samedi 19 juin 2021

La Bataille de San Sebastian

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Henry Verneuil. 1968. France/Italie/Mexique. 1h51. Avec Anthony Quinn, Anjanette Comer, Charles Bronson, Sam Jaffe, Silvia Pinal, Jorge MartĂ­nez de Hoyos.

Sortie salles France: 14 Mars 1969

FILMOGRAPHIE: Henry Verneuil (de son vrai nom Achod Malakian) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste  français d'origine armĂ©nienne, nĂ© le 15 Octobre 1920 Ă  Rodosto, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Janvier 2002 Ă  Bagnolet. 1951: La Table aux crevĂ©s. 1952: Le Fruit DĂ©fendu. 1952: Brelan d'As. 1953: Le Boulanger de Valorgue. 1953: Carnaval. 1953: l'Ennemi public numĂ©ro 1. 1954: Le Mouton a 5 pattes. 1955: Les Amants du Tage. 1955: Des Gens sans importance. 1956: Paris, palace HĂ´tel. 1957: Une Manche et la belle. 1958: Maxime. 1959: Le Grand Chef. 1959: La Vache et le Prisonnier. 1960: l'Affaire d'une Nuit. 1961: Le PrĂ©sident. 1961: Les Lions sont lâchĂ©s. 1962: Un Singe en Hiver. 1963: MĂ©lodie en sous-sol. 1963: 100 000 Dollars au Soleil. 1964: Week-end Ă  Zuydcoote. 1966: La 25è Heure. 1967: La Bataille de San Sebastian. 1969: Le Clan des Siciliens. 1971: Le Casse. 1972: Le Serpent. 1975: Peur sur la ville. 1976: Le Corps de mon ennemi. 1979: I comme Icare. 1982: Mille Milliards de Dollars. 1984: Les Morfalous. 1991: Mayrig. 1992: 588, rue du Paradis.

Unique incursion dans le western chez le cinĂ©aste français Henry Verneuil alors qu'il s'agit d'une co-production entre l'hexagone, l'Italie et le Mexique, La Bataille de San Sebastian renoue avec le souffle Ă©pique des grosses productions hollywoodiennes ayant bercĂ© notre enfance ainsi que celle de nos parents. Inexplicablement flinguĂ© par la critique lors de sa sortie confidentielle, peut-ĂŞtre Ă  cause du portrait peu recommandable de l'anti-hĂ©ros athĂ©e qu'endosse l'immense Anthony Quinn, ce western parfois influencĂ© par le cinĂ©ma italien (principalement sa première demi-heure lorsque Leon Alastray - Anthony Quinn - se voit torturĂ© par Teclo - Charles Bronson - avec sadisme non simulĂ©) demeure un divertissement de haut calibre. Notamment auprès de ses moyens techniques mis en oeuvre, ses dĂ©cors naturels Ă©clectiques littĂ©ralement flamboyants et ses moults figurants se prĂŞtant au jeu de la guĂ©rilla avec une frĂ©nĂ©sie inĂ©puisable. Et pour en revenir au western spaghetti doucement Ă©voquĂ© plus haut, la musique est composĂ©e par le maestro Ennio Morricone faisant ouvertement Ă©cho aux chefs-d'oeuvre de Sergio Leone. La fameuse bataille demeurant un morceau de bravoure terriblement impressionnant de par l'impact de sa violence effrĂ©nĂ©e Ă©paulĂ©e il est vrai d'un montage ultra dynamique Ă  faire pâlir de jalousie nos classiques prĂ©curseurs ! L'intrigue tout Ă  fait efficace nous illustrant l'initiation hĂ©roĂŻque d'un bandit substituĂ© en prĂŞtre (alors qu'il ne cessera durant l'aventure d'y nier sa fonction biaisĂ©e d'Ă©missaire religieux) au sein du village dĂ©muni de San Sebastian. 

Si bien que les habitants davantage dĂ©sargentĂ©s redoutent la prochaine attaque des Yaquis supervisĂ©s par le traĂ®tre Teclo. Remake de La main gauche du Seigneur d'Edward Dmytryk, sorti en 1955 dont j'ignorai l'existence; La Bataille de San Sebastian est largement rehaussĂ© du talent viril d'Anthony Quinn incarnant avec une aisance incorruptible un magnifique portrait d'anti-hĂ©ros aussi entĂŞtĂ© que dur et intransigeant. Or, au fil de se relation houleuse avec les habitants et par le biais d'une main secourable Ă©prise d'amour pour lui, Leon Alastray s'allouera d'une mission hĂ©roĂŻque afin de rĂ©veiller de leur torpeur ses mĂ©tayers serviles prĂ©fĂ©rant fuir leurs cocons plutĂ´t que de combattre fusil Ă  la main l'ennemi que reprĂ©sentent les indiens eux mĂŞmes influencĂ©s par un influenceur perfide. PlutĂ´t hĂ©tĂ©rodoxe Ă  renier la cause divine alors que tout un peuple s'adonne Ă  lui dans leur idĂ©ologie chrĂ©tienne, La Bataille de San Sebastian met en exergue le profil athĂ©e de ce bandit solitaire peu enclin Ă  Ă©prouver une quelconque empathie pour autrui (notamment celle auprès du prĂŞtre moribond lors du prologue) alors qu'au fil de son parcours moral il se laissera guider par un instinct de loyautĂ© dans son Ă©thique contestataire. C'est ce qui fait la force dramatique de l'intrigue sublimant ce portrait marginal qui plus est affublĂ© d'une toge religieuse pour contenter ce peuple soumis Ă  la morale conservatrice. On apprĂ©cie Ă©galement l'impossible romance entre Alastray et la douce Kinita ne cessant de lui implorer son affection pour lui alors qu'il reste un fugitif en fuite recherchĂ© Ă©galement par les autoritĂ©s. Sa condition d'homme traquĂ© tous azimuts le contraignant Ă  s'isoler vers l'exil plutĂ´t que d'amorcer une vie harmonieuse et Ă©quilibrĂ©e somme toute sereine. 

Gros spectacle issu de l'ancienne Ă©cole (et d'une "Dernière SĂ©ance" !), La Bataille de San Sebastian n'a rien perdu de sa patine (en scope technicolor svp !) et de son entrain homĂ©rique au fil d'un rĂ©cit aussi belliciste qu'humaniste militant pour les valeurs de dignitĂ©, de loyautĂ©, de courage et d'hĂ©roĂŻsme Ă  condition de savoir pardonner au moment opportun, voir mĂŞme d'y nĂ©gocier une trĂŞve pour Ă©viter une guerre d'ampleur disproportionnĂ©e. A feu et Ă  sang. 

*Bruno

mercredi 16 juin 2021

L'Emmerdeur

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Edouard Molinaro. 1973. France. 1h24. Avec Jacques Brel, Lino Ventura, Caroline Cellier, Jean-Pierre Darras, Nino Castelnuovo, Angela Cardile.

Sortie salles France: 20 Septembre 1973

FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).

