comme dérangé mental par nos psychiatres notoires est apte à être soigné dans un institut spécialisé durant un laps de temps indéterminé pour peut-être un jour prochain retrouver sa liberté alors que ses victimes immolées auront péri dans d'abominables souffrances. Se pose évidemment la question toute aussi rigoureuse de la récidive si ce tueur lavé de ses pêchers décide en dernier recours à renouer avec l'homicide. Dans le rôle impassible implicitement cynique du tueur au visage angélique, Alex McArthur est proprement sidérant de froideur, d'ambiguïté et de flegme monolithique. Il peut même concourir aux portraits des plus terrifiants serial-killers au cinéma.


Imprégné d'une ambiance malsaine infectant la pellicule de Friedkin dans son portrait établi envers un tueur en série équivoque glaçant de naturel, Le Sang du Châtiment est une oeuvre choc dont il est difficile d'en sortir indemne. La force de son brûlot pro-peine de mort (pour finalement se reconvertir en désespoir de cause) n'apportant aucune solution rédemptrice afin de laisser au spectateur sa théorie en suspens. En résulte un psycho drame d'une horreur moite et sufficante dans sa quête de nous interroger sur l'enjeu humain d'un abominable meurtrier victime de son existence anonyme.

 
*Bruno
3èx 
 


 

jeudi 24 août 2023

Blade

                                      
                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Stephen Norrington. 1998. U.S.A. 2h00. Avec Wesley Snipes, Stephen Dorff, Kris Kristofferson, N'Bushe Wright, Donal Logue, Udo Kier, Traci Lords, Sanaa Lathan, Arly Jover, Matt Schulze.

Sortie salles France: 18 novembre 1998 (int - 12 ans). U.S: 21 Août 1998

FILMOGRAPHIE: Stephen Norrington, nĂ© en 1964 Ă  Londres, est un acteur, scĂ©nariste, rĂ©alisateur et spĂ©cialiste des effets spĂ©ciaux. 1994 : Death Machine. 1998 : Blade. 2001 : The Last Minute. 2003 : La Ligue des gentlemen extraordinaires. 

ConsidĂ©rĂ© aujourd'hui comme culte, Blade n'a pas volĂ© sa rĂ©putation d'actionner horrifique optimal tant Stephen Norrington s'efforce de soigner sa sĂ©rie B fastueuse sous le pilier de Wesley Snipes habitĂ© par son personnage infortunĂ©. Tant et si bien qu'il s'agit sans conteste du rĂ´le de sa vie tant il s'investit corps et âme avec un charisme crĂ©pusculaire aussi distinguĂ© que monolithique. Ainsi, Ă  la revoyure 25 ans plus tard; et pour la 4è fois, je reste stupĂ©fiais par la rĂ©jouissance des sĂ©quences d'action chorĂ©graphiĂ©es avec un art consommĂ© du montage ultra dynamique. Si bien que la pyrotechnie (tant auprès des corps Ă  corps que des gunfights) s'avère toujours lisible pour le plaisir du spectateur fascinĂ© par les talents (super)hĂ©roĂŻques de notre vampire high-tech. Car outre la simplicitĂ© de son scĂ©nario Ă  la fois parfaitement charpentĂ©, efficace, inventif, surprenant parfois mĂŞme, Blade demeure plus subtil, consistant qu'il n'y parait si on y gratte son vernis. Tant auprès des rapports de Blade avec sa mère (chut pour ne pas spoiler !), de sa relation vĂ©nĂ©neuse (beaucoup plus Ă©troite qu'elle n'y parait) avec Frost que de son profil sobrement torturĂ© puisque partagĂ© entre la plus-value de sa malĂ©diction afin de mieux combattre le Mal sur le point de parfaire leur prophĂ©tie (celle de redonner vie au Dieu des vampires) et son dĂ©sir irrĂ©pressible de redevenir humain avec l'appui du docteur Karen Jenson avec qui il entame une relation fraternelle au grand dam de la romance escomptĂ©e Ă  notre surprise. 

Si bien que Blade carbure à l'adrénaline d'une violence décomplexée ne laissant que peu de places aux sentiments. Même la mort d'un des personnages est brièvement dépeinte avec une surprenante froideur, ce qui n'est guère péjoratif car le film se distingue par sa facture badass tout en y instillant un climat fascinatoire d'une modernité gothique. A l'instar de sa splendide photo chrome désaturée, nuancée parfois de couleurs saillantes afin d'afficher une facture formelle aussi personnelle que contemporaine. Et si on peut sans conteste déplorer aujourd'hui la médiocrité de certains FX en CGI (l'aspect cartoon fait tâche), l'action demeure si jouissive, exubérante et surtout homérique pour pardonner assez facilement ses artifices sous l'impulsion d'une musique techno évidemment punchy. D'ailleurs son prologue anthologique confiné dans une boite de nuit ensanglantée est resté dans toutes les mémoires des fans, tant auprès de son effet de surprise que pour l'attrait fulgurant de son horreur redoutablement épique, débridée, décomplexée. On peut enfin saluer les aimables présences de nos vétérans Udo Kier et Kris Kristofferson dans des seconds-rôles assez denses et expressifs, ce qui renforce la carrure élitiste de ce métrage unissant ancienne et nouvelle génération avec une expansivité toute à la fois provocatrice (les vampires juvéniles) et responsable (d'autres vampires ascendants puis nos héros redresseurs de tort).

