vendredi 26 avril 2024

Black Flies / Asphalt City

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-StĂ©phane Sauvaire. 2024. U.S.A. 2h05. Avec Sean Penn, Tye Sheridan, Gbenga Akinnagbe, Raquel Nave, Katherine Waterston, Michael Pitt, Mike Tyson.

Sortie salles France: 3 Avril 2024. Cannes: 18 Mai 2023. U.S: 29 Mars 2024

FILMOGRAPHIE: Jean-StĂ©phane Sauvaire est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français nĂ© le 31 dĂ©cembre 1968 Ă  Paris. 2003 : Carlitos Medellin (documentaire). 2008 : Johnny Mad Dog. 2012 : Punk (tĂ©lĂ©film). 2017 : Une prière avant l'aube (A Prayer Before Dawn). 2023 : Black Flies (Asphalt City). 

"Seul contre tous".

Film choc s'il en est jusqu'Ă  l'asphyxie auprès de son ambiance crĂ©pusculaire Ă  mi chemin entre la dĂ©pression et la folie (psychotique ou suicidaire selon les tĂ©moignages ciblĂ©s), Black Flies est une expĂ©rience urbaine dont il est impossible de sortir indemne auprès du public sensible immergĂ© dans une descente aux enfers mĂ©dicale 2h05 durant. C'est dire si ce voyage au bout de la nuit demeure aussi Ă©prouvant que fĂ©brile lorsque Jean-StĂ©phane Sauvaire se fixe comme ambition, notamment formelle jusqu'au vertige des sens, de nous faire retranscrire les Ă©tats d'âme d'un duo d'ambulanciers au bord du burn-out. A ce titre, on ne peut que s'incliner sur les prestances Ă©corchĂ©es vives de Sean Penn (dans un second-rĂ´le autoritaire littĂ©ralement striĂ©) et de Ty Sheridan en ambulancier en herbe sur la corde raide insufflant durant leur parcours chaotique une dimension humaine Ă  la fois fourbue, nonchalante, dĂ©gingandĂ©e eu Ă©gard de leurs vicissitudes qu'ils arpentent auprès d'une faune urbaine ponctuĂ©e de marginaux, laissĂ©s pour compte, Ă©poux abusifs, toxicomanes, alcoolos au sein d'un New-York dĂ©gĂ©nĂ©ratif. On connait la chansonnette, mais on marche Ă  fond auprès de cette rĂ©alisation pragmatique dont le climat hautement cafardeux, trouble, anxiogène nous contamine davantage au sein d'un rĂ©cit sans concession. Cependant, tout n'est pas noir, et en Ă©vitant de spoiler, j'Ă©voque cet indice afin d'y taire les prĂ©jugĂ©s. 


Or, cette scĂ©nographie davantage sinistrosĂ©e demeure admirablement dĂ©peinte par un cinĂ©aste scrupuleux s'efforçant d'y esquisser sans fard aucun une peinture aride, insalubre, nĂ©vrosĂ©e d'une mĂ©tropole irascible inĂ©vitablement nĂ©crosĂ©e par la dĂ©chĂ©ance morale (tout a une influence sur tout et tout le monde affecte tout le monde). Ce qui fatalement dĂ©teint sur les esprits nĂ©vrosĂ©s de nos urgentistes esseulĂ©s incapables de se raccrocher Ă  leur dĂ©route conjugale ou Ă  un quelconque pivot moral auprès de leur hiĂ©rarchie militarisĂ©e (avec une surprenant apparition de Mike Tyson en dirigeant psychorigide). Le profil bourru de Cross (Ty Sheridan) perdant peu Ă  peu son innocence, son sang froid, ses maigres espoirs au fil de ses dĂ©rives mentales dĂ©nuĂ©es de lueur, notamment en se rĂ©fĂ©rant Ă  un Ă©vènement majeur narratif qui intentera Ă  son Ă©ventuelle responsabilitĂ© et Ă  la culpabilitĂ© de son partenaire plongĂ© dans un tunnel sans fin. Vertigineux au possible jusqu'au malaise viscĂ©ral ad nauseam, si bien que certaines sĂ©quences rĂ©alistes provoquent autant la gĂŞne que le dĂ©goĂ»t, Black Flies ne nous lâche pas d'une semelle, Ă  l'instar d'un viol mental sans jamais nous demander pardon. Pour autant dĂ©nuĂ© de racolage Ă  mon sens objectif auprès de sĂ©quences extrĂŞmes sensorielles, Black Flies a surtout comme ambition de nous caractĂ©riser l'Ă©volution en perdition de ce duo de paumĂ©s s'efforçant de sauver les âmes perdues, Ă©garĂ©es (et damnĂ©es) Ă  bord de leur vĂ©hicule dans un enfer terrestre dĂ©shumanisant. Immersif au possible jusqu'en apesanteur Ă  travers son maelstrom de tourments moraux difficilement gĂ©rables, Black Flies se dĂ©cline en concentrĂ© de malaise imparable auprès de ses Ă©motions torturĂ©es Ă  l'aura licencieuse.  

Un constat pessimiste sur nos sociĂ©tĂ©s contemporaines aliĂ©nĂ©es, Ă  rĂ©server Ă  un public averti. 

*Bruno

jeudi 25 avril 2024

Vermines. César du Meilleur Premier film, 2024.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de SĂ©bastien VaniÄŤek. 2023. France. 1h45. Avec ThĂ©o Christine, Sofia Lesaffre, JĂ©rĂ´me Niel, Lisa Nyarko, Finnegan Oldfield, Marie-Philomène Nga.

Sortie salles France: 27 Décembre 2023

FILMOGRAPHIESĂ©bastien VaniÄŤek est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français. 
2023: Vermines. 


Chapeau l'artiste ! Si bien que pour une première rĂ©alisation (aurĂ©olĂ©e du Meilleur Premier Film aux CĂ©sars 2024) on peut Ă©voquer le coup de maĂ®tre (ou presque pour les plus exigeants) de la part du nĂ©ophyte SĂ©bastien Vanicek respectant Ă  la lettre le genre horrifique avec un art consommĂ© de la prouesse technique. Tant auprès de sa rĂ©alisation Ă©tonnamment fluide multipliant cadrages inventifs et alambiquĂ©s, travellings circulaires, que de ses effets-spĂ©ciaux, probablement mĂ©caniques ET numĂ©riques, d'un rĂ©alisme Ă  couper au rasoir. Tant et si bien qu'Ă  travers la simplicitĂ© de son pitch adepte du huis-clos domestique (ici un immeuble abritĂ© par de jeunes banlieusards en cohĂ©sion), le cinĂ©aste terriblement inspirĂ© multiplie Ă  rythme mĂ©tronome les sĂ©quences affolantes d'affront, de stress, d'oppression puis de confrontations musclĂ©es avec les forces de l'ordre (pour son final autrement explosif) avec une efficacitĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Et si les acteurs non professionnels, et donc perfectibles, manquent parfois de vĂ©racitĂ© expressive auprès de leur diction rarement théâtrale, ils n'en demeurent pas moins attachants, impliquĂ©s, spontanĂ©s, pugnaces, fragiles notamment, auprès de leur parcours de survie toujours plus contraignant eu Ă©gard de l'invasion exponentielle de ses araignĂ©es issues du dĂ©sert nord-africain. 


