jeudi 11 septembre 2025

Docteurs in love / Young Doctors in Love de Gary Marshall. 1982. U.S.A. 1h36

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site notrecinema. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).


"Docteurs in love : l’Ă©clat oubliĂ© d’une parodie furieuse."

Bijou maudit de la comĂ©die hilarante, clairement influencĂ©e par Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? des ZAZ sorti deux ans plus tĂ´t, Docteurs in love est d’autant plus invisible depuis des dĂ©cennies que tout le monde - ou presque - semble l’avoir oubliĂ©, pour ne pas dire mĂ©prisĂ©, y compris la gĂ©nĂ©ration 80. Et pourtant, enchaĂ®nant gags visuels et sonores toutes les cinq Ă  dix secondes avec une efficacitĂ© presque aussi effrĂ©nĂ©e que son modèle, le film s’impose comme un rĂ©gal de comĂ©die dĂ©jantĂ©e, parodiant avec une Ă©nergie insolente et galvanisante les sĂ©ries mĂ©dicales saturĂ©es de romances mièvres et de rebondissements mĂ©lodramatiques - au chevet des malades les plus atteints, au propre comme au figurĂ©.

Les acteurs, en roue libre, s’en donnent Ă  cĹ“ur joie, incarnant mĂ©decins, intrus mafieux, junkie ou patients possĂ©dĂ©s par un grain de folie contagieux. Leurs personnages faussement sĂ©rieux, confrontĂ©s Ă  leur propre pitrerie irresponsable, crĂ©ent un dĂ©calage irrĂ©sistible. Docteurs in love s’avère ainsi bien plus drĂ´le, libre, osĂ© et dĂ©bridĂ© que la majoritĂ© des comĂ©dies ricaines de ces vingt dernières annĂ©es - loin, très loin par exemple, du poussif Y’a t-il un flic pour sauver le monde ?, fraĂ®chement exploitĂ© dans nos salles, tellement moins sincère, fĂŞlĂ© et inspirĂ©.


Et je dirais mĂŞme qu’avec son parfum irrĂ©sistible des annĂ©es 80, transpirant l’innocence rĂ©volue, le film me paraĂ®t aujourd’hui encore plus drĂ´le, charmant et expressif qu’Ă  sa sortie. D’autant qu’il s’agit de la première Ĺ“uvre de Garry Marshall, futur auteur inoubliable de Pretty Woman et d’une plĂ©thore de succès populaires au box-office. Produit par l’illustre Jerry Bruckheimer, portĂ© par une musique signĂ©e Maurice Jarre, Docteurs in love demeure un classique incomprĂ©hensiblement englouti par l’anonymat - une parodie aussi folle que brillante, injustement relĂ©guĂ©e dans l’ombre (en dĂ©pit de ses 1 092 743 entrĂ©es chez nous). Et il y a de quoi pleurer face Ă  une telle injustice. Pour preuve, il reste toujours inĂ©dit en Dvd comme en Blu-ray...

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. VF
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"Histoire de vous convaincre davantage, je vous joins l’avis de corsu61, publiĂ© le 28 aoĂ»t 2011 sur son blog SOS MOVIES".

Attention, ce film est un petit bijou de parodie. Dans la lignée des "Y a t-il un pilote dans l'avion" avec sa griffe "Un gag à la minute", cette histoire totalement farfelue réunit une pléiade de personnages tout aussi amusants les uns que les autres. Les situations absurdes s'enchaînent à la vitesse grand V pour notre plus grand bonheur, et les plus réfractaires des spectateurs ne pourront s'empêcher de réprimer quelques rires. L'enchevêtrement des scènes comiques fait que l'on ne s'ennuie jamais, grâce notamment aux sauts de puce qui nous projettent dans les différentes histoires. De l'amourette-quiproquo entre la chef infirmière et l'interne dealer aux règlements de compte entre tueurs de la mafia, du directeur véreux à l'histoire d'amour entre étudiants, tout se combine pour ne former qu'un vaste réseau de gags. Il faut même écouter avec attention toutes les annonces faites par la sono de l'hôpital.... Petite cerise sur le gâteau, vous découvrirez également les débuts de deux futures stars du cinéma : Demi Moore (Harcèlement, Ghost) et Richard Dean Anderson (Mc Gyver, Stargate). En bref, "Doctors in love" est un modèle de grand n'importe quoi qui fait travailler les zygomatiques ! Quatre smileys et demis.

Date de sortie en France : 25 novembre 1982

Notation : 4.5/5

mardi 9 septembre 2025

Evanouis / Weapons de Zach Cregger. 2025. U.S.A. 2h08.

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"Evanouis - l’art noir du suspense hystĂ©risĂ©"

PhĂ©nomène horrifique de 2025, raflant tous les suffrages tant publics (bientĂ´t 1 million d'entrĂ©es chez nous) que critiques, Evanouis est la seconde rĂ©alisation de Zach Cregger, encore plus investi et ambitieux depuis son excellent premier essai, Barbarians. Mais pour prĂ©server l’effet de surprise - que le cinĂ©aste prend malin plaisir Ă  retarder jusqu’Ă  une ultime demi-heure marquĂ©e au fer rouge dans la mĂ©moire - moins vous en saurez, mieux vous serez terrassĂ©s. J’en suis tĂ©moin : clouĂ© Ă  mon siège deux heures durant, les nerfs vrillĂ©s, Ă  tenter de deviner ce que tout cela pouvait bien dissimuler.

Évitez donc les synopsis trop bavards, et plus encore les trailers mercantiles qui dĂ©florent son imagerie choc. Car le plaisir rĂ©side dans ce moment de frousse, bâti sur un suspense latent, fascinant autant qu’irritant, tandis que Cregger prend tout son temps pour dĂ©rouler son rĂ©cit choral Ă  travers le regard de plusieurs protagonistes prisonniers d’une journĂ©e de cauchemar interminable. Impeccablement structurĂ© autour des faits et gestes de cette poignĂ©e d’âmes ballottĂ©es, Evanouis installe une maĂ®trise redoutable, une malice inquiĂ©tante qui distille mystère et malaise, entre postures ombrageuses et comportements erratiques dignes d’un Ă©pisode grandeur nature de La Quatrième Dimension.


En abordant de plein fouet paranoĂŻa, suspicion et harcèlement scolaire au cĹ“ur d’une bourgade autrefois paisible, Cregger Ă©rige un train fantĂ´me ricaneur qui ne cesse de miser sur l’expectative. Son suspense omniprĂ©sent, insoutenable, s’Ă©tire Ă  travers les rares indices semĂ©s avec parcimonie. Mais en jouant la carte de la suggestion avec une prĂ©cision chirurgicale, Evanouis libère une intensitĂ© dramatique oĂą l’horreur se teinte de brutalitĂ© sèche. Jusqu’Ă  un final Ă©bouriffant, jusqu'au-boutiste, offert aux amateurs de terreur insolente, de dĂ©lire sardonique et de violence acĂ©rĂ©e - une sĂ©quence hallucinĂ©e m’a d’ailleurs rappelĂ© un classique sanglant des annĂ©es 80, pour son gore massif et son effet de foule.

Captivant, passionnant, car intriguant par l’originalitĂ© de son rĂ©cit dĂ©lĂ©tère et la sobriĂ©tĂ© d’acteurs livrĂ©s Ă  l’infortune, Evanouis dĂ©ploie une terreur pure, redoublĂ©e d’efficacitĂ©, en conjuguant suspense et horreur graphique avec un art consommĂ© de la surprise hystĂ©risĂ©e. Et, aux cĂ´tĂ©s de Bring Her Back, Together et The Ugly Stepsister, il s’impose comme la rĂ©vĂ©lation horrifique inattendue d’une annĂ©e faste pour notre cinĂ©ma marginal fĂ©tichiste.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

lundi 8 septembre 2025

Ouvre les yeux / "Abre los ojos" de Alejandro Amenabar. 1997. Espagne/France/Italie. 1h59.

