mardi 14 novembre 2023

The Creator

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gareth Edwards. 2023. U.S.A. 2h15. Avec John David Washington, Madeleine Yuna Voyles, Gemma Chan, Ken Watanabe, Allison Janney, Sturgill Simpson, Ralph Ineson, Marc Menchaca.

Sortie salles France: 27 Septembre 2023

FILMOGRAPHIE: Gareth Edwards est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© le 31 DĂ©cembre 1975. 2010 : Monsters. 2014 : Godzilla. 2016: Rogue One: a star wars story. 2023: The Creator. 


L'enfant roi.
Impossible pour moi d'Ă©tablir un avis concret dĂ©taillĂ© juste après avoir subi de plein fouet ce choc visuel aussi prĂ©gnant que Blade Runner (carrĂ©ment oui j'ose le dire), si bien que je n'ai pas vu dĂ©filer les 2h15 (2h04 sans le gĂ©nĂ©rique) au point de me surprendre de voir dĂ©bouler brutalement le gĂ©nĂ©rique final sans pouvoir comprendre ce que je venais de vivre le temps (trop furtif) de cette expĂ©rience chimĂ©rique. Alors oui, si certains ont reprochĂ© la simplicitĂ© de son scĂ©nario classique il est vrai, il m'eut paru pour autant dense, rĂ©flexif, spirituel, mĂ©taphysique, digne d'intĂ©rĂŞt pour les rapports de force les moins vĂ©reux, pour son discours sur l'impĂ©rialisme ricain et pour l'enjeu de la survie de l'humanitĂ© sous l'impulsion d'une profondeur humaine dĂ©sespĂ©rĂ©e. Et ce en y opposant personnages de chair et humanoĂŻdes au sein d'une compĂ©tition belliqueuse militant en filigrane pour une paix universelle quand on saisi les tenants et aboutissants des rapports de force finalement fallacieux. Ainsi donc, Ă  cause de son pouvoir visuel littĂ©ralement fascinatoire, ensorcelant, immersif, capiteux, de par l'intensitĂ© de ce dĂ©paysement authentifiĂ©, je suis parfois un peu passĂ© Ă  cĂ´tĂ© de son intensitĂ© Ă©motionnelle impartie aux rapports humains d'amour filial et familial. A moins qu'il y manque une certaine maĂ®trise pour rendre compte de la psychologie fragile de ces personnages partagĂ©s entre doute, remise en question, revirement sacrificiel. 

Or, les acteurs (communĂ©ment) charismatiques sont pleinement investis dans leur mission alerte pour se fondre dans ce dĂ©cor d'anticipation avec un humanisme aussi torturĂ© que contrariĂ© eu Ă©gard de l'avalanche d'incidents guerriers qui irriguent l'intrigue auprès d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques ahurissant de rĂ©alisme presque charnel. Bref, le grand spectacle escomptĂ© est rigoureusement si stupĂ©fiant, palpable, sensoriel, plus vrai que nature, que l'on en perd parfois le fil narratif Ă  force de (trop) se concentrer sur sa virtuositĂ© formelle fourmillant d'autant de dĂ©tails techniques et ornementaux que Blade Runner de Scott (encore lui). Je reste en tous cas persuadĂ© que The Creator gagnera en fiabilitĂ© et rĂ©putation au fil des annĂ©es pour atteindre le niveau de classique tant le mĂ©trage novateur dĂ©gage une puissance formelle (mais aussi discursive) rĂ©solument trouble quant Ă  notre devenir de l'humanitĂ© potentiellement tributaire de l'IA, pour le meilleur et (ou) pour le pire. En tout Ă©tat de cause, loin de se soumettre Ă  l'apologie de la guerre (c'est tout le contraire dont il s'agit en y dĂ©nonçant le mensonge, l'hypocrisie, le faux-semblant), The Creator me semble porteur d'espoir par son message autant divin que technologique afin de prĂ©server le calme plutĂ´t que la tempĂŞte dans un futur anarchisĂ©. Tristement actuel donc au point de se questionner sur l'Ă©ventuelle humanisation d'une intelligence artificielle autrement plus lucide, pacifiste, tolĂ©rante, dĂ©fĂ©rente envers son prochain. A revoir absolument passĂ©e sa digestion visuelle. 

*Bruno

Doomsday

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Neil Marshal. 2008. U.S.A/Afrique du Sud, Allemagne/Angleterre. 1h52 (Uncut). Avec Rhona Mitra, Bob Hoskins, Adrian Lester, Alexander Siddig, David O'Hara, Malcolm McDowell, Craig Conway.

Sortie salles France: 2 Avril 2008

FILMOGRAPHIE: Neil Marshall, né le 25 mai 1970 à Newcastle upon Tyne en Angleterre au Royaume-Uni, est un réalisateur, scénariste, monteur et producteur britannique. 2002: Dog Soldiers. 2005: The Descent. 2008: Doomsday. 2010: Centurion.

Un Bis de luxe incompris formidablement ludique pour le plus pur plaisir du fun dĂ©complexĂ©. 

Pur trip d'actionner bourrin (Dieu sait si je dĂ©teste cette locution), Doomsday est un plaisir de chaque instant Ă  tous ceux et toutes celles qui vouent une vĂ©ritable affectation au cinĂ©ma Bis "post-apo" que les transalpins se sont surtout appropriĂ©s dans les annĂ©es 80 Ă  travers leur système D, entre dĂ©brouillardise et gĂ©nĂ©rositĂ© en roue libre. C'est peut-ĂŞtre d'ailleurs Ă  cause de ce malentendu que le film fut Ă  l'Ă©poque si mal perçu par la critique quand bien mĂŞme le jeune public rĂ©fractaire aux sĂ©ries Z de cette Ă©poque rĂ©volue n'avaient pas le bagage culturel pour les comprendre. Si bien qu'en l'occurence, et Ă  la revoyure d'un regard autrement plus indulgent, complice, fougueux, en mode "âme d'enfant", Doosmday transpire l'amour de la sĂ©rie Z (de luxe !) Ă  l'aide d'un budget contrairement plus dense, substantiel eu Ă©gard de l'avalanche de scènes d'action pĂ©tĂ©radantes chorĂ©graphiĂ©es au sein d'une scĂ©nographie urbaine aussi vaste que dĂ©paysante (la partie moyen-ageuse totalement lunaire injecte un effet de surprise beaucoup plus apprĂ©ciable Ă  la revoyure). Et si on peut dĂ©plorer que les bastonnades corporelles demeurent Ă©tonnamment timorĂ©es car peu vĂ©loces et inventives, les gun-fight, courses poursuites et cascades automobiles sont heureusement d'un niveau technique autrement plus persuasif afin d'appuyer l'attrait jouissif de situations aussi saugrenues que dĂ©bridĂ©es. 