Sébastien Vanicek
usant de subterfuges, de machiavélisme en roue libre afin de nous foutre la pétoche quant aux apparitions furtives des araignées se faufilant tous azimuts (sous-sols, façades, greniers, couvertures, cartons) au point de nous susciter une appréhension franchement répulsive lorsque celles-ci se jettent sur leur proies avec une vélocité épeurante. On sort donc de la projo aussi comblé que rassasié d'avoir assisté à un affrontement aussi épique que stoïque (euphémisme tant nos jeunes héros décuplent les prises de risques afin de rester en vie) sous l'impulsion d'une caractérisation psychologique jamais abrutissante. Voire parfois même quelque peu décalée, puisque le cinéaste se permet en outre d'y injecter quelques saillies d'humour assez percutantes tout en maintenant au possible une tension parfois intolérable; notamment auprès du sort précaire de certains protagonistes que l'on hésite pas à sacrifier. On peut enfin remarquer en filigrane sociétale le sempiternel discours (louablement concis) sur la fracture indéfectible qui oppose flics et jeunes de quartier s'affrontant mutuellement sans pouvoir trouver un terrain d'entente de par leur condition d'exclusion souvent impartie à la peur (et la haine) de l'étranger. Avec en prime une certaine émotion lorsque les survivants prennent conscience de leur traversée de l'horreur avec une mélancolie amère auprès du sort imparti à leur cocon urbain. Ce final est à ce titre aussi beau que poétique, notamment auprès de cette ultime image aussi noble que saillante car militant pour le respect de la nature et de l'animal qui y cohabite, aussi dérisoire soit son enveloppe corporelle.


Faut-il enfin prĂ©ciser que pour un film français tout juste novice, Vermines demeure l'un des plus nobles reprĂ©sentants du genre ? Un des plus effrayants films d'arachnide jamais tournĂ©s Ă  trĂ´ner auprès du maĂ®tre Ă©talon l'Horrible Invasion de John Bud Cardos. Un authentique film d'horreur conçu Ă  l'artisanal au sein d'un cadre esthĂ©tique contemporain aussi convaincant qu'actuel. 

*Bruno

Récompenses:
César 20246 :

Meilleurs effets visuels

Meilleur premier film

mercredi 24 avril 2024

The Sadness / Kū bēi / La Tristesse. Prix du Public: Grimmfest 2021.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Rob Jabbaz. 2021. Taiwan. 1h39. Avec Berant Zhu, Regina Lei, Ying-Ru Chen, Tzu-Chiang Wang

Sortie salles France: 6 Juillet 2022 (- 16 ans avec Avertissement). TaĂŻwan: 22 Janvier 2021

FILMOGRAPHIE: Rob Jabbaz est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste taĂŻwanais. 2021: The Sadness. 


Mea-culpa.
PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation sulfureuse alors que 2 rĂ©compenses lui furent dĂ©cernĂ©es lors de sa sortie, The Sadness est un bon gros dĂ©lire cartoonesque aussi mĂ©chamment pervers qu'inquiĂ©tant. Notamment sous l'impulsion de (la discrĂ©tion de) son score monocorde parvenant Ă  distiller une ambiance mortifère quelque peu envoĂ»tante auprès de la tentative de survie d'un jeune couple en perdition malencontreusement sĂ©parĂ© depuis l'aube matinale d'une contamination nationale. Pur divertissement gorasse dĂ©versant des hectolitres de sang (coagulĂ© svp !) Ă  l'Ă©cran avec une outrance improbable afin d'Ă©luder l'insoutenable, tout du moins pour la plupart des nombreuses sĂ©quences chocs d'une inventivitĂ© en roue libre, The Sadness est d'autant plus sobrement intense et plutĂ´t bien maĂ®trisĂ© (pour une première rĂ©al qui plus est) pour ne jamais relâcher l'intĂ©rĂŞt en dĂ©pit d'un rĂ©cit convenu. A l'instar du classique blafard de Cronenberg, Rage auquel il entretient quelques points communs. 


On peut Ă©galement compter sur l'implication mesurĂ©e des comĂ©diens (mĂ©connus chez nous) pour provoquer l'empathie (le duo d'amants maudits que l'on observe en alternance chacun de leur cĂ´tĂ© autonome) ou au contraire l'apprĂ©hension lorsque chacun des contaminĂ©s est confrontĂ© Ă  une incontrĂ´lable folie meurtrière Ă  la fois redoutablement sadique et dĂ©bauchĂ©e. Le rĂ©alisateur, aussi provocateur et burnĂ© soit-il, ne cĂ©dant toutefois jamais Ă  l'itĂ©ration rĂ©barbative du gore Ă©chevelĂ© introduit en intermittence. On notera par ailleurs qu'outre l'Ă©vidente mĂ©taphore impartie Ă  la paranoĂŻa de la Covid (alors que le film fut rĂ©alisĂ© avant la pandĂ©mie), l'esprit individualiste prime, mĂŞme auprès de nos hĂ©ros en perte de vitesse s'efforçant de s'extirper de l'enfer avec un Ă©goĂŻsme parfois opportuniste (comme le souligne la jeune hĂ©roĂŻne dĂ©robant un portable Ă  l'infirmier tout aussi lâche qu'elle quelques instants plus tĂ´t lors d'une escapade dans les sous-sols hospitaliers). Le taĂŻwanais Rob Jabbaz poursuivant non stop son parti-pris escarpĂ© quant Ă  l'amertume de sa conclusion dĂ©faitiste instillant avec sobriĂ©tĂ© payante un climat de dĂ©sespoir permĂ©able. 


Une belle découverte donc assez prometteuse, impressionnante et captivante pour contenter les afficionados d'un gore extrême pour autant décomplexé, folingue et débridé. Le réalisateur insistant à fond sur les litres de sang s'échappant des corps (troués, dilacérés, explosés, grignotés ou entaillés) à grandes giclées souvent disproportionnées.

*Bruno

Récompenses
FanTasia 2021 : meilleur film pour Rob Jabbaz

Grimmfest 2021 : prix du public

jeudi 18 avril 2024

Eclair de Lune / Moonstruck. Oscar 88 Meilleure Actrice: Cher.

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ebay.com

de Norman Jewison. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Cher, Nicolas Cage, Vincent Gardenia, Olympia Dukakis, Danny Aiello, Julie Bovasso, John Mahoney 

Sortie salles France: 6 Avril 1988. U.S: 18 Décembre 1987

FILMOGRAPHIE: Norman Jewison est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste canadien, né le 21 Juillet 1926 à Toronto (Canada). 1962: Des ennuis à la pelle. 1963: Le Piment de la vie. 1964: Ne m'envoyez pas de fleurs. 1965: The Art of love. 1965: Le Kid de Cincinnati. 1966: Les Russes Arrivent. 1967: Dans la chaleur de la nuit. 1968: l'Affaire Thomas Crown. 1969: Gaily, gaily. 1971: Un violon sur le toit. 1973: Jésus Christ superstar. 1975: Rollerball. 1978: F.I.S.T. 1979: Justice pour tous. 1982: Best Friends. 1984: A Soldier Story. 1985: Agnès de Dieu. 1987: Eclair de lune. 1989: Un Héros comme tant d'autres. 1991: Larry le liquidateur. 1994: Only you. 1996: Bogus. 1999: Hurricane Carter. 2003: Crime contre l'humanité.

