lundi 7 octobre 2019

Le Jour de Gloire

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jacques Besnard. 1976. France. 1h34. Avec Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris, Corinne Lahaye, Jacques Marin, Chantal Nobel, Hans Verner.

Sortie salles France: 8 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Jacques Besnard est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 15 juillet 1929 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et mort le 9 novembre 2013 à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir). 1966 : Le Grand Restaurant. 1967 : Estouffade à la Caraïbe. 1967 : Le Fou du labo 4. 1972 : La Belle Affaire ou Les marginaux. 1974 : C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 1975 : La situation est grave... mais pas désespérée. 1976 : Le Jour de gloire. 1976 : Et si tu n'en veux pas ou Joëlle et Pauline. 1978 : Général... nous voilà ! 1982 : Te marre pas ... c'est pour rire ! 1984 : Allo Béatrice (TV). 1985 : Hôtel de police (TV). 1988 : La Belle Anglaise (TV). 1990 : Le Retour d'Arsène Lupin (1 épisode). 1992 : Feu Adrien Muset (TV). 1994 : Avanti, téléfilm.


En dĂ©pit de ses trop rares occasions d'Ă©clats de rire Ă©gayant une trame linĂ©aire faiblarde (durant l'occupation, des villageois de la commune de Saint-Laurent sont contraints d'accueillir les Allemands Ă  la suite de l'explosion terroriste de leur pont, quand bien mĂŞme le facteur GrĂ©goire tentera de solliciter l'aide des amĂ©ricains), Le Jour de Gloire bĂ©nĂ©ficie pour autant d'un rythme soutenu et d'un attachant casting (Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris) pour trouver l'ensemble gentiment bonnard. A rĂ©server toutefois Ă  la gĂ©nĂ©ration 80 tant cette comĂ©die franchouillarde surfant sur le filon de la Grande Vadrouille accuse le poids des annĂ©es, alors qu'Ă  l'Ă©poque elle cumula tout de mĂŞme 1 991 801 entrĂ©es (12è au Box-Office).

*Bruno
2èx

vendredi 4 octobre 2019

Midsommar

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ari Aster. 2019. U.S.A/Suède. 2h27. Avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper, Will Poulter, Julia Ragnarsson, Anna Ă…ström.

Sortie salles France: 31 Juillet 2019 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIE: Ari Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation. 2018: Hérédité. 2019: Midsommar.


Sortir de la projo d'un film aussi singulier que Midsommar et tenter de relater sur papier ses chaudes impressions relève d'une gageure tant le second long du surdouĂ© Ari Aster m'a laissĂ© en Ă©tat de choc, de stupeur, de perplexitĂ©, de doute, de fascination, d'irritation, de dĂ©sorientation, de malaise indicible, d'angoisse viscĂ©rale proche d'une drogue LSD. Un peu, beaucoup sonnĂ©, secouĂ©, dĂ©sarmĂ©, amer, transi de fatigue morale, de par son aura anxiogène davantage dĂ©pressive, Midsommar demeure une expĂ©rience hallucinogène autour des rites d'une communautĂ© paĂŻenne en harmonie/alchimie avec la nature et le sacrifice humain. Car Ă  partir d'un pitch prĂ©visible au schĂ©ma somme toute classique (durant leur villĂ©giature une bande de jeunes touristes joue les anthropologues au sein d'une communautĂ© hippie avant d'y ĂŞtre sĂ©questrĂ©s, quand bien mĂŞme la jeune fille qui les accompagne se remet difficilement de la mort de ses parents), Ari Aster plante lentement son dĂ©corum pour nous offrir une vraie proposition horrifique comme on en dĂ©niche rarement au sein du paysage cinĂ©matographique trop souvent formatĂ©. Si bien qu'Ă  travers son parti-pris fraĂ®chement documentĂ©, ce dernier s'efforce de capter, saisir, manipuler nos sens et nos Ă©motions sous l'impulsion d'une plĂ©thore d'images fĂ©eriques en contradiction avec les vĂ©ritables agissements de cette communautĂ© hĂ©rĂ©tique. Tant et si bien que son atmosphère malsaine, sous-jacente dans un premier temps, nous effleure subtilement les pores du visage afin de mieux nous Ă©branler ensuite vers sa progressive descente aux enfers dĂ©nuĂ©e de concession (et donc de happy-end).


Autant donc avertir les amateurs non initiĂ©s, Midsommar divisera et dĂ©concertera sans doute une partie du public peu habitĂ© Ă  ce genre d'expĂ©rience Ă  la fois trouble, Ă©trange, radicale, voire difficile d'accès selon les sensibilitĂ©s. Et mĂŞme si les fantasticophiles connaissent sur le bout des ongles le chef-d'oeuvre British de Robin Hardy, The Wicker Man auquel le film s'inspire sans JAMAIS le remaker, Midsommar parvient admirablement Ă  imposer sa propre personnalitĂ© auprès de son brio expĂ©rimental Ă  couper au rasoir ! Ainsi donc, en opposant les visions chocs de certaines scènes sanglantes ou autrement violentes parmi la prĂ©sence limpide d'une communautĂ© familiale accueillant ses hĂ´tes avec un flegme paisible, Midsommar imprime un tel rĂ©alisme Ă  l'Ă©cran naturaliste qu'il incommode le spectateur partagĂ© entre l'interrogation, l'inexpliquĂ©, le non-sens, la perplexitĂ©. Sa structure narrative cheminant autour des faits et gestes indĂ©cis de la vulnĂ©rable Dani en plein deuil parental et interrogation sentimentale, et donc facilement influençable (mais aussi terriblement expressive dans son malaise interne) pour se laisser voguer par cette communautĂ© sĂ©culaire sous l'impulsion de drogues psychĂ©dĂ©liques. Ari Aster jouant notamment Ă  merveille avec la distorsion d'images qu'il manipule Ă  sa guise tel un alchimiste de l'apocalypse afin de confronter le spectateur Ă  une angoisse aussi bien cĂ©rĂ©brale que viscĂ©rale, Ă  l'instar d'un bad trip que l'on ne parvient pas Ă  extraire en soi. Son climat florissant faussement tranquille ne cessant de nous titiller la curiositĂ© avec une amertume davantage craintive. Si bien que plus l'intrigue fĂ©tide progresse, plus le danger s'y fait explicite Ă  coup d'Ă©changes de regards, de cris et de silence communĂ©ment complices, et ce avant de nous commotionner avec une ultime reprĂ©sentation emphatique nous distillant des Ă©motions bipolaires.


CintrĂ©, incongru, primitif et dĂ©rangĂ© alors que son climat solaire de douce sĂ©rĂ©nitĂ© festoie autour de sourires frĂ©tillants, entre chants communautaires et danses paĂŻennes, Midsommar n'a comme ultime ambition que d'y distiller un malaise tangible auprès de l'apprĂ©hension du spectateur immergĂ© dans un cauchemar onirique d'une rigueur naturaliste eu Ă©gard de l'emprise sectaire jouant la fraternitĂ© avec un terrifiant aplomb commun. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette proposition horrifique venue d'ailleurs, Midsommar laisse dans une partie de notre encĂ©phale une moisson d'images chocs sublimement mises en scène, notamment de par son souci du dĂ©tail rituel opĂ©rĂ© en toute tranquillitĂ© au sein d'un Eden dĂ©monial. A revoir d'urgence pour en saisir toute sa substance faisandĂ©e si bien que j'en Ă©tais ce soir Ă  mon 2è Bad Trip autrement plus incommode, empoisonnant, asphyxiant. 

