jeudi 10 octobre 2024

Amelia's Children / A Semente do Mal. Prix du Jury, Gérardmer 2024.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gabriel Abrantes. 2023. Portugal. 1h39. Avec Brigette Lundy-Paine, Carloto Cotta, Anabela Moreira, Alba Baptista, Rita Blanco.

Sortie salles France: 31 Janvier 2024

FILMOGRAPHIE: Gabriel Abrantes est un rĂ©alisateur amĂ©ricano-portugais vivant Ă  Lisbonne, nĂ© en 1984 en Caroline du Nord. 2014 : Pan Pleure Pas, long mĂ©trage qui rassemble trois de ses prĂ©cĂ©dents courts (Taprobana, Liberdade et Ennui ennui). 2018 : Diamantino, corĂ©alisĂ© avec Daniel Schmidt. 2024 : Amelia's Children. 

Quelle belle surprise que ce petit mĂ©trage portugais tournĂ© en anglais (le rĂ©al Ă©tant de nationalitĂ© amĂ©ricano-portugais) repartit qui plus est avec le Prix du Jury lors du festival de GĂ©rardmer. 3è long du mĂ©connu Gabriel Abrantes, AmĂ©lia's Children s'y entend pour nous amener Ă  le suivre sur les pentes d'une intrigante filiation lorsque Ed et sa compagne Riley recherchent les parents de celui-ci après avoir Ă©tĂ© kidnappĂ© lorsqu'il fut bĂ©bĂ©. Ce qui les amènent Ă  cĂ´toyer sa vĂ©ritable mère et son frère jumeaux vivants reclus dans un manoir Ă  proximitĂ© d'un bois. Efficacement menĂ© auprès de son suspense lattent ne relâchant jamais l'attention, notamment grâce Ă  l'attachement imparti au couple sans fard (tant auprès de leur physique standard que de leur jeu dĂ©pouillĂ© particulièrement naturel, surtout auprès de Brigette Lundy-Paine portant littĂ©ralement le rĂ©cit sur ses Ă©paules), AmĂ©lia's Children empreinte intelligemment la thĂ©matique incestueuse sous couvert d'une satire cinglante sur le jeunisme. Or, fort d'un climat d'Ă©trangetĂ© d'autant plus stylisĂ© au sein de cette charmante demeure oĂą les jeux de couleurs y esquissent l'ameublement, l'inquiĂ©tude ressentie demeure d'autant plus palpable en la prĂ©sence d'une maman tumĂ©fiĂ©e d'une chirurgie plastique. 

Celle-ci parvenant Ă  susciter gĂŞne et malaise, notamment auprès de sa posture faussement affable, quand bien mĂŞme le fils instille lui aussi une Ă©quivoque amabilitĂ© auprès de ses hĂ´tes dĂ©sorientĂ©s. Pour autant simpliste auprès de son schĂ©ma connu, AmĂ©lia's Children rĂ©invente la notion de suspense et d'horreur suggestive hĂ©ritĂ©s des fleurons des annĂ©es 70 et 80. Tant et si bien que l'on se surprend Ă  ĂŞtre irrĂ©sistiblement attirĂ©, captivĂ© par cette Ă©trange retrouvaille familiale sous l'impulsion de protagonistes subtilement Ă©quivoques, sournois, inĂ©vitablement perfides. Le rĂ©alisateur n'usant que rarement de facilitĂ©s et de clichĂ©s (Ă  l'exception d'un seul assez grossier lors d'une poursuite finale entre 2 personnages) puisque privilĂ©giant le non-dit, la suggestion, l'inquiĂ©tude, l'interrogation, la perplexitĂ© avec une efficacitĂ© payante. Et ce avant d'y parfaire un final autrement tendu, haletant et quelque peu sanglant sans toutefois s'embarrasser de surenchère ou d'effets grand-guignolesques injustifiĂ©s. D'autant plus que plus l'intrigue progresse, plus son climat malsain s'y impose en embrayant l'angoisse tangible, notamment parmi l'appui de certaines visions intolĂ©rables dĂ©nuĂ©es de violence graphique. 

Attachante farce morbide pleine de modestie et de sincĂ©ritĂ© pour le genre horrifique puisque traitĂ©e entre noblesse et intelligence, AmĂ©lia's Children demeure un excellent divertissement Ă  la fois sardonique, ombrageux et dĂ©rangeant en renouant avec les contes fĂ©tides que l'on se narrait au coin du feu. Et ce dans une facture toute Ă  la fois moderne et baroque auprès de son esthĂ©tisme inspirĂ©.  

Dédicace à Loïc Bugnon.

*Bruno
Vostfr

mercredi 9 octobre 2024

Le Chat Noir / The Black Cat

                                             
                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Edgar G. Ulmer. 1934. U.S.A. 1h05. Avec Karloff Boris, Lugosi Bela, Manners David, Bishop Julie, Brecher Egon.

Sortie salles France: 13 Mars 1936. U.S: 7 mai 1934

FILMO: Edgar Georg Ulmer est un réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie américain d'origine autrichienne (1904-1972) responsable de 49 longs-métrages !


Hormis son titre inappropriĂ©, Le chat Noir dĂ©peint la confrontation au sommet de deux personnages ambitieux: un architecte et un psychiatre notoire entachĂ©s d'un lourd passĂ© conflictuelle. Or, le Dr. Vitus Werdegast (Bela Lugosi) est aujourd'hui dĂ©cidĂ© Ă  se venger de son bourreau après avoir vĂ©cu 15 annĂ©es de bagne. Pour cause, durant la guerre, l'architecte Hjalmar Poelzig (Boris Karloff) profita de sa longue absence pour se mĂ©prendre de son Ă©pouse ainsi que sa fille. Mais Vitus, rescapĂ© de l'enfer d'une forteresse Russe a retrouvĂ© ses traces depuis l'exil de son rival aux 4 coins du monde. Quand bien mĂŞme un jeune couple Ă©garĂ© incidemment dans la demeure de Hjalmar se retrouve mĂŞlĂ© Ă  leur discorde. 

Ainsi donc, Ă  travers l'affrontement cĂ©rĂ©bral entre nos stars de l'Ă©pouvante, Edgar Georg Ulmer nous livre un de ces glorieux classiques des annĂ©es 30 Ă  travers un rĂ©cit implacablement structurĂ© qui plus est renforcĂ© d'une ambiance tantĂ´t macabre, tantĂ´t inquiĂ©tante, tantĂ´t baroque. Car pour l'emploi de ce climat surrĂ©aliste fort particulier, nous sommes interpellĂ©s par la beautĂ© et la modernitĂ© des dĂ©cors architecturaux de la demeure exacerbĂ©s d'un Ă©clairage expressionniste pour y parfaire des figures gĂ©omĂ©triques ainsi qu'un jeu d'ombres sournoises auprès de nos protagonistes obscurs qui entourent le couple Ă©garĂ©.