Il y a des films comme ça que l'on dĂ©couvre au hasard d'une location Vhs lorsque l'on fut ado et qui nous marqua au point de nous laisser une empreinte dans un p'tit coin de notre coeur. Eclair de Lune en fit donc parti pour mon jugement de valeur. Et le revoir une seconde fois 37 ans plus tard suscite un enthousiasme nostalgique mĂŞlĂ© d'une touche d'apprĂ©hension quant Ă  son contenu vĂ©ritablement qualitatif. A savoir si j'allais retrouver mes Ă©motions d'un passĂ© insouciant depuis mon adolescence Ă  la fois candide et nĂ©ophyte. Romcom rĂ©alisĂ©e par l'Ă©minent Norman Jewison (qu'on ne prĂ©sente plus), Eclair de Lune a ranimĂ© ma flamme amoureuse en dĂ©pit d'une mise en place un tantinet laborieuse de l'intrigue et de ces personnages peu Ă  peu attachants. Si bien que passĂ©es les 35/40 minutes de mĂ©trage pour autant solidement mises en scène au sein d'une scĂ©nographie urbaine aussi chaleureuse que rĂ©confortante, Eclair de Lune prend son envol pour structurer un charme aussi pur que dĂ©pouillĂ© eu Ă©gard de l'intelligence du cinĂ©aste Ă  ne point s'Ă©garer dans la facilitĂ© des bons sentiments mielleux. 

Bien au contraire, Eclair de Lune demeurant si touchant, si Ă©mouvant, si pur, si intègre et lucide pour nous Ă©voquer la complexitĂ© de l'amour (en Ă©troite relation avec la peur de la mort apprendrons nous !) Ă  travers l'infidĂ©litĂ© conjugale de protagonistes familiaux qu'on ne peut que se rĂ©jouir du rĂ©sultat attendrissant inscrit dans une modeste mesure. Norman Jewison tablant beaucoup sur l'humour des dialogues ciselĂ©s et des situations folingues pour nous enivrer sous l'impulsion d'une plĂ©thore de comĂ©diens absolument dĂ©licieux de spontanĂ©itĂ©. Je ne vais pas tous les citer par manque de temps, et c'est bien dommage car par ex Olympia Dukakis (Oscar du Meilleur Second-RĂ´le) m'a tant Ă©mu en sexagĂ©naire trompĂ©e (et de manière totalement fortuite !). Mais on ne peut que s'incliner du talent subtilement sĂ©millant de Cher accompagnĂ©e de Nicolas Cage (Ă  son âge juvĂ©nile) formant un duo d'amants impromptus davantage fusionnels dans leur dĂ©sir d'y bafouer les règles de la biensĂ©ance au moment de cĂ©der Ă  leur passion des sentiments. A eux deux ils portent l'intrigue sur leurs Ă©paules, entre fraĂ®cheur et naturel sans fard pour mieux nous immerger dans leur liaison houleuse Ă  deux doigts de s'Ă©teindre, ou, au contraire, de s'Ă©manciper vers des horizons prospères. 

Alla famiglia. Santé !
ComĂ©die romantique candide Ă©lĂ©gamment mise en scène parmi l'autoritĂ© d'un solide artisan ayant surfĂ© sur tous les genres souvent pour le meilleur, Eclair de Lune est un divertissement (hĂ©las) oubliĂ© truffĂ© de qualitĂ©s quand il s'adresse au coeur et Ă  la raison dans sa mĂ©ditation de l'amour impossible Ă  anticiper. Tous les comĂ©diens, sans exception aucune, demeurant toujours plus sĂ©duisants, passionnants, Ă©mouvants dans leur fragilitĂ© torturĂ©e Ă  se remettre en question pour l'enjeu de rĂ©demption. Une oeuvre aussi fragile que solaire qui donne envie d'aimer, de croire en son destin sans l'ombre de la suffisance (bien au contraire tant les personnages, tous âges confondus, restent des enfants incomplets). 


Récompenses

3 Oscars :

Meilleure actrice pour Cher

Meilleur second rĂ´le pour Olympia Dukakis

Meilleur scénario pour John Patrick Shanley

American Comedy Award

Ours d'argent du meilleur réalisateur à la Berlinale pour Norman Jewison

2 Golden Globes :

Meilleure actrice dans une comédie (Cher)

Meilleur second rôle féminin (Olympia Dukakis)

1989 :

ASCAP Award pour le Top Box Office Films


lundi 15 avril 2024

Vent de Folie / The Wind

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nico Mastorakis. 1986. U.S.A/Grèce. 1h32. Avec Meg Foster, Wings Hauser, Robert Morley, David McCallum. 

Sortie salles France: ?. U.S: 25 Novembre 1987. Angleterre: 17 Novembre 1986.

FILMOGRAPHIE: Nico Mastorakis est un réalisateur, scénariste et producteur grec né le 28 Avril 1941 à Athènes. 1976: Ta paidia tou Diavolou. 1976: To koritsi vomva. 1990: In the Cold of the Night. 1990 Hired to Kill. 1989 Ninja Academy. 1988 Glitch! 1988 Nightmare at Noon. 1987: Meurtre dans l'objectif. 1986 The Wind (Video). 1986 Heros Boys. 1985 Sky High. 1984 To kynigi tou ekatommyriou (Video). 1984 The Time Traveller. 1984 Onde de choc. 1992: The Naked Truth. 2002: .com for Murder.

                                        
 
"Vent de Folie : l’Ă®le aux murmures assassins".
ArlĂ©sienne horrifique que cette production amĂ©ricano-grecque signĂ©e Nico Mastorakis (le sympathique Onde de choc, jadis diffusĂ© sur TV6). Vent de Folie s’est fait connaĂ®tre des initiĂ©s via la VHS locative et Canal+ Ă  la fin des annĂ©es 80. Il s’y tailla d’ailleurs une rĂ©putation flatteuse (notamment dans Mad Movies) avant de sombrer, depuis, dans l’oubli — une simple recherche en ligne suffit Ă  mesurer ce silence, malgrĂ© quelques critiques inĂ©quitables glanĂ©es sur une plateforme confidentielle.

Et pourtant, Vent de Folie reste une sĂ©rie B exemplaire, comme on n’en fait plus, par son atmosphère trouble, presque tempĂ©tueuse. Mastorakis soigne Ă  merveille son cadre insulaire et nocturne (impossible de ne pas songer Ă  Anthropophagous durant la projection) et cisèle de splendides Ă©clairages qui infusent l’Ă©cran d’un onirisme Ă©trange, inquiĂ©tant, sensuel presque, oserais-je dire. Au-delĂ  de l’efficacitĂ© de son script — un jeu du chat et de la souris sans temps mort — Vent de Folie innove dans le genre psycho-killer en convoquant un atout rare : l’Ă©lĂ©ment naturel du vent, traitĂ© avec une attention formelle et sonore qui en fait une menace Ă  part entière, modelant le sort prĂ©caire de personnages Ă©garĂ©s dans la tourmente, physiquement et psychologiquement.


