vendredi 14 août 2020

Bully. Grand prix, Stockholm, 2001

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.shopping.rakuten.com

de Larry Clark. 2001. U.S.A. 1h53. Avec Brad Renfro, Rachel Miner, Bijou Phillips, Nick Stahl, Michael Pitt.

Sortie salles France: 12 Décembre 2001

FILMOGRAPHIE: Larry Clark est un réalisateur, photographe, directeur de la photographie, né le 19 Janvier 1943 à Tulsa dans l'Oklahoma. 1995: Kids. 1998: Another Day in Paradise. 2001: Bully. 2002: Teenage Caveman (télé-film). 2002: Ken Park. 2004: Wassup Rockers. 2006: Destricted (segment Impaled). 2012: Marfa Girl (uniquement dispo sur le net). 2015: The Smell of us. 2018 : Marfa Girl 2.


Film choc s'il en est, ad nauseum, Bully est le nouvel uppercut de Larry Clark après avoir Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par le mythique Kids et le non moins poisseux Another day in Paradise. InspirĂ© d'un fait-divers perpĂ©trĂ© en 1993 auquel 7 adolescents tuèrent un de leur camarade abusif, Bully nous laisse le souffle coupĂ© sitĂ´t les sentences prononcĂ©es. Car on a beau s'Ă©coeurer de la posture psychopathe de ces tueurs en herbe, Larry Clark possède ce don innĂ© d'y dresser leur fragilitĂ© morale avec un hyper rĂ©alisme plus vrai que nature (pour ne pas dire documentĂ©). C'est d'ailleurs ce qui fait la rigueur du drame sordide qui se dessine devant nos yeux, si bien que l'on subit Bully de plein fouet Ă  l'instar d'un docu-vĂ©ritĂ© brut de dĂ©coffrage, qui plus est Ă©maillĂ© d'instants de poĂ©sie Ă  travers ses visages naturalistes. Les acteurs, pour la plupart mĂ©connus, Ă©tant bluffants de naturel de par leur jeu improvisĂ© et leur physionomie pubère; tant et si bien que nous n'Ă©prouvions aucune empathie pour leur profil marginal imprĂ©gnĂ© d'inconscience et d'irresponsabilitĂ©. Outre le caractère insoutenable de la longue sĂ©quence de meurtre d'une cruditĂ© Ă©prouvante (on peut d'ailleurs se remĂ©morer la fameuse tagline d'Hitchcock Ă  travers sa tension exponentielle), Bully tire-parti du souci du dĂ©tail auprès des expressions cyniques de ces ados pervers communĂ©ment influencĂ©s par leurs sentiments de haine et de revanche avec un goĂ»t prononcĂ© pour le sang.


Tant et si bien qu'ils y Ă©prouvent excitation et jouissance communautaire, tant auprès des prĂ©paratifs, de leur première tentative manquĂ©e que de l'acte odieusement perpĂ©trĂ© en complicitĂ© insidieuse. Glaçant, effrayant, primitif, ultra malsain et dĂ©rangeant, Bully distille un malaise davantage plombant Ă  se familiariser auprès de ces bambins dĂ©cervelĂ©s (voir leur stupide concertation afin d'Ă©laborer un alibi ou encore leurs conversations ne tournant qu'autour du sexe, de la drogue et des sorties nocturnes !) adoptant des postures immorales dans leur innocence pubère. Antipathiques donc, car se complaisant dans la drogue, la luxure et le crime avec une vulgaritĂ© dĂ©complexĂ©e (certaines sĂ©quences sensorielles effleurent d'ailleurs la pornographie par certains plans charnels), ceux-ci finissent tout de mĂŞme par nous susciter un regain de tristesse, un sentiment de gâchis irrĂ©versible passĂ© l'acte criminel. Si bien que le collapse, le sentiment irrĂ©pressible de la paranoĂŻa du gendarme seront de rigueur pour la plupart d'entre eux incapables de contenir leur sang froid passĂ© l'irrĂ©parable. C'est d'ailleurs Ă  cet instant crucial que Larry Clark insiste sur la fragilitĂ© dĂ©soeuvrĂ©e de ces ados en perdition abdiquĂ©s par leurs parents mais aussi la sociĂ©tĂ©. Car livrĂ©s Ă  eux-mĂŞme dans leur prĂ©caritĂ© socio- professionnelle, ils ne comptent donc que sur l'Ă©vanescence de la drogue et du sexe pour Ă©vacuer l'ennui de leur quotidien sans repère. Ainsi, Ă  travers ce tableau terrifiant d'une marginalitĂ© juvĂ©nile irrĂ©cupĂ©rable, Larry Clark nous foudroie d'aigreur, de crainte et de dĂ©solation Ă  travers ce terrible constat d'Ă©chec d'une jeunesse anti-manichĂ©enne incapable d'assimiler les notions d'amitiĂ©, de confiance, d'amour et de pardon.


De toute évidence, Bully est à réserver à un public (très) averti bien que le public ado devrait peut-être y jeter un oeil studieux pour éviter d'emprunter cette trajectoire délinquante de non retour. Profondément pervers et putassier au gré d'une acuité dramatique, il reste probablement l'un des Teen Movie les plus choquants vus au cinéma dans sa facture racée vitriolée.

