mardi 21 décembre 2021

Lost Highway

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de David Lynch. 1997. U.S.A. 2h14. Avec Bill Pullman, Patricia Arquette, Balthazar Getty, Robert Blake, Robert Loggia, Natasha Gregson Wagner, Richard Pryor 

Sortie salles France: 15 Janvier 1997 (Int - 12 ans). U.S: 21 Février 1997

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire). 2017 : Twin Peaks: The Return (saison 3).

Sans opinion au 3è visionnage (découvert la 1ère fois au cinéma Kinepolis de Lomme)

*Eric Binford

INFOS (Wikipedia):

Le film suit un musicien (Bill Pullman) qui commence à recevoir de mystérieuses cassettes VHS de lui et de sa femme (Patricia Arquette) dans leur maison. Il est soudainement condamné pour meurtre, après quoi il disparaît inexplicablement grâce à un homme mystérieux (Robert Blake). Il est remplacé par un jeune mécanicien (Balthazar Getty) menant une vie différente. Mais, peu à peu, des éléments de son passé resurgissent.

Lost Highway est financé par la société de production française Ciby 2000 et est tourné en grande partie à Los Angeles. Le film est monté et produit par Mary Sweeney, tandis que la photographie est de Peter Deming. La bande originale du film, produite par Trent Reznor, comprend une musique originale d'Angelo Badalamenti et Barry Adamson ; elle est complétée par des chansons d'artistes tels que David Bowie, Marilyn Manson, Rammstein, Nine Inch Nails et The Smashing Pumpkins.

À sa sortie, Lost Highway reçoit des critiques mitigées qui lui reprochent notamment son manque de cohérence. Il a depuis été réévalué par la presse, et a accédé au statut de film culte. Lost Highway est le premier des trois films de David Lynch situés à Los Angeles, suivi de Mulholland Drive en 2001 et d'Inland Empire en 2006. En 2003, il est adapté en opéra par la compositrice autrichienne Olga Neuwirth.

Box-Office France: 382 934 entrées

12.12.24. VOST

lundi 20 décembre 2021

La Maison du Lac / One Golden Pond. 3 Oscars, 1982.

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Mark Rydell. 1981. U.S.A. 1h50. Avec Katharine Hepburn, Henry Fonda, Jane Fonda, Doug McKeon, Dabney Coleman 

Sortie salles France: 14 Avril 1982

FILMOGRAPHIE: Mark Rydell est un acteur, réalisateur et producteur de cinéma américain, né le 29 mars 1929 à New York (États-Unis). 1964-1966 : Gunsmoke (série TV). 1968 : Le Renard. 1969 : Reivers. 1972 : Les Cowboys. 1976 : Deux Farfelus à New York. 1979 : The Rose. 1981 : La Maison du lac. 1984 : La Rivière. 1991 : For the Boys. 1994 : Intersection. 1996 : Le Crime du siècle. 2001 : Il était une fois James Dean. 2006 : Even Money.


"La vieillesse est comme la nuit qui descend doucement sur le jour."
40 annĂ©es pile poil il m'aura fallu pour le tenter pour des raisons assez inexpliquĂ©es (voires aussi infortunĂ©es) si bien qu'Ă  l'Ă©poque je fus toujours sĂ©duit et attirĂ© par son titre apaisant, son affiche solaire, son prestigieux casting et ses 3 rĂ©compenses aux oscars. Qu'en est-il après 1h50 de projo tout en tranquille intimitĂ© ? Une oeuvre magnifique, candide et fragile comme on n'en voit plus hĂ©las dans le paysage ludique de la romcom contemporaine. Mark Rydell (La Rivière, The Rose, Le Renard, excusez du peu) traitant en grande simplicitĂ© et pudeur des thèmes de l'amour, de la peur de la mort et de la vieillesse et des conflits parentaux avec une infinie tendresse pour ce couple sclĂ©rosĂ© fuyant l'urbanisation pour terminer leurs dernières annĂ©es dans une maison champĂŞtre Ă  proximitĂ© d'un lac. Or, voilĂ  que leur fille Chelsea dĂ©barque avec son nouveau compagnon et le fils de celui-ci que le père de Chelsea redoute un peu auprès de leurs sempiternels rapports tendus. Henry Fonda (dĂ©cĂ©dĂ© quelques mois seulement après le tournage) endossant le vieillard bourru au grand coeur avec une force d'expression badine, provocatrice et surtout mĂ©lancolique Ă  travers ses rĂ©miniscences, sa peur introvertie du trĂ©pas et ses remords internes qui n'appartiennent qu'Ă  sa morale. 

Tant et si bien que sa dernière prestance Ă  l'Ă©cran dĂ©gage une intensitĂ© dramatique Ă  la fois trouble et capiteuse au grĂ© de son naturel chieur suggĂ©rant pour autant une profonde tendresse timorĂ©e. Dans la mesure Ă©galement oĂą Norman va rĂ©apprendre Ă  aimer, verser de l'eau dans son vin et reconsidĂ©rer la filiation par le biais de Billy Ray, le beau-fils de sa fille Chelsea restĂ© avec lui et son Ă©pouse pour les vacances d'Ă©tĂ©. Inscrite dans une grâce sollicitude et chĂ©rissant son Ă©poux avec une tendresse naturellement expressive, Katharine Hepburn demeure aussi incandescente Ă  travers sa fragilitĂ© vulnĂ©rable (de la vieillesse) et son tempĂ©rament sĂ©millant Ă  embrasser la vie dans une idĂ©ologie Ă©cologique (le fameux couple des plongeons - oiseau palmipède aquatique - auquel elle voue une admiration sans borne). Quand Ă  la sublime Jane Fonda (âgĂ©e de 44 ans Ă  l'Ă©poque du tournage), celle-ci se fond dans le corps de la fille discrĂ©ditĂ©e avec une amertume bouleversante si je me rĂ©fère Ă  ses confidences torturĂ©es qu'elle livre auprès de sa mère tentant de la rĂ©concilier avec une douceur d'âme bienveillante. Chelsea demeurant inconsolable Ă  tenter de renouer amicalement avec un père grincheux aussi apprĂ©hensif qu'elle dans leur commune incommunicabilitĂ©. 


Le coeur sur la main.
Ainsi, ce qui fait la force Ă©motive et la densitĂ© cĂ©rĂ©brale de La Maison du Lac Ă©manent de sa grande simplicitĂ© Ă  Ă©voquer la vieillesse, la mort, l'amour et les valeurs familiales avec une tendre pudeur parfois extravagante mais jamais outrĂ©e. L'oeuvre toute Ă  la fois intime, (très) sensible et chĂ©tive demeurant d'une profonde mĂ©lancolie Ă  observer la quotidiennetĂ© vulnĂ©rable de ce couple du 3è âge se raccrochant Ă  leur union et Ă  l'amour de leur famille avec une grâce bĂ©nĂ©vole. Les acteurs bouleversants d'Ă©motions crevant toujours plus l'Ă©cran Ă  chacune de leurs apparitions candides sous l'impulsion du message universel du temps prĂ©sent Ă  dĂ©vorer sans modĂ©ration. Tout simplement prĂ©cieux et inoubliable. 

Un grand merci Ă  Margotte Shoumi

*Eric Binford

RECOMPENSES:  
Oscar 1982 de la meilleure adaptation pour Ernest Thompson
Oscar 1982 de la meilleure actrice pour Katharine Hepburn
Oscar 1982 du meilleur acteur pour Henry Fonda

jeudi 16 décembre 2021

Le Grand Restaurant

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jacques Besnard. 1966. France. 1h27. Avec Louis de Funès, Bernard Blier, Folco Lulli, Venantino Venantini, Maria-Rosa Rodriguez, Paul PrĂ©boist, NoĂ«l Roquevert, Julián Antonio RamĂ­rez.

