vendredi 7 juin 2019

Us

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jordan Peele. 2019. U.S.A. 1h56. Avec Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Yahya Abdul-Mateen II.

Sortie salles France: 20 Mars 2019. U.S: 22 Mars 2019

FILMOGRAPHIE: Jordan Haworth Peele, né le 21 février 1979 à New York, est un acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur américain. 2017: Get Out. 2019: Us.


Observez l'affiche et méditez !
Révélé 2 ans au préalable par le coup de maître Get Out, Jordan Peele récidive dans l'horreur sociale avec Us. Un homme invasion assez efficace dans son lot d'attaques cinglantes brillamment mises en scène (en dépit de certaines facilités éculées quant aux confrontations physiques) doublé d'un survival hystérique eu égard de sa seconde partie beaucoup plus surprenante lorsque la famille Wilson doit riposter auprès de leurs oppresseurs en s'échappant de leur cocon familial vers un lunapark. Sorte d'épisode longiligne de la 4è Dimension, Us parvient donc doucement dans un premier temps à renouveler le survival domestique grâce à l'originalité de son thème dérangeant; le "doppelgänger" (métaphore de notre double maléfique) s'efforçant de substituer chaque membre afro-américain de la famille Wilson lors d'une partie de cache-cache diablement cintrée. Le réalisateur relançant avec assez de brio l'action vrillée par le biais d'une progression dramatique plus ample que prévue et d'idées souvent imprévisibles au risque de perdre le spectateur lors de son (confus) dénouement outre-mesure. Peu exploité au cinéma d'horreur si bien que son pouvoir de fascination fait à nouveau mouche en l'occurrence, le "doppelgänger" est donc ici abordé avec maîtrise quant à sa véracité identitaire. Notamment de par leur posture mécanique à la mine anxiogène, de leur dialecte inaudible sensiblement angoissant et de leur origine scientifique tenant de l'aberration.


Jordan Peele alternant fougueusement intensitĂ© dramatique et dĂ©rision macabre sous l'impulsion d'une BO pop aussi entraĂ®nante que dĂ©complexĂ©e, et d'une partition Ă©lectro tonitruante. Sa narration tributaire de la formulation classique "ouh fais moi peur" - intelligemment - abordant en sous-texte une satire sur le matĂ©rialisme technologique, le fĂ©minisme (la mère de famille finissant par prendre les commandes et dicter sa loi auprès de son mari pataud) et le despotisme gouvernemental rivalisant d'idĂ©es Ă  la fois immorales et saugrenues afin de mieux rĂ©gir notre manière de penser. Ainsi, Ă  travers son ossature narrative davantage dĂ©bridĂ©e au point d'y effleurer Ă  force d'ambition crĂ©ative le ridicule (le twist final discutable risquera Ă  coup sur de faire grincer certaines dents et d'y diviser le public), on songe inĂ©vitablement Ă  l'Invasion des profanateurs de SĂ©pulture auquel Us se prĂ©tend sa rĂ©actualisation moderne. Quant au cast spĂ©cialement afro-amĂ©ricain, outre la posture irritante du père de famille incarnĂ© par le lambda Winston Duke, Us Ă©volue au rythme des actions fĂ©ministes qu'impose avec charisme primitif Lupita Nyong'o en mère de famille belliqueuse Ă©paulĂ©e de Shahadi Wright-Joseph en fille aĂ®nĂ©e en apprentissage martial. Toutes deux formant dans la cohĂ©sion familiale un duo rebelle assez persuasif auprès de leur trajectoire personnelle Ă  courser vaillamment leur sosie.


Mask.
Sans toutefois jamais rivaliser avec le percutant Get Out, Us s'avère suffisamment inventif, efficace, facĂ©tieux, sardonique et dĂ©bridĂ© (jusqu'Ă  overdose diront les plus sceptiques) pour satisfaire l'amateur pur et dur de peloche horrifique dirigĂ©e avec indĂ©niable savoir-faire. Le "doppelgänger" s'avĂ©rant ici d'une hostilitĂ© franchement dĂ©stabilisante Ă  travers leur magnĂ©tisme moral Ă  daigner imposer leur ego sous couvert de dĂ©rision sociale caustique. 

*Bruno

jeudi 6 juin 2019

Amour et mort dans le jardin des Dieux / Amore e morte nel giardino degli dei

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Facebook
 
de Sauro Scavolini. 1972. Italie. 1h29. Avec Erika Blanc, Peter Lee Lawrence, Ezio Marano, Orchidea de Santis, Rosario Borelli.

Sortie salles Italie: 4 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Sauro Scavolini est un réalisateur et scénariste italien né le 3 Février 1934 à Pesaro, Marche. 1992: Un posto freddo in fondo al cuore (Télé-film). 1989 Un coup fumant (télé-film). 1985 Un foro nel parabrezza. 1977: Una devastante voglia di vincere (TV Mini-Series). 1972: Amour et mort dans le jardin des Dieux.

Excellente dĂ©couverte inĂ©dite en France, exhumĂ©e de sa torpeur grâce Ă  l’Ă©diteur Le Chat qui Fume, Amour et mort dans le jardin des Dieux (quel titre fastueux, mais pleinement justifiĂ© !) bĂ©nĂ©ficie d’une copie HD scintillante qui permet de s’immerger dans ce thriller psycho-romantique au parfum d’onirisme sauvage. La nature - vaste, feutrĂ©e, verdoyante - devient l’interprète silencieuse du cadre criminel, complice des volatiles qu’un professeur Ă©tudie dans une solitude sereine (on pourra d’ailleurs y dĂ©celer un Ă©cho Ă  la trilogie animalière d’Argento, ou encore Ă  Blow Out de De Palma).

Car si, de prime abord, l’Ă©nigme policière observant les postures couardes d’un quatuor amoureux paraĂ®t sans vĂ©ritable surprise, Sauro Scavolini (hĂ©las pour son unique rĂ©alisation !) parvient Ă  nous enivrer par l’ossature minutieusement planifiĂ©e de son rĂ©cit et par le brio d’une mise en scène chiadĂ©e, profondĂ©ment personnelle. On en prend plein les yeux devant ces cadres stylisĂ©s, ces gros plans insistants, cette camĂ©ra Ă  l’Ă©paule respirant le rĂ©el - un rĂ©alisme envoĂ»tant autant que dĂ©rangeant, qui nous dĂ©sarçonne tout en nous sĂ©duisant.

Dans cette atmosphère d’Ă©trangetĂ© diffuse et permĂ©able, nous nous laissons happer par une dĂ©rive sentimentalo-mortuaire, toujours sur le qui-vive, Ă  dĂ©mĂŞler les affects vĂ©nĂ©neux d’amants pris dans les mailles de la jalousie, de l’infidĂ©litĂ©, de la rancune et de la vendetta. Ă€ l’Ă©coute des apartĂ©s enregistrĂ©s sur bande magnĂ©tique que le professeur mutique reconstitue patiemment, Scavolini alterne flash-backs et prĂ©sent, consolidant une intrigue vĂ©nĂ©neuse soumise Ă  la dĂ©rive morale de personnages dĂ©viants. Des prĂ©tendants maudits, Ă©pris d’amours passionnelles et obsessionnelles - au point que notre hĂ©roĂŻne, incarnĂ©e par l’Ă©trange et laiteuse Erika Blanc, consulte un psychiatre pour tenter d’Ă©lucider l’attraction charnelle qu’elle provoque chez ses soupirants.

Ainsi, Ă  travers le thème de l’inceste (manipulĂ© dans le cadre troublant du simulacre), Amour et mort dans le jardin des Dieux captive en latence, baignant dans un onirisme sensoriel sublimĂ© par une mise en scène expĂ©rimentale. Thriller intime, marginal et singulier, il se savoure au rythme placide d’une balade romantique Ă©maillĂ©e de morts brutales.


Aussi bien dĂ©sincarnĂ© que rĂ©aliste au cĹ“ur d’un paradis naturel faussement tranquille, Amour et mort dans le jardin des Dieux demeure une perle maudite du psycho-killer, Ă  recommander chaudement aux amateurs de romance nĂ©crosĂ©e.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

mercredi 5 juin 2019

La Saignée

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Claude Mulot. 1971. France/Italie. 1h28. Avec Bruno Pradal, Charles Southwood, Gabriele Tinti, Ewa Swann, Patti D'Arbanville, Claude Cerval.

Sortie salles France: 10 Novembre 1971. U.S: 17 DĂ©cembre 1972.

FILMOGRAPHIE: Claude Mulot (Frédéric Lansac) est un réalisateur et scénariste français, né le 21 août 1942 à Paris, décédé le 13 Octobre 1986 à Saint-Tropez. 1968: Sexyrella. 1969: La Rose Ecorchée. 1971: La Saignée. 1973: Profession : Aventuriers. 1974: Les Charnelles. 1975: Le Sexe qui parle. 1976: La Rage de jouir. 1977: Suprêmes jouissances. 1977: La Grande Baise. 1977: Belles d'un soir. 1978: Le Sexe qui parle 2. 1980: La Femme Objet. 1980: l'Immorale. 1980: Les Petites écolières. 1981: Le jour se lève et les conneries commencent. 1983: Black Venus. 1986: Le Couteau sous la gorge.


A réserver aux amateurs de curiosité introuvable bien d'chez nous.
Copie HD irréprochable.

mardi 4 juin 2019

Cérémonie Sanglante / Ceremonia sangrienta

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de Jorge Grau. 1973. Espagne. 1h28. Avec Lucia Bosè, Espartaco Santoni, Ewa Aulin, Ana Farra, Silvano Tranquilli, Lola Gaos.