Quant aux couacs, au delĂ  d'une unique scène humoristique entre deux policiers venus rendre visite dans la demeure et d'un dĂ©tail narratif irrĂ©solu (de quelle manière Hjalmar conserve inctact le corps de ses victimes embrigadĂ©es dans les cages de verre ?), Le Chat Noir est un passionnant jeu de pouvoir entre deux ennemis dĂ©terminĂ©s Ă  ne point lâcher prise dans leur combat moral quelqu'en sera l'issue rĂ©servĂ©e. Et ce au nom de la fiertĂ© de l'arrivisme pour l'un et de la haine rancunière pour l'autre (au confins de la dĂ©mence) quant au final horrifique particulièrement sadique.


Boris Karloff est impressionnant dans son personnage patibulaire imbus, lestement indocile, voir aussi dĂ©daigneux envers sa clientèle livrĂ©e Ă  sa merci Ă  l'aune de ses troubles expĂ©riences. Haute stature imposante, regard lourd, sombre prĂ©sence physique dans un accoutrement vestimentaire mortifère, Boris Karloff s'approprie du cadre avec une discrĂ©tion expressive hypnotique ! Bela Lugosi, lui, est futilement hautain lors de ses rĂ©ponses emphatiques, Ă©pris de mĂ©lancolie aussi et de gravitĂ©. Car atteint d'une profonde douleur dans l'âme et le coeur, l'acteur laisse transparaitre avec un naturel rigoureusement inquiĂ©tant (voir parfois mĂŞme malaisant) sa dĂ©tresse, son chagrin insurmontable quant Ă  sa tragique dĂ©couverte filiale. 

D'autre part, en ce qui concerne son imagerie à la fois baroque et macabre (on reste pantois de trouble admiration pour la perversité invoquée aux cages de verres féminines !), on reste fasciné par son final haletant se clôturant sur une séance singulière de diabolique liturgie où le spectateur sera encore interloqué auprès de l'arrière plan d'un étrange décor gothique à l'art abstrait.

Passionnant dans ses caractĂ©risations fĂ©briles et Ă©trangement magnĂ©tique pour la vigueur son noir et blanc Ă©vocateur, Le Chat Noir est surtout l'occasion de voir rĂ©unir Ă  l'Ă©cran deux stars de l'Ă©pouvante rigoureusement impliquĂ©s, inspirĂ©s, habitĂ©s par leur personnage occulte afin de nous susciter l'apprĂ©hension pour leur singulier règlement de compte aussi tortueux que tragique. Un classique effectivement immortel pour reprendre la tagline de son Dvd Ă©ditĂ© chez nous en version originale. 


CĂ´te Ă©motive (sur 5): ☆☆☆☆☆ 
P.S: les étoiles évaluent le plaisir ressenti, rien à voir avec une quelconque note objective.

*Bruno
09.10.24. 2èx. Vost
16.08.10

mardi 8 octobre 2024

Salem's Lot

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Gary Dauberman. 2024. U.S.A. 1h54. Avec Lewis Pullman, Makenzie Leigh, Alfre Woodard, William Sadler, Bill Camp, Pilou Asbæk.

Diffusé sur Max le 03 Octobre 2024

FILMOGRAPHIE: Gary Dauberman est un scénariste et réalisateur américain. 2019 : Annabelle : La Maison du mal (Annabelle Comes Home). Prévu pour 2024 : Salem (Salem's Lot)

Je rejoins Stephen King puisqu'il s'agit d'une fort sympathique réactualisation du mythe du vampire au sein d'un huis clos rural aussi chaleureux qu'inquiétant eu égard de la venue d'un invité surprise hyper charismatique (et donc aussi fascinant que terrifiant pour son apparence spectrale renouant aux sources du mythe façon Nosferatu).

La rĂ©alisation est Ă©tonnamment soignĂ©e et bien cadrĂ©e, la photo est splendide, la reconstitution des Seventies idoine, le cadre rassurant est chaleureux alors qu'Ă  d'autre moments le gothisme architectural y contraste dans une emprise ensorcelante. Il y a aussi des sĂ©quences oniriques de toute beautĂ© qui accompagnent le rĂ©cit sans fioriture (la poursuite nocturne dans les bois en ombres chinoises) alors que les personnages, que l'on croirait Ă©vacuĂ©s d'une sĂ©rie B des annĂ©es 80, sont attachants auprès de leur cohĂ©sion et leur hĂ©roĂŻsme de dernier ressort. Sur ce point, il fallait d'ailleurs oser offrir le rĂ´le majeur Ă  un enfant afro volant presque la vedette Ă  son homologue adulte. 

C'est donc bien rodé, jamais ennuyeux, aussi mystérieux que palpitant, inventif qui plus est (les croix qui s'illuminent, les yeux qui blanchissent, les vampires éjectés par l'arrière au contact de la croix, le final dans le drive-in avec l'écran de cinéma, la scénographie onirico-féerique des enfants vampires) alors que son épilogue expéditif ne s'attarde pas sur le combat final entre vampire et survivant. Et puis enfin on peut relever l'audace du réalisateur d'y sacrifier quelques victimes de façon cruellement imprévisible pour s'extirper des clichés et en renforçant les situations de danger distillées au fil narratif sans vaine digression (on va droit à l'essentiel).

Une bonne série B horrifique donc, modeste, émotive, sans prétention, comme il en pullulait lors des années 80.

*Bruno
vost

lundi 7 octobre 2024

Louise (Take 2)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Siegfried. 1998. France. 1h44. Avec Élodie Bouchez, Roschdy Zem, GĂ©rald Thomassin, Antoine du Merle, Bruce Myers, Naguime Bendidi 

Sortie salles France: 20 Janvier 1999.

FILMOGRAPHIE: Siegfried, ou Sig, noms se scène de Siegfried Debrebant, est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma et compositeur de musiques de films français, nĂ© le 23 janvier 1973 Ă  Paris et mort en octobre 2024. 1998 : Louise (take 2). 2003 : Sansa. 2008 : Kinogamma - Part 1: East. 2008 : Kinogamma - Part 2: Far East. 2011 : Kids Stories. 2017 : Riga (Take 1). 

Notice: Quelques heures plus tôt avant d'écrire cette chronique, j'ai appris la mort de son réalisateur Siegfried décédé le Samedi 5 Octobre 2024.