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"Le vertige des faux-semblants : plonger dans Ouvre les yeux."

Il y a des films. Et puis il y a des expĂ©riences Ă©motives qui vous saisissent par la main comme dans un rĂŞve Ă©veillĂ©, au point que, tel le hĂ©ros torturĂ©, nous ne savons plus distinguer l’illusion de la rĂ©alitĂ©, happĂ©s dans un cheminement existentiel aux confins de la folie. Et dans ce jeu de dupe, ce simulacre vĂ©nĂ©neux et insidieux, Alejandro Amenábar s’infiltre en vĂ©ritable alchimiste, tant Ouvre les yeux nous entraĂ®ne dans une Ă©preuve morale marquĂ©e d’une pierre blanche pour quiconque raffole des films-pièges au concept aussi dĂ©vastateur que rĂ©volutionnaire.

Au-delĂ  du jeu rigoureux des comĂ©diens emportĂ©s dans la tourmente du doute, de la folie, voire de la schizophrĂ©nie - et au-delĂ  de l’ensorcelante beautĂ© filiforme de PenĂ©lope Cruz - le scĂ©nario conçu par Amenábar et Mateo Gil relève du pur gĂ©nie. Ă€ l’instar d’un suspense hitchcockien rĂ©glĂ© au millimètre, sa mĂ©canique narrative impeccablement huilĂ©e n’oublie jamais de ciseler la chair humaine de ses protagonistes pour mieux nous engloutir. Eduardo Noriega incarne CĂ©sar - figure altier et tranquille en apparence - avec une expressivitĂ© rapidement dĂ©sarmĂ©e, poignante, affolante, presque inquiĂ©tante.


Le rĂ©cit, puzzle Ă  reconstituer entre minutie et impuissance, explore avec intelligence et fièvre discursive les thèmes du faux-semblant, de la mĂ©taphysique et du mysticisme, dans un rĂ©alisme diaphane d’une intensitĂ© rare. Ouvre les yeux demeure une expĂ©rience de cinĂ©ma enivrante et dĂ©routante, pour qui aime se perdre dans des labyrinthes hermĂ©tiques oĂą le romantisme cĂ´toie l’hypocrisie la plus lâche, lorsque l’apparence prend le pas sur la vĂ©ritĂ© des sentiments.

On se trouve ainsi face Ă  la fois Ă  un thriller de science-fiction charpentĂ© avec une rigueur implacable, Ă  un suspense horrifique inquiĂ©tant et trouble, Ă  un drame psychologique caustique et Ă©mouvant sur la rĂ©demption d’un bellâtre machiste, et Ă  un mĂ©lo vibrant d’humanisme torturĂ© que les acteurs transcendent par une implication fragile, presque nue.

Gros morceau de cinĂ©ma, conjuguant ses genres avec une maĂ®trise implacable, Ouvre les yeux s’impose comme une rĂ©fĂ©rence vivante que le spectateur absorbe avec une attention diabolique, Ă  la fois craintive et fascinĂ©e.

P.S: "Ouvre les yeux" fait partie de la liste des 1001 films Ă  voir avant de mourir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

3èx. Vost

jeudi 4 septembre 2025

She Rides Shotgun de Nick Rowland. 2025. U.S.A. 2h00.

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"Une larme arrachée au milieu des clichés."

Je suis bien embĂŞtĂ©, terriblement frustrĂ© : c’est un bon polar aride, violent et dĂ©sespĂ©rĂ©, mâtinĂ© de tendresse et de drame psychologique, que le couple Taron Egerton / Ana Sophia Heger soulève Ă  la seule force de leurs Ă©paules. 

Mais le rĂ©cit initiatique, prĂ©visible, s’enlise dans une moisson de clichĂ©s que l’on connaĂ®t sur le bout des ongles, sans pouvoir nous impliquer avec passion dans ce pĂ©riple dĂ©sertique. Or, leurs instants d’intimitĂ©, vibrants, arrachent Ă  ce canevas convenu une intensitĂ© Ă©motionnelle dense pour les moments les plus rĂ©ussis, culminant dans une sĂ©quence musicale finale d’une beautĂ© dĂ©chirante, qui nous arrache les larmes.

Et c’est bougrement dommage, car la rĂ©alisation, carrĂ©e, maĂ®trisĂ©e, inventive, choisit la sobriĂ©tĂ© et Ă©pouse un jeu d’acteurs dĂ©pouillĂ©, dont le charisme tranchant se fait trop rare dans le paysage du polar indĂ©pendant. Quant Ă  la bande originale, d’une fragilitĂ© Ă©purĂ©e, elle sĂ©duit elle aussi, glissant sous la peau avec une Ă©motion dĂ©licate et tenace, Ă  l'instar des plus chaudes Ă©treintes entre un père Ă©corchĂ© vif et sa fille en perte d'innocence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

L'Amour braque de Andrzej Żuławski. 1985. France. 1h41.

                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
 
"L’amour en transe, la douleur en hĂ©ritage."
 
Face Ă  une Ĺ“uvre aussi libre que marginale, littĂ©ralement cintrĂ©e, traversĂ©e par une folie dĂ©rangĂ©e et contagieuse, on ne peut qu’aimer ou dĂ©tester, en dĂ©pit du non-sens de son intrigue amphigourique. 
Mais faut-il vraiment tout comprendre pour aimer ? Non : l’important, c’est le voyage - rĂŞver, cauchemarder, dans une complicitĂ© assumĂ©e.
DĂ©couvert un dimanche après-midi au cinĂ©ma, le film m’avait laissĂ© de profondes cicatrices dans l’encĂ©phale.
 
Le revoir ce soir - une troisième fois - avec la mĂŞme fascination mĂŞlĂ©e de sidĂ©ration, c’est mesurer le gĂ©nie d’Andrzej Ĺ»uĹ‚awski, littĂ©ralement possĂ©dĂ© par ses ambitions outrancières, christiques, animales, existentielles, pathologiques. Car, entre les mains d’un vulgaire tâcheron, l’hystĂ©rie collective oĂą se consument en live les comĂ©diens serait devenue insupportable, irritante Ă  la vitesse de l’Ă©clair.
 
Et puis il y a Sophie Marceau, se livrant Ă  nu, corps et âme, avec une foi Ă©lectrisante. Elle est presque aussi habitĂ©e qu’Adjani possĂ©dĂ©e dans Possession. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Francis Huster partage la vedette, traversĂ© lui aussi par une folie expressive, semi-dĂ©pressive. Et je ne vous parle pas de TchĂ©ky Karyo pĂ©nĂ©trĂ© par la rage et la dĂ©bauche en gangster envieux. 
 
Un OVNI malade, au sens large, au pouvoir de fascination indicible, à l'émotivité irrationnelle, réservé aux spectateurs avertis.
  
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx 

lundi 1 septembre 2025

The Collection

                                 (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"The Collection : la débauche qui dilue la terreur."
C’est pas mal, c’est sympa, on passe un bon moment - mais c’est clairement en dessous de son modèle.
Pourquoi ? Parce que Marcus Dunstan lâche la bride, choisit la surenchère bourrine plutĂ´t que de nourrir ce climat d’angoisse et de terreur qui faisait toute la force du très efficace The Collector.
Ici, les pièges dissĂ©minĂ©s dans les couloirs d’un hĂ´tel abandonnĂ© sont multipliĂ©s Ă  l’excès, jusqu’Ă  perdre parfois en crĂ©dibilitĂ© Ă  force de vouloir piĂ©ger au moindre faux pas. Heureusement, certains conservent leur impact, notamment l’hallucinant prologue dans une boĂ®te de nuit, d’une ambition folle dans sa brutalitĂ© saisissante.