Sortie salles Espagne: 19 Novembre 1973. Italie: 4 Octobre 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jorge Grau est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 27 Octobre 1930 à Barcelone. 1973: Ceremonia sangrienta. 1974: Le Massacre des Morts-Vivants. 1959: Costa Brava. 1960: Sobre Madrid. 1960: Medio siglo en un pincel. 1961: Laredo, Costa Esmeralda. 1961: Barcelona vieja amiga. 1976: La Siesta. 1982: La Leyenda del tambor. 1983: Coto de Caza. 1987: El extranger-oh ! de la calle Cruz del Sur. 1990: La punyalada. 1994: Tiempos mejores.


Une pépite d'horreur gothique oubliée.

HĂ©las restĂ©e inĂ©dite en France et absente des Ă©tagères vidĂ©ographiques, CĂ©rĂ©monie Sanglante fait une apparition providentielle grâce Ă  l’inestimable initiative d’Artus Films, qui nous exhume cette pĂ©pite d’horreur gothique. RĂ©alisĂ© par Jorge Grau, l’auteur de l’indispensable Massacre des Morts-Vivants, ce film s’inspire des sombres exactions de la tristement cĂ©lèbre comtesse hongroise Élisabeth Báthory de EcsĂ©d, mais la touche personnelle de Grau, irrĂ©mĂ©diablement imprĂ©gnĂ©e d’une essence ibĂ©rique, en fait une variation originale, dĂ©routante, indĂ©niablement inquiĂ©tante.

L'intrigue de CĂ©rĂ©monie Sanglante est une vĂ©ritable odyssĂ©e visuelle et psychologique. Si, durant les deux premiers tiers du film, l’action semble dĂ©libĂ©rĂ©ment confuse, oscillant entre motivations obscures et intrigues cabalistiques, il est impossible de dĂ©tacher son regard de l’Ă©cran. Jorge Grau cultive notre attention avec brio, entretenant un jeu dĂ©licat entre forme et fond. La photographie flamboyante, les dĂ©cors architecturaux stylisĂ©s, et un contexte historique minutieusement recréé rendent le tout Ă©tonnamment crĂ©dible et d'une beautĂ© morbide. Ce cadre visuel n’est pas qu’un Ă©crin esthĂ©tique ; il devient le terrain de jeu d’une histoire oĂą dĂ©sir, jalousie, fĂ©lonie et soif de jeunesse Ă©ternelle se mĂŞlent et s'entrelacent, crĂ©ant une mĂ©galomanie criminelle alimentĂ©e par des meurtres en sĂ©rie.

Grau parvient Ă  nous faire croire Ă  l’authenticitĂ© de ce microcosme mĂ©diĂ©val, jusqu'aux plus infimes dĂ©tails — que ce soit les instruments de torture ou les seconds rĂ´les dĂ©nuĂ©s de fard, dont les expressions, simples mais sincères, renforcent l’impression de rĂ©alitĂ© crue et inaltĂ©rĂ©e. Le film ne se contente pas de nous montrer une Ă©poque ; il nous plonge dans une Ă©poque, violente, pleine de superstitions et de mĹ“urs primitives, oĂą les personnages sont Ă  la fois des victimes et des bourreaux.


CĂ©rĂ©monie Sanglante nous invite Ă  observer, impuissants, les agissements immoraux de ses personnages, tous plus dĂ©testables les uns que les autres. Leur perfidie, leur lâchetĂ©, leurs mensonges et leurs ambitions usurpĂ©es tissent un drame intime et social d’une noirceur fascinante. Aucun d’eux ne parvient Ă  Ă©veiller notre empathie ; au contraire, leur quĂŞte sans fin pour asservir et dĂ©truire leur proie, simplement pour goĂ»ter Ă  l’Ă©lixir de l’Ă©ternelle jeunesse, les rend plus monstrueux encore. Il n'y a ici aucune forme de rĂ©demption, seulement la violence d’un dĂ©sir insatiable qui conduit Ă  la ruine.

Mais ce qui donne Ă  CĂ©rĂ©monie Sanglante sa profondeur, c’est la manière dont Jorge Grau aborde des thèmes essentiels comme la superstition, le fanatisme et la peur irrationnelle de l'inconnu. Ă€ travers une populace rĂ©trograde, effrayĂ©e par l’idĂ©e mĂŞme du vampire suceur de sang, Grau dĂ©nonce un monde oĂą l’ignorance et la peur gouvernent les actes humains. Pourtant, loin de se conformer aux attentes, le rĂ©alisateur se libère des conventions en structurant son rĂ©cit de manière plus complexe, plus retorse qu’il n’y paraĂ®t. Loin du manichĂ©isme Ă©vident, les personnages majeurs du film s’inscrivent dans une dĂ©marche cynique mais fascinante, oĂą le mal ne s'expose pas, il se cache derrière des stratagèmes complexes, dans une ambiance d’anticonformisme occulte.

Un aspect particulièrement surprenant rĂ©side dans le dĂ©nouement de CĂ©rĂ©monie Sanglante. Le revirement moral de la comtesse, d’un retournement presque fortuit, est Ă  la fois choquant et habilement amenĂ©. Mais chut… ce secret, Ă  dĂ©couvrir sur l’Ă©cran, demeure l’un des plaisirs inavouables du film.


Classifiable, peut-ĂŞtre, dans la catĂ©gorie des sĂ©ries B gothiques, CĂ©rĂ©monie Sanglante n’en est pas moins une Ĺ“uvre de classe, une exploration sombre et raffinĂ©e de l’Ă©pouvante. Chaque dĂ©tail, chaque ombre, chaque souffle de vent dans la scène finale semble avoir Ă©tĂ© soigneusement orchestrĂ©. Il est clair que Jorge Grau, passionnĂ© par le genre, met un soin mĂ©ticuleux Ă  reconstruire non seulement l’architecture historique de son rĂ©cit, mais aussi la dĂ©pravation de ses personnages. Avec une certaine provocation qui fait Ă©cho Ă  la dĂ©sillusion existentielle de son Ă©poque, il parvient Ă  faire de ce film une Ĺ“uvre subtile, oĂą la beautĂ© macabre et le glauque se mĂŞlent dans une danse inoubliable.

Une perle rare, donc, dont la visibilitĂ© en France a Ă©tĂ© tragiquement nĂ©gligĂ©e. Et pourtant, CĂ©rĂ©monie Sanglante mĂ©rite d’ĂŞtre redĂ©couvert, car elle incarne tout ce que le cinĂ©ma gothique a de plus audacieux, de plus inquiĂ©tant et de plus envoĂ»tant. Un film Ă  dĂ©couvrir d’urgence, tant il regorge de richesse, de suspense et de vertige.

*Bruno
06.05.25. Vost. 2èx

lundi 3 juin 2019

Au service du Diable / La Nuit des Pétrifiés

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

"LA NUIT DES PETRIFIES / LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE / DEVIL'S NIGHTMARE" de Jean Brismée. 1971. Belgique/Italie. 1h35. Avec Erika Blanc, Jean Servais, Jacques Monseau, Ivana Novak, Lorenzon Terzon, Daniel Emilfork.

Sortie Française le 21 décembre 1973. U.S: Avril 1974

FILMOGRAPHIE: Jean BrismĂ©e est un rĂ©alisateur d'origine belge nĂ© le 20 AoĂ»t 1926. 1971: La plus longue nuit du diable.  1964 Monsieur Plateau (Short).  1962 Jean Rouch (TV Series).  1959 La planète fauve (TV Short).  1958 CinĂ©ma, bonjour (TV Movie documentary).  1956 Forges (Documentary short).


Unique film du réalisateur belge Jean Brismée, Au service du Diable (/ La Nuit des Pétrifiés) est un ovni d'autant plus rare que sa résurrection en Dvd et Blu-ray relève du miracle ! On ne peut donc que saluer l'heureuse initiative d'Artus Film d'avoir osé exhumé de l'oubli ce p'tit bijou bisseux à mi-chemin entre le nanar et la série B d'exploitation gentiment ludique. Le pitch: Durant la seconde guerre mondiale, un père de famille, le baron Von Rumberg, sacrifie sa progéniture depuis que sa femme enfanta une fille en lieu et place d'un garçon. Cet infanticide est à l'origine d'une vieille malédiction auquel ses descendants seraient des succubes si le nouveau-né s'avérait une fille. Quelques décennies plus tard, ce dernier sclérosé coule des jours paisibles dans son château reculé, quand bien même un groupe de 7 étrangers y fait irruption le temps d'une nuit d'épouvante chargée en fantasmes et cruelles mise à morts ! Avec l'entrée en matière d'un prologue aussi couillu pour son infanticide explicitement décrit en noir et blanc (bien que maladroitement mis en image désamorçant ainsi son réalisme escompté), Au service du diable fut donc interdit aux moins de 18 ans à l'époque de sa sortie ! Car si d'autres effets-chocs viennent ensuite égayer l'intrigue, elles s'avèrent plutôt sobres, concises et jamais choquantes, aussi sympatoches soient-elles.


