Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com
de David Lynch. 1984. U.S.A/Mexique. 2h17. Avec Francesca Annis, Leonardo Cimino, Brad Dourif, José Ferrer, Linda Hunt, Freddie Jones, Richard Jordan, Kyle MacLachlan, Virginia Madsen, Silvana Mangano, Everett McGill, Kenneth McMillan, Jack Nance, Siân Phillips, Jürgen Prochnow, Paul L. Smith, Patrick Stewart, Sting, Dean Stockwell, Max von Sydow, Alicia Witt, Sean Young.
Sortie salles France: 6 février 1985. U.S: 14 Décembre 1984
FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).

"Un monde au-delĂ de vos rĂŞves. Un film au-delĂ de votre imagination", dixit la tagline de l’Ă©poque. Et c’est exactement – au mot près – ce que nous offre l’alchimiste David Lynch, qui renia pourtant son Ĺ“uvre, sans jamais lui pardonner (notamment auprès des producteurs, dont De Laurentiis). Or, Ă l’instar de ces films mĂ©sestimĂ©s par leur propre auteur (Gloria de Cassavetes, Nomads de McTiernan, La Forteresse Noire de Mann), Dune est un spectacle SF monumental qu’on aurait tort de bouder sous prĂ©texte des mauvaises langues (mĂŞme si, aujourd’hui, il est enfin estampillĂ© "culte"). Un OFNI ne ressemblant Ă aucun autre mĂ©trage, avec son budget de 45 millions de dollars. Aussi dĂ©gingandĂ©, confus, impĂ©nĂ©trable, austère, froid, distant et elliptique soit-il, ce grand spectacle venu d’un autre temps… Il n’en reste pas moins fascinant. Ce qui, inĂ©vitablement, causa un Ă©chec public sĂ©vère – plutĂ´t comprĂ©hensible tant l’Ĺ“uvre malade ne s’adresse certainement pas au grand public. On est très loin du divertissement bonnard de La Guerre des Étoiles.
Et pourtant… Ă la cinquième revoyure – ou plutĂ´t, Ă chaque rĂ©vision – j’ai la troublante impression de contempler, de (re)vivre une expĂ©rience quasi inĂ©dite. Comme s’il s’agissait encore et toujours d’une première fois. Qui plus est, dans une version 4K Ă damner un saint (je pèse mes mots : il faut le voir – et le comparer au Blu-ray – pour le croire). Du jamais vu, j’vous dis !

Ainsi, malgrĂ© son souffle surdimensionnĂ© qui nous en fout plein la vue Ă chaque minute – Ă travers ses dĂ©cors colossaux, naturels, domestiques, sculpturaux, hĂ©ritĂ©s du pĂ©plum et de l’univers stellaire ; ses costumes hiĂ©ratiques taillĂ©s au scalpel ; ses FX mĂ©caniques et charnels ; sa photographie sĂ©pia ; sa figuration massive digne d’un DeMille ; et ce score de Toto, d’une ampleur sombre et homĂ©rique – malgrĂ© cet aspect baroque incommensurable, Dune nous hypnotise par sa beautĂ© funeste, lyrique, onirique, Ă©trange, ombrageuse.
Lynch compose lĂ , avec son ambition personnelle, un ballet funèbre traversĂ© de sĂ©quences atypiques (notamment dans les rapports de force, les tensions psychologiques, les rivalitĂ©s feutrĂ©es), qui nous interpellent par leur dialecte philosophique – quand bien mĂŞme la posture dĂ©concertante des personnages nous laisse pantois d’impassibilitĂ©. Qu’il s’agisse de leur manière de communiquer (certains par tĂ©lĂ©pathie), de combattre par un cri guerrier, ou de cette profusion de dĂ©tails morbides (les pustules de l’Empereur, cette baudruche volante emplie de perversitĂ©), d’armes et d’ustensiles mortels jamais vus sur pellicule.

Le dormeur doit se réveiller.
Fort d’un prestigieux casting habitĂ© par ses rĂ´les, plongĂ© dans une scĂ©nographie insensĂ©e au pouvoir de fascination troublant (lĂ oĂą l’Ă©motion reste discrète, contenue, presque absente), Dune est un spectacle pharaonique qu’il faut avoir tentĂ© au moins une fois dans sa vie. Tant il est impossible d’ignorer sa puissance formelle, traversĂ©e de visions anthologiques, parfois si Ă©nigmatiques qu’elles nous Ă©chappent – mais sans que cela ne nuise, au contraire, tant ce mystère fait partie intĂ©grante de sa magie.
Qu’on y adhère ou non, on est confrontĂ© Ă une forme de cinĂ©ma hallucinĂ©, abstraite, impossible Ă dĂ©finir ni Ă dĂ©crypter dans sa totalitĂ©.
*Bruno
5èx Vostfr