Le final mad-maxien est d'aileurs sans doute le moment le plus jubilatoire par son dĂ©lire assumĂ© d'une action hyperbolique Ă  donner le vertige. L'intrigue, Ă  peine influencĂ©e par le rĂ©fĂ©rentiel  New-York 1997 (on remplace l'anti-hĂ©ros par une anti-hĂ©roĂŻne en mission pour rĂ©cupĂ©rer un sĂ©rum au sein de la prison urbaine d'Ecosse afin de sauver Londres d'un virus mortel) n'Ă©tant qu'un pur prĂ©texte Ă  cumuler les affrontements barbares, bourrins, bien gorasses avec un art consommĂ© de la dĂ©sinhibition (tous les acteurs sont Ă  la fĂŞte). Neil Marshal ne se prenant nullement au sĂ©rieux pour rendre hommage Ă  tout un pan de la sĂ©rie Z italienne qu'auront marquĂ© de leur empreinte Atomic Cyborg, 2019 après la chute de New-York, les Guerriers du Bronx; le Gladiateur du Futur et consorts). Pour se faire, outre son budget beaucoup plus consĂ©quent au sein d'un format scope crĂ©pusculaire (en dĂ©pit du final rĂ©solument solaire), il s'entoure notamment d'illustres acteurs que forment Bob Hoskins en faire-valoir conseiller jouant la sobriĂ©tĂ© assumĂ© et Malcolm McDowell en dictateur mĂ©diĂ©val Ă  l'ironie Ă  peine tacite. Quant Ă  Rhona Mitra, si elle ne dĂ©livre pas l'interprĂ©tation de l'annĂ©e, elle s'avère suffisamment pugnace, renfrongnĂ©e, affirmative, voire mĂŞme assez charismatique de par son regard borgne (Ă©lectronique !) pour se laisser aimablement convaincre de sa posture hĂ©roĂŻque en leader fĂ©ministe Ă  l'autoritĂ© frondeuse (l'Ă©pilogue attendu, pied de nez au politiquement correct). 

                                            

GĂ©nĂ©reux en diable Ă  travers son contexte de divertissement du Samedi soir ne tablant que sur le rythme endiableĂ© et l'excentricitĂ© des punks dĂ©cervelĂ©s pour rendre un charmant hommage Ă  la sĂ©rie B/Z du post-nuke des Eighties, Doomsday insuffle une sympathie assez jouissive pour rendre l'attraction pop-rock (concert improvisĂ© en sus gĂ©nialement entrainant sous l'impulsion de Frankie Goes to Hollywood) jamais ennuyeuse au sein de ces règlements de compte dĂ©jantĂ©s, cocasses, triviaux, devergondĂ©s aussi. 

*Bruno
2èx. Vf

lundi 13 novembre 2023

The Killer

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Fincher. 2023. U.S.A. 2h00. Avec Michael FassbinderTilda Swinton, Charles Parnell, Arliss Howard, Kerry O'Malley, Sophie Charlotte, Emiliano PernĂ­a.

Diffusé sur Netflix le 10 Novembre 2023

FILMOGRAPHIE: David Fincher est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 28 AoĂ»t 1962 Ă  Denver (Colorado). 1992: Alien 3. 1995: Seven. 1997: The Game. 1999: Fight Club. 2002: Panic Room. 2007: Zodiac. 2008: L'Etrange histoire de Benjamin Button. 2010: The Social Network. 2011: MillĂ©nium. 2014: Gone Girl. 2020: Mank. 2023: The Killer. 

Pas un grand Fincher, faute d'une intrigue éculée plutôt classique, mais un excellent polar qui tient la route et retient l'attention (on ne s'ennuie pas une seconde) grâce au jeu personnel de Michael Fassbinder en tueur à gage méthodique, taiseux, impassible, et à la maîtrise de la mise en scène quasi hypnotique. Avec une scène de baston sidérante d'intensité fulgurante pour tenir lieu de brio technique et de gestion des sentiments d'appréhension et d'effroi. Photo scope, subtilité de la luminosité nocturne et bande-son à la fois concise et monocorde aussi habités par le goût du travail bien fait.

*Bruno

jeudi 9 novembre 2023

U-571

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jonathan Mostow. 2000. U.S.A/France. 1h56. Avec Matthew McConaughey, Bill Paxton, Harvey Keitel, Jon Bon Jovi, David Keith.

Sortie salles France: 6 Septembre 2000

FILMOGRAPHIE: Jonathan Mostow est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 28 novembre 1961 à Woodbridge, Connecticut (États-Unis). 1991: Flight of Black Angel. 1997: Breakdown. 2000: U-571. 2003: Terminator 3: Le Soulèvement des machines. 2009: Clones. 2017: The Professionnal (Hunter's Prayer).


Ce film est dĂ©diĂ© aux matelots et aux officiers alliĂ©s qui risquèrent leur vie pour s'emparer d'Enigma pendant la bataille de l'Atlantique. 
9 Mai 1941, Machine Enigma et codes saisis sur l'U-110 par HMS Bulldog et HMS Aubretia. 
30 Octobre 1942, Chiffre mĂ©tĂ©o saisi sur l'U-559 par HMS Petard. 
4 Juin 1944, Machine Enigma et codes saisis sur l'U-505 par US Navy. 

Epoustouflant ! Peux pas mieux dire. S'il y a bien un film de sous-marin oubliĂ© aujourd'hui et mĂ©ritant toute votre attention, c'est bien ce mĂ©trage natif des annĂ©es 2000. Et c'est bougrement dommage lorsque l'on revoit ce modèle du genre menĂ© de main de maĂ®tre par Jonathan Mostow (sa dĂ©clinaison super efficace de DuelBreakdown, le mal aimĂ© et pourtant fort rĂ©ussi Terminator 3) cumulant les scènes d'anthologie Ă  rythme quasi mĂ©tronomique passĂ©e la 1ère partie pour la prĂ©sentation des personnages et des prĂ©paratifs de leur mission. VĂ©ritable expĂ©rience immersive au sein d'un huis-clos Ă  la fois humectĂ©, exigu, Ă©touffant, rubigineux, notamment grâce Ă  la prĂ©cision du son rĂ©compensĂ© d'un Oscar Ă  l'Ă©poque (faites tourner urgemment vos Home Cinema !), U 571 prĂ´ne admirablement les valeurs de bravoure, de rĂ©silience et de sens du sacrifice avec une intensitĂ© surmenĂ©e. 

Eu Ă©gard de l'avalanche d'incidents, offensives, contre-offensives explosives qu'une poignĂ©e de matelots et d'officiers ricains tentent de repousser après s'ĂŞtre emparĂ©s d'un sous-marin allemand dĂ©tenant la fameuse chiffreuse Enigma qui leur permettait de communiquer secrètement entre alliĂ©s. Sans cĂ©der Ă  une quelconque surenchère aussi vaine que gratuite, toutes les sĂ©quences d'action qui empiètent les enjeux de survie sont entièrement soumises Ă  l'Ă©preuve de force que transcendent ces forces navales amĂ©ricaines sous l'impulsion d'un cast (Matthew McConaughey d'une redoutable tĂ©nacitĂ© en commandant de fortune, Bill Paxton, Harvey Keitel, Jon Bon Jovi, David Keith) habitĂ© par l'apprĂ©hension autant que le courage de vaincre l'insurpassable. Et c'est autant ce qui fait la force, la dignitĂ© de ce furibond rĂ©cit inspirĂ© de fait rĂ©els que de nous dĂ©montrer avec un rĂ©alisme ahurissant les efforts surhumains qu'ont pu perpĂ©trer ces hĂ©ros de la seconde guerre avec une audace aussi stoĂŻque et incongrue que dĂ©sespĂ©rĂ©e. On en sort donc aussi lessivĂ© qu'admiratif d'avoir tĂ©moignĂ© d'autant de bravoures en un minimum de temps et parmi la prĂ©sence d'un ennemi allemand impitoyable. 


Spectacle absolu littéralement époustouflant au sens large autant que vibrant hommage héroïque forçant le respect, U-571 est à ne rater sous aucun prétexte d'autant plus qu'il est conçu à l'ancienne à faire pâlir les films d'action actuels bien trop souvent débilitants, opportunistes, hyperboliques, vite oubliés. Du grand art.