Ainsi donc, dans une ambiance gothique constamment inquiĂ©tante Ă  travers son obscur château cĂ©dant parfois aux Ă©treintes saphiques purement gratuites, Au service du diable plante lentement son dĂ©cor occulte et sa poignĂ©e de convives s'Ă©garant dans les corridors, sous-sols et chambres de la bâtisse parmi la prĂ©sence d'une Ă©ventuelle succube (incarnĂ©e par l'Ă©trange et vĂ©ritablement effrayante Erika Blank lors de sa mĂ©tamorphose Ă  la mine patibulaire !). Sa motivation: sĂ©duire et Ă©liminer un par un tous les invitĂ©s depuis leurs tentations des 7 pĂŞchers capitaux, tout en s'efforçant de courtiser un jeune prĂŞtre timidement sensible Ă  ses charmes. Ainsi, Ă  travers un scĂ©nario somme toute banal et peu motivant, Jean BrismĂ© rĂ©ussit peu Ă  peu l'exploit de nous fasciner et de nous intriguer auprès d'une multitude de dĂ©tails visuels que nous ne voyons jamais arriver ! Car dĂ©concertant, interlope, machiavĂ©lique, imprĂ©vu, Au service du diable se dĂ©cline en fantasme horrifique indicible tant il cumule, dans des formes aussi bien maladroites que contrairement brillantes une moisson de situations ubuesques parfois imprĂ©gnĂ©es d'onirisme baroque. Le jeu théâtral des acteurs (dont certains timorĂ©s s'avèrent un peu inexpressifs) renforçant le caractère saugrenu de l'entreprise alternant le chaud et le froid avec une Ă©tonnante sagacitĂ© formelle et technique (notamment auprès de certains cadrages stylisĂ©s Ă©paulĂ©s d'une photo saturĂ©e). Car difficilement explicable sur papier Ă  dĂ©crire mes vĂ©ritables impressions subjectives, Au service du Diable enchaĂ®ne frĂ©quemment Ă  mi-parcours des sĂ©quences inquiĂ©tantes pensĂ©es par un auteur inĂ©narrable dĂ©libĂ©rĂ© Ă  Ă©garer notre perception cĂ©rĂ©brale dans une combinaison extravagante de qualitĂ©s et de dĂ©fauts.


A la fois film maudit et oeuvre culte dont l'identitĂ© mĂ©connue de l'auteur continuera Ă  jamais de nous interroger et de nous fasciner quant Ă  ses vĂ©ritables propos artistiques, Au service du Diable est un dĂ©lire saugrenu Ă  l'aura d'Ă©trangetĂ© inexplicablement permĂ©able. Une curiositĂ© inusitĂ© dĂ©gageant un charme vĂ©nĂ©neux de trouble sensualitĂ© Ă  travers l'icone d'une succube partagĂ©e entre l'amour et la mort. Sa conclusion Ă©quivoque s'achevant de manière Ă©tonnamment tendre et ironique sous la mĂ©lodie lancinante d'Alessandro Alessandroni dans toutes les mĂ©moires. A dĂ©couvrir.

*Bruno
03.06.19. 2èx
01.03.11. 568 v

jeudi 30 mai 2019

3 Hommes Ă  abattre

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

de Jacques Deray. 1980. France. 1h36. Avec Alain Delon, Dalila Di Lazzaro, Michel Auclair, Pascale Roberts, Lyne Chardonnet, Jean-Pierre Darras, Bernard Le Coq.

Sortie salles France: 31 Octobre 1980 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEJacques Deray (Jacques Desrayaud) est un rĂ©alisateur français nĂ© le 19 fĂ©vrier 1929 Ă  Lyon, dĂ©cĂ©dĂ© le 9 aoĂ»t 2003 Ă  Boulogne-Billancourt. 1960 : Le Gigolo. 1963 : Rififi Ă  Tokyo. 1963 : Symphonie pour un massacre. 1965 : Par un beau matin d'Ă©tĂ©. 1966: Avec la peau des autres. 1966 : L'Homme de Marrakech. 1969 : La Piscine. 1970 : Borsalino. 1971: Doucement les basses. 1971 : Un peu de soleil dans l'eau froide. 1972 : Un homme est mort. 1974 : Borsalino & Co. 1975 : Flic Story. 1977 : Le Gang. 1978 : Un papillon sur l'Ă©paule. 1980 : Trois hommes Ă  abattre. 1982 : Les Secrets de la princesse de Cadignan (TV). 1983 : Le Marginal. 1983 : Credo (TV). 1985 : On ne meurt que deux fois. 1987 : Le Solitaire. 1987 : Maladie d'amour. 1989 : Les Bois noirs. 1991 : Contre l'oubli. 1991 : NetchaĂŻev est de retour. 1993 : Un crime. 1994 : 3000 ScĂ©narios contre un virus (segment « Arnaud et ses copains »). 1994 : L'Ours en peluche. 1998 : Clarissa (TV). 2000 : On n'a qu'une vie (TV). 2001 : Lettre d'une inconnue (TV).


Succès considĂ©rable Ă  sa sortie puisqu'il engrange 2 194 795 entrĂ©es, 3 Hommes Ă  abattre est la nouvelle rĂ©union du maĂ®tre Jacques Deray (Borsalino et sa suite, Flic Story, La Piscine, le Gang) et du monstre sacrĂ© Alain Delon pour le meilleur du polar si on en juge l'efficacitĂ© du script appuyĂ© d'une solide mise en scène et d'un casting hors-pair. Dans la mesure oĂą les comĂ©diens particulièrement virils ou autrement sclĂ©rosĂ©s se disputent la mise avec un charisme striĂ© que l'on ne retrouve que trop rarement dans le polar mainstream. Mais au-delĂ  du brio de sa mise en scène rigoureuse prenant son temps Ă  planter l'histoire ainsi que l'Ă©volution des personnages dans une formulation d'action en règle (notamment cette incroyable poursuite en voitures en plein Paris !) et de rebondissements parfois couillus (son Ă©pilogue hallucinant de radicalitĂ© pessimiste vaut son pesant de cacahuètes !), 3 Hommes Ă  abattre est illuminĂ© par la prĂ©sence dĂ©miurge d'Alain Delon. Un justicier impassible traquĂ© par des tueurs après avoir portĂ© assistance Ă  un homme grièvement blessĂ©.


Depuis, devenu une cible prioritaire, il ne cesse de se planquer d'un endroit Ă  un autre tout en tentant de prĂ©server la vie de sa compagne, une jolie italienne que campe modestement Dalila Di Lazzaro  (Chair pour Frankenstein pour citer son oeuvre scabreuse la plus mĂ©morable). Machiste, avouons le, auprès de sa compagne avenante, et d'une force de sĂ»retĂ© et de tranquillitĂ©, Alain Delon magnĂ©tise l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions fulgurantes. De par son Ă©lĂ©gance distinguĂ©e ne surfant pour autant jamais avec une quelconque complaisance orgueilleuse (mĂŞme si sa fiertĂ© sereine finira par le perdre) et son regard azur chargĂ© d'humanitĂ© et de loyautĂ©. Ainsi donc, Ă  travers son rĂ´le de victime lâchement traquĂ©e, engendrant par l'occasion quelques dommages collatĂ©raux, celui-ci s'alloue d'un hĂ©roĂŻsme particulièrement brutal eu Ă©gard du parti-pris draconien de Jacques Deray incluant par moments une violence frontale terriblement cinglante ! LĂ  encore, on s'Ă©tonne de subir un rĂ©alisme aussi percutant au point parfois d'y effleurer une certaine complaisance (zoom Ă  l'appui sur les chairs Ă©clatĂ©es) que le cinĂ© transalpin se fit porte-Ă©tendard (tant auprès de leur pellicule gorasse que du nĂ©o-polar bisseux). Quand bien mĂŞme sa conclusion d'une noirceur insensĂ©e aura probablement Ă©branlĂ© une majoritĂ© de spectateurs subitement gagnĂ©s par l'acrimonie.


Pour tous les amateurs de polar carrĂ© hĂ©ritĂ© du cinĂ©ma de papa, 3 Hommes Ă  abattre est un incontournable du genre Ă  travers sa corruption ministĂ©rielle qu'Alain Delon tente de contrecarrer avec une Ă©lĂ©gance virile imputrescible. Rien que pour sa prĂ©sence Ă©lectrisante, 3 Hommes Ă  abattre se doit d'ĂŞtre vu et revu avec toujours ce mĂŞme plaisir de cinĂ©phile puriste affectĂ© par les valeurs du cinĂ©ma noble. 

*Bruno
2èx

mercredi 29 mai 2019

Le Train sifflera 3 fois. Oscar du Meilleur Acteur: Gary Cooper.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"High Noon" de Fred Zinnemann. 1952. U.S.A. 1h25. Avec Gary Cooper, Grace Kelly, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges, Katy Jurado, Lon Chaney Jr, Lee Van Cleef.

Sortie salles France: 26 Septembre 1962. U.S: 13 Août 1952

FILMOGRAPHIEFred Zinnemann est un réalisateur et producteur américain d'origine autrichienne, né le 29 avril 1907 à Vienne (Autriche), décédé le 14 mars 1997 à Londres (Royaume-Uni). 1930 : Les Hommes le dimanche. 1936 : Les Révoltés d'Alvarado. 1938 : Tracking the Sleeping Death. 1938 : They Live Again. 1938 : That Mothers Might Live. 1938 : A Friend in Need. 1938 : The Story of Doctor Carver. 1939 : Weather Wizards. 1939 : While America Sleeps. 1939 : Help Wanted. 1939 : One Against the World. 1939 : The Ash Can Fleet. 1939 : Forgotten Victory. 1940 : Stuffie. 1940 : The Old South. 1940 : The Great Meddler. 1940 : A Way in the Wilderness. 1941 : Forbidden Passage. 1941 : Your Last Act. 1942 : The Lady or the Tiger ? 1942 : L'Assassin au gant de velours. 1942 : Les Yeux dans les ténèbres. 1944 : La Septième Croix. 1946 : Little Mister Jim. 1947 : My Brother Talks to Horses. 1948 : Les Anges marqués. 1948 : Acte de violence. 1950 : C'étaient des hommes .1951 : Benjy. 1951 : Teresa. 1952 : Le train sifflera trois fois. 1952 : The Member of the Wedding. 1953 : Tant qu'il y aura des hommes. 1955 : Oklahoma ! 1957 : Une poignée de neige. 1959 : Au risque de se perdre. 1960 : Horizons sans frontières. 1964 : Et vint le jour de la vengeance. 1966 : Un homme pour l'éternité 1973 : Chacal. 1977 : Julia. 1982 : Cinq jours, ce printemps-là.