Gros film d'action mené sans temps morts alors qu'il affiche une durée substantielle de 2h00, Blade dégage une énergie et une insolence contagieuses sans jamais se vautrer dans la facilité de règlements de compte itératifs eu égard de l'habileté de son pitch faisant notamment honneur à ses personnages clinquants. Quant à Wesley Snipes, il vampirise l'écran en mastard ténébreux quasi indestructible si bien que jamais plus il ne retrouvera cette aura ensorcelante lors de ses futurs projets mainstream.
 
*Bruno
4èx

Ci-joint la chronique de Blade 2http://brunomatei.blogspot.fr/2012/10/blade-2.html

jeudi 17 août 2023

Le Mal par le Mal / Band of the Hand

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Paul Michael Glaser. 1986. U.S.A. 1h49. Avec Stephen Lang, Michael Carmine, Lauren Holly, John Cameron Mitchell, Danny Quinn, Leon.

Sortie salles France: 20 Août 1986. U.S: 11 Avril 1986

FILMOGRAPHIE: Paul Michael Glaser est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 25 Mars 1943 Ă  Cambridge, Massachusetts. 1986: Le Mal par le Mal. 1987: Running Man. 1992: Le Feu sur la Glace. 1994: The air up there. 1998: Kazaam. 


A condition de faire preuve d'indulgence, de recul et exclusivement rĂ©servĂ©e Ă  la gĂ©nĂ©ration 80, Le Mal par le Mal est une sympathique curiositĂ© que l'acteur Paul Michael Glaser rĂ©alisa pour son 1er essai derrière la camĂ©ra. En dĂ©pit d'un pitch basique Ă  la fois improbable, naĂŻf, rĂ©gressif et contradictoire (de jeunes dĂ©linquants sont enrĂ´lĂ©s dans un centre (expĂ©rimental) de redressement en guise de rĂ©insertion sociale, et ce avant de devenir malgrĂ© eux des justiciers expĂ©ditifs Ă  la suite de la mort de l'un d'eux); Le Mal par le Mal joue la carte dĂ©complexĂ©e de la bande dessinĂ©e au fil d'un cheminement narratif davantage belliqueux lorsque nos dĂ©linquants en roue libre se transforment en Rambo pugnaces lors de sĂ©quences d'action plutĂ´t funs, spectaculaires, chorĂ©graphiĂ©es avec soin et talent. 


Qui plus est, et en dĂ©pit de leur posture tantĂ´t chieuse, tantĂ´t irritante (principalement lors de leur apprentissage dans un milieu naturel sauvage); nos personnages juvĂ©niles demeurent suffisamment attachants, humanistes, vaillants Ă  travers leur unitĂ© amicale pour pardonner les quelques longueurs qui empiètent le rĂ©cit. Notamment en se focalisant sur quelques sĂ©quences clipesques supervisĂ©es par Michael Mann (ici producteur) dont on reconnaĂ®t bien lĂ  son goĂ»t pour les envolĂ©es lyriques envoĂ»tantes hĂ©ritĂ©es du 6è Sens sorti la mĂŞme annĂ©e ! AccompagnĂ© d'une BO pop/rock souvent entĂŞtante ou aĂ©rienne, le Mal par le Mal assume pleinement son cĂ´tĂ© divertissement dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© tout en suggĂ©rant en filigrane une rĂ©flexion sur la rĂ©insertion des dĂ©linquants par le biais d'une Ă©preuve de force militariste qui pourrait porter ses fruits si certains gouvernements oseraient la mettre en pratique de nos jours. Ainsi, finalement, et avec une grosse louche de dĂ©lire et de dĂ©rision, le Mal par le Mal demeure tristement actuel pour tenir lieu de son constat avant-gardiste imparti Ă  la guerre de la drogue et de ses trafiquants criminels imposant toujours plus leur mainmise auprès d'une population servile.


*Bruno

lundi 14 août 2023

La Prémonition

                                                 
                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site humungus-cinebisart.blogspot.com

de Robert Allen Schnitzer. 1975. U.S.A. 1h33. Avec Sharon Farrell, Richard Lynch, Jeff Corey, Chitra Neogy.

Sortie sales U.S: 21 novembre 1975 (Jackson, MS, premiere). 19 mai 1976 (New York City, New York)

FILMOGRAPHIE: Robert Allen Schnitzer est un réalisateur et producteur américain. A Man Called... Rainbo 1990. Kim Evenson and Charles Laulette in Kandyland (1988). The Premonition (1975). Rebel (1973)


