vendredi 28 janvier 2022

The Innocents. Grand Prix Nouveau Genre, L'Etrange Festival 2021.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eskil Vogt. 2022. Norvège. 1h57. Avec Rakel Lenora Fløttum, Alva Brynsmo Ramstad, Sam Ashraf, Mina Yasmin Bremseth Asheim 

Sortie salles France: Février 2022

FILMOGRAPHIEEskil Vogt est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste norvĂ©gien nĂ© en 1974. 2014 : Blind. 2021 : The Innocents. 


"Le monde est dangereux Ă  vivre. Non pas tant Ă  cause de ceux qui font le mal, mais Ă  cause de ceux qui regardent et laissent faire."
KO au moment du dĂ©roulement du gĂ©nĂ©rique de fin. Le corps inerte, monolithique, les yeux vidĂ©s d'Ă©motion, la mine anxiogène, tendance dĂ©pressive, au bord des larmes, de par ma fragilitĂ© nĂ©vralgique d'avoir assistĂ© Ă  un Ă©prouvant règlement de compte comme nul autre cinĂ©aste ne su le retranscrire avec autant d'impact cĂ©rĂ©bral Ă  travers sa circonspection documentĂ©e. On peut d'ailleurs aisĂ©ment le rapprocher auprès du chef-d'oeuvre suppliciĂ© de Serrador, Les RĂ©voltĂ©s de l'An 2000 auquel il entretient le point commun de l'enfant malĂ©fique Ă  ciel ouvert. Sauf qu'en l'occurrence, et du cĂ´tĂ© de la Norvège (rĂ©putĂ© comme l'Ă©tat le plus pacifique au monde !), ses enfants sont nantis de pouvoir surnaturel (tĂ©lĂ©pathie, hallucinations prĂ©monitoires ou encore tĂ©lĂ©kinĂ©sie) que le cinĂ©aste n'expliquera jamais quant Ă  leurs origines. L'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant essentiellement dans la caractĂ©risation Ă©quivoque de 4 bambins (dont une autiste) batifolant communĂ©ment au grĂ© de jeux interdits avec la souffrance et la mort. Et ce avant que certaines consciences ne se rĂ©veillent dans leur petit corps candide d'enfant en herbe soumis Ă  l'Ă©preuve de la souffrance et du danger parfois invisible. D'oĂą le sentiment d'inconfort permanent que l'on subit sans fioriture Ă  travers son tortueux climat clinique de menace reptilienne.  

Eskil Vogt dĂ©crivant sans ambages, et ce Ă  l'aide d'un malaise Ă  la fois moral et viscĂ©ral terriblement dĂ©stabilisant (on peut d'ailleurs Ă©tablir un rapprochement avec l'autrement malaisant l'Exorciste de Friedkin), les thèmes de l'instinct pervers et du sadisme innĂ© en nous sous l'impulsion d'un hyper rĂ©alisme suffocant. The Innocents demeurant une Ă©preuve de force, tant pour le spectateur que pour les protagonistes (infantiles / adultes) confrontĂ© Ă  l'incitation au Mal du point de vue d'une innocence prenant goĂ»t rapidement Ă  la violence grâce Ă  une impĂ©riositĂ© quasi indestructible. Mais outre son climat malsain infiniment permĂ©able ne lâchant pas d'une semelle l'attention du spectateur confrontĂ© au cauchemar le plus lâche, cruel et dĂ©sespĂ©rĂ©, The Innocent est transcendĂ© du talent naturel hors-pair de ces gamins en culotte courte dĂ©gageant un humanisme torturĂ© ou meurtrier littĂ©ralement communicatif (on vit Ă  travers eux, telle une entitĂ© voyeuriste !). Tant et si bien que l'on suit et subit leur parcours moral avec une apprĂ©hension constamment interrogative quant Ă  leur Ă©volution indĂ©cise et leurs dĂ©cisions de dernier ressort Ă  tenter ou pas d'y dĂ©jouer la menace dans leur petit corps meurtri. Une hostilitĂ© en roue libre nappĂ©e toutefois de rage et de chagrin, comme si l'innocent, le plus intolĂ©rable, prisonnier de son âge nĂ©ophyte, prenait conscience de ses dĂ©rives dĂ©moniales sans pouvoir les canaliser ou les obstruer. 

Modèle de mise en scène s'apparentant au coup de maĂ®tre pour un second essai (on reste autant Ă©bahi qu'impressionnĂ© par la gĂ©omĂ©trie du cadre auscultant les visages des bambins, entre infinie douceur et inquiĂ©tude latente ! ???), The Innocent transfigure le genre Fantastique avec une maturitĂ© forçant le respect. ImmortalisĂ© par ces 4 bouilles norvĂ©giennes exprimant "en profondeur" un humanisme Ă  fleur de peau gangrenĂ© par l'influence et la susceptibilitĂ© du Mal le plus insidieux, The Innocents nous reste en mĂ©moire tel un Ă©prouvant cauchemar moral dĂ©nuĂ© d'issue et de rĂ©solution. Et ce en dĂ©pit des apparences quelques peu salvatrices de son Ă©pilogue bipolaire, si bien que nos nerfs malmenĂ©s 1h57 durant finissent par nous lâcher au moment du gĂ©nĂ©rique de fin. Une date du Fantastique.

Pour Public Averti (du fait de son climat capiteux constamment malaisant et de sa cruautĂ© parfois trop rĂ©aliste).

*Eric Binford

Récompense:

L'Étrange Festival 2021 : Grand Prix Nouveau Genre

Prix du cinéma européen 2021 : Meilleur ingénieur du son

mercredi 26 janvier 2022

Projet X

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jonathan Kaplan. 1987. U.S.A. 1h48. Avec Matthew Broderick, Helen Hunt, William Sadler, Johnny Ray McGhee, Stephen Lang 

Sortie salles France: ?. U.S: 17 Avril 1987

FILMOGRAPHIE: Jonathan Kaplan est un réalisateur américain né le 25 novembre 1947 à Paris.1972 : Night Call Nurses. 1973 : The Student Teachers. 1974 : Truck Turner. 1975 : La route de la violence. 1977 : On m'appelle Dollars. 1979 : Violences sur la ville. 1983 : Pied au plancher. 1987 : Project X. 1988 : Les Accusés. 1989 : Immediate Family. 1992 : Obsession fatale. 1992 : Love Field. 1994 : Belles de l'Ouest. 1994 : Reform School Girl (téléfilm). 1996 : Coup de sang. 1999 : Bangkok, aller simple.

On ne vas pas se mentir. Projet X est bourrĂ© de dĂ©fauts Ă  travers le classicisme de sa rĂ©alisation impersonnelle cĂ©dant Ă  la facilitĂ© des sentiments, aux situations naĂŻves (jusqu'au final grotesque totalement improbable) et Ă  la caricature auprès de vĂ©tĂ©rans militaires complices d'essais sur les chimpanzĂ©s Ă  travers des simulations de vol. Et ce afin de tester combien de temps pourrait survivre un pilote humain exposĂ© Ă  une radiation nuclĂ©aire en cas de conflit belliqueux. Mais avec indulgence, et auprès de la cible des plus jeunes enfants, Projet X ne manque ni de charme, ni de tendresse ni d'Ă©motions auprès de son rĂ©quisitoire contre les expĂ©rimentations animales que Jonathan Kaplan traite sans vigueur ni passion d'après des faits rĂ©els nous avertira son message introductif. 