“LĂ  oĂą il n’y a le choix qu’entre lâchetĂ© et violence, je conseillerai la violence.”
Western lĂ©gendaire s'il en est, si bien qu'il est conservĂ© Ă  la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son "importance culturelle, historique ou esthĂ©tique", le Train sifflera 3 fois privilĂ©gie dans une facture monochrome (alors que la plupart des westerns sont tournĂ©s en couleurs Ă  cette Ă©poque) la carte du suspense exponentiel lorsqu'un shĂ©rif s'efforce de redouter l'arrivĂ©e d'un repris de justice qu'il condamna autrefois Ă  mort. Western audacieux de par sa dĂ©marche psychologique dĂ©peignant sans ambages la lâchetĂ© d'une population urbaine apeurĂ©e par un danger si redoutĂ©, le Train sifflera 3 fois est sublimĂ© par le charisme saillant de Gary Cooper (Oscar du Meilleur Acteur svp) Ă  travers la gravitĂ© de son regard hantĂ© de contrariĂ©tĂ© mais pour autant rĂ©signĂ© Ă  faire preuve de bravoure en lieu et place de dignitĂ©. Quand bien mĂŞme la gracile Grace Kelly lui partage la vedette avec une tendresse dĂ©munie eu Ă©gard de son refus de lui porter assistance faute de son passĂ© familial tragique ayant engendrĂ© la mort de son père et de son jeune frère.


Ainsi donc, ce western iconoclaste n'hésitant pas à brosser le portrait d'un héros solitaire hanté de crainte et de doute s'alloue d'une dimension humaniste particulièrement empathique eu égard du spectateur s'identifiant à la résilience du shérif Will Kane refusant obstinément de quitter la ville depuis les avertissements des citadins communément lâches et sournois, voir même rancuniers auprès des plus influençables ou envieux. La grande force du cheminement narratif résidant dans son intensité dramatique que Fred Zinnemann ossature autour de confrontations psychologiques houleuses lorsque ceux-ci se résignent à décourager leur shérif afin d'y déjouer un bain de sang. Le cinéaste retardant au maximum toute action violente (en dépit d'une baston improvisée) lors des efforts infructueux du shérif à solliciter leur aide potentiellement stoïque avant que la venue (si escompté) d'un train ne nous dévoile son potentiel explosif depuis la vendetta d'un bandit sans vergogne.


Grand classique du western séculaire dénonçant avec force et radicalité les thèmes de la lâcheté, de la peur et de l'hypocrisie humaine lorsqu'elle s'y refuse de secourir une victime esseulée, le Train sifflera 3 fois s'accompagne de manière métronome de l'ironique mélodie: "si toi aussi tu m'abandonnes..." afin de caricaturer ses postures déloyales incapables de se mesurer au goût du soutien, du risque et de l'héroïsme.

P.S: omission d'un détail auprès de la génération 80 ayant été bercée par la Dernière Séance, le Train sifflera 3 fois fut diffusé le 6 Juillet 1982 en première partie de soirée.

*Bruno

Récompenses:
Oscar du meilleur acteur pour Gary Cooper
Oscar du meilleur montage pour Elmo Williams et Harry Gerstad
Oscar de la meilleure musique pour Dimitri Tiomkin
Oscar de la meilleure chanson pour Dimitri Tiomkin (musique) et Ned Washington (paroles)

mardi 28 mai 2019

Top Gun

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de Tony Scott. 1986. U.S.A. 1h50. Avec Tom Cruise, Kelly McGillis, Anthony Edwards, Meg Ryan, Val Kilmer, Rick Rossovich, Tom Skerritt, Michael Ironside, John Stockwell, Tim Robbins, Whip Hubley.

Sortie salles France: 17 Septembre 1986. U.S: 16 Mai 1986

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (nĂ© le 21 juillet 1944 Ă  Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un rĂ©alisateur, producteur, producteur dĂ©lĂ©guĂ©, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les PrĂ©dateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre, 1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire,   2005 : Domino, 2006 : DĂ©jĂ  Vu, 2009 : L'Attaque du mĂ©tro 123, 2010 : Unstoppable.


"Le 3 mars 1969, la marine américaine fonde une école pour pilotes d'élite. Son objectif: apprendre l'art du combat aérien et garantir que ceux sélectionnés soient les meilleurs pilotes de chasse du monde. Mission accomplie. La marine appelle cette école : Fighter Weapons School. Les pilotes l'appellent: Top Gun."


Produit commercial symptomatique de l'Ă©curie Hollywood chewing-gum, Top Gun demeure un divertissement lambda accueilli en fanfare par le grand public (certains fans lui attribuent d'ailleurs le terme "culte") mais dĂ©prĂ©ciĂ© par la critique. Car si 3 ans au prĂ©alable, Tony Scott nous livra le chef-d'oeuvre de sa carrière, les PrĂ©dateurs, il nous contente avec Top-gun le minimum syndical dans sa caricature d'une intrigue frimeuse truffĂ©e de clichĂ©s (prĂ´ner l'Ă©lite de pilotes de chasse lors d'un concours de rivalitĂ©s aĂ©riennes). Entre action virevoltante, drame en berne et romance Ă  l'eau de rose digne d'un roman-photo de gare. Et si les affrontements aĂ©riens font parfois illusion dans leur intensitĂ© escomptĂ©e (principalement l'action finale en apothĂ©ose), d'autres s'avèrent beaucoup moins captivants eu Ă©gard d'absence d'enjeu belliciste. Pour autant, avec un brin de nostalgie mĂ©lancolique,  Top Gun peut encore sĂ©duire son public grâce aux attachantes prestances des acteurs juvĂ©niles.


Tant et si bien que Tom Cruise ne dĂ©borde pas trop en pilote aguerri en ascension hĂ©roĂŻco-sentimentale, la charmante Kelly McGillis esquive de justesse la caricature mielleuse en mentor attentionnĂ©e quand bien mĂŞme la midinette Meg Ryan se laisse plutĂ´t dominer par ses sentiments en Ă©pouse Ă©plorĂ©e. Pour parachever on peut Ă©galement louer le charme des annĂ©es 80 que Tony Scott reproduit Ă  travers leur panel de bons sentiments fondĂ©s sur l'amitiĂ©, l'honneur, la fidĂ©litĂ©, l'amour, la bravoure et le dĂ©passement de soi (amen !). Divertissement mineur aussitĂ´t vu qu'oubliĂ© Ă  travers sa propagande martiale pro amĂ©ricaine (pour autant loin d'y dĂ©chaĂ®ner les passions), Top Gun se dĂ©cline donc en produit d'action gentiment naĂŻf (les rivalitĂ©s masculines affublĂ©es de lunettes noires nous font sourire Ă  travers leur provocation inoffensivement railleuse) soutenu d'une BO entraĂ®nante ("take ma breath away") et d'une photo scope clinquante.

*Bruno
3èx

lundi 27 mai 2019

The Perfection

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Shepard. 2018. U.S.A. 1h31. Avec Allison Williams, Molly Grace, Logan Browning, Steven Weber, Alaina Huffman.

Diffusé sur Netflix le 24 Mai 2019

FILMOGRAPHIE: Richard Shepard est un réalisateur et scénariste américain né en 1965. Cool Blue (1990). L'incident de Linguini (1991). Mercy (1995). Oxygène (1999). Mexico (2000). Le matador (2005). Ugly Betty (2006) (TV). Le groupe de chasse (2007). 30 Rock (2008) (TV). Je savais que c'était toi (2010). Ringer (2011) (TV). Filles (2013) (TV). Golden Boy (2013) (TV). Dom Hemingway (2013). Salem (2014) (TV). Sweetbitter (2018) (TV). La perfection (2018). La zone crépusculaire (2019) (TV). 2019: Perfection.


Prenant pour thème l'enjeu de la compĂ©tition dans le cadre Ă©litiste d'une profession artistique (celle d'une soliste en violoncelle), The Perfection aurait pu aboutir Ă  un excellent thriller s'il ne s'Ă©tait entachĂ© des conventions du genre, notamment auprès de sa dernière partie punitive Ă  la limite du ridicule. Pour autant, plutĂ´t bien rythmĂ©, interprĂ©tĂ© avec aplomb et jamais ennuyeux, The Perfection fait en prime illusion lors de son allĂ©chante première demi-heure rĂ©solument inquiĂ©tante et impressionnante dans son art viscĂ©ral de provoquer le malaise eu Ă©gard d'une victime en Ă©tat de marasme. Richard Shepard parvenant admirablement Ă  nous dĂ©stabiliser grâce Ă  l'interprĂ©tation sensorielle de Logan Browning jouant les victimes Ă©plorĂ©es avec une force d'expression paranoĂŻde. LĂ  je me suis dis que la direction sinueuse empruntĂ©e par le cinĂ©aste Ă©tait fort prometteuse tant les sĂ©quences de malaise physiques que celle-ci accumule s'avère d'une intensitĂ© terriblement Ă©prouvante ! Outre cette excellente entrĂ©e en matière schizophrène provoquant donc une rĂ©elle apprĂ©hension aussi bien morale que viscĂ©rale, la bonne idĂ©e de The Perfection est Ă©galement d'osciller Ă©vĂ©nements du prĂ©sent et flasback afin de reconsidĂ©rer les actions des personnage. Le rĂ©alisateur prenant malin plaisir Ă  inverser les rĂ´les de victimes / coupables parmi l'efficacitĂ© du simulacre. Un procĂ©dĂ© qu'il rĂ©itĂ©rera plus d'une fois pour mieux nous surprendre en dĂ©pit d'une intrigue somme toute classique, comme le souligne son intensitĂ© dramatique pas si escarpĂ©e que prĂ©vu après avoir saisi les tenants et aboutissants de l'hĂ©roĂŻne.