"J'espère un jour ne plus ĂŞtre Ă  la mode pour devenir un classique." Pedro Almodovar. 
On a beau connaĂ®tre les classiques par coeur, on ne parvient pas Ă  s'en lasser. Ce qui est bel et bien le cas avec l'Emmerdeur aurĂ©olĂ© d'un gros succès public (5è au Box-Office avec 3 354 756 entrĂ©es) et d'une reconnaissance critique. Bien que personnellement je ne l'ai vu que 2 fois, j'ai Ă©tĂ© franchement surpris Ă  la revoyure par son envergure qualitative de par son rythme en crescendo toujours plus folingue alors que sa première demi-heure, grave et laconique, ne nous prĂ©pare nullement aux futurs rebondissements hilarants. Et ce pour 2 raisons majeures spĂ©cialement infaillibles; son casting irrĂ©prochable (jusqu'aux seconds-rĂ´les particulièrement irrĂ©sistibles que forment Jean Pierre Darras en psychiatre snobinard et Nino Castelnuovo en maĂ®tre d'hĂ´tel aussi vigilant que prĂ©venant) et son scĂ©nario superbement Ă©crit par le spĂ©cialiste Francis Veber qui finira d'ailleurs par mettre en scène Ă  3 autres reprises le personnage de François Pignon dans Le Jouet, La Chèvre et le Diner de Con

Tant et si bien que l'on reste stupĂ©fiais par la crĂ©dibilitĂ© des quiproquos et situations rocambolesques lorsqu'un tueur Ă  gage est contraint de se coltiner un boulet (François Pignon donc) au sein de sa chambre d'hĂ´tel. Un pauvre type dĂ©pressif dĂ©libĂ©rĂ© Ă  se suicider après s'ĂŞtre sĂ©parĂ© de sa femme partie batifoler avec son psychiatre. Retors, badin et masochiste, Edouard Molinaro parvient frĂ©quemment Ă  faire dĂ©placer ses personnages d'une chambre Ă  l'autre (filmĂ© camĂ©ra Ă  l'Ă©paule pour exacerber les prĂ©cipitations de mĂ©sententes irascibles) pour ensuite les extraire de l'hĂ´tel pour un mobile sentimental mais aussi curatif quant au sort de Milan (le tueur Ă  gage) substituĂ© en François Pignon par la cause de ce dernier. Mais le gĂ©nie narratif est Ă©galement d'y reconfiner Ă  moult reprises notre duo impromptu après que ceux-ci eurent arpentĂ©s les villes et nationales en voiture lors de poursuites endiablĂ©es. Ainsi, Ă  travers sa frĂ©nĂ©sie rocambolesque davantage hilarante (les Ă©clats de rire sont habilement dosĂ©s lors d'effets de surprise alĂ©atoires), l'Emmerdeur gagne en efficacitĂ© en roue libre jusqu'Ă  sa conclusion caustique. 

De par les remarquables performances de Jacques Brel (incroyablement juste et sobre en boulet au grand coeur pĂ©tri d'insolence malgrĂ© lui) et du massif Lino Ventura (tout en flegme de colère contenue avant d'y extĂ©rioriser une rogne expansive), l'Emmerdeur affiche de sacrĂ©s tempĂ©raments contradictoires Ă  travers ses profils psychologiques contraints malgrĂ© eux de s'unir pour le pire des imbroglios catastrophes. Et ce grâce au gĂ©nie du scĂ©nariste Francis Veber jamais Ă  court de carburant pour relancer la machine Ă  rire lors d'un festival d'entraide, de bĂ©vues et d'infortune mutuelles. Jusqu'au paroxysme du règlement de compte homĂ©rique Ă©tonnamment percutant dans les Ă©changes de tirs chorĂ©graphiĂ©s...

*Bruno
2èx

mardi 15 juin 2021

Soif de Sang

                                                
                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toutlecine.challenges.fr

"Thirst" de Rod Hardy. 1979. Australie. 1h35. Avec Chantal Contouri, Shirley Cameron, Max Phipps, Henry Silva, Rod Mullinar, David Hemmings.

Sortie salles Australie: 28 Septembre 1979

FILMOGRAPHIERod Hardy est un rĂ©alisateur australien nĂ© en 1949 Ă  Melbourne.
1979 : Soif de sang. 1997 : Robinson CrusoĂ©. 2007 : December Boys.


Une perle culte vrillée native de l'âge d'or du Fantastique Australien.
InĂ©dit en salles en France si je ne m'abuse, Soif de Sang fit les beaux jours des video-clubs lors de son exploitation Vhs au sein des annĂ©es 80. Relativement mĂ©connue, cette bisserie horrifique issue de l'âge d'or du Fantastique australien tire-parti de sa fascination prĂ©gnante auprès de son concept saugrenu Ă  mi-chemin entre rĂŞve et rĂ©alitĂ©. 

Le pitch: EmbrigadĂ©e de force au sein d'une mystĂ©rieuse ferme, vĂ©ritable entreprise de donneurs de sang, Kate Davis est l'objet de toutes les convoitises depuis qu'une confrĂ©rie diabolique s'efforce de la conditionner Ă  se nourrir de sang humain afin de succĂ©der Ă  son hĂ©ritière, la Comtesse Bathory. MolestĂ©e et droguĂ©e, elle tente de rĂ©sister Ă  sa condition servile quand bien mĂŞme tous les patients apathiques sont exploitĂ©s Ă  outrance lors de prĂ©lèvements sanguins afin de nourrir la secte en quĂŞte d'Ă©ternelle jeunesse et de pouvoir. 

Traitant du thème du vampirisme avec une originalitĂ© sans Ă©gale si bien que cette sĂ©rie B fait office d'ovni incongru, Soif de Sang ne cesse d'intriguer et de fasciner grâce Ă  une intrigue prĂ©mâchĂ©e entrebâillĂ©e d'incohĂ©rences et anicroches (l'intrusion peu convaincante de l'Ă©poux de Kate au sein de la ferme et de quelques protagonistes au comportement interlope). Pour autant, afin de mieux semer trouble et dĂ©sordre au sein de cette mystĂ©rieuse confrĂ©rie avide de sang, ses menus dĂ©fauts sont peut-ĂŞtre sciemment pensĂ©s, notamment en ne cessant de jouer avec les hallucinations de l'hĂ©roĂŻne en proie Ă  un conditionnement interminable. 


Outre ses aimables seconds-couteaux parmi lesquels se succèdent Henry SilvaDavid Hemmings et  Shirley CameronChantal Contouri monopolise l'Ă©cran de son regard nĂ©vrosĂ© (pour ne pas dire borderline) tantĂ´t outrĂ©, tantĂ´t anĂ©mique au grĂ© de sĂ©quences hallucinogènes oĂą fiction et rĂ©alitĂ© ne cessent de se contredire dans sa psychĂ© en perte de repère. On peut Ă©galement vanter sa troublante beautĂ© brunâtre notamment auprès de son regard noir aussi sensuel que compromis d'une paranoĂŻa grandissante de par sa condition soumise de victime expĂ©rimentale. En dĂ©pit Ă©galement d'un mise en place un tantinet dĂ©concertante car enchaĂ®nant trop prĂ©cipitamment les Ă©vènements pour son hospitalitĂ© forcĂ©e, Soif de Sang insuffle un climat trouble d'envoĂ»tement en son tĂ©moignage chĂ©tif si bien qu'elle perdure une multitude d'expĂ©riences irrationnelles afin de s'accoutumer au sang humain. Quand bien mĂŞme son entourage lobotomisĂ© dĂ©ambule dans le jardin Ă  l'instar de zombies dĂ©nuĂ© de conscience. Multipliant avec un soupçon de redondance les tentatives d'Ă©vasion et d'endoctrinement de l'hĂ©roĂŻne Ă  bout de souffle rĂ©futant au possible sa nouvelle condition vampire, Rod Hardy parvient miraculeusement Ă  aviver notre attention par le biais d'Ă©vènements sataniques (les rituels de la communautĂ©) et d'incidents horrifiques oĂą les idĂ©es dĂ©bridĂ©es fusent tous azimuts. Soif de Sang nous entraĂ®ne par la main dans un cauchemar schizo au fil d'une Ă©nigme aussi sinueuse qu'Ă©trange, Ă  l'instar de sa conclusion fortuite d'une audace pessimiste.