P.S: Copie 4K restaurĂ©e hallucinante de beautĂ© immaculĂ©e. 

*Bruno
2èx. vf

mercredi 8 novembre 2023

Les Ordres du Mal / Sister Death / Hermana muerte

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paco Plaza. 2023. Espagne. 1h30. Avec Aria Bedmar, Maru Valdivielso, Luisa Merelas, Almudena Amor, Chelo Vivares, Sara Roch, Olimpia Roch.

Diffusé sur Netflix le 27 Octobre 2023

FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1973 Ă  Valence (Espagne). 2002: Les Enfants d'Abraham. 2004: L'Enfer des Loups. 2006: Scary Stories. 2007: REC. 2008: REC 2. 2012: REC 3 Genesis. 2019: Quien a hierro mata. 2021: La abuela. 2023: Hermana Muerte. 

Si rĂ©ducteur de discrĂ©diter de manière (trop souvent) expĂ©ditive les productions Netflix, principalement Ă  travers les rĂ©seaux sociaux oĂą les langues se dĂ©lient facilement pour le meilleur et surtout pour le pire. Si bien que Les Ordres du Mal ne dĂ©roge pas Ă  la règle de la bonne surprise sous l'impulsion de Paco Plaza Ă©tonnamment inspirĂ© Ă  nous proposer un film d'horreur 1er degrĂ©. Pour ne pas dire Ă  contre-emploi des prods mainstream ciblant bien trop souvent le public ado en mal d'effets chocs n'ayant aucune culture du cinĂ©ma Fantastique au sens noble. Et mĂŞme si on pourrait reprocher, Ă  raison, une intrigue simpliste cĂ©dant lors des 20 dernières minutes Ă  une dĂ©monstration de force en roue libre, Les Ordres du Mal demeure si constamment efficace et inquiĂ©tant, formellement soignĂ© (un rĂ©el plaisir des yeux), atmosphĂ©rique en diable (Ă  ce niveau il y a une vĂ©ritable crĂ©ation picturale au sein de cet univers chrĂ©tien sous formol), anxiogène au possible, parfois mĂŞme terrifiant auprès de visions d'effroi aussi originales qu'inventives qu'il ne peut que ravir le public adulte rĂ©solument attentif aux faits et gestes de soeur Narcisa. 

Celle-ci affublĂ©e d'une toge de soie blanche naviguant entre hallucinations et rĂ©alitĂ© au point de ne plus pouvoir distinguer la rationalitĂ© de sa quotidiennetĂ© dĂ©jĂ  perturbĂ©e par la culpabilitĂ© morale. Aria Bedmar portant le film sur ses frĂŞles Ă©paules de par sa fragilitĂ© torturĂ©e, ses doutes et ses craintes grandissantes de tĂ©moigner d'Ă©vènements surnaturels davantage dĂ©lĂ©tères, pour ne pas dire mortifères parmi le tĂ©moignage d'adolescentes très attachantes auprès de leurs tourments psychologiques d'assister impuissantes aux Ă©vènements inexpliquĂ©s. Les autres seconds-rĂ´les, adeptes du fanatisme religieux, ne sont pas en reste pour ne convaincre de leur foi religieuse chargĂ©e de dĂ©ni et de mutisme, faute de secrets inavouables, pour ne pas dire Ă©hontĂ©s. Quand bien mĂŞme les Ă©tudiantes scolaires s'avèrent irrĂ©prochables Ă  travers leur innocence naturelle archaĂŻque, leur charisme sensiblement trouble, pour ne pas dire dĂ©rangeant, surtout si je me rĂ©fère au profil ambigu de Rosa gĂ©nialement crĂ©dible en victime soumise seule contre les nonnes (en dĂ©pit de l'appui bienfaiteur de Narcisa). 

Ainsi, grâce au parti-pris de Plaza d'Ă©lever le genre horrifique dans la catĂ©gorie A, en prenant beaucoup de soin Ă  peaufiner son cadre religieux et le profil de ses interprètes en berne, Les Ordres du Mal redore le blason de la Nunsploitation au sein d'un contexte historique criant de vĂ©ritĂ©, notamment Ă  travers tous ses symboles religieux hantĂ©s d'une aura acrimonieuse. Impeccablement interprĂ©tĂ© sans fard, menĂ© avec ambition (notamment auprès de certains effets de mise en scènes stylisĂ©s) et beaucoup de sincĂ©ritĂ©, Les Ordres du Mal se forge surtout le talent d'y parfaire une ambiance occulte sans se laisser dĂ©river par les effets-chocs gratuits (puisque toujours justifiĂ©s du point de vue de l'entitĂ© en mal de justice, d'amour et de reconnaissance) coutumier au sous-genre. A dĂ©couvrir avec un vif intĂ©rĂŞt donc.

*Bruno

mardi 7 novembre 2023

Dangereuse Alliance / The Craft

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Andrew Fleming. 1996. U.S.A. 1h41. Avec Robin Tunney, Fairuza Balk, Neve Campbell, Rachel True, Skeet Ulrich, Cliff De Young, Christine Taylor.

Sortie salles France: 24 Juillet 1996

FILMOGRAPHIEAndrew Fleming, né le 14 mars 1963 ou le 30 décembre 1965, est un réalisateur et scénariste américain.1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilités. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la présidence. 2003 : Espion mais pas trop ! 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2. 2014 : Barefoot. 2018 : Ideal Home.

Devenu culte au fil du temps (tout du moins Outre-Atlantique) et prĂ©cĂ©dĂ© d'un succès commercial inattendu pour ce genre de production Ă  la fois modeste et horrifique, Dangereuse Alliance n'a rien perdu de son efficacitĂ© quelques dĂ©cennies plus tard alors que son rĂ©alisateur se fit dĂ©jĂ  connaĂ®tre avec les forts sympathiques Panics (Bad Dreams) et Deux garçons, une fille, trois possibilitĂ©s. Variation moderne du film de sorcières dans le cadre du Teen Movie franc-tireur, Dangereuse Alliance doit beaucoup de son capital attractif en la prĂ©sence d'un quatuor de jouvencelles très attachantes auprès de leur fonction hĂ©tĂ©rodoxe de marginales fĂ©ministes dĂ©passĂ©es par leur suprĂ©matie surnaturelle depuis leur crise d'ado. Tout du moins auprès de la leader du groupe, Nancy, que campe magistralement Fairuza Balk en sorcière dĂ©moniale au look gothique dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  prendre sa revanche sur la sociĂ©tĂ© (elle vit dans une caravane avec sa mère alcoolique et son beau-père abusif) et son entourage lycĂ©en de par sa condition d'exclusion. Manifeste pour le droit Ă  la diffĂ©rence autour des sempiternels discours sur le harcèlement scolaire, le machisme, le bizutage et l'humiliation, Dangereuse Alliance est loin de se rĂ©duire aux conventions du Teen Movie dĂ©nuĂ© d'âme et d'ambition. 