Quant Ă  la vengeance de l’anti-hĂ©ros rescapĂ© du premier opus Ă©paulĂ© ici d'une Ă©quipe de mercenaires aguerris, elle s'avère un tantinet timorĂ©e, lĂ©gèrement en retrait et se dissout dans un final expĂ©diĂ©, pas si spectaculaire qu’espĂ©rĂ©, avec en prime une image de clĂ´ture aussi dispensable que cette suite dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e, prĂ©fĂ©rant l’action pure Ă  l’horreur glauque et au tortur'porn cru de son modèle. Reste, malgrĂ© tout, quelques sĂ©quences chocs qui font leur effet de rĂ©pulsion, et ce tueur mastard, toujours fascinant, inquiĂ©tant, pervers, d’une robustesse tranchante comme une lame.

Dispensable, donc. Mais ludique, bonnard même, avec ce parfum bisseux de série B de samedi soir, mal élevée, décomplexée, réactionnaire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

samedi 30 août 2025

The Collector de Marcus Dunstan. 2009. U.S.A. 1h30.

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"La mécanique sadique de The Collector."

PrivĂ© de salles chez nous Ă  l’Ă©poque, directement expĂ©diĂ© en DVD et Blu-ray, The Collector fut une heureuse surprise pour les amateurs Ă©clairĂ©s, surtout pour celles et ceux friands de torture porn relancĂ© par les franchises Saw et Hostel. Ce qui frappe dans ce pur film d’exploitation, empruntant au survival en huis clos domestique, c’est son efficacitĂ© effrĂ©nĂ©e : un rythme haletant, un cache-cache constant, une traque de chat et de souris entre un anti-hĂ©ros - cambrioleur en dĂ©sespoir de cause - et un criminel vicieux, sadique, ordurier, qui truffe la maison de pièges et de sĂ©vices destinĂ©s Ă  ses victimes suppliciĂ©es. Le cambrioleur tente de dĂ©jouer cette mĂ©canique meurtrière tout en prĂŞtant main-forte Ă  ceux qui agonisent, coincĂ©s entre torture et instinct de survie.

PortĂ© par l’ultra-dynamisme d’un montage chirurgical, The Collector nous plaque au siège durant 1h25, tant les offensives et les stratĂ©gies de survie rebondissent dans ce huis clos infernal, repaire de tous les dangers lĂ©taux. Exploitant Ă  merveille chaque recoin de la demeure transformĂ©e en champ de bataille et en geĂ´le, Marcus Dunstan nous enferme avec ses victimes, et l’on observe, avec une apprĂ©hension constante, leur dĂ©sespoir hurlĂ©, leur martyr d’un rĂ©alisme dĂ©rangeant. Les sĂ©quences hard gore, Ă  la lisière de la complaisance, imposent un malaise viscĂ©ral d’une intensitĂ© quasi insoutenable dans l’exposition des sĂ©vices les plus extrĂŞmes.
 

C’est une vĂ©ritable descente aux enfers, triviale et putassière, que l’on subit aux cĂ´tĂ©s des victimes dĂ©munies, tandis que l’anti-hĂ©ros s’efforce de retourner les pièges contre le tueur retors. Outre l’aspect hypnotique d’une mise en scène Ă©tonnamment soignĂ©e et maitrisĂ©e, The Collector gagne en pouvoir de fascination avec la prĂ©sence du tueur cagoulĂ©, silhouette SM vĂŞtue de noir, bloc de tĂ©nèbres et de force brute, quasiment indĂ©passable quand vient l’affrontement physique. Ces combats demeurent d’un rĂ©alisme brutal, poussĂ©s jusqu’Ă  l’ultra-violence, sculptĂ©s par un art consommĂ© du sadisme crapuleux.

Et dans ce pĂ©riple cauchemardesque, Dunstan ose un final hallucinant, dĂ©nuĂ© d’illusion, qui risque de laisser sur le carreau plus d’un spectateur. Malsain et poisseux, ultra-violent et sanglant jusqu’Ă  frĂ´ler la pornographie, The Collector s’impose comme une sĂ©rie B odieusement mĂ©chante et jouissive, menĂ©e tambour battant par un montage anthologique, enchaĂ®nant les sĂ©quences chocs Ă  un rythme mĂ©tronomique - pour ne pas dire Ă©reintant. Et on en sort assez troublĂ© et KO, surtout après avoir enchaĂ®nĂ© avec le presque aussi maladif Sweeney Todd de Tim Burton.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. Vost 
 

mardi 26 août 2025

Together de Michael Shanks. 2025. U.S.A/Australie. 1h42.

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                                                     "Le vertige organique de Together"
Choc thermique !
Cette annĂ©e dĂ©jĂ , l’horreur nous avait surpris par quelques Ă©clats inattendus : The Ugly Stepsister, Bring Her Back, Évanouis, et dans une moindre mesure Dangerous Animals. Or voici qu’un dernier venu s’invite dans la danse macabre : Together. Le renouveau de l’horreur organique. Ni plus, ni moins.

Car si l’on pensait avoir tout vu en matière de body horror, depuis les dĂ©rives cliniques de Cronenberg, Carpenter ou encore Coralie Fargeat avec The Substance, Michael Shanks dĂ©montre qu’il est encore possible de rĂ©inventer l’horreur sensorielle, pour peu qu’on y croie avec une foi absolue. Together respire cet amour du genre : il nous invite Ă  une expĂ©rience viscĂ©rale, hyper crĂ©dible dans sa mise en image, cherchant Ă  nous terrifier de la manière la plus sensitive qui soit. Tant et si bien que, de mon point de vue subjectif (car tout cela reste affaire de ressenti), Together s’impose comme l’un des films les plus terrifiants que j’aie vus au sein d’une moisson de classiques imputrescibles.
 

Un concept à la fois simple et ravageur, derrière sa satire au vitriol sur les valeurs du couple, de la confiance à la fidélité en passant par la peur de l'engagement. Jugez plutôt : Tim, indécis face à la demande en mariage de Millie, vacille dans sa relation. Mais après une chute accidentelle dans une crevasse, leur quotidien bascule : Tim sombre dans un malaise physique et psychologique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents.
 
L’efficacitĂ© de Together tient dans cette observation Ă  la fois craintive, dĂ©munie, Ă©pouvantĂ©e de la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un couple frappĂ© par une maladie contagieuse. Huis-clos domestique au malaise croissant, le film nous cueille au plexus par des sĂ©quences chocs enchaĂ®nĂ©es avec un art consommĂ© de la peur psychologique. Son intensitĂ© fulgurante, affolante, immersive surtout, doit beaucoup Ă  la justesse de ses personnages, impeccablement habitĂ©s, d’une expressivitĂ© spontanĂ©e. Alison Brie et Dave Franco forment un couple fusionnel au charisme saillant, assez humain pour permettre au spectateur de s’identifier sans dĂ©lai Ă  leurs gestes contradictoires.
 

VĂ©ritable descente aux enfers sans Ă©chappatoire, Together injecte en prime une dĂ©rision grinçante quant aux valeurs de l’amour et de la fidĂ©litĂ©, sĂ©vèrement malmenĂ©es par une accoutumance incontrĂ´lable des corps en Ă©treinte sexuelle et sentimentale, malgrĂ© la perplexitĂ© amoureuse rĂ©vĂ©lĂ©e dès le prologue. Pour une première Ĺ“uvre, la maĂ®trise est sidĂ©rante : Shanks provoque peur et malaise avec une acuitĂ© psychologique rare, ses images rĂ©alistes insinuant une terreur rampante, comme si nous Ă©tions nous-mĂŞmes contaminĂ©s par ce mal Ă©trange.