Il faut aussi saluer le parti pris atypique de confier le premier rĂ´le Ă  Meg Foster, troublante de mystère derrière ses yeux azur surnaturels : une femme forte, peu encline Ă  la panique, qui endure traque, harcèlement et coups sans jamais rompre son sang-froid ni sa luciditĂ©. Face Ă  elle, Wings Hauser, parfaitement Ă  sa place, cabotine en psychopathe insidieux, savourant chaque embuscade, distillant d’inquiĂ©tants moments de rĂ©pit avant de relancer la chasse dans ce dĂ©dale insulaire presque dĂ©sert. Mastorakis exploite chaque ruelle, chaque recoin de pierre, grâce Ă  une camĂ©ra mobile et souvent tortueuse, rendant ce huis clos mutique d’autant plus oppressant.
 
Certes, les dix dernières minutes flirtent avec la facilitĂ© (le tueur qui ressuscite encore, la victime qui refuse de l’achever), mais la conclusion, futĂ©e, replace le vent au cĹ“ur de l’horreur, achevant de donner du souffle Ă  ce cauchemar insulaire. Les bruitages soignĂ©s et la bande-son signĂ©e Hans Zimmer, Ă©paulĂ© par Stanley Myers, enveloppent ce labyrinthe rocailleux d’une aura Ă©trange et hypnotique.


Une perle maudite j'vous dit.

*Bruno
2èx. vost

Merci Ă  Thierry Savastano

mardi 9 avril 2024

Man on Fire

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Tony Scott. 1994. U.S.A/Angleterre/Suisse/Mexique. 2h26. Avec Denzel Washington, Dakota Fanning, Radha Mitchell, Christopher Walken, Marc Anthony, Giancarlo Giannini, Mickey Rourke. 

Sortie salles France: 13 Octobre 2004.

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (né le 21 juillet 1944 à Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un réalisateur, producteur, producteur délégué, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les Prédateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre,1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire, 2005 : Domino, 2006 : Déjà Vu, 2009 : L'Attaque du métro 123, 2010 : Unstoppable.

Peut-être l'un des plus grands films fondés sur une vengeance animale avec "Il était une fois dans l'Ouest", "Impitoyable", "Le Vieux Fusil", "Mad-Max", "Carrie", "The Crow", "Conan".

OpĂ©ra de sang, de larmes et de mort d'une intensitĂ© dramatique Ă  la fois bouleversante et rigoureuse, tant auprès des apartĂ©s intimes entre Creasy (Denzel Washington) et Pita (Dakota Fanning) d'une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, que des exactions putassières de l'ange exterminateur Ă  bout de souffle lors d'une seconde partie capiteuse, Man on Fire est un chef-d'oeuvre sĂ©pulcral dont on ne sort pas indemne. L'ombre de Dieu planant durant tout le rĂ©cit sur les Ă©paules de Creasy chargĂ© de haine et de remord dans sa condition Ă©corchĂ©e vive de s'ĂŞtre avili lorsqu'il fut autrefois agent de la CIA. Or, par la bontĂ© candide d'une fillette qu'il doit protĂ©ger en tant que garde du corps au sein d'une ville vĂ©reuse apte aux enlèvements, il parvient Ă  retrouver foi en lui de par l'amitiĂ© naissante qu'elle lui inculque avec tendresse et intĂ©gritĂ© dĂ©sarmantes. Ainsi, si la première heure, extrĂŞmement attachante auprès de la relation amiteuse entre eux nous hypnotise le coeur sous l'impulsion de comĂ©diens au diapason de leur carrière pour leur naturel instinctif, le second acte funèbre ranimera les pulsions criminelles du garde du corps par le truchement d'une vendetta en roue libre dĂ©nuĂ©e de concession. 

                                      

Nanti d'une réalisation épileptique rigoureusement expérimentale, notamment afin d'exacerber le profil névrosé, dégénéré mais calculateur du vengeur redresseur de tort d'un calme olympien, Man on Fire nous immerge de plein fouet dans un univers de corruption nécrosée à faible lueur d'espoir. Le Mal et ses sbires demeurant à chaque coin de rue afin d'asseoir leur autorité crapuleuse par l'entremise du rapt d'enfant que la ville occasionne fréquemment (le prologue nous averti que 70% d'entre eux sont retrouvés morts chaque année). Tony Scott ballotant son récit d'ultra violence à l'instar d'un vortex émotif sans que toutefois n'y soit jamais confondu précipitation et efficacité. D'autre part, de par la densité d'une intrigue plus substantielle et impromptue qu'elle n'y parait (tant auprès des révélations auprès des complices et coupables, des confrontations explosives générant un climat furibond parfois proche du chaos que du revirement rédempteur chargé de désespoir), Man on Fire convoque un malaise sous-jacent quasi viscéral, sensoriel. Tant le réalisme opéré aux châtiments punitifs, le parti-pris inventif de l'exprimer de manière furtive au sein d'un climat urbain à la fois trouble, malsain, délétère nous martèlent la vue, l'ouïe, l'esprit sous la mainmise d'une aura religieuse que Creasy a autant de mal à se défaire lors de sa culpabilité morale suicidaire.

VoilĂ  pourquoi Man on Fire demeure aussi puissant et implacable qu'inoubliable et dĂ©chirant auprès de sa mise en image aussi odieuse qu'infiniment fragile. Tony Scott distillant durant ce vĂ©nĂ©neux chemin de croix une sensibilitĂ© infinie pour tenir lieu de la reconversion du justicier habitĂ© par l'influence du Mal mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  contredire son destin d'après une Ă©preuve de force hĂ©roĂŻque. Ainsi, de ce torrent d'Ă©motions Ă  la fois douloureuses et vertigineuses, Scott y extrait une rĂ©flexion sur la foi religieuse avec un art consommĂ© de la remise en question morale que tout un chacun peut un jour s'autoriser Ă  se questionner lorsqu'il a cĂ©dĂ© Ă  ses bas-instincts destructeurs. 

*Bruno
2èx. Vo
Box-Office France: 435 128 entrées

samedi 6 avril 2024

The Neon Demon

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Winding Refn. 2016. France/U.S.A/Danemark. 1h57. Avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee Kershaw, Desmond Harrington, Christina Hendricks.

Sortie salles France: 8 Juin 2016. U.S: 24 Juin 2016 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Nicolas Winding Refn est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur danois, né le 29 septembre 1970 à Coppenhague (Danemark). 1996: Pusher. 1999: Bleeder. 2003: Inside Job. 2004: Pusher 2. 2005: Pusher 3. 2008: Marple - Nemesis (télé-film). 2009: Bronson. 2010: Valhalla Rising. 2011: Drive. 2012: Only God Forgives. 2016: The Neon Demon.