Tant et si bien qu'Ă  la revoyure on reste donc captivĂ© par l'Ă©volution progressive de ces sorcières des temps modernes Ă©prises de revanche sur leur entourage au moment de se laisser guider par leurs pulsions destructrices de haine refoulĂ©e. Surtout auprès de celle qui subit une adolescence tourmentĂ©e d'Ă©corchĂ©e vive en voie de rĂ©bellion. Il s'agit donc de lever le voile sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence psychologique de ces sorcières juvĂ©niles trop espiègles et immatures pour s'extraire des forces du Mal auquel elles se soumettent aujourd'hui. A l'exception toutefois de Sarah, la plus censĂ©e, loyale, fragile et discursive de toutes qu'endosse avec beaucoup de charme naturel l'Ă©lĂ©gante Robin Tunney. Une ado en Ă©veil cĂ©rĂ©bral car prenant peu Ă  peu conscience des consĂ©quences hostiles et dramatiques qu'exercent ses camarades d'avoir osĂ© perpĂ©trĂ© des expĂ©riences satanistes Ă©chappant Ă  leur contrĂ´le au point d'y refuser de distinguer les valeurs du Bien et du Mal. L'emprise de leur propre pouvoir individuel les amenant Ă  surenchĂ©rir de coups bas et malĂ©fices auprès de leurs ennemi(e)s pour se prĂ©tendre supĂ©rieure Ă  eux au nom d'une cause dĂ©moniaque. 


Jeux Interdits.
Très efficace auprès de sa trajectoire narrative prenant son temps Ă  implanter son intrigue et ses personnages avant de cĂ©der vers son final Ă  de furieux règlements compte surnaturels aux FX assez crĂ©dibles, Dangereuse Alliance exploite assez habilement les thĂ©matiques du malaise existentiel chez les ados selon leur caractère et leur interprĂ©tation personnelle Ă  distinguer les valeurs du Bien et du Mal. Et si cette sĂ©rie B rondement menĂ©e reste aujourd'hui bougrement ludique et spectaculaire elle le doit notamment beaucoup Ă  la prestance très convaincante des comĂ©diennes en herbe formant un quatuor infortunĂ© aussi dĂ©rangeant que fascinant. 

*Bruno
3èx. vf

Infos subsidiaires
Le film est souvent considĂ©rĂ© comme culte, principalement aux États-Unis, avec une forte prĂ©sence sur internet. Dans un article de 2016, le HuffPost salue le film car il s'Ă©loigne des clichĂ©s des autres films pour adolescents et incorpore des thèmes plus sombres. Pour le journaliste, le film mĂ©rite son statut de film culte. La mĂŞme annĂ©e, le magazine Complex publie un article dans lequel le film est dĂ©crit comme « encore plus progressiste que beaucoup de films sortis aujourd'hui » et considère que le visionnage du film est un « rite de passage » pour beaucoup de jeunes femmes. 

Détour Mortel / Wrong Turn

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Rob Schmidt. 2003. U.S.A. 1h24. Avec Desmond Harrington, Eliza Dushku, Emmanuelle Chriqui, Jeremy Sisto, Kevin Zegers, Lindy Booth.

Sortie salles France: 30 Juillet 2003 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Rob Schmidt est nĂ© le 25 septembre 1965 Ă  Pennsylvanie, États-Unis. Il est rĂ©alisateur et acteur. The Alphabet Killer. (2008). DĂ©tour mortel (2003). An American Town (2001). Crime + Punishment (2000). Saturn (1999). 

Pur hommage aux survivals des annĂ©es 70 et 80 initiĂ©s par DĂ©livrance, La Colline a des yeux et Survivance pour y remĂ©morer les plus notoires, DĂ©tour Mortel transpire l'amour de la sĂ©rie B horrifique en ne misant uniquement que sur l'efficacitĂ© des enjeux de survie qu'un quatuor de touristes tente de dĂ©jouer avec une apprĂ©hension somme toute palpable. Et si Ă©videmment le concept et les situations horrifiques demeurent hĂ©las Ă©culĂ©s, Rob Schmidt possède suffisamment de savoir-faire dans son dĂ©sir de vouloir bien faire, de peps (rythme pulsatile) et d'idĂ©es retorses (l'offensive nocturne dans la tour de guĂŞt et les stratĂ©gies de dĂ©fense qui en rĂ©sultent) pour rendre l'aventure cauchemardesque Ă  la fois palpitante, captivante, un tantĂ®net atmosphĂ©rique (son cadre forestier reculĂ© chargĂ© d'inquiĂ©tants panoramas), mais aussi violente sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique dĂ©nuĂ©e de clĂ©mence. 

Certaines scènes gores lestement concises demeurant brutales auprès de nos protagonistes Ă©peurĂ©s sans pouvoir anticiper leur sort indĂ©cis. Qui plus est, et en dĂ©pit de la caractĂ©risation sommaire de ces personnages (bien que Jessie fait preuve d'une certaine profondeur affectĂ©e lors d'une confidence sentimentale impartie aux raisons qui ont amenĂ© le groupe Ă  rejoindre la forĂŞt), ceux-ci demeurent suffisamment attachants en victimes dĂ©munies pours s'inquiĂ©ter de leur destin avec une anxiĂ©tĂ© souvent tendue. C'est peut-ĂŞtre d'ailleurs la meilleure qualitĂ© du mĂ©trage que de tabler sur l'intensitĂ© d'un suspense omniprĂ©sent quant au sort fĂ©brile de ses jeunes touristes usant parfois de leur capacitĂ© de rĂ©flexion (les 2 derniers survivants) pour s'extirper de cet enfer vert. 

Un très bon divertissement donc qui fleure bon l'amour de la sĂ©rie B horrifique en toute simpicitĂ© de par son charme artisanal dĂ©nuĂ© de prĂ©tention. 

*Bruno
3èx. vostfr

lundi 6 novembre 2023

Suitable Flesh

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joe Lynch. 2023. U.S.A. 1h38. Avec Heather Graham, Judah Lewis, Barbara Crampton, Bruce Davison, Johnathon Schaech. 

VOD.

FILMOGRAPHIE: Joe Lynch est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain. 2011: Chillerama. 2013: Knights of Badassdom. 2014: Everly. 2017: Mayhem. 


A tous les fans des annĂ©es 80, du cinĂ©ma de Stuart Gordon Ă  ses plus belles heures et des nouvelles d'H.P Lovecraft, Suitable Flesh est une formidable surprise exploitant intelligemment gore et Ă©rotisme de par  l'efficacitĂ© de son amusante intrigue faisant inĂ©vitablement rĂ©fĂ©rence Ă  Hidden et The Thing. PortĂ© Ă  bout de bras par la blonde fluette Heather Graham en doctoresse bicĂ©phale (malgrĂ© elle) entourĂ©e de l'illustre Barbara Crampton en faire-valoir psychiatrique, de Bruce Davison en voleur de corps (de prime abord sclĂ©rosĂ©) et enfin de Johnathon Schaech en Ă©poux trompĂ© Ă  l'ironie sous-jacente, Suitable Flesh parvient constamment Ă  retenir l'attention. 


Autant pour cet avenant casting se prĂŞtant au jeu du surnaturel au grĂ© de règlements de compte aussi bien cĂ©rĂ©braux que corporels que pour l'horreur des situations dĂ©bridĂ©es Ă©maillĂ©es d'effets (très) gores du plus bel effet charnel (Ă  une exception près - le couteau dans le front numĂ©risĂ© -). D'autre part, outre le soin de sa rĂ©alisation au budget pour autant Ă©triquĂ©, on s'Ă©tonne de l'inventivitĂ© du montage (alternatif) et de certains effets de mise en scène (le coup du GPS afin d'observer 2 actions distinctes en Ă©vitant le contre-champs, les sĂ©quences de transformations concises mais percutantes - rehaussĂ©es de bruitages dissonants - alors que tout est suggĂ©rĂ©) que Joe Lynch filme en scope afin de renforcer l'aspect cinĂ©gĂ©nique de l'entreprise. Une excellente sĂ©rie B donc se dĂ©tachant largement du lot mainstream si bien que sa mise en scène aussi bien intègre qu'inspirĂ©e respire l'odeur des annĂ©es 80, quitte Ă  me rĂ©pĂ©ter. 