Pur film de trouille exploitant son concept singulier avec une vĂ©racitĂ© troublante, Together nous enferme dans un cauchemar domestique abyssal. Ses visions tordues, fondĂ©es sur la communication des corps et la confrontation charnelle avec l’autre sexe, rĂ©sonnent jusque dans l’hĂ©ritage de Platon. DĂ©jĂ  un classique, et vive l'Australie. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir



lundi 25 août 2025

F1

                                    (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

Moins rageur que Rush ou Le Mans 66, mais d’une maĂ®trise grandiose (ultra dynamisme du montage Ă  couper au rasoir, photo lĂ©chĂ©e, sens du cadre, gestion du tempo musical), le film dĂ©ploie un spectacle tenu d’une main sĂ»re, portĂ© par un savoir-faire dĂ©sarmant face Ă  une intrigue dont l’attrait (pas si) prĂ©visible et les clichĂ©s sont exploitĂ©s avec une efficacitĂ© revivifiĂ©e.

Les personnages, profondĂ©ment attachants, nous font vibrer avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©nuĂ©e de cynisme. Ă€ l’image d’un Brad Pitt flamboyant, gentleman d’Ă©cran, dont l’aplomb naturel, sa force tranquille parfois fragile, n’a rien de pĂ©dant : bouleversant et impressionnant en pilote vieillissant en quĂŞte d’une seconde chance.


Le final, somptueux feu d’artifice (au propre comme au figurĂ©), retrouve l’intensitĂ© Ă©motionnelle d’un Rocky, transcendĂ© par un Hans Zimmer en grande forme : sa partition Ă©pique Ă©lectrise, sa mĂ©lodie entĂŞtante du prologue (hĂ©las entendue une seule fois) distille ce parfum Ă©motif des annĂ©es 80 qui Ă©treint les nostalgiques. 

Du grand cinĂ©ma donc, plus vertigineux que spectaculaire, empreint de cette patte Ă©motive propre Ă  Joseph Kosinski: un artisan des divertissements sincères, gĂ©nĂ©reux et carrĂ©s, oĂą Ă©motion et tendresse s’entrelacent Ă  l’action. Sa filmographie, d’Oblivion Ă  Only the Brave, de Twisters Ă  l’incontournable Top Gun: Maverick, ne cesse de le rappeler. 


Et grâce Ă  F1 je me surprends Ă  admirer, avec un respect toujours plus affirmĂ©, cet artiste Ă  l’ancienne, hĂ©ritier de ses aĂ®nĂ©s qui jamais ne confondaient efficacitĂ© et prĂ©cipitation, et savaient encore faire rĂŞver le spectateur du samedi soir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
4K, Vost

samedi 23 août 2025

Eenie Meanie / Wild Speed Girl de Shawn Simmons. 2025. U.S.A. 1h42/ 46.

                                                     
                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Eenie Meenie : l’Ă©lĂ©gance tragique de la sĂ©rie B".
 
Formidable surprise passĂ©e par la trappe Hulu aux États-Unis et sur Star/Disney+ ailleurs, Eenie Meenie / Wild Speed Girl s’impose comme un hommage sincère au cinĂ©ma d’exploitation des seventies par l’entremise du film de braquage pur et dur. Il ne cherche pas Ă  s’affranchir des conventions mais assume pleinement sa nature de sĂ©rie B - menĂ©e avec efficacitĂ©, implication, Ă©lĂ©gance visuelle et surtout habitĂ©e par ses interprètes. Le duo Samara Weaving / Karl Glusman crève littĂ©ralement l’Ă©cran en Bonnie and Clyde modernes, portant le film Ă  bout de bras grâce Ă  une complicitĂ© vibrante, badine et insolente, nourrie par les dĂ©rives du banditisme mafieux.

Qu’on se le dise : les amateurs de bourrinades calibrĂ©es risquent d’ĂŞtre dĂ©concertĂ©s. Eenie Meenie refuse cette case triviale et confortable. Shawn Simmons prĂ©fère dresser le portrait d’une femme dĂ©chue mais digne, dissimulĂ© derrière l’Ă©crin ludique du polar. Il conjugue avec finesse humour, action et drame, mais sans jamais programmer l’Ă©motion : elle surgit de manière inattendue, notamment dans une ultime demi-heure marquĂ©e par une rupture de ton aussi abrupte que bouleversante. ÉmaillĂ© de deux poursuites chorĂ©graphiĂ©es Ă  l’ancienne - l’antithèse des outrances hypertrophiĂ©es de Fast and Furious - le film divertit sans faiblir, portĂ© par des dialogues jamais vains (ils sont nombreux), toujours au service des prĂ©paratifs du casse, des concertations et de l’Ă©volution d’un couple bancal. John manipule sournoisement la psychĂ© dĂ©sarmĂ©e d’Edie, qui vacille au seuil de la criminalitĂ©, dĂ©chirĂ©e entre fronde et soumission.
 

Tout l’intĂ©rĂŞt du rĂ©cit rĂ©side lĂ  : dans le parcours fragile, douloureusement humain, d’Edie. Prisonnière de son indulgence envers les hommes - qu’elle a toujours protĂ©gĂ©s, depuis sa jeunesse au sein d’une famille dysfonctionnelle - elle se jette dans l’illĂ©galitĂ© avec une audace aussi dĂ©sespĂ©rĂ©e que suicidaire. As du volant exploitĂ©e par une ligue masculine Ă  la fois solidaire, autoritaire et fallacieuse, elle finira par comprendre que l’emprise de John sur son cĹ“ur pourrait la conduire Ă  sa perte. Andy Garcia, en patriarche mafieux, apporte quant Ă  lui une force tranquille qui Ă©chappe Ă  toute caricature : expressif sans excès, presque rĂ©confortant, il accompagne Edie dans son cheminement, tout en laissant affleurer la dignitĂ© d’une remise en question rĂ©demptrice.

Le final Ă©meut profondĂ©ment, grâce au tact du rĂ©alisateur qui filme l’Ă©motion sans emphase, avec une pudeur vibrante de sincĂ©ritĂ©. Samara Weaving y dĂ©ploie un charisme hypnotique, inquiĂ©tant et troublĂ©, rĂ©vĂ©lant un humanisme torturĂ© d’une intensitĂ© presque cachĂ©e. Karl Glusman n’est pas en reste : petite frappe casse-cou, insolente, bravache, il incarne avec instinct une masculinitĂ© immature, oscillant entre bravoure et irresponsabilitĂ©.
 
 
Excellent polar d’action truffĂ© d’humour, de dĂ©rision mais aussi de gravitĂ© et de tendresse, Eenie Meenie s’impose enfin grâce Ă  une nappe musicale discrète et fragile (The Haxan Cloak), qui Ă©pouse la fĂ©brilitĂ© dĂ©senchantĂ©e de ses personnages. Mais c’est surtout Samara Weaving qui embrase chaque plan, prĂ©sence Ă  la fois candide et incandescente, oscillant entre altruisme, audace et fragilitĂ© extrĂŞme, dans l’Ă©crin vibrant d’un cinĂ©ma d’antan retrouvĂ©.

On ne peut donc qu’ĂŞtre saisi par cette première rĂ©alisation, Ă  la fois digne, noble, modeste et inspirĂ©e, qui laisse tant le rĂ©cit respirer avec une attention psychologique, une fĂŞlure humaine dĂ©sormais presque disparue derrière ses portraits (faussement) dĂ©tendus.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 
4k vost 

mercredi 20 août 2025

Body Trash / Body Melt de Philip Brophy. 1993. Australie.