Introuvable, oubliĂ©e, extrĂŞmement rare, La PrĂ©monition (sorti Ă  l'Ă©poque en Vhs chez Embassy mais inĂ©dit en salles chez nous) est une Ă©trange curiositĂ© conjuguant mystère, drame, policier, suspense, ainsi qu'une pointe d'horreur d'après les thĂ©matiques de la tĂ©lĂ©pathie, des hallucinations et de la parapsychologie lorsqu'une mère et sa ravisseuse vont entamer une liaison occulte. Jude et Andrea Ă©tant un couple en perdition puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  procĂ©der au kidnapping d'une fillette pour des motifs que nous connaĂ®trons un peu plus tard. Etonnamment bien interprĂ©tĂ© auprès de comĂ©diens mĂ©connus, si on excepte Sharon Farrell (le Monstre est Vivant) qui vient de nous quitter et l'Ă©tonnant Richard Lynch, et rĂ©alisĂ© avec une certaine efficacitĂ©, la PrĂ©monition vaut le dĂ©tour pour son Ă©trangetĂ© quasi indicible. Sa façon agressive d'y provoquer l'hostilitĂ© par des visions d'effroi assez malaisantes (Ă©paulĂ©es d'un judicieux travail sur la bande-son) et ses interrogations sans rĂ©ponse, comme le souligne son final Ă©quivoque que certain(e)s pourraient peut-ĂŞtre trouver un brin ridicule (la victime interprĂ©tant un air de piano en pleine rue pour tenter d'attirer sa fille par l'entremise d'une experte en parapsychologie), nous suscitant l'attention jusqu'au gĂ©nĂ©rique. 


De par son climat de bizarrerie constant (notamment auprès de la profession du kidnappeur Jude appartenant Ă  la communautĂ© de forains au sein d'un cirque), la prĂ©sence inquiĂ©tante de Danielle Brisebois en maman Ă©plorĂ©e fraichement sortie de psychiatrie pour sombrer dans une dĂ©tresse maternelle prĂ©judiciable, la compagnie saillante de Richard Lynch, traditionnellement envoĂ»tant en clown imprĂ©visible par ses humeurs versatiles, La PrĂ©monition sĂ©duit en toute simplicitĂ© narrative en dĂ©pit de son bâclage imparti aux thèmes de la tĂ©lĂ©pathie et des prĂ©monitions traitĂ©es de manière (sciemment) elliptiques. Peut-ĂŞtre afin de mieux provoquer incomprĂ©hension, doute et angoisse Ă  travers son ambiance hermĂ©tique plutĂ´t palpable. Ajoutez Ă  cela cette fameuse texture granulĂ©e et documentĂ©e tributaire de l'Ă©poque cinĂ©matographique des Seventies et vous obtenez un OFNI ineffable Ă©maillĂ© de situations aussi alĂ©atoires que saugrenues (notamment auprès de la tentative d'enlèvement nocturne dans la chambre de la victime).


Sharon Farrell décédée le 15 mai 2023 (mais annoncé en Août).

Remerciement Ă  CinĂ©-bis-art pour leur copie Dvd de bonne qualitĂ©. 

*Bruno

vendredi 11 août 2023

Cracks

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jordan Scott. 2009. France/Irlande/Angleterre. 1h44. Avec Eva Green, Juno Temple, MarĂ­a Valverde, 
Imogen Poots, Ellie Nunn.

Sortie salles France: 30 Décembre 2009. U.S: 18 Mars 2011

FILMOGRAPHIE: Jordan Scott, née le 7 octobre 1977 à Borough londonien de Merton, en Angleterre, au (Royaume-Uni), est une réalisatrice, scénariste, actrice et romancière britannique. 2002 : Never Never. 2005 : Les Enfants invisibles (co-réalisatrice avec Ridley Scott). 2009 : Cracks. A venir: Berlin Nobody.


Il y a des surprises que l'on ne voit pas arriver, des films que l'on se dĂ©cide Ă  tenter au moment propice, comme si tout Ă©tait tracĂ© d'avance par notre force intuitive, comme si toutes nos actions (coordonnĂ©es) n'Ă©taient finalement pas le fruit du hasard. Si bien que Cracks est venu Ă  moi tel un uppercut Ă©motionnel dont je n'imaginais guère l'impact traumatique qu'il aurait pu causer sur ma psychĂ© torturĂ©e. Tant et si bien que Cracks n'a cessĂ© de m'interpeller sur la complexitĂ© de ces jouvencelles gouvernĂ©es par une professeur Ă  la fois ferme, ambitieuse, bienveillante, persuasive, anticonformiste de par son dĂ©sir d'Ă©mancipation fĂ©minine qu'Eva Green cultive avec une force tranquille Ă©trangement vĂ©nĂ©neuse, Ă©quivoque, indĂ©chiffrable. Et ce afin d'influencer ces Ă©lèves d'offrir le meilleur d'elles mĂŞmes en creusant toujours plus loin leur "dĂ©sir" (doctrine chère enseignĂ©e par leur professeur) du surpassement. Un rĂ´le taillĂ© sur mesure pour l'actrice souvent sulfureuse, son meilleur rĂ´le Ă  l'Ă©cran selon un bouche Ă  oreille massif que je suis incapable de contredire tant elle m'a retournĂ© les neurones avec une vigueur contenue, une retenue glaciale Ă  couper au rasoir. Son jeu sobrement ambigu entretenant incessamment le doute, le questionnement, la rĂ©flexion sur ses actions, ses postures dĂ©complexĂ©es toutefois respectĂ©es et ses prises de dĂ©cision discutables, voires Ă©tonnamment irresponsables. 