Pour public averti si bien qu'il faut y être peut-être préparé afin d'apprécier à sa juste valeur l'expérience horrifiante évacuée de fioriture.

*Bruno.
2èx. Vostfr. 4K

jeudi 3 octobre 2019

La rose pourpre du Caire. César du Meilleur Film Etranger, 1986.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

"The Purple Rose of Cairo" de Woody Allen. 1985. U.S.A. 1h22. Avec Mia Farrow, Jeff Daniels,
Danny Aiello, Dianne Wiest, Van Johnson, Zoe Caldwell, John Wood.

Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 1er Mars 1985.

FILMO: Woody Allen est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, scĂ©nariste, acteur et humoriste amĂ©ricain, nĂ© le 1er dĂ©cembre 1935 Ă  New York. 


“Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout.”
Qui n'a jamais rĂŞvĂ© un jour rencontrer en chair et en os sa star prĂ©fĂ©rĂ©e du cinĂ©ma ? Mieux encore, et soyons donc plus fous ! Qui n'a jamais fantasmĂ© pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de son film attitrĂ© ? Chef-d'oeuvre de fĂ©erie, d'humour et de romance jusqu'Ă  plus soif, la Rose pourpre du Caire exauce nos souhaits les plus saugrenus Ă  travers la chimère de la pellicule que Woody Allen met en exergue avec un sens onirique inusitĂ© ! Tant et si bien que certaines sĂ©quences hallucinĂ©es (les protagonistes du mĂ©trage en noir et blanc s'adressant au public et vice-versa, l'acteur principal s'extirpant de son film pour s'en aller rejoindre sa plus grande fan confinĂ©e dans la salle, quand bien mĂŞme un peu plus tard cette dernière pĂ©nĂ©trera Ă  son tour en interne de la fiction) font peut-ĂŞtre partis des plus belles anthologies vĂ©cues sur une toile. TruffĂ© d'invention, de drĂ´lerie, de lyrisme, mais aussi entrecoupĂ© de cruautĂ© (si je me rĂ©fère surtout Ă  sa radicale conclusion - pourtant censĂ©e - risquant d'en dĂ©cevoir ou dĂ©primer plus d'un !), la Rose pourpre du Caire donne le vertige, nous euphorise les sens sous l'impulsion de situations, quiproquos et revirements constamment imprĂ©visibles. Si bien que sous couvert d'une romcom traitĂ©e durant l'obscure pĂ©riode de la crise de 29, Woody Allen nous prĂ´ne une dĂ©claration d'amour au cinĂ©ma Ă  travers le regard ingĂ©nu d'une spectatrice avide de romance, de rĂŞve et d'Ă©vasion, faute de sa condition d'exclusion. Car souffre-douleur tributaire de sa terne existence eu Ă©gard des maltraitances et de l'indiffĂ©rence de son Ă©poux abusif,  Cecilia, serveuse de bar empotĂ©e noyĂ©e dans ses pensĂ©es, s'immerge après le taf dans la chimère de son film favori afin d'oublier sa lamentable solitude.


Irradiant l'Ă©cran de sa chĂ©tive prĂ©sence filiforme, Mia Farrow nous ensorcelle d'Ă©motions Ă  travers l'intensitĂ© de son regard d'enfant si bien que son âme semble s'extraire de son enveloppe (factice) d'actrice. Un personnage malingre trop vulnĂ©rable car plein de fragilitĂ©, de timiditĂ©, de doute et d'angoisse de par sa frĂŞle tentative de survivre, d'oser se faire une place dans une sociĂ©tĂ© draconienne livrĂ©e au chĂ´mage, au sexisme, Ă  l'Ă©goĂŻsme, l'austĂ©ritĂ© et le machisme. Mais au-delĂ  de sa puissante rĂ©flexion sur notre rapport (si) intime avec la fiction ainsi que le pouvoir et la magie du cinĂ©ma Ă©gratignant au terme la naĂŻvetĂ© des spectateurs les plus influençables, La Rose Pourpre du Caire inonde l'Ă©cran de gags cocasses oĂą le merveilleux, la poĂ©sie, l'enchantement et la tendresse s'y chevauchent afin de nous imprimer l'une des plus incroyables romance vues sur l'Ă©cran. Si bien qu'en guise de persuasion et de cerise sur le gâteau, je ne peux oublier de saluer l'interprĂ©tation (binaire) de Jeff Daniels en acteur explorateur habitĂ© par la fougue amoureuse auprès de sa plus fidèle fan. LĂ  aussi, Ă  travers son regard exaltant plein d'innocence, de fantaisie, de gentille maladresse et de tendresse, Woody Allen nous scande un magnifique portrait d'aventurier franc-tireur de par sa soif de goĂ»ter Ă  la vĂ©ritable existence en s'extirpant du mĂ©trage de carton pâte ! Et ce avant de nous ramener Ă  la brutalitĂ© de la rĂ©alitĂ© auprès du vĂ©ritable acteur l'ayant ainsi conçu. J'ai nommĂ© Gil Shepherd, dandy rupin finalement insidieux quant Ă  sa crainte grandissante de voir sa carrière sombrer dans la nĂ©gligence et la faillite.


“Tous les changements, mĂŞme les plus souhaitĂ©s, ont leur mĂ©lancolie.”
Courez donc (re)voir La Rose pourpre du Caire et pleurez à jamais dans les bras de la mélancolique et douce rêveuse Cecilia. L'un des personnages les plus élégiaques, attendrissants et bouleversants vus sur un écran de cinéma au point d'y révéler Mia Farrow emblème de l'amour...

P.S: Pour l'anecdote subsidiaire, il s'agit du film préféré de Woody Allen.

*Bruno
2èx

Box Office France: 1 842 700 Entrées

Récompenses:
1985 : BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario.
1985 : NYFCC Award du meilleur scénario.
1985 : Prix Léon Moussinac.
1986 : César du meilleur film étranger.
1986 : Bodil du meilleur film non européen.
1986 : BSFC Award du meilleur scénario.
1986 : Prix FIPRESCI du Festival de Cannes
1987 : Prix Mainichi du meilleur film en langue étrangère.

mardi 1 octobre 2019

Killer Klowns from outer space / Les Clowns tueurs venus d'ailleurs

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Chiodo. 1988. U.S.A. 1h28. Avec Grant Cramer, Suzanne Snyder, John Allen Nelson, John Vernon, Michael Siegel.

Sortie salles U.S: 27 Mai 1988. France (uniquement en video): Mars 1991

FILMOGRAPHIEStephen Chiodo est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur américain, né le 2 Mars 1954 dans le Bronx à New York, USA. 1988: Les clowns tueurs venus d'ailleurs.