                                                                                          
                                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
 
"Body Trash : fĂŞte foraine de chair et latex."
Excellente surprise que cette perle horrifique australienne, que Rimini Editions exhume de sa torpeur dans une copie HD fastueuse. Ă€ tous les fans de Troma et du cultissime Street Trash de Jim Muro, Body Trash est taillĂ© sur mesure : l’unique film de Philip Brophy en Ă©pouse les excès tout en insufflant une libertĂ© de ton galvanisante, servie par une moisson de sĂ©quences chocs, trash et dĂ©bridĂ©es. Et si le scĂ©nario ultra-linĂ©aire n’est qu’un prĂ©texte Ă  enchaĂ®ner des sketchs nourris d’humour noir, de burlesque et de sang cartoonesque Ă  base de latex, l’Ă©nergie furieuse des personnages lunaires, leur charisme saillant et l’insolence d’une satire visant capitalisme, matĂ©rialisme et culte des apparences finissent par rendre le spectacle constamment stimulant - pour ne pas dire jubilatoire. Certes, le trash viscĂ©ral de certaines scènes inspire parfois un dĂ©goĂ»t instinctif, mais il s’impose comme une violence de dessin animĂ© : il nous met Ă  distance, nous autorisant Ă  en rire avec une complicitĂ© presque innocente. SĂ©rie B Ă  la fois comique, dĂ©calĂ©e et sardonique, portĂ©e par un souffle libertaire dĂ©vastateur, Body Trash apparaĂ®t comme le prototype d’un divertissement du samedi soir aujourd’hui rĂ©volu - avec ses trognes ahuries, aussi expressives que caricaturales, vouĂ©es Ă  s’Ă©clater la tronche (au propre comme au figurĂ©) dans une ambiance dĂ©vergondĂ©e de fĂŞte foraine.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 
2èx. Vostf 

mardi 19 août 2025

Les Proies / Moonlight de Paula van der Oest. 2002. 1h27.

                      (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"L'innocence en flammes". 
Produit entre les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et le Luxembourg, Les Proies est un vĂ©ritable OFNI, une sorte de Nuit du Chasseur en mode vitriolĂ© - toutes proportions gardĂ©es. L’histoire : une fillette de douze ans croise par hasard un ado passeur de drogue, grièvement blessĂ© d’une balle Ă  l’estomac, qu’elle dĂ©cide de soigner en secret dans une cabane, loin de la vigilance de ses parents huppĂ©s.

J’ignore quelles Ă©taient les vĂ©ritables ambitions de Paula van der Oest, ni ce qu’elle a voulu nous transmettre, mais en abordant les thèmes de la perte de l’innocence et de l'absence parentale, Les Proies nous entraĂ®ne dans un trip onirico-macabre, aussi bizarroĂŻde que dĂ©concertant. Ă€ tel point qu’on se demande souvent quel sens donner Ă  ce que l’on voit, tant la rĂ©alisatrice, dĂ©complexĂ©e, en roue libre, orchestre les 400 coups de ce duo d’ados en initiation dĂ©linquante avec une fantaisie irresponsable.

De ses audaces narratives - insolentes, malaisantes, dĂ©lĂ©tères - naĂ®t un sentiment d’Ă©trangetĂ© prĂ©gnant qui irrigue tout le rĂ©cit, sans jamais cĂ©der Ă  une Ă©chappatoire salvatrice. Bien au contraire : jusqu’au-boutiste dans son parti pris rĂ©aliste, oĂą l’insouciance demeure le maĂ®tre mot, Les Proies malmène notre raison en refusant toute rĂ©demption, jusqu’Ă  une conclusion aussi hallucinĂ©e que vertigineuse. On en sort dĂ©boussolĂ©, sans avoir jamais vraiment saisi les intentions de cette autrice franc-tireur, dĂ©terminĂ©e Ă  pulvĂ©riser nos repères dans une narration anarchique et sciemment provocatrice.

Un dernier mot sur le tempérament brut de la jeune Laurien Van den Broeck, qui incarne Claire avec une maturité troublante, ambiguë, parfois désarçonnante. La réalisatrice ose la filmer en sous-vêtements, puis dénudée, avec une audace sans détour - peut-être discutable, surtout lors de cette étreinte sexuelle qui ne manquera pas de heurter les plus prudes - mais pleinement assumée.

Une œuvre indépendante, atypique donc, qui fait voler en éclats les codes avec une innocence perverse et avilissante car elle signe la fin des songes dans une mise en scène tendre et caustique difficilement conciliable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

vendredi 15 août 2025

Night Always Comes de Benjamin Caron. 2025. U.S.A. 1h50.

                                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Une nuit pour tout perdre."

VoilĂ  le genre de film perfectible qui, malgrĂ© un concept prometteur - un thriller psychologique filmĂ© en temps rĂ©el, le temps d’une seule nuit -, finit par laisser un certain goĂ»t de frustration mĂŞlĂ©e de contradiction. La faute Ă  un manque de maĂ®trise, parfois entachĂ© d’incohĂ©rences gĂŞnantes : l’anti-hĂ©roĂŻne qui, sans mĂ©fiance, se rend chez un perceur de coffres infrĂ©quentable; ou cette course Ă  pied freinĂ©e par un grillage, sans qu’elle songe Ă  s’y agripper pour le franchir d’un geste.

Pourtant, de cette course contre la montre, plutĂ´t bien photographiĂ©e, se dĂ©gage un Ă©trange mĂ©lange d’envoĂ»tement et de sĂ©duction, impulsĂ© par Vanessa Kirby qui porte le film sur ses Ă©paules avec une sobriĂ©tĂ© admirable. Elle insuffle un suspense Ă  la fois latent et nerveux, suivant une trajectoire morale sinueuse, nourrie par un passĂ© galvaudĂ© que le rĂ©alisateur ne dĂ©voile que dans une dernière partie familiale.


Sur fond de crise Ă©conomique et de dĂ©linquance dĂ©complexĂ©e, Lynette s’efforce de se frayer un chemin, malgrĂ© une corruption vĂ©nale assumĂ©e comme ultime recours. Night Always Comes parvient ainsi Ă  susciter une sincère empathie, installant un climat anxiogène et souvent malaisant, qu'elle entretient au fil de son pĂ©riple urbain constamment menacĂ©.

Maladroit par instants dans son Ă©criture, pas toujours assez poignant dans ses sĂ©quences les plus violentes, ni dans l’humanisme fragile de Lynette, souvent maintenu dans la rĂ©serve, le film n’en offre pas moins une conclusion rĂ©ellement Ă©mouvante. 

Jamais ennuyeux, atmosphĂ©rique dans sa scĂ©nographie nocturne inquiĂ©tante, il me laisse en mĂ©moire l’image d’une Ĺ“uvre tantĂ´t malmenĂ©e, tantĂ´t vibrante, tantĂ´t pulsatile, portĂ©e par les ombres de la dĂ©mission parentale et de la dĂ©linquance contrainte - des thèmes que le rĂ©alisateur aborde avec une sincère volontĂ© de bien faire.

Or, je suis quand même un petit peu embarrassé de ne pas l'apprécier autant qu'escompté.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

mercredi 13 août 2025

Eddington de Ari Aster. 2025. U.S.A. 2h28.

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Dernière station avant le néant."
Eddington, c’est l’AmĂ©rique Ă  vif qui s’Ă©ventre sur elle-mĂŞme, dans un Ă©clat de rire jaune. Ari Aster signe sous couvert de western vitriolĂ© une farce hyper caustique, un carnaval politique oĂą chaque masque cache un rictus de haine ou un vide abyssal. Mai 2020 : la Covid ronge les corps et les cerveaux, mais c’est la paranoĂŻa qui dĂ©vore les âmes. Dans cette bourgade perdue au cĹ“ur des États-Unis, les habitants se plient aux règles, s’accrochent Ă  des restrictions, voires Ă  des causes fumeuses, bricolĂ©es dans l’arrière-cour de leur idĂ©ologie dĂ©glinguĂ©e. Tout est irrĂ©conciliable dans cette gigantesque cour de rĂ©crĂ©. La fracture bĂ©ante entre deux AmĂ©riques n’est plus un dĂ©bat : c’est une guerre civile larvĂ©e, une folie contagieuse que le monde entier semble dĂ©cidĂ© Ă  reproduire, encore et encore.