Une personnalitĂ© apatride si j'ose dire durant une bonne partie de mĂ©trage, jusqu'Ă  ce que la rĂ©alisatrice (fille de l'Ă©mĂ©rite Ridley Scott !) se dĂ©cide Ă  Ă©claircir peu Ă  peu les zones d'ombres auquel nous nous passionnons avec une immersivitĂ© davantage Ă©prouvante. On songe d'ailleurs parfois un peu Ă  Picnic Ă  Hanging Rock et Ă  Virgin Suicides pour la scĂ©nographie onirique (magnifiquement cadrĂ©e) de ces jeunes filles vierges en accord avec une nature candide, sereine, Ă©dĂ©nique. Notons au passage ses magnifiques dĂ©cors naturels probablement Irlandais (info Ă  vĂ©rifier) que nos protagonistes juvĂ©niles Ă©treignent du fond d'un lac (avec de splendides plongeons au ralenti) ou Ă  proximitĂ© du bois ou d'une clairière. Le rĂ©cit contemplatif dĂ©crivant dans une mesure dĂ©pouillĂ©e la quotidiennetĂ© d'un pensionnat de jeunes filles, une Ă©cole d'Ă©lite concourant Ă  la natation, jusqu'Ă  ce qu'une jeune recrue, Fiamma, aristocrate surdouĂ©e, dĂ©barque et bouleverse leur Ă©quilibre amical. Impossible ici d'aller plus loin, d'y dĂ©florer ses thĂ©matiques, d'y dĂ©voiler ses ruptures de ton pour ne pas Ă©bruiter d'indices. Cracks se dĂ©clinant en expĂ©rience cinĂ©matographique inusitĂ©e. Un moment de cinĂ©ma Ă©thĂ©rĂ© plein de poĂ©sie, de sensibilitĂ©, de fragilitĂ© et de gravitĂ©. Une fine Ă©tude psychologique tournant autour de la jalousie, de l'Ă©litisme et la rancune que je peux dĂ©voiler sans spoiler puisque les 10 premières minutes nous avertirent dĂ©jĂ  de la rivalitĂ© fĂ©minine qui se dĂ©roulera face Ă  notre regard tour Ă  tour charmĂ©, dĂ©rangĂ©,  perplexe, empathique, piĂ©gĂ©, souffreteux, tel l'animal tentant de s'extirper du piĂ©geage en se dĂ©vorant la patte en dĂ©sespoir de cause. Une oeuvre maudite inoubliable qui me hantera jusqu'au dernier souffle.

*Bruno

lundi 7 août 2023

Sans pitié / No Mercy

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Richard Pearce. 1986. U.S.A. 1h48. Avec Richard Gere, Kim Basinger, Jeroen KrabbĂ©, George Dzundza, William Atherton, Gary Basaraba 
 
Sortie salles France: 19 décembre 1986 (U.S) / 1er mars 1987 (France)
 
FILMOGRAPHIE: Richard Pearce est un réalisateur, directeur de la photographie et producteur américain né le 25 janvier 1943 à San Diego, Californie (États-Unis). 1979 : Heartland. 1981: Threshold. 1984 : Les Moissons de la Colère. 1986 : Sans pitié (No Mercy). 1990 : Le Chemin de la liberté (The Long Walk Home). 1992 : En toute bonne foi (Leap of Faith). 1996 : La Couleur du destin (A Family Thing). 2003 : La Route de Memphis (Histoire du blues produit par Martin Scorsese Presents).
 

Policier oubliĂ© des annĂ©es 80, qui plus est peu valorisĂ© par la critique de l'Ă©poque, Sans PitiĂ© est et restera depuis ma rĂ©vision de ce soir un excellent divertissement bourrĂ© de charme en la prĂ©sence hyper attachante du duo torride Richard Gere / Kim Basinger. Le couple symptomatique des eighties ne dĂ©bordant jamais (ou si peu si on Ă©pargne quelques cris inutiles de Kim lors d'hostilitĂ©s meurtrières) Ă  travers leur rivalitĂ© qu'ils se partagent dans l'Ă©preuve de force et de survie. Avec en intermittence, des accalmies romanesques Ă  la fois franchement Ă©mouvantes et envoĂ»tantes quant au profil fragile imparti Ă  l'escort-girl brisĂ©e par un passĂ© orphelin qu'Eddie commence peu Ă  peu Ă  comprendre en dĂ©pit de son machisme gouailleur. Richard Gere se fondant sans ambages dans le corps du flic tĂ©mĂ©raire avec une force d'expression Ă  la fois arrogante, obtuse, pugnace (mâchoire serrĂ©e en sus) mais aussi clĂ©mente et libĂ©ratrice. 


