lundi 7 octobre 2019
Le Jour de Gloire
de Jacques Besnard. 1976. France. 1h34. Avec Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris, Corinne Lahaye, Jacques Marin, Chantal Nobel, Hans Verner.
Sortie salles France: 8 Décembre 1976
FILMOGRAPHIE: Jacques Besnard est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 15 juillet 1929 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et mort le 9 novembre 2013 à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir). 1966 : Le Grand Restaurant. 1967 : Estouffade à la Caraïbe. 1967 : Le Fou du labo 4. 1972 : La Belle Affaire ou Les marginaux. 1974 : C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 1975 : La situation est grave... mais pas désespérée. 1976 : Le Jour de gloire. 1976 : Et si tu n'en veux pas ou Joëlle et Pauline. 1978 : Général... nous voilà ! 1982 : Te marre pas ... c'est pour rire ! 1984 : Allo Béatrice (TV). 1985 : Hôtel de police (TV). 1988 : La Belle Anglaise (TV). 1990 : Le Retour d'Arsène Lupin (1 épisode). 1992 : Feu Adrien Muset (TV). 1994 : Avanti, téléfilm.
En dépit de ses trop rares occasions d'éclats de rire égayant une trame linéaire faiblarde (durant l'occupation, des villageois de la commune de Saint-Laurent sont contraints d'accueillir les Allemands à la suite de l'explosion terroriste de leur pont, quand bien même le facteur Grégoire tentera de solliciter l'aide des américains), Le Jour de Gloire bénéficie pour autant d'un rythme soutenu et d'un attachant casting (Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris) pour trouver l'ensemble gentiment bonnard. A réserver toutefois à la génération 80 tant cette comédie franchouillarde surfant sur le filon de la Grande Vadrouille accuse le poids des années, alors qu'à l'époque elle cumula tout de même 1 991 801 entrées (12è au Box-Office).
*Bruno
2èx
vendredi 4 octobre 2019
Midsommar
de Ari Aster. 2019. U.S.A/Suède. 2h27. Avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper, Will Poulter, Julia Ragnarsson, Anna Åström.
Sortie salles France: 31 Juillet 2019 (Int - 12 ans avec avertissement)
FILMOGRAPHIE: Ari Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation. 2018: Hérédité. 2019: Midsommar.
Sortir de la projo d'un film aussi singulier que Midsommar et tenter de relater sur papier ses chaudes impressions relève d'une gageure tant le second long du surdoué Ari Aster m'a laissé en état de choc, de stupeur, de perplexité, de doute, de fascination, d'irritation, de désorientation, de malaise indicible, d'angoisse viscérale proche d'une drogue LSD. Un peu, beaucoup sonné, secoué, désarmé, amer, transi de fatigue morale, de par son aura anxiogène davantage dépressive, Midsommar demeure une expérience hallucinogène autour des rites d'une communauté païenne en harmonie/alchimie avec la nature et le sacrifice humain. Car à partir d'un pitch prévisible au schéma somme toute classique (durant leur villégiature une bande de jeunes touristes joue les anthropologues au sein d'une communauté hippie avant d'y être séquestrés, quand bien même la jeune fille qui les accompagne se remet difficilement de la mort de ses parents), Ari Aster plante lentement son décorum pour nous offrir une vraie proposition horrifique comme on en déniche rarement au sein du paysage cinématographique trop souvent formaté. Si bien qu'à travers son parti-pris fraîchement documenté, ce dernier s'efforce de capter, saisir, manipuler nos sens et nos émotions sous l'impulsion d'une pléthore d'images féeriques en contradiction avec les véritables agissements de cette communauté hérétique. Tant et si bien que son atmosphère malsaine, sous-jacente dans un premier temps, nous effleure subtilement les pores du visage afin de mieux nous ébranler ensuite vers sa progressive descente aux enfers dénuée de concession (et donc de happy-end).
Autant donc avertir les amateurs non initiés, Midsommar divisera et déconcertera sans doute une partie du public peu habité à ce genre d'expérience à la fois trouble, étrange, radicale, voire difficile d'accès selon les sensibilités. Et même si les fantasticophiles connaissent sur le bout des ongles le chef-d'oeuvre British de Robin Hardy, The Wicker Man auquel le film s'inspire sans JAMAIS le remaker, Midsommar parvient admirablement à imposer sa propre personnalité auprès de son brio expérimental à couper au rasoir ! Ainsi donc, en opposant les visions chocs de certaines scènes sanglantes ou autrement violentes parmi la présence limpide d'une communauté familiale accueillant ses hôtes avec un flegme paisible, Midsommar imprime un tel réalisme à l'écran naturaliste qu'il incommode le spectateur partagé entre l'interrogation, l'inexpliqué, le non-sens, la perplexité. Sa structure narrative cheminant autour des faits et gestes indécis de la vulnérable Dani en plein deuil parental et interrogation sentimentale, et donc facilement influençable (mais aussi terriblement expressive dans son malaise interne) pour se laisser voguer par cette communauté séculaire sous l'impulsion de drogues psychédéliques. Ari Aster jouant notamment à merveille avec la distorsion d'images qu'il manipule à sa guise tel un alchimiste de l'apocalypse afin de confronter le spectateur à une angoisse aussi bien cérébrale que viscérale, à l'instar d'un bad trip que l'on ne parvient pas à extraire en soi. Son climat florissant faussement tranquille ne cessant de nous titiller la curiosité avec une amertume davantage craintive. Si bien que plus l'intrigue fétide progresse, plus le danger s'y fait explicite à coup d'échanges de regards, de cris et de silence communément complices, et ce avant de nous commotionner avec une ultime représentation emphatique nous distillant des émotions bipolaires.
