mardi 27 juillet 2021

Pig

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Sarnoski. 2021. U.S.A. 1h32. Avec Nicolas Cage, Alex Wolff, Adam Arkin, October Moore, Dalene Young, Gretchen Corbett.

Sortie salles U.S: 16 Juillet 2021

FILMOGRAPHIEMichael Sarnoski est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2021: Pig. 


Difficile de se faire une opinion objective Ă  la sortie de la projo si bien que Pig dĂ©concerte, dĂ©sarçonne autant qu'il sĂ©duit selon notre immersion Ă©motionnelle, notre humeur du jour et notre degrĂ© de sensibilitĂ©. Tant auprès de la cause animale, subsidiaire au rĂ©cit, que de la dĂ©chĂ©ance humaine d'un solitaire dĂ©chu de son passĂ© vĂ©reux. Le kidnapping de son cochon n'Ă©tant qu'un prĂ©texte pour y tenter de profiliser ce veuf meurtri repliĂ© sur lui mĂŞme au point de vivre en autarcie en pleine nature. Difficile d'accès et dĂ©nuĂ© de violence, en dĂ©pit du 1er quart d'heure concis et d'une bastonnade officieuse (sorte de Fight Club Ă  l'envers !), Pig insuffle un rythme très lent au fil de la requĂŞte de Robin Feld dĂ©terminĂ© Ă  retrouver son cochon truffier par simple amour pour l'animal comme il l'avoue Ă  son jeune complice (et non comme outil de travail rentable pour y renifler les truffes). L'intrigue prenant son temps Ă  Ă©tudier les personnalitĂ©s de 3 protagonistes du point de vue contestataire de Rob en dĂ©sarroi affectif. Son climat langoureux baignant dans une aigre mĂ©lancolie face Ă  un type dĂ©soeuvrĂ© noyĂ© de pessimisme, de chagrin et de remord Ă  la suite de son passĂ© torturĂ©. Par consĂ©quent, par le truchement moral de celui-ci, spĂ©cialiste culinaire entre autre, et de ces confrères peu recommandables, Pig dresse un tableau plutĂ´t pessimiste sur la nature humaine.


Son orgueil, sa mĂ©galomanie et son Ă©goĂŻsme pour tenter de survivre, de se faire une place dans un monde dĂ©loyal toujours plus intolĂ©rant envers son prochain. C'est ce qui fait la force ou la puissance dramatique de Pig, errance existentielle d'un proscrit contraint de s'extirper de son terrier pour tenter de retrouver sa seule compagnie amiteuse dans sa morne condition de dĂ©rĂ©liction. Presque mĂ©connaissable auprès d'un regard martyrisĂ© par le dĂ©sastre, on n'avait pas observĂ© un Nicolas Cage aussi striĂ© dans sa carapace de clodo Ă  la fois flegme et taciturne plombĂ© du deuil, de la vie impossible en sociĂ©tĂ© tout en se remĂ©morant son passĂ© probablement meurtrier. Contemplatif, dĂ©pressif et plein de pudeur (notamment auprès de la fragilitĂ© fortuite des seconds-rĂ´les), Pig tente donc de nous dĂ©voiler au compte goutte de maigres indices sur le passĂ© de Robin au grĂ© d'un climat de dĂ©sillusion dĂ©nuĂ© de fioriture. Tant et si bien que sa conclusion, bouleversante mais rĂ©solument sobre, risquera sans doute de dĂ©plaire Ă  une frange de spectateurs, surtout ceux militant pour la cause animale (rester dans l'interrogation demeure ici assez frustrant). Le rĂ©alisateur s'efforçant d'authentifier sa tragĂ©die humaine sans optimisme du happy-end. Et ce parmi cette volontĂ© assumĂ©e d'y parfaire la gravitĂ© de son rĂ©cit dans une intimitĂ© humaine ne comptant que sur les traces du passĂ© pour se remĂ©morer un bonheur conjugal aujourd'hui Ă©teint. 


En tout Ă©tat de cause, pour qui sait apprĂ©cier les vraies propositions d'un cinĂ©ma personnel rĂ©fractaire aux codes, Ă  la conformitĂ© et aux effets de manche, Pig ne peut laisser indiffĂ©rent. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette ambulation humaine que Nicolas Cage immortalise de sa (douce) prĂ©sence en berne. 

*Eric Binford

lundi 26 juillet 2021

The Visitor

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buddy-movierepack.blogspot.com

"Stridulum / Le Visiteur MalĂ©fique". de Giulio Paradisi (Michael J. Paradise). 1979. U.S.A/Italie. 1h48. Avec John Huston, Mel Ferrer, Glenn Ford, Lance Henriksen, Shelley Winters, Sam Peckinpah, Joanne Nail 

Sortie salles France: 21 Novembre 1980. Italie: 3 Août 1979.

FILMOGRAPHIEGiulio Paradisi (nĂ© en 1934 Ă  Rome, Italie) est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur italien. Il est aussi connu sous le nom de Michael J. Paradise. 1970 : Terzo canale (Avventura a Montecarlo); 1976 : Ragazzo di Borgata; 1979 : Tesoro mio. 1979 : Le Visiteur malĂ©fique (Stridulum). 1982 : Spaghetti House. 

Quelle bien Ă©trange curiositĂ© que ce Visitor autrefois diffusĂ© sur Canal + lors des annĂ©es 80, si bien que j'en ai toujours prĂ©servĂ© un souvenir assez sĂ©duisant Ă  travers son alliage hybride des genres (Fantastique - Horreur - Science-Fiction se tĂ©lescopent en mode psychĂ©dĂ©lique). Production italo-amĂ©ricaine dont on reconnait bien lĂ  la patte transalpine Ă  travers le soin de sa partition musicale et de son inquiĂ©tante bande-son monocorde), The Visitor surfe sur le succès de la MalĂ©diction Ă  travers son synopsis rĂ©fĂ©rentiel lorsqu'une fillette, envoyĂ©e du Mal, tente d'asseoir sa rĂ©putation sur Terre en tourmentant sa famille et son entourage. RĂ©alisĂ© sans habiletĂ© (notamment au niveau du montage superficiel) avec parfois quelques incohĂ©rences narratives (Ă©galement dans la posture de certains personnages, tel l'envoyĂ© du Bien se substituant Ă  la baby-sitter le temps d'une soirĂ©e, ou encore la mère de Katy devenue tĂ©traplĂ©gique sans que cela ne la traumatise), l'intrigue militant pour l'affrontement entre le Bien et le Mal demeure sans surprise bien que le spectacle tantĂ´t envoĂ»tant (toutes les sĂ©quences onirico-mystiques Ă©paulĂ©es d'une bande-son lancinante) ne manque pas de surprises. 

Tant auprès de certaines scènes chocs surgies de nulle part (la conduite erratique de Glenn Ford sur l'autoroute, la poursuite entre bambins sur la patinoire) et assez bien rĂ©alisĂ©es, de ses moments Ă©sotĂ©riques planants (on peut parfois songer Ă  La Forteresse Noire), de ses idĂ©es ou dĂ©tails imprĂ©visibles (l'utilisation symbolique des volatiles) que de son incroyable casting parmi lesquels s'y croisent John Huston, Mel Ferrer, Glenn Ford, Lance Henriksen, Shelley Winters, Sam Peckinpah et Franco Nero !). Une distribution oh combien surprenante d'avoir accepter de se compromettre Ă  un projet aussi mineur bien que le rĂ©alisateur demeure tout Ă  fait inspirĂ© pour se dĂ©marquer de l'ornière en y alliant efficacement les genres au grĂ© d'un climat d'Ă©trangetĂ© prĂ©gnant. C'est ce qui fait le charme dĂ©suet de The Visitor que l'on a plaisir Ă  revoir (mĂŞme si uniquement rĂ©servĂ© aux afficionados d'ovni introuvable !) en dĂ©pit d'un schĂ©ma narratif approximatif, voir parfois mĂŞme redondant (notamment auprès des moult tentatives de Katy Ă  se dĂ©barrasser de sa mère).