*Bruno
Vostfr

dimanche 5 novembre 2023

Long Week-end (2008)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jammie Blancks. 2009. Australie. 1h28. Avec James Caviezel Claudia Karvan Robert Taylor.

Sortie salles France: 30 Janvier 2009

FILMOGRAPHIE: Jamie Blanck est un réalisateur et compositeur australien. 1998 : Urban Legend. 2000 : Mortelle Saint-Valentin. 2007 : Storm Warning ou Insane. 2009 : Long Weekend. 2010 : Needle


Un remake infortuné d'une puissance formelle, cérébrale et narrative aussi digne que son modèle.
VilipendĂ© un peu partout si je ne m'abuse lors de sa sortie confidentielle, Long Week-end, version 2008, est Ă  mes yeux un remake Ă©colo exceptionnel Ă  tous points de vue. Tant narratif pour sa thĂ©matique Ă©colo tristement actuelle, formelle (on en prend plein la vue au sein de ce paradis perdu filmĂ© en scope), atmosphĂ©rique (quel malaise palpable planant dans l'air !) que du jeu expressif des acteurs communĂ©ment dĂ©testables dans leur fonction rigoureusement antipathique. Car mĂŞme si Jamie Blanks utilise la facilitĂ© du copiĂ©-collĂ©, cet authentique cauchemar naturaliste (les images magnifiquement Ă©clairĂ©es et contrastĂ©es sont absolument sublimes par leur tonalitĂ© sensorielle) parvient miraculeusement, et avec rĂ©el talent de conteur et de faiseur d'images; Ă  nous coller au siège 1h30 durant. De par sa facultĂ© Ă  nous attacher Ă  ce couple aussi irresponsable qu'Ă©goĂŻste n'attachant aucun crĂ©dit Ă  leur environnement naturel (tout Ă  la fois Ă©trangement mutique et sensiblement auditif) que par l'ambiance feutrĂ©e que le cinĂ©aste parvient Ă  instiller autour de leurs faits et gestes immatures sous l'impulsion d'un climat d'Ă©trangetĂ© aussi expressif que le chef-d'oeuvre de Colin Egleston (qui est au passage un de mes films prĂ©fĂ©rĂ©s mĂŞme s'il demeure autrement plus oppressant). 

Et donc Ă  travers le soin imparti Ă  cette progression de l'angoisse et du suspense savamment distillĂ©s au fil d'Ă©vènements insidieux toujours plus graves et inquiĂ©tants, j'insiste Ă  surligner le jeu criant de vĂ©ritĂ© du couple James Caviezel / Claudia Karvan se crĂŞpant le chignon avec une arrogance, une immaturitĂ©, voir mĂŞme une haine davantage risible, pathĂ©tique eu Ă©gard de la tournure morale de leur dissension obtuse irrĂ©cupĂ©rable. Soutenu d'une partition monocorde Ă  la fois pesante et envoĂ»tante irriguant toute l'intrigue lestement anxiogène, Long-Week-end convoque un malaise d'autant plus vigoureux qu'il fait appel au pouvoir de suggestion en la prĂ©sence de dame nature et de ces animaux sauvages molestĂ©s par l'hostilitĂ© de l'homme dĂ©nuĂ© de respect dans sa nature mĂ©galo, altière, mĂ©prisante, ingrate. Il y Ă©mane un moment de cinĂ©ma horrifique aussi rude et escarpĂ© que dĂ©sespĂ©rĂ© et tragique de par son intensitĂ© dramatique en crescendo dĂ©nuĂ©e d'illusion. Tant et si bien que l'on sort de la projo la mine quasi dĂ©pressive, tout du moins pleine d'amertume, d'avoir assister Ă  cette confrontation cruelle entre l'homme et la nature incapables de communier entre eux faute de notre irrespect Ă  violer leur terre et tuer sans Ă©tat d'âme ces hĂ´tes qui n'avaient rien demander. 

A dĂ©couvrir d'urgence pour tous amateurs de films d'ambiance prĂ©gnante tributaire d'un Fantastique adulte d'autant plus malsain, malaisant, angoissant qu'il suscite une rĂ©elle frousse au sein de cette nature sournoise que nous ne sommes pas prĂŞts d'omettre.  

*Bruno
2èx. Vostfr (une soirée d'exception ce Samedi 05.11.23 dès 22h)

Ci-joint la chronique de son modèle de 79https://brunomatei.blogspot.com/2018/10/long-week-end.html

jeudi 2 novembre 2023

Dark Shadows

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tim Burton. 2012. U.S.A. 1h53. Avec  Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green, Jackie Earle Haley, Jonny Lee Miller, ChloĂ« Grace Moretz, Bella Heathcote

Sortie salles France: 9 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine et les Enfants particuliers.


"Lorsque tu changes ta façon de voir les choses, les choses que tu regardes changent".
L'important est de ne jamais dĂ©sespĂ©rer car après avoir tentĂ© Ă  3 reprises ce Dark Shadows bankable estampillĂ© Burton, c'est finalement au 4è visionnage que je fus enfin convaincu pour me laisser emporter par son potentiel Ă  la fois qualitatif, Ă©motionnel, formel (mĂŞme si sur ce dernier point je ne l'eu jamais dĂ©criĂ©). Car si au 1er abord je reprochais surtout ses sautes d'humour lourdingue imparties au jeu cabotin de Johnny Depp, je reconnais aujourd'hui que ce divertissement pĂ©tulant me parait autrement plus ludique, plaisant, pittoresque tout en Ă©tant Ă©tonnamment inventif. Et ce mĂŞme si de toute Ă©vidence certaines sĂ©quences censĂ©es drĂ´les tombent Ă  plat en de rares occasions et que j'accepte enfin aujourd'hui l'aspect sciemment anachronique du personnage anti-manichĂ©en de Barnabas, vampire dĂ©lĂ©tère sur le point de prendre sa revanche contre la sorcière AngĂ©lique (Eva Green Ă©clate l'Ă©cran pour voler quasiment la vedette Ă  tout le casting en matrone vĂ©nĂ©neuse Ă  la fois cupide, perverse, provocante, immorale). Quant au jeu semi-parodique de Depp que j'eu tant dĂ©criĂ© Ă  l'Ă©poque, il m'est apparu aujourd'hui habitĂ© par sa sombre posture aussi bien renfrognĂ©e qu'ironique (distanciĂ©e par la discrĂ©tion). A l'instar de cette foule d'illustres seconds-rĂ´les s'exprimant avec une fougue fringante de participer sans complexe Ă  l'aventure gothico-macabre grand public. 