Cintré, incongru, primitif et dérangé alors que son climat solaire de douce sérénité festoie autour de sourires frétillants, entre chants communautaires et danses païennes, Midsommar n'a comme ultime ambition que d'y distiller un malaise tangible auprès de l'appréhension du spectateur immergé dans un cauchemar onirique d'une rigueur naturaliste eu égard de l'emprise sectaire jouant la fraternité avec un terrifiant aplomb commun. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette proposition horrifique venue d'ailleurs, Midsommar laisse dans une partie de notre encéphale une moisson d'images chocs sublimement mises en scène, notamment de par son souci du détail rituel opéré en toute tranquillité au sein d'un Eden démonial. A revoir d'urgence pour en saisir toute sa substance faisandée si bien que j'en étais ce soir à mon 2è Bad Trip autrement plus incommode, empoisonnant, asphyxiant.
Pour public averti si bien qu'il faut y être peut-être préparé afin d'apprécier à sa juste valeur l'expérience horrifiante évacuée de fioriture.
*Bruno.
jeudi 3 octobre 2019
La rose pourpre du Caire. César du Meilleur Film Etranger, 1986.
"The Purple Rose of Cairo" de Woody Allen. 1985. U.S.A. 1h22. Avec Mia Farrow, Jeff Daniels,
Danny Aiello, Dianne Wiest, Van Johnson, Zoe Caldwell, John Wood.
Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 1er Mars 1985.
FILMO: Woody Allen est un réalisateur américain, scénariste, acteur et humoriste américain, né le 1er décembre 1935 à New York.
“Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout.”
Qui n'a jamais rêvé un jour rencontrer en chair et en os sa star préférée du cinéma ? Mieux encore, et soyons donc plus fous ! Qui n'a jamais fantasmé pénétrer à l'intérieur de son film attitré ? Chef-d'oeuvre de féerie, d'humour et de romance jusqu'à plus soif, la Rose pourpre du Caire exauce nos souhaits les plus saugrenus à travers la chimère de la pellicule que Woody Allen met en exergue avec un sens onirique inusité ! Tant et si bien que certaines séquences hallucinées (les protagonistes du métrage en noir et blanc s'adressant au public et vice-versa, l'acteur principal s'extirpant de son film pour s'en aller rejoindre sa plus grande fan confinée dans la salle, quand bien même un peu plus tard cette dernière pénétrera à son tour en interne de la fiction) font peut-être partis des plus belles anthologies vécues sur une toile. Truffé d'invention, de drôlerie, de lyrisme, mais aussi entrecoupé de cruauté (si je me réfère surtout à sa radicale conclusion - pourtant censée - risquant d'en décevoir ou déprimer plus d'un !), la Rose pourpre du Caire donne le vertige, nous euphorise les sens sous l'impulsion de situations, quiproquos et revirements constamment imprévisibles. Si bien que sous couvert d'une romcom traitée durant l'obscure période de la crise de 29, Woody Allen nous prône une déclaration d'amour au cinéma à travers le regard ingénu d'une spectatrice avide de romance, de rêve et d'évasion, faute de sa condition d'exclusion. Car souffre-douleur tributaire de sa terne existence eu égard des maltraitances et de l'indifférence de son époux abusif, Cecilia, serveuse de bar empotée noyée dans ses pensées, s'immerge après le taf dans la chimère de son film favori afin d'oublier sa lamentable solitude.
Irradiant l'écran de sa chétive présence filiforme, Mia Farrow nous ensorcelle d'émotions à travers l'intensité de son regard d'enfant si bien que son âme semble s'extraire de son enveloppe (factice) d'actrice. Un personnage malingre trop vulnérable car plein de fragilité, de timidité, de doute et d'angoisse de par sa frêle tentative de survivre, d'oser se faire une place dans une société draconienne livrée au chômage, au sexisme, à l'égoïsme, l'austérité et le machisme. Mais au-delà de sa puissante réflexion sur notre rapport (si) intime avec la fiction ainsi que le pouvoir et la magie du cinéma égratignant au terme la naïveté des spectateurs les plus influençables, La Rose Pourpre du Caire inonde l'écran de gags cocasses où le merveilleux, la poésie, l'enchantement et la tendresse s'y chevauchent afin de nous imprimer l'une des plus incroyables romance vues sur l'écran. Si bien qu'en guise de persuasion et de cerise sur le gâteau, je ne peux oublier de saluer l'interprétation (binaire) de Jeff Daniels en acteur explorateur habité par la fougue amoureuse auprès de sa plus fidèle fan. Là aussi, à travers son regard exaltant plein d'innocence, de fantaisie, de gentille maladresse et de tendresse, Woody Allen nous scande un magnifique portrait d'aventurier franc-tireur de par sa soif de goûter à la véritable existence en s'extirpant du métrage de carton pâte ! Et ce avant de nous ramener à la brutalité de la réalité auprès du véritable acteur l'ayant ainsi conçu. J'ai nommé Gil Shepherd, dandy rupin finalement insidieux quant à sa crainte grandissante de voir sa carrière sombrer dans la négligence et la faillite.
“Tous les changements, mĂŞme les plus souhaitĂ©s, ont leur mĂ©lancolie.”
Courez donc (re)voir La Rose pourpre du Caire et pleurez à jamais dans les bras de la mélancolique et douce rêveuse Cecilia. L'un des personnages les plus élégiaques, attendrissants et bouleversants vus sur un écran de cinéma au point d'y révéler Mia Farrow emblème de l'amour...
P.S: Pour l'anecdote subsidiaire, il s'agit du film préféré de Woody Allen.
*Bruno
2èx
Box Office France: 1 842 700 Entrées
Récompenses:
1985 : BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario.
1985 : NYFCC Award du meilleur scénario.
1985 : Prix Léon Moussinac.
1986 : César du meilleur film étranger.
1986 : Bodil du meilleur film non européen.
1986 : BSFC Award du meilleur scénario.