Killing Birds
RĂ©alisĂ© sans habiletĂ© mais formellement baroque et souvent soignĂ© Ă  daigner se dĂ©marquer des convenances, The Visitor demeure une intĂ©ressante curiositĂ© aussi dĂ©concertante que surprenante (notamment auprès de la brutalitĂ© inopinĂ©e de certaines situations punitives que Katy impulse). 

Remerciement Ă  buddy-movierepack

*Eric Binford
2èx

mercredi 21 juillet 2021

La Mante Religieuse

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Tang lang" de Liu Chia-liang. 1978. Hong-Kong. 1h36. Avec David Chiang, Cecilia Wong, Lily Li, Chia Yung Liu, Norman Chu, Frankie Wei. 

Sortie salles France: 6 Avril 1983. Hong-Kong: 28 Juin 1978.

FILMOGRAPHIELiu Chia-liang (劉家良 en chinois, Lau Kar-leung en cantonais) (nĂ© le 28 aoĂ»t 1936 Ă  Canton et mort le 25 juin 2013 Ă  Hong Kong) est un rĂ©alisateur, acteur et chorĂ©graphe chinois.1975 : Wang Yu dĂ©fie le maĂ®tre du karatĂ©. 1976 : Le Combat des maĂ®tres. 1977 : Les ExĂ©cuteurs de Shaolin. 1978 : La Mante religieuse. 1978 : La 36e Chambre de Shaolin. 1979 : Les DĂ©mons du karatĂ© ou Shaolin contre Ninja. 1979 : Spiritual Boxer 2. 1979 : Le Prince et l'arnaqueur. 1979 : Le Singe fou du kung-fu. 1980 : Retour Ă  la 36e chambre. 1980 : Emperor of Shaolin Kung Fu. 1981 : Martial Club. 1981 : Lady Kung-Fu. 1982 : Cat Versus Rat. 1982 : Les 18 armes lĂ©gendaires du kung-fu. 1983 : Les Huit Diagrammes de Wu-Lang. 1983 : The Lady Is the Boss. 1984 : Carry On Wise Guy. 1985 : Les Disciples de la 36e chambre. 1986 : Les Arts martiaux de Shaolin. 1988 : Tiger on the Beat. 1989 : Mad Mission 5. 1990 : Tiger on the Beat 2. 1992 : OpĂ©ration Scorpio. 1994 : Combats de maĂ®tre/Drunken Master 2. 1994 : Drunken Master 3 (Jui kuen III). 2002 : Drunken Monkey. 

Sans daigner concourir au chef-d'oeuvre du genre, La Mante Religieuse est un excellent divertissement revisitant Romeo et Juliette avec tendresse, espièglerie, cruautĂ© et action virevoltante. Wei Fung ayant pour mission d'infiltrer la famille de la jeune Chi-chi afin d'y dĂ©nicher une liste secrète. Or, en tant qu'enseignant, celui-ci tombe amoureux d'elle si bien qu'ils finissent par se marier. Mais pour leur enjeu de survie, les deux amants auront Ă  traverser 5 Ă©preuves mortels avant de vouloir prĂ©senter Chi-chi Ă  sa belle-famille. Si les 3 premiers quarts-d'heure imprĂ©gnĂ©s de suave lĂ©gèretĂ© cèdent place aux batifolages de nos amants en apprentissage martial, pĂ©dagogue et amoureux, la suite relève de la pyrotechnie estampillĂ©e "Shaw Brothers" eu Ă©gard des improbables combats s'enchaĂ®nant Ă  coup de sabre, de lance, de poignard, de nunchaku ou Ă  poings nus. Les affrontements ultra furtifs nous donnant le vertige Ă  travers la lisibilitĂ© d'une action Ă©clectique que se partagent 2, 3, voir 4 adversaires fĂ©rus de soif de victoire. 

Tant auprès des 5 Ă©preuves offensives d'une inventivitĂ© en roue libre que de la vengeance intime de Wei Fung s'inspirant des gestes de dĂ©fense d'une vĂ©ritable mante religieuse pour venir Ă  bout de ses futurs ennemis. Ses sĂ©quences d'entrainement instaurĂ©es en pleine nature nous valant des moments de poĂ©sie Ă  la limite de la fĂ©erie lorsque celui-ci s'efforce de reluquer consciencieusement les expressions et gestes de la mante pour reproduire son agilitĂ© hĂ©roĂŻque. Ainsi donc, Ă  travers le thème des valeurs familiales,  Liu Chia-liang y dĂ©nonce la tradition conservatrice sous couvert de rivalitĂ© engendrant Ă  mi-parcours des bravoures toutes plus Ă©poustouflantes les unes que les autres. Et ce au risque de dĂ©concerter Ă  terme une partie du public lors de son Ă©pilogue d'une amère cruautĂ© (si bien que l'on ne s'y attend pas vraiment tant le revirement demeure aussi soudain que beaucoup trop prĂ©cipitĂ©). En tout Ă©tat ce cause, le spectacle Ă©bouriffant en vaut la chandelle pour tous amateurs de divertissement d'art-martial d'une fulgurance visuelle inĂ©galable. Et ce plus de 40 ans après sa sortie, comme quoi les classiques (mĂŞme les plus mineurs !) ont encore de belles soirĂ©es devant eux pour courtiser le fan. 

*Eric Binford.

mardi 20 juillet 2021

Le Trésor de la Montagne sacrée

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Arabian Adventure" de Kevin Connor. 1979. Angleterre. 1h34. Avec Christopher Lee, Oliver Tobias, Puneet Sira, Milo O'Shea, Emma Samms, Mickey Rooney, John Wyman.

Sortie salles France: 18 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937 à Londres (Royaume-Uni). 1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent Oublié. 1978: Les 7 cités d'Atlantis. 1979: Le Trésor de la Montagne Sacrée. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres.


Encore une fois, Kevin Connor se plaĂ®t Ă  exhumer les mirages de l'aventure pulp avec cette sĂ©rie B d’un autre âge, Le TrĂ©sor de la montagne sacrĂ©e, oĂą l’archĂ©ologie de pacotille devient prĂ©texte Ă  l’Ă©vasion pure, brute, presque naĂŻve. Si le film a vieilli, comme un artefact un peu Ă©raflĂ© dans la poussière du temps, il en conserve pourtant la patine d’un plaisir sincère — celui du dĂ©paysement immĂ©diat, de la promesse d’un ailleurs aux Ă©chos perdus.

Derrière cette quĂŞte de trĂ©sor enfoui dans les replis d’un dĂ©sert hostile, Connor convoque les figures d’un exotisme un peu rĂŞche, parfois caricatural, mais jamais cynique. Le rĂ©cit se dĂ©roule comme un carnet de route bonnard, tâchĂ© de sable, de sueur, et de rencontres dĂ©complexĂ©es. Les personnages, silhouettes exubĂ©rantes dans l’Ă©ternel mirage de la gloire ou de la richesse, se dĂ©battent entre trahisons et mirages mystiques. Mais l’enjeu vĂ©ritable est ailleurs : dans ce souffle d’aventure un peu perdu, ce romantisme de la fin des grandes conquĂŞtes, comme le souligne son final Ă©dĂ©nique.

La mise en scène, discrète mais appliquĂ©e, s’offre mĂŞme quelques visions insolites, presque Ă©sotĂ©riques, comme si la montagne sacrĂ©e elle-mĂŞme bruissait d’un mystère ancien — un cĹ“ur minĂ©ral battant sous la roche. La musique, simple mais Ă©vocatrice, accompagne cette virĂ©e comme un murmure de vent parmi les ruines. 