En revanche, dommage que Michele Pfeiffer et ChloĂ« Grace Moretz ne soient pas plus mises en valeur, plus exploitĂ©es surtout Ă  travers leur prĂ©sence altière (pour Pfeiffer en baronne sournoise) et dĂ©vergondĂ©e (pour ChloĂ« en rebelle juvĂ©nile). D'autre part, d'oser conjuguer le gothisme classique au sein du contexte contemporain des Seventies est ici finalement payant tant l'aventure rocambolesque s'apparente Ă  un arc en ciel singulier auprès de moult sĂ©quences gentiment dĂ©bridĂ©es et autres plages musicales prĂ©gnantes (Alice Cooper y participe en concert !) que Tim Burton façonne avec douce fantaisie dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention. C'est donc sans se prendre au sĂ©rieux que l'on aborde cette fort sympathique comĂ©die fantastique Ă©maillĂ©e parfois de sĂ©quences magnifiques aux couleurs harmonieuses (le prologue crĂ©pusculaire dĂ©bordant d'Ă©trangetĂ© onirique, son final percutant littĂ©ralement en roue libre, la coucherie survoltĂ©e entre Barnabas et AngĂ©lique sur un air de Barry White, le concert de Cooper, la visite du sous-terrain du manoir) autour des thèmes chers Ă  l'auteur. A savoir l'acceptation de la diffĂ©rence, l'amour impossible entre deux ĂŞtres que tout sĂ©pare, la dĂ©mission parentale, la marginalitĂ© et la peur de vieillir au sein d'un univers aussi bien gothique que vampirique. Sa photo dĂ©saturĂ©e renforçant la magnificence de ses dĂ©cors cĂ´tiers et surtout domestiques au sein de cet immense manoir que l'on aimerait abriter pour l'Ă©ternitĂ©. 

Ainsi, sans toutefois renouer avec l'ambition autonome de ses plus belles rĂ©ussites, loin s'en faut, Tim Burton parvient donc ici Ă  distraire dans la simplicitĂ© Ă  travers cette rĂ©crĂ©ation bonnard formellement fulgurante (on en prend plein les yeux quasiment Ă  chaque plan), rafraichissante, politiquement incorrecte et Ă©motionnellement sĂ©duisante sous l'impulsion d'un dĂ©filĂ© de comĂ©diens très en forme au sein de leur cocon gothico-lunaire. 

*Bruno
4èx

mercredi 1 novembre 2023

When Evil Lurks / Cuando acecha la maldad / Quand le mal rode.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Demián Rugna. 2023. Argentine. 1h39. Avec Ezequiel Rodriguez, Demián Salomon, Luis Ziembrowski, Silvia Sabater, Marcelo Michinaux

Sortie salles U.S: 27 Octobre 2023

FILMOGRAPHIEDemián Rugna est un réalisateur et scénariste argentin né le 13 septembre 1979. Il est scénariste et monteur. Il est connu pour Terrified (2017), (2016). No sabés con quién estás hablando. The Last Gateway (2007) et Cuando acecha la maldad (2023).

Ne tournons pas autour du pot : When Evil Lurks est une bombe horrifique venue d’Argentine. Le meilleur film d’horreur de 2023 — avec La Main, souvent comparĂ© pour son rĂ©alisme tranchant et sa terreur viscĂ©rale — et une nouvelle rĂ©fĂ©rence du film de possĂ©dĂ©. Ici, c’est une sorte d'Evil Dead naturaliste, qui refuse Ă  la fois le grand-guignol et la surenchère, que le cinĂ©aste Ă©carte admirablement malgrĂ© trois ou quatre sĂ©quences tĂ©tanisantes Ă  marquer d’une pierre blanche.

Sans trop en rĂ©vĂ©ler, une scène horrifique sort vĂ©ritablement du lot, au point que les âmes sensibles auront bien du mal Ă  s’en remettre, tant le cinĂ©aste ose filmer l’inmontrable sans sombrer dans une complaisance dĂ©placĂ©e. Une sĂ©quence-choc extrĂŞme, inĂ©dite, qui fera date dans le paysage horrifique — le plus rĂ©aliste qui soit. Quelques instants plus tard, une autre situation intense mettra Ă  nouveau vos nerfs Ă  rude Ă©preuve, portĂ©e par des FX charnels, presque mĂ©caniques. Ă€ l’ancienne, donc.

Car When Evil Lurks rĂ©ussit Ă  foutre la trouille avec une intelligence hors-pair, rĂ©inventant les codes du film de possĂ©dĂ© (avec ses sept commandements pour s’en prĂ©server !) en prenant son sujet au premier degrĂ©, dans un climat bucolique et onirique, naturaliste et immersif. Les protagonistes, Ă  bout de souffle, arpentent un village ravagĂ© par des accès de violence incontrĂ´lables, cherchant un possĂ©dĂ© putrĂ©fiĂ© — surgissant comme dans un film de Fulci.

Ne vous attendez pas Ă  un festival de scènes-chocs Ă  vous plaquer au siège (passĂ©es les quelques sĂ©quences extrĂŞmes des 40 premières minutes), Ă  la manière de la montagne russe inĂ©galable qu’Ă©tait Evil Dead (82). When Evil Lurks est plus malin, attentif, circonspect, innovant, Ă  hauteur d’homme, crĂ©dibilisant son rĂ©cit avant tout par la psychologie de ses personnages torturĂ©s. Deux frères s’Ă©vertuent Ă  repousser le Mal dans leur bourgade, entourĂ©s de comparses et de membres familiaux conscients, donc lourdement tourmentĂ©s, accablĂ©s par une pandĂ©mie invisible mais formelle.

C’est lĂ  la puissance du rĂ©cit : tabler sur l’attente du pire, sur l’intensitĂ© de la violence, sur le dĂ©sarroi de ces mĂ©tayers face Ă  des confrontations dĂ©moniaques dĂ©barrassĂ©es de tout grand-guignol (ou presque). Le cinĂ©aste mise sur l’hyperrĂ©alisme des situations horrifiques, sur l’innocence intolĂ©rable et sur une poĂ©sie macabre inattendue. Le jeu investi d’acteurs mĂ©connus — y compris des enfants vibrants d’ambiguĂŻtĂ© — et leur parcours du combattant pour contenir le Mal demeurent d’autant plus troublants que le cinĂ©aste ne laisse aucune Ă©chappatoire.

 
"Quand la terre avale les vivants".
Cauchemar naturaliste, subtilement erratique, plongĂ© dans un climat malsain, fascinant, poisseux et repoussant, When Evil Lurks frappe fort par son audace et son intelligence brĂ»lante : il refuse le ridicule et dĂ©fie la censure (insensĂ© que de telles scènes aient pu voir le jour sur grand Ă©cran aujourd’hui !). PosĂ© et dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, il exploite les thĂ©matiques de la foi et de la superstition avec une vĂ©ritĂ© documentĂ©e que le spectateur reçoit de plein fouet, portĂ© par un magnĂ©tisme Ă©motionnel jouissif.

On croit sans ambages Ă  ce que l’on voit : l’angoisse, l’apprĂ©hension, la terreur au ventre — et pourtant, au terme, un sentiment d’amertume de quitter (trop) vite ce cauchemar sur une ultime note inconsolable.

Public averti.

*Bruno

Ci-joint la critique de Jean-Marc Micciche:

SĂ©ance dĂ©couverte avec l'intense et percutant When Evil Lurks , film argentin diabolique qui dĂ©poussière avec une grande force le film de dĂ©mon possĂ©dĂ©. Demian Rugna avait tĂ©moignĂ© lors de prĂ©cĂ©dent film Terrified, avec peu de moyen, Ă  nous dresser les cheveux sur la tĂŞte. Il avait un don pour orienter l'horreur vers une forme de chaos absolu et c'est prĂ©cĂ©demment la puissance de son film.  Dès les premiers instants, le rĂ©al installe une ambiance et surtout un univers avec ses rĂ©gles et son fonctionnement. Un malaise palpable qui se prend son temps avant de faire dĂ©railler systĂ©matiquement la scène vers l'effroi le plus pur, la terreur la plus sourde, la poĂ©sie morbide la plus macabre. Coup de boutoir sur coup de boutoir, le spectateur reçoit quelques mandales bien fortes ravi de voir un film fantastique aussi radical qu'original. Un choc. Le cinĂ©phile old school se rappellera avec dĂ©lices de certains films des annĂ©es 70 qui n'ont jamais l'impact et la popularitĂ© de certains classiques mais qui ont laissĂ© des traces indĂ©lĂ©biles sur certains esprits (The Asphyx, Incubus, La sentinelle des maudits, Lets scare Jessica to death, The entity). When Evil Lurks est cette race lĂ . Nobles, sournoises et viscĂ©rales....

lundi 30 octobre 2023

Sound of Freedom

                                                              Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site

de Alejandro GĂłmez Monteverde. 2023. U.S.A. 2h11. Avec Jim Caviezel, Mira Sorvino, Bill Camp, Eduardo Verástegui, Javier Godino, JosĂ© Zúñiga, Kurt Fuller.