“CinĂ©aste aux semelles de vent, Mozart de la camĂ©ra, musicien hors pair et le plus marginal de tous les marginaux que j'ai pu connaĂ®tre. Le monde des films non formatĂ©s disparait avec lui. ” StĂ©phane Sorlat 

Triste sort que de condamner un grand film Ă  l'oubli le plus arbitraire, Louise (take 2) reste l'une des oeuvres les plus marquantes des annĂ©es 90 avec son binĂ´me La Vie rĂŞvĂ©e des Anges. IlluminĂ© des prĂ©sences d'Elodie Bouchez (l'innocence instinctive qu'elle nous retransmet bouleverse nos Ă©motions dans sa posture d'Ă©corchĂ©e vive) et de Roschdy Zem (subtilement poignant en clochard avenant) accompagnĂ©s d'un Gavroche des temps modernes, Antoine du Merle (chapeau l'artiste pour ton naturel Ă  la fois insouciant, dĂ©complexĂ©, provocateur !), Louise (take 2) est une oeuvre quasi expĂ©rimentale dĂ©peignant sous le pilier du docu-fiction l'Ă©quipĂ©e de jeunes SDF dĂ©linquants dans les mĂ©tros et bas-fonds parisiens. Hyper attachant sous l'impulsion d'acteurs vivants plus qu'ils ne jouent leur fonction de laissĂ©s-pour-compte en perdition, Louise (take 2) nous plonge dans leur descente aux enfers avec une puissance dramatique assez singulière eu Ă©gard de la maĂ®trise de la rĂ©alisation ultra efficace. 

Tant auprès des Ă©videntes improvisations auprès des rĂ©pliques et situations criantes de vĂ©ritĂ©, de sa figuration marginale (pour ne pas dire fracassĂ©e) jouant leur propre rĂ´le, de l'utilisation de la musique parfois agressive ou jazzy renforçant son aspect documentĂ© pris sur le vif, que des moments de joie et de tendresse que l'on perçoit avec une trouble empathie proche de l'ivresse. A l'instar de cette hallucinante poursuite Ă  pied dans le mĂ©tro puis dans les rues que Siegfried filme Ă  l'arrachĂ© avec un brio personnel. Vortex d'Ă©motions fortes dans un climat Ă©lectrisant aussi glauque que parfois sordide, Louise (take 2) est transcendĂ© de son acuitĂ© humaniste auprès de ces marginaux juvĂ©niles livrĂ©s Ă  eux mĂŞme mais d'un courage, d'une audace et d'une dignitĂ© Ă  couper au rasoir pour dĂ©jouer leur misère dans leur condition d'exclus que les corps policiers, psychiatriques, sanitaires et sociaux (la Ddass) sont incapable d'endiguer faute de leur absence d'empathie dĂ©nuĂ©e de pitiĂ© et d'indulgence dans leur refus d'ĂŞtre Ă  l'Ă©coute de l'autre. Une oeuvre puissante donc assez dure, violente (dans les dialogues et certains comportements dĂ©linquants) et cauchemardesque, mais si tendre et euphorisante car loin de se confiner dans la dĂ©sillusion de la sinistrose de par la rĂ©demption de l'amour autant parentale que conjugale que les acteurs expriment avec une sensibilitĂ© Ă©corchĂ©e vive. Indispensable. 


*Bruno
07.10.24. 3èX

Récompense: Prix Michel d'Ornano à Deauville.

jeudi 3 octobre 2024

NaĂŻs

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Raymond Leboursier et Marcel Pagnol. 1945. France. 1h58. Avec Fernandel, Jacqueline Bouvier, Raymond Pellegrin, Henri Poupon, Germaine Kerjean, Henri Arius.

Sortie salles France: 22 Novembre 1945

FILMOGRAPHIE: Marcel Pagnol est un écrivain, dramaturge, cinéaste et producteur français, né le 28 février 1895 à Aubagne (Bouches-du-Rhône), et mort à Paris le 18 avril 1974 (à 79 ans). 1933 : Le Gendre de Monsieur Poirier. 1933 : Jofroi. 1935 : Merlusse. 1935 : Cigalon. 1936 : Topaze. 1936 : César. 1937 : Regain. 1938 : Le Schpountz. 1938 : La Femme du boulanger. 1940 : La Fille du puisatier. 1945 : Naïs. 1948 : La Belle Meunière. 1951 : Topaze. 1952 : Manon des sources. 1952 : Ugolin. 1954 : Les Lettres de mon moulin. 1967 : Le Curé de Cucugnan (téléfilm).

Quand un bossu en mal d'amour s'Ă©prend de la belle paysanne NaĂŻs avant de se raviser depuis le retour de FrĂ©dĂ©ric Rostand qu'elle ne peut s'empĂŞcher d'aimer Ă©perdument, cela donne un bien Ă©trange drame romantico-criminel teintĂ© de comĂ©die de marivaudage que les dialogues fleuris de Marcel Pagnol transfigurent Ă  travers sa poĂ©sie naturaliste oĂą dĂ©vouement et abnĂ©gation demeurent les maĂ®tres mots auprès d'un pygmalion Ă  la fois cocasse, attachant et Ă©mouvant que Fernandel monopolise dans une discrète tendresse. 

Surprenant, personnel et déconcertant, notamment auprès de la caractérisation anti-manichéenne des personnages de Toine, le bossu, de Frédéric et du père de Naïs, ce très beau mélo provincial ne cible guère un public familial dans son refus de fioriture et de facilité. Faute de la complexité de ses personnages discutables (avec notamment un discours sensiblement frondeur sur le machisme et le patriarcat), de la pudeur de son émotion somme toute contenue et d'un climat champêtre doucereusement expressif dans sa facture monochrome d'après-guerre.

A redécouvrir avec une attention aussi exigeante qu'avertie.

*Bruno
2èx

mercredi 2 octobre 2024

Strange Darling

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  JT Mollner. 2024. U.S.A. 1h37. Avec Willa Fitzgerald, Kyle Gallner, Barbara Hershey, Ed Begley Jr.

Sortie salles France: ?. U.S: 23 Août 2024.

FILMOGRAPHIE: JT Mollner est un rĂ©alisateur , producteur de films , scĂ©nariste , entrepreneur et ancien acteur amĂ©ricain. 2016: Outlaws and Angels. 2024: Strange Darling. 

                                                                                                                                                                       
Coup de đź’“ 2024 ! Quand on oublie que l'on est au cinĂ©ma tant on est pris par la chimère ! 

Warning ! Afin de prĂ©server tout effet de surprise, il est formellement dĂ©conseillĂ© de regarder la bande-annonce et de lire le pitch. 