Etonnamment trouble et dĂ©lirant auprès d'une rĂ©alisation parfois soignĂ©e et maĂ®trisĂ©e, Soif de Sang ne peut laisser indiffĂ©rent par ses audaces visuelles assez habiles et son concept sardonique aussi improbable que dĂ©capant ! Il y Ă©mane une formidable sĂ©rie B hybride assez couillue oscillant le chaud et le froid avec une surprenante alchimie ! Comme en tĂ©moignent notamment la mĂ©lodie de sa partition entĂŞtante signĂ©e Brian May svp, la splendeur de sa photo sĂ©pia ainsi que la beautĂ© vĂ©nĂ©neuse de l'impĂ©nĂ©trable Chantal Contouri (son unique rĂ´le Ă  l'Ă©cran). A (re)dĂ©couvrir car il s'agit bel et bien d'une oeuvre culte au sens littĂ©ral.  

*Bruno. 
07.09.16. 185 v
15.06.21. 3èx

lundi 14 juin 2021

La Cuisine au Beurre

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gilles Grangier. 1963. France/Italie. 1h22. Avec Fernandel, Bourvil, Claire Maurier, Andrex Mag-Avril, Edmond Ardisson, Henri Arius

Sortie salles France: 20 Décembre 1963

FILMOGRAPHIE: Gilles Grangier, nĂ© le 5 mai 1911 Ă  Paris et mort le 27 avril 1996 Ă  Suresnes, est un rĂ©alisateur français. 1943 : AdĂ©maĂŻ bandit d'honneur. 1945 : Le Cavalier noir. 1946 : Trente et quarante. 1946 : Leçon de conduite. 1946 : L'Aventure de Cabassou. 1947 : Rendez-vous Ă  Paris. 1947 : Histoire de chanter. 1947 : Danger de mort. 1948 : Par la fenĂŞtre. 1948 : Femme sans passĂ©. 1949 : Au p'tit zouave. 1949 : Jo la Romance. 1950 : AmĂ©dĂ©e. 1950 : Amour et compagnie. 1950 : Les femmes sont folles. 1950 : L'Homme de joie. 1951 : L'Amant de paille. 1951 : Les petites Cardinal. 1951 : Le Plus Joli PĂ©chĂ© du monde. 1952 : L'Amour, Madame. 1952 : Douze heures de bonheur. 1953 : Faites-moi confiance. 1953 : Jeunes MariĂ©s. 1953 : La Vierge du Rhin. 1954 : Poisson d'avril. 1955 : Le Printemps, l'automne et l'amour. 1955 : Gas-oil. 1956 : Le sang Ă  la tĂŞte. 1957 : Reproduction interdite ou Meurtre Ă  Montmartre. 1957 : Le rouge est mis. 1958 : Trois jours Ă  vivre. 1958 : Échec au porteur . 1958 : Le DĂ©sordre et la Nuit. 1959 : Archimède le clochard. 1959 : 125, rue Montmartre. 1959 : Les Affreux. 1960 : Les Vieux de la vieille. 1961 : Le Cave se rebiffe. 1962 : Le Gentleman d'Epsom. 1963 : Le Voyage Ă  Biarritz. 1963 : Maigret voit rouge. 1963 : La Cuisine au beurre. 1964 : L'Ă‚ge ingrat. 1965 : Les Bons Vivants ou Un Grand seigneur. 1965 : Train d'enfer. 1968 : L'Homme Ă  la Buick. 1969 : Sous le signe du taureau. 1972 : Un cave. 1974 : Gross Paris. 1975 : Piratii din Pacific film roumain codirigĂ© avec Sergiu Nicolaescu. 1975 : Insula comorilor. 


Timidement accueilli par la critique en dĂ©pit de son immense succès public (il se hisse 2è au Box-Office avec 6 396 439 entrĂ©es), la Cuisine au Beurre est l'occasion pour Fernandel et Bourvil de se rĂ©unir pour la 1ère fois Ă  l'Ă©cran. Et bien que ce dernier vouait une admiration sans borne pour l'illustre Fernandel depuis sa tendre enfance, leur relation de prime abord amiteuse s'est hĂ©las rapidement Ă©tiolĂ©e au fil du tournage houleux si bien que la Cuisine au Beurre restera leur unique contribution. 
 
Alors, sans rĂ©volutionner le genre, et encore moins d'y parfaire le chef-d'oeuvre attendu, cette comĂ©die bonnard demeure fort plaisante sous l'impulsion du duo d'acteurs portant le film sur leurs Ă©paules avec une spontanĂ©itĂ© payante. Car s'il faut bien avouer que l'intrigue est aussi simpliste que futile (le couple Colombey voit son quotidien bouleversĂ© le jour ou Fernand, ancien Ă©poux de Christiane Colombey refait surface 10 ans plus tard dans leur restaurant !), la complĂ©mentaritĂ© enjouĂ©e des acteurs emporte tout sur leur passage. 

Mais au-delĂ  de la fantaisie fougueuse de Fernandel et Bourvil jouant les rivaux au grand coeur avec une complicitĂ© badine, on peut Ă©galement compter sur le tempĂ©rament frĂ©tillant de la belle Claire Maurier remarquablement crĂ©dible en Ă©pouse autoritaire contrainte de gĂ©rer sa situation extra-conjugale avec une force de caractère somme toute sensuelle. L'actrice dĂ©gage un charme assez suave Ă  travers ses rapports aussi tendres que compromettants auprès de ses deux amants communĂ©ment amoureux d'elle au point d'y engager une procĂ©dure de divorce pour leur enjeu Ă  la fois financier (Qui possĂ©dera enfin la propriĂ©tĂ© du restaurant ?) et sentimental. Et si on rit rarement aux Ă©clats Ă  travers ses gentils gags bon enfant, la Cuisine au Beurre nous imprime un sourire permanant grâce Ă  ses acteurs communĂ©ment sĂ©millants. Mais aussi de par son climat solaire estival prĂ´nant l'insouciance, les plaisirs culinaires, l'influence de la camaraderie, le dĂ©sir d'indĂ©pendance au sein du couple (l'Ă©mancipation du duo contre l'autoritĂ© fĂ©minine) et enfin l'amitiĂ© au fil de l'Ă©volution morale du duo marital sur le point de se tolĂ©rer. 

Très agrĂ©able Ă  suivre en dĂ©pit d'un manque Ă©vident d'ambition narrative et de drĂ´lerie dĂ©jantĂ©e, La Cuisine au Beurre parvient aisĂ©ment Ă  se dĂ©marquer du produit vite consommĂ© grâce Ă  la fringance des comĂ©diens nous transmettant leurs sentiments de tendresse et de bonne humeur avec une harmonie rĂ©solument conviviale. Tant et si bien que quelques dĂ©cennies passĂ©es, la Cuisine au Beurre n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de classique du genre en prĂ©servant en mĂ©moire la sĂ©quence irrĂ©sistible oĂą Fernandel et Bourvil Ă©clatent de rire face Ă©cran en se murmurant des grivoiseries Ă  l'oreille. 
Une sĂ©quence cocasse d'une extrĂŞme simplicitĂ© mais redoutablement efficace dans cette communion expansive des fous-rires incontrĂ´lĂ©s. 

*Bruno
3èx

jeudi 10 juin 2021

Lantana. Prix spécial du jury et prix de la critique, Cognac, 2002.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ray Lawrence. 2001. Australie/Allemagne. 2h01. Avec Anthony LaPaglia, Geoffrey Rush, Rachael Blake, Kerry Armstrong, Manu Bennett, Melissa Martinez.

Sortie salles France: 24 Juillet 2002. Australie: 4 Octobre 2001

FILMOGRAPHIE: Ray Lawrence est un rĂ©alisateur australien nĂ© en 1948. 1985 : Bliss. 2001 : Lantana. 2006 : Jindabyne, Australie. 