La jeunesse, elle, s’abĂ®me dans la lumière bleue des Ă©crans, nourrie de joints, de pornographie et de rĂŞves de cĂ©lĂ©britĂ© virale. Les pieds ne touchent plus terre, la rĂ©alitĂ© se dissout dans un flux continu de paranoĂŻa et de dĂ©sir d’ĂŞtre vu. Et au milieu, Joaquim Phoenix incarne un shĂ©rif rĂ©trograde, sociopathe lunaire, paumĂ© comme un chien enragĂ© lâchĂ© dans une foire depuis le dĂ©sespoir de son amour dĂ©chu. Il ne joue pas. Il transpire son personnage. Il le respire, il le saigne. Il avale l'Ă©cran. 
 

Oui, la première heure traĂ®ne, s’Ă©parpille, se perd dans ses propres circonvolutions au risque de lasser, de dĂ©crocher mĂŞme. Mais passĂ©e cette latence, l’heure vingt-cinq suivante est un coup de massue Ă  la tonalitĂ© bipolaire. Un théâtre grotesque et implacable oĂą l'ultra violence burlesque n’est qu’un masque funèbre. Ici, pas de hĂ©ros : seulement des imposteurs, des lâches, des victimes complices de leur propre ignorance, de leur bassesse, et d’une soif de pouvoir qui ne distingue plus le social du politique. Une AmĂ©rique miniature Ă  la violence putassière qui nous tend un miroir, et ce que l’on y voit donne envie de le briser avant qu'une Ă©ventuelle puissance Ă©trangère un peu trop susceptible ne nous raye de la carte.

Farce et châtiment, la fin est proche, Amérique Zéro..

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Alien Earth. Saison 1, Episode 1 / 2 / 3 / 5

                                                   
                                (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
 
"Premiers battements d’une terreur en apesanteur".
Premier Ă©pisode, plaquĂ© au siège une heure durant (gĂ©nĂ©rique de quatre minutes exclu), incapable de dĂ©tacher les yeux de l’Ă©cran.
 
Transpirant les Seventies dans un prologue de quinze minutes clairement nourri par l’Alien de Ridley Scott, l’Ă©pisode s’arrache vite Ă  la redite pour imposer sa propre personnalitĂ©, dĂ©plaçant sa scĂ©nographie stellaire sur Terre Ă  la faveur d’un incident majeur qui relance la franchise avec Ă©moi galvanisant. Peu Ă  peu, l’ombre de James Cameron s’esquisse, portĂ©e par l’irruption militaire, sans jamais sombrer dans le plagiat : l’univers qui se dĂ©ploie devant nous possède une force de fascination dĂ©pouillĂ©e, tenue d’une main ferme.
 
Hypnotique, contemplatif, d’une beautĂ© visuelle renversante, il distille Ă  nouveau le parfum des annĂ©es 70 au cĹ“ur d’une scĂ©nographie discrètement futuriste mais d’un rĂ©alisme coupant. Noah Hawley nous immerge dans cet univers singulier en nous attachant, avec une patience mĂ©thodique, Ă  ses personnages venus d’horizons divers : militaires en mission de sauvetage, scientifiques et parents en concertation, humanoĂŻde conçue par IA, et l’apprenti sorcier Kirsh. On suit de près l’Ă©volution morale de Wendy, ado souffreteuse transplantĂ©e dans un corps androĂŻde, conscience enfantine prĂŞte Ă  se porter volontaire pour Ă©pauler l’armĂ©e lors d’une explosion meurtrière.
 
Ainsi s’ouvre ce premier Ă©pisode, soignĂ©, ambitieux, passionnant, hypnotique, mĂ©taphysique aussi - le discours de la mortalitĂ© entre Wendy et Krish comme essence de l’humain. Il installe, sans qu’on s’en rende compte, un suspense larvĂ©, redoutablement efficace, inquiĂ©tant, et surtout prometteur pour les horreurs Ă  venir - bien que dĂ©jĂ , deux sĂ©quences de terreur nous aient saisis, viscĂ©rales, sournoises et sans issue.
 
L’Ă©pisode 2, plus nerveux encore, enchaĂ®ne avec une redoutable efficacitĂ© les agressions horrifiques, s’appuyant sur un suspense ciselĂ© Ă  la tension hypnotique. En contrepoint, Wendy avance Ă  tâtons dans un immeuble en ruines, Ă  la recherche de son frère. ChamarrĂ© d’une fulgurante cohĂ©rence visuelle, entre rĂ©tro et futurisme, Alien Earth demeure un rĂ©gal pour les mirettes, nous plongeant plus avant dans un cauchemar dantesque oĂą surgissent peu Ă  peu d’innombrables crĂ©atures hybrides, avançant avec la mĂŞme insidieuse lenteur que l’androĂŻde afro, engagĂ© dans une stratĂ©gie de survie studieuse mais ambivalente — Ă  l’image de sa rencontre fortuite avec Jo, le frère de Wendy.
 
Troisième Ă©pisode, et toujours cette ivresse visuelle : chaque dĂ©tail du rĂ©tro-futur s’impose avec une prĂ©cision hypnotique, crĂ©dible pour nous happer, fascinant comme une hallucination tenue en laisse. L’univers palpite, charnel et mĂ©tallique, un rĂŞve fiĂ©vreux qui ne cesse de se densifier. Un rĂ©gal d'immersion plus vrai que nature. 

Le coeur de l’histoire, enfin, se dĂ©ploie et se scinde en deux horizons. D’un cĂ´tĂ©, le cyborg afro, lancĂ© dans une traque implacable des crĂ©atures au nom de sa crĂ©atrice tout en s'imposant maĂ®tre chanteur face Ă  deux synthĂ©tiques au quotient infantile. De l’autre, Boy Kavalier, architecte mĂ©galo, potentiellement prĂŞt Ă  sacrifier Wendy/Marcy sur l’autel de ses expĂ©riences avec ses spĂ©cimens extra-terrestres - ses chimères de chair et d’obsession.

Coup de force narratif : dès l’ouverture, Wendy terrasse un ennemi dans une confrontation brève mais foudroyante. Audace rare, qui brise les codes, mĂŞme si la victoire la laisse exsangue, contrainte Ă  la rĂ©paration par les mains froides d'une science avancĂ©e.
Puis surgit Curly, nouvelle synthĂ©tique dans l'ombre, avide de supplanter Wendy dans le cĹ“ur malade de Kavalier. RivalitĂ© sourde, venin distillĂ© tout en subtilitĂ©, jusqu’Ă  ce final suspendu oĂą Wendy pourrait rouvrir les yeux (?). 

Un Ă©pisode aussi passionnant qu’interrogatif, fidèle Ă  la fièvre des prĂ©cĂ©dents : il nourrit la fascination en imposant sa personnalitĂ© tout en creusant le mystère, nous laissant encore une fois suspendus entre vertige et envoĂ»tement face Ă  un rĂ©cit plus Ă©ventĂ© Ă  travers 2 tenants et aboutissants dĂ©lĂ©tères.
 
"Le souffle noir du cinquième acte".
 