Film culte dans un format de sĂ©rie B bricolĂ©e, Killer Klowns from Outer Space demeure Ă  ce jour l’unique rĂ©alisation de Stephen Chiodo - Ă©paulĂ© par ses deux frères, l’un au scĂ©nario, l’autre Ă  la production. Et l’on peut vraiment dĂ©plorer qu’il n’ait pas percĂ© davantage dans le genre horrifique, tant il nous livre ici, sans jamais ĂŞtre avare d’idĂ©es vrillĂ©es, un jeu de massacre aussi fun que dĂ©bridĂ©.

Ă€ partir d’une intrigue linĂ©aire exploitant une Ă©nième invasion extra-terrestre - symptomatique des annĂ©es 50 - Killer Klowns joue la carte de la singularitĂ© Ă  coups de tartes Ă  la crème et de numĂ©ros de prestidigitateurs, qu’inquiĂ©tants clowns tumĂ©fiĂ©s exercent sur une population rurale en proie Ă  la stupeur et Ă  l’incomprĂ©hension. Sous leur volumineuse apparence, volontairement grotesque et dĂ©calĂ©e, ils provoquent autant la fascination qu’un malaise diffus, exultant dans l’exubĂ©rance sournoise, se gaussant de leurs victimes sans une once de clĂ©mence ni le moindre remords. Le tout renforcĂ© d’un rictus diablotin, d’une large dentition dĂ©manchĂ©e, et d’un gros nez rouge… qui dissimule pourtant leur point faible (effet de surprise garanti - mais chut).

Sardonique, donc, mais plaisamment cocasse et jamais malsain (le sang s’avère quasi absent de la pellicule), Killer Klowns compte sur l’enchaĂ®nement ininterrompu de ses exactions criminelles pour amuser un public venu assister Ă  un numĂ©ro de cirque du 3e type. Ă€ l’instar de ses amples dĂ©cors en carton-pâte, tout droit sortis d’un dessin animĂ© psychĂ©dĂ©lique, tant et si bien que les victimes, dĂ©paysĂ©es par ce dĂ©dale futuriste, se laissent aisĂ©ment berner avant d’ĂŞtre ensevelies dans des cocons de barbe Ă  papa - en guise de garde-manger.

De par sa formulation volontairement dĂ©complexĂ©e, friponne et grotesque, il est Ă©tonnant de constater que les comĂ©diens, sobrement attachants, ne sombrent jamais (ou si peu) dans le ridicule. Ils crĂ©ent un surprenant contraste, Ă©vitant la sĂ©rie Z de pacotille, que ce soit dans leur parcours de survie, leur condition de chair Ă  pâtĂ© ou le pĂ©riple hĂ©roĂŻque d’un jeune couple s’efforçant d’alerter deux flics entĂŞtĂ©s.


Complètement autre, doucement inquiĂ©tant et joyeusement dĂ©mentiel, notamment par la disparitĂ© de ses dĂ©cors festoyants, Killer Klowns from Outer Space demeure un rĂ©gal d’originalitĂ©. Sa pluralitĂ© de sĂ©quences-chocs, en filiation directe avec nos souvenirs infantiles, nous embarque sans dĂ©lai dans cette quatrième dimension cartoonesque, propulsĂ©e par des clowns humanoĂŻdes au magnĂ©tisme mutique et Ă  l’Ă©nergie tumultueuse. Fascinants. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

01.10.19
28.03.03
09.08.25. Vostfr. 3èx

lundi 30 septembre 2019

Nous irons tous au paradis

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Yves Robert. 1977. France. 1h50. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Marthe Villalonga, Jenny Arasse, Christophe Bourseiller, Josiane Balasko

Sortie salles France: 9 Novembre 1977

FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.


MĂŞme si moins drĂ´le, originale et rĂ©ussie que son modèle (notamment auprès de sa mise en scène plus prosaĂŻque et de ses dialogues moins ciselĂ©s), Nous irons tous au paradis est une excellente comĂ©die romantique menĂ©e tambour battant par nos 4 lurons emportĂ©s par l'ivresse de l'amour et les tourments du deuil. L'intrigue se focalisant sur la filature prolongĂ©e d'Etienne persuadĂ© que sa femme le trompe avec un inconnu Ă  veste Ă  carreau, quand bien mĂŞme Daniel et Simon auront Ă©galement une relation sentimentale avec leur nouvelle compagne. Outre les prĂ©sences toujours aussi attachantes et dĂ©complexĂ©es de Jean Rochefort, Claude Brasseur et Victor Lanoux, Guy Bedos tire son Ă©pingle du jeu en fils Ă  maman toujours aussi irritĂ© par sa prĂ©sence envahissante (Marthe Villalonga irrĂ©sistible en matrone caractĂ©rielle d'un franc-parler dĂ©vastateur !). Si bien que ce dernier parvient Ă©galement Ă  un moment fortuit Ă  susciter une empathie lors d'une sobre sĂ©quence dramatique Ă  contre-emploi avec la lĂ©gèretĂ© du rĂ©cit. Ainsi donc, Ă  travers les thèmes de la jalousie, du mensonge, de la fĂ©lonie et de la possessivitĂ©, Yves Robert nous emballe une comĂ©die enlevĂ©e oĂą l'infidĂ©litĂ© peut parfois remĂ©dier Ă  la routine comme le prouve le duo Ă©quivoque Etienne / Marthe. En guise de bonus subsidiaire, on reconnaĂ®tra lors de 2 apparitions l'actrice Josiane Balasko Ă  son plus jeune âge ainsi que les prĂ©sences aussi furtives de Daniel GĂ©lin et de Jean-Pierre Castaldi (irrĂ©sistible en mastard redresseur de tort).

*Bruno
3èx

vendredi 27 septembre 2019

Soleil Vert / Soylent Green. Grand Prix, Avoriaz 74.


de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.

Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.

                                  

Le pitch :
En 2022, l’avenir du monde vacille. Surpopulation, pollution, rĂ©chauffement climatique, famines et crise du logement prĂ©cipitent l’humanitĂ© vers une ultime alternative. Le Soleil Vert — ou bleu, ou rouge — dĂ©signe une tablette alimentaire synthĂ©tique Ă  base de plancton, censĂ©e enrayer la famine. Mais derrière ce produit de consommation prolifique se dissimule un secret terrifiant. C’est ce que dĂ©couvrira, au pĂ©ril de sa vie, un flic obtus enquĂŞtant sur la mort suspecte d’un directeur de production.

Un an après Les Flics ne dorment pas la nuit, polar fiĂ©vreux, Richard Fleischer bascule vers la science-fiction et nous tend l’un des miroirs les plus glaçants du devenir de notre humanitĂ©, en s’inspirant d’un roman de Harry Harrison. OvationnĂ© au Festival d’Avoriaz, Soleil Vert rĂ©sonne aujourd’hui avec une acuitĂ© dĂ©rangeante par ses thĂ©matiques politiques, Ă©cologiques et sociales, portĂ©es par une intensitĂ© Ă©motionnelle inconsolable. Visionnaire dĂ©faitiste, Fleischer nous immerge dès le gĂ©nĂ©rique dans une atmosphère fuligineuse, dĂ©roulant via images d’archives le dĂ©veloppement industriel des mĂ©galopoles, de l’aube du XXe siècle jusqu’Ă  notre Ă©poque. Un flot d’instantanĂ©s blafards, insalubres, claustrophobes, dĂ©versant leur fatalisme : surpopulation et pollution en lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence.

