mercredi 21 octobre 2020

Le Retour de Don Camillo

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site telerama.fr

"Il ritorno di don Camillo" de Julien Duvivier. 1953. France/Italie. 1h55. Avec Fernandel, Gino Cervi, Édouard Delmont, Paolo Stoppa, Alexandre Rignault, Thomy Bourdell, Tony Jacquot. 

Sortie salles France: 5 Juin 1953. Italie: 23 Septembre 1953

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un rĂ©alisateur français, nĂ© le 8 octobre 1896 Ă  Lille et mort le 29 octobre 1967 Ă  Paris. 1967: Diaboliquement vĂ´tre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme Ă  l'impermĂ©able. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fĂŞte Ă  Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier tĂ©moin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna KarĂ©nine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantĂ´me. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited). 

Qu'il est bon de se replonger dans une comĂ©die d'après-guerre pĂ©trie d'innocence et de chaleur humaine Ă  travers ses valeurs universelles (amour, amitiĂ©, solidaritĂ©, pardon), tant et si bien que l'on en redemande sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique dĂ©filĂ© ! Car faisant suite aux vicissitudes du cĂ©lèbre curĂ© de campagne contre le maire Peppone, le Retour de Don Camillo demeure aussi rĂ©ussi que son modèle sous la mainmise de son initiateur, Julien Duvivier. DĂ©bordant de loufoquerie, de tendresse et d'espièglerie, on retrouve donc notre duo divergent que Fernandel et Gino Cervi immortalise Ă  renfort de rĂ©pliques aussi Ă©loquentes qu'incisives eu Ă©gard de l'inventivitĂ© des dialogues particulièrement enjouĂ©s. Redoutablement efficace autour de l'enjeu d'une digue que Peppone souhaite implanter afin de contrer les inondations, Le Retour de Don Camillo multiplie les affrontements verbaux et physiques parmi la complicitĂ© de certains villageois partisans du communisme (le parti de Peppone) ou de la cause chrĂ©tienne (si on se place du point de vue de la parole divine de Don Camillo). 


Fernandel
endossant une fois de plus sa soutane avec une spontanĂ©itĂ© fringante tant il perdure une irrĂ©sistible dĂ©rision dans celui du curĂ© toujours aussi obtus Ă  tenir tĂŞte au maire du village. Au-delĂ  de sa cocasserie habilement structurĂ©e au fil d'une intrigue pleine de rebondissements et de situations dĂ©bridĂ©es (le fameux combat de boxe oĂą Peppone puis ensuite Don Camillo s'emparent du ring pour braver le champion), le Retour de Don Camillo bĂ©nĂ©ficie d'un soin esthĂ©tique Ă©tonnant auprès de ses images oniriques d'une nature enneigĂ©e ou diluvienne. Ce qui converge au final d'une Ă©mouvante tendresse Ă  travers sa cantique pour la solidaritĂ© paysanne auprès de cette population dĂ©munie comptant sur l'esprit de cohĂ©sion Ă  travers l'homĂ©lie de Don Camillo pour s'extirper d'une catastrophe naturelle.  


Immortel car indémodable auprès du duo mythique susnommé, Le Retour de Don Camillo est un bonheur permanent à travers son savoureux condensé d'humour, de pugilats et de tendresse que cristallise toute une communauté villageoise attachée aux principes de l'amitié (si indéfectible) et de l'absolution. 10/10.

Ci-joint la chronique du Petit monde de Don Camillohttp://brunomatei.blogspot.fr/…/le-petit-monde-de-don-camil…

*Bruno
3èx

FILMO (suite): 1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe. 1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang.

mardi 20 octobre 2020

Ilsa, la tigresse du Goulag

                                            
                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotion.com 

"Ilsa, the Tigress of Siberia" de Jean LaFleur. 1977. Canada. 1h32. Avec Dyanne Thorne , Michel-René Labelle , Gilbert Beaumont , Jean-Guy Latour , Ray Landry.

Sortie salles France: 7 Avril 1982

FILMOGRAPHIE: Jean LaFleur est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
1975: La poursuite mystĂ©rieuse. 1977: Ilsa, la tigresse du Goulag


                  La chienne de SibĂ©rie refait des siennes dans un troisième opus bicĂ©phale !

Le pitch: 1953. Ilsa s'est exilĂ©e en SibĂ©rie afin de poursuivre ses travaux sadiques auprès d'une poignĂ©e de rĂ©sistants. Parmi eux, le tĂ©mĂ©raire Chiconi lui tient tĂŞte, ce qui attise sa colère par sa soif de soumission. Mais après la mort de Stalline, Ilsa et ses sbires sont contraints de quitter le camp après avoir exterminĂ© tous les prisonniers. Seul, Chiconi parvient miraculeusement Ă  s'Ă©vader. 24 ans plus tard, ce dernier se retrouve inopinĂ©ment sous l'emprise d'Ilsa au sein d'un bordel officieux. 
Troisième volet purement lucratif d'une franchise Ă  succès, Ilsa la tigresse du Goulag renoue avec le produit d'exploitation Ă  travers son dosage de sexe et de gore putassier. Don Edmonds cĂ©dant aujourd'hui sa place au canadien Jean Lafleur après avoir rĂ©alisĂ© les 2 premiers volets. De par son scĂ©nario aussi grotesque qu'indigent, ses acteurs de seconde zone Ă  la trogne bonnard et sa rĂ©alisation approximative, Ilsa... ne parvient pas Ă  Ă©muler le 1er volet restĂ© dans toutes les mĂ©moires pour son mauvais goĂ»t assumĂ© de Nazisploitation crapoteux. Pour autant, avec indulgence et avec l'inĂ©vitable condition de l'approcher au second degrĂ©, ce 3è opus (alternant 2 Ă©poques distinctes pour se dĂ©marquer de la routine) s'avère gentiment sympa en dĂ©pit d'une structure narrative terriblement prĂ©mâchĂ©e.


Ainsi, la première partie, la plus ludique, nous livre son lot de traditionnelles tortures d'un rĂ©alisme parfois cruel et impressionnant (le bras de fer Ă  la tronçonneuse, la noyade dans l'eau glacĂ©e avec l'appui de deux treuils, la tĂŞte Ă©crabouillĂ©e par une massue, le dĂ©tenu bouffĂ© par un tigre). Et ce en y exploitant efficacement sa nature rĂ©solument rĂ©frigĂ©rante, scĂ©nographie complice ritualisĂ©e d'une succession de tortures inventives en accord avec son climat hivernal. Quand bien mĂŞme le second acte oscillant espionnage, sexe, gore, action et science-fiction insuffle un futile sentiment de distraction eu Ă©gard de la condition soumise de Chiconi Ă  nouveau retenu otage chez le nouveau fief d'Ilsa pour lui opĂ©rer un lavage de cerveau (dĂ©cupler ses terreurs intimes pour mieux l'asservir Ă  l'aide d'une machine rĂ©volutionnaire). Et pour pimenter l'intrigue fatalement Ă  bout de souffle Ă  force d'y rĂ©pĂ©ter le mĂŞme schĂ©ma, les Ă©missaires du père de Chiconi sont sur le point de lancer un assaut au sein du repère d'Ilsa. Ce qui nous vaut un dernier acte multipliant gunfights sanglants et poursuites en motoneige au coeur d'une nature rĂ©frigĂ©rante (sorte de James Bond Z en mode horrifique). Enfin, et pour terminer sur une note "olĂ© olĂ©", on apprĂ©cie le retour surjouĂ© de l'illustre Dianne Thorne  dĂ©voilant comme de coutume sa poitrine opulente Ă  maintes reprises pour le bonheur des fans Ă©grillards. 


DĂ©nuĂ© d'une once d'intensitĂ© dramatique et de suspense progressif, faute d'une intrigue inepte aux enjeux dĂ©risoires, Ilsa la tigresse du Goulag compte exclusivement sur l'action, le sexe et le gore pour divertir un public volontiers voyeur et complice des activitĂ©s lubriques de Dianne Thorne jamais Ă  court de fantaisie licencieuse pour y parfaire ses exactions tortionnaires. Sympatoche bien que dispensable, on regrette tout de mĂŞme la force dramatique de son 1er opus scandaleusement dĂ©viant, maladif et putanesque. 