N'ayant d'autre ambition que de divertir en bonne et due forme, Richard Pearce (les Moissons de la Colère) sait doser efficacement action, suspense et romance parmi la sobriĂ©tĂ© de ce couple glamour tentant de s'opposer ardemment Ă  leurs assaillants tout en apprenant Ă  s'apprivoiser avec parfois une poignante dimension humaine. Entre rancune, constance, mĂ©lancolie passĂ©iste et dĂ©sabusement. Et si l'intrigue simpliste demeure sans surprise, l'efficacitĂ© du rĂ©cit ne laisse aucune place Ă  l'ennui si bien qu'elle reste accrocheuse jusqu'au violent règlement de compte final Ă  la tension palpable. On peut enfin relever l'aspect un brin fantasmatique de sa scĂ©nographie particulièrement soignĂ©e, tant auprès de la ville nocturne de Chicago que de la nature humectĂ©e du Bayou filmĂ©e de manière presque sensorielle que les annĂ©es 80 ont su si bien parfaire avec amour du genre sous l'impulsion (ici) du score d'Alan Silvestri qui devrait ravir les nostalgiques.


Un excellent divertissement donc qui en prime d'y cultiver suspense, action et angoisse de façon haletante possède un coeur pour nous attendrir auprès d'une romance fragile Ă  la sensibilitĂ© franchement communicative. Ce qui s'avère d'ailleurs peut-ĂŞtre la plus grande rĂ©ussite du mĂ©trage que d'avoir su mettre en exergue en filigrane cette intensitĂ© Ă©motionnelle que nous n'avions pas vu venir au fil de son cheminement classique. Et bon sang, quelle classe tĂ©nue cette Kim Basinger en femme fatale sentencieuse, qui me manque tant aujourd'hui ! 

Merci Jean-Marc Micciche.

*Bruno
2èx

mardi 1 août 2023

Dalva. Prix FIPRESCI de la Semaine de la critique / Prix Rails d'or / Prix de la Révélation de la Semaine de la critique pour Zelda Samson

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Emmanuelle Nicot. 2022. France/Belgique. Avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy, Marie Denarnaud, Jean-Louis Coulloc'h, MaĂŻa Sandoz.

Sortie salles France: 22 Mars 2023.

FILMOGRAPHIE: Emmanuelle Nicot est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste française, nĂ©e le 18 novembre 1985 Ă  Sedan (Ardennes). 2022: Dalva. 

L'inacceptable n'est pas que dans les mots et les gestes, il est dans les situations assumées qu'on refuse de remettre en question, qu'on refuse de changer.

AurĂ©olĂ© de 3 prix Ă  Cannes et Ă  Namur ainsi qu'une rĂ©compense Ă  Sao Paulo alors qu'il s'agit de la première oeuvre de la rĂ©alisatrice Emmanuelle Nicot et du tout premier rĂ´le de l'actrice Zelda Samson (âgĂ©e de 12 ans), Dalva dĂ©gage une forte Ă©motion Ă  travers la thĂ©matique dĂ©rangeante de l'inceste impartie Ă  la perte de l'innocence. Le rĂ©cit illustrant scrupuleusement le parcours introspectif de Dalva tout juste placĂ©e en centre d'accueil par un juge Ă  la suite d'abus sexuels perpĂ©trĂ©s par son père. PlacĂ© sous le signe de la suggestion, comme l'illustre le violent prologue uniquement bâti sur le hors-champs sonore, Dalva dĂ©gage une dĂ©licate et douloureuse empathie lorsque la victime sous emprise des dĂ©viances (im)morales de son père tente de le prĂ©server coĂ»te que coĂ»te par amour paternel. Car littĂ©ralement perturbĂ©e et endoctrinĂ©e d'avoir trop longtemps cĂ©dĂ© Ă  ces avances pour y admettre leur relation interdite, Dalva s'efforce de se raccrocher Ă  l'affection de son bourreau en dĂ©pit des consignes censĂ©es de son Ă©ducateur s'efforçant de la ramener Ă  la raison dans sa situation autrefois soumise. 

Or au fil de ses difficiles relations amicales avec celui-ci (un peu brutal et drastique par moment) et sa co-locataire marginale Samia, sĂ©parĂ©e d'une mère prostituĂ©e, Dalva va peu Ă  peu rĂ©apprendre Ă  vivre dans son corps d'ado en voie de rĂ©conciliation avec une vie sociale autrement plus conventionnelle et rĂ©demptrice au sein de son centre d'accueil oĂą de jeunes ados tentent peu Ă  peu de se reconstruire malgrĂ© leur perte de repère, leur douleur interne d'avoir Ă©tĂ© brutalement sĂ©parĂ©s de leurs parents. Ainsi donc, au-delĂ  de l'interprĂ©tation sans fard de Zelda Samson d'une fragilitĂ© Ă  fleur de peau par son regard innocent plein de doute, d'humanitĂ©, de rancoeur, de rĂ©bellion, de sagesse enfin par son Ă©veil de conscience, la rĂ©alisation d'Emmanuelle Nicot est un sacerdoce Ă  ne forcer jamais le trait de la sinistrose ou du pathos au coeur d'un sujet aussi polĂ©mique ici traitĂ© avec pudeur et finesse par son rĂ©alisme attentionnĂ©. Notamment par la plus-value du non-dit auprès de plans serrĂ©s sur les visages sobrement expressifs que la rĂ©alisatrice s'attarde pour y extraire une acuitĂ© sensorielle. Le spectateur tĂ©moignant du quotidien incertain de Dalva (et sa mĂ©tamorphose physique) entre apprĂ©hension, espoir, compassion au fil de son Ă©volution morale peu Ă  peu fructueuse en dĂ©pit de ses incartades influencĂ©es par des camarades curieux du goĂ»t de l'interdit (beuveries, cigarettes) en lieu et place de dĂ©livrance. 