Un sympathique thriller plutôt bien emballé mais finalement peu surprenant quant à la densité de l'intrigue débouchant sur les artifices d'une vendetta éculée, même si on peut y louer la gravité de ces thèmes abordés (Spoil ! notamment la pédophilie dans les milieux huppés fin du Spoil). Et donc vite vu vite oublié pour ma part...

*Bruno

vendredi 24 mai 2019

Booksmart

                                                           Photo empruntĂ©e sur Facebook

de Olivia Wilde. 2018. U.S.A. 1h42. Avec Kaitlyn Dever, Beanie Feldstein, Noah Galvin, Billie Lourd, Skyler Gisondo, Jessica Williams.

Diffusé sur Netflix le 24 Mai 2019

FILMOGRAPHIEOlivia Wilde (Olivia Jane Cockburn) est une actrice, rĂ©alisatrice et productrice amĂ©ricaine nĂ©e le 10 Mars 1984. 2019: Booksmart.


Le problème de l'ado n'est pas qu'il soit fou, son problème vient du faite qu'il est trop complexé. Il doit avoir les pieds sur terre tout en gardant la tête dans les étoiles.
Arc en ciel guilleret d'humour, d'hilaritĂ©, de fraĂ®cheur et de tendresse que l'on pourrait d'ailleurs scinder en deux actes, Booksmart retrace avec une inventivitĂ© en roue libre la nuit flamboyante de deux insĂ©parables Ă©tudiantes dĂ©libĂ©rĂ©es Ă  s'Ă©clater, faute d'avoir consacrĂ© trop de temps pour leurs Ă©tudes. Car après avoir Ă©tĂ© Ă  nouveau brimĂ©es par leurs camarades de classe ayant parvenu Ă  dĂ©crocher une place en fac, Amy et Molly ont dĂ©cidĂ© de prendre leur revanche en s'autorisant tous les excès le temps d'une nuit bipolaire (si je me rĂ©fère Ă  sa dernière partie autrement prude car plus terre Ă  terre et aux prises de drogues et d'alcool). Ainsi, Ă  travers une moisson de situations dĂ©jantĂ©es et de quelques quiproquos engendrĂ©s par les sentiments timorĂ©s du manque de confiance (selon Amy, lesbienne complexĂ©e incapable de franchir le pas sentimental et sexuel), Olivia Wilde, actrice et rĂ©alisatrice nĂ©ophyte, explose les codes dans son refus du Teen movie standard souvent rĂ©duit Ă  une trivialitĂ© polissonne. Tant et si bien qu'ici, Ă  travers la fidĂ©litĂ© amicale de ces deux Ă©tudiantes au bagout aussi tranchant qu'Ă©mancipĂ©, Olivia Wilde y cultive une plĂ©thore de gags tantĂ´t cocasses, tantĂ´t hilarants Ă  travers leurs rĂ©pliques gĂ©nialement caustiques (ça fuse tous azimuts sans jamais lasser !). Et ce Ă  travers les thèmes usuels de la sexualitĂ© (notamment le saphisme bien en vogue au cinĂ©ma), de la timiditĂ©, de la quĂŞte identitaire et la remise en question du point de vue pubère.


Cette dernière parvenant notamment Ă  maintenir l'attention en relançant l'action dĂ©bridĂ©e dans de multiples foyers fĂŞtards que nos hĂ©roĂŻnes explorent avec fĂ©brile dĂ©contraction. Ces sentiments exaltants, si communicatifs, de joie, de bonne humeur et de dĂ©lire psychĂ©dĂ©lique (notamment parmi l'emprise de l'acide) Ă©tant transcendĂ©s par la complĂ©mentaritĂ© survitaminĂ©e de Kaitlyn dever (Amy) et de Bonnet Feldstein (Molly) se prĂŞtant main forte parmi leur tendre dignitĂ© de la fidĂ©litĂ© amicale. Dans la mesure oĂą Olivia Wilde sous-entend plus qu'elle ne montre leurs rapports les plus graves et sensibles afin d'Ă©viter de sombrer dans le tire-larme. D'ailleurs, Ă  ce titre, le final bouleversant parvient brillamment Ă  renverser la donne de manière totalement fortuite grâce Ă  de nouveaux Ă©clats de rire libĂ©rateurs. Le spectateur en larmes (enfin chez celui le plus sensible) Ă©prouvant subitement un sentiment antinomique de fou-rire incontrĂ´lĂ©e qu'il accueille librement de la mĂŞme façon que ses hĂ©roĂŻnes. C'est dire si la cinĂ©aste s'y entend pour ne pas cĂ©der aux sirènes des conventions de par sa personnalitĂ© Ă  la fois indĂ©pendante et spontanĂ©e qu'elle parvient Ă  imprimer chez les tempĂ©raments scintillants d'Amy et Molly en remise en question identitaire. Car derrière les masques de la dĂ©sinvolture et de la provocation s'y dĂ©tachent peu Ă  peu des profils d'un humanisme inĂ©vitablement fragile dans leur rapport prĂ©caire au sexe et aux sentiments. Quand bien mĂŞme leurs camarades habituellement dĂ©vergondĂ©s, car abonnĂ©s aux prĂ©jugĂ©s et aux petites brimades, se nourrissent d'orgueil et de cynisme en guise de carapace morale.


Teen-movie expansif d'une drĂ´lerie inventive disproportionnĂ©e (l'intrusion d'une planche de cartoon fait illusion Ă  partir d'un onirisme aussi dĂ©calĂ© que baroque), Booksmart explose les barrières de la convenance sous l'impulsion d'un tandem fĂ©minin d'une exubĂ©rance retorse. Si bien que la rĂ©alisatrice infiniment inspirĂ©e Ă  se dĂ©tacher du conformisme n'oublie pas pour autant d'y esquisser leur fragile tendresse sous l'efficace pilier d'un humour dĂ©vastateur que sa BO entraĂ®nante transfigure avec autant d'autonomie. 

Spéciale dédicace à Fred Serbource ^^
*Bruno

jeudi 23 mai 2019

Les Bonnes Manières. Prix du Jury, Gerardmer 2018

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marco Dutra et Juliana Rojas. 2017. Brésil. 2h16. Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo, Cida Moreira, Andrea Marquee, Felipe Kenji.

Sortie salles France: 21 Mars 2018. BrĂ©sil: 7 Juin 2018 

FILMOGRAPHIEMarco Dutra, nĂ© le 17 mars 1980 Ă  SĂŁo Paulo, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste brĂ©silien. 2011 : Travailler fatigue (Trabalhar Cansa) co-rĂ©alisĂ© avec Juliana Rojas. 2014 : Quando Eu Era Vivo. 2016 : O SilĂŞncio do CĂ©u. 2017 : Les Bonnes Manières (As Boas Maneiras) co-rĂ©alisĂ© avec Juliana Rojas. Juliana Rojas est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste brĂ©silienne, nĂ©e le 23 juin 1981. 2011 : Travailler fatigue (Trabalhar Cansa) co-rĂ©alisĂ© avec Marco Dutra. 2014 : Sinfonia da NecrĂłpole. 2017: Les Bonnes Manières (As Boas Maneiras) co-rĂ©alisĂ© avec Marco Dutra.


Etonnant ovni que cette production indĂ©pendante conjuguant avec une surprenante fluiditĂ© les composantes de la romance, du fantastique, de la fĂ©erie, de l'horreur et mĂŞme du musical, Les Bonnes Manières ne peut laisser personne indiffĂ©rent dans sa matière baroque native du BrĂ©sil. Tout du moins chez les cinĂ©philes aguerris avides de curiositĂ© aussi originale qu'intelligente quand bien mĂŞme la critique plutĂ´t conquise et les jurys de divers festivals lui ont attribuĂ©s moult rĂ©compenses (voir en bas de l'article). ScindĂ© en 2 parties bien distinctes, Les Bonnes manières prend son temps 50 minutes durant Ă  nous familiariser auprès de l'amitiĂ© naissante entre une jeune femme enceinte et sa gouvernante afro. Huis-clos intimiste teintĂ© de tendresse saphique et de songes Ă©tranges sous un ciel d'un onirisme tantĂ´t pailletĂ© (le feux d'artifice), tantĂ´t crĂ©pusculaire (les nuits de pleine lune en clair-obscur), le climat placide finit par dĂ©boucher vers un axe autrement dramatique lorsque l'enfant est sur le point de voir le jour. Ce qui nous amène Ă  reluquer sa seconde partie plus attachante, dĂ©routante, violente et inquiĂ©tante auprès des rapports davantage conflictuels entre une mère et son jeune fils initiĂ© aux bonnes manières dans l'art de vivre.


Cette dernière psychorigide forçant son gamin Ă  l'enchaĂ®ner et Ă  dormir dans une chambre blindĂ©e tout en l'inculquant depuis sa naissance au vĂ©gĂ©tarisme. Bref, arrĂŞtons nous lĂ , car afin de ne pas Ă©bruiter les nombreux effets de surprise irriguant admirablement l'intrigue, Les Bonnes Manières vous surprendra Ă  coup sur, notamment Ă  travers son rĂ©alisme clinique que Marco Dutra et Juliana Rojas maĂ®trisent avec un Ă©tonnant parti-pris hĂ©tĂ©rodoxe. Les auteurs oscillant les genres avec une alchimie miraculeuse eu Ă©gard de certaines sĂ©quences audacieuses (surtout les sĂ©quences musicales Ă©lĂ©giaques) que n'importe quel tâcheron aurait facilement bâclĂ© dans une formulation Z. Ainsi donc, sans toutefois crier au chef-d'oeuvre, cette petite perle brĂ©silienne parvient avec une Ă©motion prude Ă  rĂ©actualiser le cinĂ©ma fantastique Ă  travers une rĂ©elle proposition Ă  la fois dĂ©concertante et singulière. La comĂ©dienne afro IsabĂ©l Zuaa et le petit Miguel Lobo s'avĂ©rant d'autant plus attachants dans leurs valeurs familiales s'acheminant nĂ©anmoins vers la pente d'une houleuse contrariĂ©tĂ© pour y semer la rĂ©bellion. Spoil ! Il faut d'ailleurs probablement remonter Ă  Ginger Snaps pour retrouver une telle vitalitĂ©, un tel sens de la persuasion et une intĂ©gritĂ© par le biais du mythe du loup-garou. Fin du Spoil. 