1986 : Prix FIPRESCI du Festival de Cannes
1987 : Prix Mainichi du meilleur film en langue étrangère.
mardi 1 octobre 2019
Killer Klowns from outer space / Les Clowns tueurs venus d'ailleurs
Sortie salles U.S: 27 Mai 1988. France (uniquement en video): Mars 1991
FILMOGRAPHIE: Stephen Chiodo est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur américain, né le 2 Mars 1954 dans le Bronx à New York, USA. 1988: Les clowns tueurs venus d'ailleurs.
Film culte dans un format de sĂ©rie B bricolĂ©e, Killer Klowns from Outer Space demeure Ă ce jour l’unique rĂ©alisation de Stephen Chiodo - Ă©paulĂ© par ses deux frères, l’un au scĂ©nario, l’autre Ă la production. Et l’on peut vraiment dĂ©plorer qu’il n’ait pas percĂ© davantage dans le genre horrifique, tant il nous livre ici, sans jamais ĂŞtre avare d’idĂ©es vrillĂ©es, un jeu de massacre aussi fun que dĂ©bridĂ©.
Ă€ partir d’une intrigue linĂ©aire exploitant une Ă©nième invasion extra-terrestre - symptomatique des annĂ©es 50 - Killer Klowns joue la carte de la singularitĂ© Ă coups de tartes Ă la crème et de numĂ©ros de prestidigitateurs, qu’inquiĂ©tants clowns tumĂ©fiĂ©s exercent sur une population rurale en proie Ă la stupeur et Ă l’incomprĂ©hension. Sous leur volumineuse apparence, volontairement grotesque et dĂ©calĂ©e, ils provoquent autant la fascination qu’un malaise diffus, exultant dans l’exubĂ©rance sournoise, se gaussant de leurs victimes sans une once de clĂ©mence ni le moindre remords. Le tout renforcĂ© d’un rictus diablotin, d’une large dentition dĂ©manchĂ©e, et d’un gros nez rouge… qui dissimule pourtant leur point faible (effet de surprise garanti - mais chut).
Sardonique, donc, mais plaisamment cocasse et jamais malsain (le sang s’avère quasi absent de la pellicule), Killer Klowns compte sur l’enchaĂ®nement ininterrompu de ses exactions criminelles pour amuser un public venu assister Ă un numĂ©ro de cirque du 3e type. Ă€ l’instar de ses amples dĂ©cors en carton-pâte, tout droit sortis d’un dessin animĂ© psychĂ©dĂ©lique, tant et si bien que les victimes, dĂ©paysĂ©es par ce dĂ©dale futuriste, se laissent aisĂ©ment berner avant d’ĂŞtre ensevelies dans des cocons de barbe Ă papa - en guise de garde-manger.
De par sa formulation volontairement dĂ©complexĂ©e, friponne et grotesque, il est Ă©tonnant de constater que les comĂ©diens, sobrement attachants, ne sombrent jamais (ou si peu) dans le ridicule. Ils crĂ©ent un surprenant contraste, Ă©vitant la sĂ©rie Z de pacotille, que ce soit dans leur parcours de survie, leur condition de chair Ă pâtĂ© ou le pĂ©riple hĂ©roĂŻque d’un jeune couple s’efforçant d’alerter deux flics entĂŞtĂ©s.
01.10.19
28.03.03
lundi 30 septembre 2019
Nous irons tous au paradis
d'Yves Robert. 1977. France. 1h50. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Marthe Villalonga, Jenny Arasse, Christophe Bourseiller, Josiane Balasko
Sortie salles France: 9 Novembre 1977
FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.
Même si moins drôle, originale et réussie que son modèle (notamment auprès de sa mise en scène plus prosaïque et de ses dialogues moins ciselés), Nous irons tous au paradis est une excellente comédie romantique menée tambour battant par nos 4 lurons emportés par l'ivresse de l'amour et les tourments du deuil. L'intrigue se focalisant sur la filature prolongée d'Etienne persuadé que sa femme le trompe avec un inconnu à veste à carreau, quand bien même Daniel et Simon auront également une relation sentimentale avec leur nouvelle compagne. Outre les présences toujours aussi attachantes et décomplexées de Jean Rochefort, Claude Brasseur et Victor Lanoux, Guy Bedos tire son épingle du jeu en fils à maman toujours aussi irrité par sa présence envahissante (Marthe Villalonga irrésistible en matrone caractérielle d'un franc-parler dévastateur !). Si bien que ce dernier parvient également à un moment fortuit à susciter une empathie lors d'une sobre séquence dramatique à contre-emploi avec la légèreté du récit. Ainsi donc, à travers les thèmes de la jalousie, du mensonge, de la félonie et de la possessivité, Yves Robert nous emballe une comédie enlevée où l'infidélité peut parfois remédier à la routine comme le prouve le duo équivoque Etienne / Marthe. En guise de bonus subsidiaire, on reconnaîtra lors de 2 apparitions l'actrice Josiane Balasko à son plus jeune âge ainsi que les présences aussi furtives de Daniel Gélin et de Jean-Pierre Castaldi (irrésistible en mastard redresseur de tort).
*Bruno
3èx
vendredi 27 septembre 2019
Soleil Vert / Soylent Green. Grand Prix, Avoriaz 74.
de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.
Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)
FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.

Le pitch :
En 2022, l’avenir du monde vacille. Surpopulation, pollution, rĂ©chauffement climatique, famines et crise du logement prĂ©cipitent l’humanitĂ© vers une ultime alternative. Le Soleil Vert — ou bleu, ou rouge — dĂ©signe une tablette alimentaire synthĂ©tique Ă base de plancton, censĂ©e enrayer la famine. Mais derrière ce produit de consommation prolifique se dissimule un secret terrifiant. C’est ce que dĂ©couvrira, au pĂ©ril de sa vie, un flic obtus enquĂŞtant sur la mort suspecte d’un directeur de production.