Sortie salles France: 7 Septembre 1966

FILMOGRAPHIEJacques Besnard est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 15 juillet 1929 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et mort le 9 novembre 2013 à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir).1966 : Le Grand Restaurant. 1967 : Estouffade à la Caraïbe. 1967 : Le Fou du labo 4. 1972 : La Belle Affaire ou Les marginaux. 1974 : C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 1975 : La situation est grave... mais pas désespérée. 1976 : Le Jour de gloire. 1976 : Et si tu n'en veux pas ou Joëlle et Pauline1 avec Joëlle. 1978 : Général... nous voilà ! 1982 : Te marre pas... c'est pour rire ! 1984 : Allo Béatrice (TV). 1985 : Hôtel de police (TV). 1988 : La Belle Anglaise (TV). 1990 : Le Retour d'Arsène Lupin (1 épisode). 1992 : Feu Adrien Muset (TV), avec Jean Lefebvre. 1994 : Avanti, téléfilm


"L'anti-dĂ©presseur par excellence hormis son ultime demi-heure moins hilarante, probante et maĂ®trisĂ©e." 
Formidable comĂ©die policière mĂ©sestimĂ©e Ă  sa sortie par la critique (alors que le public se rue en masse avec 3,8 millions d'entrĂ©es mĂŞme si cette mĂŞme annĂ©e La Grande Vadrouille fracassera le box-office avec 17 millions de spectateurs !), Le Grand Restaurant demeure aujourd'hui un petit trĂ©sor de divertissement comique sous l'impulsion de ce gĂ©nie de De Funes en restaurateur gĂ©nialement tyran mĂŞme si moins bien exploitĂ© par le rĂ©alisateur inĂ©gal Jacques Besnard, comme le souligne son ultime demi-heure plus orientĂ©e vers l'action et l'aventure au dĂ©triment des fous-rires antĂ©cĂ©dents. L'acteur demeurant moins Ă  l'aise et quelque peu contractĂ© Ă  jouer l'Ă©missaire en herbe pour le compte de la police, commanditaire d'un imbroglio savamment planifiĂ©. 

En tout Ă©tat de cause; de par l'abattage impayable de De Funes s'opposant Ă  un Bernard Blier  gĂ©nialement sournois, perfide et goguenard en commissaire maĂ®tre chanteur, et d'une plĂ©iade de seconds-rĂ´les dĂ©clenchant des fous-rires incontrĂ´lĂ©s (tout du moins lors de la première moitiĂ© du rĂ©cit constamment hilarante), le Grand Restaurant ne déçoit pas en dĂ©pit d'une rĂ©alisation perfectible donc. Ce que vient confirmer sa course-poursuite effrĂ©nĂ©e Ă  travers de superbes paysages enneigĂ©s que l'on suit sans vĂ©ritable passion au grĂ© d'un rythme pour autant soutenu, qui plus est Ă©maillĂ© de cascades coordonnĂ©es par RĂ©my Julienne. Louablement, ses 10 dernières minutes nous rĂ©confortent nĂ©anmoins auprès d'un rebondissement inopinĂ© que l'on ne voit pas arriver et d'un gag final badin faisant formidablement Ă©cho Ă  l'incident terroriste qui ouvre le film, Ă  savoir l'enlèvement du chef d'Ă©tat d'AmĂ©rique du Sud que des terroristes ainsi qu'une organisation clandestine parallèle se disputent la mise lors d'une pagaille Ă  la fois dĂ©cousue et incontrĂ´lĂ©e. 

ComĂ©die populaire soumise Ă  sa bonne humeur, son innocence, son action aventureuse et sa drĂ´lerie expansive (tout du moins jusqu'Ă  mi-parcours du rĂ©cit pour ses gags plĂ©thoriques) sous l'impulsion de comĂ©diens fripons au physique de l'emploi, Le Grand Restaurant demeure un divertissement encore plus stimulant et charmant que lors de sa sortie, grâce Ă  son Ă©poque insouciante dĂ©nuĂ©e de complexe et de prĂ©tention. Une ère aujourd'hui hĂ©las rĂ©volue ayant depuis bien longtemps Ă©garĂ© cette notion de fraĂ®cheur et de candeur bonnards, Ă  quelques incartades près. 

*Eric Binford

mercredi 15 décembre 2021

Affamés / Antlers

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Scott Cooper. 2021. U.S.A/Canada/Mexique. 1h39. Avec Keri Russell, Katelyn Peterson, Jesse Plemons, Jeremy T. Thomas, Graham Greene, Scott Haze, Rory Cochrane, Amy Madigan. 

Sortie salles France: 17 Novembre 2021 (Int - 12 ans). U.S: 29 Octobre 2021 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Scott Cooper est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© en 1970 Ă  Abingdon, Virginia, U.S.A. 2009: Crazy Heart. 2013: Les Brasiers de la colère. 2015 : Strictly Criminal. 2017: Hostiles. 2021: AffamĂ©s. 

Alors que Scott Cooper cumule avec succès les rĂ©ussites Ă  rythme mĂ©tronome (Crazy Heart, Les Brasiers de la Colère, Hostiles), voilĂ  qu'il s'essaie au cinĂ©ma d'horreur avec AffamĂ©s, modeste sĂ©rie B toute en ambiance diffuse et violence Ă©lectrisante de par son rĂ©alisme cinglant plutĂ´t impressionnant. Car en empruntant le mythe amĂ©ridien du Wendigo (crĂ©ature monstrueuse vĂ©gĂ©tale affamĂ©e de chair humaine afin de prĂ©server sa survie avant d'abriter un nouvel hĂ´te), Scott Cooper nous offre une intĂ©ressante proposition d'horreur malsaine Ă  la fois très sombre et dĂ©pressive. Les personnages, austères, reclus sur eux mĂŞmes car hantĂ©s d'un passĂ© traumatique, ayant comme point commun la famille dysfonctionnelle que le rĂ©alisateur rehausse auprès d'une ambiance malaisante qui ne lâchera pas d'une semelle l'attention du spectateur, et ce jusqu'au final ostentatoire Ă  la fois cruel et dĂ©rangeant. Ainsi, en dĂ©pit d'un cheminement classique dĂ©nuĂ© de surprise, et de son rythme latent qui ne plaira pas Ă  tous, AffamĂ©s rend dignement hommage au genre en s'efforçant d'y construire un climat de mystère prĂ©gnant Ă  travers sa nature brumeuse ou nuageuse magnifiquement cadrĂ©e Ă  l'orĂ©e d'un lac. Qui plus est renforcĂ©e d'une photo fastueuse saturĂ©e de teintes sĂ©pias et verts sombres. 

Un parti-pris fructueux permettant d'y Ă©tablir un contraste avec les morceaux de cadavres dĂ©chiquetĂ©s retrouvĂ©s dans la nature ou les endroits les plus insalubres ou caverneux que le rĂ©alisateur Ă©claire Ă  travers une luminositĂ© crue. Sans compter ses rares effets gores organiques parfois dĂ©monstratifs risquant de provoquer quelques haut le coeur auprès des plus sensibles. Mais si AffamĂ©s ne nous laisse pas indiffĂ©rent Ă  travers sa facultĂ© de nous narrer un conte horrifique dans une Ă©trange atmosphère de spleen, il le doit notamment Ă  sa thĂ©matique de l'unitĂ© familiale lorsqu'un bambin s'efforce de suivre Ă  la lettre l'histoire d'un conte. Un concept aussi couillu qu'original renforçant constamment ce malaise tangible auprès d'une innocence galvaudĂ©e qui dĂ©teindra sur le trauma moral de l'institutrice de la contrĂ©e autrefois abusĂ©e par son paternel. Ainsi, Ă  travers son Ă©tude caractĂ©rielle plutĂ´t bipolaire et sentencieuse, on reste surtout frappĂ© par la très Ă©trange prestance de l'acteur Jeremy T. Thomas endossant Lucas, enfant martyr douĂ© d'un regard profondĂ©ment inerte et meurtri Ă  travers sa condition de vie dĂ©soeuvrĂ©e, sa besogne de sustenter sa famille de la manière la plus primale qui soit. Son physique indicible, limite patibulaire et maladif se prĂŞtant Ă  merveille Ă  l'ambiance opaque du rĂ©cit inscrit dans la dĂ©sillusion. On peut d'ailleurs signaler le grand soin imparti aux effets-spĂ©ciaux, tant auprès des cadavres dĂ©chiquetĂ©s et lambeaux de chair qui Ă©maillent le sol, de l'apparence dĂ©charnĂ©e d'un homme mutant livrĂ©e Ă  l'Ă©tat bestial que de sa crĂ©ature dantesque ouvertement illustrĂ©e lors de son final paroxystique livrant quelques sueurs froides au spectateur pour sa violence incisive dĂ©nuĂ©e de concession. 