Christopher Lee, impassible comme une stèle oubliĂ©e, distille ici son autoritĂ© naturelle avec un calme menaçant. MĂŞme dans un rĂ´le plus mineur, sa simple prĂ©sence magnĂ©tise l’Ă©cran, comme si chaque mot pesait le poids des siècles. Oliver Tobias, en hĂ©ros de circonstance, incarne avec une nonchalance racĂ©e cet aventurier amoureux parfois faillible, partagĂ© entre bravade et rĂ©signation. Il ne surjoue rien, mais laisse filtrer, dans ses silences, une attachante noblesse d'âme et de loyautĂ©. Puneet Sira, dans son jeune rĂ´le, apporte une touche d’innocence vive, parfois un peu maladroite, mais jamais fausse. Il offre au rĂ©cit une ancre Ă©motionnelle simple, presque candide, au cĹ“ur d’un monde de dupes. Milo O’Shea, enfin, s’amuse visiblement dans son rĂ´le de prĂŞtre excentrique. Il en fait peut-ĂŞtre un peu trop, mais avec une verve gĂ©nĂ©reuse qui n’est jamais dĂ©placĂ©e — un contrepoint fantasque qui colore la poussière ambiante d’un Ă©clat d’ironie. Emma Samms, quant Ă  elle, irradie d’un Ă©clat discret mais tenace. Son jeu, tout en retenue, mĂŞle une grâce un peu mĂ©lancolique Ă  une force intĂ©rieure inattendue. Elle semble parfois perdue dans cet univers d’hommes et de poussière, mais ses regards, ses silences, trahissent une volontĂ© farouche, presque mystique. Elle incarne moins un personnage qu’un souffle d’Ă©nigme — une prĂ©sence qui traverse le rĂ©cit comme une brise venue d’ailleurs.

Le TrĂ©sor de la montagne sacrĂ©e n’a pas l’ampleur des grandes fresques du genre, mais il en garde l’ombre, le parfum. Une Ĺ“uvre modeste, oui, mais animĂ©e d’une foi sincère dans le pouvoir du cinĂ©ma d’aventures Ă  l’ancienne, celui qui, sans dĂ©tour, regarde l’horizon comme on fixe un mirage — avec espoir, avec fièvre.

*Eric Binford
08.05.25. 4èx

lundi 19 juillet 2021

Cop

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James B. Harris. 1988. U.S.A. 1h51. Avec James Woods, Lesley Ann Warren, Charles Durning, Charles Haid, Raymond J. Barry, Randi Brooks.

Sortie salles France: 25 Janvier 1989. U.S: 11 Mars 1988

FILMOGRAPHIEJames B. Harris est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 3 aoĂ»t 1928 Ă  New York. 1965 : Aux postes de combat. 1973 : Some Call It Loving. 1982 : Fast-Walking. 1988 : Cop. 1993 : L'ExtrĂŞme Limite (Boiling Point). 

Si James B. Harris n’a laissĂ© derrière lui qu’une carrière aussi brève que discrète, il aura nĂ©anmoins signĂ© l’une des Ĺ“uvres les plus marquantes du thriller amĂ©ricain des annĂ©es 80. Cop, portĂ© Ă  bout de bras par un James Woods habitĂ©, adaptĂ© d’un roman de l’illustre James Ellroy, s’impose comme bien plus qu’une simple sĂ©rie B. Sous ses faux airs modestes, ce psycho-killer symptomatique de son Ă©poque dĂ©ploie un suspense criminel d’une noirceur poisseuse, nourri par un cheminement narratif aussi imprĂ©visible que dĂ©lĂ©tère.

Au centre du rĂ©cit, Lloyd Hopkins, flic sournois, cynique et expĂ©ditif, Ă©volue dans un univers gangrenĂ© par la corruption, la drogue, la prostitution et les flics ripoux qui entravent son enquĂŞte. Depuis quinze ans, un serial-killer sĂ©vit dans le quartier : un tueur de prostituĂ©es, poète macabre, qui envoie gerbes de fleurs et vers morbides Ă  ses victimes. Ă€ l’aide de tĂ©moignages fĂ©minins, Lloyd s’acharne Ă  dĂ©masquer l’assassin, usant et abusant de son insigne lors de ripostes aussi tranchĂ©es que discutables. Si l’intrigue peut sembler exigeante pour le spectateur distrait, Cop captive par l’intelligence d’un James B. Harris rĂ©solument rĂ©fractaire au conformisme et aux clichĂ©s du produit standardisĂ©.

PortĂ© par un score monocorde et opaque, flirtant avec les sonoritĂ©s du film d’horreur, Cop adopte la carrure d’un psycho-killer franc-tireur et dresse une galerie de portraits aussi marginaux que grotesques - notamment cette Ă©crivaine godiche, Ă  deux doigts de se faire dessouder par ignorance sirupeuse. L’action, volontairement parcimonieuse, frappe toujours au moment juste, ciblĂ©e, suivant la logique tordue des lĂ©gitimes dĂ©fenses de Lloyd, prĂŞt Ă  Ă©radiquer tout ennemi croisant sa route. James Woods y crève l’Ă©cran, incarnant un flic en rut, indĂ©pendant, rustre, rĂ©actionnaire et parfois manipulateur, prĂŞt Ă  tout pour parvenir Ă  ses fins. On savoure aussi quelques Ă©clats d’humour acide, surgissant de rĂ©parties irascibles ou de situations absurdes - l’interrogatoire avec l’Ă©crivaine et la première rencontre avec la prostituĂ©e de luxe adepte des partouzes valent leur pesant de cacahuètes.

PonctuĂ© d’Ă©clairs de violence froide, sèche et impressionnante, Cop distille un climat d’insĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©neux et persistant, et joue finalement dans la cour des grands grâce Ă  une narration tortueuse, farouchement rĂ©fractaire Ă  l’ornière. James Woods, Ă©paulĂ© par l’accort et bon vivant Charles Durning, monopolise l’Ă©cran avec une pugnacitĂ© imparable, donnant naissance Ă  des figures profondĂ©ment anti-manichĂ©ennes. De ce fait, Cop conserve aujourd’hui une patine proĂ©minente, fruit d’un emballage âpre et discourtois, aucunement conçu pour plaire Ă  tous.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
4èx. 26.01.26. vf video projo

vendredi 16 juillet 2021

Dans ma peau

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marina de Van. 2002. France. 1h34. Avec Marina de van, Laurent Lucas, LĂ©a Drucker, Thibault de Montalembert, Dominique Reymond, Bernard Alane, Marc Rioufol. 

Sortie salles France: 4 Décembre 2002 (Int - 16 ans avec mention: certaines scènes du film peuvent être difficilement soutenable).

FILMOGRAPHIEMarina de Van est une réalisatrice, scénariste, écrivaine et actrice française de cinéma, née le 8 février 1971 à Boulogne-Billancourt. 2002 : Dans ma peau. 2009 : Ne te retourne pas. 2011 : Le Petit Poucet (Téléfilm). 2013 : Dark Touch.

 
La femme qui se mange elle-mĂŞme
Ĺ’uvre extrĂŞme flirtant avec l’horreur viscĂ©rale, Dans ma peau nous plonge dans la dĂ©rive autodestructrice d’une jeune femme, Esther, qui bascule dans l’automutilation après s’ĂŞtre accidentellement blessĂ©e Ă  la jambe - sans mĂŞme ressentir la moindre douleur sur le moment. Le film, formellement dĂ©conseillĂ© aux âmes sensibles, expose des sĂ©quences Ă  la limite du soutenable tant leur rĂ©alisme cru nous malmène (j’ai moi-mĂŞme dĂ» dĂ©tourner les yeux Ă  deux reprises). Premier long-mĂ©trage de Marina de Van, qui en signe aussi la mise en scène et le rĂ´le principal, Dans ma peau s’impose comme une Ă©prouvante expĂ©rience corporelle : la mutilation, la scarification, l’anthropophagie s’y enchaĂ®nent au fil de pulsions morbides incontrĂ´lables - pour ne pas dire littĂ©ralement addictives.

TroublĂ©e de ne pas avoir ressenti la douleur initiale, l’hĂ©roĂŻne tente de renouer avec son corps, de le ressentir Ă  nouveau, en martyrisant sa peau. Une quĂŞte nĂ©vrotique, presque mystique, de souffrance intime. Ce film d’auteur premier degrĂ©, redoutablement malaisant, nous aspire dans sa mise en scène clinique et Ă©purĂ©e, si bien que l’on observe la dĂ©liquescence morale de son personnage avec une fascination rĂ©pulsive. Le sang, les plaies bĂ©antes, les morceaux de chair s’imposent avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©tronomique.