Un an après Les Flics ne dorment pas la nuit, polar fiĂ©vreux, Richard Fleischer bascule vers la science-fiction et nous tend l’un des miroirs les plus glaçants du devenir de notre humanitĂ©, en s’inspirant d’un roman de Harry Harrison. OvationnĂ© au Festival d’Avoriaz, Soleil Vert rĂ©sonne aujourd’hui avec une acuitĂ© dĂ©rangeante par ses thĂ©matiques politiques, Ă©cologiques et sociales, portĂ©es par une intensitĂ© Ă©motionnelle inconsolable. Visionnaire dĂ©faitiste, Fleischer nous immerge dès le gĂ©nĂ©rique dans une atmosphère fuligineuse, dĂ©roulant via images d’archives le dĂ©veloppement industriel des mĂ©galopoles, de l’aube du XXe siècle jusqu’Ă notre Ă©poque. Un flot d’instantanĂ©s blafards, insalubres, claustrophobes, dĂ©versant leur fatalisme : surpopulation et pollution en lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence.

Cette prophĂ©tie d’entrĂ©e est exacerbĂ©e par la partition mĂ©lancolique de Fred Myrow, qui souligne l’Ă©chec de dirigeants prĂ©occupĂ©s par leurs profits plutĂ´t que par le salut de la planète. Parmi les foules pressĂ©es dans des citĂ©s dĂ©labrĂ©es, Soleil Vert happe d’emblĂ©e Ă la gorge, son esthĂ©tique cauchemardesque saisissant le spectateur par sa cruditĂ© sensorielle. Sous couvert d’une enquĂŞte criminelle feutrĂ©e, le film explore la routine morne de Robert Thorn, flic opiniâtre partageant son appartement avec le vieux Sol Roth, jusqu’Ă ce que l’un et l’autre lèvent le voile sur une machination inavouable. Avec une sobriĂ©tĂ© brutale, Fleischer dessine un New York diaphane, suffocant, filtrĂ© d’un vert maladif, et provoque un effroi tant moral que viscĂ©ral.
Au cĹ“ur de ce cauchemar, une scène : celle, Ă©difiante, oĂą Sol offre Ă son jeune acolyte la possibilitĂ© de goĂ»ter aux plaisirs d’antan. Une feuille de salade, quelques tomates juteuses, une tranche de bĹ“uf, une pomme rouge. Leur complicitĂ© douce-amère, tissĂ©e de regards affamĂ©s, exhale une Ă©motion aigre, poignante, face Ă la mĂ©moire d’un monde rĂ©volu oĂą manger avait encore un goĂ»t de fertilitĂ©. Cette scène, improvisĂ©e Ă la demande de Charlton Heston et Edward G. Robinson, n’en est que plus bouleversante dans son humanitĂ©.
Plus engagĂ© que jamais, Fleischer lance un cri d’alarme Ă©colo, et frappe juste. Son avenir caniculaire est despotique et phallocrate. Les femmes sont battues, rĂ©duites Ă l’Ă©tat de « mobilier », objets de location. Les pauvres s’entassent sur les marches et dans les Ă©glises, privĂ©s de sommeil, d’avenir. Les forces de l’ordre, impitoyables, ramassent les contestataires Ă la pelleteuse pour les entasser dans des camions-bennes comme du bĂ©tail. Pendant ce temps, les Ă©lites jouissent dans leurs pavillons climatisĂ©s : eau chaude, nourriture, alcool, sexe, hygiène Ă volontĂ©. Quant Ă la faune et Ă la flore, elles ne subsistent plus que dans les souvenirs tremblants des anciens, quand ils ne prĂ©fèrent pas le suicide Ă la dĂ©sillusion.
Éprouvant, malsain, sans échappatoire, Soleil Vert nous laisse hébétés, exsangues, comme après une commotion cérébrale.
*Bruno27.09.19. 4èx
26.07.11. 240 v
Récompenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.
Note: Edward G. Robinson, qui venait de clôturer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongé par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'était pas encore présenté au public.
jeudi 26 septembre 2019
Un Eléphant ça trompe énormément
de Yves Robert. 1976. France. 1h48. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Anny Duperey, Martine Sarcey, Marthe Villalonga.
Sortie salles France: 22 Septembre 1976
FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.
"Chaque minute de ce film porte en lui sa recette miracle, un visage de jeunesse éternelle."
7è au Box-office chez nous avec 2 925 868 entrées, Un Eléphant ça trompe énormément n'a point à rougir de son succès public (mais aussi critique), de par le talent fripon d'Yves Robert imprimant sa personnalité avec une liberté de ton galvanisante. Car prenant pour thèmes l'amitié, la jalousie, l'adultère et le désir (irrépressible) de séduire du point de vue d'une crise de quarantaine, Un Eléphant ça trompe énormément enchaîne bévues, stratégies et quiproquos déjantés à travers une moisson de sketchs souvent irrésistibles de drôlerie ou de cocasserie. Tant auprès de la gestuelle des acteurs s'en donnant à coeur joie dans leur mimique facétieuse que de l'originalité des circonstances de drague parmi l'inoubliable clin d'oeil à 7 ans de Réflexion. Car sans jamais juger ses personnages pour autant hypocrites, égoïstes, machistes, menteurs et séducteurs, principalement si je me réfère au personnage central de Jean Rocheford en dandy (volontairement) vaniteux car promptement amoureux d'une inconnue en robe rouge, Yves Robert dresse les portraits plein de vitalité et de désordre d'une bande de copains plongés dans la cacophonie à entretenir ou à se réapproprier l'amour à travers leurs postures indécises, rêveuses, décomplexées.