*Bruno
3èx
20.10.20
2016: 192 V

lundi 19 octobre 2020

Sans toit ni loi. Lion d'Or, Venise, 86.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Agnès Varda. 1985. France. 1h45. Avec Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss, Yolande Moreau, Marthe Jarnias

Sortie salles France: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIEAgnès Varda (Arlette Varda) est une photographe, rĂ©alisatrice de cinĂ©ma et plasticienne française, nĂ©e le 30 mai 1928 Ă  Ixelles (Belgique), dĂ©cĂ©dĂ© le 29 mars 2019 Ă  Paris, . 1955 : La Pointe courte. 1962 : ClĂ©o de 5 Ă  7. 1965 : Le Bonheur. 1966 : Les CrĂ©atures. 1969 : Lions Love. 1977 : L'une chante, l'autre pas. 1981 : Documenteur. 1985 : Sans toit ni loi. 1987 : Jane B. par Agnès V. 1987 : Kung-fu Master. 1991 : Jacquot de Nantes. 1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon CinĂ©ma. 

Je ne sais pas (/plus) trop quoi penser de cette oeuvre auteurisante signĂ©e Agnès Varda de par sa rĂ©alisation personnelle faisant parfois intervenir certains acteurs s'exprimant face Ă©cran pour dĂ©clarer leur point de vue sur la situation sociale de l'hĂ©roĂŻne (je n'ai pas compris ce parti-pris expĂ©rimental). Qui plus est, la plupart des comĂ©diens non professionnels dĂ©livrent un jeu timorĂ© Ă  travers leurs expressions tantĂ´t hĂ©sitantes, tantĂ´t maladroites. L'intrigue sans surprise se laisse suivre sans dĂ©plaisir (Mona, jeune marginale flâneuse, vagabonde dans les contrĂ©es champĂŞtres en se faisant hĂ©berger chez quelques citadins) jusqu'Ă  son Ă©pilogue tragique particulièrement rigoureux (que Varda avait choisi de divulguer dès le prĂ©ambule). On aurait peut-ĂŞtre aimĂ© un peu plus d'intensitĂ©, d'Ă©nergie et de tendresse (explicite) durant le parcours moral de Mona assez peu empathique et attendrissante Ă  travers ses humeurs versatiles. Agnès Varda s'attachant derrière ses frasques Ă  mettre en exergue les prĂ©jugĂ©s, les commĂ©rages d'une population jugeant la marginalitĂ© de manière aussi expĂ©ditive que primaire, prioritairement après de la classe bourgeoise. A dĂ©couvrir d'un oeil curieux, surtout pour l'interprĂ©tation spontanĂ©e de Sandrine Bonnaire fraĂ®chement convaincante en SDF paumĂ©e dĂ©nuĂ©e de dessein. 


*Bruno
2èx

Récompenses

1985: Mostra de Venise: Lion d'or. 
Prix FIPRESCI
1986: CĂ©sar de la Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
LAFCA Awards: Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
Meilleur film en langue étrangère
Prix Méliès: Meilleur film (ex-æquo avec Michel Deville pour Péril en la demeure)

vendredi 16 octobre 2020

Le SamouraĂŻ

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-Pierre Melville. 1967. France/Italie. 1h45. Avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon, Cathy Rosier, Jacques Leroy, Michel Boisrond, Robert Favart.

Sortie salles France: 25 Octobre 1967

FILMOGRAPHIE: Jean-Pierre Melville, né Jean-Pierre Grumbach le 20 octobre 1917 à Paris et mort le 2 août 1973 à Paris, est un réalisateur et scénariste français. 1946 : Vingt-quatre heures de la vie d'un clown (court-métrage). 1947 : Le Silence de la mer. 1950 : Les Enfants terribles. 1953 : Quand tu liras cette lettre. 1955 : Bob le flambeur. 1959 : Deux hommes dans Manhattan. 1961 : Léon Morin, prêtre. 1962 : Le Doulos. 1963 : L'Aîné des Ferchaux. 1966 : Le Deuxième Souffle. 1967 : Le Samouraï. 1969 : L'Armée des ombres. 1970 : Le Cercle rouge. 1972 : Un flic.


Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraĂŻ si ce n'est celle du tigre dans la jungle, peut-ĂŞtre...
Grand classique du polar français natif des annĂ©es 60, Le SamouraĂŻ fait finalement office d'oeuvre atypique Ă  travers le personnage iconique d'Alain Delon en tueur Ă  gage taciturne, placide et impassible, et ce derrière une apparence tĂ©nue si je me rĂ©fère Ă  son imper et son chapeau imberbes. Car illuminant l'Ă©cran de sa prĂ©sence d'ange dĂ©monial, Delon y dresse le profil d'un anti-hĂ©ros Ă©nigmatique Ă  travers sa solitude aphone (il vit dans un appart terne et blafard avec comme unique compagnon un volatile encagĂ©) et son soudain revirement sentimental pour une afro pianiste l'ayant disculpĂ© d'un meurtre quelques instants plus tĂ´t Ă  la suite d'un interrogatoire policier. Ainsi, l'intrigue d'apparence classique (un tueur Ă  gages est contraint de se venger de son organisation après y avoir Ă©tĂ© trahi, quand bien mĂŞme la police en filature est sur le point de l'alpaguer une ultime fois) est transcendĂ©e par la rigueur de la mise en scène de Melville

MaĂ®tre incontestĂ© du polar français structurant un schĂ©ma narratif finalement impromptu quant Ă  la relation Ă©quivoque qu'amorce le samouraĂŻ avec la pianiste afro. Histoire d'amour impossible Ă  travers une fascination fĂ©minine pour la figure du Mal que symbolise Delon en tueur cupide, le SamouraĂŻ dĂ©concerte par son final fortuit Spoil ! quant aux ultimes motivations de celui-ci prĂŞt Ă  se sacrifier pour un amour dĂ©chu. Fin du Spoil. Outre l'attrait magnĂ©tique de sa mise en scène Ă©purĂ©e prenant son temps Ă  planter ses divers dĂ©cors et l'Ă©volution indĂ©cise de ses personnages se coursant incessamment; Le SamouraĂŻ vaut Ă©galement pour la substantialitĂ© de son casting regroupant François PĂ©rier en commissaire acharnĂ© (et ce sans expression ou gestuelle outrĂ©e), la tendre et douce Nathalie Delon en maĂ®tresse prĂ©venante, et surtout Cathy Rosier en pianiste Ă©prise d'ambivalence face Ă  la posture indicible du tueur l'ayant Ă©pargnĂ© au moment de son contrat criminel. Toute la puissance de l'intrigue Ă©manant de ce duo torturĂ©, tant fascinĂ© l'un pour l'autre, mais incapable de se concerter de par leur actions illĂ©gales et contradictions bâties sur le mensonge, le simulacre, le non-dit et la mort. Le SamouraĂŻ Ă©tant victime de sa condition meurtrière alors que la pianiste happĂ©e dans une dimension contraire Ă  sa morale tentera de s'y raviser. 

Chef-d'oeuvre du film noir Ă  la fois opaque et incandescent sublimĂ© par sa distribution dĂ©pouillĂ©e  admirablement dirigĂ©e, Le SamouraĂŻ prĂ©serve son pouvoir indĂ©crottable de fascination. Tant auprès du monstre sacrĂ© Alain Delon dĂ©ambulant dans chaque sĂ©quence Ă  l'instar d'un ange maudit que de sa mise en scène nuancĂ©e cristallisant un univers crĂ©pusculaire oĂą le sentiment de dĂ©rĂ©liction s'y opère de façon pesante. 

*Bruno

jeudi 15 octobre 2020

Big Guns : les Grands Fusils

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Tony Arzenta" de Duccio Tessari. 1973. France/Italie. 1h44. Avec Alain Delon, Richard Conte, Carla Gravina, Marc Porel, Roger Hanin, Umberto Orsini Isnello, Nicoletta Machiavelli.