Et si l'on a connu Matthew Broderick et Helen Hunt beaucoup plus inspirĂ©s et spontanĂ©s dans d'autres productions plus sincères et ambitieuses, ils parviennent gentiment Ă  nous attacher dans leur fonction hĂ©roĂŻque de dernier ressort Ă  daigner prĂ©server la survie de leur bambin simiesque douĂ© du langage des signes (les singes authentiques Ă©tant par ailleurs particulièrement bien dirigĂ©s). Sympathique donc en dĂ©pit d'un sentiment amer de frustration, notamment faute de l'absence de dynamisme de l'intrigue prĂ©visible, si bien que l'on se prend Ă  rĂŞver si pareil projet eut Ă©tĂ© entre les mains d'un Spielberg ou d'un Joe Dante Ă  travers leur sens crĂ©atif d'Ă©merveillement.

*Eric Binford

lundi 24 janvier 2022

Shoot the Moon / L'Usure du Temps

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site intemporel.com

de Alan Parker. 1982. U.S.A. 2h05. Avec  Albert Finney, Diane Keaton, Karen Allen, Peter Weller, Dana Hill, Viveka Davis, Tracey Gold 

Sortie salles France: 19 Mai 1982

FILMOGRAPHIE: Alan Parker (Alan William Parker) est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur britannique, né le 14 Février 1944 à Islington, Londres. 1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: Shoot the Moon. 1982: Pink Floyd The Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: Les Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


« L’amour se divorce Ă  l’amiable »

Ĺ’uvre fragile abordant le thème du divorce sous l’impulsion d’une intensitĂ© dramatique capiteuse, Shoot the Moon se solda par un Ă©chec public lors de sa sortie discrète, alors mĂŞme qu’Alan Parker venait d’enchaĂ®ner les succès avec Fame et Midnight Express. HĂ©las sombrĂ© dans l’oubli, ce magnifique drame psychologique dĂ©peint sans ambages l’affrontement d’un couple en pleine crise morale, illuminĂ© par la prĂ©sence du duo Albert Finney — Ă©crivain bourru et colĂ©rique, refusant d’accepter la sĂ©paration — et Diane Keaton, Ă©pouse maternelle, plus vaillante et lucide face au fardeau conjugal.

Au-delĂ  de leurs interprĂ©tations d’une justesse poignante (malgrĂ© une scène de restaurant un peu « too much », seul faux pas du film dans ses changements de ton), on reste Ă©bloui — pour ne pas dire tĂ©tanisĂ© — par le jeu terriblement expressif des quatre enfants. D’une spontanĂ©itĂ© bouleversante, ils traduisent avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante la dĂ©tresse de voir leurs parents sombrer dans la dĂ©liquescence amoureuse. Nombre de sĂ©quences intimistes nous arrachent des larmes, notamment celles centrĂ©es sur la fille aĂ®nĂ©e, terriblement isolĂ©e depuis qu’elle a surpris son père au tĂ©lĂ©phone avec sa maĂ®tresse.


Sa fragilitĂ© morale, mĂŞlĂ©e Ă  une force rebelle, dĂ©chire le cĹ“ur Ă  chacune de ses interventions. Alan Parker dirige avec une justesse miraculeuse l’innocence de ses fillettes turbulentes — pleines de vie, de peps, de gaietĂ© — malgrĂ© cette Ă©preuve existentielle aussi rigoureuse que cruelle, depuis que leur père a quittĂ© le foyer, victime d’une rupture irrĂ©conciliable. Bouleversant Ă  plus d’un titre, Shoot the Moon Ă©vite habilement le pathos grâce Ă  la vĂ©racitĂ© de sa mise en scène, pudique et anti-voyeuriste, capturant des tranches de vie oĂą s’entrelacent tendresse maternelle et naufrage conjugal.

Le film porte un regard Ă  la fois attendri et dramatique sur ces enfants contraints de subir la sĂ©paration de leurs parents pour des raisons qu’ils ne peuvent ni comprendre, ni admettre, ni approuver. Ă€ travers le parcours moral du père — assailli par l’Ă©chec, la peur de la perte et l’incapacitĂ© Ă  tourner la page —, Parker nous plonge au cĹ“ur d’une conscience bipolaire, d’une tempĂŞte Ă©motionnelle d’une justesse vertigineuse. Certaines sĂ©quences, d’une brutalitĂ© saisissante, frappent par leur authenticitĂ© : les disputes Ă©clatent, les corps se heurtent, et la douleur se fait matière.


“On se marie facilement, on se sĂ©pare difficilement.”

Grand moment de cinéma émotionnel, aussi pudique que brut, Shoot the Moon expose sans fard le désarroi des enfants du divorce, là où la violence des adultes surgit quand les mots ne suffisent plus. Parker y déploie une grâce, une tendresse, une sensibilité inusitée, portée par des comédiens criants de vérité contrariée. Il en émane un témoignage aussi humble que lucide, refusant le cliché pour mieux explorer la déchirure conjugale avec un réalisme quasi documentaire, aspirant le spectateur dans son vortex intime.
Ă€ ne rater sous aucun prĂ©texte : sans doute le plus beau, le plus convaincant film que l’on ait vu sur l’acceptation du deuil conjugal depuis le primĂ© Kramer contre Kramer.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

RĂ©compenses: 1983 British Academy Film Awards Meilleur acteur dans un rĂ´le principal pour Albert Finney. 

Golden Globes: Meilleur acteur dans un film dramatique pour Albert Finney

Meilleure actrice dans un film dramatique pour Diane Keaton

Writers Guild of America: Meilleur scĂ©nario original pour Bo Goldman

vendredi 21 janvier 2022

Blink

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Apted. 1993. U.S.A. 1h46. Avec Madeleine Stowe, Aidan Quinn, James Remar, Peter Friedman, Bruce A. Young, Laurie Metcalf, Matt Roth 

Sortie salles France: 10 Août 1994. U.S: 26 Janvier 1994

FILMOGRAPHIEMichael Apted, nĂ© le 10 fĂ©vrier 1941 Ă  Aylesbury dans le Buckinghamshire (Royaume-Uni) et mort le 7 janvier 2021 Ă  Los Angeles, est un rĂ©alisateur et producteur de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision anglais. 1972 : The Triple Echo. 1974 : Stardust. 1977 : Le Piège infernal. 1979 : Agatha. 1980 : Nashville Lady ou La Fille du mineur. 1981 : Continental Divide. 1983 : Gorky Park. 1984 : Firstborn. 1985 : Bring On The Night. 1987 : Toubib malgrĂ© lui. 1988 : Gorilles dans la brume. 1991 : Affaire non classĂ©e. 1992 : CĹ“ur de tonnerre. 1992 : Incident Ă  Oglala. 1994 : Blink. 1994 : Moving the Mountain. 1994 : Nell. 1996 : Mesure d'urgence. 1997 : Inspirations. 1999 : Me and Isaac Newton. 1999 : Le monde ne suffit pas. 2001 : Enigma. 2002 : Plus jamais. 2002 : Lipstick. 2006 : Amazing Grace. 2010 : Le Monde de Narnia : L'OdyssĂ©e du Passeur d'Aurore. 2012 : Chasing Mavericks. 2017 : Conspiracy. 