Folie A2 !
Sachez simplement qu'il s'agit d'une longue traque entre un serial-killer et sa victime 1h31 durant sous l'impulsion d'un mĂ©morable duo que vous n'ĂŞtes pas prĂŞts d'oublier. 
Et donc, afin de ne pas divulguer tous spoilers et twist Ă  la renverse qui irriguent l'intrigue scindĂ©e en 7 chapitres (en comptant l'Ă©pilogue d'une inattendue rupture de ton confinant au sublime), sachez que le rĂ©alisateur nĂ©ophyte JT Mollner (il s'agit de son second long après un essai standard passĂ© inaperçu) s'y entend Ă  point nommĂ© pour faire voler en Ă©clat tous les codes du thriller horrifique afin de mieux nous (dĂ©s)orienter vers des chemins de traverse vitriolĂ©s. Et cela fonctionne "davantage" Ă  plein rĂ©gime au fil d'une Ă©volution narrative Ă©clatĂ©e oĂą la chronologie temporelle y est sciemment anarchisĂ©e. 
Ainsi donc, le premier quart d'heure a beau nous faire craindre la redite d'une situation convenue, Strange Darling ne fait que tabler sur le simulacre d'une confrontation psychologique au diapason, de manière Ă  mieux nous piĂ©ger sur ce que nous Ă©tions entrain de voir plus tĂ´t sans trop d'implication motivante. 


Alors que la sĂ©quence prochaine viendra remettre en question ce Ă  quoi nous Ă©tions entrain d'assister en tant que tĂ©moin d'une drague improvisĂ©e. Et c'est tout le gĂ©nie de cette vrombissante sĂ©rie B surfant sur un certain pilier Tarantinesque Ă  travers sa violence tranchĂ©e, ses Ă©clairs d'humour sardonique, ses rĂ©pliques chiadĂ©es, sa chronologie dĂ©sorganisĂ©e qu'il est impossible d'anticiper, que de compter sur son intrigue sournoise, rĂ©glĂ©e comme une horloge, afin de bousculer nos attentes de spectateur exigeant avec un art consommĂ© de la roublardise. Le tout enrobĂ© d'une photo saturĂ©e Ă©clatante et d'un score romantique Ă©laborĂ©s pour y sĂ©duire notre Ă©motivitĂ© en dĂ©pit de l'immoralitĂ© du concept oĂą les valeurs du Bien et du Mal s'y confondent dans un esprit sarcastique tout Ă  la fois semi-parodique, semi-tragique, voir mĂŞme semi-bouleversant (bordel ce final intime mĂ©lomane dĂ©nuĂ©e de paroles !). Tant et si bien que l'Ă©pilogue anthologique continuera sans doute d'hanter vos nuits (et/ou vos songes) avec l'Ă©trange amertume d'avoir assistĂ© Ă  un OFNI faussement dĂ©calĂ©, ludique, dĂ©complexĂ©. 


La Crise et la Lueur. 
Si après ça vous n'avez pas pigĂ© que Strange Darling est une des meilleures cuvĂ©es de l'annĂ©e 2024 en prime d'ĂŞtre inĂ©luctablement culte de par ses audaces formelles/narratives qu'un jeu d'acteurs survitaminĂ© (Ă  marquer d'une pierre blanche j'vous dit, surtout auprès de ..... !!!) vient scander lors d'une confrontation singulière iconique, pour ne pas dire bipolaire, vous n'avez plus qu'Ă  vous jeter par la fenĂŞtre.  

*Bruno

mardi 1 octobre 2024

Les 7 Mercenaires / The Magnificent Seven

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Sturges. 1960. U.S.A. 2h08. Avec Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn, Brad Dexter, Horst Buchholz, Eli Wallach, Jorge MartĂ­nez Hoyos, Vladimir Sokoloff, Rosenda Monteros, Rico Alaniz. 

Sortie salles France: 1er Février 1961. U.S: 23 Octobre 1960

FILMOGRAPHIE: John Sturges est un réalisateur et producteur de films américain né le 3 janvier 1910 à Oak Park (Illinois) et mort le 18 août 1992 à San Luis Obispo (Californie).1948 : Le Signe du Bélier. 1949 : Les Aventuriers du désert. 1950 : La Capture. 1950 : Le Mystère de la plage perdue. 1950 : Right cross. 1950 : The Magnificent Yankee. 1951 : Kind Lady. 1951 : Le peuple accuse O'Hara. 1951 : It's a Big Country. 1953 : Fort Bravo. 1953 : La Plage déserte. 1954 : Un homme est passé. 1955 : Duel d'espions. 1955 : La Vénus des mers chaudes. 1956 : Coup de fouet en retour. 1957 : Règlements de comptes à OK Corral. 1958 : Le Trésor du pendu. 1958 : Le Vieil Homme et la mer. 1959 : La Proie des Vautours. 1958 : Le Dernier Train de Gun Hill. 1960 : Les Sept Mercenaires. 1961 : Par l'amour possédé. 1962 : Citoyen de nulle part. 1962 : Les Trois Sergents. 1963 : La Grande Évasion. 1965 : Station 3 : Ultra Secret. 1965 : Sur la piste de la grande caravane. 1967 : Sept secondes en enfer. 1968 : Destination Zebra, station polaire. 1969 : Les Naufragés de l'espace. 1972 : Joe Kidd. 1973 : Chino. 1974 : Un silencieux au bout du canon. 1976 : L'aigle s'est envolé.


Chef-d'oeuvre absolu d'une classe impĂ©riale, les 7 Mercenaires prouve Ă  quel point le cinĂ©ma d'antan (ou de papa comme on dit en langage courant) pouvait dĂ©gager une alchimie prĂ©dominante auprès d'une oeuvre aussi bien sincère et (si) attentionnĂ©e qu'ambitieuse et riche d'Ă©motions Ă  travers son rĂ©cit initiatique culminant au baroud d'honneur (on peut d'ailleurs prĂŞter une certaine allusion Ă  l'autre chef-d'oeuvre la Horde Sauvage de Peckinpah Ă  travers ses thĂ©matiques du temps qui passe, de la vieillesse et du devoir de sacrifice). Et ce en dĂ©pit de l'inspiration de John Sturges Ă  imiter les 7 SamouraĂŻs dans une personnalitĂ© propre. Si bien qu'Akira Kurosawa lui offrit un nihontĂ´ (arme blanche du Japon) tant il fut satisfait du rĂ©sultat ricain. Mais outre le plaisir ludique d'y suivre une intrigue latente prenant largement son temps Ă  dĂ©velopper son rĂ©cit et ses personnages en proie aux fĂŞlures morales, remises en question et doute, les 7 Mercenaires Ă©tincelle de mille feux grâce Ă  son cast lĂ©gendaire. 


Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn, Brad Dexter, Horst Buchholz, Eli Wallach se disputant la vedette dans leur charisme iconique sous l'impulsion d'un Yul Brynner encore plus saillant Ă  travers son charisme viril, sa force tranquille et rassurante, son flegme imperturbable, sa loyautĂ©, son hĂ©roĂŻsme studieux. Ainsi donc, magnifiquement mis en scène au sein d'un cadre sĂ©pia en format scope, les 7 Mercenaires confine Ă  la grâce et au lyrisme, Ă  l'expectative du suspense le plus jouissif (quelle mise en attente auprès des 2 conflits belliqueux !), aux gunfight chorĂ©graphiĂ©s et au souffle Ă©pique d'une grande aventure militant pour le sens de l'amitiĂ© et la fraternitĂ©, le sens du sacrifice et la peur de la mort au profit d'une Ă©loge Ă  la famille, Ă  l'amour et Ă  la responsabilitĂ© paternelle. Le tout soutenu du score plein d'entrain d'Elmer Bernstein dans toutes les Ă©coutilles. InaltĂ©rable, pour ne pas dire imputrescible, notamment auprès de son raffinement visuel, les 7 Mercenaires prouve que le temps n'a aucune emprise sur les chefs-d'oeuvre Ă  part entière destinĂ©s Ă  perdurer Ă  travers son acuitĂ© de fascination intergĂ©nĂ©rationnelle.  


*Bruno
2èx. Vostf. 4K

Budget : 2 000 000 $
Lieux du tournage: entièrement au Mexique.

vendredi 20 septembre 2024

La Montagne du Dieu Cannibale / La montagna del dio cannibale

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  Mauvaisgenres

de Sergio Martino. 1978. Italie. 1h42. Avec Ursula Andress, Stacy Keach, Claudio Cassinelli, Antonio Marsina, Franco Fantasia, Lanfranco Spinola, Carlo Longhi.

Sortie salles France: 12 Juillet 1978. Italie: 10 Août 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Quel bonheur de renouer avec un film d'aventures pour adultes en tenant compte qui plus est de son potentiel qualitatif n'ayant pas pris une ride ! 
Car si on dĂ©plore malheureusement ses abjectes snufs animaliers (imposĂ©s par les distributeurs) que l'on Ă©lude grâce Ă  l'avance rapide de notre tĂ©lĂ©commande (Ă  quand une version censurĂ©e obstruant toutes ses sĂ©quences animalières littĂ©ralement Ă  vomir ?), la Montagne du Dieu cannibale est probablement l'une des meilleures rĂ©alisations de Sergio Martino (L'Étrange Vice de madame Wardh, Torso, la Queue du Scorpion, le Continent des Hommes poissons, 2019 après la chute de New-York, Atomic Cyborg). Un habile faiseur conjuguant le film de jungle, façon Tarzan, avec le film de cannibale (pour son final horrifiant Ă©maillĂ© de dĂ©gueulasseries) ayant inondĂ© nos Ă©crans entre la fin des annĂ©es 70 et l'orĂ©e des annĂ©es 80. Et donc, on pourrait presque parler de modèle d'efficacitĂ© Ă  travers ce rĂ©cit d'aventure prĂ©visible pour autant semĂ© d'Ă©vènements impromptus, incidents, agressions animales et rencontres tribales afin de relancer l'action dissĂ©minĂ©e Ă  juste dose. Une histoire simple parfaitement structurĂ©e, d'autant mieux subordonnĂ©e aux rĂ©actions des personnages conflictuels nous dĂ©voilant au compte goutte leur passĂ© (parfois torturĂ©). Sans compter un rebondissement plutĂ´t bien amenĂ© en reconsidĂ©rant la moralitĂ© d'un personnage. Notre groupe d'aventuriers Ă©tant parti Ă  la recherche d'un Ă©poux disparu en plein enfer vert. Et puis quel casting ! Stacy Keach, Ursula Andress (carrĂ©ment nue par moments jusqu'Ă  son apparence finale particulièrement iconique !) s'entourant de seconds-rĂ´les aussi sobrement expressifs, une fois n'est pas coutume, Claudio Cassinelli en tĂŞte en mercenaire Ă©colo contrairement bienveillant. Si bien que l'on est loin des charismes bovins que nos chères sĂ©ries Z transalpines ont souvent recrutĂ© sans se soucier de leur Ă©ventuel talent (oral/gestuel). 


Car il faut bien l'avouer, on ne s'ennuie jamais dans ce pĂ©riple exotique faisant la part belle Ă  une imagerie naturelle absolument dĂ©paysante tant on a l'impression de voyager Ă  l'Ă©tranger de l'intĂ©rieur notre salon sous l'impulsion de la mĂ©lodie tranquille du duo Guido De Angelis / Maurizio De Angelis dans toutes les oreilles. Sergio Martino exploitant Ă  merveille sa vĂ©gĂ©tation sauvage ramifiĂ©e (tournĂ©e au Sri Lanka et en Malaisie ! CarrĂ©ment oui), notamment auprès de cascades sauvages que nos hĂ©ros arpentent la mâchoire crispĂ©e (avec un p'tit soupçon de DĂ©livrance, notamment pour la lâchetĂ© d'un protagoniste). Et puis que dire de ce final en apothĂ©ose, une ultime demi-heure bifurquant vers le pur trip horrifique proprement dĂ©gueulbif si bien qu'il fut d'ailleurs estampillĂ© Outre-manche "Video Nasty". A savoir le film de cannibales viscĂ©ral avec ce que cela sous-entend de sĂ©quences rĂ©pulsives, Ă  l'instar d'une Ă©masculation filmĂ©e en plan serrĂ©, de perforations corporelles, d'un corps Ă©ventrĂ© pour ĂŞtre libĂ©rĂ© de ses entrailles que les cannibales mastiquent goulument ou encore de ce dĂ©jeuner insensĂ© Ă  base de reptiles faisandĂ©s que ceux-ci dĂ©vorent tel des affamĂ©s. Et puis il y a cette sĂ©quence insensĂ©e absolument terrifiante de rĂ©alisme lorsqu'un immense Boa s'en prend Ă  Ursula Andress pour l'entourer de sa queue afin de mieux l'Ă©touffer. Quand bien mĂŞme ses partenaires tentent fĂ©brilement de la dĂ©livrer de ses entraves avec stoĂŻcitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e. Une sĂ©quence hallucinĂ©e magnifiquement mise en scène surfant avec le Mondo que Roar ou encore le dĂ©mentiel les BĂŞtes fĂ©roces attaquent exploiteront Ă  nouveau plus tard Ă  l'Ă©cran. 


Les Risques de l'Aventure. 
Un excellent film d'aventures horrifiques donc, à réserver évidemment aux initiés pour son aura malsaine infréquentable, notamment auprès de l'horreur pure instaurée lors de sa dernière partie aussi haletante que génialement répugnante. Quant aux snufs-animaliers, il serait préférable à l'avenir que le spectateur ait le choix d'opter pour une version expurgée. C'en est même un cri d'alarme que je lance désespérément auprès de nos éditeurs attitrés.

