Halloween (2018) est Ă mon sens le grand retour du Boogeyman en bonne et due forme. Un retour respectueux du genre et du mythe, au point que David Gordon Green efface volontairement toutes les suites pour ne prolonger que le chef-d’Ĺ“uvre matriciel de John Carpenter. Ici, nous avons affaire Ă une vĂ©ritable suite, frontale, assumĂ©e, Ă nouveau clinquante et fascinante.
On sent Green impliquĂ©, avisĂ©, circonspecte. Son film est un formidable psycho-killer, menĂ© avec intelligence, notamment dans la caractĂ©risation de Laurie Strode. Quarante ans plus tard, elle est moralement fracassĂ©e, torturĂ©e. ParanoĂŻaque, recluse, retranchĂ©e derrière des armes et des pièges. Sa maison est devenue une forteresse customisĂ©e, un bunker domestique prĂŞt Ă exploser. Elle incarne une AmĂ©rique malade, celle de l’ère Trump, gagnĂ©e par le survivalisme et cette fascination innĂ©e pour les armes comme ultime rempart contre le chaos. Laurie ne vit plus : elle se prĂ©pare clairement Ă la guerre.
J’aime aussi beaucoup les clins d’Ĺ“il dissĂ©minĂ©s tout au long du rĂ©cit, habilement dĂ©tournĂ©s, parfois mĂŞme inversĂ©s au niveau du rĂ´le des personnages. Green s’amuse, retors, Ă jouer avec notre mĂ©moire. Il rend hommage Ă l’Ĺ“uvre matricielle sans la singer, et l’on savoure ces Ă©chos dĂ©formĂ©s avec un plaisir malicieux.
Le film est terrifiant, surtout dans l’attente afin de travailler notre imaginaire. Comme Carpenter, Green travaille la peur dans la durĂ©e. Certaines sĂ©quences domestiques sont d’une efficacitĂ© redoutable : la prĂ©sence invisible de Michael Myers, tapie hors champ, nous glace. Puis lorsqu’il frappe, la violence est plus brutale, bien que ritualisĂ©e, plus sanglante, car toujours ancrĂ©e dans un certain rĂ©alisme. Les meurtres des journalistes dans les toilettes comptent parmi les scènes les plus dures. Ça fait mal car c'est sans concession, quasi bestial, primal, sans l'outrance assumĂ©e d'un Rob Zombie (que je vĂ©nère toutefois). Alors qu'Ă un autre moment aussi inquiĂ©tant et insĂ©cure dans sa vĂ©gĂ©tation feutrĂ©e, Gordon ose filmer l'immontrable lors d'une cruelle altercation, sans se complaire dans une violence graphique impardonnable.
On est Ă nouveau face Ă un vĂ©ritable film d’ambiance un peu plus contemporain. Michael est ici plus terrestre, moins abstrait, moins fantomatique qu’autrefois, mais il reste une silhouette glaçante, une menace immĂ©diate dès qu’elle surgit dans le cadre.
Le personnage du psychiatre, interprété par Haluk Bilginer, apporte une variation intéressante en écho au docteur Loomis. Obnubilé, fasciné par Michael, il incarne une obsession presque maladive qui enrichit le propos de manière couillue dans un retournement de situation.
Il faut aussi rappeler que Carpenter est producteur exĂ©cutif et compositeur du film. Le leitmotiv mythique rĂ©sonne toujours, percutant, accompagnĂ© d’un score plus nerveux qui Ă©pouse le rythme de cette sĂ©quelle visuellement splendide, parfois presque onirico-funeste lors de ses Ă©clairages nocturnes.
Tous les acteurs sont investis, mais Jamie Lee Curtis domine. Elle dégage une force expressive tenace, intraitable, à la fois fragile et stoïque. Et le final, tendu, spectaculaire, dans la maison transformée en piège, fonctionne admirablement dans son action et sa terreur communes.
Halloween 2018 est donc une variation franchement rĂ©ussie : un psycho-killer intelligent, psychologique, fĂ©brile et percutant, qui redore le blason d’une saga et s’impose comme l’un de ses meilleurs opus - avec son chapitre final infortunĂ©: Halloween Ends.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤








