Mea culpa
(Revoyure d'une) charge fĂ©roce contre l'univers pailletĂ© de la mode dans sa forme (ultra) superficielle, The Neon Demon laisse des traces dans l'encĂ©phale après que nous ayons observĂ© (en mode contemplatif) la descende aux enfers d'une mannequin de 16 ans initiĂ©e au narcissisme le plus dĂ©shumanisant. C'est ce que Nicolas Winding Refn nous relate progressivement lors de son introspection professionnele avec souci esthĂ©tique obsessionnel (chaque plan chiadĂ© nous Ă©clate Ă  la figure tel un feu d'artifices nĂ©crosĂ©) tout en lui confrontant en contrepoint un duo de rivales Ă©lectrisantes de soif de cĂ©lĂ©britĂ©. Des poupĂ©es barbies dĂ©nuĂ©es d'expressivitĂ© dans leur posture ultra guindĂ©e entièrement soumise Ă  leur (sur)ego. Discours sur les consĂ©quences dĂ©gĂ©nĂ©ratives de l'Ă©litisme, sur l'addiction de la chirurgie et ses apparences fallacieuses et sur la dĂ©chĂ©ance morale au sein de la compĂ©titivitĂ© du mannequinat, The Neon Demon dilue un climat glaçant de bassesse, d'abĂŞtissement, de silence terrifiant n'ayant rien Ă  envier aux univers troubles lynchĂ©ens. 

Notamment en se rĂ©fĂ©rant aux bizarreries horrifico-fantasmagoriques qui empoisonnent le rĂ©cit Ă  renfort d'images lascives, lĂ©chĂ©es, aussi fascinantes que malaisantes ou encore dĂ©rangĂ©es. Et si l'Ă©trange Ă©motion, qui s'instille au cours du vĂ©nĂ©neux rĂ©cit demeure sciemment timorĂ©e, dĂ©stabilisante, dĂ©concertante, voir Ă©galement frĂ©quemment impassible, c'est pour mieux perdre nos repères dans ce dĂ©dale charnel de beautĂ© funeste. L'absence d'Ă©thique, d'affection, d'humanitĂ© des personnages fĂ©minins (mais aussi masculins, Ă  l'exception du petit ami de Jesse non corrompu) nous sautant sournoisement Ă  la figure, tels des androĂŻdes huppĂ©s au regard perçant dĂ©nuĂ©s de charitĂ©. Leur sensibilitĂ© s'Ă©tant noyĂ© dans un vivier (d'acide) pĂ©cunier faute de s'ĂŞtre dĂ©voyĂ©es au concours d'une beautĂ© esthĂ©tique asexuĂ©e (elles ne sont que des plantes aseptiques soumises Ă  leur hiĂ©rarchie castratrice). Et ce avant de se complaire dans un cannibalisme ordurier pour tenter d'accĂ©der en un temps si furtif (passĂ© l'âge de 20 ans, elles sont dĂ©jĂ  hors course) Ă  la quintessence artistique. 

Expérience onirico-sensuelle substituée en offrande fétide, The neon Demon ne peut laisser indifférent à travers sa puissance formelle autant que morale faute de nous avoir projeté avec provocation (et une certaine dérision sardonique propre à la satire vitriolée) un tableau dérisoire sur la noblesse féminine la plus sournoise et délétère quand elle ne compte que sur son corps, son apparence pour être aimée et starisée.

*Bruno
2èx. Vo
06.04.24
02.09.16.

jeudi 4 avril 2024

Frenzy

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alfred Hitchcock. 1972. Angleterre. 1h56. Avec Jon Finch, Barry Foster, Anna Massey, Barbara Leigh-Hunt, Alec McCowen, Vivien Merchant, Billie Whitelaw.

Sortie salles France: 26 Mai 1972

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.

Avant dernier mĂ©trage du maĂ®tre du suspense alors que pour la 1ère fois de sa carrière il fut interdit aux - de 17 ans Outre Atlantique, Frenzy est un excellent thriller horrifique Ă©maillĂ© de saillies d'humour noir et de sĂ©quences dĂ©calĂ©es plutĂ´t impayables (les brouets que l'Ă©pouse de l'inspecteur Oxford lui occasionne chaque soir). "Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux, et très… très long". C'est ce que l'on nous dĂ©voile lors du premier homicide qu'Hitchcock façonne avec une Ă©vidente provocation vĂ©riste (symptomatique des Seventies) tant l'aura malsaine qui Ă©mane du huis-clos et des regards torturĂ©s entre tueur et victime invoquent un malaise palpable assez dĂ©rangeant (d'oĂą son interdiction aux - 17 ans). Hitchcock ne lĂ©sinant pas sur les images d'effroi Ă  la fois cruelles, perverses, violentes lorsque l'assassin s'acharne d'y Ă©trangler sa proie Ă  l'aide d'une cravate après l'avoir violĂ© (corps Ă©tonnamment dĂ©nudĂ© Ă  l'appui de la part du cinĂ©aste rĂ©signĂ© Ă  se renouveler). Or, c'est bel et bien l'unique meurtre que nous subirons si bien que les suivants (clairsemĂ©s) seront intelligemment soumis au hors-champs afin de ne pas sombrer dans une horreur gratuite trop complaisante (on peut d'ailleurs relever un superbe plan sĂ©quence rĂ©alisĂ© en marche-arrière afin de suggĂ©rer l'horreur de l'agression que nous redoutions sans ambages). 

Passionnant d'y renouer avec la thématique du faux-coupable que ce dernier subira lors d'un concours de circonstances à la fois insidieuses, infortunées et vindicatives, notamment parmi le témoignage grossier du préjugé (réflexion acide sur les commérages et le faux semblant), l'intrigue est établie du point de vue de cette victime irascible (en somme un connard machiste, pour ne pas dire misogyne) constamment piégée d'une accumulation d'incidents sardoniques qu'Hitchcock ose mettre en exergue sans complexe aucun. D'où l'aspect moderne de son thriller à suspense jonglant avec une alchimie goguenarde auprès d'un humour caustique aussi grinçant que jubilatoire. Quand bien même on reste autant surpris par l'imprévisibilité des prochains meurtres sachant qu'Hitchcock se délecta bien avant ses exactions de nous familiariser auprès de femmes raisonnables afin de mieux nous ébranler lors des passages à l'acte. La franche empathie pour elles fonctionnant à plein régime au point de se dire qu'il n'oserait se permettre pareils sacrifices. Quant aux acteurs british aux visages assez peu habituels, ils jouent autant sur la dérision (tacite pour certains) et la réflexion hésitante que sur la gravité morale de se confondre dans une scénographie Londonienne à la fois inquiétante, malsaine, insécure même si tout est suggéré et qu'aucune délinquance ne vienne entacher le tableau dérisoire.

Brillant, couillu et drĂ´lement noir pour son horreur macabre (tristement) contemporaine. 

*Bruno
2èx

mardi 2 avril 2024

Hellraiser (2022)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Bruckner. 2022. U.S.A. 2h01. Avec Odessa A'zion, Jamie Clayton, Adam Faison, Drew Starkey, Brandon Flynn, Aoife Hinds 

DiffusĂ© sur Paramount + le 15 octobre 2023 

FILMOGRAPHIEDavid Bruckner est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain né en 1977 ou 1978. 2007 : The Signal (coréalisé par Dan Bush et Jacob Gentry). 2011 : Talk Show (court métrage). 2012 : V/H/S - segment Amateur Night. 2015 : Southbound - segment The Accident. 2017 : Le Rituel (The Ritual). 2019 : Creepshow (série TV) - 2 épisodes. 2020 : La Proie d'une ombre (The Night House). 2022 : Hellraiser.