*Bruno
2èx. Vostrf

vendredi 13 septembre 2024

Roar

                                                 
                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Noel Marshall. 1981. 1h35. Avec Tippi Hedren, Noel Marshall, Rick Glassey, Melanie Griffith, Jerry Marshall, John Marshall 

Sortie salles France: 29 Août 1984. Australie: 30 Octobre 1981

FILMOGRAPHIENoel Marshall, nĂ© le 18 avril 1931 Ă  Chicago, Illinois, mort le 27 juin 2010 Ă  Santa Monica, Californie, est un producteur amĂ©ricain. 

"Le film le plus dangereux de l'histoire du cinĂ©ma" dixit sa tagline. Et on peut affirmer que Roar n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de mĂ©trage complètement cintrĂ© eu Ă©gard des 70 incidents qui eurent lieux sur le tournage s'Ă©talant sur une durĂ©e de onze annĂ©es si bien que l'actrice Tippi Hedren se cassa la jambe, MĂ©lanie Griffith subit une chirurgie rĂ©paratrice, le chef-op Jan De Bont fut scalpĂ© pour subir ensuite 120 points de suture alors que son rĂ©alisateur Noel Marshall attrapa la gangrène après voir Ă©tĂ© mordu par un lion. Des fauves (tigres, lion, guĂ©pards) et Ă©lĂ©phants rĂ©unis par centaines pour l'occasion d'un tournage de tous les dangers (pour ne pas dire inconsidĂ©rĂ©) lorsque l'on tient Ă©galement compte qu'ils n'Ă©taient qu'apprivoisĂ©s Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre dressĂ©s faute d'absence de dompteur que Tippi Hedren et son Ă©poux rĂ©alisateur et producteur Noel Marshal remplacèrent de par l'amour portĂ© pour eux. Ainsi donc, dĂ©nuĂ© de scĂ©nario (une famille rend visite Ă  leur père rĂ©fugiĂ© dans un ranch en Afrique), Roar se dĂ©cline en documentaire animalier sur la cohabitation entre l'homme et l'animal au sein d'un rĂ©cit d'aventures totalement dĂ©bridĂ©. Avec toutefois, en filigrane, un louable rĂ©quisitoire contre le braconnage alors que certains animaux furent hĂ©las sacrifiĂ©s au moment du tournage lors d'un incendie (en dĂ©pit de la contradiction de son carton d'avertissement au moment du gĂ©nĂ©rique).

Noel Marshal cumulant sans interruption aucune les sĂ©quences de confrontations et d'agressions entre nos hĂ©ros et les fauves au sein d'un ranch exigu puis dans la nature environnante magnifiquement photographiĂ©e. Et si une inĂ©vitable redondance s'y fait fatalement ressentir durant ce pĂ©riple exotique, les folles sĂ©quences d'agressions sont si insensĂ©es et impactantes, si couillues et incongrues que l'on reste rivĂ© au siège les yeux Ă©carquillĂ©s. Au point de perdre pied avec notre rĂ©alitĂ© de spectateur confortablement assis sur son fauteuil. Noel Marshal relançant louablement l'action cintrĂ©e pour Ă©viter la lassitude en oscillant les dĂ©cors (domestiques / naturels) et les vĂ©hicules (jeep, moto, barque) que nos hĂ©ros arpentent avec une apprĂ©hension (parfois paranoĂŻde) non simulĂ©e. Bref, certain(e)s semblent mĂŞme au bord de la panique face Ă  l'omniprĂ©sence inhospitalière de ces monstres Ă  poil ! Car il faut les voir accourir tous azimuts la mine contractĂ©e (pour ne pas dire grimaçante !) au sein de leur huis-clos dĂ©labrĂ© puis en externe (dans la jungle mais aussi sur l'eau) en s'efforçant de se fondre dans leur corps martyrisĂ© avec un rĂ©alisme fĂ©brile infiniment communicatif. Et c'est ce qui fait l'intĂ©rĂŞt constant de cette improbable aventure confondant rĂ©alitĂ© et fiction depuis l'influence du mondo initiĂ© par les frères Jacopetti d'aligner en mĂ©tronome des sĂ©quences anthologiques Ă  deux doigts de sombrer dans l'incident du direct eu Ă©gard des risques disproportionnĂ©s entamĂ©s sur le tournage comme nul mĂ©trage n'osa l'envisager. 

Et si cette expĂ©rience cinĂ©matographique d'un budget de 17 millions de dollars se solda par un Ă©chec commercial retentissant (il n'en rapporta que 2), le bouche-Ă -oreille ahurissant qui se propagea au fil des dĂ©cennies voua Roar Ă  l'aura de culte. Tant il laisse en mĂ©moire des sĂ©quences estomaquantes vues nulle part ailleurs faute de l'inexpĂ©rience d'une Ă©quipe transie d'irresponsabilitĂ©. En 7 mots: il faut le voir pour le croire. 

*Bruno

Ci-joint Roar en video: https://www.facebook.com/1616051879/videos/1975820812839673/

mardi 10 septembre 2024

Les 3 Fantastiques

                                           
                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michaël Dichter. 2024. France. 1h36. Avec Diego Murgia, Emmanuelle Bercot, Raphael Quenard, Jean Devie, Benjamin Tellier, Maxime Bailleul.

Sortie salles France: 15 Mai 2024

FILMOGRAPHIE: MichaĂ«l Dichter est rĂ©alisateur et acteur. 2021: Boys Feels: I Love Trouble. 2023: Les 3 Fantastiques. 


Avant toute chose, attention Ă  la confusion de son affiche particulièrement fallacieuse suggĂ©rant un teen movie Ă  la fois dĂ©sinhibĂ© et frĂ©tillant alors que nous avions affaire Ă  la gravitĂ© du drame social sur la perte de l'innocence bifurquant Ă  mi-parcours vers le thriller Ă  rebondissements dĂ©pendant de l'intrigue. Si bien que les 3 fantastiques (titre nullement gratuit puisque justifiĂ© auprès des ambitions des personnages) pourrait dĂ©concerter les non avertis comme je le fus malgrĂ© moi. Première rĂ©alisation de Michael Dichter entourĂ© du second-rĂ´le Raphael Quenard (rĂ©vĂ©lĂ© dans le splendide Chien de la Casse), les 3 Fantastiques parvient Ă  nous immerger dans les tourments en perdition de trois adolescents campĂ©s par de jeunes comĂ©diens amateurs Ă©patants de naturel, d'implication autonome auprès de leur Ă©volution morale dĂ©clinante. Particulièrement Diego Murgia endossant le rĂ´le de Max avec une innocence expressive Ă  la fois empathique, pure, poignante, car sĂ©vèrement contrariĂ©e eu Ă©gard de sa condition dĂ©soeuvrĂ©e Ă  tenter de sauver son grand frère tout juste libĂ©rĂ© de prison. 