Avant-propos: (wikipedia)
Le genre Lantana comprend environ 150 espèces de plantes à fleurs de couleurs variées (jaunes, marron, blancs, etc.) de la famille des Verbénacées.
Le lantana est un arbrisseau vivace pantropical originaire d'Amérique du Sud adapté aux conditions méditerranéennes. Cela signifie que dans certaines régions, il n'est pas nécessaire de les mettre hors gel mais dans d'autres il faut absolument les rentrer pour l'hiver. Il est possible de les trouver sous différentes formes : arbustive, pour parterre ou encore en tiges. Leur parfum est légèrement poivré et attire particulièrement les papillons et les abeilles.

RĂ©alisĂ© par l'australien Ray Lawrence Ă  qui l'on doit 3 uniques longs-mĂ©trages, Lantana est probablement son oeuvre la plus puissante et rĂ©ussie sous couvert de drame psychologique dĂ©guisĂ© en thriller. Multi rĂ©compensĂ© dans son pays initial (voir en fin d'article) et aurĂ©olĂ© de 2 rĂ©compenses Ă  Cognac (Prix SpĂ©cial du Jury, Prix de la Critique), Lantana n'a point dĂ©robĂ© ses trophĂ©es de par son intensitĂ© dramatique discrètement envoĂ»tante que son cast irrĂ©prochable gĂ©nère avec fĂ©brile Ă©motion. Oeuvre chorale nous caractĂ©risant au compte goutte quatre couples en perdition conjugale, Lantana  demeure sensiblement capiteux Ă  travers son score lancinant jamais envahissant et le vĂ©risme de sa mise en scène au plus près des sentiments des personnages anti-manichĂ©ens se dĂ©battant avec leur propre dĂ©mon. Tant et si bien qu'Ă  travers leurs confidences et adultère rongĂ©es de remord ou d'indĂ©cision, nous tĂ©moignions de leur faiblesse avec une empathie de prime abord mesurĂ©e. Tout du moins lors de sa première partie attentionnĂ©e nous illustrant chaque point de vue avec souci d'humanisme torturĂ©. 


Mention spĂ©ciale Ă  Anthony LaPaglia dans le rĂ´le irascible du dĂ©tective Leon Zat trompant son Ă©pouse avec une voisine fraĂ®chement sĂ©parĂ©e. L'acteur imposant une carrure massive d'autant plus impressionnante dans celui de l'infidèle davantage irritĂ© par le poids de sa culpabilitĂ© se rĂ©percutant sur sa quotidiennetĂ© professionnelle. D'ailleurs, le final rĂ©dempteur finit par nous arracher des larmes lorsqu'il finit par moralement craquer dans l'habitacle de sa voiture après avoir entendu la suite des confidences de son Ă©pouse enregistrĂ©e sur une cassette audio. Pièce Ă  conviction que celui-ci est parvenu Ă  soutirer chez le mari de la thĂ©rapeute que son Ă©pouse consultait secrètement. Kerry Armstrong incarnant la femme trahie avec un naturel Ă  la fois faussement attendrissant et timidement contrariĂ©e, si bien que la comĂ©dienne demeure la plus Ă©mouvante du cast Ă  travers sa posture quelque peu introvertie, douce et amiteuse. Mais lorsque la partie thriller se met en place de manière fluide et escomptĂ©e (le prologue dĂ©butant par le flash-forward d'une dĂ©couverte macabre faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Blue Velvet), la compassion Ă©prouvĂ©e pour la plupart des personnages gagne du terrain au fil de l'investigation douloureuse de LĂ©on (toujours aussi irascible) en proie Ă  de troublantes coĂŻncidences. Qui plus est au moment de tenter de rĂ©soudre cette dĂ©couverte macabre auquel les tĂ©moins conjugaux de son entourage y seront plus ou moins impliquĂ©s. 


Jouant intelligemment sur le faux-semblant et sur l'emprise de la sĂ©duction Ă  travers les consĂ©quences du mensonge, de la trahison ou de la dĂ©lation, Lantana y engendre de manière aussi intime que prude une rĂ©flexion sur l'intĂ©gritĂ© du couple lorsque la routine, la lassitude, une identitĂ© sexuelle refoulĂ©e ou un dĂ©cès inconsolable viennent ternir leur fiabilitĂ© maritale. Magnifiquement incarnĂ© par des comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ© dans leur commun dĂ©sagrĂ©ment et dĂ©sillusion vulnĂ©rable, Lantana s'illumine au fil de ces fragiles portraits de couple Ă  la dĂ©rive dont certains parviendront toutefois Ă  remonter Ă  la surface face au poids de leur culpabilitĂ© morale saturĂ© d'une dĂ©couverte macabre dont nul ne sortira indemne. Une oeuvre intime dĂ©sargentĂ©e Ă  deux doigts d'effleurer le chef-d'oeuvre, tout du moins un grand classique conjuguant avec une surprenante harmonie les composants du mĂ©lo, du drame et du thriller. 

*Bruno
2èx


Récompenses:
Australian Film Institute Awards 2001: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur acteur pour Anthony LaPaglia, meilleure actrice pour Kerry Armstrong, meilleur acteur dans un second rôle pour Vince Colosimo et meilleure actrice dans un second rôle pour Rachael Blake
IF Awards 2001: Meilleur film, meilleur acteur (Anthony LaPaglia), meilleure actrice (attribué collectivement à Barbara Hershey, Kerry Armstrong, Leah Purcell, Rachael Blake et Daniella Farinacci), meilleur réalisateur, meilleur scénario, prix du box-office
Festival du Film de Melbourne 2001: Prix du film le plus populaire
Prix 2001 de la National Board of Review (USA): Reconnaissance spéciale pour l'excellence de la réalisation
Prix Awgie 2001 de l'Australian Writers' Guild: meilleure adaptation pour un long métrage au cinéma
Prix ASSG 2001 de l'Australian Screen Sound Guild: meilleur enregistrement son sur un tournage de long métrage
Festival du film policier de Cognac 2002: Prix spécial du jury et prix de la critique
Prix 2002 de la Film Critics Circle of Australia Awards: Meilleur film, meilleur acteur (Anthony LaPaglia), meilleure actrice (Kerry Armstrong), meilleur second rôle féminin (Daniella Farinacci), meilleur scénario d'adaptation
ARIA Music Awards 2002: Meilleur album de bande originale
Prix 2002 de l'Australian Cinematographers Society: Meilleure photo pour un long métrage au cinéma
British Independent Film Awards 2002: Meilleur film étranger en langue anglaise
Chlotrudis Awards 2003: Meilleur scénario d'adaptation

mercredi 9 juin 2021

Bullitt

                                                          Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site Allocine.fr

de Peter Yates. 1968. U.S.A. 1h54. Avec Steve Mc Queen, Robert Vaughn, Jacqueline Bisset, Don Gordon, Simon Oakland, Norman Fell, Robert Duvall.

Sortie salles France: 17 Mars 1969

FILMOGRAPHIEPeter Yates, nĂ© le 24 juillet 1929 Ă  Aldershot et mort le 9 janvier 2011 Ă  Londres1, est un rĂ©alisateur britannique. 1964 : One Way Pendulum. 1967 : Trois milliards d'un coup. 1968 : Bullitt. 1969 : John et Mary. 1971 : La Guerre de Murphy. 1972 : Les Quatre Malfrats. 1973 : Les Copains d'Eddie Coyle. 1974 : Ma femme est dingue. 1976 : Ambulances tous risques. 1977 : Les Grands Fonds. 1979 : La Bande des quatre. 1981 : L'Ĺ’il du tĂ©moin. 1983 : L'Habilleur. 1984 : Krull. 1985 : Eleni. 1987 : Suspect dangereux. 1988 : Une femme en pĂ©ril. 1989 : DĂ©lit d'innocence. 1992 : Year of the Comet. 1995 : Un mĂ©nage explosif. 