Sortie salles France: 23 AoĂ»t 1973. Italie: 7 Septembre 1973

FILMOGRAPHIEDuccio Tessari, de son vrai nom Amadeo Tessari, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 11 octobre 1926 Ă  GĂŞnes, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 septembre 1994 Ă  Rome.1962 : Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo. 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia.... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de prĂ©fĂ©rence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La mort remonte Ă  hier soir. 1971 : Cran d'arrĂŞt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la rĂ©volution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chĹ“ur. 1974 : L'Homme sans mĂ©moire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'Ă®le aux singes. 1976 : La madama. 1978 : Le CrĂ©puscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laĂźt die Blumen leben. 1987 : Una grande storia d'amore (TV). 1988 : Guerra di spie (feuilleton TV). 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice. 

"Un improbable polar transalpin âpre et dégénéré sous l'impulsion d'un Delon mortifié."

Sous-estimé par la critique hexagonale (si je ne m'abuse), Big Guns est une claque dans la gueule comme on en voit peu dans le paysage du polar transalpin. Car cela a beau être produit entre la France et l'Italie, Big Guns impose sans ambiguïté son identité latine de par la nationalité de l'habile faiseur touche-à-tout Duccio Tessari (Les Sorciers de l'île aux singes, L'Homme sans mémoire, Les Titans, Un Pistolet pour Ringo et sa suite), entouré d'un casting de même souche et d'une ultra-violence poisseuse (typiquement italienne donc) au sein d'un climat blafard saillant. Ainsi donc, avec un souci esthétique glauque et mortifère, Big Guns nous plonge dans les exactions de la pègre mafieuse avec un réalisme résolument brutal, tant auprès des gunfights sanglants que des poursuites urbaines en bagnole froissée impeccablement dirigées.

C'est d'ailleurs sans doute ce qui a dû freiner les critiques hexagonales à juger objectivement un divertissement aussi mal élevé, qui plus est rustre et inhospitalier sous l'impulsion de gueules d'acteurs viciées bien connues des amateurs de Bis. Et à ce niveau, Big Guns est également un jouissif film d'acteurs tant les seconds couteaux familiers des fans possèdent un charisme infaillible à se fondre dans le corps de mafieux avec un naturel mesquin.
 

Quand bien même les femmes qui les entourent (et qui abordent ensuite Delon) se taillent une carrure désabusée de catins au grand cœur, si je me réfère surtout à la composition à la fois fragile et stoïque de Carla Gravina. Si bien que son passage à tabac par trois tueurs demeure d'une brutalité rarement égalée pour le genre tant le cinéaste n'élude jamais le hors-champ ! Une séquence d'anthologie d'un sadisme infaisable de nos jours (cela m'a d'ailleurs rappelé une séquence liminaire de La Dernière Maison sur la gauche lorsque David Hess assène un coup de poing à l'estomac d'une des étudiantes dans un hôtel miteux).

Et l'intrigue a beau être simpliste et prévisible (un jeu du chat et de la souris entre un tueur à gages retraité et son organisation), Duccio Tessari y soigne son contenu licencieux avec une efficacité permanente. Tant et si bien que l'on reste accroché aux pérégrinations d'Alain Delon (la mine placide et usée) arpentant les cités urbaines avec une soif de vengeance à double tranchant. D'ailleurs, de par le jeu nonchalant de Delon déambulant à l'instar d'un fantôme renfrogné, certaines langues (à la mine probablement déconfite) ont critiqué son jeu monolithique en supposant que l'acteur s'ennuyait durant tout le tournage. En tout état de cause, le monstre sacré prouve une fois de plus l'étendue de son talent avec un charisme sciemment terne, et ce parmi l'audace de se fourvoyer dans une coproduction pour public averti (il en est d'ailleurs le superviseur).

Survival rugueux imprégné de rage, de fiel, de vice et de désespoir, Big Guns oppose les valeurs d'amitié, de loyauté et de dignité - notamment auprès de la gent féminine quant aux rapports davantage empathiques entre l'héroïne Sandra et Tony le traqué - à travers une éthique mafieuse dénuée de code d'honneur. À revoir urgemment, notamment pour y savourer son atmosphère feutrée dénuée de lueur d'espoir, à l'instar de son aigre épilogue (superbe mise en scène quant à la vigueur de son suspense subtilement oppressant sous l'impulsion de regards sournois confinés dans une église de noces) illustrant une félonie amère.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

2èx

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mercredi 14 octobre 2020

Mort un Dimanche de pluie

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de JoĂ«l Santoni. 1986. France. 1h50. Avec Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Bisson, Dominique Lavanant, Cerise Leclerc.

Sortie salles France: 10 Septembre 1986

FILMOGRAPHIEJoël Santoni est un réalisateur et scénariste français, né le 5 novembre 1943 à Fès (Maroc) et mort le 18 avril 2018. 1974 : Les Yeux fermés. 1974 : La Course en tête. 1976 : Les Œufs brouillés. 1979 : Ils sont grands, ces petits. 1986 : Mort un dimanche de pluie.


"Parfois les gens prĂ©tendent que vous ĂŞtes une mauvaise personne pour ne pas se sentir coupable de ce qu'ils vous ont fait." 
RĂ©alisĂ© par le mĂ©connu JoĂ«l Santoni (les Oeufs brouillĂ©s, Ils sont grands ces petits), Mort un Dimanche de pluie fait office de vilain petit canard dans le paysage du thriller français. Car Ă©tonnamment malsain et mĂŞme poisseux et malaisant dès le prĂ©mices de l'intrigue (fustigeant de manière Ă  la fois dĂ©monstrative et rĂ©cursive la maltraitance infantile), l'ultime demi-heure se permet carrĂ©ment de virer Ă  l'horreur pure au sein du psycho-killer Ă  la fois sanglant et oppressant. Nanti d'un cast très convaincant (mĂŞme si Nicole Garcia manque de spontanĂ©itĂ© et de conviction lors de son tĂŞte Ă  tĂŞte avec le tueur), on est surtout bluffĂ© par la prĂ©sence Ă  contre-emploi de Dominique Lavanant en mĂ©gère tyrannique fĂŞlĂ©e du bulbe, qui plus est Ă©paulĂ©e de Jean-Pierre Bisson en Ă©poux revanchard habitĂ© part la psychopathie. Et ce mĂŞme s'il cède un peu Ă  la caricature outrĂ©e lors du règlement de compte final. Quant Ă  Jean-Pierre Bacri, il possède toujours cette force tranquille et de sĂ»retĂ© en bon père de famille ici condescendant auprès d'une classe moyenne mais peu Ă  peu gagnĂ© par le remord, faute de se sentir coupable d'un accident de chantier ayant coutĂ© la vie Ă  7 ouvriers. 

Mais un survivant estropiĂ© est aujourd'hui dĂ©libĂ©rĂ© Ă   planifier un stratagème meurtrier parmi la complicitĂ© de son Ă©pouse et de sa petite fille afin de se venger du responsable de ce carnage. Jeu viciĂ© d'autoritĂ©, de soumission et de manipulation lors de sa 1ère partie nous illustrant le cas de maltraitance de la fille des Briand sĂ©vèrement molestĂ©e par l'Ă©pouse du psychopathe, Mort un Dimanche de pluie surprend par le vĂ©risme de ces exactions punitives, et ce jusqu'au franchissement de l'insupportable. En tĂ©moigne cette insupportable vision d'une fillette entièrement nue et ligotĂ©e sur une chaise, le visage en berne ! Une sĂ©quence rĂ©solument malaisante que Dame Censure abdiquerait aujourd'hui fissa de nos Ă©crans en cette pĂ©riode rigoriste dĂ©nuĂ©e d'indulgence. On peut d'ailleurs prĂ´ner le jeu criant de vĂ©ritĂ© de la candide Cerise Leclerc absolument poignante puis bouleversante en victime martyre confinĂ©e dans le mutisme, faute de sa dĂ©chĂ©ance morale dĂ©nuĂ©e d'amour, de compassion et de protection.