Comédie romantique donc baignant dans une subtile tendresse au rythme de la partition gracile de Vladimir Cosma et de dialogues pleins de poésie, Un Eléphant ça trompe énormément parvient à traverser le temps de par sa singularité (et son audace) à traiter des relations amoureuses homme / femme avec une ambiguïté parfois poignante (telle ce plan inoubliable où l'épouse d'Etienne, non dupe de la tromperie, aperçoit avec stupeur son mari à la TV, entre expressions dichotomiques de rires et de larmes !). Bien entendu, outre l'étonnante fantaisie qui se dégage de la plupart des séquences les plus mémorables et impromptues (le final confiné du haut d'un immeuble s'avère littéralement anthologique dans sa circonstance d'adultère aussi grotesque que débridée !); on peut évidemment applaudir la spontanéité commune de Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux jouant la bande de potes indéfectibles avec une fringance aussi bien touchante qu'exaltée.
Beaucoup plus intelligent et fin qu'il n'y parait de prime abord, Un Eléphant ça trompe énormément évolue de manière fréquemment surprenante en se raillant avec gentillesse, tendresse, respect de l'amour conjugal au gré des portraits perplexes de quadras en proie à l'aventure et au doute dans leur désir de plaire. Ainsi, à travers ses portraits caustiques plein d'humanisme et de contradiction morale y émanent un moment de cinéma inoxydable qu'Yves Robert est parvenu à transcender, tant auprès de l'impulsion de son casting 4 étoiles que de sa personnalité affranchie.
*Bruno
3èx
mercredi 25 septembre 2019
Crawl
d'Alexandre Aja. 2019. U.S.A. 1h27. Avec Kaya Scodelario, Tina Pribicevic, Barry Pepper, Ross Anderson, Anson Boon, George Somner.
Sortie salles France: 24 Juillet 2019
FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 7 Août 1978 à Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns. 2016: La Neuvième Vie de Louis Drax. 2019: Crawl.
Sorti en salles durant l'été, période à point nommé afin d'accueillir en bonne et due forme ce drive-in movie, Crawl transpire le spectacle du samedi soir avec une générosité et une sincérité forçant le respect. Car autour d'un concept de survie aquatique, l'intrigue simpliste a beau exploiter certaines grosses ficelles (la fille, experte en natation, usera donc de ses talents de nageuse émérite pour dépasser ses limites en affrontant les alligators), clichés (le toutou débonnaire au sort inévitablement fructueux - et perso, je ne m'en plains aucunement !-) et invraisemblances (les diverses mutilations que notre duo héroïque encaisse avec une résilience trop stoïque pour être honnête), Crawl nous agrippe à la gorge de par son réalisme éprouvant renforcé d'effets numériques aussi bluffants qu'irréprochables. Tant auprès des reptiles mastards plus vrais que nature dans leur mobilité véloce et leur férocité tranchée, que de l'ouragan diluvien qu'Alexandre Aja exploite en mode catastrophe avec une intensité vertigineuse. Bref, on y croit dur comme fer à ce que l'on assiste à l'écran !
Tant et si bien que son climat tempétueux demeure aussi hostile, ombrageux et fascinant que les alligators sur le qui-vive à surveiller leurs proies planquées dans la pénombre d'une cave. Ainsi, à travers sa scénographie résolument atmosphérique (tant en extérieur naturel - sublimement éclairé afin de contraster les nuages grisonnants - qu'en interne domestique), Aja nous immerge dans une descente aux enfers (celle de la cave puis les pièces du domicile familial) auquel un père et sa fille y ont malencontreusement trouvé refuge. Exploitant brillamment la gestion de l'espace à travers un cadre exigu à la fois anxiogène et étouffant (la cave dans un 1er temps), Aja relance efficacement l'action homérique à travers la disparité de ses décors opaques humectés par la montée des eaux, puis ceux décharnés quant au dernier acte situé en interne d'une bâtisse réduite en lambeaux. Sans se laisser influencer par la facilité des mises à morts gratuites et outrancières (façon Vendredi 13), Aja s'avère pour autant intelligemment généreux et impitoyable lorsqu'il s'agit de chorégraphier des séquences chocs redoutablement percutantes. Si bien que le spectateur calfeutré au siège s'avère aussi fasciné qu'épeuré à craindre les nouvelles éventuelles apparitions des alligators sournois prêts à alpaguer leurs victimes (de second plan) souvent démunies.
B movie horrifique mené de main de maître par un amoureux du genre Alexandre Aja réinvente donc le film de croco dans sa faculté innée de donner chair autant à ses lézards géants qu'à ses personnages auquel les comédiens, non familiers du public, s'avèrent sobrement convaincants dans leurs expressions d'appréhension, de vaillance et de cohésion (l'intrigue évoluant notamment vers une réconciliation parentale). Oscillant suspense tendu autour de frénétiques estocades non exemptes d'intensité dramatique, Crawl se décline en divertissement décoiffant en dépit de facilités rapidement occultées grâce à l'éminent savoir-faire de l'auteur.
*Bruno
mardi 24 septembre 2019
FX, Effets de Choc
de Robert Mandel. 1986. U.S.A. 1h48. Avec Bryan Brown, Brian Dennehy, Cliff De Young, Mason Adams, Diane Venora, Jerry Orbach
Sortie salles France: 13 Août 1986
FILMOGRAPHIE: Robert Mandel est un réalisateur et producteur américain né en Californie. 1981 : Nights at O'Rear's. 1983 : Independence Day. 1983 : Andrea's Story: A Hitchhiking Tragedy (TV). 1984 : Welcome Home, Jellybean (TV). 1986 : F/X, effets de choc (F/X). 1986 : Touch and Go. 1987 : Big Shots. 1989 : Pas de répit sur planète Terre (série télévisée). 1989 : Témoin à tuer (TV). 1991 : La Maison hantée (TV). 1992 : La Différence. 1995 : Kansas (TV). 1996 : Special Report: Journey to Mars (TV). 1996 : The Substitute. 1997 : The Practice : Bobby Donnell et Associés (série télévisée). 2000 : Sans laisser de trace (Thin Air) (TV). 2001 : WW3 (TV). 2001 : Hysteria: The Def Leppard Story (TV). 2002 : A Season on the Brink (TV). 2002 : La Vie secrète de Zoé (TV). 2005 : Prison Break (série télévisée).