                                      

Cette prophĂ©tie d’entrĂ©e est exacerbĂ©e par la partition mĂ©lancolique de Fred Myrow, qui souligne l’Ă©chec de dirigeants prĂ©occupĂ©s par leurs profits plutĂ´t que par le salut de la planète. Parmi les foules pressĂ©es dans des citĂ©s dĂ©labrĂ©es, Soleil Vert happe d’emblĂ©e Ă  la gorge, son esthĂ©tique cauchemardesque saisissant le spectateur par sa cruditĂ© sensorielle. Sous couvert d’une enquĂŞte criminelle feutrĂ©e, le film explore la routine morne de Robert Thorn, flic opiniâtre partageant son appartement avec le vieux Sol Roth, jusqu’Ă  ce que l’un et l’autre lèvent le voile sur une machination inavouable. Avec une sobriĂ©tĂ© brutale, Fleischer dessine un New York diaphane, suffocant, filtrĂ© d’un vert maladif, et provoque un effroi tant moral que viscĂ©ral.

Au cĹ“ur de ce cauchemar, une scène : celle, Ă©difiante, oĂą Sol offre Ă  son jeune acolyte la possibilitĂ© de goĂ»ter aux plaisirs d’antan. Une feuille de salade, quelques tomates juteuses, une tranche de bĹ“uf, une pomme rouge. Leur complicitĂ© douce-amère, tissĂ©e de regards affamĂ©s, exhale une Ă©motion aigre, poignante, face Ă  la mĂ©moire d’un monde rĂ©volu oĂą manger avait encore un goĂ»t de fertilitĂ©. Cette scène, improvisĂ©e Ă  la demande de Charlton Heston et Edward G. Robinson, n’en est que plus bouleversante dans son humanitĂ©.

Plus engagĂ© que jamais, Fleischer lance un cri d’alarme Ă©colo, et frappe juste. Son avenir caniculaire est despotique et phallocrate. Les femmes sont battues, rĂ©duites Ă  l’Ă©tat de « mobilier », objets de location. Les pauvres s’entassent sur les marches et dans les Ă©glises, privĂ©s de sommeil, d’avenir. Les forces de l’ordre, impitoyables, ramassent les contestataires Ă  la pelleteuse pour les entasser dans des camions-bennes comme du bĂ©tail. Pendant ce temps, les Ă©lites jouissent dans leurs pavillons climatisĂ©s : eau chaude, nourriture, alcool, sexe, hygiène Ă  volontĂ©. Quant Ă  la faune et Ă  la flore, elles ne subsistent plus que dans les souvenirs tremblants des anciens, quand ils ne prĂ©fèrent pas le suicide Ă  la dĂ©sillusion.

C’est d’ailleurs lorsque Sol dĂ©couvre la vĂ©ritĂ© sur la composition des tablettes que Fleischer nous livre l’une des scènes d’euthanasie les plus poignantes du cinĂ©ma. Étendu sur un lit, le vieil homme contemple les merveilles disparues de la nature au fil d’un film projetĂ© sur Ă©cran gĂ©ant : paysages, animaux, verdure, sous la grâce d’un requiem symphonique (Beethoven, TchaĂŻkovsky, Grieg). Un hymne flamboyant Ă  l’harmonie perdue, d’une Ă©lĂ©gie bouleversante, mĂŞlant larmes silencieuses et beautĂ© crĂ©pusculaire.

 
"L’avenir en morceaux".
Avec ses moyens modestes mais d’une justesse foudroyante, Fleischer privilĂ©gie la chair et le cĹ“ur de ses personnages, rongĂ©s par la mĂ©lancolie et le mal-ĂŞtre face Ă  l’effondrement d’une civilisation inculte (oĂą les livres disparaissent), fascisante et dĂ©shumanisĂ©e. D’une crĂ©dibilitĂ© terrifiante, Soleil Vert peint un climat de fin du monde irrespirable, dĂ©vorĂ© par la pollution, la solitude, la pauvretĂ©, l’esclavagisme, la phallocratie et l’amoralitĂ© — jusqu’Ă  l’indicible...

Éprouvant, malsain, sans échappatoire, Soleil Vert nous laisse hébétés, exsangues, comme après une commotion cérébrale.

*Bruno
27.09.19. 4èx
26.07.11. 240 v

RĂ©compenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'AcadĂ©mie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.

Note: Edward G. Robinson, qui venait de clĂ´turer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongĂ© par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'Ă©tait pas encore prĂ©sentĂ© au public.

jeudi 26 septembre 2019

Un Eléphant ça trompe énormément

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yves Robert. 1976. France. 1h48. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Anny Duperey, Martine Sarcey, Marthe Villalonga.

Sortie salles France: 22 Septembre 1976

FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.


"Chaque minute de ce film porte en lui sa recette miracle, un visage de jeunesse éternelle."
7è au Box-office chez nous avec 2 925 868 entrĂ©es, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment n'a point Ă  rougir de son succès public (mais aussi critique), de par le talent fripon d'Yves Robert imprimant sa personnalitĂ© avec une libertĂ© de ton galvanisante. Car prenant pour thèmes l'amitiĂ©, la jalousie, l'adultère et le dĂ©sir (irrĂ©pressible) de sĂ©duire du point de vue d'une crise de quarantaine, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment enchaĂ®ne bĂ©vues, stratĂ©gies et quiproquos dĂ©jantĂ©s Ă  travers une moisson de sketchs souvent irrĂ©sistibles de drĂ´lerie ou de cocasserie. Tant auprès de la gestuelle des acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans leur mimique facĂ©tieuse que de l'originalitĂ© des circonstances de drague parmi l'inoubliable clin d'oeil Ă  7 ans de RĂ©flexion. Car sans jamais juger ses personnages pour autant hypocrites, Ă©goĂŻstes, machistes, menteurs et sĂ©ducteurs, principalement si je me rĂ©fère au personnage central de Jean Rocheford en dandy (volontairement) vaniteux car promptement amoureux d'une inconnue en robe rouge, Yves Robert dresse les portraits plein de vitalitĂ© et de dĂ©sordre d'une bande de copains plongĂ©s dans la cacophonie Ă  entretenir ou Ă  se rĂ©approprier l'amour Ă  travers leurs postures indĂ©cises, rĂŞveuses, dĂ©complexĂ©es.


ComĂ©die romantique donc baignant dans une subtile tendresse au rythme de la partition gracile de Vladimir Cosma et de dialogues pleins de poĂ©sie, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment parvient Ă  traverser le temps de par sa singularitĂ© (et son audace) Ă  traiter des relations amoureuses homme / femme avec une ambiguĂŻtĂ© parfois poignante (telle ce plan inoubliable oĂą l'Ă©pouse d'Etienne, non dupe de la tromperie, aperçoit avec stupeur son mari Ă  la TV, entre expressions dichotomiques de rires et de larmes !). Bien entendu, outre l'Ă©tonnante fantaisie qui se dĂ©gage de la plupart des sĂ©quences les plus mĂ©morables et impromptues (le final confinĂ© du haut d'un immeuble s'avère littĂ©ralement anthologique dans sa circonstance d'adultère aussi grotesque que dĂ©bridĂ©e !); on peut Ă©videmment applaudir la spontanĂ©itĂ© commune de Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux jouant la bande de potes indĂ©fectibles avec une fringance aussi bien touchante qu'exaltĂ©e.