Thriller horrifique rondement menĂ© et efficacement structurĂ© Ă  travers sa descente aux enfers familiale brute de dĂ©coffrage, Mort un Dimanche de pluie dĂ©tonne par son rĂ©alisme rigoureux en dĂ©pit de quelques couacs lors du final expĂ©ditif (jeu de cache-cache Ă©culĂ© entre la victime et le tueur). Pour autant, sa conclusion tendue demeure cohĂ©rente quant Ă  l'idĂ©e retorse de se dĂ©barrasser de l'ultime bourreau par le biais d'une main innocente rĂ©vĂ©lĂ©e par l'empathie amicale. IrrĂ©alisable de nos jours, cet excellent divertissement pour adulte demeure Ă©tonnamment burnĂ© et escarpĂ©, tant auprès de son dĂ©chaĂ®nement de violence morbide que de son manifeste contre la maltraitance infantile.   

*Bruno
3èx

mardi 13 octobre 2020

Le Dollar Troué

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Pinterest.com

"Un dollaro bucato" de Giorgio Ferroni. 1965. Italie. 1h38. Avec Giuliano Gemma, Evelyn Stewart, Pierre Cressoy, Giuseppe Addobbati, Franco Fantasia.

Sortie salles France: 10 Juin 1966. Italie: 8 AoĂ»t 1965

FILMOGRAPHIEGiorgio Ferroni, nĂ© le 12 avril 1908 Ă  PĂ©rouse et mort le 17 aoĂ»t 1981 Ă  Rome, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1937 : I tre desideri. 1939 : Terra di fuoco. 1940 : In vacanza con i principini. 1940 : L'ebbrezza del cielo. 1942 : Macario au Far West. 1943 : Arcobaleno. 1944 : Macario contre FantĂ´mas. 1945 : Casello n. 3. 1946 : Sans famille. 1946 : Ritorno al nido. 1946 : Pian delle stelle. 1947 : Tombolo, paradis noir. 1949 : Vivre Ă  la resquille. 1949 : Marechiaro. 1952 : Qualcuno pensa a noi. 1960 : Le Moulin des supplices. 1961 : Les Bacchantes. 1961 : La Guerre de Troie. 1963 : Hercule contre Moloch. 1964 : La Terreur des gladiateurs. 1964 : Le Colosse de Rome. 1964 : HĂ©lène, reine de Troie. 1965 : Le Dollar trouĂ©. 1966 : New York appelle Superdragon. 1966 : Trois Cavaliers pour Fort Yuma. 1967 : Wanted. 1968 : Deux pistolets pour un lâche. 1969 : La Bataille d'El Alamein. 1971 : La Grande ChevauchĂ©e de Robin des Bois. 1972 : La Nuit des diables. 1975 : Le Dur, le Mou et le Pigeon. 

DĂ©couvert en son temps dans le cadre de l'Ă©mission de Jean Pierre Dionnet, CinĂ©ma de Quartier, Le Dollar TrouĂ© exploite modestement le western spaghetti dans une forme de sĂ©rie B de samedi soir au charme probant. Tout du moins chez l'afficionados du genre vouant un culte pour les westerns italiens que Giorgio Ferroni emballe avec savoir-faire et intĂ©gritĂ©, aussi Ă©culĂ© soit son schĂ©ma narratif. On peut d'ailleurs rappeler que ce rĂ©alisateur touche Ă  tout est signataire des classiques horrifiques Le Moulin des Supplices et la Nuit des Diables. Ainsi donc, de par l'efficacitĂ© d'un rĂ©cit de vengeance basĂ© sur l'expectative au sein d'un univers de corruption (shĂ©rif compris !), Le Dollar TrouĂ© conjugue action, violence et romance Ă  travers une plĂ©thore de rebondissements assez bienvenus si on fait fi d'une facilitĂ© un chouilla grossière lorsque l'ennemi jurĂ© de notre hĂ©ros Gary ne parvient pas Ă  le reconnaĂ®tre physiquement après l'avoir lâchement assassinĂ© de sang froid quelques temps plus tĂ´t. 

Et c'est le vĂ©nĂ©rable Giuliano Gemma qui se taille une carrure de vaillant hĂ©ros exhumĂ© d'outre-tombe depuis l'offrande d'une pièce d'argent que son frère lui offrit avant de trĂ©passer. Quand bien mĂŞme Pierre Cressoy se fond naturellement dans le corps d'un salopard sans vergogne avec une cruautĂ© altière eu Ă©gard de ses exactions punitives commises sur ses ennemis et tĂ©moins gĂŞnants. ScandĂ© du thème sifflotant de Gianni Ferrio, le Dollar TrouĂ© demeure donc un excellent divertissement surfant sur des influence LĂ©oniennes sans pour autant se complaire dans le plagiat de par l'intĂ©gritĂ© de Giorgio Ferroni Ă  susciter son amour du travail bien fait (aussi modeste soit son charmant contenu Ă  la lisière du classicisme et du moderne quant aux Ă©clairs de violence un poil sanguine).

*Bruno
3èx

lundi 12 octobre 2020

Le Bison Blanc

                                                 
                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wild-wild-western.over-blog.com

"The White Buffalo" de Jack Lee Thompson. 1977. U.S.A. 1h37. Avec Charles Buchinsky (Charles Bronson), Kim Novak, Jack Warden, Will Sampson, Clint Walker. 

Sortie salles France: 24 AoĂ»t 1977

BIOJack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste aborda tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont qualifiĂ©s de chefs-d'oeuvre. Pour ses titres les plus notoires, on peut citer Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Il signera en outre une illustre sĂ©rie de films d'action particulièrement violents, le "vigilante movie" parmi son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


Dans le Dakota, un cow-boy solitaire, vĂ©ritable lĂ©gende de son vivant, tente de traquer un bison blanc de taille dĂ©mesurĂ©e en compagnie de deux acolytes. Dans la veine de Moby Dick et de Jaws sorti deux ans plus tĂ´t, le vĂ©tĂ©ran Jack Lee Thompson surprend agrĂ©ablement de par son parti-pris d'y communier les genres, entre western classique et fantastique Ă©pique sous le pilier d'un monstre animalier. Si bien que le pĂ©riple de nos hĂ©ros chevronnĂ©s s'apparente Ă  une traque de longue haleine Ă  travers une contrĂ©e indienne dangereusement inhospitalière. Celle d'une chasse au monstre Ă©rigĂ©e en exorcisme rĂ©dempteur d'après les cauchemars nocturnes de Wild Bill Hickok puisque faisant office de prĂ©monitions. Après deux violentes Ă©chauffourĂ©es dans un saloon empestant la fumĂ©e et le whisky parmi ces cow-boys avinĂ©s, Hickok retrouve un acolyte de longue date qui lui avouera l'existence vĂ©ritable du monstre en question. Et ce avant de rencontrer sur leur itinĂ©raire un Ă©trange sioux solitaire dĂ©libĂ©rĂ© lui aussi Ă  faire la peau au monstre. Ainsi, derrière ce western hybride efficacement transplantĂ© dans le cadre du genre fantastique, Jack Lee Thompson s'intĂ©resse sobrement aux relations humaines entre nos trois tĂ©moins pourchassant la bĂŞte dans des panoramas majestueux. Une vĂ©tuste histoire d'amitiĂ© qui finira pour autant par se consumer pour en aborder une autre beaucoup plus saine et fraternelle Ă  travers la thĂ©matique du racisme que symbolisait le vieux Charlie Zane. Les relations Ă©pineuses entre Hickok et ce vieux briscard obtus nous improvisant un conflit de gĂ©nĂ©ration oĂą le plus jeune s'avère ici plus ouvert, censĂ© et tolĂ©rant, et donc moins anachronique que son ascendant. C'est lors de cette dissension morale que notre hĂ©ros se laissera finalement sĂ©duire par un Ă©tranger Ă©rudit et humaniste Ă  travers sa culture indienne ritualisĂ©e. 