Série B ludique tirant parti de son concept aussi original que couillu (Tyler, expert en effets-spéciaux, accepte de feindre la mort d'un mafieux avant de se retrouver impliqué dans une machination), FX Effet de choc s'avère plutôt haletant dans sa moisson de péripéties spectaculaires, à l'instar d'une course poursuite automobile en centre urbain ou encore de la traque infernale que le héros endure au grand dam de victimes collatérales. Car sous le modèle connu du survival puis de l'auto-justice qui s'ensuit auprès de cette victime bouc émissaire, Fx Effet de choc assure le spectacle du samedi soir de par la posture retorse de celui-ci à parfaire le simulacre afin de compromettre une corruption policière. Pour ce faire, fort de son charisme fraîchement à la fois avenant et guilleret, et de sa force d'expression pugnace (notamment lors d'un corps à corps teigneux avec un tueur au sein de son appartement), Bryan Brown imprime une insolence payante en technicien passé maître dans l'art de duper ses ennemis parmi l'artillerie de gadgets novateurs. En lieutenant discrédité par sa hiérarchie policière, Brian Dennehy lui partage la vedette avec une force tranquille assez sereine à travers son investigation singulière culminant vers une filature fructueuse, notamment si je me réfère à l'audace de son épilogue gentiment amoral.
Sans être exceptionnel, et en dépit du côté parfois désuet des gadgets que le héros amorce avec une assurance davantage gouailleuse, Fx Effet de choc se décline en divertissement bonnard sous l'impulsion d'une action éclectique et d'attachants personnages jouant le jeu de la survie avec un héroïsme palpitant. D'ailleurs le film se soldera par un certain succès d'estime si bien qu'une séquelle (moins efficace) verra le jour en 1991 sous la houlette de Richard Franklin, quand bien même une série TV dérivée du diptyque durera deux saisons 5 ans plus tard.
*Bruno
2èx
Anecdote subsidiaire: FX est produit par Dodi Al-Fayed connu pour sa relation avec Lady Di avec qui il trouva la mort lors d'un accident de voiture le 31 août 1997 à Paris
lundi 23 septembre 2019
L'Eté en pente douce
de Gérard Krawczyk. 1987. France. 1h40. Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Jean-Paul Lilienfeld, Jacques Mathou, Claude Chabrol.
Sortie salles France: 29 Avril 1987
FILMOGRAPHIE: Gérard Krawczyk est un réalisateur, acteur et scénariste de cinéma français d'origine polonaise, né à Paris le 17 mai 1953. 1986 : Je hais les acteurs. 1987 : L'Été en pente douce. 1997 : Héroïnes. 2000 : Taxi 2. 2001 : Wasabi. 2003 : Taxi 3. 2003 : Fanfan la Tulipe. 2005 : La vie est à nous ! 2007 : Taxi 4. 2007 : L'Auberge rouge. 2016 : Magic 7
"C'est la nature".
PortĂ© par la tornade sexuelle Pauline Lafont (disparue tragiquement Ă 25 ans), L'ÉtĂ© en pente douce (quel joli titre) s’embrase de sa prĂ©sence iconique. Pin-up solaire, elle attise la convoitise des villageois depuis que Fane l’a recueillie chez lui, aux cĂ´tĂ©s de son frère dĂ©ficient. DĂ©sireux de prouver qu’il n’est pas un ratĂ©, Fane se lance dans l’Ă©criture d’un livre et projette d’Ă©pouser Lilas, malgrĂ© l’hostilitĂ© de Voke, garagiste cupide bien dĂ©cidĂ© Ă racheter sa maison.
Souvent associĂ© Ă un cinĂ©ma populaire aux ambitions modestes (Taxi 2/3/4, Wasabi, L’Auberge Rouge), GĂ©rard Krawczyk signe ici son film le plus habitĂ©. PortĂ© par un casting aux petits oignons - Jean-Pierre Bacri, bourru et tranchant, Jacques Villeret d’une touchante naĂŻvetĂ© plus vraie que nature, Guy Marchand en prĂ©dateur hâbleur - le film fait oublier leurs visages familiers pour les fondre dans un dĂ©cor provincial Ă©crasĂ© de soleil, quasi irrĂ©el, notamment par ces accents de western italien.
Le rĂ©cit contemplatif trouve sa force dans son ancrage au quotidien. Fane, Lilas et Maurice tentent tant bien que mal de bâtir une vie commune, fragile, bricolĂ©e, sous le regard hostile d’un voisinage prompt Ă juger cette Ă©trangère trop belle, trop libre. Le film prend le temps de respirer. Il observe, il laisse exprimer ses personnages paumĂ©s, jusqu’Ă faire naĂ®tre une Ă©motion fragile sous-jacente.
Et au centre, Pauline Lafont. Sans jamais forcer, elle impose une prĂ©sence magnĂ©tique. Derrière la sensualitĂ© Ă©vidente affleure une fragilitĂ© troublante, un manque d’assurance qui la rapproche instinctivement d’une figure Ă la Marilyn Monroe. Femme-enfant Ă la moue boudeuse, elle capte le regard autant qu’elle semble vouloir s’y soustraire. Puis, peu Ă peu, quelque chose change. Une rĂ©volte sourde, une affirmation fragile. Une manière d’exister autrement que dans le dĂ©sir des autres. Elle devient versatile car davantage dĂ©rangĂ©e par ces regards Ă la fois gouailleurs et rĂ©probateurs.
L’intrigue, simple, importe finalement peu. Tout se joue dans cette matière sensible : les corps qui transpirent, les silences rĂŞveurs, les regards mĂ©lancoliques. Dans cette alchimie Ă©trange entre humour, marginalitĂ© et tendresse, mĂŞme lorsque le film flirte avec des zones plus dĂ©rangeantes (ce fameux coĂŻt entre 2 personnages).