Thriller des annĂ©es 90 aujourd'hui oubliĂ©, Ă  l'instar de l'excellent Jennifer 8 auquel il entretient le point commun de la victime aveugle traquĂ©e par un tueur, Blink est un sympathique divertissement sauvĂ© par l'interprĂ©tation irrĂ©prochable de Madeleine Stowe. Car outre un premier quart d'heure si prometteur Ă  travers sa dramaturgie bouleversĂ©e (Emma retrouvant la vue uniquement de l'oeil droit après avoir Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e demeure un moment vĂ©ritablement Ă©motif Ă  travers le tact de sa rĂ©alisation et de la pudeur de l'actrice Ă  fleur de peau) et ses FX très rĂ©ussis (ses visions dĂ©formĂ©es, Ă©vanescentes sont saisissantes de rĂ©alisme trouble), Blink s'enfonce peu Ă  peu dans les clichĂ©s et les conventions au fil d'une romance entre le flic et la victime dont on Ă©prouve si peu d'attachement. La faute incombant Ă  la caractĂ©risation superficielle (pour ne pas dire mal dĂ©veloppĂ©) du flic investigateur qu'endosse spontanĂ©ment Aidan Quinn en coureur de jupon Ă  la fois arrogant, Ă©goĂŻste, machiste et orgueilleux. 

Tant et si bien qu'au fil de son Ă©volution sentimentale avec Emma, il demeure constamment grisant, irritable, dĂ©tachĂ© ou autrement insidieux Ă  travers sa posture versatile d'y privilĂ©gier finalement son enquĂŞte criminelle qu'il peine Ă  rĂ©solver face Ă  l'autoritĂ© d'un supĂ©rieur aussi mal charpentĂ© que lui. Et bien que le rĂ©alisateur accorde beaucoup d'importance Ă  cette romance Ă  l'eau de rose (avec en prime l'intrusion du chirurgien en mal d'amour) au grĂ© de clichĂ©s soumis aux crĂŞpages de chignon, Blink parvient nĂ©anmoins Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt sous l'impulsion d'une Madeleine Stowe d'une force de caractère Ă  la fois fragile et dĂ©terminĂ©e. Et ce en dĂ©pit du peu de sĂ©quences impressionnantes pour sa partie thriller du samedi soir et des mobiles tĂ©lĂ©phonĂ©s du tueur en sĂ©rie tributaire d'une vendetta monomane que le rĂ©alisateur exploite par dessus la manche et ce sans passion. A l'instar de la confrontation finale entre lui et sa victime dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  l'affronter pour y sauver sa peau si bien que la police est incapable de la protĂ©ger (d'ailleurs tous les flics si peu concernĂ©s et la  dĂ©daignant Ă  tout va semblent aussi stupides qu'empotĂ©s). Ce qui nous vaut lors du dĂ©nouement (timidement) tendu des sĂ©quences Ă  suspense gentiment ludiques et orthodoxes avant le happy-end de rigueur (Ă©treinte de rĂ©conciliation Ă  l'appui). 

Mais bon, en dĂ©pit de tous ces dĂ©fauts Ă©talĂ©s brièvement, et notamment grâce au charme de sa scĂ©nographie urbaine plutĂ´t bien filmĂ©e et photographiĂ©e, Blink devrait encore probablement contenter le fan des thrillers des Nineties initiĂ©s par le maĂ®tre Ă©talon: Basic Instinct. En applaudissant surtout l'interprĂ©tation si sensuelle mais jamais complaisante de la divine Madeleine Stowe

*Eric Binford
2èx

jeudi 20 janvier 2022

L'Appel de la Chair / La notte che Evelyn uscì dalla tomba

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Emilio Miraglia. 1971. Italie. 1h43. Avec Anthony Steffen, Marina Malfatti, Enzo Tarascio, Giacomo Rossi Stuart, Umberto Raho, Roberto Maldera. 

Sortie salles France: 3 Mai 1973. Italie: 18 AoĂ»t 1971

FILMOGRAPHIE: Emilio Miraglia (nĂ© le 1er janvier 1924 Ă  Casarano, dans les Pouilles, dĂ©cĂ©dĂ© en 1982) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1967 : La Peur aux tripes. 1968 : Casse au Vatican. 1969 : Ce salaud d'inspecteur Sterling. 1971 : L'Appel de la chair. 1972 : Joe Dakota (Spara Joe... e così sia!). 1972 : La dame rouge tua sept fois. 


"Tu as commis un grand crime. Tu n'es plus une lady mais un assassin. Un meurtre abominable ensanglante tes mains. Te voilĂ  couverte du sang de ton sujet"
ConsidĂ©rĂ© comme mineur et plutĂ´t mĂ©connu, l'Appel de la Chair demeure un bon giallo dans la tradition du genre qu'Artus Films eut la bonne idĂ©e d'Ă©diter en format HD. Et ce en y injectant une pincĂ©e d'Ă©pouvante gothique (revenant Ă  l'appui), renforcĂ©e qui plus est de deux sĂ©quences chocs plutĂ´t couillues et redoutablement cruelles (la rĂ©pĂ©tition de coups de poignard sur une victime dĂ©munie perpĂ©trĂ©e sur fond blanc, le cadavre d'une femme fraĂ®chement exĂ©cutĂ©, dĂ©vorĂ© par des renards mastiquant Ă  un moment ses intestins en gros plans, façon d'Amato Ketchup !). Et si le pitch simpliste (Ă  peine sorti d'asile psychiatrique, l'aristocrate Alan, toujours hantĂ© par la mort de sa dĂ©funte Ă©pouse, se venge sur des prostituĂ©es aux cheveux roux en les hĂ©bergeant dans son château poussiĂ©reux) avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus dense et surprenant, ses rebondissements Ă  rĂ©pĂ©tition s'avèrent toutefois agrĂ©ablement imprĂ©visibles Ă  dĂ©faut d'emporter notre totale adhĂ©sion. 


La faute incombant Ă  son intrigue quelque peu tirĂ©e par les cheveux Ă  force de revirements outranciers, entre faux complices et vrais coupables motivĂ©s par la cupiditĂ© du traditionnel hĂ©ritage. En tout Ă©tat de cause, L'Appel de la Chair n'ennuie jamais si bien qu'il retient constamment l'attention de par sa conduite narrative bien rodĂ©e misant sur le suspense latent, l'esthĂ©tisme baroque et les ambiances lugubres (le prologue SM demeure d'ailleurs envoĂ»tant au sein de sa scĂ©nographie gothique Ă©maillĂ©e d'instruments de torture dont un gigantesque fouet). Qui plus est, la beautĂ© lascive de ses actrices dĂ©nudĂ©es n'Ă©chappe pas Ă  notre voyeurisme lubrique, notamment lorsque celles-ci se dĂ©lectent d'y endosser les prostituĂ©es Ă  la fois dĂ©complexĂ©es et effarouchĂ©es, alors qu'une Ă©pouse servile reste Ă  la merci de son Ă©poux machiste n'hĂ©sitant pas Ă  abuser d'elle Ă  renfort d'Ă©tranglement hystĂ©risĂ©. Son cast masculin demeurant tout aussi convaincant Ă  travers une galerie de personnages vĂ©reux, violents, erratiques, perfides et dĂ©lĂ©tères si bien que tous les coups bas leur seront tolĂ©rĂ©s pour l'enjeu d'un hĂ©ritage.  