Jack Lee Thompson abordant leurs relations Ă  travers un rythme très soutenu; notamment parmi l'intervention d'une autre tribu hostile Ă  l'Ă©tranger indien. AtmosphĂ©rique, tant solaire (les scènes de jours) que crĂ©pusculaire (les sĂ©quences de nuit avec ces Ă©clairages bleutĂ©s), les dĂ©cors naturels faisant notamment office de second-rĂ´le au sein d'une action bicĂ©phale (celle provenant de la menace d'indiens et de cowboys au moment oĂą un bison blanc rode Ă  proximitĂ©). Quand bien mĂŞme le final dantesque, franchement spectaculaire, renoue (de manière plus intense) avec l'action cinglante du prologue lors d'un affrontement terrifiant entre le bison et nos aventuriers. Cette sĂ©quence superbement mise en scène nous saisit de vigueur face Ă  la prĂ©sence disproportionnĂ©e de cette crĂ©ature surgit des enfers. Sans nul doute le moment le plus marquant du film faisant office de cerise sur le gâteau. En dehors d'aimables apparitions bien connues des amateurs (John Carradine lors d'une apparition Ă  la dĂ©robĂ©e, Stuart Whitman en alcoolo insidieux, Kim Novak en maĂ®tresse prĂ©venante), l'immense Charles Bronson crève l'Ă©cran de son charisme magnĂ©tique absolument infaillible. Un regard fĂ©lin Ă  la fois placide, posĂ© et tranquillement menaçant derrière sa paire de lunette noire ovale. Un look moderniste en fusion avec l'action dĂ©bridĂ©e du rĂ©cit efficacement charpentĂ©. On retrouve enfin en second-rĂ´le le regrettĂ© Will Sampson (Vol au dessus d'un nid de coucou) dans celui de l'indien revanchard Ă  la stature imposante. Un ĂŞtre arrogant et hostile mais rattrapĂ© par sa sagesse de l'âme et du respect des valeurs Ă  travers son Ă©thique de tolĂ©rance et de pacifisme.


Solide western anti raciste Ă©maillĂ© de furieux règlements de compte sous l'impulsion de lĂ©gendes de l'Ouest rĂ©solument charismatiques (Jack Warden n'est pas non plus en reste en vieil acariâtre raciste)le Bison Blanc parvient louablement Ă  exercer une fascination prĂ©gnante en la prĂ©sence de la crĂ©ature modestement exploitĂ©e sans fard. Tant et si bien qu'il se dĂ©gage de cette excellente surprise une ambiance d'Ă©trangetĂ© dĂ©licieusement malaisante, aussi modeste soit le budget de la production s'Ă©vertuant Ă  donner chair Ă  l'animal avec un savoir-faire artisanal. A revoir. 

*Bruno
12.10.20. 3èx
14.09.10. 229 v

vendredi 9 octobre 2020

Demons / Demoni

                                              
                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Lamberto Bava. 1985. Italie. 1h29. Avec Urbano Barberini, Natasha Hovey, Karl Zinny, Fiore Argento, Paola Cozzo, Fabiola Toledo.

Sortie salles France: 1er Octobre 1986

FILMOGRAPHIELamberto Bava est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 3 avril 1944 Ă  Rome.
1980: Baiser Macabre. 1983: La Maison de la Terreur. 1984: Apocalypse dans l'ocĂ©an rouge. 1984: Blastfighter. 1985: Demons. 1985: Midnight Horror. 1986: Demons 2. 1991: Body Puzzle. 2006: Ghost Son.


Si Lamberto Bava n'a jamais rĂ©ussi Ă  percer dans le cinĂ©ma d'horreur pour rivaliser avec le talent de son illustre père, son premier long-mĂ©trage, Baiser Macabre, Ă©tait une belle rĂ©ussite pour son portrait sulfureux imputĂ© Ă  une veuve psychotique aux penchants nĂ©crophiles. Outre ce classique de dĂ©viance macabre dans toutes les mĂ©moires des bisseux, le fils Bava nous concocta 5 ans plus tard une bisserie horrifique entièrement dĂ©diĂ©e au gore dĂ©complexĂ©. Produit et scĂ©narisĂ© par son comparse Dario Argento et Ă©paulĂ© du compositeur Claudio SimonettiDemons se compromet au pur divertissement du samedi soir. Et si la gĂ©nĂ©ration actuelle risque de s'en gausser en le dĂ©couvrant la première fois, les cinĂ©philes puristes des annĂ©es 80 trouveront encore matière Ă  se divertir face Ă  ce produit d'exploitation typiquement transalpin. Outrance et surenchère Ă©tant les maĂ®tres mots du rĂ©alisateur dĂ©libĂ©rĂ© Ă  mettre en exergue l'action cinglante d'un survival en lieu clos afin de pallier sa carence narrative et le jeu caricatural, approximatif des comĂ©diens de seconde zone. 

Le pitchDurant la projection d'un film en salle, les spectateurs piégés à l'intérieur doivent faire preuve de bravoure pour combattre des créatures démoniaques. Leur tâche est d'autant plus ardue que la morsure d'un possédé les contamine vers une folie meurtrière incontrôlée !


Tous les dĂ©fauts majeurs prĂ©citĂ©s sont bien reprĂ©sentatifs du dĂ©lire transalpin uniquement destinĂ© Ă  nous divertir en toute simplicitĂ© avec un sens de gĂ©nĂ©rositĂ© affable. L'intĂ©rĂŞt de DĂ©mons rĂ©sidant dans son efficacitĂ© alerte Ă  nous dĂ©ployer un florilège de sĂ©quences horrifiques dopĂ©es Ă  la surenchère. Car ici, Ă  l'image de ces crĂ©atures erratiques Ă©cumant une bave verdâtre, le gore est tellement grotesque et spectaculaire qu'il nous suscite un irrĂ©sistible plaisir jouissif. Quand bien mĂŞme la partition entraĂ®nante de Claudio Simonetti bat la cadence avec une Ă©nergie cuisante. Reposant donc sur la dĂ©mesure,  Lamberto Bava exploite habilement la scĂ©nographie restreinte de son unitĂ© de lieu auquel un groupe de survivants doit tenter de s'y extraire pour Ă©viter l'offensive et l'infection d'une horde de dĂ©mons. 
Outre le surjeu des comĂ©diens (oh combien jouissif !), la minceur de l'intrigue empruntant la mise en abyme et surtout la crĂ©tinerie des dialogues, Bava se permet d'insĂ©rer en interne de son huis-clos des situations si improbables qu'elle provoque l'irrĂ©sistible dĂ©rision. A l'instar de cette course effrĂ©nĂ©e en moto qu'un de nos hĂ©ros arpente pour traverser la salle par dessus les sièges ! Pis encore, lorsqu'un hĂ©licoptère surgit de nulle part viendra s'Ă©craser sur le toit du cinĂ©ma pour clĂ´turer son atterrissage en plein coeur de la salle !


Tout bien considĂ©rĂ©, ce n'importe nawak assumĂ©, tributaire d'un grand-guignol de dĂ©fouloir permet Ă  DĂ©mons d'amorcer une rĂ©elle efficacitĂ© pour la vigueur de sa rĂ©alisation cumulant moult actions dĂ©bridĂ©es. La qualitĂ© des FX gores artisanaux et le score tonitruant de Simonetti renforçant le capital sympathie de cet irrĂ©sistible classique Bisseux particulièrement Ă©nergivore. 

*Bruno
28.04.23. 8èx
09.10.20. et 10.10.20. 
27.05.13. 144v


mardi 6 octobre 2020

Le Chasseur

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Hunter" de Buzz Kulik. 1980. U.S.A. 1h38. Avec Steve McQueen, Eli Wallach, Kathryn Harrold, Richard Venture, LeVar Burton.