Fragile, sensible et délicat avec une juste mesure, horrifique et violent sans jamais offusquer de la manière la plus brutale, Les Bonnes Manières s'articule autour du conte fantastique avec une surprenante originalité de ton. Et ce à travers les thèmes oecuméniques de l'éducation, de la différence et de l'intolérance si bien que le final, abrupt et expéditif, nous évoquera (en réminiscence) une filiation au Frankenstein de James Whale

*Bruno

Récompenses: Prix Spécial du Jury au Festival international du film de Locarno 2017.
Prix du public à L'Étrange Festival 2017,
Mention Spéciale du jury au Festival Biarritz Amérique latine 2017,
Prix du jury au Festival de Gérardmer 2018.
Prix de la Critique au Festival international du film de Catalogne 2017;
Meilleur film, meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Marjorie Estiano, meilleure photographie, prix de la critique au Festival international du film de Rio de Janeiro 2017.

mercredi 22 mai 2019

TĂŞtes vides cherchent coffres pleins

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Brink's Job" de William Friedkin. 1978. U.S.A. 1h43. Avec Peter Falk, Peter Boyle, Allen Garfield, Warren Oates, Gena Rowlands, Paul Sorvino, Sheldon Leonard.

Sortie salles France: 16 Janvier 1980. U.S: 8 décembre 1978

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Oeuvre aussi mineure qu'occultĂ©e dans la filmo de William Fridekin se prĂŞtant au film de braquage d'après des Ă©vènements rĂ©els survenus Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 50, TĂŞtes vides cherchent coffres pleins demeure un sympathique divertissement en dĂ©pit de son manque d'humour, de folie et d'intensitĂ© (si on Ă©carte son prĂ©lude quasi comique). Disons que personnellement (et en me fiant Ă  l'affiche si frĂ©tillante) je soupçonnais un dĂ©lire beaucoup plus cocasse pour la caractĂ©risation de ses pieds nickelĂ©s redoublant d'audaces et de certaines maladresses pour s'emparer du coffre d'une sociĂ©tĂ© de transports de fonds obsolète. Fort bien rĂ©alisĂ© Ă  travers sa superbe reconstitution rĂ©tro (visuellement c'est un rĂ©gal), et bĂ©nĂ©ficiant d'un cast de rĂŞve (Peter Falk, Peter Boyle, Allen Garfield, Warren Oates, Gena Rowlands et Paul Sorvino sont totalement inspirĂ©s dans leur cohĂ©sion mafieuse), ce gentil film de casse s'alloue d'un pitch assez saugrenu pour autant dĂ©nuĂ© de surprises. Ainsi, William Friedkin compte sur l'authenticitĂ© du braquage du siècle scrupuleusement Ă©tudiĂ© par leur mentor (Peter Falk crève l'Ă©cran Ă  chaque apparition !) et avant que ce dernier et ses acolytes ne passent Ă  l'action. Mais trop orgueilleux et vaniteux passĂ© leur exploit historique, et suspicieux auprès de l'un d'eux, leur prospĂ©ritĂ© se solde finalement par une dĂ©route. De par leur passĂ© judiciaire mutuellement entachĂ© de rĂ©cidive et leur manque de retenue dans leurs relations sociales (notamment auprès de leur arrogance avec les flics).


A dĂ©couvrir avec curiositĂ© si bien qu'il s'agit au final d'un Ă©trange film de braquage jamais ennuyeux, assez attachant et formellement immersif. William fridkin ne sachant trop sur quel pied danser Ă  osciller les tons ! 

*Bruno
2èx

mardi 21 mai 2019

Les Griffes de la peur / Eye of the Cat

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Amazon.fr

de David Lowell Rich. 1969. U.S.A. 1h42. Avec Michael Sarrazin, Gayle Hunnicutt, Eleanor Parker, Tim Henry, Laurence Naismith, Jennifer Leak, Linden Chiles.

Sortie salles France: 17 Juillet 1969. U.S: 18 Juin 1969

FILMO SELECTIVEDavid Lowell Rich est un rĂ©alisateur et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain, nĂ© le 31 aoĂ»t 1923 Ă  New York, dĂ©cĂ©dĂ© le 21 octobre 2001 Ă  Raleigh. 1966 : Madame X. 1966 : Les Fusils du Far West. 1967 : Wings of Fire (TV). 1968 : A Lovely Way to Die. 1968 : Three Guns for Texas. 1969 : Marcus Welby, M.D. (TV). 1969 : Les Griffes de la peur. 1973 : La Dernière enquĂŞte (TV). 1973 : Crime Club (TV). 1973 : Beg, Borrow, or Steal (TV). 1973 : Satan's School for Girls (TV). 1973 : Runaway! (TV). 1973 : Death Race (TV). 1973 : That Man Bolt. 1974 : The Chadwick Family (TV). 1978 : Les Quatre Filles du docteur March (TV). 1979 : Airport 80 Concorde. 1980 : Nurse (TV). 1980 : Enola Gay: The Men, the Mission, the Atomic Bomb (TV) .1981 : Chu Chu and the Philly Flash. 1983 : Thursday's Child (TV). 1983 : The Fighter (TV). 1983 : Condamnation sans appel (TV). 1986 : L'Impossible Ă©vasion (TV). 1986 : Les Choix de vie (TV). 1986 : Trois tĂ©moins pour un coupable (TV). 1987 : Infidelity (TV).


SĂ©rie B aussi mĂ©connue qu'oubliĂ©e rĂ©alisĂ©e par un spĂ©cialiste de tĂ©lĂ©films et de sĂ©ries TV, les Griffes de la Peur demeure une vraie bonne surprise Ă  rĂ©habiliter d'urgence tant David Lowell Rich redouble d'efficacitĂ© Ă  instaurer un suspense hitchcockien taillĂ© Ă  la serpe. Car prenant comme argument classique le stratagème criminel d'un couple d'amants dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  s'emparer le magot d'une tante tĂ©traplĂ©gique, les Griffes de la Peur s'avère roublard de perversitĂ©, d'humour noir, d'originalitĂ© et de machiavĂ©lisme sous le pivot d'un rouĂ© goguenard et de sa maĂ®tresse vĂ©nale. Et ce jusqu'Ă  l'intensitĂ© exponentielle d'un dĂ©nouement horrifique diablement retors, notamment si je me rĂ©fère Ă  2 coups de théâtre fortuits. Car empruntant le thème peu commun du chat familier auquel la tante s'adonne par trentaine en guise de chaleureuse compagnie, David Lowell Rich y pimente le pitch d'une faille pathologique que le neveu diablotin (il ne cesse de terroriser cette dernière par de grotesques effets de surprises macabres !) accuse dans sa phobie contre ceux-ci !


La prĂ©sence sous-jacente puis explicite des chats rĂ©unis en masse autour et en interne de la demeure semant un climat d'inquiĂ©tude assez envoĂ»tant sous l'impulsion du thème orchestral de l'illustre Lalo Schifrin. DotĂ© d'une mise en image flamboyante Ă  travers le huis-clos d'une vaste demeure gothique et d'un Ă©tonnant brio quant Ă  sa mise en scène avisĂ©e (intervention du split screen entre autre) Ă©maillĂ©e de sĂ©quences-chocs super tendues (la chute escarpĂ©e de Tante Danny dans son fauteuil roulant Ă  proximitĂ© d'une route fait office de morceau de bravoure technique, et le sort d'un des personnages nous halète d'apprĂ©hension avant l'estocade escomptĂ©e), les Griffes de la peur s'enrichit pour parachever d'un cast 3 Ă©toiles. Tant auprès de la magnĂ©tique et si raffinĂ©e Eleanor Parker en tante souffreteuse brimĂ©e par son diablotin neveu que l'excellent Michael Sarrazin campe avec une gouaille insolente, que de la voluptueuse Gayle Hunnicutt en maĂ®tresse vĂ©nale Ă  la fois discrètement aguicheuse, machiavĂ©lique et enfin fourbe lors de ses impatiences capricieuses qu'elle peine Ă  maĂ®triser.


Farce macabre impeccablement menĂ©e parmi l'autoritĂ© de protagonistes pernicieux entourĂ©es d'une moisson de chats Ă©trangement hostiles, Les Griffes de la Peur s'alloue mĂŞme d'un zeste d'inceste pour les rapports un peu trop affectueux que se disputent Danny et Wylie. EmballĂ© dans une mise en scène ciselĂ©e rĂ©solument captivante si je me rĂ©fère Ă  l'ossature de son suspense hitchcockien et Ă  sa scĂ©nographie gothique, les Griffes de la Peur s'adonne en toute modestie (exit donc le racolage grand-guignolesque !) au thriller horrifique avec un surprenant savoir-faire. 

*Bruno
3èx

Game of Thrones


      CHRONIQUES EXCLUSIVES DE GILLES ROLAND et JEAN-MARC MICCICHE !

                 [TICKET D’HUMEUR] GAME OF THRONES : UN GRAND MERCI !

ATTENTION : CET ARTICLE CONTIENT QUELQUES SPOILERS SUR LA SAISON 8 (pas sur le dernier épisode).