Avant tout agrĂ©ablement distrayant grâce Ă  son rythme soutenu et au mystère expectatif de son Ă©nigme torturĂ©e, l'Appel de la Chair est suffisamment plaisant, sĂ©duisant et parfois horrifiant pour contenter l'afficionado du Giallo en bonne et due forme. A dĂ©couvrir donc puisque tout Ă  fait frĂ©quentable. 

*Eric Binford

mercredi 19 janvier 2022

Perversion Story / Una Sull'Altra / One on Top of the Other. "Version Intégrale".

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Lucio Fulci. 1969. Italie. 1h48. Avec Jean Sorel, Marisa Mell, Elsa Martinelli, Alberto de Mendoza, John Ireland, Riccardo Cucciolla, Bill Vanders, Franco Balducci, Giuseppe Addobbati...

Sortie en France le 21 Août 1970. U.S.A: Avril 1973.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969: Perversion Story, 1969 : Liens d'amour et de sang, 1971: Le Venin de la peur, 1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1973: Croc Blanc, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1980: La Guerre des Gangs, 1980: Frayeurs, 1981: Le Chat noir 1981: L'Au-delà, 1981: La Maison près du cimetière, 1982: L'Éventreur de New York , 1983: Conquest, 1984: 2072, les mercenaires du futur, 1984: Murder Rock, 1986 : L'Enchainé 1986 : Le Miel du diable, 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantômes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : Porte du silence (la), 1997 : M.D.C. - Maschera di cera.


"A l'orée de sa carrière, Fulci s'improvise Hitchcock dans un thriller érotique au suspense en crescendo après avoir habilement jonglé avec le faux-semblant."
Sorti la mĂŞme annĂ©e que l'infortunĂ©e BĂ©atrice Cenci (son oeuvre la plus personnelle qu'il chĂ©rit ouvertement), Lucio Fulci s'Ă©loigne du genre historique pour entreprendre un thriller Ă©rotique avec Perversion Story. Une seconde oeuvre Ă©galement passĂ©e inaperçu et restĂ© inĂ©dite dans nos contrĂ©es jusqu'Ă  ce que l'Ă©diteur Le Chat qui Fume dĂ©cide de l'exhumer en format Blu-Ray. Le PitchGeorges Dumurier est un mĂ©decin infidèle depuis qu'il courtise une jeune photographe de mode, Jane. Un jour, sa femme gravement malade et asthmatique meurt dans des conditions mystĂ©rieuses. Rapidement, les soupçons se portent sur lui si bien qu'une assurance vie d'un million de dollars doit lui ĂŞtre lĂ©guĂ©. Un soir, il se retrouve dans un cabaret en compagnie de Jane et fait la connaissance fortuite d'une Ă©trange strip-teaseuse ressemblant comme deux gouttes d'eau Ă  sa dĂ©funte Ă©pouse. A l'instar de Mario bavaLucio Fulci n'aura jamais pu bĂ©nĂ©ficier de son vivant les honneurs d'une notoriĂ©tĂ© mĂ©ritante. Car lorsque l'on revoit ou dĂ©couvre des films comme Le Venin de la peurBĂ©atrice CenciLe Temps du Massacrele Miel du DiableLa Longue nuit de l'Exorcisme ou encore ce Perversion Story, on se rend bien compte que le maĂ®tre du macabre n'Ă©tait pas uniquement surdouĂ© pour historiser sur pellicule le zombie putrĂ©fiĂ© afin de concourir sur les traces d'un Romero en consĂ©cration. Ainsi, en empruntant la voie du thriller Ă  suspense mâtinĂ© d'Ă©rotisme polisson, il nous narre scrupuleusement une diabolique machination auquel un mĂ©decin infidèle plongera irrĂ©sistiblement dans un traquenard qu'il n'eut pu prĂ©voir. 


SĂ©duit par une strip-teaseuse ressemblant Ă  s'y mĂ©prendre Ă  son Ă©pouse dĂ©cĂ©dĂ©e, Georges Dumurier et son amante Jane vont tenter de dĂ©mĂŞler le vrai du faux, le couple Ă©tant persuadĂ© que Susan n'est pas morte asphyxiĂ©e par son asthme mais qu'elle aurait Ă©tĂ© volontairement tuĂ©. Par qui et pour quelle raison ? Dès lors, leur suspicion se porte sur cette jeune danseuse, Monica Weston, aguicheuse chevronnĂ©e dans l'art et la manière de sĂ©duire les beaux mâles nantis. Ce qui nous vaudra d'ailleurs de superbes sĂ©quences de coucherie stylisĂ©es d'une sensualitĂ© inhabituelle de la part de l'esthète de la tripaille. Il faut dire qu'en terme de mise en scène, le rĂ©alisateur dĂ©ploie ici une virtuositĂ© inspirante et consciencieuse. Tant auprès de la beautĂ© Ă©purĂ©e des dĂ©cors de cabaret, de ces cadrages alambiquĂ©s (avec entre autre l'emploi du split screen) ou d'une direction d'acteurs mieux dirigĂ©e que d'habitude chez le maestro ! Ainsi, avec une mĂ©canique de suspense parfaitement rodĂ©, l'intrigue pernicieuse de Perversion Story ne nous laisse peu de rĂ©pit Ă  travers son cheminement investigateur titillant lestement les nerfs du spectateur lors d'une ultime course contre la montre pour la survie. A savoir qui est le vĂ©ritable coupable au sein de cet enjeu d'hĂ©ritage compromis par l'adultère d'amants vĂ©reux, chafouins ou instables. Bref, une galerie de personnages peu recommandables Ă  travers leur commune hypocrisie de feindre et de sĂ©duire par souci d'ego, d'autoritĂ©, de cupiditĂ©. 


Niveau cast, la ravissante Marisa Mell insuffle avec provocation une sensualitĂ© torride de par sa posture sexy et ses dĂ©hanchements charnels afin d'interprĂ©ter un double rĂ´le de femme Ă©quivoque au charme reptilien. Un jeu en demi-teinte de vamp blonde dĂ©vergondĂ©e et de brune aigrie dĂ©nigrant davantage un Ă©poux Ă  la fois absent et trompeur. Le français Jean Sorel lui dispute sobrement la vedette, et de manière antipathique, un mari infidèle affublĂ© d'un regard renfrognĂ©, alors qu'un piège est sur le point de se refermer sur ses frĂŞles Ă©paules. Et ce sans pouvoir bĂ©nĂ©ficier de l'aide potentielle de son frère cadet (excellemment campĂ© par Alberto De Mendoza) exerçant jalousement ses activitĂ©s mĂ©dicales au sein du mĂŞme cabinet.


Servie d'une musique jazzy de Riz Ortolani stylisant une ambiance policière mĂŞlĂ©e de sĂ©duction et d'Ă©trangetĂ©, Perversion Story est Ă  nouveau une rĂ©ussite mĂ©connue de la part de Lucio Fulci fignolant son Ă©nigme Hitchcockienne Ă  l'aide d'une science du suspense en crescendo (l'ultime demi-heure jouant remarquablement avec nos nerfs avant son revirement final Ă©bouriffant). RĂ©alisĂ© Ă  l'aube d'une riche carrière, Perversion Story dĂ©montrait donc dĂ©jĂ  le talent prometteur de Lucio Fulci exploitant ici intelligemment le thriller Ă©rotique avec une pointe de dĂ©rive macabre (le cadavre putrescent de Susan que l'on observe Ă  2 reprises sur le brancard, tout du moins dans sa version intĂ©grale).