Très bonne surprise que ce reboot conçu par David Bruckner (Le Rituel, la Proie d'une Ombre) après avoir Ă©tĂ© plusieurs fois repoussĂ© par d'autres cinĂ©astes (dont Pascal Laugier en froid avec les producteurs car dĂ©sireux d'un objet plus conforme et ludique). Et si cet Hellraiser 2022 n'atteint pas Ă  mes yeux le niveau qualitatif des 2 premiers opus dans toutes les mĂ©moires des initiĂ©s, il demeure de loin le meilleur opus de tout ce qui a suivi ensuite pour le pire (dans 90% des cas si j'ose dire). Rien qu'au niveau de l'interprĂ©tation juvĂ©nile fort convaincante (Odessa A'zion en marginale Ă  la fois perplexe, paumĂ©e et torturĂ©e vampirise l'Ă©cran par son humanisme nĂ©vralgique inspirant d'autre part l'ambiguitĂ© morale), du design des nouveaux cĂ©nobites rĂ©gentĂ©s par une matrone dĂ©moniale assez charismatique pour inspirer apprĂ©hension, fascination, dĂ©goĂ»t, des sĂ©quences gores de tortures extrĂŞmes particulièrement viscĂ©rales, Hellraiser 2022 a tout pour sĂ©duire en dĂ©pit d'un traitement contemporain qui diffère bien que son approche SM s'inscrit dans ce mĂŞme goĂ»t de provocation sulfureuse. Ainsi, Ă  travers le caractère Ă  nouveau intrigant du cube casse-tĂŞte, l'efficacitĂ© du rĂ©cit narrĂ© sans temps mort (Ă  contrario de ce que j'ai pu entendre auprès de sa première partie - il faut bien planter l'intrigue et faire connaissance avec les personnages -) dĂ©pend de l'attitude censĂ©e d'une soeur dĂ©sespĂ©rĂ©e tentant de retrouver en vie son frère et de le sauver des forces du Mal en s'invitant dans une demeure suspicieuse.

Et ce tout en illustrant de façon toujours plus insĂ©cure les rĂ©actions fĂ©briles de ses amis mutuellement en proie au doute, Ă  l'espoir, la peur, l'interrogation, la fascination aussi, de se laisser dĂ©river vers un univers singulier Ă©chappant Ă  leur raison (et parfois mĂŞme leur contrĂ´le mental pour les plus vĂ©reux et proscrits). David Bruckner exploitant Ă  l'aide d'idĂ©es visuelles retorses l'enceinte de cette demeure abandonnĂ©e rĂ©duite en cage de fer semblable Ă  un cube gĂ©ant. Avec une judicieuse utilisation d'hallucinations Ă©peurantes que les martyrs perçoivent dans leurs tourments avant l'apparition dantesque d'un Leviathan, clin d'oeil aussi fantasque et disproportionnĂ© Ă  l'opus 2 rĂ©alisĂ© par Tony Randel, ici rĂ©alisĂ© avec des FX numĂ©riques tout Ă  fait rĂ©alistes afin de s'immerger dans cet univers mortifiĂ© autrement blafard. On peut enfin Ă©galement relever en guise de trouvaille impromptue un rebondissement bien amenĂ© vers ses 40 ultimes minutes afin de crĂ©er la surprise puis renforcer le caractère insidieux de tout un chacun lorsque l'homme avide de pouvoir est en requĂŞte de transaction interdite, de plaisirs corporels les plus trash et dĂ©viants. Et sur ce point rĂ©pulsif, Hellraiser 2022 possède dans sa maudite besace nombre de sĂ©quences hardcore quasi Ă©mĂ©tiques de par son rĂ©alisme cru plus vrai que nature explosant dans la dernière demi-heure. Tout du moins dans la majoritĂ© des cas car si d'autres sĂ©quences numĂ©riques font un tantinet tâche, on croit nĂ©anmoins Ă  ce que l'on voit et subi avec une rĂ©pulsion viscĂ©rale suscitant le haut le coeur (pour les plus sensibles du moins, ce qui fut facilement mon cas). Et puis comme on dit si bien, plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleure l'Ă©preuve sera, si bien que l'acteur croato-amĂ©ricain Goran Višnjić (Urgences !) inspire vĂ©ritablement le dĂ©goĂ»t en collectionneur d'oeuvre d'art nanti entièrement soumis Ă  ses instincts pervers les plus licencieux. L'acteur cassant son image docile avec une haine expressive assez vigoureuse pour inspirer l'aversion. 

Etrange et inquiĂ©tant, choquant et rĂ©vulsif auprès d'un rĂ©alisme couillu, Hellraiser 2022 prend son sujet au sĂ©rieux pour relancer la machine Ă  frissons SM avec assez d'efficacitĂ© et d'intelligence pour s'extirper du produit mercantile. Alors offrez lui sa chance car il mĂ©rite bien le coup d'oeil, et au-delĂ  (j'en Ă©tais au second visionnage encore plus attrayant). 

*Bruno
2èx. vf

Ambulance

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Bay. 2021. U.S.A. 2h16. Avec Jake Gyllenhaal, Yahya Abdul-Mateen II, Eiza González, Garret Dillahunt, A Martinez, Keir O'Donnell, Moses Ingram, Wale Folarin, Colin Woodell

Sortie salles France: 23 Mars 2022

FILMOGRAPHIE: Michael Benjamin Bay nĂ© le 17 fĂ©vrier 1965 Ă  Los Angeles (Californie), est un rĂ©alisateur, producteur et acteur amĂ©ricain. 1995 : Bad Boys. 1996 : Rock. 1998 : Armageddon. 2001 : Pearl Harbor. 2003 : Bad Boys 2. 2005 : The Island. 2007 : Transformers. 2009 : Transformers 2 : La Revanche. 2011 : Transformers 3 : La Face cachĂ©e de la Lune. 2013 : No Pain No Gain. 2014 : Transformers : L'Ă‚ge de l'extinction. 2016 : 13 Hours. 2017 : Transformers: The Last Knight. 2019 : Six Underground. 2022 : Ambulance. 

On peut peut-ĂŞtre parler de gageure que d'avoir tenter de nous tenir en haleine 2h14 durant (paradoxalement on ne compte que 2 mns de gĂ©nĂ©rique de fin !) sur le concept balisĂ© du road movie (ici alerte). Dans la mesure oĂą Michael Bay parvient Ă  ne jamais relâcher la pression face aux actions d'un duo de braqueurs tentant d'arpenter Los Angeles dans une ambulance dĂ©robĂ©e, avec, Ă  bord, un flic grièvement blessĂ© et une infirmière s'efforçant de le maintenir en vie en dĂ©pit des courses-poursuites incessantes amorcĂ©es entre eux et forces de l'ordre (tant en voiture qu'en hĂ©lico) dĂ©cuplĂ©es en masse. Or, afin de nourrir puis relancer l'intensitĂ© des enjeux prĂ©caires (maintenir en vie l'otage Ă  tous prix, notamment pour Ă©viter de trĂ©passer sous les balles de snipers, dĂ©jouer les renforts policiers dĂ©pĂŞchĂ©s Ă  tous coins de rue), Michael Bay utilise sa camĂ©ra tel un joujou technique Ă  travers sa mise en scène expĂ©rimentale Ă  donner le vertige. Les angles de camĂ©ra ultra alambiquĂ©s fusant tous azimuts avec fluiditĂ©, les drones survolant l'espace urbain avec vĂ©locitĂ©; de manière Ă  dynamiter l'action, maintenir la tension au sein d'une ville tentaculaire filmĂ©e tel un documentaire. Michael Bay filmant avec inventivitĂ© ses pyrotechnies sous tous les angles expĂ©rimentaux au risque parfois d'empiĂ©ter sur le plaisir du spectateur "insatiable" privĂ© de l'intĂ©gralitĂ© de l'action. 