La huitième et dernière saison de Game Of Thrones ne fut pas de tout repos. Dans tous les sens du terme. Ă€ l’Ă©cran, les rebondissements, les scènes d’anthologie et les surprises furent extrĂŞmement nombreuses, jusqu’Ă  cette conclusion Ă©prouvante. De l’autre cĂ´tĂ©, sur internet notamment, vu que c’est lĂ  que se centralisent dĂ©sormais les passions, avec tout ce que cela sous-entend de dĂ©rives, l’action fut aussi au rendez-vous et, Ă  l’heure oĂą j’Ă©cris ces lignes, ce n’est bien sĂ»r pas terminĂ©. Dès le premier Ă©pisode, des voix se sont Ă©levĂ©es pour critiquer de nombreux dĂ©tails et souligner leur mĂ©contentement quant Ă  la direction prise par le rĂ©cit. Le deuxième Ă©pisode confirma la tendance, quand le troisième, entièrement consacrĂ© Ă  la fameuse et attendue bataille contre le Night King et ses White Walkers, fit l’objet d’un dĂ©ferlement inĂ©dit de commentaires. Pour autant, c’est bien le cinquième, intitulĂ© The Bells, qui devint la cible de la fureur d’une partie (minoritaire mais bruyante) des fans du show. En toute logique, l’ultime Ă©pisode ne fut pas non plus Ă©pargnĂ©. Un mĂ©contentement par ailleurs dĂ©jĂ  amorcĂ© durant la saison prĂ©cĂ©dente quand la sĂ©rie passa Ă  la vitesse supĂ©rieure pour se diriger vers son terme, envers et contre celles et ceux qui Ă©taient persuadĂ©s « mĂ©riter » quelque chose… de diffĂ©rent. Le point culminant nĂ©anmoins fut atteint quelques heures après la diffusion de The Bells, avec la publication d’une pĂ©tition largement commentĂ©e elle aussi, destinĂ©e Ă  « contraindre » les showrunners Ă  réécrire et donc Ă  re-tourner la saison dans son intĂ©gralitĂ©. PĂ©tition que je n’ai bien sĂ»r pas signĂ©, considĂ©rant d’une part la sĂ©rie admirable et d’autre part cette pĂ©tition totalement absurde. Et j’ai beau avoir entendu l’argument de certains signataires affirmant que le but Ă©tait avant tout de « sanctionner » HBO, impossible pour moi de me rĂ©soudre Ă  lĂ©gitimer une telle procĂ©dure. Pourquoi ? Car depuis quand doit-on sanctionner les crĂ©ateurs d’une Ĺ“uvre quand celle-ci ne nous plaĂ®t pas ? Y compris quand il s’agit d’une sĂ©rie que l’on suit depuis 8 ans. J’ai Ă©coutĂ© les arguments mais pour moi, ce n’est tout simplement pas concevable.


Cette histoire m’a d’ailleurs rappelĂ© l’Ă©poque oĂą Les Sopranos, sĂ©rie culte par excellence, tirait sa rĂ©vĂ©rence au terme d’un Ă©pisode lui aussi très critiquĂ© ou encore les rĂ©actions consĂ©cutives au dernier Ă©pisode de Lost. Souvent, concernant ces deux sĂ©ries, on peut entendre : « J’ai adorĂ©, Ă  part la fin » ou encore, plus prĂ©cisĂ©ment pour Lost : « C’Ă©tait gĂ©nial au dĂ©but mais après j’ai lâchĂ© l’affaire car c’est devenu nul ». Nous lirons le mĂŞme genre de commentaires d’ici quelques semaines (ou quelques jours, voire quelques heures) concernant Game Of Thrones. Si ces trois sĂ©ries n’ont pas grand chose Ă  voir les unes avec les autres, elles partagent un point commun essentiel : elles sont allĂ©es jusqu’au bout de leur logique, sans se prĂ©occuper de plaire au plus grand nombre. Ce qui, quand on peut se targuer de cumuler les records comme GOT, est assez couillu. De toute façon, selon moi, plusieurs alternatives se posent quand on se retrouve Ă  la tĂŞte d’un tel barnum : soit on dĂ©cide de tenir bon et de maintenir le cap pour suivre la direction qu’on s’est fixĂ©e, soit on reste Ă  l’Ă©coute des fans les plus enclins Ă  passer du temps Ă  Ă©chafauder des thĂ©ories, pour tenter de les satisfaire. Heureusement, ni Jeffrey Lieber, J.J. Abrams, Damon Lindelof pour Lost, ni David Benioff et D. B. Weiss pour GOT n’ont choisi la deuxième option. Les deux sĂ©ries Ă©tant des fresques propices aux thĂ©ories les plus folles.

Je n’ai jamais cherchĂ© Ă  deviner ce qui allait se passer. Échafauder des thĂ©ories ne m’a jamais intĂ©ressĂ©. Pas plus que de lire les analyses sur internet. Analyses pour la plupart assez Ă©nervantes Ă  mon sens car souvent condescendantes (indirectement la plupart du temps) envers les fans satisfaits. Stephen King l’a très bien exprimĂ© dans un tweet avant la diffusion du grand final, en soulignant que selon lui, les fans hardcore les plus enclins Ă  faire entendre leur mĂ©contentement n’avaient que très peu de chances de se contenter d’une fin, quelle qu’elle soit. Si ce n’est celle qu’ils avaient imaginĂ©e en collectant les indices depuis le dĂ©but du show. Chacun sa façon de vivre une sĂ©rie. Ce n’est pas la mienne et je m’en fĂ©licite chaque fois que j’y pense.

La nuit dernière, j’ai mis le rĂ©veil Ă  2h45 pour voir le dernier Ă©pisode en direct. C’est la première fois que je fais un truc pareil mais lĂ , je voulais marquer le coup et vivre cet Ă©vĂ©nement pleinement, connectĂ© avec tous les autres fans, dans ce pays, de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique ou ailleurs. Avec les dĂ©fenseurs de la saison 8 comme moi mais aussi avec les autres qui, jusqu’au dernier moment, pensaient que GOT allait leur offrir les rĂ©ponses qu’ils avaient espĂ©rĂ©es et donc la fin qu’ils appelaient de leurs vĹ“ux depuis plusieurs annĂ©es. Logiquement, aujourd’hui, les mĂ©contents ne se sont pas gĂŞnĂ©s pour exprimer leur frustration. C’est tout Ă  fait normal. Les fans heureux de la tournure prise par la sĂ©rie aussi heureusement. Et c’est pour cela, qu’avant de publier ma traditionnelle critique de la saison, j’ai eu envie d’Ă©crire ce texte. Pour apporter ma très modeste contribution afin de remercier David Benioff et D.B. Weiss, George R.R. Martin, HBO, les acteurs, et plus globalement toutes celles et ceux ayant Ĺ“uvrĂ© depuis plusieurs annĂ©es sur le show. Attention, car je ne me nourris d’aucune illusion quant au fait que ces personnes me liront. Il est Ă©vident que ce ne sera pas le cas. Aussi sĂ»rement que personne ne commandera un jour un reboot de la saison 8. Mais, pour une question d’Ă©quilibre, je me suis simplement dit que ça valait le coup de prendre quelques minutes pour dire ce que je pensais. Sans trop y mettre les formes, en laissant parler mes Ă©motions et le profond respect qu’encore une fois, cette saison m’a inspirĂ©, concernant l’Ă©quipe aux commandes.


Oui, certes, je suis d’accord, il y eut quelques soucis au niveau de la gĂ©ographie. King’s Landing a Ă©tĂ© « adaptĂ©e » pour mieux coller Ă  la bataille de l’Ă©pisode 5. Un exemple parmi d’autres. Oui, parfois, les ellipses furent un peu brutales. Rien pour me dĂ©ranger et me faire dĂ©connecter, mais je comprends que cela ait pu irriter les plus tatillons. Personnellement, je me fous un peu de ce genre de choses quand le spectacle parvient, comme ce fut le cas ici, Ă  me prendre aux tripes pour littĂ©ralement me clouer Ă  mon canapĂ©. C’est ma façon de vivre de tels divertissements. Un film, une sĂ©rie donc, mais aussi un livre ou un morceau de musique. Je n’ai jamais Ă©tĂ© celui qui pointait du doigt le micro encombrant dans la scène du parloir de Midnight Express. Les faux raccords m’ont toujours laissĂ© indiffĂ©rent. Scorsese, Coppola… Tous sont passĂ©s par lĂ . Les plus grands chefs-d’Ĺ“uvre contiennent leur lot d’erreurs. Pour faire la comparaison avec la musique, je me fous qu’un musicien fasse une fausse note pendant un concert quand l’Ă©motion est lĂ  et que sur scène, le groupe dĂ©ploie une Ă©nergie dĂ©vastatrice. Une coquille dans un livre, aussi prestigieux soit-il, ne va jamais me faire « sortir » de l’histoire si celle-ci a rĂ©ussi Ă  m’entraĂ®ner quelque-part oĂą je n’Ă©tais jamais allĂ© et oĂą je me sens en l’occurrence très bien. C’est pour cela que j’aime autant le cinĂ©ma, les sĂ©ries, la littĂ©rature et la musique. Un bon film peut totalement me sortir de la rĂ©alitĂ© l’espace d’un instant et m’encourager Ă  rĂŞver. Il peut me terroriser ou me faire rire, me faire oublier mes petits soucis, m’inspirer ou m’inciter Ă  rĂ©flĂ©chir sur tel ou tel sujet. Game Of Thrones m’a procurĂ© ce genre de sensation. De saison en saison, depuis le premier jour, quand j’ai voulu jeter un Ĺ“il Ă  cette nouvelle sĂ©rie d’heroic fantasy, sans trop y croire (parce qu’avant, l’heroic fantasy Ă  la TV, ce n’Ă©tait pas gagnĂ©), l’histoire de Westeros et de ses Sept Couronnes m’a totalement habitĂ©. Quand j’aime quelque chose, j’aime Ă  fond. Sans retenue. Sans peur du ridicule et sans tenir compte de ce que peuvent affirmer ceux qui n’aiment pas. La chute de Bran fut le premier choc. C’est lĂ  que j’ai vraiment Ă©tĂ© happĂ©. La mort de Ned Stark, les rĂ©pliques de Tyrion, la renaissance de Daenerys, les Noces Pourpres, la Bataille des Bâtards, la destruction du Mur… Autant de moments que j’ai vĂ©cu sans retenue. Et il en fut de mĂŞme avec les nombreux temps forts de la dernière saison.

