Nino, premier long mĂ©trage français rĂ©alisĂ© par Pauline Loquès, est ce genre de film oĂą, quitte Ă forcer un peu le trait, on pourrait presque parler de coup de maĂ®tre. Pour une première rĂ©alisation, la maĂ®trise est sidĂ©rante : une justesse, une finesse, une intelligence de mise en scène imparables. Un film entièrement dĂ©nuĂ© de pathos, d’Ă©motions programmĂ©es, portĂ© par une direction d’acteurs remarquable. Des visages inconnus, des corps neufs, tous d’une sobriĂ©tĂ© bouleversante, au jeu dĂ©pouillĂ©, naturel, spontanĂ©, pĂ©tri d’humanitĂ© et d’humilitĂ©, et surtout dĂ©barrassĂ© de toute diction théâtrale - ce qui, dans le paysage du cinĂ©ma français, n’est pas si courant, loin s'en faut, comme je le conteste frĂ©quemment.
Ce très beau drame intime retrace donc l’introspection morale de Nino, 29 ans, qui apprend brutalement qu’il est atteint d’un cancer de la gorge. Le film Ă©pouse alors son parcours intĂ©rieur, ses errances, ses amitiĂ©s, ses Ă©lans sentimentaux, au cĹ“ur d’un Paris jamais Ă©crasant, jamais dĂ©monstratif. Et ce qui touche profondĂ©ment, c’est l’immense pudeur avec laquelle Pauline Loquès dessine le profil psychologique de ce jeune homme, percutĂ© de plein fouet par une rĂ©vĂ©lation pathologique qui fissure tout.
On suit son cheminement moral avec une attention presque fĂ©brile, tant le film respecte sa fragilitĂ©, sa sensibilitĂ©, mais aussi sa force : celle de regarder en face ce qui pourrait Ă©branler sa vie, voire l’interrompre. Nino est un drame intime fort sur la prise de conscience de l’extrĂŞme fragilitĂ© de l’existence, lorsque la maladie surgit au moment le plus arbitraire, le plus injuste.
La grande force de ce film, d’ailleurs multi rĂ©compensĂ©, rĂ©side dans cette pudeur constante, cette finesse de regard et cette intelligence d’Ă©criture qui refusent toute complaisance, toute apitoiement sur le sort de ce personnage. Et son final, particulièrement beau et poignant sans jamais ĂŞtre appuyĂ©, est admirable dans sa manière de laisser l’avenir en suspens : entre le pire et un possible renouveau, entre la menace de la mort et l’espoir d’une nouvelle vision du monde, forgĂ©e dans l’Ă©preuve.
Merci Pauline Loquès, hâte de poursuivre ta carrière en herbe.
Récompenses: Festival de Cannes 2025 / Semaine de la Critique : Prix Louis-Roederer de la révélation pour Théodore Pellerin
Festival du cinéma américain de Deauville 2025 : Prix d'Ornano-Valenti
Les Visiteurs du Soir de Valbonne 2025 : Prix du public et Prix des Lycéens
Prix Pierre-Chevalier pour Pauline Loquès
Festival international du film francophone de Namur 2025 : Bayard du meilleur scénario, Bayard de la meilleure première oeuvre, Prix Be Tv
Festival international du film de Rome 2025 : Grand Prix du jury
Festival international du film de Varsovie 2025 : Grand Prix, Prix du jury jeune Fipresci, Prix du jury oecuménique
Festival international du film de Valladolid 2025 : Mention spéciale
Festival Cinémania de Montréal 2025 : Prix Canal+ Distribution du meilleur film
Lumières 2026 : Meilleur premier film








