D'une grande sensibilitĂ© auprès de la prĂ©sence angĂ©lique de Zelda Samson Ă©voluant face Ă  nous dans une force expressive subtilement ambigĂĽe mais toujours rattrapĂ©e par l'apprentissage du discernement, Dalvia bouleverse inĂ©vitablement sans complaisance sous la mainmise de la suggestion et du refus d'une provocation mal placĂ©e. Une première oeuvre magnifique donc, salutaire, qui laisse des traces dans l'encĂ©phale et qui, surtout, nous aide Ă  mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette improbable relation entre victime et bourreau communĂ©ment impliquĂ©s dans une tendresse tendancieuse dĂ©nuĂ©e d'Ă©thique. Dur et cruel mais nĂ©cessaire et positif car d'utilitĂ© publique.

*Bruno

Récompenses:

    Festival de Cannes 202213 :
        prix FIPRESCI de la Semaine de la critique
        Prix Rails d'or
        Prix de la RĂ©vĂ©lation de la Semaine de la critique pour Zelda Samson

    Festival international du film francophone de Namur 202217 :
        Prix de la DĂ©couverte
        Prix de la meilleure interprĂ©tation pour Fanta Guirassy
        Prix du jury junior

    Festival international du film de SĂŁo Paulo 2022 : prix de la meilleure actrice pour Zelda Samson

vendredi 28 juillet 2023

Chien de la casse. Prix du Public, Angers 2023.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-Baptiste Durand. 2023. France. 1h33. Avec Anthony Bajon, Galatéa Bellugi, Raphaël Quenard, Dominique Reymond, Bernard Blancan.

Sortie salles France: 19 Avril 2023

FILMOGRAPHIEJean-Baptiste Durand est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur de cinĂ©ma français nĂ© le 15 octobre 1985 Ă  Antibes (06). 2023 : Chien de la casse. Prochainement: L'homme qui avait peur des femmes. 


Un hymne à l'amitié chez la génération périurbaine.
ComĂ©die dramatique sociale illustrant la dissension amicale de deux acolytes pĂ©riurbains aux caractères antinomiques, faute de l'intrusion d'une jeune fille dont le plus introverti en tombe amoureux, Chien de la casse est une première oeuvre sidĂ©rante de maĂ®trise. Un coup de coeur couronnĂ© de trois prix (Ă  l'heure oĂą j'imprime mes impressions personnelles) rappelant le cinĂ©ma de CorneauPialat, Claude SautetBruno Dumont de par l'authenticitĂ© de son vĂ©risme documentĂ© au sein d'une scĂ©nographie rurale touchĂ©e par le chĂ´mage, la petite dĂ©linquance, la solitude, le mal-ĂŞtre. Une vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation en la personne de son auteur Jean-Baptiste Durant tant habitĂ© Ă  tailler sur pellicule son histoire profondĂ©ment humaine et de son acteur vedette RaphaĂ«l Quenard crevant l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions. A l'instar d'un Patrick Dewaere Ă  ses prĂ©mices, toute proportion gardĂ©e, de par sa force tranquille et de suretĂ©. C'est dire si ce dernier dĂ©sarmant de spontanĂ©itĂ© Ă  travers son autoritĂ© Ă©corchĂ©e s'avère brut de dĂ©coffrage dans sa posture de grand frère un poil trop orgueilleux auprès de son franc-parler parfois offensant (euphĂ©misme, la sĂ©quence dĂ©rangeante du resto, rupture de ton narrative pour une seconde partie plus douloureuse et amère). Sans compter sa susceptibilitĂ© pathologique (tant auprès de ses amis que de sa mère) faute de son complexe d'infĂ©rioritĂ© qu'il n'ose dĂ©voiler Ă  lui mĂŞme et aux autres. 


Surtout lorsqu'il s'adresse Ă  son partenaire de toujours Dog endossĂ© par Anthony Bajon dans sa prĂ©sence chĂ©tive autrement timorĂ©e, taiseuse, sentencieuse, effacĂ©e. Et ce sans nullement sombrer dans la caricature auquel il aurait pu se morfondre si bien qu'il crève Ă©galement l'Ă©cran auprès de son mal-ĂŞtre existentiel permĂ©able que l'on subi avec tendre empathie mais aussi parfois une gĂŞne tacite dans son incapacitĂ© Ă  s'exprimer. Et si sur le papier, le pitch d'une banalitĂ© confondante avait de quoi faire fuir le plus clĂ©ment des producteurs (alors qu'ici c'est une femme qui s'y est collĂ©e), Jean-Baptiste Durant le transcende en toute quiĂ©tude en tablant sur la caractĂ©risation psychologique de ses personnages Ă©voluant face Ă  nous comme si nous Ă©tions parmi eux en interne de l'action davantage acrimonieuse. Des profils complexes (et complexĂ©s !) que l'on observe donc avec une infinie attention, les personnages s'efforçant malgrĂ© eux de communiquer, de crier leur malaise, leur solitude, entre maladresses, intimidations et provocations autoritaires lorsque Mirales, jaloux de cette rivalitĂ© amoureuse, continue d'asseoir sa mainmise avec un Ă©goĂŻsme aussi cruel qu'Ă©mouvant. 