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. U.S: 1er Aout 1980

FILMOGRAPHIEBuzz Kulik est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 23 juillet 1922 Ă  Kearny (New Jersey), dĂ©cĂ©dĂ© le 13 janvier 1999 Ă  Los Angeles. 1949 : Kay Kyser's Kollege of Musical Knowledge (sĂ©rie TV). 1950 : Ford Star Revue (sĂ©rie TV). 1957 : Gunsmoke (sĂ©rie TV). 1958 : Collector's Item (TV). 1959 : Rawhide (sĂ©rie TV). 1961 : Les AccusĂ©s (sĂ©rie TV). 1961 : Le Jeune Docteur Kildare (sĂ©rie TV). 1961 : The Explosive Generation. 1962 : Kings of Broadway (TV). 1962 : The Nurses (sĂ©rie TV). 1963 : The Yellow Canary. 1964 : Ready for the People (TV). 1967: Campo 44 (TV). 1967 : La Nuit des assassins. 1968 : Sergeant Ryker. 1968 : Villa Rides. 1969 : La Mutinerie. 1970 : A Storm in Summer (TV). 1971 : Vanished (TV). 1971 : Owen Marshall, Counsellor at Law (TV). 1971 : Brian's Song (TV). 1972 : To Find a Man. 1972 : Crawlspace (TV). 

Film testamentaire de Steve McQueen si bien qu'il meurt 3 mois après son exploitation en salles, Le Chasseur emprunte quelque peu le cheminement de l'Inspecteur Harry Ă  travers une traque infernale que s'oppose notre hĂ©ros contre les mĂ©chants. L'intrigue linĂ©aire s'attardant Ă  nous dĂ©crire la quotidiennetĂ© musclĂ©e de "Papa", chasseur de prime anachronique conduisant maladroitement une vieille voiture faute de son inexpĂ©rience routière. Qui plus est, pour ajouter Ă  un peu de piment Ă  l'intrigue (futile), un inconnu vindicatif lui averti qu'il le tuera prochainement au moment mĂŞme oĂą la compagne de "papa", sur le point d'accoucher, tente de le raisonner pour y fonder une famille. Probablement dĂ©prĂ©ciĂ© par les critiques lors de sa sortie (je ne suis pas allĂ© vĂ©rifier en ne comptant que sur mes vagues souvenirs), Le Chasseur ne mĂ©rite pas le discrĂ©dit aussi mineur soit son contenu surfant sur le succès de la saga Harry Callahan. Car misant sur un humour cocasse Ă  travers des situations saugrenues et sur le jeu dĂ©complexĂ© de Steve McQueen tentant de nous arracher les sourires avec tranquillitĂ©, Le Chasseur nous fait passer un agrĂ©able moment de dĂ©tente sous l'impulsion de quelques scènes d'actions assez impressionnantes. 

Car aussi Ă©tonnant que cela puisse paraĂ®tre, la dernière demi-heure beaucoup plus sombre injecte au rĂ©cit une violence assez brutale Ă  travers ses poursuites urbaines (l'incroyable traque Ă  bord et en externe du mĂ©tro, la poursuite dans les champs Ă  l'aide d'une moissonneuse batteuse !) et fusillades sanglantes engendrant les dommages collatĂ©raux. Cette brusque rupture de ton nous donnant presque l'impression de se retrouver dans un autre film plus intense, palpitant et impoli (notamment Ă  travers ses seconds-rĂ´les erratiques). Toute juste efficace, le rĂ©cit soutenu nous esquive la torpeur en compagnie amiteuse d'un Steve McQueen parfois poignant puisque trainant la pate avec un naturel faussement jovial. C'est d'ailleurs peut-ĂŞtre ce qui fait le charme de cette oeuvre d'exploitation de rĂ©unir une ultime fois Ă  l'Ă©cran un monstre sacrĂ© du cinĂ©ma d'action au charisme burinĂ© (pour ne pas dire sclĂ©rosĂ© du haut de ses 50 ans et de sa grave pathologie cancĂ©reuse) mais nĂ©anmoins encore persuasif Ă  travers son sens professionnaliste. D'autant plus que l'acteur adopte une ultime fois le parti-pris de ne pas se prendre au sĂ©rieux pour invoquer ses adieux au grand public. 

A tes amours ! 
CuriositĂ© policière aimablement sympathique Ă  travers son cocktail d'humour, d'action et de romance (Kathryn Harrold est d'ailleurs d'une ravissante Ă©lĂ©gance Ă  travers son naturel sans fard), Le Chasseur nous laisse un lĂ©ger goĂ»t de douce mĂ©lancolie Ă  travers l'ultime apparition de Steve McQueen motivĂ© Ă  contenter ses fans avec une poignante anicroche physique. A dĂ©couvrir, en gardant notamment en mĂ©moire cet Ă©mouvant plan final (allĂ©gorique) d'un bambin en Ă©veil existentiel alors que son gĂ©niteur s'y fige sereinement avec un sourire rassurĂ©.

Dédicace à Thierry Savastano

*Bruno

FILMO (suite): 1972 : L'Homme qui vint dĂ®ner (TV). 1973 : Incident on a Dark Street (TV). 1973 : Le Fauve. 1973 : L'Homme qui s'appelait Jean (TV). 1973 : Pioneer Woman (TV). 1974 : Remember When (TV). 1974 : L'InquiĂ©tant Ronald (TV). 1975 : Cage Without  Key (TV). 1975 : Matt Helm (TV). 1975 : Babe (TV). 1976 : L'Affaire Lindbergh (TV). 1977 : The Feather and Father Gang (sĂ©rie TV). 1977 : Never Con a Killer (TV). 1977: Corey: For the People (TV). 1977 : Kill Me If You Can (TV). 1978 : Ziegfeld: The Man and His Women (TV). 1979 : Tant qu'il y aura des hommes (sĂ©rie TV). 1980 : Le Chasseur. 1983 : Rage of Angels (TV). 1984 : George Washington (sĂ©rie TV). 1985 : Kane and Abel (feuilleton TV). 1986 : Prisonnières des Japonais (TV). 1987 : Her Secret Life (TV). 1988 : Trop jeune pour jouer les hĂ©ros (TV). 1989 : Le Tour du monde en quatre-vingts jours (mini-sĂ©rie TV). 1990 : Poker d'amour Ă  Las Vegas. (sĂ©rie TV). 1992 : Cadeau d'adieu (TV). 

vendredi 2 octobre 2020

Le Commando des Morts-Vivants / Schock Waves

                                                 
                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com
 
de Ken Wiederhorn. 1977. U.S.A. 1h25. Avec Peter Cushing, Brooke Adams, Fred Buch, Jack Davidson, Luke Halpin, D.J. Sidney, Don Stout, John Carradine, Clarence Thomas.

Sortie salles France: 6 Juin 1979

FILMOGRAPHIEKen Wiederhorn est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain.
1977: Le Commando des Morts-Vivants. 1979: King Frat. 1981: Appels aux meurtres. 1984: Meatballs Part 2. 1987: Dark Tower. 1988: Le Retour des Morts-vivants 2. 1993: l'Otage d'une vengeance. 1998: US Marshals: The Real Story (sĂ©rie TV).


Peu avant la seconde guerre mondiale, le haut commandement allemand lança des recherches dans le domaine du surnaturel. Selon une ancienne légende, une race de guerriers, sans armes ni boucliers, tiraient leurs pouvoirs surhumains de l'intérieur de la terre. Alors que la guerre éclata, les S.S. recrutèrent un groupe de scientifiques qui devaient créer un soldat invincible. Les corps de soldats morts au combat furent envoyés à Coblence, dans un laboratoire secret pour diverses expériences scientifiques. Le bruit courut qu'à la fin de la guerre, les forces alliées combattirent des soldats allemands qui tuaient à mains nues. Personne ne sait qui ils étaient et ce qu'ils sont devenus. Mais une chose est sure: de toutes les unités S.S., il n'y en a qu'une que les Alliés n'ont jamais retrouvée.