L'Enfance Violée.
Perfectible et relativement mineur à travers sa modeste facture de série B horrifique au rythme languide, Affamés en sort malgré tout grandi à travers son atmosphère poisseuse de déréliction empruntant les thématiques de la famille dysfonctionnelle et de la perte de l'innocence avec une audace assez burnée auprès de son réalisme fuligineux. Un film d'ambiance feutrée donc, certes pas si envoûtant et immersif qu'escompté, mais suffisamment sincère, crédible, cruel, déprimant et olfactif pour ne pas l'omettre de sa mémoire sitôt l'épilogue (acrimonieux) dénué d'happy-end. Tout bien considéré, une des (rares) bonnes surprises horrifiques de l'année 2021.

*Eric Binford
23.04.25. 2èx. 4K Vost

mardi 14 décembre 2021

Impardonnable / The Unforgivable

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nora Fingscheidt. 2021. U.S.A/Allemagne/Angleterre. 1h52. Avec Sandra Bullock, Jon Bernthal, Vincent D'Onofrio, Viola Davis, Rob Morgan, Aisling Franciosi, Richard Thomas. 

Diffusé sur Netflix le 10 Décembre 2021

FILMOGRAPHIE: Nora Fingscheidt, nĂ©e en 17 fĂ©vrier 1983 Ă  Brunswick (en Basse-Saxe), est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et actrice allemande. 2019 : Benni (Systemsprenger). 2021 : Impardonnable. 


La rĂ©putation est jugĂ©e bonne ou mauvaise Ă  partir de la mort. 
Si les dĂ©tracteurs de Netflix ne cessent de nous rabâcher que la mĂ©diocritĂ© cinĂ©matographique est monnaie courante depuis leur (fulgurante) ascension (c'est bien connu, "plus t'es adulĂ©, plus t'es dĂ©testĂ©"), Impardonnable vient les contredire avec une sobre dignitĂ© eu Ă©gard du parti-pris dĂ©pouillĂ© de la rĂ©alisatrice germanique Nora Fingscheidt d'y conjuguer drame carcĂ©ral, thriller et mĂ©lo sans sombrer dans une caricature triviale. Car si le pitch a beau ĂŞtre Ă©culĂ© et s'Ă©maille de quelques situations convenues, la rĂ©alisatrice parvient inopinĂ©ment Ă  surprendre et Ă  captiver pour s'extirper du produit standard en tablant avant tout sur la composition nuancĂ©e de Sondra Bullock, quasi mĂ©connaissable en ex taularde tentant de renouer avec sa soeur depuis le tragique incident qui valut la mort du shĂ©rif de sa contrĂ©e. Tour Ă  tour poignante, bouleversante, pour ne pas dire dĂ©chirante Ă  travers sa force d'expression dĂ©munie dĂ©nuĂ©e d'artifice, Sondra Bullock soulève du poids de ses Ă©paules l'intrigue en berne avec une dimension humaine souvent introvertie en dĂ©pit de ses Ă©clairs de violence parfois incontrĂ´lĂ©s (et impressionnants auprès de sa gestuelle quasi animale). 

RĂ©flexion sur la difficile rĂ©insertion sociale après avoir payĂ© le lourd tribu d'une peine carcĂ©rale de longue haleine, alors que l'ombre de la vendetta va venir empiĂ©ter le cheminement indĂ©cis de Ruth en quĂŞte de retrouvaille filiale, Impardonnable nous calle au siège sans effets de manche de par le brio avisĂ© de la rĂ©alisatrice auscultant chaque regard des protagonistes avec une justesse d'expression imparable. Le moindre second-rĂ´le (surtout ceux masculins) affichant une posture appropriĂ©e afin d'y densifier l'intrigue soumise au portrait moral d'une femme dĂ©chirĂ©e Spoil ! par le remord (notamment pour sa responsabilitĂ© maternelle) et l'injustice Fin du Spoil. Tant et si bien que tout sonne juste Ă  travers  l'intensitĂ© dramatique scrupuleusement feutrĂ©e, pour autant rĂ©haussĂ©e en fin de parcours d'un coup de théâtre qu'on aurait jurĂ© probablement prĂ©visible (on devine dès le dĂ©part que les flash-back imposĂ©s par les rĂ©miniscences de Ruth ne dĂ©voilent par l'entière vĂ©ritĂ© des faits), mais qui pour le coup nous prend en estocade par son effet de surprise payant. Ainsi, Ă  partir de cette brutale rĂ©vĂ©lation remettant en question le point de vue moral de Ruth, Impardonnable va adopter une tournure dramatique autrement tragique, notamment en prĂ©cipitant le mode du thriller avec ce mĂŞme degrĂ© de rĂ©alisme immersif auprès de la prĂ©caritĂ© des personnages infiniment souffreteux par la perte de l'ĂŞtre aimĂ©. Nora Fingscheidt se chargeant d'y cultiver une Ă©motion davantage fragile parmi la douce impulsion d'une mĂ©lodie au clavecin Ă  la fois grave et puissamment Ă©vocatrice.  

Superbe portrait de femme Ă©corchĂ©e vive, parcours de combattante en rĂ©silience stoĂŻque, que Sondra Bullock transcende de sa posture renfrognĂ©e (entre regard chĂ©tif et fĂ©brile), Impardonnable (?) vibre de pudeur Ă©motive auprès de sa houleuse rĂ©insertion sociale que la populace, la justice (sauf si on se place du cĂ´tĂ© d'une main de la dĂ©fense) et la police pointent du doigt dans une idĂ©ologie toute Ă  la fois intolĂ©rante, arbitraire et rĂ©actionnaire. La rĂ©alisatrice nous posant habilement la question de l'Ă©ventualitĂ© d'offrir une seconde chance Ă  un ex criminel en dĂ©pit de son acte impardonnable. Tout du moins en apparence, mais de manière affirmĂ©e Ă  Ă©veiller les consciences, puisque Impardonnable joue Ă©galement efficacement Spoil ! au faux-semblant lors d'une ultime partie revenge qui arrachera les larmes aux plus sensibles. Fin du Spoil.   

Clins d'oeil Ă  Seb Lake et Pascal frezzato.

*Eric Binford

VF

lundi 13 décembre 2021

The Innkeepers. Prix du Public, Toronto After Dark Film Festival 2011.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ti West. U.S.A. 2011. 1h41. Avec Sara Paxton, Pat Healy, Kelly McGillis, George Riddle, Lena Dunham, Alison Bartlett, John Speredakos, Jake Schlueter.

Sortie U.S: 3 FĂ©vrier 2012. Sortie France (direct en dvd): 28 AoĂ»t 2013.

FILMOGRAPHIETi West est un rĂ©alisateur, producteur, Ă©diteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 5 Octobre 1977. 2001: The Wicked. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. The House of the Devil. 2010: Perdants Take All. 2011: The Innkeepers.


En 2009, Ti West surprit les puristes fantasticophiles avec House of the Devil pour son hommage affectueux au cinĂ©ma d'Ă©pouvante des annĂ©es 70 et 80. Trois ans plus tard, il renoue avec les mĂŞmes ambitions modestes dans un huis-clos imposĂ© par un vieil hĂ´tel classieux auquel deux employĂ©s vont invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte suicidĂ©e ! Le PitchDeux gĂ©rants d'un hĂ´tel prochainement clĂ´turĂ© s'intĂ©ressent de plus près aux phĂ©nomènes paranormaux en invoquant l'esprit d'un fantĂ´me en guise d'ennui. Avec l'arrivĂ©e d'une ancienne actrice et d'un vieillard interlope, d'Ă©tranges Ă©vènements vont peu Ă  peu se confirmer et devenir plus frĂ©nĂ©tiques.Ti West est un vĂ©ritable amoureux du genre horrifique des annĂ©es 70 et 80 tant il façonne avec parcimonie ce nouveau mĂ©trage largement influencĂ© par les ambiances latentes et les angoisses diffuses. Après son formidable House of the Devil, le rĂ©alisateur renoue donc avec une histoire classique de maison hantĂ©e entièrement dĂ©diĂ©e Ă  l'effet de suggestion et du suspense sous-jacent Ă©maillĂ© d'inattendues pointes de cocasserie. Dès la mise en place des deux employĂ©s juvĂ©niles, Ti West accorde une principale attention Ă  nous familiariser auprès d'eux Ă  travers leur complicitĂ© amicale des plus manifeste. Pat est un trentenaire solitaire occupant son temps Ă  surfer sur le net, spĂ©cialement les pages web Ă©rigĂ©es sur l'occultisme (voirs aussi quelques sites pornos, faute d'un cĂ©libat de longue durĂ©e) quand la clientèle de son hĂ´tel s'y fait rare. Son acolyte Claire demeurant une jeune fille un peu empotĂ©e attirĂ©e par les phĂ©nomènes paranormaux que Pat s'amuse Ă  lui narrer en guise d'ennui. Ensemble, ils dĂ©cident sans conviction d'invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte anciennement pendue dans la chambre 353 de l'hĂ´tel. C'est le dĂ©but d'une succession de futiles Ă©vènements intrigants avant que n'y culmine un revirement cinglant !