Beaucoup plus intelligent et fin qu'il n'y parait de prime abord, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment Ă©volue de manière frĂ©quemment surprenante en se raillant avec gentillesse, tendresse, respect de l'amour conjugal au grĂ© des portraits perplexes de quadras en proie Ă  l'aventure et au doute dans leur dĂ©sir de plaire. Ainsi, Ă  travers ses portraits caustiques plein d'humanisme et de contradiction morale y Ă©manent un moment de cinĂ©ma inoxydable qu'Yves Robert est parvenu Ă  transcender, tant auprès de l'impulsion de son casting 4 Ă©toiles que de sa personnalitĂ© affranchie.  

*Bruno
3èx

mercredi 25 septembre 2019

Crawl

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Alexandre Aja. 2019. U.S.A. 1h27. Avec Kaya Scodelario, Tina Pribicevic, Barry Pepper, Ross Anderson, Anson Boon, George Somner.

Sortie salles France: 24 Juillet 2019

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja (Alexandre Jouan-Arcady) est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, dialoguiste et acteur, nĂ© le 7 AoĂ»t 1978 Ă  Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns. 2016: La Neuvième Vie de Louis Drax. 2019: Crawl.


Sorti en salles durant l'Ă©tĂ©, pĂ©riode Ă  point nommĂ© afin d'accueillir en bonne et due forme ce drive-in movie, Crawl transpire le spectacle du samedi soir avec une gĂ©nĂ©rositĂ© et une sincĂ©ritĂ© forçant le respect. Car autour d'un concept de survie aquatique, l'intrigue simpliste a beau exploiter certaines grosses ficelles (la fille, experte en natation, usera donc de ses talents de nageuse Ă©mĂ©rite pour  dĂ©passer ses limites en affrontant les alligators), clichĂ©s (le toutou dĂ©bonnaire au sort inĂ©vitablement fructueux - et perso, je ne m'en plains aucunement !-) et invraisemblances (les diverses mutilations que notre duo hĂ©roĂŻque encaisse avec une rĂ©silience trop stoĂŻque pour ĂŞtre honnĂŞte), Crawl nous agrippe Ă  la gorge de par son rĂ©alisme Ă©prouvant renforcĂ© d'effets numĂ©riques aussi bluffants qu'irrĂ©prochables. Tant auprès des reptiles mastards plus vrais que nature dans leur mobilitĂ© vĂ©loce et leur fĂ©rocitĂ© tranchĂ©e, que de l'ouragan diluvien qu'Alexandre Aja exploite en mode catastrophe avec une intensitĂ© vertigineuse. Bref, on y croit dur comme fer Ă  ce que l'on assiste Ă  l'Ă©cran !


Tant et si bien que son climat tempétueux demeure aussi hostile, ombrageux et fascinant que les alligators sur le qui-vive à surveiller leurs proies planquées dans la pénombre d'une cave. Ainsi, à travers sa scénographie résolument atmosphérique (tant en extérieur naturel - sublimement éclairé afin de contraster les nuages grisonnants - qu'en interne domestique), Aja nous immerge dans une descente aux enfers (celle de la cave puis les pièces du domicile familial) auquel un père et sa fille y ont malencontreusement trouvé refuge. Exploitant brillamment la gestion de l'espace à travers un cadre exigu à la fois anxiogène et étouffant (la cave dans un 1er temps), Aja relance efficacement l'action homérique à travers la disparité de ses décors opaques humectés par la montée des eaux, puis ceux décharnés quant au dernier acte situé en interne d'une bâtisse réduite en lambeaux. Sans se laisser influencer par la facilité des mises à morts gratuites et outrancières (façon Vendredi 13), Aja s'avère pour autant intelligemment généreux et impitoyable lorsqu'il s'agit de chorégraphier des séquences chocs redoutablement percutantes. Si bien que le spectateur calfeutré au siège s'avère aussi fasciné qu'épeuré à craindre les nouvelles éventuelles apparitions des alligators sournois prêts à alpaguer leurs victimes (de second plan) souvent démunies.


Un hommage affectueux digne d'une prod des annĂ©es 80. 
B movie horrifique menĂ© de main de maĂ®tre par un amoureux du genre Alexandre Aja rĂ©invente donc le film de croco dans sa facultĂ© innĂ©e de donner chair autant Ă  ses lĂ©zards gĂ©ants qu'Ă  ses personnages auquel les comĂ©diens, non familiers du public, s'avèrent sobrement convaincants dans leurs expressions d'apprĂ©hension, de vaillance et de cohĂ©sion (l'intrigue Ă©voluant notamment vers une rĂ©conciliation parentale). Oscillant suspense tendu autour de frĂ©nĂ©tiques estocades non exemptes d'intensitĂ© dramatique, Crawl se dĂ©cline en divertissement dĂ©coiffant en dĂ©pit de facilitĂ©s rapidement occultĂ©es grâce Ă  l'Ă©minent savoir-faire de l'auteur. 

*Bruno

mardi 24 septembre 2019

FX, Effets de Choc

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orion-pictures.fandom.com

de Robert Mandel. 1986. U.S.A. 1h48. Avec Bryan Brown, Brian Dennehy, Cliff De Young, Mason Adams, Diane Venora, Jerry Orbach

Sortie salles France: 13 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Robert Mandel est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© en Californie. 1981 : Nights at O'Rear's. 1983 : Independence Day. 1983 : Andrea's Story: A Hitchhiking Tragedy (TV). 1984 : Welcome Home, Jellybean (TV). 1986 : F/X, effets de choc (F/X). 1986 : Touch and Go. 1987 : Big Shots. 1989 : Pas de rĂ©pit sur planète Terre (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1989 : TĂ©moin Ă  tuer (TV). 1991 : La Maison hantĂ©e (TV). 1992 : La DiffĂ©rence. 1995 : Kansas (TV). 1996 : Special Report: Journey to Mars (TV). 1996 : The Substitute. 1997 : The Practice : Bobby Donnell et AssociĂ©s (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2000 : Sans laisser de trace (Thin Air) (TV). 2001 : WW3 (TV). 2001 : Hysteria: The Def Leppard Story (TV). 2002 : A Season on the Brink (TV). 2002 : La Vie secrète de ZoĂ© (TV). 2005 : Prison Break (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e).