*Eric Binford
19.01.22. vf
17.03.11. 595 v

vendredi 14 janvier 2022

Les Granges Brûlées

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Chapot et Alain Delon. 1973. France/Italie. 1h38. Avec Simone Signoret, Alain Delon, Paul Crauchet, Bernard Le Coq, Pierre Rousseau, Catherine AllĂ©gret, Miou-Miou, BĂ©atrice Costantini, Renato Salvatori, Jean Bouise, Christian Barbier. 

Sortie salles France: 30 Mai 1973

FILMOGRAPHIEJean Chapot est un acteur, dialoguiste, compositeur, producteur, réalisateur, metteur en scène et scénariste français né le 15 novembre 1930 à Bois-Guillaume, en Seine-Maritime, et mort le 10 avril 1998 à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine. 1965 : Le Dernier Matin de Percy Shelley (CM). 1966 : La Voleuse. 1972 : Le Fusil à lunette (CM). 1973 : Les Granges Brûlées. 1982: Ce fut un bel été (TV Movie). 1982 Un fait d'hiver (TV Movie). 1981 Livingstone (TV Movie). 1994: Honorin et l'enfant prodigue (TV Movie). 1993 Polly West est de retour (TV Movie). 1992 Honorin et la Loreleï (TV Movie). 1991 Les mouettes (TV Movie). 1988 Le crépuscule des loups (TV Movie)


"Les monstres Delon / Signoret dans un drame criminel enneigé au sein d'une ruralité archaïque."
Qu'on se le dise, Les Granges BrĂ»lĂ©es n'est pas le grand film tant attendu auprès de la rĂ©union du duo proverbial Delon / Signoret. La faute incombant Ă  une rĂ©alisation classique peinant Ă  susciter une certaine intensitĂ© dramatique au fil d'une trame criminelle plutĂ´t prĂ©texte Ă  dĂ©peindre la quotidiennetĂ© rurale de paysans coexistant en autarcie, entre chamailleries familiales et conjugales. Si bien que leur progĂ©niture tue d'ailleurs leur ennui en s'enfuyant Ă  la ville, soit pour s'y saouler soit pour courtiser. Pour autant, les Granges BrĂ»lĂ©es mĂ©rite que l'on s'y attarde de par l'excellence de son casting irrĂ©prochable (jusqu'aux seconds-rĂ´les communĂ©ment attachants) et de l'affrontement (gentiment) psychologique que se dispute Simone Signoret (en matriarche prĂ©venante mais sur le qui vive) / Alain Delon (en juge autoritaire mais accessible). 

Leur confrontation Ă©tant bâtie sur une commune posture Ă  la fois chafouine et suspicieuse depuis que le juge concentre son enquĂŞte sur cette famille Cateux Ă  la suite du tĂ©moignage d'un des fils rentrĂ© avinĂ© le soir du crime. Et bien que le rĂ©cit linĂ©aire, sciemment redondant, ne passionne guère, il demeure toutefois inopinĂ©ment captivant (avec modestie cela dit) sous l'impulsion de ses acteurs issus de l'ancienne gĂ©nĂ©ration et de son rĂ©alisme rĂ©frigĂ©rant au sein d'une nature enneigĂ©e superbement photogĂ©nique. L'Ă©poque vintage des Seventies auquel l'action se dĂ©roule demeurant Ă©galement un atout de sĂ©duction Ă  dĂ©peindre scrupuleusement les us et coutumes de ces mĂ©tayers artisanaux en proie Ă  la contrainte et Ă  la contrariĂ©tĂ©, aux doutes et aux complexes depuis que la police est aux aguets de leurs faits et gestes.  

A dĂ©couvrir donc ou Ă  revoir, ne serait ce que pour les performances du duo susnommĂ© aussi magnĂ©tique qu'Ă©quivoque Ă  travers leurs jeux de regards hĂ©sitants Spoil ! percĂ©s finalement d'une certaine dĂ©fĂ©rence eu Ă©gard de l'issue salvatrice du dĂ©nouement Fin du Spoil. Delon et Signoret hypnotisant comme de coutume l'Ă©cran Ă  chacune de leur apparition inscrite dans la rĂ©serve en dĂ©pit de leur dĂ©sir de s'apprĂ©cier timidement parlant. On peut enfin relever la partition musicale Ă©tonnamment dissonante signĂ©e Jean Michel Jarre pour sa première collaboration au cinĂ©ma alors que durant le tournage le rĂ©alisateur Jean Chapot et Alain Delon s'effritèrent Ă  moult reprises si bien que ce dernier acheva les dernières sĂ©quences en s'imposant derrière la camĂ©ra.

*Eric Binford

Box-Office France: 991 624 entrées

jeudi 13 janvier 2022

The Lost Daughter. Prix du meilleur scénario: Mostra de Venise, 2021

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de Maggie Gyllenhaal. 2021. U.S.A/Grèce. 2h02. Avec Olivia Colman, Jessie Buckley, Dakota Johnson, Ed Harris, Peter Sarsgaard, Dagmara Domińczyk

Sortie salles France: 10 octobre 2021

FILMOGRAPHIEMargalit Ruth Gyllenhaal, gĂ©nĂ©ralement dite Maggie Gyllenhaal nĂ©e le 16 novembre 1977 Ă  New York, est une actrice et rĂ©alisatrice amĂ©ricaine. 2021: The Lost Daughter. 


"Les enfants sont une terrible responsabilité"
Superbe portrait de femme dĂ©pressive hantĂ©e de remords et de culpabilitĂ© de n'avoir pu chĂ©rir ses enfants en bonne et due forme lors de sa maternitĂ©, The Lost Daughter est illuminĂ© du tact de sa mise en scène personnelle, pour ne pas dire auteurisante de la dĂ©butante Margalit Ruth Gyllenhaal. Une rĂ©alisation dĂ©pouillĂ©e, sans fioriture qui ne plaira pas Ă  tous dans son refus d'une Ă©motion trop facile ou programmĂ©e, qui plus est Ă©maillĂ©e de quelques petites sautes de rythme (selon mon jugement de valeur)) principalement si je me rĂ©fère Ă  la relation d'adultère que l'hĂ©roĂŻne se remĂ©more avec regret lors de langoureux flash-backs. L'intrigue ne cessant d'osciller passĂ© et prĂ©sent afin de mieux saisir les tenants et aboutissants de cette mère aujourd'hui quadra mais incapable de tirer un trait sur son passĂ© galvaudĂ© faute d'y observer de simples touristes en liesse familiale. Qui plus est, son climat austère et nonchalant, renforcĂ© du jeu contrariĂ© de la divine actrice britannique Olivia Colman nous suscite un sentiment aigre de dĂ©sarroi au fil de son Ă©volution morale quelque peu bipolaire. Celle-ci se fondant dans le corps de Leda Caruso avec une Ă©motion souvent contenue, fragile et introvertie eu Ă©gard de sa pudeur Ă  se confronter Ă  son entourage Ă©tranger (une famille de touristes probablement marginaux, voirs carrĂ©ment mafieux), particulièrement auprès d'une jeune donzelle versatile Ă  travers ses sautes d'humeur d'y supporter les caprices de sa fille tout en se rĂ©confortant dans les bras d'un inconnu. 