Ainsi, la complĂ©mentaritĂ© spontanĂ©e des deux comĂ©diens accentuĂ©e de la maladresse de la jeune garçonne doit beaucoup Ă  l'attrait sympathique d'un rĂ©cit misant beaucoup sur leur complicitĂ© amiteuse Ă  jouer les parapsychologues en herbe. AffublĂ©s d'une physionomie naturelle en "cool attitude", Ti West prend son temps Ă  nous dĂ©crire leur relation amicale Ă©maillĂ©e de futiles instants de tendresse (la confession de Pat Ă  Claire sous emprise de l'alcool) avant de nous façonner sans esbroufe une traditionnelle histoire de fantĂ´me constamment efficiente. Par vague de scĂ©nettes burlesques improvisĂ©es par notre hĂ©roĂŻne puisque cumulant ses maladresses tributaires d'une peur panique, The Innkeepers rĂ©ussit Ă  provoquer l'amusement tout en nous faisant patienter pour les Ă©ventuelles apparitions surnaturelles. Une manière ludique et finaude Ă  mieux nous prendre au piège de l'effroi lĂ©gitimĂ© lors de sa dernière partie Ă©chevelĂ©e. Au soin vĂ©tuste accordĂ© Ă  l'architecture de l'hĂ´tel classique et Ă  ses dĂ©cors de lugubres corridors et de cave tamisĂ©e, le rĂ©alisateur nous entraĂ®ne en interne de ce huis-clos davantage anxiogène après qu'un dernier client eut prĂ©conisĂ© d'investir la fameuse chambre 353. Soin du cadre alambiquĂ© (parfois oblique) pour mettre en exergue des dĂ©cors raffinĂ©s ou lugubres et score musical vrombissant sont octroyĂ©s pour parachever vers un climat de terreur en crescendo. Si bien qu'avec une Ă©conomie de moyens, une bande son habilement distillĂ©e et une perspicacitĂ© Ă  Ă©luder le moindre effet choc inutilement explicite, The Innkeepers fait constamment appel Ă  l'imagination du spectateur plutĂ´t que de se laisser influencer par la surenchère en vogue. Quant aux fameuses apparitions fantomatiques, elles s'avèrent proprement terrifiantes de par leur aspect morbide et fĂ©tide dĂ©coulant d'un effet de surprise alors que son point d'orgue cruel Spoil ! surprendra le public habituĂ© aux happy-end salvateurs Fin du Spoil.


Hormis son Ă©pilogue perfectible oĂą nous n'apprendrons rien sur le mystère de Madeline O'Malley (en apprĂ©ciant sa dramaturgie imposĂ©e, mais la dernière image, vaine, ne surprend guère), le nouveau film de Ti West confirme tout le bien que l'on pensait de lui après l'excellent House of the Devil. De par la dextĂ©ritĂ© d'une rĂ©alisation assidue conçue Ă  renouer avec les ambiances angoissantes allouĂ©es au pouvoir de suggestion, The Innkeepers amuse, effraie (tout du moins Ă  3/4 occasions) et captive sans ambages sous l'impulsion de protagonistes dĂ©sirables qu'on aimerait cĂ´toyer dans notre quotidiennetĂ©. Du cinĂ©ma d'Ă©pouvante artisanal en somme se prenant autant au sĂ©rieux qu'en dĂ©rision dans un cadre minimaliste pour autant esthĂ©tisant.   
 
Eric Binford
13.12.21. VF d'excellente facture à privilégier pour la voix irrésistible de l'héroïne.
23.01.12. 179 v

mercredi 8 décembre 2021

A tombeau ouvert / Bringing Out the Dead

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Scorsese. 1999. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Cliff Curtis.

Sortie salles France: 12 Avril 2000. U.S: 22 Octobre 1999.

FILMOGRAPHIEMartin Scorsese est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 Novembre 1942 Ă  Flushing (New-york). 1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant rĂ©alisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs Ă  vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese Ă  travers le cinĂ©ma amĂ©ricain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les InfiltrĂ©s, 2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret. 2013: Le Loup de Wall Street.

Ĺ’uvre Ă  part dans la carrière plĂ©thorique de Martin Scorsese, Ă€ Tombeau Ouvert s’impose par son climat mortifère, aussi envoĂ»tant que dĂ©concertant, et par une narration hystĂ©rique saturĂ©e de mĂ©lancolie existentielle. Le film s’Ă©rige en expĂ©rience surrĂ©aliste, Ă  la fois spirituelle et profondĂ©ment humaine, traversĂ©e par une angoisse mĂ©taphysique Ă  vif.

Le pitch :
Ambulancier noctambule, Frank Pierce frĂ´le la mort chaque nuit en tentant d’arracher quelques âmes au chaos urbain. DĂ©filent alors marginaux suicidaires, vieillards avinĂ©s, trafiquants de drogue, criminels errants, prostituĂ©es, demeurĂ©s et SDF psychotiques. ÉreintĂ© par l’Ă©puisement et hantĂ© par l’impuissance de ne pouvoir sauver davantage de vies, Frank sombre dans une morositĂ© sans fond, jusqu’Ă  se raccrocher Ă  la prĂ©sence amère d’une jeune femme en berne, Ă©cho douloureux d’une connaissance qu’il n’a jamais su sauver.

Humour noir vitriolĂ© dans les dialogues et les situations, personnages lunaires aux comportements absurdes, ambiance crĂ©pusculaire d’un New York hantĂ© par les âmes des dĂ©funts : Ă€ Tombeau Ouvert malmène le spectateur, prisonnier du bad trip d’un secouriste en pleine nĂ©vrose paranoĂŻaque. Frank assiste chaque nuit Ă  la mort d’autrui, entend presque tĂ©lĂ©pathiquement l’appel muet des mourants, reniant toute volontĂ© de survivre, tandis que les familles s’effondrent dans l’angoisse d’un trĂ©pas imminent.

Au cĹ“ur de ce marasme funèbre, oĂą les cadavres saturent les morgues hospitalières, cet insomniaque Ă  bout de nerfs tente de se rĂ©conforter auprès d’une âme sĹ“ur en perdition : Mary, jeune femme aigrie, dangereusement attirĂ©e par la mort. Baroque, stylisĂ©e, alambiquĂ©e, dĂ©bridĂ©e, dĂ©calĂ©e, la mise en scène virtuose - sans cesse rĂ©inventĂ©e - de Scorsese radiographie une citĂ© cauchemardesque peuplĂ©e de laissĂ©s-pour-compte, que la vie extorque parfois sans mĂ©nagement.
Sa texture blafarde, presque hypnotique, s’incarne dans l’Ă©puisement maladif d’un Nicolas Cage transi, sublimĂ© par une photographie fiĂ©vreuse et trouble. Le film est transcendĂ© par ses interprètes borderline, tous parfaitement ajustĂ©s Ă  cette galerie d’ĂŞtres fragiles, Ă  la lisière de la dĂ©mence.