Après le lĂ©ger faux pas du 4ᵉ Ă©pisode, Ă©tonnamment languissant, on retrouve la force des trois premiers. Ce 5ᵉ segment transitoire rend un hommage digne au Alien originel de Ridley Scott, par un saut dans le temps renvoyant au massacre de l’Ă©quipage suggĂ©rĂ© dès le tout premier Ă©pisode. Ă€ travers ce dĂ©tour passĂ©iste, se rĂ©vèlent sous un jour nouveau les intentions du capitaine Morrow, chef de la sĂ©curitĂ© du vaisseau, mais aussi celles de l’apprenti sorcier Kavalier, dont l’ambiguĂŻtĂ© semble soudain s’inverser. Mais chut…

Dans la surprise de ce rebondissement impondĂ©rable qui rebat les cartes, l’Ă©pisode, toujours remarquablement maĂ®trisĂ©, exploite Ă  merveille un suspense larvĂ©, tendu jusqu’Ă  l’insoutenable - songeons Ă  la fameuse “bouteille d’eau” qu’une protagoniste s’apprĂŞte Ă  ingurgiter. Clin d’Ĺ“il direct au chef-d’Ĺ“uvre de Scott par une situation Ă©culĂ©e, la sĂ©quence attendue se dĂ©robe pourtant, imprĂ©visible, pour mieux nous Ă©branler et nous prĂ©cipiter dans un jeu de massacre oĂą s’affrontent occupants, xĂ©nomorphe et autres crĂ©atures retorses, vĂ©loces, dĂ©lĂ©tères.

On se retrouve ainsi devant un Ă©pisode haletant et inquiĂ©tant, nourri d’un suspense Ă©touffant, oĂą l’angoisse - admirablement transmise par les visages contrariĂ©s et ce sentiment de danger insidieux - croĂ®t jusqu’Ă  la terreur d’un carnage fatal, n’offrant nulle Ă©chappatoire aux proies dĂ©munies, dĂ©jĂ  rongĂ©es par l’affres du dĂ©sespoir.

Un Ă©pisode mortifère, aussi passionnant que terrifiant, oĂą certaines sĂ©quences - suggĂ©rĂ©es ou graphiques - dĂ©stabilisent et Ă©prouvent avec une cruautĂ© diabolique. Tout s’y dĂ©ploie dans un art consommĂ© de l’apprĂ©hension, oĂą l’attente, l'interrogation devient intolĂ©rable. Et dĂ©jĂ  se profile la promesse d’une tournure narrative nouvelle, cauchemardesque, annonciatrice d’abĂ®mes probablement plus sombres.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

lundi 11 août 2025

Jurassic World: renaissance / Jurassic World Rebirth de Gareth Edwards. 2025. U.S.A. 2h14 (2h05).

                                (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Jurassic World : Renaissance — L’ivresse d’une aventure Ă  l’ancienne"

Formidable surprise que ce septième volet renouant avec le pouvoir d’Ă©merveillement du premier opus. Jurassic World : Renaissance honore le pur divertissement du samedi soir, selon le principe d’une aventure fantastique Ă  l’ancienne. Sa simplicitĂ© narrative, prĂ©texte Ă  des rebondissements Ă©piques, s’ancre au cĹ“ur d’une Ă®le magnifiquement photographiĂ©e - dĂ©paysement exotique garanti - et rend l’expĂ©rience aussi exaltante que rafraĂ®chissante.

Outre son action trĂ©pidante, exploitant avec une prĂ©cision mĂ©tronomique les paysages aqueux et terreux, le film s’illustre par des effets numĂ©riques parmi les plus convaincants de la saga. Mais le charme qui domine, au-delĂ  de ces dĂ©cors naturels littĂ©ralement dantesques - Ă  donner le vertige par moments, Ă©mane de la bonhomie des personnages : des comĂ©diens charismatiques, mĂŞlant force, fragilitĂ© et singularitĂ©, se prĂŞtent au jeu de la survie entre fougue et retenue.


La conclusion, digne et subtile, laisse affleurer une Ă©motion fragile, renouant avec le souffle romanesque d’un divertissement exhaustif qui ne confond jamais prĂ©cipitation et efficacitĂ©. Et si les assauts des espèces mutantes s’autorisent parfois une tonalitĂ© horrifique enfin retrouvĂ©e - notamment dans une ouverture concise mais percutante - Gareth Edwards insuffle, par touches badines, un humour salvateur dans les dialogues et les attitudes de ses protagonistes apeurĂ©s.

Un mot enfin sur la prestation dĂ©pouillĂ©e de Scarlett Johansson : rĂ´le quasi secondaire, dĂ©nuĂ© d’orgueil intempestif, elle se fond dans l’ensemble avec une neutralitĂ© qui renforce le rĂ©alisme de cette Ă©quipe d’aventuriers de fortune, scindĂ©e en deux camps mais soudĂ©e face Ă  l’adversitĂ©. Quant Ă  l’excellent Rupert Friend, il incarne le mĂ©chant sans caricature, antagoniste s'impliquant avec discrĂ©tion dans une menace sournoise. 


Sans rĂ©serve, Jurassic World : Renaissance est, Ă  mes yeux, l’opus le plus immersif et sĂ©duisant depuis le modèle matriciel de Spielberg. On ne peut que remercier la sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible de Gareth Edwards, vĂ©ritable passionnĂ© du genre "qui fait rĂŞver", comme il l’avait dĂ©jĂ  prouvĂ© avec Monsters, Rogue One - le meilleur Star Wars depuis L’Empire contre-attaque, il est bon de le rappeler - et The Creator.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
4K. Vost 

jeudi 7 août 2025

Would You Rather de David Guy Levy. 2012. U.S.A. 1h33.

                            (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Tu préfères crever ou survivre ?"
En comptant parfois sur son intuition, sans presque rien connaĂ®tre du contenu, on tombe sur d'excellentes surprises - ce fut le cas ce soir avec Would You Rather, rĂ©alisĂ© par l’amĂ©ricain David Guy Levy, alors qu’il ne signe ici que son second essai.

Bâti sur un concept de tortur' porn dans l’air du temps, Would You Rather avait pourtant tout pour laisser dubitatif, voire lasser l’amateur Ă©clairĂ©, s’il avait Ă©tĂ© pondu par un tâcheron opposant complaisance et prĂ©cipitation, sans la moindre implication ni la sincĂ©ritĂ© du travail bien fait. Car si l’on craint, en cours de jeu de massacre, la redondance pointant le bout de son nez, David Guy Levy se montre suffisamment consciencieux et adroit dans sa dĂ©marche horrifique - honorablement tendue - pour ne jamais nous blaser.


Il s’appuie, entre autres, sur un casting de seconde zone (John Heard, Jeffrey Combs, Brittany Anne Snow, Lawrence Gilliard Jr.), sobrement crĂ©dible dans leur rĂ´le de victimes dĂ©munies, contraintes de jouer au dilemme du "tu prĂ©fères" pour tenter d’Ă©chapper Ă  l’agonie. Jeffrey Combs dirigeant au doigt et Ă  l'oeil ses invitĂ©s avec un aplomb dĂ©sarmant de naturel dans son orgueil Ă©litiste. 

Constamment efficace, ce huis clos sardonique ne prĂŞte jamais Ă  la rigolade. Le nombre d’hĂ´tes y diminue Ă  mesure qu’avance le chronomètre, et Would You Rather en profite pour dĂ©noncer la nature lâche et cupide de l’ĂŞtre humain, prompt Ă  compter sur son ego au prix de la survie filiale.

 
RenforcĂ© par une photographie grège, insĂ©cure, et une nappe musicale admirablement angoissante et stylisĂ©e qui irrigue l’intrigue avec discrĂ©tion, Would You Rather parvient Ă  ne jamais relâcher la tension. Son suspense modĂ©rĂ©ment haletant et ses dĂ©lires horrifiques, remarquablement mis en scène, s’extraient de l’outrance gratuite pour renforcer l’attrait rĂ©aliste de son odieux chantage criminel - dĂ©nuĂ© de vergogne mais rĂ©solument honnĂŞte quant Ă  celui ou celle qui emportera la mise de cette nuit de cauchemar, aussi Ă©prouvante que dĂ©sespĂ©rĂ©e. Gare Ă  sa conclusion tranchĂ©e dĂ©nuĂ©e de rĂ©demption ! 
 