Comment pourrais-je alors me « forcer » Ă  reconsidĂ©rer tout ce que Game Of Thrones a pu m’offrir dans le seul but de tenter de tomber d’accord avec ceux qui n’ont pas aimĂ© ? Comment et pourquoi ? Pourquoi chercher la poutre que, si on en croit certains commentaires, j’aurais dans l’Ĺ“il si l’expĂ©rience que j’ai vĂ©cu depuis mon canapĂ© n’a eu que peu d’Ă©quivalent dans ma vie d’adulte cinĂ©phile et « sĂ©riephile » ? Dans quel but ? Devrais-je vraiment m’Ă©mouvoir devant un gobelet oubliĂ© sur une table et faire taire mon amour des personnages et ma passion pour une histoire de plus en plus intense ? On ne force pas la passion et en cela, je comprends les déçu.e.s et respecte tous les avis. Je trouve juste dommage, soit dit en passant, que certains de ces fans dĂ©confis se soient Ă  ce point braquĂ©s contre ceux qui ont aimĂ© sans rĂ©serve. Ă€ titre de comparaison, je n’ai jamais vibrĂ© devant Avatar mais je n’ai jamais pour autant cherchĂ© Ă  faire changer d’avis les admirateurs du film. Si je me retrouve Ă  parler de musique Ă  un type et que celui-ci me balance que pour lui Bigflo & Oli ont plus de talent que les Beatles, vais-je perdre du temps Ă  tenter de le faire changer d’avis ? Admettons que j’y arrive ? Que le gars se range de mon cĂ´tĂ© et pense lui aussi que les Beatles, il n’y a pas photo, sont largement meilleurs. Qu’est ce que j’y aurais gagnĂ© ? J’aurai juste rĂ©ussi Ă  dĂ©monter la passion d’une personne. J’aurai dĂ©truit un truc qui la rendait heureuse. Je ne sais pas si je suis clair mais je pense que vous voyez ce que je veux dire…

Mais je le répète, je peux parfaitement comprendre les mauvaises critiques. Les plus argumentées en tout cas.


Je tiens donc Ă  remercier Game Of Thrones. Si je m’en tiens uniquement aux sĂ©ries TV, je n’ai vĂ©cu que très peu de fois une expĂ©rience aussi intense. Lost m’a profondĂ©ment bouleversĂ©. J’ai revu la sĂ©rie plusieurs fois et cela n’a jamais changĂ©. Les Sopranos aussi. Un authentique choc. La sĂ©rie m’a parlĂ© et d’une certaine façon, fait partie de moi. L’interprĂ©tation que j’en ai en tout cas. Celle-lĂ  n’appartient qu’Ă  moi. Je peux aussi citer The Leftovers ou Breaking Bad et Better Call Saul. MĂŞme si cette dernière n’est pas encore terminĂ©e, elle m’a tellement prise Ă  la gorge qu’il semble impossible qu’un jour elle me déçoive. Pour ce qui est de GOT, c’est la mĂŞme chose. Quand la première saison s’est terminĂ©e, Ă  l’Ă©poque, je me suis empressĂ© de lire tous les livres disponibles. Je ne pouvais pas attendre un an avant de connaĂ®tre la suite. Impossible. Plus tard, je suis allĂ© sur plusieurs lieux de tournage pour vraiment m’imprĂ©gner de l’ambiance. En Espagne et en Irlande du Nord. Des pĂ©riples presque mystiques. J’ai conscience qu’on puisse trouver cela ridicule mais vous pensez bien, je m’en balance. Game Of Thrones, comme les autres sĂ©ries citĂ©es plus haut, a fait vibrer en moi une corde plutĂ´t difficile Ă  atteindre. Complètement submergĂ© par la passion, j’ai totalement approuvĂ© les choix, techniques et narratifs, de l’Ă©quipe. J’ai compris l’amour inconditionnel de Tyrion pour sa Reine et compris la dĂ©tresse de Daenerys avant que celle-ci ne bascule. J’ai admirĂ© la dĂ©termination d’Arya et celle de Sansa. Concernant Arya, petit parenthèse, le fait qu’elle surgisse pour tuer le Night King ne m’a pas choquĂ©. Non, car Arya Ă©volue dans un monde oĂą il est possible de changer de visage. Un monde oĂą les dragons sont de la fĂŞte et les loups parfois beaucoup plus grands que la moyenne. Un monde de gĂ©ants, d’Enfants de la ForĂŞt et de zombies. La mort du dragon de Daenerys sur les cĂ´tes de Dragonstone ne m’a pas plus marquĂ© par sa soit-disant incohĂ©rence. Comme si la possibilitĂ© de l’effet de surprise n’avait jamais existĂ©e, Ă  Westeros comme ailleurs. Deux exemples parmi d’autres. On peut trouver mes « explications » foireuses. Je pourrais aussi dĂ©velopper et prendre un par un chaque point soulevĂ© par les fans mĂ©contents mais ce serait une perte de temps. Je rajouterai quand mĂŞme que pour moi, la mort de Cersei fait partie des grands moments de la sĂ©rie. J’ai adorĂ© le Clegane Bowl aussi bien Ă©videmment et, mais lĂ  je me rĂ©pète, la toute fin… Une conclusion Ă  la hauteur de tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Un ultime morceau de bravoure qui m’a submergĂ© et laissĂ© K.O. et admiratif. Sur mon canapĂ©, Ă  4h10 du matin, j’ai regardĂ© le gĂ©nĂ©rique de fin jusqu’au bout avant de retourner me coucher et de repenser Ă  tout ce que je venais de voir. Une fin d’une sensibilitĂ© extrĂŞme, poĂ©tique, intelligente et nuancĂ©e. Alors oui, merci Game Of Thrones. Merci pour ces 8 saisons extraordinaires. J’ai tremblĂ©, j’ai Ă©tĂ© Ă©mu plus d’un fois, j’ai ri aussi parfois et jubilĂ©, et pas une fois je n’ai dĂ©crochĂ©. VoilĂ  pour moi ce que signifie Game Of Thrones. Une sĂ©rie exceptionnelle de A Ă  Z donc, qui en plus, et c’est l’apanage des chefs-d’Ĺ“uvre, a su se montrer clivante. Car ne nous y trompons pas, les bonnes critiques comme les mauvaise participent activement Ă  l’aura de Game Of Thrones. Et si vous pensez que le phĂ©nomène a atteint son point culminant, attendez un peu quelques annĂ©es. Mais je peux aussi me tromper. C’est juste mon avis et si il n’a de grande signification que pour moi, il vaut nĂ©anmoins bien le vĂ´tre !

@ Gilles Rolland

ARTICLE SIGNE JEAN-MARC MICCICHE
ATTENTION SPOILERS !!!

Séance découverte avec la fin de la plus grande saga télévisuelle jamais faite. Une saison qui aura fait couler beaucoup d'encre, parfois à raison et parfois à tord mais qui a l'immense avantage de rester sur ses principes de bases : ne jamais tomber dans le fanbase pour tracer son propre chemin (après que l'on soit d'accord ou non sur les choix effectués, c'est un autre débat), proposer toujours une forme de sidération en gratifiant régulièrement du jamais vu dans le cadre télévisuel (et soyons même encore plus direct, y compris au cinéma), d'avoir toujours su garder sa ligne de crête ultime, une gigantesque saga mythologique et politique où l'épopée se mêle au mélodrame tragique, bref, mettre au centre des personnages et de l'émotion....Même si je peux parfaitement entendre les nombreuses réserves qui ont accompagné cette saison 8 tant fantasmé au point que certains fans confondent leurs désirs avec l'ambition des showrunners......Car il faut avoir des couilles en béton pour imposer non pas un épisode final, mais un épilogue funeste, un ton doux amer d'une grande amerturme, le sentiment que les sentiments les plus fous et les plus nobles ont été au final dévoyés pour nous crier encore une fois (mais c'est un aspect qui malgré la tête coupée de Stark n'a visiblement pas été assimilé par les fans), que les choses ne se passent jamais comme dans nos rêves.....Ce qui agace les fans de la dernière heure, c'est l'aspect réceptif de la récompense...hé non c'est pas Daneris qui régné sur le royaume, ce n'est pas Jon le héros déchu qui tombe de haut à la hauteur de ses grands principes....Personne ne voulait voir ça ! Et pourtant c'est comme ça que s'est déroulé ce faux conte de fée...pas de happy end, juste une gueule de bois amer....Donc oui on peut signaler les points de détails qui aurait pu faire mieux passer la pilule (sur le plan narratif essentiellement), mais l'essentiel était là et on peut pas dire que bc de série actuelle peuvent se targuer d'aller jusqu'au bout de logique....Pour le reste, je peux entendre certaines critiques, mais attention, que ceux qui gueulent sur l'écriture de la saison 8 et qu'ils approuvent cette pétition, je leur dirai que la mauvaise foi des fanboy est sans commune mesure et que je ne l'ai pas vu râler sur le nombres incroyable de raccourcis que les deux derniers avengers ont imposés. Personne n'a mouflé sur le manque d'audace, de couilles de cette franchise ! Là tout le monde dit amen ! Que chacun balaie devant son tapis....