Il faut dire que le scénario qui se ramifie autour des agissements du trio amical surprend fréquemment quant aux circonstances d'actes frauduleux perpétrés pour le compte d'un enjeu humain désespéré. Celui de tenter de sauver une âme perdue en lui évitant à nouveau la case prison quitte à se brûler soi-même les ailes de l'illégalité auprès du sens du sacrifice fraternel. Ainsi, les 3 Fantastiques adopte une tournure dramatique davantage anxiogène, cruelle, sans échappatoire, notamment en abordant en filigrane l'épineux problème du harcèlement scolaire que l'un d'eux subit particulièrement du fait de sa fragilité timorée. Or, ce qui interpelle lors de leurs actions davantage irresponsables émane de leurs implications personnelles à tenter de s'extraire de l'infortune avec un héroïsme solidaire à la fois suicidaire, hésitant et désemparé. Le réalisateur prenant soin de ne pas prendre de sentiers balisés pour mieux nous surprendre lors d'improvisations détonantes. A l'instar de certaines répliques tellement drôles et naturelles (j'évoque la première partie autrement légère du récit) qu'elles semblent impromptues au moment du tournage (on sait d'ailleurs que Raphael Quenard est un poète qualifié pour son amour immodéré des mots d'esprit).


Le grand frère.
Nanti d'une fragilitĂ© sensible jamais dĂ©monstrative pour tenir lieu d'une crise sociale au sein de la cellule familiale (le rĂ´le de la mère Ă  la fois mutique et dĂ©pressive en est Ă©loquent), les 3 Fantastiques touche au coeur et Ă  la raison avec une amertume dĂ©confite eu Ă©gard de la dramaturgie galopante qui se dessine autour des personnages meurtris rongĂ©s par le sentiment d'injustice, la peur de l'Ă©chec, l'absence d'estime de soi, notamment faute du tableau dĂ©risoire imparti Ă  la dĂ©mission (mono)parentale. Une première oeuvre fort rĂ©ussie donc qui sonne juste et frappe fort quant aux valeurs de l'amitiĂ© et de la famille (au passage superbe rĂ´le sentencieux pour Emmanuelle Bercot) volant ici en Ă©clat Ă  la suite de revirements moraux irrĂ©versibles. Avec une judicieuse maĂ®trise de sa formidable BO, de sa rĂ©alisation attentive et de sa photo plutĂ´t bien Ă©clairĂ©e que l'on n'a point coutume de rencontrer dans le paysage du cinĂ©ma français indĂ©pendant en l'occurrence stylisĂ©.  

*Bruno

Eclosion / They nest. Prix du public lors du festival Fantastic'Arts 2001.

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Ellory Elkayem. 2000. U.S.A. 1h30. Avec Thomas Calabro, Dean Stockwell, John Savage, Kristen Dalton, Tom McBeath, Mark Schooley 

Sortie salles U.S: 25 juillet 2000. Sortie video France: 18 avril 2001 

FILMOGRAPHIEEllory Elkayem est un rĂ©alisateur nĂ©o-zĂ©landais nĂ© le 12 aoĂ»t 1970 Ă  Christchurch. Without a Paddle: Nature's Calling. 2009. Return of the Living Dead: Rave to the Grave (2005). Return of the Living Dead: Necropolis (2005). Arac Attack, les monstres Ă  huit pattes (2002). Éclosion (2000). 

Gentiment sympa et agréable à suivre, principalement grâce à l'attachement des personnages plutôt convaincants, Eclosion est toutefois carrément gâché par ses effets-spéciaux numérisés absolument déplorables pour nous convaincre de l'invasion de ses blattes indignes d'un mauvais dessin animé. Alors qu'à d'autres moments certains effets spéciaux mécaniques parviennent à provoquer l'effroi escompté à travers des visions morbides, sanglantes, mutantes autrement viscérales.

Prix du public lors du festival Fantastic'Arts 2001.

*Bruno
2èx

lundi 9 septembre 2024

City of Darkness

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com


de Soi Cheang Pou-soi. 2024. Hong-Kong. 2h05. Avec Louis Koo, Sammo Hung, Richie Jen, Raymond Lam, Terrance Lau, Philip Ng 

Sortie salles France: 14 Août 2024

FILMOGRAPHIE: Soi Cheang Pou-soi (chinois simplifiĂ© : 鄭保瑞 ; pinyin : Cheang Pou-soi), nĂ© le 11 juillet 1972 Ă  Macao, est un rĂ©alisateur hongkongais. 2000 : Diamond Hill. 2001 : Horror Hotline... Big Head Monster. 2002 : New Blood. 2003 : The Death Curse. 2004 : Love Battlefield. 2004 : Hidden Heroes. 2005 : Home Sweet Home. 2006 : Dog Bite Dog. 2007 : Coq de combat. 2009 : Accident. 2012 : Motorway. 2014 : The Monkey King. 2015 : SPL 2 : A Time for Consequences. 2016 : The Monkey King. 2018 : The Monkey King 3. 2021 : Limbo. 


Top 2024.

Un modèle du film d'action hyperbolique qui accorde autant d'atouts aux fulgurances vertigineuses qu'au traitement des personnages anti-manichĂ©ens. 

Avec ses airs de fin du monde, les dĂ©cors dĂ©labrĂ©s de la citadelle font office de second-rĂ´le stylisĂ© en exploitant notamment Ă  merveille ses corridors et chambres tentaculaires que les adversaires arpentent avec un hĂ©roĂŻsme stoĂŻque suicidaire. 

En ce qui concerne son imagerie belliqueuse, tout est Ă©videmment outrĂ©, improbable, comme le souligne d'ailleurs son final irrationnel avec ce mĂ©chant littĂ©ralement increvable. Mais c'est tellement hyper rĂ©aliste, surtout chorĂ©graphiĂ© avec une fluiditĂ© hors pairs, que l'on adhère sans rĂ©serve Ă  ses prouesses martiales issues d'un autre temps. 

Celle aussi d'un cinéma à l'ancienne, l'action se situant justement dans les années 80, avec ce que cela sous-entend comme parti-pris émotif pour mieux s'attacher aux personnages compromis aux enjeux compétitifs. Mélancolie, sensibilité, rancune et tendresse se télescopant auprès des valeurs de la fidélité et de l'amitié gangrenées par une vendetta de longue haleine.


*Bruno

samedi 7 septembre 2024

Underwater

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de William Eubank. 2020. U.S.A. 1h35. Avec Kristen Stewart, Vincent Cassel, T. J. Miller, Jessica Henwick, Mamoudou Athie, John Gallagher Jr.