Sortie salles France: 15 Novembre 2023. U.S: 4 Juillet 2023

FILMOGRAPHIEAlejandro Monteverde est né le 13 juillet 1977 au Mexique. Il est réalisateur et scénariste. Sound of Freedom (2023), Little Boy (2015) et Bella (2006). Il est marié avec Ali Landry Monteverde depuis le 8 avril 2006. Lui et Ali Landry Monteverde ont trois enfants.

"Le tĂ©moignage de Tim sur l'opĂ©ration colombienne a conduit le congrès des Etats-Unis a adopter une lĂ©gislation renforçant la coopĂ©ration internationale dans les affaires de trafic d'enfants. La traite des  ĂŞtres humains est une activitĂ© qui rapporte 150 milliards de dollars par an. Les Etats-Unis figurent parmi les principales destinations pour la traite des ĂŞtres humains et son aussi parmi les plus gros consommateurs de relation sexuelles avec des enfants. Il y a plus d'ĂŞtres humains pris au piège de l'esclavage aujourd'hui qu'Ă  n'importe quel autre moment de l'histoire, y compris lorsque l'esclavage Ă©tait lĂ©gal. Des millions de ces esclaves sont des enfants." 

TirĂ© d'une histoire vraie pour relater la traite d'enfants rĂ©duits Ă  l'esclavage sexuel en Colombie, Sound of Freedom est un uppercut Ă©motionnel comme on pouvait s'y en douter avec un sujet aussi grave que sulfureux. Car taillĂ© comme un thriller Ă  suspense dans le cadre du drame psychologique que l'on observe avec une attention infiniment impliquĂ©e lorsqu'il s'agit de tenter de sauver la vie de nombreux enfants que Tim Ballard tente d'extraire de leurs bourreaux avec l'appui d'un ancien membre du Cartel, Sound of Freedom est d'autant plus grave, mĂ©ritant, passionnant qu'il est contĂ© sans complaisance aucune dans son refus de voyeurisme ou de violence graphique. Pour autant, et c'est bien lĂ  oĂą l'oeuvre salutaire a tout mon respect afin d'Ă©lever la thĂ©matique avec dignitĂ© et intelligence, son intensitĂ© dramatique en intermittence Ă©prouvante nous bouleverse aux larmes par le reflet psychologique de ses enfants Ă  la fois malmenĂ©s et torturĂ©s par des pervers pĂ©dophiles scrupuleusement organisĂ©s. Outre la dextĂ©ritĂ© de sa rĂ©alisation tĂ©nue portant un regard studieux sur ses personnages redresseurs de tort s'efforçant de soulever des montagnes lorsqu'il s'agit de se confronter aux rĂ©seaux pĂ©dophiles, sa distribution dĂ©nuĂ©e de fard rend d'autant plus crĂ©dible la dangerositĂ© de son climat d'insĂ©curitĂ© malsaine Ă  la lueur d'espoir indĂ©cise. 

A l'instar de son final pĂ©rilleux, mission de dernier ressort de tous les dangers afin de retrouver en vie la petite Rocio pour l'extraire de sa geĂ´le. On peut donc oh combien saluer la prĂ©sence humaine de Jim Caviezel en ancien agent du gouvernement insufflant une mine Ă  la fois grave, souvent impassible, dĂ©sabusĂ©e presque, et contractĂ©e dans son ambition personnelle Ă  perpĂ©trer un nouveau coup d'Ă©clat pour l'enjeu d'une innocence infantile d'autant plus difficile Ă  localiser. Dommage que cet acteur se fasse si rare au cinĂ©ma tant il dĂ©gage Ă  mon sens un charisme authentique (aujourd'hui striĂ©) n'appartenant qu'Ă  lui dans sa sobre posture d'investigateur hĂ©roĂŻque Ă  la fois placide, discret, dans la rĂ©serve, pour parvenir Ă  ses fins et faire tomber ces bourreaux paraphiles. DĂ©finitivement un grand comĂ©dien. Les autres seconds-rĂ´les ne sont pas en reste pour l'appuyer dans ses actions couillues, Ă  l'instar de Bill Camp fort en caractère dans le corps d'un ancien criminel motivĂ© de rĂ©demption eu Ă©gard de sa nouvelle mission personnelle de se consacrer uniquement au sort des enfants esclaves. Enfin, dommage que la douceur de miel Mira Sorvino ne soit pas plus prĂ©sente Ă  l'Ă©cran tant elle se fait si rare en Ă©pouse aimante respectueuse, confiante envers les motivations morales de son Ă©poux rĂ©solument investi dans sa fonction professionnelle davantage autonome. Quant aux enfants sentencieux communĂ©ment Ă©patants de vĂ©ritĂ© dĂ©munie, fragile auprès de leur perte de repères, s'ils bouleversent bien entendu aux larmes par leur expressivitĂ© timorĂ©e, apeurĂ©e, Ă©garĂ©e, ils sont admirablement dirigĂ©s pour s'extraire d'une Ă©motion programmĂ©e ou encore d'un patho dĂ©placĂ©. 

Soutenu d'une superbe partition chorale faisant Ă©cho Ă  la nature prĂ©cieuse car si innocente de ses enfants brutalement arrachĂ©s Ă  leurs parents, Sound of Freedom ne peut laisser personne indiffĂ©rent dans sa dĂ©marche intègre de dĂ©noncer le flĂ©au de la pĂ©dophilie davantage croissant, plus encore que le trafic d'armes ou de cocaĂŻne. Indubitablement Ă©prouvant car dur et cruel de tĂ©moigner de notre impuissance face Ă  la condition intolĂ©rable de ses enfants rĂ©duits Ă  la consommation sexuelle, Sound of Freedom frappe au coeur de plein fouet par la pudeur de son Ă©motion contenue laissant parfois libre court aux larmes de la dĂ©livrance. Un grand film d'utilitĂ© publique tout aussi effrayant que bouleversant qui laisse des sĂ©quelles dans l'encĂ©phale de par la noblesse de cette entreprise cinĂ©matographique vouĂ©e corps et âmes Ă  la cause infantile. 