Soutenu par une partition Ă l’harmonica, douce et discrète, le film installe un climat presque suspendu. Comme si cette chronique rurale glissait lentement vers une forme d’irrĂ©alitĂ©. Entre chaleur Ă©crasante et dĂ©sirs inavouĂ©s, ce trio tente de prĂ©server un fragile Ă©quilibre, constamment menacĂ© par l’extĂ©rieur machiste. Attachant, dĂ©routant, traversĂ© d’un Ă©rotisme diffus face Ă la nuditĂ© de Pauline, L'ÉtĂ© en pente douce surprend par la dĂ©licatesse de son Ă©motion. Une romance fissurĂ©e, faite de tendresse et de dĂ©sespoir, sous le soleil brĂ»lant de la Haute-Garonne. Avec, au bout du compte, cette impression persistante d’avoir effleurĂ© un cinĂ©ma français Ă part. Discret, sensuel, profondĂ©ment marquĂ© par une Ă©tincelle qu’on n’oublie pas: Pauline Lafont.
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Box Office France: 785 791 entrées
INFO WIKIPEDIA concernant les circonstances du décès accidentel de Pauline Laffont:
Pauline Lafont meurt accidentellement en aoĂ»t 1988 au cours d'une randonnĂ©e solitaire, après avoir chutĂ© d'un pic haut d'une dizaine de mètres au lieu-dit « l'Adrech », situĂ© dans la commune de Gabriac dans les CĂ©vennes. Elle passait alors des vacances avec son frère aĂ®nĂ© dans la maison familiale de La Serre du Pomaret, ancienne magnanerie et demeure familiale de Bernadette Lafont, dans la commune de Saint-AndrĂ©-de-Valborgne. Alors qu'elle est partie seule le 11 aoĂ»t pour une randonnĂ©e pĂ©destre, sa famille a pensĂ© qu'elle reviendrait pour le festival de Suisse oĂą elle devait recevoir un prix. Sa mère Bernadette Lafont donne l'alerte en fin d'après-midi. Pendant deux jours, 20 gendarmes, un hĂ©licoptère et 40 pompiers battent la campagne. Son corps, presque rĂ©duit Ă l'Ă©tat de squelette, est retrouvĂ© par un agriculteur, au fond du ravin au lieu-dit l'Adrech sur la commune de Gabriac, le 21 novembre 1988, soit plus de trois mois après sa disparition et malgrĂ© de nombreuses recherches effectuĂ©es par son frère, l'armĂ©e et la police, qui entend une centaine de personnes après une plainte contre X dĂ©posĂ©e par le frère de Pauline le 16 aoĂ»t pour « arrestation arbitraire et sĂ©questration ». Elle est alors identifiĂ©e par sa bague et sa denture. L'autopsie a dĂ©montrĂ© qu'elle a fait une chute de 10 mètres et est morte sur le coup.
Entre le moment de sa disparition et la dĂ©couverte de son corps, de nombreuses rumeurs ont circulĂ© (retraite en couvent, fugue en Chine, entrĂ©e dans une secte, suicide consĂ©cutif Ă une dĂ©pression Ă la suite d'une rupture amoureuse et d'une cure d'amaigrissement) et des tĂ©moins ont affirmĂ© l'avoir vue. Mi-novembre 1988, Guillaume Durand affirmera mĂŞme en direct lors du journal de 20 h de la chaĂ®ne La Cinq qu'il a « des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante », après avoir reçu des informations d'un interlocuteur anonyme selon lesquelles « Pauline dĂ©sirait prendre du recul [et qu']elle sortira[it] de sa cachette dans quelques semaines », dĂ©claration pour laquelle il s'excusera Ă plusieurs reprises auprès de sa mère Bernadette Lafont.
vendredi 20 septembre 2019
Insomnies. Prix du jury, Gerardmer 2001.
"Chasing Sleep" de Michael Walker. 2000. U.S.A. 1h44. Avec Jeff Daniels, Emily Bergl, Gil Bellows, Zach Grenier, Ben Shenkman, Molly Price.
Sortie salles France: 16 Mai 2001
FILMOGRAPHIE: Michael Walker est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain. 2018: Paint (TV Movie). 2017: Cut Shoot Kill. 2013: The Maid's Room. 2012: Price Check. 2000: Insomnies.
Huis clos intimiste feutré auprès de la solitude d'un insomniaque contrarié par la disparition de son épouse, Insomnies joue la carte du suspense hitchcockien sous le pilier d'un climat de malaise subtilement perméable. Car véritable descente aux enfers morale du point de vue d'un professeur en littérature égaré dans les affres de sa psychose et de sa paranoïa depuis sa déroute conjugale, Insomnies fait presque office de modèle de mise en scène, de par son intelligence de la suggestion à laisser planer le doute quant à l'éventuelle culpabilité de ce dernier et la potentielle survie de son épouse. Ainsi, si le spectateur attentif à ses faits et gestes redoute le pire dès le début par le biais d'(éventuelles) indices et hallucinations aussi nonsensiques que dérangeantes, Michael Walker (dont il s'agit de son premier essai) parvient à nous immerger dans son esprit névrosé au gré d'incidents quotidiens où réalité et illusion sont en fusion. Notamment en jouant sur l'apparition de brèches opaques (un orifice dans le mur qui ira grandissant, un autre au plafond) et sur l'élément naturel de l'eau, quasi omniprésente à l'écran (on comprendra plus tard pourquoi !), lorsque Ed s'efforce, tel un forcené, de déboucher sa cuvette de WC puis celle de sa baignoire.