Sortie salles France: 8 Janvier 2020

FILMOGRAPHIEWilliam Eubank est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et directeur de la photographie amĂ©ricain nĂ© le 15 novembre 1982 Ă  Holyoke dans le Massachusetts. 2011 : Space Time : L'ultime OdyssĂ©e (Love) (Ă©galement scĂ©nariste). 2014 : The Signal (Ă©galement scĂ©nariste). 2020 : Underwater. 2021 : Paranormal Activity : Next of Kin. 2024 : Land of Bad. 

Il m'aura fallu 3 visionnages pour l'apprĂ©cier Ă  sa juste valeur et ce fut un rĂ©el bonheur. 

Je remercie aussi ceux qui m'y ont incitĂ© d'y refaire un tour (youtube entre autre). 

Une valeur de modeste sĂ©rie B tirant parti de son charme et de son intensitĂ© auprès de sa forme flamboyante soucieuse du moindre dĂ©tail technique afin de mieux nous immerger dans une station sous-marine sujette aux catastrophes les plus prĂ©judiciables. 

C'est donc spectaculaire, intense et claustro en diable sans que les effets numĂ©riques n'y viennent dĂ©crĂ©dibiliser l'action en pagaille soumise Ă  un Ă©quipage en instance de survie. 

Outre la prĂ©sence inattendue de Vincent Cassel assez convenable en capitaine autoritaire dĂ©nuĂ© d'orgueil, j'ai beaucoup apprĂ©ciĂ© la prĂ©sence sensuelle de Kristen Stewart d'autant plus anti-potiche car imposant sobrement une fonction hĂ©roĂŻque digne de mĂ©rite et d'humanisme quant Ă  la dramaturgie de son final aussi couillu que libĂ©rateur. 

Et si le scĂ©nario Ă©tique, quasi inexistant, est largement compensĂ© par son expĂ©rience visuelle rĂ©solument fascinante (notamment auprès des apparitions monstrueuses toute Ă  fait rĂ©alistes dont une dantesque), il y Ă©mane fructueusement en filigrane un discours Ă©colo sur le sort de nos ocĂ©ans que l'homme cupide exploite de manière irresponsable. 

Un très bon spectacle du Samedi soir donc parvenant même à distiller un charme innocent dans son format de série B fastueuse.

P.S: A titre subsidiaire son budget s'Ă©valuant entre 50 et 65 millions de dollars, il en remporte 40 pour devenir un Ă©chec. 

Box Office France: 319 390 entrées

*Bruno
3èx. Vostfr. 4K

vendredi 6 septembre 2024

Atomik Circus, le retour de James Bataille

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Didier Poiraud et Thierry Poiraud. 2004. France. 1h31. Avec Vanessa Paradis, Jean-Pierre Marielle, Benoît Poelvoorde, Jason Flemyng, Venantino Venantini, Vincent Tavier, Bouli Lanners, Jacky Lambert.

Sortie salles France: 21 Juillet 2004

FILMOGRAPHIE: Didier Poiraud est un réalisateur et scénariste français. Thierry Poiraud est un réalisateur et scénariste français né à Nantes. 2004 : Atomik Circus, le retour de James Bataille. 2014 : Goal of the dead. 2015 : Don't Grow Up. 2017 : Zone blanche (téléfilm), co-réalisé avec Julien Despaux. 2022 : Infiniti

Première réalisation des Frères Poiraud, Atomik Circus, le retour de James Bataille (quel titre prometteur à l'esprit BD) est une tentative jubilatoire de proposer un divertissement politiquement incorrect dans le paysage stérile du cinéma français. Et ce, même si le mauvais goût parfois sardonique pourra probablement faire grincer des dents chez les non-initiés (les maltraitances du chien mélomane par son maître arriéré - l'animal n'étant heureusement qu'un effet spécial mécanique - désamorcent la torture intolérable au profit du rire).

Série B jouasse en diable, pour ne pas dire antidépressive par excellence, elle est menée tambour battant autour de situations tantôt polissonnes (les avances de Poelvoorde auprès de son assistante durant leur périple routier, et celles impliquant Vanessa Paradis en chanteuse underground), tantôt macabres (le redneck erratique vivant reclus avec sa mère empaillée). L'intrigue, simpliste mais quasi irracontable (en gros, des extra-terrestres envahissent une paisible bourgade forestière tandis que James Bataille s'évade de prison pour retrouver sa dulcinée), n'est qu'un prétexte à aligner, à rythme soutenu, moult situations incongrues sous l'impulsion de personnages lunaires échappés d'une dimension parallèle.

L'ambiance insolite, à la lisière d'un onirisme fantastico-écolo, se prête naturellement à l'évolution des personnages communautaires au sein de ce havre tranquille, bientôt malmené par une présence meurtrière sans pitié. Autant dire que les têtes tranchées vont chuter, à renfort d'FX réalistes aussi spectaculaires que formellement stylisés. Du plaisir régressif au possible.

Les Frères Poiraud, bougrement inspirés par leur vilain petit canard, misent avant tout sur l'extravagance de ces personnages déjantés, s'en donnant à cœur joie dans des postures saugrenues, mais aussi sur la photogénie herbeuse de cet environnement bucolique (on se croirait presque en Louisiane), au grand dam d'un scénario somme toute modeste. On prend ainsi énormément de plaisir à côtoyer d'illustres seconds rôles : la présence amiteuse de Jean-Pierre Marielle en tenancier bourru (remplaçant Jean Yanne suite à son décès prématuré), la participation machiste de Benoît Poelvoorde en imprésario égrillard pétri d'orgueil, et le charme ultra sexy (mais nullement provocant) d'une délicieuse Vanessa Paradis, aussi sémillante que lascive en chanteuse en herbe d'un naturel inné.

Si bien qu'elle crève l'écran, et l'on espère la retrouver dans une prochaine aventure aux rebondissements davantage inquiétants, pour ne pas dire alarmistes. Ce qui nous amène à son final vrillé, aussi fun que cocasse par son invention visuelle homérique : le carnage festif d'un assaut extra-terrestre au sein d'un bar en plein concert, avec ce gore festoyant éclaboussant les personnages tous azimuts. Quand bien même sa conclusion déroutante, sciemment nonsensique, nous émerveille par son décorum baroque probablement influencé de La Planète des Singes, toutes proportions gardées, avec toutefois une vision personnelle agréablement contradictoire.

OFNI musical télescopant les genres avec une humeur à la fois exaltante et gentiment décomplexée, Atomik Circus provoque un bonheur galvanisant grâce à l'attachement que l'on éprouve pour ces personnages bonnards. L'ensemble se combine à une intrigue oscillant entre fraîcheur et insolence, laissant une empreinte durable dans notre cœur. Un plaisir incontrôlé qui donne envie de rembobiner la pellicule pour replonger dans leur délire singulier. À revoir d'urgence, sans modération - même si, de toute évidence, ce spectacle éclaté ne conviendra pas à tout un chacun.

*Bruno
3èx. 05.09.2024.
28.03.17