Mais au-delĂ  de sa rigueur formelle, Ă©trange, poĂ©tique, presque documentaire, le film est transcendĂ© par le jeu schizo de Marina de Van, absolument terrifiante en victime dĂ©pressive qui, par le goĂ»t du sang, apprend Ă  rĂ©interprĂ©ter - remodeler ? - son corps, Ă  l’aimer, Ă  le possĂ©der, Ă  s’y fondre. Jusqu’Ă  se tailler un morceau de peau qu’elle tanne pour le glisser entre son sein et son soutien-gorge. Nouvelle chair. Nouvelle identitĂ©.

Peut-ĂŞtre faut-il y voir une mĂ©taphore du malaise moderne, celui d’un monde du travail aliĂ©nant, cannibalisĂ© par la rentabilitĂ© et la performance. Dans ce cadre, le film laisse aussi transparaĂ®tre l’Ă©goĂŻsme rampant et l’opportunisme glacĂ© de collègues en guerre larvĂ©e (la discussion au restaurant entre confrères et consĹ“urs en est l’Ă©cho parfait). Tandis que Sandrine, amie envieuse, se mue en rivale sourde et sadique, dans sa course infantile au pouvoir après avoir dĂ©crochĂ© un poste de leader.


La nouvelle chair.
Qu’on y adhère ou qu’on le rejette en bloc, cet objet filmique inclassable, rigoureusement autre et profondĂ©ment couillu, ne peut laisser indiffĂ©rent tout passionnĂ© de cinĂ©ma en quĂŞte d’expĂ©rience. Aussi malsain et dĂ©rangeant que soit son contenu, Dans ma peau Ă©vite toute complaisance - un exploit vu la nature scabreuse, dĂ©viante, de sa matière. Étouffant, psychologiquement terrifiant, le film ausculte l’accoutumance pathologique d’une femme en chute libre, irrĂ©mĂ©diablement seule, avec une tension qui semble sans retour, malgrĂ© une fin laissĂ©e ouverte.

L’Ĺ“uvre tire sa puissance de fascination d’un langage visuel rĂ©solument sensoriel, transfigurĂ© par la prĂ©sence ambivalente de Marina de Van, dont les expressions faciales - effacĂ©es, indicibles - perturbent, inquiètent, dĂ©sarçonnent. Face Ă  Laurent Lucas, excellent compagnon dĂ©passĂ© par les simulacres de son amante, elle impose une aura froide, Ă©rotisante, troublĂ©e, dĂ©nuĂ©e de logique, de rĂ©solution, de mots.

Un film pour public averti, mais essentiel.

*Eric Binford
2èx

jeudi 15 juillet 2021

L'Anti-gang

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

"Sharky's Machine" de Burt Reynolds. 1981. U.S.A. 2h02. Avec Burt Reynolds, Charles Durning, Vittorio Gassman, Brian Keith, Bernie Casey, Rachel Ward, Darryl Hickman, Earl Holliman, Henry Silva. 

Sortie salles France: 7 Juillet 1982 (Int - 13 ans). U.S: 18 Décembre 1981 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Burton Leon Reynolds, dit Burt Reynolds est un acteur, producteur de cinĂ©ma et cascadeur amĂ©ricain nĂ© le 11 fĂ©vrier 1936 Ă  Lansing au Michigan, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 septembre 2018 Ă  Jupiter en Floride. 1976 : Gator. 1978 : Suicidez-moi docteur. 1985 : Stick, Le Justicier de Miami. 1993: La gloire oubliĂ©e (TV Movie). 1993: Harlan & Merleen (TV Movie). 1998: Hard time - Coup dur (TV Movie). 2000 : The Last Producer. 


Encore une oeuvre maudite, un polar urbain oubliĂ© des annĂ©es 80, une perle rare que Burt Reynolds  rĂ©alisa avec inspiration somme toute consciencieuse. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure, l'Anti-gang peut se targuer d'ĂŞtre sa plus grande rĂ©ussite (nulle hĂ©sitation possible !) Ă  travers son lot d'actions sanglantes (peu de le dire !), de suspense latent surfant sur le principe du psycho-killer (il y plane parfois un climat dĂ©lĂ©tère aux cimes de l'horreur; notamment de par la prestance hallucinĂ©e d'Henry Silva habitĂ© par son personnage de junkie psychotique), de romance suave et de policier investigateur. Le tout mis en scène avec une solide inventivitĂ© afin d'y dĂ©tourner les codes de manière aussi finaude que narquoise (ah ce 1er baiser fallacieux que Sharky hĂ©site Ă  Ă©changer avec Dominoe lors de regards mutiques !). Le pitch: Ă  la suite d'une bavure ayant engendrĂ© la mort d'une victime par un preneur d'otage froidement abattu l'instant d'après, « Sharky » se retrouve mutĂ© Ă  la brigade des moeurs pour prendre en filature une prostituĂ©e de luxe. Mais un mystĂ©rieux assassin poursuit sa sĂ©rie de meurtres auprès de jeunes catins en coĂŻt avec des sĂ©nateurs. Quand bien mĂŞme Sharky est sur le point d'alpaguer un Ă©minent macro en Ă©troite connivence avec son frère toxico, le tĂ©nĂ©breux "Billy Score". Clairement influencĂ© par la saga l'Inspecteur Harry et son fameux 357 magnum, L'Anti-gang rĂ©exploite surtout le flingue et ses Ă©clairs de violence encore plus incisifs (aux States le film est interdit aux moins de 17 ans) au sein d'une efficace intrigue minutieusement charpentĂ©e. 


Burt Reynolds
soignant autant la caractĂ©risation de ses personnages, en prime de nous dresser un magnĂ©tique profil de flic Ă  la fois stoĂŻque, rĂ©ac, studieux et empathique (sa relation naissante avec Dominoe donne lieu Ă  des Ă©treintes romantiques d'une Ă©lĂ©gance Ă©purĂ©e, sans compter une splendide et mĂ©lancolique vision fantasmatique biaisĂ©e) que sa rĂ©alisation assidue oĂą rien n'est laissĂ© au hasard (dĂ©cors high-tech parfaitement exploitĂ©s Ă  l'appui avec en sus un Ă©pilogue vertigineux en gratte-ciel). Burt Reynolds se fondant dans le corps d'un flic en faction au tempĂ©rament discret et laconique mais perspicace dans sa colère contenue lorsqu'il s'agit de mettre hors d'Ă©tat de nuire un rĂ©seau de prostitution huppĂ©e. Et si Burt Reynolds monopolise l'Ă©cran sans jamais singer Harry Callahan pour imposer sa personnalitĂ© autonome, les seconds-rĂ´les dĂ©lĂ©tères, machiavĂ©liques, ne sont pas en reste. Tant auprès du monstre sacrĂ© Vittorio Gassman en mac pĂ©dant injectĂ© d'arrogance Ă  travers ces petits yeux noirs viciĂ©s, que du monolithique Henry Silva absolument bluffant d'expression dĂ©moniale Ă  travers ses hurlements hystĂ©risĂ©s faute d'abus de coke. Probablement l'un de ses meilleurs rĂ´les Ă  l'Ă©cran, tout du moins le plus Ă©lectrisant, se permettant d'ailleurs Ă  un moment fatidique de larmoyer face Ă©cran avec un rĂ©alisme toujours aussi trouble que dĂ©rangeant. Qui plus est, le final homĂ©rique se permet d'y exacerber sa prĂ©sence dĂ©lĂ©tère en instaurant subitement un climat horrifique Ă  la lisière du surnaturel ! Une dĂ©marche aussi couillue que convaincante grâce au talent de la rĂ©alisation profilant cet acteur charismatique en proie Ă  une haine indĂ©crottable. Quant Ă  l'envoĂ»tante Rachel Ward (Ă  la carrière hĂ©las concise mais fascinante),  elle illumine naturellement l'Ă©cran de sa prĂ©sence charnelle aussi voluptueuse que rassurante. Aucunement potiche, elle livre une sobre prestance de prostituĂ©e au grand coeur en instaurant parfois des sĂ©quences intimistes quelque peu empathiques dans sa condition soumise sans Ă©chappatoire. 