RĂ©fĂ©rence du genre ayant influencĂ© une plĂ©thore de classiques Ă  venir (French Connection, L'Inspecteur Harry pour citer les plus notoires), Bullitt prouve bien que les classiques sont imputrescibles Ă  la revoyure. Tant et si bien que s'il parvient toujours Ă  captiver et Ă  fasciner un demi-siècle plus tard, il le doit avant tout Ă  la personnalitĂ© novatrice de Peter Yates privilĂ©giant un rĂ©alisme documentĂ© au sein du genre policier dĂ©nuĂ© de fioriture. A l'instar de son anthologique poursuite automobile dĂ©nuĂ©e d'accord musical et de trucages afin de mieux nous immerger dans cet intense affrontement (de vitesse vertigineuse !) souvent rĂ©alisĂ© en camĂ©ra subjective. Quand bien mĂŞme les infrastructures de San Francisco (ville, hĂ´pital, morgue, commerces) nous sont illustrĂ©es de manière dĂ©taillĂ©e, notamment en insistant sur les bruitages des pots d'Ă©chappement ou d'un avion, et des allers et venues des citadins et passagers Ă©trangers. Et si l'intrigue linĂ©aire n'a pas pour ambition de s'y transcender, le tact de sa mise en scène posĂ©e prenant son temps Ă  dĂ©crire les situations de danger et confrontations psychologiques insuffle une ampleur insoupçonnĂ©e. 


Et pour parachever, Bullitt ne serait pas aussi iconique sans la prĂ©sence virile de Steve Mc Queen en lieutenant circonspect prenant peu Ă  peu conscience de sa moralitĂ© galvaudĂ©e, faute de ses inlassables traques envers les criminels les plus dangereux (comme le souligne si bien sa partenaire empathique endossĂ©e par la sublime Jacqueline Bisset dans un rĂ´le discret). Le plan final m'aura d'ailleurs Ă©voquĂ© la conclusion Ă©quivoque de Cruising lorsque Pacino, se regardant dans le miroir, s'interrogeait sur sa dĂ©chĂ©ance morale d'avoir cĂ´toyer d'aussi près le Mal. Et Mc Queen a beau jouer un rĂ´le plutĂ´t taiseux, il demeure absolument expressif Ă  travers l'intensitĂ© de son regard responsable face Ă  des supĂ©rieurs pĂ©dants abusant de leur autoritĂ©. D'ailleurs, on reste aussi surpris qu'interloquĂ© par la violence rigoureuses de Bullitt privilĂ©giant un parti-pris hyper rĂ©aliste Ă  travers les postures cadavĂ©riques Ă  la fois ensanglantĂ©es et dĂ©libĂ©rĂ©ment macabres. J'imagine donc bien le public de l'Ă©poque (nous sommes en 68) particulièrement choquĂ© par ses gunfights tranchĂ©s et visions macabres qui infectent le rĂ©cit sans toutefois se complaire dans une quelconque outrance comme on a tant coutume de voir de nos jours dans les produits Hollywoodiens. Quand bien mĂŞme le score jazzy de Lalo Schifrin cultive une envergure supplĂ©mentaire Ă  la scĂ©nographie urbaine en prenant soin de ne pas trop envahir l'espace des Ă©vènements dĂ©crits au plus près d'une quotidiennetĂ© (tacitement) insĂ©cure.   

Leçon de mise en scène dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  bouleverser les codes afin de s'Ă©carter de l'ornière du "policier imberbe", Bullitt perdure son aura de fascination grâce Ă  ce parti-pris documentĂ© parfois saturĂ© d'incroyables moments stylisĂ©s (son gĂ©nĂ©rique liminaire si classieux nous laissant bĂ©at d'admiration). Et puis rien que pour le charisme indĂ©trĂ´nable de Mc Queen (ridiculisant sans modĂ©ration nos hĂ©ros musclĂ©s et tatouĂ©s actuels, tributaires d'un cinĂ©ma Fast-Food), Bullitt est Ă  revoir fissa !

*Bruno
2èx

Récompenses:
Oscar du meilleur montage en 1969.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario.
National Film Preservation Board en 2007.

mardi 8 juin 2021

Le solitaire de Fort Humboldt

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site m.cinemagia.ro

"Breakheart Pass" de Tom Gries. 1975. U.S.A. 1h35. Avec Charles Bronson, Ben Johnson, Richard Crenna, Jill Ireland, Charles Durning, Ed Lauter, Bill McKinney.

Sortie salles France: 7 Janvier 1976. U.S: 5 Mai 1976

FILMOGRAPHIETom Gries est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 20 dĂ©cembre 1922 Ă  Chicago, dans l'Illinois, et mort le 3 janvier 1977 Ă  Pacific Palisades, en Californie (États-Unis). 1954 : Serpent Island. 1955 : Hell's Horizon. 1958 : Girl in the Woods. 1968 : Will Penny, le solitaire. 1969 : Les 100 fusils. 1969 : Number One. 1970 : Fools. 1970 : Le MaĂ®tre des Ă®les. 1971 : Earth II (TV). 1972 : The Glass House (TV). 1972 : Journey Through Rosebud. 1973 : Call to Danger (TV). 1973 : Manhattan poursuite (TV). 1973 : Lady Ice (en). 1974 : Les Vagabonds du nouveau monde (TV). 1974 : QB VII (feuilleton TV). 1974 : The Healers (TV). 1975 : L'ÉvadĂ©. 1975 : Le Solitaire de Fort Humboldt. 1976 : Helter Skelter (TV). 1976 : Hunter (TV). 1977 : Le Plus Grand. 


Thriller Ă  suspense transplantĂ© dans le cadre du western dit classique, Le Solitaire de Fort Humboldt plaira aux amateurs d'objet hybride conçu avec amour du travail bien fait. Dans la mesure oĂą le vĂ©tĂ©ran Tom gries (habile faiseur entre autre de nombreuses sĂ©ries TV des annĂ©es 50 Ă  70) s'y entend pour nous emballer un super divertissement avec une efficacitĂ© en roue libre. Tant auprès de l'ossature narrative fertile en rebondissements et revirement violents (dont une scène catastrophe artisanale et un final homĂ©rique relativement jouissif) que de la prĂ©sence de ces acteurs vintage que Charles Bronson monopolise avec un flegme biaisĂ© Ă  travers sa fonction Ă  contre-emploi de tricheur recherchĂ© par la police. Celui-ci se retrouvant en bien mauvaise posture auprès des joueurs suspicieux n'hĂ©sitant pas ensuite Ă  le rouer de coups après y avoir dĂ©couvert son identitĂ© peu recommandable. Une stupeur, pour ne pas dire (avec ironie) un choc pour le spectateur n'ayant jamais assister Ă  l'apathie de leur star impliquĂ©e dans une posture aussi couarde ! 


Si bien que Charles Bronson n'hĂ©sitera pas Ă  rĂ©pliquer verbalement Ă  ses rivaux qu'il ne supporte aucune forme de violence ! Ainsi, 1h35 durant, le rĂ©cit reptilien nous piège (comme les protagonistes) au sein d'un huis-clos ferroviaire auquel les passagers (et notre tricheur de cartes donc) auront Ă  faire avec un mystĂ©rieux tueur les dĂ©cimant un Ă  un. Solitaire, comme le titre français le souligne, John Deakin s'efforce alors en catimini de retrouver le ou les coupables de cette mystĂ©rieuse sĂ©rie de meurtres sans mobile apparent. Quand bien mĂŞme le train poursuit sa destination en compagnie d'un mĂ©decin afin de sauver la population du Fort d'une mystĂ©rieuse Ă©pidĂ©mie de cholĂ©ra. Par consĂ©quent, durant son investigation de longue haleine, et avec l'appui de la jolie Marica, Ă©pouse du gouverneur (endossĂ©e par la radieuse et filiforme Jill Ireland);  Deakin ira progressivement de surprise en surprise au grĂ© de dĂ©couvertes Ă  la fois macabres et plus ambitieuses. On n'en dira pas plus sur ses indices et rĂ©vĂ©lations narratives qui Ă©maillent le rĂ©cit si bien que Le Solitaire de Fort Humboldt en regorge habilement tout en y injectant de savoureuses scènes d'action aussi nerveuses que percutantes au fil d'une tension plutĂ´t mĂ©tronome.  