Quant aux acteurs très attachants dans leur fonction (anti)hĂ©roĂŻque de braqueurs stoĂŻques multipliant bravoures, risques suicidaires, discordes morales et indulgences auprès de l'infirmière et l'otage en instance de survie, nous Ă©prouvions une inĂ©vitable empathie en dĂ©pit d'un Jake Gyllenhaal Ă©tonnamment Ă  l'aise en braqueur furibard davantage erratique car Ă  deux doigts d'opĂ©rer des intentions criminelles lourdes de consĂ©quences. EmaillĂ© de rebondissements aussi dingues qu'improbables (la chirurgie improvisĂ©e au sein de l'ambulance, les mafieux mexicains Ă  la rescousse des braqueurs pour mieux dĂ»per la police), Ambulance parvient toutefois Ă  transcender ses idĂ©es capilotractĂ©es de par son humour parfois hilarant (rien qu'au niveau des rĂ©pliques cinglantes, me suis surpris Ă  rire nerveusement) qui empiète le rĂ©cit Ă  juste dose. Et si Ambulance n'est ni un chef-d'oeuvre ni un grand film, ce qu'il ne cherche jamais Ă  ĂŞtre, il reste jusqu'Ă  l'ultime image très efficace pour asseoir une rĂ©putation d'excellent divertissement tout en y incluant une vĂ©ritable Ă©motion dans la fratrie lors de son happy-end Ă  la fois tragique et rĂ©dempteur. Des sĂ©quences intimistes Ă©mouvantes qui parviennent lĂ  encore Ă  excuser ses ficelles afin de pardonner les actes rĂ©prĂ©hensibles d'un des 2 braqueurs. Ambulance s'Ă©rigeant Ă©galement en rĂ©cit initiatique quant Ă  l'humanisme torturĂ© de Will endossĂ© avec force, incertitude et dĂ©sarroi par l'afro Yahya Abdul-Mateen II tĂ©moignant des incartades de son frère avec un discernement davantage appuyĂ©. Quant Ă  Eiza González, si on ne peut s'empĂŞcher de la comparer Ă  l'actrice Michelle Rodriguez, elle demeure toutefois suffisamment expressive dans ses Ă©motions intimes Ă  la fois caractĂ©rielles et dĂ©munies pour se dĂ©tacher de l'emprise de l'avatar. 

Un divertissement exhaustif donc auprès de nos attentes ludiques,  gĂ©nĂ©reusement explosif, Ă©motif, palpitant, que Michael Bay illustre avec une ambition technique aussi personnelle que rĂ©flĂ©chie tout en nous faisant vibrer ses personnages peu recommandables.

*Bruno
2èx

samedi 30 mars 2024

Haute Tension. Grand Prix du Film Fantastique, Catalogne 2003.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site allocine.fr

d'Alexandre Aja. 2003. France. 1h30. Avec Cécile de France, Maïwenn, Philippe Nahon, Franck Khalfoun, Andreï Finti, Oana Pellea.

Sortie salles France: 18 Juin 2003 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 7 Août 1978 à Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns. 2016: La Neuvième Vie de Louis Drax. 2019: Crawl.

Un sommet du gore frenchie profondĂ©ment malsain, infernal, redoutable. 

ConsidĂ©rĂ© comme une bombe lors de sa sortie, tant auprès de la critique que du public, et ce en dĂ©pit de son Ă©chec commercial, Haute Tension n'a strictement rien perdu de sa vigueur horrifique quelques dĂ©cennies plus tard. Au point mĂŞme de reconsidĂ©rer son final rĂ©vĂ©lateur tant dĂ©criĂ© (si bien que j'en fis parti Ă  3 reprises) alors qu'aujourd'hui Ă  la revoyure d'une 4è projo je fus littĂ©ralement traumatisĂ© par ce rebondissement finalement cohĂ©rent Spoil ! quant Ă  l'homosexualitĂ© refoulĂ©e d'un personnage aussi dĂ©sarmĂ© que profondĂ©ment esseulĂ© de ne pouvoir ĂŞtre aimĂ© par l'ĂŞtre cher Fin du spoil. Mais alors pourquoi Haute Tension reste une rĂ©fĂ©rence du genre avec cette fameuse rĂ©putation d'avoir su rivaliser avec les prods ricaines les plus notoires ? Parce que Alexandre Aja traite son sujet très au sĂ©rieux, rĂ©invente les codes avec cette volontĂ© farouche d'y terroriser le spectateur auprès d'un parti-pris jusqu'au boutiste pour son ultra violence gorasse dĂ©ployĂ©e Ă  gros bouillon. Qui plus est, bĂ©nĂ©ficiant d'une direction artistique irrĂ©prochable, Aja soigne son ambiance Ă  la fois insĂ©cure et si fĂ©tide auprès d'un environnement nocturne aussi Ă©touffant que malaisant. Immersion assurĂ©e en y redoutant incessamment la prochaine sĂ©quence impitoyable que l'on nous illustre sans fard et encore moins de fioriture. 

Les victimes dĂ©munies, paralysĂ©s de frayeur tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'Ă©chapper au tueur fou (qu'endosse avec une aura aussi viciĂ©e que dĂ©bauchĂ©e l'impressionnant Philippe Nahon humectĂ© de sueur chaude sur son visage adipeux) avec une impuissance humaniste Ă  la limite du tolĂ©rable. Aja parvenant constamment Ă  entretenir une tension permanente auprès de ses victimes lâchement persĂ©cutĂ©es, en utilisant notamment des jumps-cares ultra efficaces afin de nous terroriser comme si nous Ă©tions Ă  l'intĂ©rieur de la demeure champĂŞtre, théâtre d'abominations crapuleuses. Si bien que l'ultra brutalitĂ© qui dĂ©coule des exactions putassières a de quoi franchement choquer, mĂŞme auprès des spectateurs les plus blasĂ©s, en dĂ©pit des provocateurs machistes n'ayant peur de rien se vanteront-ils. Quant au tendre duo formĂ© par CĂ©cile de France et MaĂŻwenn, celles-ci parviennent naturellement Ă  donner corps Ă  leur personnage torturĂ© avec une finesse de jeu expressif, entre nĂ©vralgie apeurĂ©e et crises de larmes aux confins de la folie dĂ©pressive. Portant le rĂ©cit sur leurs Ă©paules autour du monstre Nahon, nos deux jouvencelles contournent facilement les clichĂ©s de la potiche Ă©cervelĂ©e avec une fragilitĂ© humaniste pour autant dĂ©brouillarde et finalement combattive auprès de leur initiation Ă  la survie. 