Première rĂ©alisation d’un auteur discret — Ă  qui l’on doit pourtant un petit psycho-killer inĂ©dit en salles chez nous (Appels aux meurtres) et une sĂ©quelle potache (Le Retour des Morts-vivants 2) — Le Commando des Morts-vivants reste sa plus belle rĂ©ussite, la plus sèche, la plus tangible. Car sur le thème Ă©culĂ© du zombie, Ken Wiederhorn parvient Ă  forger une sĂ©rie B singulière, bâtie sur le charisme putrĂ©fiĂ© de ces nazis amphibies et l’exploitation sourde de dĂ©cors d’Ă©trangetĂ©, pour distiller une atmosphère moite, suffocante, parfois mĂŞme terrifiante. L’intrigue, simpliste, Ă©pouse le canevas du survival : une poignĂ©e de vacanciers Ă©chouent sur une Ă®le après avoir Ă©ventrĂ© leur yacht contre un cargo fantĂ´me. Sur cette terre claquemurĂ©e vit un ancien chef nazi — Peter Cushing, famĂ©lique et revĂŞche comme jamais — qui les somme de fuir avant que ne se lève la menace : sous l’eau, un commando de morts-vivants attend, prĂŞt Ă  ressurgir pour achever leur besogne meurtrière.

Ce qui aurait pu se rĂ©soudre en bisserie paresseuse s’Ă©lève ici en poème mortifère sous l’allĂ©geance d’un escadron invincible, enfantĂ© par le Reich et oubliĂ© par l’ocĂ©an. DrapĂ©s de vestons SS, lunettes noires pour bannir la lumière, ces cadavres marchent sans hâte ni faim de chair : soldats jusqu’au bout, ils ne dĂ©vorent pas — ils Ă©tranglent, ils noient, ils expĂ©dient. L’aspect hypnotique de ces guerriers imbibĂ©s, l’ambiance glauque et fangeuse d’un hĂ´tel dĂ©crĂ©pi ou d’un bois marĂ©cageux, tout concourt Ă  irriguer la pellicule d’une vĂ©racitĂ© obscure. Et pour couronner cette angoisse sourde, la bande-son bourdonne, rampante, comme un souffle mauvais qui rĂ´de. Les attaques, d’ailleurs, n’ont nul besoin de gore : seule compte l’atmosphère, macabre et suffocante, qui use les nerfs jusqu’Ă  l’Ă©vanouissement. Ă€ ce titre, l’interprĂ©tation Ă©tonne : les victimes, extĂ©nuĂ©es, vibrent d’une panique Ă  fleur de peau. L’ultime demi-heure serre la gorge : l’un d’eux, claustrophobe, se mutile la raison, prĂ©cipitant la chute de tous.
 
 
"Le silence des profondeurs SS"
Tour Ă  tour anxiogène, brumeux, putride, Le Commando des Morts-vivants est une plongĂ©e en apnĂ©e dans les marais d’un Ă®lot maudit, gardĂ© par un vieillard dĂ©fait et ses fantĂ´mes nazis. Outre sa scĂ©nographie rugueuse, Ă  la fois olfactive et poisseuse, Wiederhorn signe un cauchemar sans Ă©chappatoire. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence — car ce commando d’outre-tombe hante encore la pellicule, ad vitam aeternam.

*Bruno
23.01.25. 5èx. Vost
02.10.20.
09.07.13. 23 v

Ci-joint la chronique de Mathias Chaput
« Le commando des morts vivants » (titre original « Shock waves ») est un film aurĂ©olĂ© d’une rĂ©putation très flatteuse et le fait est qu’en le revoyant il est indĂ©niable que la construction scĂ©naristique est parfaite dans ce film…
Dès le dĂ©but, le spectateur comprend qu’il s’est passĂ© quelques chose de grave, d’inquiĂ©tant, avec cette jeune femme retrouvĂ©e hagarde dans cette chaloupe ; Wiederhorn est très habile et nous raconte son histoire en faisant une remontĂ©e dans le temps…
Le procĂ©dĂ© a maintes fois Ă©tĂ© exploitĂ© au cinĂ©ma mais ici, il est traduit par une rigueur, un sens de la montĂ©e dans l’angoisse crescendo qui fera date ; les comĂ©diens jouent tous Ă  merveille et Peter Cushing, il illumine le mĂ©trage dans une apparition fugace mais qui vaut toutes les explications pour bien comprendre le film…
De manière obstinĂ©e et mĂ©thodique, les zombies SS vont annihiler ou tenter d’annihiler la totalitĂ© des touristes avec une froideur, une pugnacitĂ© rarement vues dans un film d’horreur des annĂ©es soixante-dix ; « Shock Waves » est une gigantesque partie de cache-cache qui se transforme en jeu de massacre et Ă©tonnamment sans le moindre effet « gore » !
A part quelques maquillages assez craspecs, il n’y a pas une seule goutte de sang versĂ©e dans « Shock waves » !
Et cela ne gĂŞne aucunement l’efficacitĂ© du film ni ne dĂ©samorce l’angoisse provoquĂ©e…
Tout comme les protagonistes, le spectateur subit une sensation d’Ă©touffement (Ă  l’instar du jeune homme claustrophobe dans la chambre froide) et le mĂ©trage abonde de plans sĂ©quences insolites (la vue des poissons dans l’aquarium Ă  maintes reprises, le gramophone au sol, la scène des marĂ©cages, la sortie de l’eau lĂ©gendaire des zombies amphibies)…
Le tout est calibrĂ© au centimètre près par un Wiederhorn hyper consciencieux et surtout avec un budget ridicule (seulement 200 000 dollars !), il parvient Ă  faire quelque chose d’exceptionnel avec deux bouts de ficelle ; vous prenez une ile vide de ses habitants, une dizaine de zomblards et autant de premiers rĂ´les pour obtenir un classique du genre qui n’a pas pris une ride mĂŞme quarante annĂ©es plus tard…
Sans compter sur des prises de vues sous-marines envoutantes et très bien filmĂ©es qui vont emmener encore plus le spectateur en immersion, non lĂ , vraiment c’est du très beau boulot !
Rien Ă  dire de plus « Shock waves » est un pur rĂ©gal, un OVNI dans le genre du film de zombies et il se distingue par sa singularitĂ© et son sens qualitatif dans la rĂ©alisation…
C’est du tout bon, que tout cinĂ©phile fan de films fantastiques a obligation de visionner, facile d’accès et dotĂ© d’un charme absolu, « Shock waves » n’a pas usurpĂ© sa rĂ©putation !
Note : 9.5/10
 
Ci-joint article d'Olivier Père

23 mars 2022

Le Commando des morts-vivants (Shock Waves, 1977) est une petite perle du cinĂ©ma d’horreur indĂ©pendant amĂ©ricain des annĂ©es 70, . Cette bande fauchĂ©e mais bien photographiĂ©e, qui distille un vĂ©ritable climat d’angoisse et une certaine poĂ©sie macabre fit la joie des spectateurs des salles spĂ©cialisĂ©es dans le fantastique, endroits souvent malodorants et mal famĂ©s mais Ă  la programmation riche en surprises (Ă  Paris on se souvient du Brady.) Aujourd’hui ce titre repose au panthĂ©on du cinĂ©ma psychotronique, Ă  juste titre.

Des vacanciers Ă©chouent sur une Ă®le inhospitalière de Floride, oĂą vit dans un hĂ´tel abandonnĂ© un ancien commandant SS (Peter Cushing, vieille gloire de la Hammer) qui les met en garde, trop tard, contre le danger qui rĂ´de. Sous les eaux salĂ©es et douces de l’archipel sommeillent des zombies nazis, amphibies et photophobes, rĂ©sidus d’expĂ©riences visant Ă  crĂ©er des soldats indestructibles et qui vont dĂ©cimer le petit groupe en commençant par le capitaine du bateau (John Carradine, vieille gloire de Hollywood). Cette intrigue farfelue rappelle les serials et sĂ©ries B des annĂ©es 30 et 40 avec des morts-vivants, des Nazis, des savants fous et des Ă®les mystĂ©rieuses.

Après cette première incursion dans l’horreur Ken Wiederhorn signera un autre film d’angoisse notable, Les Yeux de l’Ă©tranger (Eyes of a Stranger, 1981), un « slasher » avec la gĂ©niale Jennifer Jason Leigh dans l’un de ses premiers rĂ´les. Histoire de tueur psychopathe Les Yeux de l’Ă©tranger est un hommage rĂ©ussi aux thrillers hitchcockiens de Brian De Palma (Sisters en particulier), au point que De Palma, très impressionnĂ© par la mise en scène de Ken Wiederhorn lui demandera de rĂ©aliser sa production Body Double avant de dĂ©cider de signer le film lui-mĂŞme, avec le rĂ©sultat gĂ©nial que l’on connaĂ®t. Les Yeux de l’Ă©tranger est techniquement beaucoup plus convaincant que Le Commando des morts-vivants et Wiederhorn tĂ©moigne d’un remarquable sens du suspens et des effets choc subtilement dosĂ©s, mais la suite de sa carrière ne sera pas Ă  la hauteur de ces deux coups de maĂ®tre.