Leda s'identifiant inĂ©vitablement Ă  cette jeune maman indĂ©cise de plus en plus gagnĂ©e par le doute et l'interrogation au grĂ© de confidences intimes bâties sur sa solitude maternelle du fait de l'absence prolongĂ©e de sa fille. Ainsi, de par le jeu sans fard d'Olivia Colman en proie Ă  ses dĂ©mons internes d'une maternitĂ© teintĂ©e d'irresponsabilitĂ©, de questionnement et d'immaturitĂ©, The Lost Daughter nous plonge dans son introspection intime avec une dimension dramatique poignante au lieu de nous bouleverser de façon plus conventionnelle ou facile dans ce type de sujet pathĂ©tique. On peut Ă©galement souligner l'atmosphère subtilement pesante qui se profile autour de l'hĂ©roĂŻne en quĂŞte d'amour et d'amicalitĂ©, notamment par la faute de cette famille de touristes aussi Ă©quivoques qu'interlopes, car la reluquant avec une suspicion gĂŞnante, si bien que le climat s'assombrit peu Ă  peu autour d'elle en nous remĂ©morant finalement son prĂ©ambulaire crĂ©pusculaire oĂą pointait dĂ©tresse et dĂ©sillusion lors d'une scĂ©nographie Ă  la fois mutique et feutrĂ©e. 


Drame psychologique intelligemment traitĂ© Ă  travers le thème (si actuel !) de la responsabilitĂ© parentale, The Lost Daughter existe par lui mĂŞme de par sa mise en scène autonome captant les Ă©motions contradictoires des personnages complexes avec une pudeur anti voyeuriste. Olivia Colman illuminant l'Ă©cran avec une sobre expression mature mĂŞlĂ©e de douceur, de fragilitĂ© et de nĂ©vralgie. 


*Eric Binford

Ci-joint la chronique de mon amie Nine Rouffet :

AssurĂ©ment, c'est un très beau film. Maggie Gyllenhaal a rĂ©ussi Ă  faire un film Ă  la fois intimiste et universel en nous immergeant au sein des tourments intĂ©rieurs nĂ©vrotiques d'une femme en quĂŞte de sens, en recherche de stabilitĂ© et surtout d'amour, dont elle ne se sent pas vraiment digne. La dernière demi-heure nous en donnera la raison. Le mĂ©trage est ponctuĂ© de multiples flasbacks permettant de mieux comprendre quels enjeux se jouent en elle lorsqu'elle est confrontĂ©e Ă  des figures maternelles un peu paumĂ©es et Ă  une fille "perdue". Face Ă  la femme enceinte sur la plage, elle repense Ă  sa propre grossesse puis Ă  ses relations complexes avec ses filles. En effet, ĂŞtre mère alors qu'on est encore Ă©tudiante Ă  la fac est loin d'ĂŞtre facile, et c'est bien ce que montre le mĂ©trage. Entre scènes familiales touchantes (moments de partage joyeux avec les filles et le père) et pics de stress virant au burn out, Leda Ă©tait une âme un peu perdue, et la disparition de la poupĂ©e d'une petite fille sur la plage ravive des souvenirs encore + douloureux et enfouis. Certaines scènes sont très chargĂ©es dramatiquement parlant, mais le ton ne vire jamais au pathos car le spectateur sait Ă  chaque fois ce qui sous-tend la crise morale de la protagoniste. Le mĂ©trage explore les symboliques, notamment cette poupĂ©e comme objet de "transfert" affectif cristallisant ses crises morales ( la poupĂ©e est Ă  la fois un jeu et un objet de partage avec les filles), ainsi que la symbolique de la pelure d'orange, reprĂ©sentant un lien affectif indĂ©fectible créé avec ses filles via ce fruit. La fin est très touchante, Olivia Colman est Ă©poustouflante de spontanĂ©itĂ© et de fragilitĂ©. Et les seconds rĂ´les sont loin d'ĂŞtre en reste. C'est le cas notamment de la discrète prestation d'Ed Harris, ayant notamment jouĂ© dans Apollo 13 ou The Truman show. Un petit bijou qui pousse Ă  l'introspection et qui ramène Ă  l'essentiel: les petits instants de bonheur et l'amour partagĂ©, quelle que soit sa forme.  ♡♡♡☆

mercredi 12 janvier 2022

Ballade Meurtrière / Coming Home in the Dark

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de James Ashcroft. 2021. Nouvelle-ZĂ©lande. 1h32. Avec Daniel Gillies, Erik Thomson, Miriama McDowell, Matthias Luafutu 

Sortie salles France: ?. 1er Octobre 2021 (internet). 

FILMOGRAPHIEJames Ashcroft est un acteur, scénariste et réalisateur néo-zélandais né le 12 Juin 1978 à Paraparaumu. 2021: Balade Meurtrière. 2018: The Watercooler (TV Series) (1 episode)
- The House (2018). 


Production nĂ©o-zĂ©landaise rĂ©alisĂ©e par le nĂ©ophyte James Ashcroft, Ballade Meurtrière est une claque vitriolĂ©e comme on en voit très peu dans le paysage horrifique trop souvent tributaire de divertissement douillet Ă  travers son schĂ©ma routinier du "ouh fais moi peur". Et pourtant, alors qu'en l'occurrence  James Ashcroft s'embarrasse d'une trame Ă©culĂ©e (un duo de meurtrier s'en prend Ă  une famille de touristes 1h30 durant en les sĂ©questrant dans leur voiture), il parvient intelligemment Ă  renouveler les codes en tirant parti d'un rĂ©alisme cru qui ne lâchera pas d'une semelle l'apprĂ©hension du spectateur. Et ce au sein des paysages inquiĂ©tants d'une contrĂ©e nĂ©o-zĂ©landaise magnifiquement contrastĂ©e. 


D'une extrĂŞme violence Ă  la limite du soutenable alors qu'aucune complaisance n'y est Ă  dĂ©plorer (le cinĂ©aste privilĂ©giant notamment parfois le hors-champs afin de ne pas sombrer dans la trivialitĂ©), Ballade Meurtrière est autant une Ă©preuve de force pour nous que pour les protagonistes constamment soumis Ă  la tare du sentiment d'impuissance sous un ciel crĂ©pusculaire magnifiquement Ă©clairĂ© afin de nous exacerber un sentiment malaisant que l'on rĂ©prouve. Pour ce faire, on peut autant compter sur le charisme patibulaire des 2 tueurs sanguinaires adoptant une posture Ă  la fois impassible et monolithique Ă  travers leur Ă©tat d'âme dĂ©nuĂ© de vergogne. Spoil ! Et ce Ă  travers leur prĂ©mĂ©ditation d'une vengeance froide que le spectateur comprendra du point de vue d'une des victimes au passĂ© pusillanime Fin du Spoil. Le duo Ă©minemment antipathique faisant preuve d'un flegme imperturbable Ă  travers leur tranquilles exactions putassières renforcĂ©es de l'animositĂ© de leurs regards viciĂ©s. Quant aux victimes frĂ©quemment molestĂ©es, brimĂ©es et humiliĂ©es, les comĂ©diens mĂ©connus du public français demeurent irrĂ©prochables dans leur posture dĂ©munie oĂą l'on ne cessera de nous suggĂ©rer: que ferions nous en pareille occasion ?


Maltraitance.
 