“Une amitiĂ© qui peut rĂ©sister aux actes condamnables de l'ami est une amitiĂ©.”
C'est donc cette profonde humanité désarmante de naturel qui fait la plus-value de cette oeuvre intimiste que d'observer ses marginaux pétris d'utopie, de bonnes intentions et de furieux désir de vivre, d'aimer dans leur fonction esseulée incertaine. Chien de la casse nous illustrant avec une vibrante humanité torturée la puissante (autant que houleuse) amitié d'un tandem (rigoureusement) contradictoire se déchirant corps et âme à crier leur amour l'un pour l'autre (y'a t'il une homosexualité refoulée chez Mirales ?). Les interprètes communément transis de vécu crevant l'écran (et l'abcès) auprès d'une force expressive contagieuse. Dans la mesure où lorsque apparait le générique de fin nous regrettons amèrement de les avoir déjà quittés, même si on se rassure de leur dessein plausiblement optimiste. Sans réserve un des grands films de 2023, en espérant que ces nouveaux talents surgis de nulle part continuent d'explorer le paysage cinématographique français avec autant de sincérité explosive.

*Bruno

Récompenses
Festival Premiers Plans d'Angers 2023 : Prix du Public.
Festival La Ciotat Berceau du cinéma 2023 : Lumière d'or et double prix d'interprétation masculine pour Raphaël Quenard et Anthony Bajon
Festival de Cabourg 2023 : Swann d'or du meilleur premier film et Swann d'or de la révélation masculine pour Raphaël Quenard

mercredi 26 juillet 2023

Straight on till morning

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Collinson. 1972. Angleterre. 1h39. Avec Rita Tushingham, Shane Briant, James Bolam, Katya Wyeth, Annie Ross, Tom Bell.

Sortie salles Angleterre: 9 Juillet 1972

FILMOGRAPHIE: Peter Collinson est un réalisateur anglais, né le 1er avril 1936 à Cleethorpes (Angleterre), décédé le 16 décembre 1980 à Los Angeles (Californie).1963 : Blackwater Holiday (doc). 1967 : La Nuit des alligators. 1968 : Les Bas Quartiers. 1968 : Un jour parmi tant d'autres. 1969 : L'or se barre. 1970 : Les Baroudeurs. 1971 : La Peur. 1972 : Straight on Till Morning. 1972 : Nid d'espions à Istanbul. 1973 : Les Colts au soleil. 1974 : La Chasse sanglante. 1974 : Dix petits nègres. 1975 : La Nuit de la peur. 1976 : Le Sursis. 1977 : Un risque à courir. 1978 : Demain, la fin ou La Rage au cœur. 1980 : Australia Kid.

C'est une rĂ©elle curiositĂ© expĂ©rimentale que nous propose la Hammer Film par l'auteur du classique maudit La Chasse Sanglante (on dĂ©sespère d'une sortie BR !), Peter Colinson. Très peu connu du public, inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es et rarement citĂ© auprès des aficionados, Straight on till morning se dĂ©cline en huis-clos domestique un tantinet psychĂ©dĂ©lique si je me rĂ©fère aux 20 minutes liminaires festoyantes et Ă  son montage Ă©pileptique alternant deux sĂ©quences distinctes (voirs 3 par moments) de manière furtive, pour ne pas dire agressive. Tant et si bien que de prime abord il m'eut Ă©tĂ© difficile de me familiariser Ă  cette romance schizo auquel un cĂ©libataire utopiste (il refuse de grandir, de travailler, d'entreprendre quelconque projet) multiplie les conquĂŞtes fĂ©minines en s'efforçant d'y dĂ©nicher le physique standard. Dans la mesure oĂą Peter (allusion Ă  Peter Pan), victime de sa beautĂ© physique, ne supporte plus les cagoles d'un soir Ă  la posture aussi sexy qu'orgueilleuse. 

Or, un jour, il fait la connaissance de Brenda, jeune fille immature et influençable, venant tout juste de quitter son cocon, faute d'une maman bigote monoparentale. Au fil de leur relation amoureuse que l'on nous illustre de manière Ă  la fois interlope et dĂ©routante, avec parfois cette tendance d'y privilĂ©gier le montage bicĂ©phale moins irritable, la dinette vire au cauchemar relationnel. Avec, en intermittence, trois sĂ©quences horrifiques expĂ©rimentales assez perturbantes et Ă©peurantes, de par une très habile utilisation auditive rĂ©solument terrifiante, dĂ©rangeante, malaisante, plutĂ´t que de cĂ©der aux sirènes du gore graphique. Cependant,  Straight on till morning a du mal Ă  captiver Ă  travers son ambiance atypique quasi ineffable, Ă  l'aune de son cheminement narratif assez prĂ©visible et contĂ© de manière si personnelle, mĂŞme si notre curiositĂ© reste en Ă©veil jusqu'au gĂ©nĂ©rique de par l'excellence de l'acting infiniment convaincant. Et c'est bien lĂ  la plus grande qualitĂ© du mĂ©trage que de tabler sur le duo galvaudĂ© Rita Tushingham (au physique fort particulier dans son corps de femme enfant aux yeux azurs) / Shane Briant  particulièrement magnĂ©tique dans leurs postures dĂ©gingandĂ©es de grands gamins borderline inĂ©vitablement livrĂ©s Ă  la dĂ©route conjugale. 