Formidable spectacle disparate n'hĂ©sitant pas Ă  y allier les genres pour s'extirper du classicisme cher au western, Le Solitaire de Fort Humboldt est une heureuse surprise aussi attachante que passionnante sous l'impulsion d'un Charles Bronson gĂ©nialement magnĂ©tique en dĂ©tective Ă  double visage (quel putain de regard fĂ©lin imperturbable !). 

*Bruno

lundi 7 juin 2021

Chasse Ă  mort

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Death Hunt" de Peter Hunt. 1981. U.S.A. 1h37. Avec Charles Bronson, Lee Marvin, Carl Weather, Andrew Stevens, Ed Lauter, Angie Dickinson, Scott Hylands.

Sortie salles France: 1er Juillet 1981

FILMOGRAPHIEPeter Roger Hunt est un réalisateur, producteur, monteur et acteur britannique né le 11 mars 1925 à Londres et décédé le 14 août 2002 à Santa Monica en Californie. 1969 : Au service secret de Sa Majesté. 1974 : Gold. 1976 : Parole d'homme. 1977 : Les Voyages de Gulliver. 1980 : Le lion sort ses griffes. 1981 : Chasse à mort. 1985 : Les Oies sauvages 2. 1986 : Hyper Sapien: People from Another Star. 1987 : Protection rapprochée.

SĂ©rie B dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention prĂŞtant plusieurs allusions Ă  Rambo rĂ©alisĂ© 1 an plus tard, Chasse Ă  mort est un bon film d'action au sein d'un cadre aventureux magnifiquement exploitĂ©. Les vastes paysages montagneux faisant office de second-rĂ´le lorsqu'un trappeur s'efforce de les parcourir faute d'une chasse Ă  l'homme contre lui. Outre l'efficacitĂ© de ses scènes d'action se renouvelant avec inventivitĂ©; notamment auprès de ses situations offensives et de survie plutĂ´t crĂ©dibles et censĂ©es (en dĂ©pit d'un montage maladroit), Chasse Ă  mort se taille une solide carrure de sĂ©rie B Ă  l'ancienne sous l'impulsion du duo Lee Marvin / Charles Bronson. Nos vĂ©tĂ©rans s'affrontant mutuellement avec une noble autoritĂ© de par l'indulgence et la fascination du Sergent Edgar Millen pour son fugitif utilisant les armes en guise de lĂ©gitime dĂ©fense. 

Au-delĂ  de cet intense affrontement entre 2 monstres sacrĂ©s Ă©patants de virilitĂ© striĂ©e, les agrĂ©ables seconds-rĂ´les familiers se prĂŞtent lâchement aux règlements de compte dans le refus de reconnaĂ®tre leur responsabilitĂ© Ă  condamner dans l'outrance un homme qui eut de prime abord l'audace de sauver un animal lors d'un combat de chiens. On peut Ă©galement rajouter que les gunfights particulièrement sanglants dĂ©tonnent parfois par leur impact fulgurant et que l'action jamais gratuite s'Ă©lance dans de multiples directions plus vastes et Ă©tendues lorsque Albert Johnson s'enfonce dans la nature avec un hĂ©roĂŻsme tranquille. Bronson cultivant comme de coutume une posture Ă  la fois placide et taiseuse dans sa fonction de justicier de dernier ressort en proie Ă  une redoutable facultĂ© de survie en milieu hostile. 

Si Chasse Ă  mort n'a pas pour ambition d'y transcender le genre Ă  travers son classicisme Ă©prouvĂ©; il demeure suffisamment intense, magnĂ©tique (surtout auprès de ses vraies gueules d'acteurs utilisĂ©es Ă  bon escient), carrĂ©, dĂ©paysant et divertissant pour y garder un souvenir attachant. 

*Bruno 
2èx

jeudi 3 juin 2021

Trois jours et une vie

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Boukhrief. 2019. France. 2h00. Avec Sandrine Bonnaire, Charles Berling, Jérémie Senez, Pablo Pauly, Philippe Torreton, Margot Bancilhon, Dimitri Storoge

Sortie salles France: 18 Septembre 2019

FILMOGRAPHIE: Nicolas Boukhrief est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 4 juin 1963 Ă  Antibes. 1995 : Va mourire. 1998 : Le Plaisir (et ses petits tracas). 2003 : Le Convoyeur. 2008 : Cortex. 2009 : Gardiens de l'ordre. 2015 : Made in France. 2016 : La Confession. 2017 : Un ciel radieux (tĂ©lĂ©film). 2019 : Trois jours et une vie. 

“On ne force pas le secret. Ou le secret vient comme de lui-mĂŞme Ă  soi, ou bien le secret vous est interdit.”
Ancien fondateur de la sacro-sainte revue Starfix, Nicolas Boukhrief n'en finit plus de me surprendre Ă  travers sa passionnante filmographie mĂŞme s'il n'est pas reconnu comme l'un des plus brillants cinĂ©astes français faute probable de son incursion dans le cinĂ©ma des genres que les bien-pensants ont tendance Ă  discrĂ©diter par leur cĂ´tĂ© trop ludique, marginal et accessible. Ainsi, Trois jours et une vie ne dĂ©roge pas Ă  la règle d'y conjuguer (si) efficacement drame psychologique et film noir Ă  travers la disparition brutale d'un enfant auquel l'assassin reste introuvable. Et ce sur une pĂ©riode temporelle Ă©pouvantablement prolixe. On a d'ailleurs l'impression d'assister Ă  2 oeuvres en une si bien que lors de sa seconde partie le film noir prend toujours un peu plus le pas sur le drame psychologique au grĂ© d'un suspense irritable que l'on ne cesse de redouter tout en acceptant l'inĂ©vitable châtiment Ă  venir. Toujours aussi inspirĂ© et affectionnĂ© Ă  travers sa mise en scène chiadĂ©e, Nicolas Boukhrief se passionne pour ce qu'il filme avec un amour immodĂ©rĂ© du travail stylisĂ©. Mais pas que car celui-ci s'avère Ă©galement un excellent directeur d'acteurs (dĂ©nuĂ© de diction théâtrale qui plus est !) Ă  travers un cast irrĂ©prochable faisant intervenir 2 gĂ©nĂ©rations distinctes. 


Tant et si bien que le mĂ©connu Pablo Pauly demeure tout bonnement brillant d'ambiguĂŻtĂ© Ă  exprimer ses Ă©motions taiseuses et autrement chaleureuses (ses rapports Ă©troits avec sa mère que campe dignement la tendre Sandrine Bonnaire !) dans sa nouvelle fonction de praticien au passĂ© lourd de secret. Quand bien mĂŞme la ravissante Margot Bancilhon lui partage la vedette avec un naturel fraĂ®chement spontanĂ© en compagne sentimental, autrefois amie d'enfance d'Antoine qu'il n'eut jamais pu conquĂ©rir. C'est donc un drame Ă©pouvantable qui s'esquisse sans esbroufe sous nos yeux au sein d'un petit village nordiste soudainement accablĂ© par le chagrin et l'incomprĂ©hension d'une disparition infantile. Sachez toutefois qu'en l'occurrence l'intĂ©rĂŞt ne rĂ©side pas Ă  tenter de dĂ©nicher l'identitĂ© du meurtrier puisque Nicolas Boukhrief nous le dĂ©voile ouvertement après 15 minutes de mĂ©trage. Son ambition demeurant auprès des profils psychologiques de l'entourage du coupable auquel son passĂ© finira par le rattraper au fil de rebondissements assez solides. Ce qui converge Ă  un final terriblement dĂ©concertant et frustrant puisque amoral et irrĂ©solu, notamment en y observant de manière particulièrement dĂ©rangeante la complicitĂ© (tacite ou factuelle) de l'entourage du meurtrier acceptant de prĂ©server le silence pour leur propre intĂ©rĂŞt professionnel, sentimental ou familial. Et ce en faisant preuve d'une clĂ©mence que l'on peut inĂ©vitablement juger discutable selon la rĂ©flexion Ă©thique du spectateur impliquĂ© dans une connivence assez malsaine. 