Nicolas Cage incarne avec un humanisme dĂ©pressif et torturĂ© un ambulancier en perdition morale, traĂ®nant sa silhouette de mort-vivant entre amertume morbide, remords cafardeux - celui de n’avoir pu sauver une fugueuse latine - et lassitude besogneuse face Ă  un quotidien jonchĂ© de paumĂ©s irrĂ©cupĂ©rables. Ă€ tel point qu’il tentera Ă  plusieurs reprises de se faire licencier par un patron goguenard, conscient de sa dĂ©pendance maladive Ă  cette endurance sacrificielle.
Patricia Arquette lui donne la rĂ©plique avec une vulnĂ©rabilitĂ© tout aussi prĂ©caire, incarnant une fille paumĂ©e en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une figure paternelle rompue depuis trois ans. Ensemble, ils forment - avec une pudeur bouleversante et sans jamais sombrer dans le pathos - les amants de l’infortune, jusqu’Ă  ce qu’une lueur d’espoir les arrache Ă  leur torpeur dans un Ă©pilogue bipolaire d’une candeur inoubliable.


Sauver autrui pour se sauver soi-mĂŞme.
 
DĂ©calĂ©, vrillĂ©, Ă©lectrifiant et tĂ©nĂ©breux, Ă€ Tombeau Ouvert est profondĂ©ment mĂ©lancolique, tendre, onirique et anxiogène, notamment Ă  travers des sĂ©quences surrĂ©alistes surgissant sans prĂ©venir. Le film n’a aucune ambition de caresser le spectateur dans le sens du poil : son ambiance mortifiĂ©e Ă©pouse entièrement les Ă©tats d’âme d’un secouriste en quĂŞte d’un hĂ©roĂŻsme de dernier recours.
Scorsese y interroge sa propre conscience dĂ©saxĂ©e dans une introspection morale Ă©prouvante, vĂ©cue en immersion, portĂ©e par une intensitĂ© dramatique jamais forcĂ©e. Chef-d’Ĺ“uvre pulsatile dĂ©diĂ© Ă  la fragilitĂ© humaine aux frontières de la psychose, Ă€ Tombeau Ouvert rĂ©sonne comme un poème morbide, mĂ©ditation existentielle sur le sens de la mort et celui de la vie Ă  travers l’assistance portĂ©e aux plus dĂ©munis.
Un cinĂ©ma Ă©corchĂ© vif, d’une puissance formelle et cĂ©rĂ©brale troublante, paradoxalement empreinte de pudeur et d’humilitĂ©. On ne sort pas indemne de cette interminable descente aux enfers, cri d’alarme contre la dĂ©liquescence des proscrits livrĂ©s au chaos et au mutisme de l’injustice sociale.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

08.12.21. 4èx
16.09.15.

mardi 7 décembre 2021

The Burrowers /Les Créatures de l'Ouest.

                                               
                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de J.T Petty. 2008. U.S.A. 1h36. Avec Clancy Brown, William Mapother, Laura Leighton, Sean Patrick Thomas, Doug Hutchison, Alexander Skarsgard.

Sortie en France directement en Dvd.

FILMOGRAPHIEJ.T. Petty est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 28 FĂ©vrier 1976. 2001: Soft for Digging. 2002: Mimic: Sentinel (video). 2006: S and Man. 2008: The Burrowers. 2012: Hellbenders.


Le Pitch: En 1879, dans une rĂ©gion dĂ©serte et dĂ©nudĂ©e des Badlands, des fermiers et une troupe militaire s'associent pour partir Ă  la recherche d'une famille disparue. Suspectant en premier lieu les indiens de l'avoir enlevĂ©, ils vont dĂ©couvrir une rĂ©vĂ©lation cauchemardesque qui ne les lâchera pas d'une semelle durant leur houleux pĂ©riple. 

InĂ©dit en salles, tant Outre-Atlantique que dans l'Hexagone, The Burrowers est une excellente surprise injustement mĂ©prisĂ©e en dĂ©pit d'une poignĂ©e de dĂ©fenseurs chez certaines critiques spĂ©cialisĂ©es. Tant et si bien qu'Ă  la 3è revoyure, cette sĂ©rie B rĂ©fractaire aux conventions (car ne caressant jamais dans le sens du poil le spectateur) fascine irrĂ©mĂ©diablement Ă  travers la chevauchĂ©e rigoureuse d'une poignĂ©e de cow-boys tentant de survivre en s'en prenant aux indiens qu'ils croient responsables de la disparition de femmes et enfants. Avec ces personnages austères peu aimables, assez individualistes, mĂ©prisables et racistes, qui plus est jamais romantisĂ©s, le spectateur a bien du mal Ă  s'identifier Ă  eux si bien que le cinĂ©aste J.T. Petty nous les prĂ©sente comme des quidams rigides sans volontĂ© de nous plaire mais en restant tout simplement eux mĂŞmes avec leurs dĂ©fauts respectifs prĂ©citĂ©s. Pour autant, on suit avec un intĂ©rĂŞt davantage croissant leur errance sinueuse au sein d'une nature redoutablement hostile implantĂ©e dans le cadre du western classique. Tout du moins en apparence puisque l'horreur s'y conjuguera rapidement de manière perfide Ă  travers un climat solaire et crĂ©pusculaire lestement malsain. Tant auprès de la menace des indiens non avares de cruautĂ© pour se venger (mais aucunement responsables des portĂ©s disparus) que de celle des monstres voraces que le cinĂ©aste retarde au possible afin d'accentuer leur attrait fascinant. Et Ă  cet Ă©gard, The Burrowers marque de nombreux points en jouant la carte d'une horreur Ă  la fois adulte, insalubre et escarpĂ©e eu Ă©gard des victimes pouvant trĂ©passer Ă  tous moments, jusqu'aux rĂ´les les plus majeurs et autoritaires. 


Mais revenons un peu Ă  l'apparence hideuse de ces crĂ©atures de l'Ouest filmĂ©s hĂ©las en CGI lors d'effets parfois ratĂ©s mais pour autant Ă©tonnamment crĂ©dibles de par leur aspect rĂ©solument repoussant, visqueux, rampant, et leur manière insidieuse d'alpaguer leurs victimes Ă  l'aide d'un venin paralysant. Leurs proies Ă©tant ensevelies sous terre, le temps que le cadavre y pourrisse (pour ne pas dire fermente) afin de leur servir de garde manger et manger les morceaux les plus tendres. On peut d'ailleurs y relever de bonnes idĂ©es de mise en scène lors de cadrages alambiquĂ©s, de façon Ă  entrevoir une victime moribonde par l'orifice d'un oeil entrouvert Ă  la surface d'un sol terreux. Des sĂ©quences malaisantes renforcĂ©es de la respiration contenue de la victime puisque enterrĂ©e vivante en ayant l'incapacitĂ© d'y bouger leur membre (Ă  l'exception de l'index d'une main grattant par rĂ©flexe nerveux la terre ou un doigt de pied !). Et si de prime abord, le rĂ©cit destructurĂ© peine Ă  captiver; notamment faute du classicisme de son pitch initial (retrouver en vie une famille disparue en s'en prenant aux indiens durant leur expĂ©dition criminelle) et ses persos languides, son climat westernien Ă  la fois malsain, Ă©trange et inquiĂ©tant s'avère toujours plus prĂ©gnant au fil de rebondissements alertes d'une violence insidieuse. LĂ  encore, le cinĂ©aste adopte un parti-pris draconien Ă  travers l'Ă©preuve de force de nos anti-hĂ©ros Ă©puisĂ©s tentant de combattre les 2 menaces dans un sentiment de dĂ©sarroi et d'incomprĂ©hension assez nĂ©vralgique eu Ă©gard des pièges tendus contre eux qu'ils se coltinent de façon dĂ©sabusĂ©e. Le tout Ă©tant exploitĂ© dans une mise en scène dĂ©pouillĂ©e et rĂ©aliste agrĂ©mentĂ©e de sĂ©quences chocs davantage fortuites au sein d'un vĂ©nĂ©neux climat fĂ©tide. 


Le mariage réussi du western classique et de l'horreur faisandée.
Plaidoyer Ă©colo en faveur de la cause des bisons (que les crĂ©atures eurent autrefois l'opportunitĂ© de sacrifier pour s'y sustenter), rĂ©quisitoire contre le gĂ©nocide indien pointĂ© du doigt comme la menace intrusive du sol ricain, The Burrowers fait office d'Ă©trangetĂ© horrifique au sein du western vitriolĂ© que l'on reluque avec une fascination Ă  la fois perverse, malsaine et viscĂ©rale. A dĂ©couvrir avec une vive attention donc pour les amateurs de raretĂ© rubigineuse en dĂ©pit d'une mise en place un tantinet laborieuse (notamment faute du caractère peu empathique des personnages orgueilleux - bĂ©mol tout de mĂŞme payant puisqu'ils existent par eux mĂŞmes sans dĂ©border -). 