SĂ©rie B ludique tirant parti de son concept aussi original que couillu (Tyler, expert en effets-spĂ©ciaux, accepte de feindre la mort d'un mafieux avant de se retrouver impliquĂ© dans une machination), FX Effet de choc s'avère plutĂ´t haletant dans sa moisson de pĂ©ripĂ©ties spectaculaires, Ă  l'instar d'une course poursuite automobile en centre urbain ou encore de la traque infernale que le hĂ©ros endure au grand dam de victimes collatĂ©rales. Car sous le modèle connu du survival puis de l'auto-justice qui s'ensuit auprès de cette victime bouc Ă©missaire, Fx Effet de choc assure le spectacle du samedi soir de par la posture retorse de celui-ci Ă  parfaire le simulacre afin de compromettre une corruption policière. Pour ce faire, fort de son charisme fraĂ®chement Ă  la fois avenant et guilleret, et de sa force d'expression pugnace (notamment lors d'un corps Ă  corps teigneux avec un tueur au sein de son appartement), Bryan Brown imprime une insolence payante en technicien passĂ© maĂ®tre dans l'art de duper ses ennemis parmi l'artillerie de gadgets novateurs. En lieutenant discrĂ©ditĂ© par sa hiĂ©rarchie policière, Brian Dennehy lui partage la vedette avec une force tranquille assez sereine Ă  travers son investigation singulière culminant vers une filature fructueuse, notamment si je me rĂ©fère Ă  l'audace de son Ă©pilogue gentiment amoral.


Sans ĂŞtre exceptionnel, et en dĂ©pit du cĂ´tĂ© parfois dĂ©suet des gadgets que le hĂ©ros amorce avec une assurance davantage gouailleuse, Fx Effet de choc se dĂ©cline en divertissement bonnard sous l'impulsion d'une action Ă©clectique et d'attachants personnages jouant le jeu de la survie avec un hĂ©roĂŻsme palpitant. D'ailleurs le film se soldera par un certain succès d'estime si bien qu'une sĂ©quelle (moins efficace) verra le jour en 1991 sous la houlette de Richard Franklin, quand bien mĂŞme une sĂ©rie TV dĂ©rivĂ©e du diptyque durera deux saisons 5 ans plus tard. 

*Bruno
2èx

Anecdote subsidiaire: FX est produit par Dodi Al-Fayed connu pour sa relation avec Lady Di avec qui il trouva la mort lors d'un accident de voiture le 31 aoĂ»t 1997 Ă  Paris

lundi 23 septembre 2019

L'Eté en pente douce

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gérard Krawczyk. 1987. France. 1h40. Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Jean-Paul Lilienfeld, Jacques Mathou, Claude Chabrol.

Sortie salles France: 29 Avril 1987

FILMOGRAPHIEGĂ©rard Krawczyk est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste de cinĂ©ma français d'origine polonaise, nĂ© Ă  Paris le 17 mai 1953. 1986 : Je hais les acteurs. 1987 : L'ÉtĂ© en pente douce. 1997 : HĂ©roĂŻnes. 2000 : Taxi 2. 2001 : Wasabi. 2003 : Taxi 3. 2003 : Fanfan la Tulipe. 2005 : La vie est Ă  nous ! 2007 : Taxi 4. 2007 : L'Auberge rouge. 2016 : Magic 7

"C'est la nature".  

PortĂ© par la tornade sexuelle Pauline Lafont (disparue tragiquement Ă  25 ans), L'ÉtĂ© en pente douce (quel joli titre) s’embrase de sa prĂ©sence iconique. Pin-up solaire, elle attise la convoitise des villageois depuis que Fane l’a recueillie chez lui, aux cĂ´tĂ©s de son frère dĂ©ficient. DĂ©sireux de prouver qu’il n’est pas un ratĂ©, Fane se lance dans l’Ă©criture d’un livre et projette d’Ă©pouser Lilas, malgrĂ© l’hostilitĂ© de Voke, garagiste cupide bien dĂ©cidĂ© Ă  racheter sa maison.

Souvent associĂ© Ă  un cinĂ©ma populaire aux ambitions modestes (Taxi 2/3/4, Wasabi, L’Auberge Rouge), GĂ©rard Krawczyk signe ici son film le plus habitĂ©. PortĂ© par un casting aux petits oignons - Jean-Pierre Bacri, bourru et tranchant, Jacques Villeret d’une touchante naĂŻvetĂ© plus vraie que nature, Guy Marchand en prĂ©dateur hâbleur - le film fait oublier leurs visages familiers pour les fondre dans un dĂ©cor provincial Ă©crasĂ© de soleil, quasi irrĂ©el, notamment par ces accents de western italien.

Le rĂ©cit contemplatif trouve sa force dans son ancrage au quotidien. Fane, Lilas et Maurice tentent tant bien que mal de bâtir une vie commune, fragile, bricolĂ©e, sous le regard hostile d’un voisinage prompt Ă  juger cette Ă©trangère trop belle, trop libre. Le film prend le temps de respirer. Il observe, il laisse exprimer ses personnages paumĂ©s, jusqu’Ă  faire naĂ®tre une Ă©motion fragile sous-jacente. 

Et au centre, Pauline Lafont. Sans jamais forcer, elle impose une prĂ©sence magnĂ©tique. Derrière la sensualitĂ© Ă©vidente affleure une fragilitĂ© troublante, un manque d’assurance qui la rapproche instinctivement d’une figure Ă  la Marilyn Monroe. Femme-enfant Ă  la moue boudeuse, elle capte le regard autant qu’elle semble vouloir s’y soustraire. Puis, peu Ă  peu, quelque chose change. Une rĂ©volte sourde, une affirmation fragile. Une manière d’exister autrement que dans le dĂ©sir des autres. Elle devient versatile car davantage dĂ©rangĂ©e par ces regards Ă  la fois gouailleurs et rĂ©probateurs.

L’intrigue, simple, importe finalement peu. Tout se joue dans cette matière sensible : les corps qui transpirent, les silences rĂŞveurs, les regards mĂ©lancoliques. Dans cette alchimie Ă©trange entre humour, marginalitĂ© et tendresse, mĂŞme lorsque le film flirte avec des zones plus dĂ©rangeantes (ce fameux coĂŻt entre 2 personnages).

Soutenu par une partition Ă  l’harmonica, douce et discrète, le film installe un climat presque suspendu. Comme si cette chronique rurale glissait lentement vers une forme d’irrĂ©alitĂ©. Entre chaleur Ă©crasante et dĂ©sirs inavouĂ©s, ce trio tente de prĂ©server un fragile Ă©quilibre, constamment menacĂ© par l’extĂ©rieur machiste. Attachant, dĂ©routant, traversĂ© d’un Ă©rotisme diffus face Ă  la nuditĂ© de Pauline, L'ÉtĂ© en pente douce surprend par la dĂ©licatesse de son Ă©motion. Une romance fissurĂ©e, faite de tendresse et de dĂ©sespoir, sous le soleil brĂ»lant de la Haute-Garonne. Avec, au bout du compte, cette impression persistante d’avoir effleurĂ© un cinĂ©ma français Ă  part. Discret, sensuel, profondĂ©ment marquĂ© par une Ă©tincelle qu’on n’oublie pas: Pauline Lafont.