*Bruno

Timothy « Tim » Ballard est le fondateur et PDG de Operation Underground Railroad (OUR), PDG de The Nazarene Fund et auteur de plusieurs livres. Il organise des activitĂ©s au niveau national et international pour mettre fin au trafic d'enfants

Ci-joint la critique de Jean-Marc Micciche;
Séance découverte avec le magnifique et poignant polar Sound Of Freedom. Marqué par des polémiques à coté de la plaque surtout au vu du résultat final, Sound of freedom est un chemin de croix d'un policier qui n'hésite pas de partir en croisade pour sauver des enfants du trafic d'esclavage et de la pédophilie... Dés la scène d'ouverture, on saisit pour la justesse de l'approche du film surtout au vu de la nature du sujet. Pas de sensationnalisme dans la démarche, juste une volonté à travers un pur récit de polar, à incarner une réalité sordide que le recit et la mise en scène arrive merveilleusement à suggérer. Dès lors le spectateur épouse la cause de son héros (superbe Jim Caviziel), dans sa volonté de sauver son âme de la noirceur des ténèbres et la noirceur humaine. Tout le suspense et la dramaturgie du récit et des personnages est au service d'un objectif (sauver la fille) et améne le spectateur à espérer une délivrance. L'émotion et l'empathie est là, partout dans le film et à l'heure où la grande majorité des films sont incapables d'impliquer les spectateurs dans l'émotion pure sans cynisme, Sound of Freedom est précieux. Quant à la polémique autour du film, c'est au final insignifiant au vu du résultat de ce film indépendant venant de nulle part...9/10

samedi 28 octobre 2023

Panic Room

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Fincher. 2002. U.S.A. 1h52. Avec Jodie Foster, Kristin Stewart, Forest Whitaker, Jared Leto, Dwight Yoakam.

Sortie salles France: 24 Avril 2002. U.S: 29 Mars 2002

FILMOGRAPHIE: David Fincher est un réalisateur et producteur américain, né le 28 Août 1962 à Denver (Colorado). 1992: Alien 3. 1995: Seven. 1997: The Game. 1999: Fight Club. 2002: Panic Room. 2007: Zodiac. 2008: L'Etrange histoire de Benjamin Button. 2010: The Social Network. 2011: Millénium. 2014: Gone Girl. 2020 : Mank. 2023 : The Killer

MĂ©sĂ©stimĂ© par la critique française de l'Ă©poque car après quelques recherches sur le net je fus agrĂ©ablement surpris de constater les opinions contrairement favorables Outre-Atlantique, Panic Room est sans mauvais jeu de mot une rĂ©fĂ©rence du suspense Hitchcockien. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure je l'ai trouvĂ© beaucoup plus stimulant, affolant, vertigineux de par l'incroyable maĂ®trise (technique / narrative) de Fincher Ă  nous confectionner de façon stylisĂ©e (la camĂ©ra mobile se faufile dans n'importe quel recoin du refuge domestique) un suspense estomaquant eu Ă©gard de l'hyper efficacitĂ© de son concept imparti aux huis-clos claustro. Et ce sans compter sur l'aspect fascinatoire de l'immense appartement filmĂ© sous tous les angles (j'insiste) comme si nous y Ă©tions. Effet immersif assurĂ© donc, notamment auprès de ses divers Ă©tages que les protagonistes arpentent de façon Ă  la fois tendue, dĂ©terminĂ©e, angoissĂ©e, pour ne pas dire Ă  cran au fil d'un cheminement sur la corde raide. Meg Altman et sa fille Sarah Ă©tant contrainte de s'emprisonner dans leur chambre de survie ultra high-tech pour se protĂ©ger de 3 cambrioleurs ayant investi les lieux de leur nouvel appartement huppĂ©. LivrĂ©es Ă  elles-mĂŞmes elles devont donc user de bravoure, beaucoup d'audaces et subterfuges pour dĂ©jouer les cambrioleurs de parvenir Ă  leur fin. A savoir empĂ´cher le magot de millions de dollars planquĂ©s malencontreusement dans la chambre de survie. VoilĂ  pour le pitch simpliste narrĂ© avec une attention toute particulière lorsqu'il s'agit d'un maĂ®tre en la matière, Mr David Fincher. Car vĂ©ritablement inspirĂ© par ce qu'il filme (on ne compte plus les plans sĂ©quences en 3D, l'attention accordĂ©e Ă  la luminositĂ©, le soin de la photo sĂ©pia) et amoureux de son actrice Jodie Foster, explosant l'Ă©cran Ă  chaque cadre (lĂ  aussi ce fut une totale redĂ©couverte pour sa force d'expression au diapason), celui-ci parvient Ă  faire naitre angoisse, suspense et action sous l'impulsion d'un rythme alerte dĂ©nuĂ© de temps mort (ephĂ©misme). 

Autant dire que nous restions collĂ© Ă  notre siège car scrupuleusement attentif aux faits et gestes des cambrioleurs et surtout de Meg et Sarah s'Ă©vertuant Ă  narguer leurs adversaires avec une intelligence finaude jubilatoire de par l'inversion des rĂ´les impartis. Jodie Foster, infiniment habitĂ©e par son rĂ´le de femme forte, dĂ©gageant un charisme forcenĂ© en hĂ©roĂŻne burnĂ©e provocant les stratagèmes de dĂ©fense avec un art consommĂ© de la motivation cĂ©rĂ©brale. Et sur ce point, si les situations pourraient peut-ĂŞtre parfois paraĂ®tre un brin improbables, l'actrice dĂ©gage une telle Ă©nergie physique et viscĂ©rale, une telle persuasion limite primale qu'elle y transcende l'impossible de par sa foi inĂ©branlable. Non, franchement elle reste très impressionnante, Ă  se demander mĂŞme s'il ne s'agit pas lĂ  d'un de ses meilleurs rĂ´les. Quant Ă  Kristen Stewart, elle aussi surprend du haut de ses 12 ans grâce Ă  sa sobriĂ©tĂ© Ă©purĂ©e de participer au cauchemar domestique avec une expressivitĂ© toujours impliquĂ©e en dĂ©pit de sa prĂ©sence secondaire toutefois indispensable au cours de l'action anxiogène. NĂ©anmoins, dans son dĂ©sir de trop plaire ou d'en faire trop, David Fincher s'embarasse Ă  mon goĂ»t d'un clichĂ© Ă©culĂ© (Sarah est diabĂ©tique insulino-dĂ©pendante) pour renouveller l'action et la tension aux moments les plus prĂ©caires quant Ă  leur enjeu de survie plus horrifiant. Pour autant, on marche toutefois Ă  plein tube lors de ces revirements angoissants, notamment auprès de rebondissements plutĂ´t retors car assez surprenants, pour ne pas dire paniquant (notamment cet incroyable intervention de 2 policiers face Ă  une Jodie Foster bicĂ©phale d'un flegme gĂ©nialement Ă©quivoque). Enfin, outre les prĂ©sences très convaincantes de Jared Leto en cambrioleur zĂ©lĂ© trop sur de lui et Dwight Yoakam en psychopathe placide Ă  la gachette facile, Forest Whitaker vole la vedette Ă  ses compagnons de par son humanisme torturĂ© afin de ne pas cĂ©der Ă  la violence d'autrui. Ce qui nous vaudra par ailleurs quelques surprises quant Ă  son Ă©volution morale tant en perdition qu'en requĂŞte de rĂ©demption pour tenir lieu de dĂ©sespoir de cause. 


Le Piège.
SĂ©rieusement, foncez revoir Panic Room, modèle de suspense Hitchcockien qui vous plaquera au siège de part en part au sein d'une souricière de tous les dangers. Car dĂ©licieusement tendu et angoissant, fascinant et jubilatoire, cet insidieux jeu du chat et de la souris se permet en outre de valoriser la cause fĂ©ministe Ă  travers le superbe profil d'une femme indĂ©pendante dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  provoquer le trio machiste avec une capacitĂ© de rĂ©flexion gĂ©nialement profitable. A rĂ©habiliter d'urgence donc, tout du moins dans l'hexagone. 

*Bruno
2èx

Box Office France; 1 324 402 entrées