Schizophrenia
De par son ambiance morbide indĂ©crottable Ă©paulĂ© d'un score funeste aussi monocorde que lancinant qui imprègne chaque image crĂ©pusculaire, Haute Tension fascine et dĂ©range au possible Ă  travers son concentrĂ© d'horreur licencieuse et d'âpre terreur que le spectateur perçoit entre fascination morbide et malaise viscĂ©ral d'une rigueur morale proche du traumatisme. Comme le souligne d'autant mieux son impensable final incongru d'une dramaturgie cĂ©rĂ©brale aussi rude qu'accablĂ©e. 

*Bruno
4èx

Babysitter Wanted

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de  Jonas Barnes et Michael Manasseri. 2008. U.S.A. 1h26. Avec Sarah Thompson, Matt Dallas, Bruce Thomas, Kristen Dalton, Bill Moseley, Nana Visitor.

DTV

FILMOGRAPHIE: Michael Manasseri (nĂ© le 28 fĂ©vrier 1974 Ă  Poughkeepsie, New York) est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 2008: Babysitter Wanted. 


OubliĂ©e aujourd'hui, cette sympathique sĂ©rie B demeure si charmante et attachante qu'on jurerait qu'elle fut rĂ©alisĂ© fin 80 / dĂ©but 90 si j'ose dire. D'ailleurs on pense Ă©videmment au chef-d'oeuvre de Fred Walton "Terreur sur la Ligne" mais aussi Ă  "House of the devil", tant pour l'ambiance obscure impartie au psycho-killer "harceleur tĂ©lĂ©phonique", que de la dĂ©rive dĂ©moniale du second acte faisant intervenir un rebondissement aussi couillu qu'improbable. Et si Ă  cause d'un certain personnage peu expressif (pour ne pas spoiler) surfe un peu vers le ridicule, il faut reconnaĂ®tre l'audace du rĂ©alisateur de s'Ă©carter des sentiers balisĂ©s alors que vers le dernier acte nombre de clichĂ©s viennent toutefois contredire ses intentions premières plutĂ´t louables. Ainsi, afin d'apprĂ©cier Ă  sa juste valeur ce divertissement bonnard souvent atmosphĂ©rique (et sur ce point c'est parfaitement rĂ©ussi, on est immergĂ© dans l'action bucolique !) il faut savoir le savourer au second degrĂ© comme le souligne d'ailleurs les comĂ©diens cabotins se fondant dans le corps de leur personnage avec un plaisir Ă©motif palpable Ă  l'Ă©cran. 


On peut aussi en dire autant de l'hĂ©roĂŻne principale (catholique dans l'âme auprès d'une mère bigote qui servira par ailleurs de vecteur hĂ©roĂŻque quant Ă  l'habiletĂ© d'une conclusion assez fun, pour ne pas dire prometteuse), jouant les victimes dĂ©munies avec assez d'expression (sciemment) timorĂ©e pour s'inquiĂ©ter constamment de son sort incertain. Et ce mĂŞme si plusieurs agressions physiques finissent hĂ©las (et c'est bien dommage) par tomber Ă  plat tant celle-ci demeure stupide Ă  se dĂ©fendre contre son adversaire en adoptant le moins de dĂ©termination et de violence possible (le frapper une seule et unique fois Ă  chaque estocade). Quand aux scènes gores qui irriguent ce survival davantage haletant elle surfe sur la mode du Tortur'porn avec un goĂ»t viscĂ©ral Ă©tonnamment putassier afin de combler nos attentes gentiment perverses. LĂ  aussi c'est particulièrement rĂ©ussi si bien que les trucages artisanaux font plaisir Ă  voir de par leur charnalitĂ© mĂ©canique ici assez dĂ©gueulbif (j'ai mĂŞme songĂ© Ă  D'Amato Ă  un moment propice, toutes proportions gardĂ©es). 


Franchement bonnard donc, tout du moins pour les inconditionnels de bisserie sans prétention, Babysitter Wanted mérite à être revu tant le métrage dégage aujourd'hui un charme rétro au point d'établir un trait d'union avec nos divertissements d'exploitation Eighties. Or il est évident que les auteurs y soient férus du genre.

*Bruno
2èx. Vo

mardi 26 mars 2024

La Mort aux Trousses / North by Northwest. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario, 1960

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site posterlounge.fr

d'Alfred Hitchcock. 1959. Angleterre. 2h16. Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Leo G. Carroll, Josephine Hutchinson, Philip Ober, Martin Landau 

Sortie salles France: 21 Octobre 1959. U.S: 17 Juillet 1959

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


Un grand classique des annĂ©es 50 qu'on ne prĂ©sente plus lorsqu'il porte la signature du grand Hitch. Bien que l'on peut toutefois rappeler que si la mise en place de l'intrigue n'accorde que peu de place Ă  l'action 1h28 durant (en dĂ©pit de cette fameuse poursuite en avion Ă  proximitĂ© d'un champs), les 45 ultimes minutes demeurent un grand moment de cinĂ©ma auprès de ses rebondissements, ses cascades vertigineuses sur le mont Rushmore et son intensitĂ© plus dĂ©complexĂ©e de par la progression du suspense savamment charpentĂ© en dĂ©voilant des indices Ă©loquents sans pouvoir l'anticiper. Et puis quel plaisir distinguĂ© de retrouver le duo glamour Gary Grant / Eva Marie Saint Ă  travers leur liaison houleuse si bien qu'Hitchcock se permet notamment d'y parfaire une Ă©treinte Ă©rotique d'une Ă©lĂ©gance tĂ©nue auprès des corps tendrement enlacĂ©s, et ce sur une durĂ©e inhabituellement consĂ©quente d'insister autant auprès de leur commune alchimie sensuelle (ah ces yeux qui se ferment d'Ă©motions Ă©panouies !). 


Des images subtilement concupiscentes plus fondantes les unes que les autres qu'on ne retrouve hĂ©las dans aucun mĂ©trage contemporain. Et si on a peut-ĂŞtre connu le maĂ®tre du suspense un peu plus inspirĂ© auprès d'autres rĂ©fĂ©rences plus immersives, hypnotiques et affolantes, La Mort aux Trousses n'en demeure pas moins un palpitant suspense d'espionnage truffĂ© de sĂ©quences jouissives en insistant Ă  nouveau sur l'Ă©lĂ©gance d'un final Ă©tourdissant, avec, cerise sur la gâteau, des trucages (d'incrustation) encore aujourd'hui bluffant de rĂ©alisme. Suffit de poser la question aux spectateurs souffrant vĂ©ritablement de vertigo pour s'apercevoir du talent perfectionniste d'Hitchcock jamais Ă  court d'idĂ©es cruelles afin d'amplifier l'intensitĂ© d'affrontements Ă  la fois insidieux et escarpĂ©s tout en malmenant sĂ©vèrement la femme (Ă©ventuellement) fatale. Enfin, il n'y a plus qu'Ă  compter sur  l'orchestration exhaustive de Bernard Herrmann irriguant tout le pĂ©riple pour renforcer son Ă©motion Ă  la fois exaltante (les sĂ©quences intimes entre le couple), inquiĂ©tante (notamment auprès de ses moult jeux de regards menaçants) et Ă©pique.


*Bruno
3èx

Récompenses:
1959 : coquille d'argent pour Alfred Hitchcock au Festival international du film de Saint-Sébastien
1960 : prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario pour Ernest Lehman