Et quand survient le générique de fin, une musique entêtante, presque dansante, vient clore la tragédie, rappelant les scores synthétiques et enivrants des années 80 - comme un dernier rictus glacé.

 
Une sĂ©rie B immersive, donc, qui imprime dans la mĂ©moire du cinĂ©phile aguerri des traces ludiques et acides - souvenirs persistants d’un jeu cruel inventif oĂą les sĂ©quences chocs, parfois Ă  la limite du soutenable, viennent malmener nos nerfs avec un rĂ©alisme parfois Ă©prouvant mais jamais putassier.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

mercredi 6 août 2025

American Honey de Andrea Arnold. 2016. Angleterre/U.S.A. 2h43.

                                (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"American Honey : vertige libre et cœur à nu".
Il est des films qui, lorsqu’on en ignore presque tout, vous prennent Ă  revers, vous saisissent Ă  bras-le-corps, et transforment Ă  jamais votre vie de cinĂ©phile sitĂ´t le rideau tombĂ©.
American Honey est de ceux-lĂ . Road movie longiligne aux 2h43 qui peuvent dĂ©courager d’emblĂ©e, il relate le pĂ©riple Ă  perdre souffle d’une poignĂ©e de nomades juvĂ©niles sillonnant les routes d’AmĂ©rique Ă  bord d’un van cabossĂ©.
 
Hymne Ă  la vie la plus insouciante, ce film Ă©pouse le quotidien brut de jeunes adultes livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, survivant en vendant des magazines de porte en porte. Ă€ travers le regard vertigineux de Star, fraĂ®chement dĂ©barquĂ©e dans cette tribu vagabonde, nous assistons Ă  son initiation - commerciale d’abord, existentielle surtout - et Ă  son attachement croissant pour Jake, son mentor, incarnĂ© par un Shia LaBeouf Ă©tourdissant de naturel. Ă€ tel point que son visage bankable s'efface, ne laissant place qu'Ă  un personnage veule, aussi immature qu’Ă©perdument amoureux mais soumis Ă  l'autoritĂ© de la matrone du groupe, Krystal endossĂ© par Riley Keough littĂ©ralement sans scrupule par son orgueil intraitable.
 

FilmĂ©e comme un reportage saisi sur le vif - marque de fabrique d’Andrea Arnold (Red Road, Fish Tank) -, la mise en scène, d’une maĂ®trise hallucinante, convoque Larry Clark et Cassavetes dans la pudeur des sentiments, tout en imposant sans plagiat la signature franche et autonome de sa rĂ©alisatrice.
American Honey baigne dans un climat de libertĂ© viscĂ©rale, presque anarchique, et donne le vertige par son jusqu’au-boutisme : ce road movie est si expressif, si brut, si hypnotique, qu’un malaise diffus finit par poindre, tĂ©moin des souffrances existentielles de Star, bâties sur le non-dit, sur un regard Ă  la fois irresponsable et humaniste. Une observation trouble de son initiation au larcin et Ă  la dĂ©bauche.
Certaines séquences de sexe, crues comme toujours chez Andrea Arnold, installent la gêne - non par voyeurisme, mais par la mise en danger permanente de Star, inconsciente, affranchie, indifférente au péril.

 
Le film, d’une puissance Ă©motionnelle dĂ©pouillĂ©e, trouve ses instants de grâce dans des plages musicales baignĂ©es de tendresse et d’ivresse libertaire. American Honey est une expĂ©rience humaine troublante et capiteuse, oĂą la cinĂ©matographie fait Ă©clater les frontières de la fiction au profit d’un rĂ©alisme hallucinĂ©, Ă  la fois libre, attirant car sans foi ni loi et insĂ©cure.

Un mot enfin sur Sasha Lane, rĂ©vĂ©lation Ă  la vĂ©ritĂ© nue, dĂ©sarmante de naturel maori. Son incarnation de Star - paumĂ©e vĂ©reuse, fragile, secrète - nous transperce, notamment dans les silences habitĂ©s de son regard, tĂ©moins d’une dĂ©chĂ©ance sentimentale sans illusion.

 
"Une jeunesse brĂ»le, et personne ne regarde". 
Du grand cinĂ©ma d’auteur, furieusement libre, exaltant, dĂ©senchantĂ©, habitĂ© par la tendresse de ces marginaux brisĂ©s par le chĂ´mage et la dĂ©mission parentale - thème central de la passionnante filmo d’Andrea Arnold.

P.S: à découvrir impérativement en VO.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Récompenses:
Festival de Cannes 2016: Prix du Jury
British Independent Film Awards 2016:
Meilleur film
Meilleur réalisateur
Meilleure actrice pour Sasha Lane

mardi 5 août 2025

Deux filles au tapis / ...All the Marbles de Robert Aldrich. 1981. 1h53.

                                                      
                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Dernier round pour Aldrich".
Formidable success story que symbolisent ces catcheuses au grand cĹ“ur - sorte de Rocky au fĂ©minin, toute proportion gardĂ©e - Deux filles au tapis est le dernier film de Robert Aldrich, qui se solda par un Ă©chec critique et commercial. Alors qu’une suite Ă©tait envisagĂ©e, le cinĂ©aste ne put mener Ă  terme son ultime projet : il rendit l’âme le 5 dĂ©cembre 1983, Ă  l’âge de 65 ans.

ComĂ©die sportive teintĂ©e de mĂ©lancolie, de tendresse, et d’une rasade d’action culminant dans un final anthologique, aussi fou que dĂ©lirant, Deux filles au tapis prend son temps pour nous attacher Ă  Iris et Molly, surnommĂ©es les "California Dolls", accompagnĂ©es de leur manager Harry Sears, que Peter Falk incarne avec une force tranquille, bienveillante malgrĂ© ses quelques accès de violence machiste envers l'une d'elles.
 

Sorte de road movie grisonnant au sein d’une AmĂ©rique profonde gangrĂ©nĂ©e par la misère, la vulgaritĂ© et la corruption des matchs parfois truquĂ©s, Deux filles au tapis prĂ´ne les valeurs d’amour, d’amitiĂ© et de rĂ©silience pour s'extraire de la sinistrose, avec un courage communautaire qui ne faiblira jamais. Iris, Molly et Harry forment un trio habitĂ© par la reconnaissance, en dĂ©pit de l’angoisse rampante de l’Ă©chec.

ImprĂ©gnĂ© d’une ambiance bonnard, typiquement eighties, oĂą frissons et Ă©motions se confondent avec un rĂ©alisme parfois affectĂ© (comme ce match dans la boue, devant un public en liesse, abruti d’hilaritĂ©), Deux filles au tapis insuffle un esprit de fraternitĂ© qui portera ses fruits lors d’une ultime demi-heure rigoureusement larvĂ©e, tendue, puis explosive (euphĂ©misme !) oĂą la confrontation vindicative contre leurs ennemies jurĂ©es, les "Toledo Tigers", atteint son paroxysme.
 

Qu’on se le dise : rien que pour ce final absolument mĂ©morable, portĂ© par une puissance Ă©motive que Rocky n’aurait sĂ»rement pas reniĂ©e, Deux filles au tapis mĂ©rite d’ĂŞtre (re)dĂ©couvert - pour son aura jouissive, qui finit par irradier un match possiblement truquĂ©… mais vital, car il scellera peut-ĂŞtre leur avenir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Récompense: Meilleur film en langue étrangère au Hochi Film Awards.