Angoissant et Ă©prouvant, tendu comme un arc et d'une dramaturgie escarpĂ©e dès son insupportable prologue expĂ©ditif (assurĂ©ment le moment le plus cruel du film), Ballade Meurtrière oscille climat suicidaire et dĂ©pressif derrière une mĂ©taphore sur une marginalisation meurtrie, traumatisĂ©e par un passĂ© galvaudĂ©. Anti ludique au possible, mĂŞme si 1 ou 2 moments avaient gagnĂ© Ă  ĂŞtre moins prĂ©visibles lors de son final mortifère pour autant dĂ©primant, Ballade Meurtrière distille un malaise rudement inconfortable sous l'impulsion d'une violence aride gratuite mĂŞme si le mobile vindicatif s'y instaure pour justifier ce dĂ©chainement primal. Comme quoi aucun mobile ne justifie de s'adonner Ă  l'auto-justice au risque d'y procrĂ©er un monstre asocial. 
Pour public averti 

mardi 11 janvier 2022

6 Minutes pour mourir / Fear Is the Key

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de Michael Tuchner. 1972. U.S.A. 1h43. Avec John Vernon, Barry Newman, Suzy Kendall

Sortie salles France: 13 Février 1975. Angleterre: 26 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Michael Tuchner est un rĂ©alkisateur, scĂ©nariste et producteur nĂ© le 24 Juin 1932 Ă  Berlin, Allemagne, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 FĂ©vrier 2017 en Angleterre. 1972: Six minutes pour mourir. 1971: Salaud. 1976 The Likely Lads. 1975 The Old Curiosity Shop. 1983: Meurtre Ă  Malte. Des rĂŞves de lendemain (TV Movie). 2000 Back to the Secret Garden.  1998SĂ©jour en enfer (TV Movie).  1997Remember WENN (TV Series) (1 episode). - The Importance of Being Betty (1997).  1995Hart to Hart: Two Harts in 3/4 Time (TV Movie).  1995Awake to Danger (TV Movie).  . 1994Good King Wenceslas (TV Movie).  1993La condamnation de Catherine Dodds (TV Movie).  1993The Rainbow Warrior (TV Movie).  199372 heures en enfer (TV Movie).  1992Sauvage . PrĂ©mĂ©ditation (TV Movie). 


Que voici une excellente sĂ©rie B ricaine dont j'ignorais l'existence alors qu'il s'agit d'un film culte sans doute trop mĂ©connu, mĂŞme auprès des afficionados du genre, et ce en dĂ©pit de la prĂ©sence iconique de Barry Newman (l'inoubliable anti-hĂ©ros de Point Limite Zero). D'ailleurs sur ce dernier point il est dommage que cet acteur aussi charismatique n'ai pu percer dans le milieu du cinĂ© d'action eu Ă©gard de sa filmo plutĂ´t discrète et timorĂ©e alors qu'il crève ici Ă  nouveau l'Ă©cran dans sa posture virile dĂ©terminĂ©e. Et si le pitch prometteur, dĂ©marre sur les chapeaux de roue avec une prise d'otage et la course poursuite qui s'ensuit entre flic et (potentiel) voyou, son ossature narrative opte d'une certaine manière pour un virage Ă  180° passĂ©es 30 minutes d'action effrĂ©nĂ©es remarquablement exĂ©cutĂ©es. Or, la qualitĂ© majeure de ce divertissement sans temps morts Ă©mane de cette charpente narrative aussi imprĂ©visible qu'originale (mĂŞme si on peut dĂ©plorer 1 ou 2 invraisemblances en faisant la fine bouche).


Et ce tout en tentant de nous surprendre jusqu'au dĂ©nouement maritime que les claustrophobes auront peine Ă  encaisser pour son enjeu de survie Ă  faible lueur d'espoir. Ainsi donc, fort d'une mise en scène solide et d'une plĂ©iade d'acteurs burinĂ©s irrĂ©prochables (dont la superbe actrice glamour Suzy Kendall), 6 minutes pour mourir (quel titre idoine prenant tout son sens lors des 6 ultimes minutes du rĂ©cit !) demeure une excellente surprise derrière sa facture vintage de film d'exploitation eu Ă©gard de sa première partie menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure. Qui plus est, et pour parfaire ce bijou des Seventies truffĂ© de rebondissements, revirements, inversement des rĂ´les et faux semblants, la partition musicale de Roy Budd ajoute une aura Jamesbondienne non nĂ©gligeable puisque aussi sĂ©duisante qu'envoĂ»tante. 


Remerciement Ă  Warning Zone pour sa superbe copie HD.
*Eric Binford

lundi 10 janvier 2022

Le Secret de Roan Inish. Prix de la critique internationale : Gerardmer 1996

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" Le Secret de Roan Inish " de John Sayles. 1994. Irlande. 1h43. Avec Jeni Courtney, Pat Slowey, Dave Duffy, Declan Hannigan, MairĂ©ad NĂ­ GhallchĂłir, Eugene McHugh, Tony Rubini 

Sortie salles France: 19 Mars 1997. U.S: 3 Février 1995

FILMOGRAPHIEJohn Sayles est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, monteur et producteur amĂ©ricain de films indĂ©pendants, nĂ© le 28 septembre 1950 Ă  Schenectady, New York. 1980 : Return of the Secaucus 7. 1983 : Lianna. 1983 : Baby it's you. 1984 : The Brother from Another Planet. 1987 : Matewan. 1988 : Les Coulisses de l'exploit. 1991 : City of Hope. 1992 : Passion Fish. 1994 : Le Secret de Roan Inish. 1996 : Lone Star. 1997 : Men with Guns. 1999 : Limbo. 2002 : Sunshine State. 2003 : Casa de los babys. 2004 : . Silver City. 2007 : Honeydripper. 2010 : Amigo. 2013 : Go for Sisters. 


Passé inaperçu lors de sa discrète sortie en salles, même si défendu en son temps par l'éditeur
Mad Movies
et hormis son Prix de la Critique Ă  GĂ©rardmer, Le Secret de Roan Inish est un magnifique conte Ă©cologique militant pour sa nature irlandaise et les phoques qui y coexistent paisiblement en harmonie. Ainsi, alors que la petite Fiona est hĂ©bergĂ©e par ses grands parents Ă  la suite du dĂ©cès de sa mère, elle fait l'improbable rencontre de son petit frère sur un berceau bateau disparu prĂ©alablement par les courants. Elle s'efforce donc de le ramener Ă  la maison de ses grands-parents, en vain. Quand bien mĂŞme ces derniers ne croient pas Ă  ses improbables dĂ©clarations fantaisistes. D'une candeur et d'une puretĂ© infinies auprès de son climat de quiĂ©tude auquel vivent de paisibles paysans parmi la compagnie des phoques et des volatiles, Le Secret de Roan Inish inonde son sensible rĂ©cit de poĂ©sies naturalistes dans une pudeur dĂ©pouillĂ©e. 


