de Martin Scorsese. 1999. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Cliff Curtis.
Sortie salles France: 12 Avril 2000. U.S: 22 Octobre 1999.
FILMOGRAPHIE: Martin Scorsese est un réalisateur américain né le 17 Novembre 1942 à Flushing (New-york). 1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant réalisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs à vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les Infiltrés, 2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret. 2013: Le Loup de Wall Street.
Ĺ’uvre Ă part dans la carrière plĂ©thorique de Martin Scorsese, Ă€ Tombeau Ouvert s’impose par son climat mortifère, aussi envoĂ»tant que dĂ©concertant, et par une narration hystĂ©rique saturĂ©e de mĂ©lancolie existentielle. Le film s’Ă©rige en expĂ©rience surrĂ©aliste, Ă la fois spirituelle et profondĂ©ment humaine, traversĂ©e par une angoisse mĂ©taphysique Ă vif.
Le pitch :
Ambulancier noctambule, Frank Pierce frĂ´le la mort chaque nuit en tentant d’arracher quelques âmes au chaos urbain. DĂ©filent alors marginaux suicidaires, vieillards avinĂ©s, trafiquants de drogue, criminels errants, prostituĂ©es, demeurĂ©s et SDF psychotiques. ÉreintĂ© par l’Ă©puisement et hantĂ© par l’impuissance de ne pouvoir sauver davantage de vies, Frank sombre dans une morositĂ© sans fond, jusqu’Ă se raccrocher Ă la prĂ©sence amère d’une jeune femme en berne, Ă©cho douloureux d’une connaissance qu’il n’a jamais su sauver.
Humour noir vitriolĂ© dans les dialogues et les situations, personnages lunaires aux comportements absurdes, ambiance crĂ©pusculaire d’un New York hantĂ© par les âmes des dĂ©funts : Ă€ Tombeau Ouvert malmène le spectateur, prisonnier du bad trip d’un secouriste en pleine nĂ©vrose paranoĂŻaque. Frank assiste chaque nuit Ă la mort d’autrui, entend presque tĂ©lĂ©pathiquement l’appel muet des mourants, reniant toute volontĂ© de survivre, tandis que les familles s’effondrent dans l’angoisse d’un trĂ©pas imminent.
Au cĹ“ur de ce marasme funèbre, oĂą les cadavres saturent les morgues hospitalières, cet insomniaque Ă bout de nerfs tente de se rĂ©conforter auprès d’une âme sĹ“ur en perdition : Mary, jeune femme aigrie, dangereusement attirĂ©e par la mort. Baroque, stylisĂ©e, alambiquĂ©e, dĂ©bridĂ©e, dĂ©calĂ©e, la mise en scène virtuose - sans cesse rĂ©inventĂ©e - de Scorsese radiographie une citĂ© cauchemardesque peuplĂ©e de laissĂ©s-pour-compte, que la vie extorque parfois sans mĂ©nagement.
Sa texture blafarde, presque hypnotique, s’incarne dans l’Ă©puisement maladif d’un Nicolas Cage transi, sublimĂ© par une photographie fiĂ©vreuse et trouble. Le film est transcendĂ© par ses interprètes borderline, tous parfaitement ajustĂ©s Ă cette galerie d’ĂŞtres fragiles, Ă la lisière de la dĂ©mence.
Nicolas Cage incarne avec un humanisme dĂ©pressif et torturĂ© un ambulancier en perdition morale, traĂ®nant sa silhouette de mort-vivant entre amertume morbide, remords cafardeux - celui de n’avoir pu sauver une fugueuse latine - et lassitude besogneuse face Ă un quotidien jonchĂ© de paumĂ©s irrĂ©cupĂ©rables. Ă€ tel point qu’il tentera Ă plusieurs reprises de se faire licencier par un patron goguenard, conscient de sa dĂ©pendance maladive Ă cette endurance sacrificielle.
Patricia Arquette lui donne la rĂ©plique avec une vulnĂ©rabilitĂ© tout aussi prĂ©caire, incarnant une fille paumĂ©e en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une figure paternelle rompue depuis trois ans. Ensemble, ils forment - avec une pudeur bouleversante et sans jamais sombrer dans le pathos - les amants de l’infortune, jusqu’Ă ce qu’une lueur d’espoir les arrache Ă leur torpeur dans un Ă©pilogue bipolaire d’une candeur inoubliable.
Scorsese y interroge sa propre conscience dĂ©saxĂ©e dans une introspection morale Ă©prouvante, vĂ©cue en immersion, portĂ©e par une intensitĂ© dramatique jamais forcĂ©e. Chef-d’Ĺ“uvre pulsatile dĂ©diĂ© Ă la fragilitĂ© humaine aux frontières de la psychose, Ă€ Tombeau Ouvert rĂ©sonne comme un poème morbide, mĂ©ditation existentielle sur le sens de la mort et celui de la vie Ă travers l’assistance portĂ©e aux plus dĂ©munis.
Un cinĂ©ma Ă©corchĂ© vif, d’une puissance formelle et cĂ©rĂ©brale troublante, paradoxalement empreinte de pudeur et d’humilitĂ©. On ne sort pas indemne de cette interminable descente aux enfers, cri d’alarme contre la dĂ©liquescence des proscrits livrĂ©s au chaos et au mutisme de l’injustice sociale.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

