Hantise.
Remarquablement menĂ© et interprĂ©tĂ© sans faille, Trois jours et une vie risque de faire grincer des dents Ă  une frange du public pour son final anti-manichĂ©en que certains rejetteront assurĂ©ment de manière disgracieuse. Quoiqu'il en soit, le voyage amoral mĂ©rite largement le dĂ©tour (Ă  dĂ©faut de sa destination Ă©quivoque) tant le rĂ©cit, infiniment insidieux et vĂ©nĂ©neux, ne cesse de captiver lors d'une chronologie constamment tendue. Un dernier mot sur la sĂ©quence (brièvement) catastrophiste d'une mĂ©tĂ©o tempĂ©tueuse que Nicolas Boukhrief dirige de main de maĂ®tre avec un rĂ©alisme effarant d'intensitĂ© cauchemardesque. Une scène crĂ©pusculaire anthologique tributaire de l'intrigue dramatique, aussi concise soit-elle, comparable Ă  une pyrotechnie ricaine, l'outrance en moins. 

*Bruno

mercredi 2 juin 2021

Le Convoyeur

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Boukhrief. 2004. 1h35. Avec Albert Dupontel, Jean Dujardin, François Berléand, Claude Perron, Julien Boisselier, Gilles Gaston-Dreyfus.

Sortie salles France: 14 Avril 2004

FILMOGRAPHIE: Nicolas Boukhrief est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 4 juin 1963 Ă  Antibes. 1995 : Va mourire. 1998 : Le Plaisir (et ses petits tracas). 2003 : Le Convoyeur. 2008 : Cortex. 2009 : Gardiens de l'ordre. 2015 : Made in France. 2016 : La Confession. 2017 : Un ciel radieux (tĂ©lĂ©film). 2019 : Trois jours et une vie. 

Sorti discrètement en salles Ă  l'Ă©poque si je ne m'abuse, Le Convoyeur n'est point une partie de sĂ©ance ludique Ă  travers sa forme radicale d'y exploiter le film noir par le truchement d'une violence Ă  couper au rasoir. Car inexplicablement conseillĂ© pour tous publics (avec "avertissement pour le jeune spectateur" dixit le CNC !), Le Convoyeur se rapproche d'un Taxi Driver pour sa violence Ă  la fois vitriolĂ©e et tranchĂ©e atteignant son paroxysme lors d'un final apocalyptique littĂ©ralement affolant. Tant et si bien que les affrontements barbares et primitifs heurtent lourdement l'esprit du spectateur impliquĂ© dans une folie criminelle dĂ©nuĂ©e de dĂ©ontologie. C'est dire si Nicolas Boukhrief s'y entend pour Ă©branler son public immergĂ© dans un voyage au bout de l'enfer dĂ©nuĂ© d'illusion ou d'issue de secours. Le rĂ©cit, âpre, tendu, et quelque peu sarcastique auprès des convoyeurs dĂ©saxĂ©s, borderline ou dĂ©calĂ©s retraçant la vengeance dĂ©sespĂ©rĂ©e d'un père de famille endossant la fonction de convoyeur nĂ©ophyte afin de retrouver les responsables de la mort de son fils. Crevant littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  chacun de ses mouvements instables ou autrement placides; Albert Dupontel dĂ©livre peut-ĂŞtre le rĂ´le de sa vie en justicier suicidaire Ă  deux doigts de flirter avec la folie au fil de son cheminement moral noyĂ© de nostalgie paternelle. 

Poignant Ă  travers son humanisme torturĂ© et sa solitude irrĂ©vocable, l'acteur insuffle une force d'expression magnĂ©tique de par son regard monolithique hantĂ© de dĂ©chĂ©ance, de dĂ©shumanisation et de peur du vide. Fort d'une mise en scène chiadĂ©e, pour ne pas dire alambiquĂ©e (avec quelques figures gĂ©omĂ©triques), Nicolas Boukhrief ne cesse d'y soigner le cadre de l'action avec un amour immodĂ©rĂ© pour le travail stylisĂ©. Un cinĂ©ma parfois expĂ©rimental (les soirĂ©es techno vaporeuses dans l'enceinte de l'Ă©tablissement), parfois baroque, parfois rĂ©fĂ©rentiel comme le souligne le prologue, hommage Ă  RĂ©servoir Dogs avec ses discussions Ă©phĂ©mères tournant autour de la pop music et du rock. Mais si Le Convoyeur demeure aussi Ă©lectrisant que terriblement pessimiste, il le doit au vĂ©risme de sa rĂ©alisation tantĂ´t documentĂ©e (les attaques de fourgon blindĂ©es font froid dans le dos pour se rapprocher d'un cinĂ©ma vĂ©ritĂ©) et Ă  la prĂ©sence de ses comĂ©diens communĂ©ment impliquĂ©s dans des rĂ´les primaires de convoyeurs sur la corde raide. Nicolas Boukhrief les caractĂ©risant pour la plupart comme des alcoolos, fumeurs de joint et dĂ©pressifs afin d'encaisser leur profession smicarde dĂ©nuĂ©e de reconnaissance et de dignitĂ©. Un tableau dĂ©risoire donc que cette profession mal reconnue que le rĂ©alisateur entend bien dĂ©crier Ă  travers ses profils nĂ©vrosĂ©s au bord de la crise de nerf, voir du suicide pour les plus fragiles d'entre eux ravagĂ©s par leur solitude et leur prĂ©caritĂ© sociale. 


Le souffle de la tempĂŞte.
SĂ©rie B coup de poing aussi cinglante qu'hargneuse Ă  ne pas mettre entre toutes les mains, Le Convoyeur insuffle une intensitĂ© dramatique nĂ©crosĂ©e au fil d'une descente aux enfers aussi hypnotique que dĂ©rangeante. Les protagonistes, anti-manichĂ©ens, se livrant au jeu expĂ©ditif du gendarme et du voleur avec une dangereuse Ă©thique rĂ©actionnaire. A redĂ©couvrir d'urgence, Ă  l'heure oĂą son remake hollywoodien compromis par Guy Ritchie s'affiche sur les Ă©crans dans la trivialitĂ© des convenances et d'une violence racoleuse.  

*Bruno 
2èx

mardi 1 juin 2021

Les Apparences

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Marc Fitoussi. 2020. France/Belgique. 1h50. Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Pascale Arbillot, Lucas Englander, Lætitia Dosch. 

Sortie salles France: 23 Septembre 2020

FILMOGRAPHIEMarc Fitoussi est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 20 juillet 1976. 2007 : La Vie d'artiste. 2010 : Copacabana. 2012 : Pauline dĂ©tective. 2014 : La Ritournelle. 2016 : Maman a tort. 2019 : Selfie, segment Le Troll. 2020 : Les Apparences. 