Tant et si bien que l'on observe l'Ă©veil existentiel de Fiona Ă  travers son regard pĂ©tri d'innocence que la jeune actrice Jeni Courtney transcende de son aplomb naturel. Celle-ci dĂ©gageant une maturitĂ© pour son jeune âge, une sagesse d'esprit et un amour innĂ© pour ceux la chĂ©rissant dans une valeur familiale forçant le respect. On peut Ă©galement rajouter que les seconds-rĂ´les adultes ne sont pas en reste alors que le bambin Jamie endossĂ© par Cillian Byrne nous bluffe de ses expressivitĂ©s mutiques spontanĂ©es. Le cinĂ©aste le dirigeant très habilement pour y radiographier son regard aisĂ© ou autrement craintif en faisant preuve de pudeur Ă  travers sa nuditĂ© requise. C'est dire si ce rĂ©cit contemplatif, Ă  la fois lĂ©nifiant et lumineux, est comme habitĂ© par une aura divine de par son climat fantastique Ă©thĂ©rĂ© planant sur chaque image. Et ce Ă  l'aide d'une beautĂ© naturaliste rĂ©confortante que l'on se familiarise en fantasmant pareille aubaine existentielle. Si bien que l'on peut parler d'hymne Ă  la vie paysanne Ă  travers le destin de ce couple du 3è âge fĂ©ru d'amour pour la mer et leur toit confectionnĂ© de leur propre main. Le Secret de Roan Inish militant tant de nobles valeurs humaines en insistant notamment sur la prĂ©servation des phoques douĂ©s ici de pouvoirs indicibles en Ă©troite communion avec les humains. 


BercĂ© de la fragile mĂ©lodie instrumentale de Mason Daring imprĂ©gnant ses images naturalistes d'une aura de plĂ©nitude, le Secret de Roan Inish est une invitation aux lĂ©gendes Ă©cossaises (celles des Selkies) transposĂ©es toutefois dans une archipel irlandaise. D'une beautĂ© Ă©purĂ©e tranquillement palpable d'après le point de vue candide d'une fillette pĂ©trie de nobles valeurs dans son instinct de puretĂ©, le secret de Roan Inish finit par bouleverser notre sensibilitĂ© pour la profonde tendresse impartie entre un frère et sa petite soeur. Et ce tout en comptant sur l'omniprĂ©sence si rassurante des phoques (la manière de les filmer est exemplaire pour cerner leur noble humanitĂ© !), guides spirituels nantis d'une autoritĂ© salvatrice selon leur choix et leur dĂ©cision car observant les humains avec une attention philanthrope. A ne pas rater. 

*Eric Binford
2èx vostf

Définition de Selkie
Les selkies sont des créatures imaginaires issues principalement du folklore des Shetland. Elles y sont décrites comme de superbes jeunes filles (ou assez exceptionnellement comme de beaux jeunes hommes) qui revêtent une peau de phoque, dans le but de se changer en cet animal marin et de plonger dans la mer.

vendredi 7 janvier 2022

L'Assassin a réservé 9 Fauteuils / L'assassino ha riservato nove poltrone

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de Giuseppe Bennati. 1974. Italie. 1h43. Avec Rosanna Schiaffino, Chris Avram, Eva Czemerys, Lucretia Love, Paola Senatore, Gaetano Russo, Andrea Scotti 

Sortie salles Italie: 21Mai 1974. InĂ©dit en salles en France. 

FILMOGRAPHIE: Giuseppe Bennati, nĂ© le 4 janvier 1921 Ă  Pitigliano dans la province de Grosseto et mort le 26 septembre 2006 Ă  Milan, est un rĂ©alisateur et metteur en scène italien. 1952 : Il microfono è vostro. 1953 : Marco la Bagarre. 1954 : OpĂ©ration de nuit. 1955 : Non scherzare con le donne. 1958 : La mina. 1958 : L'Ami du jaguar. 1960 : Les Fausses IngĂ©nues. 1961 : Congo vivo. 1970 : Marcovaldo (it), adaptation pour la tĂ©lĂ©vision de Marcovaldo d'Italo Calvino. 1974 : L'Assassin a rĂ©servĂ© 9 fauteuils. 

Quelle excellente surprise que ce Giallo inĂ©dit dans nos contrĂ©es que le Chat qui fume eut l'audacieuse idĂ©e d'exhumer de sa torpeur dans une copie HD irrĂ©prochable. Tant et si bien qu'en exploitant le mode du huis-clos gothique au sein d'un jeu du chat et de la souris entre victimes et tueurs, Giuseppe Bennati atmosphĂ©rise en diable sa scĂ©nographie flamboyante au sein d'un théâtre de tous les dangers. Les victimes communĂ©ment fĂ©lonnes, suspicieuses et Ă©peurĂ©es se soumettant Ă  un redoutable tueur masquĂ© lors de l'anniversaire de Patrick Davenant les ayant invitĂ© pour des raisons plutĂ´t Ă©quivoques. Visuellement sublime de par l'architecture baroque du théâtre mĂ©diĂ©val oĂą plane l'ombre du FantĂ´me de l'OpĂ©ra (le tueur est affublĂ© d'une cape et d'un masque grotesque en accourant tous azimuts), on songe Ă©galement Ă  Bloody Bird auquel Michele Soavi s'est (fort) probablement inspirĂ© tant les similitudes sont plutĂ´t nombreuses. Tant auprès du cadre théâtral magnifiquement stylisĂ©, de son schĂ©ma narratif itĂ©ratif (mais jamais rĂ©barbatif), des victimes chĂ©tives en perdition, de leur mort théâtrale substituĂ©e en mort rĂ©elle que de l'accoutrement du tueur passĂ© maĂ®tre dans l'art du camouflage en y piĂ©geant ses proies avec un sadisme transalpin symptomatique.

Et ce sans que le rĂ©alisateur, peu habituĂ© au genre (il s'agit de son unique incursion dans le giallo et l'horreur) ne cède Ă  l'outrance si bien que le hors-champs s'infiltre de temps Ă  autre. D'autre part, et selon mon jugement de valeur, la meilleure sĂ©quence de meurtre totalement suggĂ©rĂ©e (un poignard plantĂ© Ă  3 reprises dans le vagin d'une victime en catalepsie) demeure superbement impressionnante grâce Ă  l'habiletĂ© du montage alternant violence rigoureuse des coups et visage exorbitĂ© de la victime, accompagnĂ© de bruitages intensifiant ainsi la mise Ă  mort par son rĂ©alisme auditif. Et si le cheminement narratif s'avère somme toute simpliste, voir redondant (comptez un meurtre toutes les 15 minutes), la mise en scène très soignĂ©e de Giuseppe Bennati retient sans peine l'attention sous l'impulsion d'un cast Ă  la fois crĂ©dible et modestement distinguĂ©. Tant auprès de la beautĂ© des actrices italiennes communĂ©ment nĂ©vrosĂ©es (de vĂ©ritables dĂ©esses raffinĂ©es), de la virilitĂ© des acteurs Ă  la fois cyniques et interlopes que de son Ă©rotisme docile (une poignĂ©e de poitrines dĂ©nudĂ©s superbement filmĂ©es en intermittence et de langoureux baisers parfois mouillĂ©s) se disputant la mise entre saphisme, inceste (gros thème de l'intrigue !) et adultère. 

Pur film d'ambiance se permettant audacieusement d'y conjuguer horreur, giallo, Ă©rotisme, Ă©pouvante et fantastique quant au surprenant dĂ©nouement multipliant les rebondissements imprĂ©visibles, l'Assassin a rĂ©servĂ© 9 fauteuils (quel titre suprĂŞme ! ) demeure un divertissement Ă©purĂ© auprès de sa facture vintage Ă©tonnamment moderne. Tant et si bien qu'un demi-siècle plus tard, ce rutilant giallo (le rouge est magnifiquement mis en valeur Ă  travers le velours des tissus, des fibres et du sang tachetĂ©) resplendit de 1000 feux de par sa copie HD Ă  la fois granuleuse et immaculĂ©e. A dĂ©couvrir impĂ©rativement donc pour les afficionados d'horreur fastueuse.

*Eric Binford
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