Remarquablement dirigé à travers son casting irréprochable, Michael Walker renoue encore avec le talent d'Hitchcock quant aux diverses inimitiés psychologiques qu'Ed encaissera auprès de l'amant de son épouse, d'une étudiante amoureuse (on craint d'ailleurs pour son sort sans jamais y connaître l'issue d'une certaine manière !), d'un médecin et surtout de la police en quête d'indices fructueux. Ainsi, durant 1h44, nous assistons impuissants, et de manière toujours plus précaire et nauséeuse (à l'instar de l'effet de surprise aussi grotesque que terrifiant du nouveau-né tuméfié), à sa lente dégénérescence morale avec une appréhension finalement exponentielle quant au dénouement redouté. Eclairé d'une photo blafarde afin de mettre en exergue la pâleur de ses décors domestiques dénués de chaleur car humidifiés par l'eau environnante, Insomnies confine au malaise cérébral, et ce jusqu'au vertige sensoriel. Pour ce faire, on peut autant compter sur le jeu subtilement ambigu du monstre sacré Jeff Daniels insufflant face aux divers témoins des sentiments d'inquiétude et de contrariété étonnamment placides de par sa force tranquille à leur persuader qu'il est un époux réfléchi et équilibré, sans doute saint d'esprit.
Cauchemar paranoïde où plane (sans jamais les plagier) les ombres d'Hitchcock, Lynch et Polanski de par sa faculté à instiller un climat de malaise dépressif que le spectateur ne peut évincer, Insomnies fait honorablement appel au drame psychologique à travers le profil chétif d'un insomniaque martyrisé par l'épuisement dans les arcanes de sa psyché influençable. Si bien que se contredisent sans répit de par sa crainte d'affronter la vérité, impuissance (morale et sexuelle), remise en question, doute et remord. Une perle du genre psychotique à (re)découvrir d'urgence !
*Bruno
2èx
jeudi 19 septembre 2019
L' Animal
de Claude Zidi. 1977. France. 1h40. Avec Jean-Paul Belmondo, Raquel Welch, Charles Gérard, Julien Guiomar, Aldo Maccione, Dany Saval, Raymond Gérôme, Henri Génès, Jane Birkin, Johnny Hallyday, Claude Chabrol, Yves Mourousi, Mario David, Jacques Alric, Henri Attal, Josiane Balasko, Maurice Auzel, Maurice Bénichou.
Sortie salles France: 5 Octobre 1977
FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.
*Bruno
2èx
mercredi 18 septembre 2019
Diabolo Menthe. Prix Louis-Delluc 1977
de Diane Kurys. 1977. France. 1h41. Avec Éléonore Klarwein, Odile Michel, Anouk Ferjac, Michel Puterflam, Yves Rénier, Robert Rimbaud, Marie-Véronique Maurin.
Sortie salles France: 14 Décembre 1977
FILMOGRAPHIE: Diane Kurys est une réalisatrice, scénariste, actrice et productrice française, née le 3 décembre 1948 à Lyon (France). 1977 : Diabolo menthe. 1980 : Cocktail Molotov. 1983 : Coup de foudre. 1987 : Un homme amoureux. 1990 : La Baule-les-Pins. 1991 : Après l'amour. 1994 : À la folie. 1999 : Les Enfants du siècle. 2003 : Je reste ! 2005 : L'Anniversaire. 2008 : Sagan. 2013 : Pour une femme. 2015 : Arrête ton cinéma ! 2018 : Ma mère est folle.
Evocation pleine de bruit et de pudeur de la crise adolescente à travers la génération 60, Diabolo Menthe conquit le coeur du public avec ses 3 013 638 entrées, quand bien même la critique lui décerna le Prix Louis-Delluc dès sa sortie. Car retraçant la quotidienneté scolaire, familiale puis sentimentale de deux soeurs aux caractères contradictoires, Diabolo Menthe touche juste dans sa modeste émotion aussi délicate que fragile eu égard du profil de la soeur cadette (magnifiquement incarnée par la douceur de miel Éléonore Klarwein) en proie à la curiosité de par son désir d'affirmation et d'expériences nouvelles. Passionnant, touchant, poétique, voir parfois même poignant, ce Teen movie auteurisant se feuillette à l'instar d'un album souvenir, dans la mesure où Diane Kurys enchaîne les situations iconiques avec un réalisme proche du docu-vérité. Tant et si bien que le spectateur contemplatif à sa scénographie sociale (contexte historique à l'appui avec la mort de Kennedy, l'antisémitisme, le communisme, le racisme et la montée de la révolte étudiante à l'orée du mouvement contestataire de 68) se remémore instinctivement ses propres réminiscences juvéniles.
Tant auprès des chahuts en classe générés chez les profs les plus vulnérables, des punitions collectives instaurées par d'autres profs tyranniques, des cours léthargiques, des confidences entres meilleures amies, des premiers flirts dans la cour de récré, du chapardage d'un parfum dans une échoppe parisienne, du premier bal de promo, d'une pièce de théâtre en herbe, d'un baiser interdit auprès d'un prof équivoque, des photos de vacances que l'on se remémore dans l'intimité, que de la solitude existentielle d'une ado pubère en quête d'idéalisme. Sur ce dernier point, Diane Kurys radiographie avec une rare sincérité le sensible portrait d'Anna (la soeur cadette fureteuse) à travers sa fragilité d'expression qu'Eléonore Klarwein nous imprime à l'écran avec une désarmante pudeur émotive. Car c'est par l'intensité de son regard attentif, soucieux, indiscret que l'intrigue se tisse lorsque Anna, influencé par sa soeur aînée (autoritaire) et ses condisciples, se résout à s'initier à l'émancipation au grand dam de sa maman conservatrice et du père divorcé.
"Le rêve est nécessaire quand s'achève à jamais le temps de l'adolescence."
De par sa poignante sincérité que la réalisatrice néophyte parvient à nous communiquer à travers le thème universel du difficile passage à l'âge adulte, Diabolo Menthe touche au coeur avec un réalisme social toujours d'actualité, si bien que le temps ne peut en altérer sa puissance nostalgique.
*Bruno

