*Eric Binford
07.12.21. 3èx
18.12.14. 90 v

lundi 6 décembre 2021

The Power of the Dog. Lion d'Argent, Meilleure Réalisatrice: Mostra de Venise.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jane Campion. 2021. U.S.A/Nouvelle-Zélande, Australie, Canada, Royaume-Uni. 2h08. Avec Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst, Jesse Plemons, Kodi Smit-McPhee, Thomasin McKenzie, Frances Conroy, Keith Carradine.

Diffusé sur Netflix le 1er Décembre 2021

FILMOGRAPHIE: Jane Campion est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste nĂ©o-zĂ©landaise nĂ©e le 30 avril 1954 Ă  Wellington. 1989 : Sweetie. 1990 : Un ange Ă  ma table. 1993 : La Leçon de piano. 1996 : Portrait de femme. 1999 : Holy Smoke. 2003 : In the Cut. 2009 : Bright Star. 2021 : The Power of the Dog. 


Un excellent drame psychologique qui doit beaucoup Ă  l'intensitĂ© de son vĂ©nĂ©neux rĂ©cit que Jane Campion affine sans fioriture, et Ă  son cast rĂ©solument irrĂ©prochable auquel se disputent Kirsten Dunst (en mère alcoolique trop chĂ©tive pour se tailler une carrure frondeuse), Benedict Cumberbatch (en homo refoulĂ© se complaisant dans la condescendance puis dans la rĂ©demption), Jesse Plemons (Ă©poux accort trop soumis Ă  l'autoritĂ© de son frère aĂ®nĂ© pour fonder sa famille en bonne et due forme) et Kodi Smit-McPhee (jeune adulte gay Ă  la fois introverti et Ă©quivoque quant Ă  son rapprochement amiteux avec son ennemi). Ainsi, Ă  travers la scrupuleuse mise en place de son rĂ©cit morcelĂ© en plusieurs chapitres (il s'agit de l'adaptation d'un roman de Thomas Savage), on reste captivĂ© par les Ă©corchures de ces personnages en constante souffrance tentant d'asseoir leur autoritĂ© et d'y rĂ©soudre leur conflit dans une posture Ă  la fois taiseuse, nĂ©vrotique et insidieuse. The Power of Dog Ă©tant avant tout un pur film d'acteurs magnifiquement dirigĂ©s sans esbroufe au sein d'un cadre naturel apte aux grands espaces (splendide photo en sus aux teintes sĂ©pias). On reste enfin surpris par la dramaturgie funeste de son Ă©pilogue interlope que personne n'a vu arriver. 


*Eric Binford

vendredi 3 décembre 2021

Black Christmas

 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Glen Morgan. 2006. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Katie Cassidy, Kristen Cloke, Michelle Trachtenberg, Mary Elizabeth Winstead, Lacey Chabert, Andrea Martin, Crystal Lowe, Oliver Hudson, Karin Konoval.

Sortie salles U.S: 25 Décembre 2006

FILMOGRAPHIE: Glen Morgan est un scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 23 mai 1967 Ă  Syracuse (New York). 2003 : Willard. 2006 : Black Christmas. 2016 : X-Files (saison 10 Ă©pisode 4). 2018 : X-Files (saison 11 Ă©pisode 2). 

Un pied de nez blasphématoire à la fête religieuse de Noël.
Formidable dĂ©clinaison - bien plus qu’un remake Ă©culĂ© - du chef-d’Ĺ“uvre de Bob Clark, ce Black Christmas new look porte la signature d’un Glen Morgan (dĂ©jĂ  coupable du sous-estimĂ© Willard) terriblement impliquĂ©, tant sur le plan formel, technique, mĂ©lomane que narratif. Maudit d’avance, ce psycho-killer festif fut accueilli Ă  sa sortie par des critiques dĂ©confites, aveugles Ă  l’inventivitĂ© en roue libre du divertissement retors qu’il proposait avec une gĂ©nĂ©rositĂ© pourtant louable. Honteusement inĂ©dit en salles chez nous, malgrĂ© un modeste succès Outre-Atlantique, Black Christmas version 2006 assume pleinement son goĂ»t du dĂ©tournement acide. Saupoudrant sa narration imprĂ©visible (tout du moins pendant une bonne heure) d’une ironie tantĂ´t tacite, tantĂ´t explicite, le film redouble d’efficacitĂ© dans sa plĂ©thore de rebondissements horrifiques menĂ©s tambour battant - sans jamais lasser, ni griser, ni irriter le spectateur embarquĂ© dans ce conte macabre fait de chausse-trappes et de revirements fulgurants (avec quelques clins d’Ĺ“il bien sentis Ă  son modèle originel), malgrĂ© un dernier quart d’heure un peu plus classique, mais redoutablement spectaculaire.

Dès le prologue, le rĂ©alisateur tisse tension, mystère et apprĂ©hension en alternant habilement prĂ©sent et flashbacks sur les origines d’un tueur Ă©levĂ© dans un cadre familial dysfonctionnel. Difficile alors de bouder cette pochette surprise, formellement somptueuse - photo rutilante Ă  tomber Ă  la renverse -, stylisĂ©e jusqu’Ă  la moelle, semblable Ă  un conte de NoĂ«l dĂ©goulinant de fiel. Entre la brutalitĂ© glaçante des meurtres (brefs mais acĂ©rĂ©s, portĂ©s par un tueur teigneux, impitoyable), et une scĂ©nographie constamment transfigurĂ©e Ă  l’aide de cadrages tarabiscotĂ©s et d’un montage ultra nerveux sans jamais perdre en lisibilitĂ©, Glen Morgan livre un exercice de style d’une rare maestria.

On flirte sans cesse avec la semi-parodie assumĂ©e - que les critiques n’ont sans doute pas su dĂ©celer - tant le rĂ©alisateur s’amuse Ă  grossir le trait dans les rĂ©actions parfois cartoonesques des protagonistes (fĂ©minins comme masculins), courant Ă  l’aveugle dans un dĂ©cor devenu piège de fĂŞte foraine sadique. Le tueur, lui, règne en maĂ®tre dans l’art de la planque, du camouflage et de la mise Ă  mort festive. Et pour les amateurs de gore faisandĂ©, le film ose sans dĂ©tour : arrachages d’yeux en gros plans, festin de chair crue... L’horreur y devient grotesque, presque carnavalesque, dans un jeu du chat et de la souris dont le vrai but est de profaner la culture de NoĂ«l Ă  grands coups d’humour noir corrosif.

Prototype dĂ©viant du slasher de fĂŞtes, Black Christmas ne se prend que rarement au sĂ©rieux — et pourtant, son rĂ©alisme acĂ©rĂ© contredit en permanence cette dĂ©sinvolture, au fil de sĂ©quences brillamment stressantes. DĂ©tonnant et gĂ©nĂ©reux, ce joyau maudit du psycho-killer 2000’s, fausse sĂ©rie B et vraie perle d’inventivitĂ©, mĂ©rite d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ©. Le portrait du tueur, marquĂ© par une maladie corporelle aussi monstrueuse que charismatique, en impose. Tandis que son casting fĂ©minin - pĂŞchu, charmant, dĂ©terminĂ© - affronte cette tempĂŞte d’hĂ©moglobine avec une vaillance qui force l’admiration.

En dĂ©finitive, Black Christmas version 2006 demeure, ni plus ni moins, l’un des meilleurs psycho-killers de sa dĂ©cennie.

*Eric Binford
2èx

Dream Lover. Grand Prix, Avoriaz 86.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alan J. Pakula. 1986. U.S.A. 1h44. Avec Kristy McNichol, Ben Masters, Paul Shenar, Justin Deas, John McMartin, Gayle Hunnicutt. 