Le succès relatif du Commando des morts-vivants marqua les esprits des producteurs et fit des Ă©mules en Europe, oĂą l’on vit fleurir au moins deux titres de zombies nazis directement inspirĂ©s par le film de Ken Wiederhorn et produits par la sociĂ©tĂ© EurocinĂ© : L’AbĂ®me des morts-vivants de Jess Franco (1983) et surtout le lamentable Lac des morts-vivants (1981) situĂ© dans la campagne française et dans lequel trempa Jean Rollin sous le pseudonyme de J.A. Laser.

jeudi 1 octobre 2020

Electro-choc

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Human Experiments" de Gregory Goodell. 1979. U.S.A. 1h22. Avec Ellen Travolta, Jackie Koogan, Aldo Ray, Linda Haynes, Geoffrey Lewis.

Sortie salles France: Octobre 1979

FILMOGRAPHIEGrĂ©gory Goodell est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain.
1980: Human Experiments, 1995: Mariage Criminel (TV), 1996: Terror in the Family (TV), 1999: Down Will come baby, Cruelle Justice (TV), 2007: Perdus dans la tempĂŞte (TV). 
                                    

"Quand une femme cesse de choisir, elle cesse d'ĂŞtre une Femme".
Il s'agit Ă  priori du seul long-mĂ©trage du rĂ©alisateur mĂ©connu GrĂ©gory Goodell exploitĂ© au cinĂ©ma, bien que certaines sources du net prĂ©tendent que le film fut restĂ© inĂ©dit en salles. Pour autant, il sera bien prĂ©sentĂ© en compĂ©tition Ă  Paris au festival du Rex en 1979 si bien que l'actrice Lynda Haynes repartit avec le prix d'interprĂ©tation fĂ©minine. A titre d'anecdote, Electro-choc est Ă©galement listĂ© dans la rubrique des fameux "vidĂ©os nasties" fondĂ© en 1984 par l'Angleterre puritaine. Le pitchAprès ĂŞtre tombĂ©e en panne, Rachel, jeune chanteuse de Cabaret, est tĂ©moin d'un massacre commis dans une demeure durant son retour de villĂ©giature. Prise Ă  parti avec le meurtrier, elle parvient toutefois Ă  s'emparer d'un fusil de chasse et le tue en lĂ©gitime dĂ©fense. Mais la police dĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux l'accuse des crimes en sĂ©rie. EcrouĂ©e et incarcĂ©rĂ©e, elle est embrigadĂ©e dans un pĂ©nitencier dirigĂ© par l'inquiĂ©tant Dr Kline (Geoffrey Lewis, gĂ©nialement auto-parodique de par son regard de dĂ©ment faussement courtois) livrant Ă  d'Ă©tranges expĂ©riences inhumaines sur certaines de ses dĂ©tenues. PassĂ© son prĂ©ambule au cours duquel l'hĂ©roĂŻne est verbalement provoquĂ©e par des machistes libidineux, l'intrigue nous dirige dans le refuge sordide d'une demeure perdue au milieu de nulle part. C'est lĂ  que Rachel fait l'horrible dĂ©couverte d'un massacre perpĂ©trĂ© par le fils d'une famille. L'ambiance solaire Ă©touffante et les cadavres ensanglantĂ©s dissĂ©minĂ©s dans des pièces dĂ©labrĂ©es nous remĂ©morent les climats poisseux des bandes subversives des annĂ©es 70. Après avoir Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e par la police et jugĂ©e  coupable des meurtres d'une famille au complet, elle se retrouve dans une prison dirigĂ©e de main de fer par un savant fou aux mĂ©thodes expĂ©rimentales improbables. Ainsi, durant une bonne partie du mĂ©trage, Electro-choc exploite le "Women in prison" tantĂ´t bavard, tantĂ´t ludique, de par ses situations gentiment Ă©culĂ©es, et ce parmi le tĂ©moignage d'Ellen Travolta sobrement convaincante en dĂ©tenue candide au charisme magnĂ©tique (notamment auprès de son regard azur perçant). 
                                     

Portant le film Ă  bout de bras, ses sĂ©ances d'humiliation, d'intimidation et d'emprisonnement restrictifs se suivent et se ressemblent d'un oeil distrait. Quand bien mĂŞme le comportement dĂ©ficient d'une autre dĂ©tenue embrigadĂ©e dans une cellule nĂ©crosĂ©e attise notre curiositĂ© licencieuse. Mais c'est Ă  partir des 2/3 tiers du mĂ©trage qu'Electro-choc vaut le coup d'oeil, aussi furtif soit-il ! A savoir que l'une des prisonnières incitera Rachel Ă  s'Ă©chapper alors que cette dernière se retrouvera Ă  nouveau cobaye d'une manipulation Ă  base de lavage de cerveau. La narration bifurquant vers une (futile) Ă©tude psychologique sur le conditionnement humain destituĂ© d'agressivitĂ© morale et physique. Et pour cause, le docteur (directeur de l'enceinte !) tente d'y parfaire son Ă©tude sur le comportement humain en matĂ©rialisant leur pire terreur, et ce pour les transformer en robot docile dĂ©nuĂ© d'agressivitĂ©. Un thème dĂ©jĂ  superbement  traitĂ© dans Orange MĂ©canique vis Ă  vis du personnage d'Alex, dĂ©linquant addict contraint de subir par l'oeil le dĂ©filement ininterrompu d'images obscènes de violence afin de le purger du Mal. Dans ces deux cas d'expĂ©rimentations, l'homme et la femme n'auraient donc plus libre arbitre de combattre leur lutte intrinsèque du Bien et du Mal. De par ce procĂ©dĂ© physiologique bestial et immoral Ă  exploiter l'âme au service du Bien, une sĂ©quence fort Ă©prouvante provoque la rĂ©vulsion de par son rĂ©alisme cru quasi insupportable. L'hĂ©roĂŻne embrigadĂ©e dans une cellule dĂ©gueulbif (euphĂ©misme !) s'efforçant de trouver refuge Ă  l'intĂ©rieur d'un soupirail afin d'Ă©chapper Ă  une armada d'insectes et arachnides rampant tout le long de son corps dĂ©chiquetĂ© ! Quand au final expĂ©ditif aussi capillotractĂ© (pas grand chose n'Ă©tait vraisemblable dans cette dĂ©lirante histoire), on se distrait de l'ultime stratĂ©gie criminelle du mĂ©decin Ă  tenter une dernière fois de manipuler son cobaye pour se dĂ©barrasser de son adjointe arrogante. 
                                          

Alternant avec charme et maladresse le sous-genre du WIP et de l'horreur crapoteuse Ă  travers un schĂ©ma narratif aussi dĂ©gingandĂ© qu'ubuesque, Electro-choc sĂ©duit par intermittence jusqu'Ă  son ultime baroud d'honneur vindicatif un poil ironique. PortĂ© Ă  bout de bras par l'Ă©trange et ravissante Ellen Travolta dans une posture nĂ©vralgique davantage rigoureuse, cette sĂ©rie B d'exploitation laisse finalement une drĂ´le d'impression de curiositĂ© malsaine teintĂ©e d'audace, de fantaisie bisseuse et de ridicule. En tout Ă©tat de cause, une sĂ©quence choc littĂ©ralement effroyable nous reste dans l'encĂ©phale pour faire office d'anthologie sordide. A dĂ©couvrir probablement avec indulgence (faute du scĂ©nar prĂ©mâchĂ©), principalement auprès des fans indĂ©fectibles de cinĂ©-bis dĂ©viant.  

*Bruno
01.10.20. 3èx
09.06.11.  311 v