đź–¤ — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Box Office France: 785 791 entrées

INFO WIKIPEDIA concernant les circonstances du décès accidentel de Pauline Laffont:
Pauline Lafont meurt accidentellement en aoĂ»t 1988 au cours d'une randonnĂ©e solitaire, après avoir chutĂ© d'un pic haut d'une dizaine de mètres au lieu-dit « l'Adrech », situĂ© dans la commune de Gabriac dans les CĂ©vennes. Elle passait alors des vacances avec son frère aĂ®nĂ© dans la maison familiale de La Serre du Pomaret, ancienne magnanerie et demeure familiale de Bernadette Lafont, dans la commune de Saint-AndrĂ©-de-Valborgne. Alors qu'elle est partie seule le 11 aoĂ»t pour une randonnĂ©e pĂ©destre, sa famille a pensĂ© qu'elle reviendrait pour le festival de Suisse oĂą elle devait recevoir un prix. Sa mère Bernadette Lafont donne l'alerte en fin d'après-midi. Pendant deux jours, 20 gendarmes, un hĂ©licoptère et 40 pompiers battent la campagne. Son corps, presque rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de squelette, est retrouvĂ© par un agriculteur, au fond du ravin au lieu-dit l'Adrech sur la commune de Gabriac, le 21 novembre 1988, soit plus de trois mois après sa disparition et malgrĂ© de nombreuses recherches effectuĂ©es par son frère, l'armĂ©e et la police, qui entend une centaine de personnes après une plainte contre X dĂ©posĂ©e par le frère de Pauline le 16 aoĂ»t pour « arrestation arbitraire et sĂ©questration ». Elle est alors identifiĂ©e par sa bague et sa denture. L'autopsie a dĂ©montrĂ© qu'elle a fait une chute de 10 mètres et est morte sur le coup.

Entre le moment de sa disparition et la dĂ©couverte de son corps, de nombreuses rumeurs ont circulĂ© (retraite en couvent, fugue en Chine, entrĂ©e dans une secte, suicide consĂ©cutif Ă  une dĂ©pression Ă  la suite d'une rupture amoureuse et d'une cure d'amaigrissement) et des tĂ©moins ont affirmĂ© l'avoir vue. Mi-novembre 1988, Guillaume Durand affirmera mĂŞme en direct lors du journal de 20 h de la chaĂ®ne La Cinq qu'il a « des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante », après avoir reçu des informations d'un interlocuteur anonyme selon lesquelles « Pauline dĂ©sirait prendre du recul [et qu']elle sortira[it] de sa cachette dans quelques semaines », dĂ©claration pour laquelle il s'excusera Ă  plusieurs reprises auprès de sa mère Bernadette Lafont.

vendredi 20 septembre 2019

Insomnies. Prix du jury, Gerardmer 2001.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Chasing Sleep" de  Michael Walker. 2000. U.S.A. 1h44. Avec Jeff Daniels, Emily Bergl, Gil Bellows, Zach Grenier, Ben Shenkman, Molly Price.

Sortie salles France: 16 Mai 2001

FILMOGRAPHIE: Michael Walker est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain. 2018: Paint (TV Movie).  2017: Cut Shoot Kill.  2013: The Maid's Room. 2012: Price Check.  2000: Insomnies.


Huis clos intimiste feutré auprès de la solitude d'un insomniaque contrarié par la disparition de son épouse, Insomnies joue la carte du suspense hitchcockien sous le pilier d'un climat de malaise subtilement perméable. Car véritable descente aux enfers morale du point de vue d'un professeur en littérature égaré dans les affres de sa psychose et de sa paranoïa depuis sa déroute conjugale, Insomnies fait presque office de modèle de mise en scène, de par son intelligence de la suggestion à laisser planer le doute quant à l'éventuelle culpabilité de ce dernier et la potentielle survie de son épouse. Ainsi, si le spectateur attentif à ses faits et gestes redoute le pire dès le début par le biais d'(éventuelles) indices et hallucinations aussi nonsensiques que dérangeantes, Michael Walker (dont il s'agit de son premier essai) parvient à nous immerger dans son esprit névrosé au gré d'incidents quotidiens où réalité et illusion sont en fusion. Notamment en jouant sur l'apparition de brèches opaques (un orifice dans le mur qui ira grandissant, un autre au plafond) et sur l'élément naturel de l'eau, quasi omniprésente à l'écran (on comprendra plus tard pourquoi !), lorsque Ed s'efforce, tel un forcené, de déboucher sa cuvette de WC puis celle de sa baignoire.


Remarquablement dirigĂ© Ă  travers son casting irrĂ©prochable, Michael Walker renoue encore avec le talent d'Hitchcock quant aux diverses inimitiĂ©s psychologiques qu'Ed encaissera auprès de l'amant de son Ă©pouse, d'une Ă©tudiante amoureuse (on craint d'ailleurs pour son sort sans jamais y connaĂ®tre l'issue d'une certaine manière !), d'un mĂ©decin et surtout de la police en quĂŞte d'indices fructueux. Ainsi, durant 1h44, nous assistons impuissants, et de manière toujours plus prĂ©caire et nausĂ©euse (Ă  l'instar de l'effet de surprise aussi grotesque que terrifiant du nouveau-nĂ© tumĂ©fiĂ©), Ă  sa lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale avec une apprĂ©hension finalement exponentielle quant au dĂ©nouement redoutĂ©. EclairĂ© d'une photo blafarde afin de mettre en exergue la pâleur de ses dĂ©cors domestiques dĂ©nuĂ©s de chaleur car humidifiĂ©s par l'eau environnante, Insomnies confine au malaise cĂ©rĂ©bral, et ce jusqu'au vertige sensoriel. Pour ce faire, on peut autant compter sur le jeu subtilement ambigu du monstre sacrĂ© Jeff Daniels insufflant face aux divers tĂ©moins des sentiments d'inquiĂ©tude et de contrariĂ©tĂ© Ă©tonnamment placides de par sa force tranquille Ă  leur persuader qu'il est un Ă©poux rĂ©flĂ©chi et Ă©quilibrĂ©, sans doute saint d'esprit.


Cauchemar paranoĂŻde oĂą plane (sans jamais les plagier) les ombres d'Hitchcock, Lynch et Polanski de par sa facultĂ© Ă  instiller un climat de malaise dĂ©pressif que le spectateur ne peut Ă©vincer, Insomnies fait honorablement appel au drame psychologique Ă  travers le profil chĂ©tif d'un insomniaque martyrisĂ© par l'Ă©puisement dans les arcanes de sa psychĂ© influençable. Si bien que se contredisent sans rĂ©pit de par sa crainte d'affronter la vĂ©ritĂ©, impuissance (morale et sexuelle),  remise en question, doute et remord. Une perle du genre psychotique Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence ! 

*Bruno
2èx

jeudi 19 septembre 2019

L' Animal

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Zidi. 1977. France. 1h40. Avec Jean-Paul Belmondo, Raquel Welch, Charles Gérard, Julien Guiomar, Aldo Maccione, Dany Saval, Raymond Gérôme, Henri Génès, Jane Birkin, Johnny Hallyday, Claude Chabrol, Yves Mourousi, Mario David, Jacques Alric, Henri Attal, Josiane Balasko, Maurice Auzel, Maurice Bénichou.