Sortie salles France: 2 Avril 1986

FILMOGRAPHIEAlan J. Pakula est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 7 avril 1928 Ă  New York et mort dans un accident de voiture le 19 novembre 1998 Ă  Melville (État de New York)).1969 : Pookie. 1971 : Klute. 1973 : Love and Pain and the Whole Damn Thing. 1974 : Ă€ cause d'un assassinat. 1976 : Les Hommes du prĂ©sident. 1978 : Le Souffle de la tempĂŞte. 1980 : Merci d'avoir Ă©tĂ© ma femme. 1981 : Une femme d'affaires. 1982 : Le Choix de Sophie. 1986 : Dream Lover. 1987 : Les Enfants de l'impasse. 1989 : Ă€ demain, mon amour. 1990 : PrĂ©sumĂ© innocent. 1992 : Jeux d'adultes. 1993 : L'Affaire PĂ©lican. 1996 : Ennemis rapprochĂ©s. 

FlinguĂ© dès sa sortie hexagonale, dĂ» en grande partie Ă  son Grand Prix (injustifiĂ©) Ă  Avoriaz, le mal aimĂ© Dream Lover ne mĂ©ritait pas tant de discrĂ©dit selon mon jugement de valeur, aussi perfectible et parfois incohĂ©rent soit-il (notamment faute d'un montage malhabile et de l'attitude nonsensique de certains protagonistes - le couteau en plastique plantĂ© dans le dos du confrère de Kathy-). Car proposition sincère d'un Fantastique psychanalytique superbement interprĂ©tĂ© par Kristy McNichol (le meilleur rĂ´le de sa carrière, qui, pour le coup, aurait mĂ©ritait un Prix d'InterprĂ©tation), Dream Lover empreinte la thĂ©matique du rĂŞve de manière rĂ©solument adulte eu Ă©gard de son parti-pris scientifique (nous apprenons par exemple qu'une substance chimique secrĂ©tĂ©e par le cerveau nous empĂŞche de  mouvoir notre corps au moment de nos songes nocturnes) et de son rythme languissant dĂ©nuĂ© de fioriture. Sur ce dernier point, il est vrai que son climat Ă  la fois vaporeux, ombrageux et feutrĂ© (qui plus est renforcĂ© de la posture interlope du père de Kathy excellemment endossĂ© par Paul Shenar tout en charisme funeste) peut parfois prĂŞter Ă  la lassitude (on aurait peut-ĂŞtre pu raccourcir le mĂ©trage de 20 minutes) et dĂ©courager le grand public peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter les divertissements languides rĂ©futant une action ostentatoire. 

Mais l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue en suspens reprend souvent le dessus grâce Ă  la fascination exercĂ©e sur le cas de conscience de l'hĂ©roĂŻne hantĂ©e de culpabilitĂ© et qui tentera après moult expĂ©riences de s'extirper de son mal-ĂŞtre. Kathy demeurant profondĂ©ment perturbĂ©e après s'ĂŞtre violemment dĂ©fendue contre un intrus menaçant au sein de son domicile durant une nuit de sommeil. Dès lors, sujette Ă  de frĂ©quents cauchemars malsains, elle finit par accepter de se porter cobaye auprès d'un spĂ©cialiste du sommeil afin d'extĂ©rioriser ses dĂ©mons agitant ses nuits de sommeil. Dans la mesure oĂą celui-ci va peu Ă  peu parvenir Ă  modifier les rĂŞves de Kathy (par le mouvement corporel !) alors que cette dernière se laisse dĂ©river par le somnambulisme pour y confondre rĂ©alitĂ© et illusion. Et ce au point d'intenter Ă  sa propre vie. 

Correctement rĂ©alisĂ© par Alan J Pakula (loin d'ĂŞtre un manchot au vu de son illustre carrière) et servi par le surprenant jeu Ă  la fois fĂ©brile et fragile de Kristy McNichol (DressĂ© pour Tuer), Dream Lover est un intĂ©ressant essai psychanalytique (teintĂ© de futile romance quelque peu attachante) par le biais d'un Fantastique Ă©thĂ©rĂ© Ă  la fois trouble et imprĂ©gnĂ© d'Ă©trangetĂ© (qui plus est renforcĂ© d'Ă©clairages limpides assez poĂ©tiques). Le rĂ©cit s'autorisant des sĂ©quences fantasmatiques sensiblement fascinantes, inquiĂ©tantes ou envoĂ»tantes au grĂ© de la nĂ©vrose morale de l'hĂ©roĂŻne traumatisĂ©e par ses pulsions criminelles qu'elle n'aurait jamais soupçonnĂ©es. A (re)dĂ©couvrir donc, tout du moins chez les amateurs de Fantastique dĂ©pouillĂ© adeptes du 1er degrĂ©.

*Eric Binford.
2èx

mardi 30 novembre 2021

Le Dernier Duel / The Last Duel

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ridley Scott. 2021. U.S.A/Angleterre. 2h33. Avec Matt Damon, Adam Driver, Jodie Comer, Ben Affleck, Harriet Walter, Nathaniel Parker, Sam Hazeldine, Michael McElhatton.

Sortie salles France: 13 Octobre 2021

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus. 2013 : Cartel. 2014 : Exodus: Gods and Kings. 2015 : Seul sur Mars. 2017 : Tout l'argent du monde. 2017 : Alien : Covenant. 2021 : Le Dernier Duel. 2021 : House of Gucci. 2023 : Kitbag. En prĂ©production : Gladiator 2 (titre provisoire). 


Immense, somptueux, magnifique... Scott se taille une seconde naissance. 
2h32 de cinĂ©ma Ă©purĂ© comme on en voit que trop rarement sur nos Ă©crans numĂ©risĂ©s ! VoilĂ  ce que nous propose sur un plateau argentĂ© Ridley Scott terriblement inspirĂ© Ă  retranscrire avec rĂ©alisme historique le dernier duel survenu en France en 1386. Car du haut de ses 83 ans, cela fait bien des dĂ©cennies que je n'avais pas assistĂ© Ă  une oeuvre aussi gracieuse, puissante, limpide et maĂ®trisĂ©e venant de sa part. Tant auprès de sa mise en scène studieuse entièrement dĂ©diĂ©e Ă  la psychologie de ses protagonistes que de sa direction d'acteurs sobrement dĂ©pouillĂ©s jouant communĂ©ment la contrariĂ©tĂ© au sein d'un triangle amoureux. Car entièrement vouĂ© Ă  la cause des femmes en cette Ă©poque fĂ©odale oĂą le patriarcat, la religion et l'obscurantisme ne laissaient que peu de crĂ©dit Ă  la parole fĂ©ministe, Ridley Scott nous conçoit un rape and revenge scindĂ© en 3 temps. C'est Ă  dire relancer l'histoire du point de vue de nos 3 personnages (les 2 rivaux: le chevalier et l'Ă©cuyer, autrefois amis, et leur victime dĂ©sireuse de dĂ©voiler l'esclandre au grand jour au pĂ©ril de sa vie) Ă  travers des flash-back subtilement reconsidĂ©rĂ©s selon l'Ă©motivitĂ© de chacun des personnages. Tant masculin que fĂ©minin. Le 3è chapitre demeurant le plus violent et Ă©prouvant du point de vue subjectif de la femme que Scott radiographie avec une dramaturgie bouleversante. Le champ-contrechamp ne cessant d'y modifier l'emplacement de tel personnage selon les chapitres Ă©voquĂ©s. Passionnant et anxiogène quant aux affrontements psychologiques que s'opposent Jacques Le Gris et Jean de Carrouges ne cessant d'hurler l'arbitraire afin de retrouver sa dignitĂ©, Le Dernier Duel jongle dans la juste mesure, entre fĂ©lonie amicale et violence sexuelle (si actuelle de nos jours, Me Too oblige) en dĂ©pit de son action timorĂ©e que Scott filme brièvement sans trop s'attarder sur l'impact dĂ©vastateur des corps Ă  corps armurĂ©s (tant Ă  cheval que lorsqu'ils combattent Ă  pied). Je songe uniquement aux batailles rangĂ©es dissĂ©minĂ©es en intermittence lors de la première heure. 