Captivant et passionnant de par son enquĂŞte soigneusement brodĂ©e, cinglant et sans concession auprès de ses bravoures sanguinolentes impeccablement montĂ©es, surprenant et frĂ©quemment imprĂ©visible Ă  travers ces rebondissements ou situations faussement Ă©culĂ©es, L'Anti-gang se dĂ©cline en polar de grande classe en prime d'y cĂ´toyer le psycho-killer en mode thriller Ă©rotique. Si bien que De Palma s'en serait peut-ĂŞtre inspirĂ© pour y parfaire Body Double (notamment auprès de la posture spectrale, assumĂ©e, du tueur sans pitiĂ©, comme extirpĂ© d'un film d'horreur). A ne pas rater, ou Ă  redĂ©couvrir d'urgence sous l'impulsion d'un score gĂ©nialement stylĂ© oscillant Jazz, Funk and Soul ! 

*Eric Binford. 
3èx

mardi 13 juillet 2021

Comme un homme libre

                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Jericho Mile" de Michael Mann. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Peter Strauss, Richard Lawson, Roger E. Mosley, Brian Dennehy, Geoffrey Lewis, Billy Green Bush, Ed Lauter, Beverly Todd, William Prince, Miguel Pinero, Richard Moll, Edmund Penney.

Sortie salles France: 6 Mai 1981. U.S: 18 March 1979 (diffusion ABC)

FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain nĂ© le 5 fĂ©vrier 1943 Ă  Chicago, dans l'État de l'Illinois, aux États-Unis. 1979: Comme un homme libre, 1981 : Le Solitaire, 1983 : La Forteresse noire, 1986 : Le Sixième Sens, 1992 : Le Dernier des Mohicans, 1995 : Heat, 1999 : RĂ©vĂ©lations, 2001 : Ali, 2004 : CollatĂ©ral,  2006 : Miami Vice - Deux flics Ă  Miami ,2009 : Public Enemies. 2015 : Hacker 


“Tout ce que tu vois, derrière ou devant toi, tu dois le dĂ©passer en te dĂ©passant toi-mĂŞme.”
OubliĂ© de nos jours, Comme un homme libre est le premier long-mĂ©trage de Michael Mann rĂ©alisĂ© pour la tĂ©lĂ©vision. Sa diffusion programmĂ©e sur la chaine ABC le 18 Mars 1979 eut un tel Ă©cho mĂ©diatique qu'elle fut rĂ©exploitĂ©e dans certaines salles de cinĂ©ma (ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  le cas 8 ans plus tĂ´t avec Duel de Spielberg). Quand bien mĂŞme sa diffusion TV chez nous aura marqua toute une gĂ©nĂ©ration de tĂ©lĂ©spectateurs fascinĂ© par les talents athlĂ©tiques d'un taulard pas comme les autres. Le pitch: Rain Murphy est un dĂ©tenu du pĂ©nitencier de Folsom condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© pour le meurtre sauvage de son père. Afin de palier sa routine, faute de sa privation de libertĂ©, il court machinalement autour du terrain de la prison sans jamais y Ă©prouver un sentiment de lassitude. Et ce face au tĂ©moignage mĂ©dusĂ© de la populace carcĂ©rale et de son directeur compatissant. Au point d'ailleurs que celui-ci lui propose de concourir aux jeux olympiques ! Avec un certain souci de rĂ©alisme proche du documentaire, le nĂ©ophyte Michael Mann exploite son intrigue au coeur d'un vĂ©ritable pĂ©nitencier de Californie, et ce parmi la prĂ©sence d'authentiques prisonniers purgeant leur peine. Ainsi, durant le tournage parfois houleux, un meurtre fut hĂ©las perpĂ©trĂ© sans qu'un quelconque comĂ©dien n'y soit impliquĂ©. Scrupuleusement dĂ©peint, l'atmosphère Ă©touffante du pĂ©nitencier Ă©clairĂ© d'un soleil Ă©crasant n'a pas de peine Ă  nous immerger dans cet environnement marginal oĂą plane incessamment les provocations entre bandes rivales. 


Par consĂ©quent, parmi cette foule peu recommandable aussi sournoise qu'arrogante, un dĂ©tenu s'extirpe du lot. Il s'agit de Larry Murphy condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© mais aspirĂ© Ă  retrouver un semblant de libertĂ© de par son enjeu d'une course Ă  pied en interne de la cour de la prison surveillĂ©e par les géôliers. Ainsi, avec la permission du directeur accort et de l'aide fraternelle de prisonniers afros rĂ©solument reconnaissants pour son courage et son amitiĂ© indĂ©fectible pour l'un des leurs, le terrain de l'Ă©tablissement y devient une piste chevronnĂ©e afin de parfaire ses performances. Dès lors, Murphy va pouvoir s'entrainer dans des conditions idĂ©ales et ainsi envisager de participer aux fameux jeux olympiques bien qu'il prĂ©fère expier sa faute dans une solitude assumĂ©e. Au-delĂ  de la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, connus et mĂ©connus, assez attachants et au charisme assorti, Peter Strauss s'y dĂ©tache haut la main dans celui du coureur aguerri rongĂ© par une culpabilitĂ© morale irrĂ©vocable. DĂ©terminĂ© et acharnĂ© Ă  accomplir un exploit afin de cultiver la rĂ©demption, Peter Strauss se transcende corps et âme, mâchoire serrĂ©e, pour se donner un nouveau sens Ă  sa vie dans sa condition recluse. Ainsi, grâce Ă  sa force d'expression pugnace et Ă  sa rĂ©silience communicative, l'acteur soulève le mĂ©trage du poids de ses agiles Ă©paules avec une dignitĂ© poignante. L'intĂ©rĂŞt de l'intrigue rĂ©sidant dans son Ă©volution morale Ă  se pardonner sa culpabilitĂ© en affichant une rĂ©silience qui laissera pantois d'admiration tout le corps carcĂ©ral après un règlement de compte meurtrier et en dĂ©pit de la dĂ©cision drastique d'un dirigeant impassible. 


Vivre libre.
En dĂ©pit d'un score obsolète plutĂ´t inappropriĂ© auprès de certaines actions romantisĂ©es (alors que paradoxalement son thème principal affiche une tonalitĂ© cadencĂ©e beaucoup plus idoine), Comme un homme libre reste un tĂ©moignage fort du surpassement de soi auprès d'un taulard en guerre contre lui mĂŞme pour autant dĂ©cidĂ© Ă  accomplir l'improbable en guise de catharsis. Humble et loyal, torturĂ© et Ă©corchĂ© la rage au ventre, spartiate et intransigeant auprès de son Ă©thique, Peter Strauss imprimant de son empreinte un poignant portrait de forçat renouant avec la libertĂ© (morale et corporelle) par sa passion du sprint. 

*Bruno
13.07.21. 3èx
21.02.11

lundi 12 juillet 2021

Alphabet City

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Amos Poe. 1984. U.S.A. 1h25. Avec Vincent Spano, Michael Winslow, Kate Vernon, Jami Gertz, Zohra Lampert, Raymond Serra. 

Sortie salles France: 27 fĂ©vrier 1985. U.S.A: 4 Mai 1984

FILMOGRAPHIEAmos Poe est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1949 Ă  Tel-Aviv, IsraĂ«l. Night Lunch (1975). The Blank Generation (1976). Unmade Beds[2] (1976). The Foreigner (1978). TV Party (1978). Subway Riders (1981). Alphabet City (1985). Rocket Gibraltar (1988) (screenplay)
Triple Bogey on a Par Five Hole (1991). Dead Weekend (1994). Frogs for Snakes (1998). 29 Palms (2001) (murchian engineering). Steve Earle: Just An American Boy (2003). When You Find Me (2004). John The Cop (2004). Her Illness (2004). Empire II (2007). La Commedia di Amos Poe (2010). Ladies & Gentlemen (2012). A Walk in the Park (2012). Happiness Is a Warm Gun (2015). 


SĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80 (tournĂ©e en seulement 20 nuits), Alphabet City n'Ă©chappe pas aux poncifs et au personnages caricaturaux Ă  travers un scĂ©nario prĂ©visible beaucoup trop faible pour captiver le spectateur embarquĂ© dans la virĂ©e nocturne d'un petit caĂŻd de la drogue mis Ă  mal avec sa hiĂ©rarchie après avoir refusĂ© une mission. Si Vincent Spano demeure quelque peu attachant en mafieux en herbe au tempĂ©rament (gentiment) rebelle tentant de se fonder un semblant de vie familiale malgrĂ© sa marginalitĂ© criminelle, les autres seconds-rĂ´les sont beaucoup trop outrĂ©s dans leur posture caricaturale Ă  forcer le trait d'expressions surjouĂ©es. Et si l'ensemble s'avère Ă©culĂ© et que les situations effleurent la semi-parodie le rythme est bizarrement assez soutenu (Ă©paulĂ© de l'omniprĂ©sence de sa bande-son pop dĂ©suète), sa rĂ©alisation parfois stylisĂ©e et son climat nocturne quelque peu surrĂ©aliste (nĂ©ons Ă  dominante rouge, rose et bleue). Si bien que Alphabet City dĂ©gage un petit charme bisseux symptomatique des annĂ©es 80 tout en Ă©tant largement dispensable. 


*Eric Binford
2èx

jeudi 8 juillet 2021

Frankie et Johnny

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ebay.fr

de Garry Marshall. 1991. U.S.A. 1h58. Avec Al Pacino, Michelle Pfeiffer, Hector Elizondo, Nathan Lane, Kate Nelligan, Jane Morris 

Sortie salles France: 5 Février 1992

FILMOGRAPHIE: Garry Masciarelli, dit Garry Marshall, nĂ© le 13 novembre 1934 Ă  New York et mort le 19 juillet 2016 Ă  Burbank (Californie), est un acteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 1982 : Docteurs in love. 1984 : Le Kid de la plage. 1986 : Rien en commun. 1987 : Un couple Ă  la mer. 1988 : Au fil de la vie. 1990 : Pretty Woman. 1991 : Frankie et Johnny. 1994 : Exit to Eden. 1996 : Escroc malgrĂ© lui. 1999 : L'Autre SĹ“ur. 1999 : Just Married. 2001 : Princesse malgrĂ© elle. 2004 : Fashion Maman. 2004 : Un Mariage de princesse. 2007 : Mère-fille, mode d'emploi. 2010 : Valentine's Day. 2011 : Happy New Year. 2016 : Joyeuse fĂŞte des mères. 


Une ballade romantique fĂ©rue de charme, d'humour et de tendresse Ă  la faveur du couple fusionnel Pacino / Pfeiffer. 
Reconnu avec son succès planĂ©taire Pretty Woman, Gary Marshall remet le couvert un an plus tard avec Frankie et Johnny. Une romcom pleine de bons sentiments que les midinettes raffolent prioritairement Ă  travers un concentrĂ© d'humour frivole et de tendresse romantique. InĂ©vitablement mielleux donc Ă  travers 2/3 sĂ©quences triviales, caricatural au possible auprès d'une poignĂ©e de seconds-rĂ´les forçant le trait, parfois maladroit de par sa rĂ©alisation classique exploitant des clichĂ©s gros comme des boules de billard, un peu trop gentillet aussi ou carrĂ©ment improbable auprès de situations romancĂ©es (le type sortant de prison comme s'il revenait du club-med face Ă  un géôlier mimant la mine impassible, arme Ă  la main), Frankie et Johnny ne peut faire office de chef-d'oeuvre bien que les critiques et le public ne furent pas insensibles Ă  la nouvelle contribution sentimentale de Gary Marshall. Et pourtant, 1h58 durant, le miracle opère comme par magie. Ou plutĂ´t grâce au tempĂ©rament incandescent du couple Al Pacino / Michelle Pfeiffer, le film dĂ©gage un charme et une spontanĂ©itĂ© aussi rafraichissantes que galvanisantes. Si bien que Franky et Johnny parvient haut la main Ă  nous duper et Ă  nous manipuler de par les Ă©changes tantĂ´t torrides, tantĂ´t houleux du couple orageux en voie perpĂ©tuelle de contradiction. Et ce sans jamais nous lasser d'une scène de mĂ©nage en trop, notamment grâce Ă  l'utilisation judicieuse d'un humour quasi omniprĂ©sent, voir parfois mĂŞme très drĂ´le.

On peut d'ailleurs Ă©voquer l'exploit tant la recette habilement fusionnelle y porte ses fruits sans prĂ©tention. Johnny Ă©tant frappĂ© du coup de foudre dès son embauche au snack de leur première rencontre, Frankie Ă©tant pĂ©trie de trouille Ă  l'idĂ©e de s'engager auprès de ce cuisinier Ă©loquent fraĂ®chement sorti de dĂ©tention pour une fraude bancaire. Par consĂ©quent, de par son intensitĂ© Ă©motionnelle Ă©tonnamment pure, vertueuse et si scintillante, on peut rapprocher l'alchimie du couple Ă  celui de Rocky et Adrian Ă  travers leurs ballades romantiques (parfois crĂ©pusculaires) inscrites dans la simplicitĂ© des sentiments et la tendresse candide que Pacino provoque incessamment sans ambages. Les 2 acteurs se livrant corps et âme face camĂ©ra avec une redoutable efficacitĂ© eu Ă©gard de leurs Ă©treintes et apartĂ©s romantiques qu'ils nous communiquent dans une modestie souvent intime si on Ă©pargne leur crĂ©page de chignon en communautĂ© amicale. Michelle Pfeiffer insufflant une prestance renfrognĂ©e nullement outrĂ©e et encore moins ridicule en femme blessĂ©e d'un passĂ© rĂ©solument torturĂ©. Taciturne et frigide mais curieuse et sensiblement attirĂ©e Ă  travers ses sentiments et rĂ©flexions contradictoires oĂą le chaud et le froid ne cessent de s'y tĂ©lescoper, Michelle Pfeiffer crève l'Ă©cran de A Ă  Z sans jamais nous susciter une Ă©motion programmĂ©e prĂ©judiciable. Al Pacino tentant d'y percer les causes de sa souffrance morale avec une verve aussi chaleureuse que loyale au grĂ© de ses ardents sentiments pour elle qu'il chĂ©rit sans modĂ©ration. LĂ  aussi l'acteur viril demeure tout bonnement Ă©clatant de sincĂ©ritĂ© dans sa fonction de Dom Juan empotĂ© pour autant productif dans ses intentions de prĂ©tendant intègre. 


Je t'aime, moi non plus. 
D'une simplicitĂ© prĂ©visible Ă  travers l'universalitĂ© d'un amour en demi-teinte oĂą l'un ne cesse d'y faire marche arrière par peur de l'engagement alors que l'autre emprunte un cheminement autrement optimiste Ă  travers sa persuasion amoureuse, Frankie et Johnny se permet en outre d'y traiter en filigrane le thème de la violence conjugale du point de vue de la femme molestĂ©e incapable de se reconstruire passĂ©e l'Ă©preuve traumatique. En dĂ©pit de ses maladresses prĂ©citĂ©es, de son manque de tact et de subtilitĂ© et de ses conformitĂ©s trop aimables, Frankie et Johnny est un trĂ©sor d'Ă©motions  gratifiantes en compagnie d'un couple d'acteurs au diapason de leur carrière. Rien que pour leur complĂ©mentaritĂ© dĂ©miurge (ils Ă©taient vraiment fait l'un pour l'autre Ă  travers le conte !), cette ballade romantique Ă  la fois drĂ´le, charnelle et attendrissante atteint haut la main son but: ensorceler le spectateur infiniment troublĂ©, charmĂ©, consumĂ© par leur symbiose amoureuse !