Sortie salles France: 5 Octobre 1977

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


ComĂ©die ultra light bâtie sur la popularitĂ© de Bebel totalement en roue libre dans un double rĂ´le antinomique (acteur homosexuel contraint d'ĂŞtre doublĂ© par son sosie, un cascadeur en requĂŞte sentimentale en la personne de Raquel Welch), l'Animal triompha en salles lors de sa sortie (3 157 789 entrĂ©es !) Ă  la grande joie de l'acteur qui cumulait des annĂ©es plus tĂ´t de rĂ©currents Ă©checs (le Corps de mon ennemi, l'Alpagueur). Et si on a largement connu Claude Zidi plus inspirĂ©, voir beaucoup plus appliquĂ© derrière sa casquette de maĂ®tre de la comĂ©die populaire, la bonne humeur qui se dĂ©gage des situations aussi folingues qu'outrancières, l'incroyable sex-appeal de Raquel Welch (euphĂ©misme !) irradiant l'Ă©cran Ă  chaque seconde, le dĂ©paysement du vaudeville exotique exploitant sans cesse les dĂ©cors d'un cinĂ©ma cartoonesque et surtout la bonhomie exubĂ©rante de Belmondo s'en donnant Ă  coeur joie dans les mimiques et gesticulations endiablĂ©es (jusqu'Ă  la lourdeur lors des passages les moins pittoresques) achèvent de rendre ce divertissement frĂ©quemment sympathique. 


En prime d'assister Ă  un panel de sĂ©quences impressionnantes faisant intervenir de dangereux fĂ©lins (tigre / lion) ou de tĂ©moigner de cascades les plus couillues et improbables (celle aĂ©rienne lorsque Bebel fige ses jambes sur les ailes d'un avion donne clairement le vertige), l'Animal fleure bon la comĂ©die dĂ©complexĂ©e sous l'impulsion d'une frĂ©tillante partition de Vladimir Cosma qui nous manque tant aujourd'hui auprès de nos comĂ©dies contemporaines autrement opportunistes, pour ne pas dire dĂ©nuĂ©es d'innocence. Ainsi, outre ses moult dĂ©fauts cabotins, voirs quelque peu ridicules parfois, on pardonne facilement ces effets de manche grossiers pour prĂ©server au final un souvenir assez chaleureux d'après cet hommage Ă  la sĂ©rie B aussi bricolĂ©e qu'attachante. En se remĂ©morant enfin chez les nostalgiques ses fameuses sĂ©ances que l'on savourait avec nos parents lors du "film du Dimanche soir" que TF1 diffusait de façon hebdomadaire. Et puis Ă  titre subsidiaire il y a la prĂ©sence secondaire d'Aldo Macione (et d'autres figurants devenus notoires par la suite) en cinĂ©aste nĂ©ophyte s'efforçant d'y parfaire un film d'action Bisseux avec son accent italien irrĂ©sistible. A prioriser votre sĂ©ance "rĂ©tro" lors des fĂŞtes de fin d'annĂ©e. 


*Bruno
2èx

mercredi 18 septembre 2019

Diabolo Menthe. Prix Louis-Delluc 1977

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Diane Kurys. 1977. France. 1h41. Avec Éléonore Klarwein, Odile Michel, Anouk Ferjac, Michel Puterflam, Yves Rénier, Robert Rimbaud, Marie-Véronique Maurin.

Sortie salles France: 14 Décembre 1977

FILMOGRAPHIEDiane Kurys est une réalisatrice, scénariste, actrice et productrice française, née le 3 décembre 1948 à Lyon (France). 1977 : Diabolo menthe. 1980 : Cocktail Molotov. 1983 : Coup de foudre. 1987 : Un homme amoureux. 1990 : La Baule-les-Pins. 1991 : Après l'amour. 1994 : À la folie. 1999 : Les Enfants du siècle. 2003 : Je reste ! 2005 : L'Anniversaire. 2008 : Sagan. 2013 : Pour une femme. 2015 : Arrête ton cinéma ! 2018 : Ma mère est folle.


Evocation pleine de bruit et de pudeur de la crise adolescente Ă  travers la gĂ©nĂ©ration 60, Diabolo Menthe conquit le coeur du public avec ses 3 013 638 entrĂ©es, quand bien mĂŞme la critique lui dĂ©cerna le Prix Louis-Delluc dès sa sortie. Car retraçant la quotidiennetĂ© scolaire, familiale puis sentimentale de deux soeurs aux caractères contradictoires, Diabolo Menthe touche juste dans sa modeste Ă©motion aussi dĂ©licate que fragile eu Ă©gard du profil de la soeur cadette (magnifiquement incarnĂ©e par la douceur de miel Ă‰lĂ©onore Klarwein) en proie Ă  la curiositĂ© de par son dĂ©sir d'affirmation et d'expĂ©riences nouvelles. Passionnant, touchant, poĂ©tique, voir parfois mĂŞme poignant, ce Teen movie auteurisant se feuillette Ă  l'instar d'un album souvenir, dans la mesure oĂą Diane Kurys enchaĂ®ne les situations iconiques avec un rĂ©alisme proche du docu-vĂ©ritĂ©. Tant et si bien que le spectateur contemplatif Ă  sa scĂ©nographie sociale (contexte historique Ă  l'appui avec la mort de Kennedy, l'antisĂ©mitisme, le communisme, le racisme et la montĂ©e de la rĂ©volte Ă©tudiante Ă  l'orĂ©e du mouvement contestataire de 68) se remĂ©more instinctivement ses propres rĂ©miniscences juvĂ©niles.


Tant auprès des chahuts en classe gĂ©nĂ©rĂ©s chez les profs les plus vulnĂ©rables, des punitions collectives instaurĂ©es par d'autres profs tyranniques, des cours lĂ©thargiques, des confidences entres meilleures amies, des premiers flirts dans la cour de rĂ©crĂ©, du chapardage d'un parfum dans une Ă©choppe parisienne, du premier bal de promo, d'une pièce de théâtre en herbe, d'un baiser interdit auprès d'un prof Ă©quivoque, des photos de vacances que l'on se remĂ©more dans l'intimitĂ©, que de la solitude existentielle d'une ado pubère en quĂŞte d'idĂ©alisme. Sur ce dernier point, Diane Kurys radiographie avec une rare sincĂ©ritĂ© le sensible portrait d'Anna (la soeur cadette fureteuse) Ă  travers sa fragilitĂ© d'expression qu'ElĂ©onore Klarwein nous imprime Ă  l'Ă©cran avec une dĂ©sarmante pudeur Ă©motive. Car c'est par l'intensitĂ© de son regard attentif, soucieux, indiscret que l'intrigue se tisse lorsque Anna, influencĂ© par sa soeur aĂ®nĂ©e (autoritaire) et ses condisciples, se rĂ©sout Ă  s'initier Ă  l'Ă©mancipation au grand dam de sa maman conservatrice et du père divorcĂ©. 


"Le rêve est nécessaire quand s'achève à jamais le temps de l'adolescence."
De par sa poignante sincĂ©ritĂ© que la rĂ©alisatrice nĂ©ophyte parvient Ă  nous communiquer Ă  travers le thème universel du difficile passage Ă  l'âge adulte, Diabolo Menthe touche au coeur avec un rĂ©alisme social toujours d'actualitĂ©, si bien que le temps ne peut en altĂ©rer sa puissance nostalgique.  

*Bruno