Le cinĂ©aste faisant plutĂ´t preuve d'une attention infinie pour nous familiariser auprès de ces 3 personnages peu Ă  peu divisĂ©s par un Ă©vènement dramatique aussi sournois que crapuleux. Le violeur se dĂ©culpabilisant au possible pour substituer sa victime en complice afin de la forcer Ă  ne pas Ă©bruiter l'affaire. Quand bien mĂŞme l'Ă©poux, vaniteux, rĂ©trograde et Ă©goĂŻste mais stoĂŻque et pugnace au front (peu de le dire !), songe plus Ă  son ego plutĂ´t que de servir l'amour de sa femme. Et ce en dĂ©pit de ses Ă©clairs de prise de conscience que celle-ci tente Ă  plusieurs reprises de lui raisonner dans son sens de l'Ă©quitĂ© et de la maternitĂ©. D'une dramaturgie Ă  la fois latente et Ă©thĂ©rĂ©e si bien qu'on ne la voit jamais arriver, Le Dernier Duel invoque une vibrante Ă©motion culminant lors du dĂ©nouement paroxystique oĂą les 2 hommes se combattront avec une fĂ©rocitĂ© sans Ă©gale. VĂ©ritable morceau d'anthologie Ă  l'issue si prĂ©caire que l'on redoute, comme l'hĂ©roĂŻne, en larmes, apeurĂ©e et oppressĂ©e, avec une apprĂ©hension somme toute viscĂ©rale. L'enjeu Ă©manant autant du destin de l'Ă©poux d'un courage hors-pair Ă  nous laisser pantois (qui plus est rongĂ© par la peur de la trahison !), que de celle-ci potentiellement vouĂ©e Ă  brĂ»ler vive si Dieu ne permettait pas la victoire Ă  celui-ci. Probablement l'un des plus impressionnants duels vus au cinĂ©ma puisque traitĂ© avec vĂ©risme nĂ©vralgique eu Ă©gard de son intensitĂ© Ă  la limite du soutenable que Scott transfigure sans fioritures en dĂ©pit de son immense brutalitĂ© primale dĂ©voilĂ©e au compte goutte (les Ă©changes des coups, toujours plus lourds, s'impactant lentement sur les corps dĂ©chiquetĂ©s, faute du poids de leurs armures et de la fatigue corporelle).  


Grand moment de cinéma militant avec tact, pudeur, rigueur et intelligence pour la parole émancipatrice de la femme discréditée par l'autorité patriarcale,
le Dernier Duel nous offre 2h30 durant un affrontement physique et cĂ©rĂ©bral d'une gravitĂ© peu Ă  peu bouleversante Ă  travers les consĂ©quences dĂ©sastreuses du viol Ă©minemment impardonnable. Matt Damon (habitĂ© par ses pulsions frondeuses),  Adam Driver (quel charisme tĂ©nĂ©breux Ă  travers sa large carrure !), Jodie Comer (toute en Ă©lĂ©gance candide presque rĂ©servĂ©e), Ben Affleck (quasi mĂ©connaissable en comte railleur et dĂ©daigneux, puisqu'il m'a fallu 45 minutes pour m'en apercevoir !) s'opposant mutuellement avec une vĂ©ritĂ© humaine sobrement expressive jusqu'Ă  la rĂ©demption finale faisant preuve d'acuitĂ© Ă©motive incontrĂ´lĂ©e. Et s'il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre selon le public le plus drastique, Ridley Scott l'a probablement effleurĂ© au vu des traces qu'il nous laisse dans la rĂ©tine, le coeur et l'encĂ©phale, alors que notre actualitĂ© contemporaine ne cesse de tenter de libĂ©rer la parole de la femme violentĂ©e et bafouĂ©e depuis des siècles de machisme comme nous le rappelle ici dignement le cinĂ©aste Ă  travers le motif "fait-divers".

*Eric Binford. 

samedi 27 novembre 2021

976-Evil / La Ligne du Diable

                                            
                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site primatemaster.blogspot.com

de Robert Englund. 1988. U.S.A. 1h32. Avec Stephen Geoffreys, Jim Metzler, Maria Rubell, Pat O'Bryan, Sandy Dennis

Sortie salles France: uniquement en Dvd. U.S: 24 Mars 1989

FILMOGRAPHIERobert Englund est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 6 Juin 1947 Ă  Glendale, Californie, USA. 2008: Killer Pad. 1989: Freddy, le cauchemar de vos nuits (TV Series) (2 episodes). 1988: 976-Evil.


Le pitch: Après avoir composé un numéro de téléphone leur promettant l'avenir, les citadins d'une bourgade sont victimes des sarcasmes du diable en personne en quête de suppôt influençable. C'est à cet instant qu'intervient Hoax, un jeune ado timoré et mal dans sa peau, délibéré à prendre sa revanche sur ses oppresseurs.

B movie horrifique symptomatique de son Ă©poque dans laquelle il fut conçu, 976 Evil fit les beaux jours des vidĂ©ophiles des annĂ©es 80, aussi mineur soit son contenu terriblement maladroit. L'acteur Robert Englund se prĂŞtant pour la première fois au jeu de la rĂ©alisation sans prĂ©tention aucune au grand dam de son inexpĂ©rience pour autant gratifiante. Si bien que sa rĂ©crĂ©ation horrifique bricolĂ©e avec futile tendresse demeure aussi charmante qu'attachante. Et rien que d'un aspect purement esthĂ©tique, 976 Evil dĂ©gage une sĂ©duisante atmosphère de "teen movie" Ă  l'orĂ©e de la BD macabre, de par sa photo flamboyante Ă©maillĂ©e de dĂ©cors saillants (notamment un impressionnant enfer glacĂ© lors du règlement de compte final). 


Ainsi, Ă  travers la caractĂ©risation approximative de ses personnages franchement caricaturaux (la mère bigote qu'endosse avec plaisante outrance Sandy Dennis Ă  travers sa perruque Ă  bigoudis, le dĂ©tective privĂ© dĂ©ambulant durant tout le mĂ©trage sans parvenir Ă  faire avancer l'intrigue ni Ă©voluer son personnage, la blonde lunaire maladroitement Ă©prise d'affection pour Hoax), 976 Evil nous illustre la quotidiennetĂ© de Spike, jeune charmeur au gros bras batifolant avec sa nouvelle compagne volage (une blondasse qu'incarne Lezlie Deane dans une posture hyper sexy d'avatar de Madonna), accompagnĂ© de son cousin Hoax (endossĂ© par le ouistiti Stephen Geoffreys, chieur hystĂ©rique de Vampires, vous avez dits Vampires), souffre-douleur auprès d'une bande de marginaux dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s. Spike venant frĂ©quemment Ă  sa rescousse tout en encaissant les prĂ©ceptes religieux de la mère d'Hoax fanatisĂ©e par les 10 commandements. Mais un beau soir, (après la prĂ©dication mystique d'une pluie de poissons !?), Spike tombe par mĂ©garde sur un Ă©trange lobby-card lui suggĂ©rant de composer un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. La voix du combinĂ© lui prĂ©disant des Ă©vènements futurs qui s'avĂ©reront payants. Quand bien mĂŞme, un peu plus tard, c'est au tour de Hoax d'y composer le fameux numĂ©ro du diable afin d'y planifier une vengeance morbide en concertation avec Satan. Hoax affichant lors de l'ultime demi-heure une posture de possĂ©dĂ© ricaneur Ă  travers ses exactions gorasses sympathiquement ludiques, pied de nez Ă  la dĂ©ontologie catholique de sa mĂ©gère follingue. 


Méfiez vous quand l'appel est gratuit !
Par consĂ©quent, Ă  travers sa rĂ©alisation inexpĂ©rimentĂ©e, son pitch Ă  la fois dĂ©cousu et prĂ©mâchĂ© (en quoi les prĂ©dictions de Satan sont elles nĂ©cessaires ?, le crĂ©ateur de la ligne tĂ©lĂ©phonique, citoyen lambda, est-il complice auprès des forces du Mal ?), son cast stĂ©rĂ©otypĂ© et la motivation simpliste mais intègre d'Englund de nous distraire avec fantaisie sardonique, 976 Evil fait son petit effet de spectacle dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© du Samedi soir. Notamment grâce Ă  sa facture visuelle tantĂ´t fascinante et sĂ©duisante (mĂŞme auprès de dĂ©cors quelconques), tantĂ´t inquiĂ©tante au grĂ© d'un (original) concept dĂ©bridĂ© loin de passĂ© inaperçu. Ses nombreuses imperfections (indiscutables) extĂ©riorisant un charme innocent assez magnĂ©tique tout en patientant la vendetta d'Hoax avec une stimulante curiositĂ©. 

Dédicace à Seb Lake

*Eric Binford
01/11/19. 147 v
27.11.21. 3èx

Remerciement au blog "le primate indiscipliné" pour sa version HD.