A rĂ©server toutefois Ă  un public averti dans la mesure oĂą son climat hermĂ©tique peu affable et amiteux, risque de dĂ©plaire Ă  une frange de spectateurs. C'est d'ailleurs probablement le mĂ©trage le plus bizarroĂŻde que j'ai pu voir au sein de la firme Hammer qui tentait ici de se redorer le blason Ă  l'orĂ©e des Seventies.

*Bruno

mardi 25 juillet 2023

Les Démons de l'Esprit / Demons of the Mind

                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Sykes. 1972. Angleterre. 1h35. Avec Gillian Hills, Robert Hardy, Patrick Magee, Michael Hordern, Shane Briant

Sortie salles France: 20 Septembre 1973. Angleterre: 5 Novembre 1972

FILMOGRAPHIEPeter Sykes est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 17 juin 1939 Ă  Melbourne (Australie) et mort le 1er mars 2006. 1968 : The Committee. 1971 : Venom. 1972 : Les DĂ©mons de l'esprit (Demons of the Mind). 1973 : The House in Nightmare Park. 1973 : Steptoe and Son Ride Again. 1976 : Une fille... pour le diable (To the Devil a Daughter). 1979 : Jesus. 

Dommage que cette raretĂ© oubliĂ©e issue de la firme Hammer ne soit pas reconnue par les critiques, voire mĂŞme aussi du public si on excepte une poignĂ©e d'irrĂ©ductibles dont je fais indubitablement parti après l'avoir revu une seconde fois avec beaucoup de plaisir. Car si effectivement l'oeuvre rigoureusement inquiĂ©tante pâtie d'un scĂ©nario Ă  la fois mal structurĂ© et (sciemment) confus, les DĂ©mons de l'esprit oppose efficacement horreur gothique sĂ©culaire et horreur psychologique autrement contemporaine par le truchement de la psychanalyse. D'ailleurs, cette confusion narrative partant un peu dans tous les sens permet toutefois d'insuffler un climat d'Ă©trangetĂ© prĂ©gnant qui ne nous lâche pas d'une semelle jusqu'au final rĂ©vĂ©lateur d'une grande violence graphique (pour l'Ă©poque et pour une prod Hammer). Peter Sykes  dĂ©nonçant assez intelligemment, et dans une Ă©tonnante ambiance malsaine quasi indicible (on peut aussi rappeler que Peter Sykes rĂ©cidivera dans l'inconfort licencieux avec le sulfureux Une Fille pour le Diable), les thĂ©matiques Ă©pineuses du fanatisme religieux, de l'inceste, du patriarcat et des superstitions parmi l'autoritĂ© d'un père de famille en berne s'efforçant d'emprisonner son fils et sa fille Ă  la suite du suicide de son Ă©pouse dĂ©pressive. 

Or, incapable de surmonter la perte de l'ĂŞtre aimĂ©, celui-ci se venge inconsciemment sur ses progĂ©nitures afin de punir son Ă©pouse dĂ©froquĂ©e (elle qui osa le blasphème du suicide), victime selon lui d'une malĂ©diction dĂ©moniale. Par consĂ©quent, en y faisant intervenir un praticien aux mĂ©thodes archaĂŻques mais en voie de remise en question morale, les DĂ©mons de l'Esprit  y suggère une sociĂ©tĂ© en mutabilitĂ© de par l'Ă©veil de conscience de mentalitĂ©s plus ouvertes (notamment auprès d'un second mĂ©decin en herbe autrement perspicace, clĂ©ment, lucide et rationnel s'attachant particulièrement au sort prĂ©caire d'Elisabeth, soumise et droguĂ©e) en dĂ©pit des coutumes moyenâgeuses des villageois d'accomplir une justice expĂ©ditive rigoureusement barbare. Outre sa superbe photo mettant en valeur les dĂ©cors naturels oniriques ainsi que le manoir de Wykehurst Park, Les DĂ©mons de l'esprit est renforcĂ© de la qualitĂ© de son interprĂ©tation. Tant auprès de ceux endossant les Ă©lĂ©ments perturbateurs, des villageois tributaires de l'affres du Mal que des enfants dĂ©munis de Zorn nous interrogeant frĂ©quemment sur leur personnalitĂ© sciemment ambivalente. 


Egalement teintĂ© de surrĂ©alisme par la fantasmagorie du rĂŞve, de l'intuition et des hallucinations auprès de cette filiation plausiblement malĂ©fique, les dĂ©mons de l'esprit est Ă  dĂ©couvrir avec vif intĂ©rĂŞt. Si bien qu'il s'agit d'une oeuvre horrifique Ă©tonnamment moderne d'après son cadre rĂ©tro, tout en Ă©tant dĂ©concertante, Ă©quivoque sous le pilier d'un rĂ©alisme obscur Ă  la violence parfois crue. 

*Bruno
2èx. Vostfr.