DĂ©dicace Ă  Sonia. 

*Bruno
2èx

mardi 6 juillet 2021

Les Guerriers de l'Enfer

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Who'll Stop the Rai" de Karel Reisz. 1978. U.S.A. 2h06. Avec  Nick Nolte, Jonathan Banks, Michael Moriarty, Tuesday Weld, Anthony Zerbe, Richard Masur, Ray Sharkey, Gail Strickland.

Sortie salles France: ?. U.S: 2 AoĂ»t 1978

FILMOGRAPHIEKarel Reisz est un réalisateur, producteur et théoricien du cinéma puis un metteur en scène de théâtre britannique d'origine tchécoslovaque, né le 21 juillet 1926 à Ostrava (ex-Tchécoslovaquie), décédé le 25 novembre 2002 à Londres. 1955 : Momma Don't Allow (court métrage documentaire). 1958 : We Are the Lambeth Boys (documentaire). 1960 : Samedi soir, dimanche matin. 1964 : La Force des ténèbres. 1966 : Morgan. 1968 : Isadora. 1974 : Le Flambeur. 1978 : Les Guerriers de l'enfer (Who'll Stop the Rain). 1981 : La Maîtresse du lieutenant français. 1985 : Sweet Dreams. 1990 : Chacun sa chance. 1994 : Performance - épisode The Deep Blue Sea (TV). 2000 : Act Without Words I (TV).


DĂ©couvrir pour la 1ère fois en 2021, et Ă  titre de (grande) curiositĂ©, ce drame guerrier totalement passĂ© aux oubliettes prouve Ă  quel point le cinĂ©ma des annĂ©es 70 reste une source intarissable de classiques inoxydables de par son âpre rĂ©alisme dĂ©nuĂ© de fioriture. Car Les Guerriers de l'Enfer a beau ĂŞtre honteusement non reconnu, il demeure selon moi l'un des plus forts tĂ©moignages que le cinĂ©ma ricain nous ait offert sur la guerre du Vietnam. En tout Ă©tat de cause le plus intègre, le plus authentique, le plus  sombre et dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  travers son climat fĂ©tide transpirant haine et avarice. Omettez cependant son titre fallacieux que les français ont osĂ© singer afin sans doute de rameuter le grand public friand d'action belliqueuse, si bien que "Qui arrĂŞtera la pluie" "Who'll Stop the Rai" est avant tout un puissant drame psychologique que Nick Nolte (certains critiques prĂ©tendent qu'il s'agit - Ă  raison - d'un de ses meilleurs rĂ´les), Michael Moriarty (toujours abonnĂ© aux seconds-rĂ´les de paumĂ© avenant avec un talent ici au diapason !), Tuesday Weld (superbe portrait de femme fragile en junkie en devenir) impriment de leur talent avec une force d'expression tacitement sentencieuse. Par consĂ©quent, l'intrigue tourne autour de la rivalitĂ© latente entre des agents fĂ©dĂ©raux vĂ©naux (principalement une paire d'engeances ne reculant devant rien pour gruger 2 kilos d'hĂ©ro) et 2 combattants du vietnam tout juste rentrĂ©s au bercail. Or, livrĂ© Ă  lui mĂŞme et traumatisĂ© par les horreurs du passĂ©, John Converse (Michael Moriarty) se permet de passer en contrebande de l'hĂ©roĂŻne avec l'aide de son comparse Ray Hicks (Nick Nolte), jeune loup autrement stoĂŻque. 


Mais au moment du R.V fixĂ© au foyer conjugal, Ray se retrouve seul avec l'Ă©pouse de John ignorant tout de leur transaction alors que 2 flics y surveillent sa demeure. VoilĂ  pour l'exposĂ© brillamment mis en scène si bien que Karel Reisz affiche une circonspection Ă  la prĂ©sentation de ces personnages empotĂ©s impliquĂ©s dans un pathĂ©tique compromis avec des agents sans vergogne. C'est Ă©galement ce qui fait la force de l'intrigue habilement structurĂ©e (puisque TOUJOURS imprĂ©visible) car plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera ! Autant dire que l'oeuvre Ă  la fois insidieuse et lestement malsaine captive dès le dĂ©part avec l'entrĂ©e en matière de tous ces personnages vĂ©reux ne comptant que sur leur indĂ©pendance pour venir Ă  bout de leur dĂ©sir. Anti-manichĂ©en quant Ă  ses anciens combattants fascinĂ©s par le nouveau marchĂ© juteux de la drogue dure, les Guerriers de l'Enfer laisse un goĂ»t de plus en plus âcre dans la bouche lorsque ceux-ci ont dĂ©cidĂ© de passer au front lors d'un final westernien d'une originalitĂ© audacieuse. Karel Reisz  injectant une dose d'ironie acide Ă  travers sa sinistre farce de règlements de compte sanglants. Une mise en scène "pop rock opĂ©ratique" dĂ©tournant le symbolique "peace and love" peinturĂ©e sur une falaise, oĂą l'action lisible s'y confine d'autant plus de nuit ! Intense et captivant, de par son suspense alĂ©atoire et la posture couillue de ces protagonistes aussi entĂŞtĂ©s que suicidaires, Les Guerriers de l'Enfer suscite une Ă©motion Ă  la fois trouble et poignante auprès de ces laissĂ©s pour compte se rĂ©fugiant dans l'illusion de la drogue en guise d'exutoire moral. 


Remarquablement interprĂ©tĂ© par un cast vibrant d'Ă©motions dĂ©pouillĂ©es de par le brio de la mise en scène soumise Ă  leurs actions acharnĂ©es, les Guerriers de l'Enfer nous laisse sur une mĂ©lancolique impression de dĂ©faite en dĂ©pit de sa lueur d'espoir de dernier ressort que l'on entĂ©rine facilement. D'une intensitĂ© dramatique sobrement instillĂ©e, ce grand film âpre, violent et pessimiste cultive un sentiment d'amertume poignant Ă  travers son rĂ©quisitoire contre les consĂ©quences morales de la guerre du Vietnam tout en Ă©gratignant ostensiblement le piège avilissant de la drogue. C'est donc Ă©videmment Ă  ne pas rater afin de tenter de lui offrir une seconde vie, bouche Ă  oreille aidant si possible. 

*Eric Binford (immense merci Ă  buddy-movierepack, en espĂ©rant voir dĂ©barquer un jour prochain une Ă©dition blu-ray digne d'Ă©loges, on a bien le droit de rĂŞver !)

Ci-joint sa superbe affiche ricaine :

lundi 5 juillet 2021

Trois Heures, l'heure du crime

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Three O'Clock High" de Phil Joanou. 1987. U.S.A. 1h29. Avec Casey Siemaszko, Annie Ryan, Richard Tyson, Stacey Glick, Jonathan Wise, Jeffrey Tambor

Sortie salles U.S: 9 Octobre 1983. InĂ©dit en salles en France. 

FILMOGRAPHIEPhil Joanou est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 20 novembre 1961 Ă  La Cañada Flintridge en Californie (États-Unis).1984 : Last Chance Dance (court mĂ©trage). 1987 : Trois heures, l'heure du crime. 1990 : Les Anges de la nuit. 1992 : Sang chaud pour meurtre de sang-froid. 1996 : Vengeance froide. 1988 : U2: Rattle and Hum (documentaire sur U2). 1999 : Entropy. 2006 : RĂ©demption. 2012 : Dirty Laundry (court mĂ©trage). 2016 : The Veil. 