Excellent suspense hitchcockien fondĂ© sur le thème Ă©culĂ© de l'adultère, les Apparences nous dĂ©voile en filigrane un superbe portrait de femme trompĂ©e qui, par son parcours prĂ©caire, apprendra finalement Ă  s'Ă©manciper après avoir naĂŻvement accordĂ© trop d'importance aux apparences pour prĂ©server sa rĂ©putation. Bien que n'ayant jamais eu l'occasion de dĂ©couvrir un mĂ©trage de la part de son auteur Marc Fitoussi, je dois avouer que j'ai Ă©tĂ© ici sĂ©duit par l'Ă©lĂ©gance de sa mise en scène prenant son temps, sans ennuyer, Ă  nous broder son vĂ©nĂ©neux rĂ©cit du point de vue dĂ©sabusĂ© d'Eve, la femme fĂ©lonne. D'ailleurs, si les Apparences demeure incessamment captivant et intriguant, notamment Ă  travers ses sentiments d'impuissance et d'injustice, il le doit beaucoup au talent assez charnel de Karin Viard irrĂ©prochable dans sa fonction d'investigatrice perfide afin de se venger de la maĂ®tresse envahissante. Sobrement expressive et d'un naturel spontanĂ©, Karin Viard parvient Ă©lĂ©gamment Ă  s'imposer Ă  l'Ă©cran avec une force d'esprit aussi vaillante qu'attendrissante eu Ă©gard de son Ă©preuve morale Ă  subir l'infidĂ©litĂ© sans daigner quitter l'ĂŞtre aimĂ©. 


D'un charisme acrimonieux de par sa posture monolithique et par son regard impassible, Benjamin Biolay demeure assez convaincant (Ă  dĂ©faut de s'y transcender) en mari volage Ă  la fois insidieux et nonchalant dans son refus d'avouer sa double vie sentimentale auprès de son Ă©pouse en quĂŞte d'une main secourable. C'est d'ailleurs Ă  travers un compagnon d'un soir que Les Apparences laisse transparaĂ®tre son potentiel Hitchockien en mettant en exergue les thèmes (si actuels) de la possessivitĂ©, de la jalousie et surtout du harcèlement moral. Je peux toutefois comprendre que le jeu hagard, introverti et taiseux de Benjamin Biolay puisse irriter une certaine frange du public. Pour autant, sa sombre prĂ©sence Ă  l'Ă©cran possède un certain magnĂ©tisme Ă  travers la vigueur du regard noir souvent dĂ©nuĂ© de compassion pour l'ĂŞtre (autrefois) aimĂ©. Quand bien mĂŞme une scène de dialogue en apartĂ© impartie Ă  l'Ă©pouse trahie lui permet d'exprimer un jeu plus persuasif, plus authentique quant Ă  sa franchise de lui exprimer ouvertement ses pensĂ©es sur son attitude servile, clĂ©mente de vouloir Ă  tous prix pardonner (mĂŞme après un Ă©vènement aussi grave que dramatique !).  


Romance sournoise assujettie au suspense criminel, Les Apparences renoue avec un certain cinéma posé, adulte, mesuré, classieux, sans fioriture pour contenter l'amateur d'intrigue Hitchockienne prenant son temps à caractériser ses personnages afin de mieux nous familiariser à leur contrariété commune. Karin Viard monopolisant l'écran avec une grâce affirmée (dénuée d'élocution théâtrale) en quinqua responsable férue de reconnaissance et de soif d'amour auprès de son partenaire effacé. A découvrir.

*Bruno

Info WIKIPEDIA: En raison de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement, les salles de cinéma sont fermées à partir du vendredi 30 octobre. L'exploitation du film a été interrompue à cette date, mettant fin à sa carrière en salles.

lundi 31 mai 2021

Cruella

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinehorizons.net

de Craig Gillespie. 2021. U.S.A. 2h15. Avec Emma Stone, Emma Thompson, Joel Fry, Paul Walter Hauser, Emily Beecham, Kirby Howell-Baptiste, Mark Strong. 

Sortie salles France: 23 Juin 2021

FILMOGRAPHIE: Craig Gillespie (nĂ© le 1er septembre 1967 Ă  Sydney) est un rĂ©alisateur et producteur australien. 2007 : Mr. Woodcock. 2007 : Une fiancĂ©e pas comme les autres. 2011 : Fright Night. 2014 : Million Dollar Arm. 2015 : The Finest Hours. 2017 : Moi, Tonya. 2021 : Cruella. 


Formidable adaptation cinĂ© d'un personnage de Disney issu des 101 Dalmatiens, Cruella demeure un divertissement familial idoine pour qui apprĂ©cie qu'on ne le prend pas pour un imbĂ©cile. Dans la mesure ou Cruella possède suffisamment de punch, de tempĂ©rament, de caractère et de personnalitĂ© pour s'extirper du produit standard prĂ©tentieux. Suffit d'ailleurs de contempler l'incroyable premier quart d'heure s'attachant Ă  nous dĂ©peindre avec un sens du montage cinĂ©tique l'enfance de Cruella que Craig Gillespie imprime avec autant d'invention que d'efficacitĂ© en roue libre. Les sĂ©quences Ă  la fois cocasses et plus graves s'enchaĂ®nant Ă  un rythme effrĂ©nĂ© sous l'impulsion d'une BO d'enfer issue de la pop anglaise. Une BO omniprĂ©sente insufflant au rĂ©cit une Ă©nergie galvanisante donnant la pĂŞche jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. Un gĂ©nĂ©rique d'une beautĂ© aussi rutilante que baroque comme si le rĂ©alisateur daignait Ă  nouveau une ultime fois nous combler de bonheur exaltant Ă  travers ses figures stylisĂ©es. Nous voilĂ  averti. Ainsi, c'est lors de son jeune âge adulte que l'intrigue peut dĂ©buter avec, comme point central, ses rapports houleux avec la Baronne von Hellman pour qui elle exerce un emploi de crĂ©atrice de mode, et la manière retorse dont elle parviendra Ă  exproprier son empire après avoir misĂ© sur une concurrence professionnelle. 


Craig Gillespie prenant soin de nous brosser ses deux personnages distinguĂ©s avec une certaine intensitĂ© eu Ă©gard de leur affrontement  de longue haleine virant Ă  une vengeance diaboliquement agencĂ©e. Nanti de magnifiques dĂ©cors (naturels / domestiques) et de costumes, Cruella soigne donc autant la forme que le fond en prenant soin de dessiner le profil de ce personnage orphelin sombrant peu Ă  peu dans une rancoeur vindicative. On peut d'ailleurs mĂŞme prĂŞter une certaine allusion au personnage du Joker lors d'un passage d'une grave intensitĂ© poignante quant Ă  la remise en question morale de cette dernière (nous dĂ©livrant ses propres pensĂ©es internes en s'adressant Ă  nous) se laissant influencer par ses sentiments d'injustice et d'infortune en lieu et place de discernement. Emma Stone crevant l'Ă©cran comme si ce personnage lui Ă©tait instinctivement destinĂ©, et ce sans jamais cĂ©der Ă  une quelconque outrance expressive mais en misant aussi et surtout sur sa dimension humaine afin de nous susciter l'empathie escomptĂ©e. Quant Ă  l'illustre Emma Thompson, celle-ci demeure Ă©galement prodigieuse en baronne altière dĂ©nuĂ©e de scrupule Ă  travers sa posture de duchesse proprement narcissique. 


Servi par des seconds-rĂ´les aussi attachants que dĂ©complexĂ©s (le duo Jasper / Horace) et de deux p'tits canins d'un hĂ©roĂŻsme finaud sans faille, Cruella fait office d'excellente surprise dans sa conjugaison d'humour, d'invention et d'action sarcastique d'après l'Ă©volution morale d'Estella en proie Ă  des projets aussi ambitieux que probablement pernicieux. Divertissement sĂ©millant d'une Ă©nergie en roue libre Ă  travers sa plĂ©thore de stratĂ©gies rocambolesques, Cruella ne dĂ©cevra pas les fans pour qui le genre est un sacerdoce. Tant et si bien que l'on a bel et bien l'impression d'assister Ă  un anime de chair et d'os Ă  travers une insolence punky endiablĂ©e irradiant toute l'intrigue. 

*Bruno