Objet d'infortune s'il en est, de par son Ă©chec public aux States, sa privation de salle chez nous et la discorde entre Spielberg, producteur ayant soutirĂ© son nom au gĂ©nĂ©rique, et Phil Joanou, rĂ©alisateur nĂ©ophyte l'ayant trahi Ă  concevoir une copie de KaratĂ© Kid, Trois heures, l'heure du crime est une perle rare comme on en voit peu dans la comĂ©die. Autrement dit un vrai film culte que ce teen movie dĂ©calĂ© parvenant Ă  imprimer sa propre personnalitĂ© afin de se dĂ©marquer de l'ornière codifiĂ©e. Le rĂ©alisateur demeurant scrupuleusement attentif Ă  sa rĂ©alisation inventive, tant en terme de souci technique (avec des effets de style alambiquĂ©s ou saccadĂ©s annonciateurs de la sĂ©rie Parker Lewis !) qu'idĂ©es retorses parfois gĂ©nialement dĂ©complexĂ©es (la drague improvisĂ©e entre Jerry et sa prof en plein cours afin d'espĂ©rer bĂ©nĂ©ficier d'heures de colle et ainsi rejeter le compromis de buddy). Et s'il nous faut un petit temps d'adaptation durant les 20/30 premières minutes si bien que l'on a un peu de mal Ă  discerner son ambiance dĂ©calĂ©e et ses persos pas si attachants que cela, Trois heures, l'heure du crime demeure peu Ă  peu stimulant, voir toujours plus captivant au fil des vicissitudes de Jerry multipliant les stratagèmes de dernier ressort afin de faire annuler son R.V avec la terreur du lycĂ©e Buddy Revell (endossĂ© par le monolithique Richard Tyson littĂ©ralement imperturbable dans sa carrure de mastard suffisant). Celui-ci ayant proposĂ© Ă  son adversaire une baston de rue Ă  15h de l'après-midi dans la cour du lycĂ©e que tout le monde s'empressera d'y assister en espĂ©rant la victoire de Jerry. 

Tout cela parce que ce dernier eut le malheur de toucher l'Ă©paule de son adversaire avec son index lors de leur rencontre improvisĂ©e dans les toilettes du lycĂ©e. Sorte de After Hours scolaire si j'ose dire, Trois heures, l'heure du crime demeure diablement rĂ©jouissant Ă  travers l'Ă©preuve morale (et physique) de Jerry pĂ©trifiĂ© Ă  l'idĂ©e de se faire massacrer par cet Ă©tranger de triste renommĂ©e. Phil Joanou dirigeant habilement ses comĂ©diens, pour la plupart mĂ©connus, Ă  l'aide d'un parti-pris dĂ©pouillĂ© dans leur jeu contractĂ© de ne point s'adonner Ă  la franche rigolade. Aucun esprit potache donc et c'est justement ce qui fait le charme du film de par son climat discrètement dĂ©bridĂ© utilisant Ă  bon escient nombre de sĂ©quences ubuesques rĂ©alisĂ©es avec une expression sĂ©rieuse pour chacun des personnages juvĂ©niles et chacun des profs Ă  la mine impassible. Son cĂ´tĂ© jubilatoire Ă©manant notamment de la progression morale de Jerry s'attirant tout compte fait la sympathie de ses camarades, le soutien indĂ©fectible de sa soeur et la curiositĂ© d'une gente fĂ©minine attirĂ©e par son Ă©ventuel courage de se mesurer au dur Ă  cuire. Or, durant toute la journĂ©e, Jerry tâchera en secret de trouver astuces et combines pour fuir son ennemi jurĂ©. Et ce quitte Ă  y braver l'interdit ! Ce qui nous vaudra de façon paroxystique un pugilat final remarquablement troussĂ© Ă  travers ses rebondissements cocasses (que les protagonistes expriment toujours avec le plus grand des sĂ©rieux) et cette montĂ©e en puissance du suspense en crescendo Ă  savoir qui emportera la mise. 

Si Trois heures, l'heure du crime affiche modestement un charme aussi irrĂ©sistible que subtilement dĂ©calĂ© Ă  travers ses attachants personnages sans fard issus des annĂ©es 80, il demeure aussi drĂ´le qu'envoĂ»tant sous l'impulsion du score de Tangerine Dream (pour rappel, le meilleur groupe instrumental au monde !) insufflant parfois une Ă©motion exaltĂ©e lors d'intimitĂ©s oniriques. On s'attache enfin et surtout au jeu craintif de Casey Siemaszko au physique ordinaire parvenant Ă  nous enjailler et sĂ©duire dans sa fonction de pleutre en initiation valeureuse. A ne pas rater ! 

*Eric Binford

vendredi 2 juillet 2021

L'Homme des Hautes Plaines

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Dvdfr.com

"High Plains Drifter" de Clint Eastwood. 1973. U.S.A. 1h45. Avec Clint Eastwood, Billy Curtis, Mitchell Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Verna Bloom, Walter Barnes. 

Sortie salles France: 23 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, rĂ©alisateur, compositeur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 31 Mai 1930 Ă  San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un  Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


"Les dieux de la vengeance exercent en silence."
Quel bien Ă©trange western que cet Homme des Hautes plaines filmĂ© et interprĂ©tĂ© par Clint Eastwood alors qu'il s'agit de sa seconde rĂ©alisation. Le pitch: un Ă©tranger sans nom arrive dans un village pour y semer meurtres et dĂ©sordre Ă  la suite de la flagellation mortelle de l'ancien shĂ©rif exĂ©cutĂ© parmi la complicitĂ© des citadins. Si le prologue jubilatoire inspire le western spaghetti Ă  influence LĂ©onienne Ă  travers ses visages impassibles, son climat laconique et sa violence percutante, l'Homme des hautes plaines bifurque ensuite vers un climat hybride dĂ©tonnant oĂą l'humour (assez cruel) et le baroque se dispute ensuite au surrĂ©alisme le plus feutrĂ©. Tant auprès de son ironie mĂ©tronome parfois imprĂ©gnĂ©e de machisme anti-manichĂ©en (l'Ă©tranger ira jusqu'au viol pour y châtier la garce du village sans une once de remord) que de sa progression dramatique davantage malsaine quant aux intentions vindicatives de l'Ă©tranger nullement empathique auprès des rĂ©sidents de la ville hantĂ©s de honte et de culpabilitĂ© d'avoir laissĂ© pour mort le shĂ©rif sans broncher d'un cil. 


Et sur ce point Eastwood ne lĂ©sine pas sur la violence sanguine (quitte parfois Ă  s'y complaire Ă  force d'insister Ă  plusieurs reprises au châtiment extrĂŞme du shĂ©rif lors de flash-back d'un sadisme Ă  rude Ă©preuve) au point de mettre Ă  mal le spectateur voyeur malgrĂ© lui de ce lynchage crapuleux imprimĂ© dans la pĂ©nombre. Qui plus est, accompagnĂ© d'une bande musicale tantĂ´t inquiĂ©tante, tantĂ´t spectrale afin de renforcer le malaise auprès de ses fĂ©lons observant l'agonie d'un homme par 3 bandits sans vergogne, l'Homme des Hautes plaine nous paraĂ®t davantage fĂ©tide au fil de son cheminement punitif dĂ©nuĂ© de concession. On peut Ă©galement relever le traitement misogyne imparti aux femmes du quartier d'après la posture de l'Ă©tranger se raillant d'elles avec une ironie spĂ©cialement caustique. Autant dire que ce western pas comme les autres n'a pas froid aux yeux pour y exclure la biensĂ©ance Ă  renfort de provocations et d'idĂ©ologie rĂ©actionnaire quant aux agissements impĂ©rieux de l'Ă©tranger asservissant toute la populace (ou presque) Ă  renfort de mĂ©taphores (les maisons peinturĂ©es en rouge avec, en guise de prologue identitaire, le mot "hell" placardĂ© Ă  l'entrĂ©e du village en guise d'hospitalitĂ© !). 


Vengeance d'outre-tombe
Western sardonique davantage crĂ©pusculaire et inquiĂ©tant au grĂ© d'un rythme vif, l'Homme des Hautes plaines laisse des traces dans l'encĂ©phale de par son ambiance pestilentielle au confins du Fantastique. Avec comme maĂ®tre Ă  penser Clint Eastwood en exterminateur fraĂ®chement dĂ©complexĂ© Ă  accomplir sa marche funeste auprès d'une confrĂ©rie d'engeances aussi pleutres qu'insidieuses. 

*Eric Binford
2èx