*Bruno
2èx

RĂ©compenseGrand Prix au Festival international du film de Stockholm de 2001

SPOIL !
Les sentences suivantes sont prononcées proportionnellement au rôle que chacun a tenu dans le complot : (source WIKIPEDIA)

Heather J. Swallers (Kelli Garner) : 7 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation
Derek Dzvirko (Daniel Franzese) : 11 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation
Alice Willis (Bijou Phillips) : 40 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Donald Semenec (Michael Pitt) : emprisonnement à perpétuité pour homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Derek Kaufman (Leo Fitzpatrick) : emprisonnement à perpétuité pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Lisa Connely (Rachel Miner) : emprisonnement à perpétuité pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Marty Puccio (Brad Renfro) : condamnation à la peine de mort par la chaise électrique pour homicide volontaire avec préméditation + incitation à la violence + circonstances aggravantes

mercredi 12 août 2020

L'Agression

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gérard Pires. 1975. France/Italie. 1h41. Avec Jean-Louis Trintignant, Catherine Deneuve, Claude Brasseur, Philippe Brigaud, Franco Fabrizi, Michèle Grellier, Delphine Boffy.

Sortie salles France: 16 Avril 1975 (Int aux - 18 ans)

FILMOGRAPHIEGérard Pirès est un réalisateur français, né le 31 août 1942 à Paris. 1968 : Erotissimo. 1971 : Fantasia chez les ploucs. 1973 : Elle court, elle court la banlieue. 1974 : L'Agression. 1975 : Attention les yeux ! 1976 : L'Ordinateur des pompes funèbres. 1980: L'Entourloupe. 1981 : Rends-moi la clé. 1998 : Taxi. 2001 : Riders. 2004 : Double Zéro. 2005 : Les Chevaliers du ciel.


Quand la violence s'empare de la France profonde, un justicier sommeille en toi.
Ovni français sombrĂ© dans l'oubli depuis pas mal de dĂ©cennies alors qu'Ă  sa sortie il rĂ©colta tout de mĂŞme 1 227 990 entrĂ©es (en dĂ©pit, ou plutĂ´t, grâce Ă  son interdiction aux moins de 18 ans !), L'Agression exploite le vigilante movie de manière aussi auteurisante que lucrative. Tant et si bien que nous sommes frĂ©quemment dĂ©sarçonnĂ©s par le ton dĂ©calĂ© des personnages lunaires et outranciers palliant leur douleur morale dans la violence et les apartĂ©s lubriques. Le pitch: sur une autoroute estivale, 3 motards s'en prennent violemment Ă  un couple et leur fille Ă  bord de leur voiture. PassĂ©e une longue course-poursuite, seul l'Ă©poux y rĂ©chappe après avoir constatĂ© le viol suivi du dĂ©cès de sa femme et de sa fille. Tentant d'Ă©vacuer sa souffrance dans les bras de sa belle-soeur, Paul Varlin finit par cĂ©der Ă  la loi du talion après l'impuissance de la police. DĂ©concertant Ă  plus d'un titre Ă  travers sa mise en scène personnelle teintĂ©e de comĂ©die grivoise et d'âpre violence ou dĂ©rangĂ©e (son final meurtrier et l'Ă©tonnante conclusion pleine d'ironie quant Ă  sa diatribe contre la lĂ©gitime dĂ©fense), l'Agression vaut surtout pour ses courses-poursuites sur bitume très rĂ©ussies car rĂ©alistes, brutales et effrĂ©nĂ©es, ainsi que la soliditĂ© de son casting hĂ©ritières des Seventies.


Si bien que se disputent Ă  l'Ă©cran (lors de conversations de comptoir frĂ©quemment grivoises !) Jean Louis Trintignant en justicier paumĂ© au comportement erratique (il tente tout de mĂŞme de violer sa belle-soeur pour Ă©vacuer sa souffrance insurmontable du deuil ! ?), la radieuse et spontanĂ©e Catherine Deneuve en belle-soeur prĂ©venante au fil d'une initiation dĂ©vergondĂ©e (!?) et de l'inquiĂ©tant Claude Brasseur en taulier fascisant aussi inspirĂ© par sa vulgaritĂ© folichonne. Ainsi donc, de par ses situations excentriques tragi-cocasses (notamment chez le repère isolĂ© des 3 motards) et son climat indicible d'une sociĂ©tĂ© d'insĂ©curitĂ© en dĂ©liquescence (le prologue demeure carrĂ©ment hallucinĂ©, tant auprès des exactions gratuites des assaillants que du couple de vacanciers irresponsables dans leur provocation puĂ©rile), l'Agression fascine (mais agace aussi parfois) par ses ruptures de ton Ă©trangement magnĂ©tiques. Tout du moins pour le cinĂ©phile avide d'expĂ©rience atypique apprĂ©ciant les thèmes de la nĂ©vrose, de la frustration sexuelle et de la vendetta musclĂ©e. En prĂ©cisant tout de mĂŞme que l'action s'avère nĂ©anmoins timorĂ©e (si on Ă©carte ses 2/3 incroyables poursuites sur bitume). GĂ©rard Pires se focalisant plutĂ´t sur les rapports Ă©tranges car Ă  la fois tendus, attachants et masochistes entre Catherine Deneuve (resplendissante Ă©galement de beautĂ© naturelle !) et Jean-louis Trintignant très Ă  l'aise dans leur rĂ´le respectif difficilement domptable.


A dĂ©couvrir donc en Ă©tant plutĂ´t averti que cette oeuvre oubliĂ©e demeure tout de mĂŞme difficile d'accès par son contenu hybride (Ă  la limite de l'auto-parodie lors des situations les plus cintrĂ©es). En tout Ă©tat de cause, il ne laisse pas indiffĂ©rent et laisse mĂŞme certaines traces dans l'encĂ©phale grâce Ă  sa libertĂ© de ton marginale Ă©tonnamment autonome. 

*Bruno

mardi 11 août 2020

FantĂ´mes contre FantĂ´mes

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposters.ha.com

"The Frighteners" de Peter Jackson. 1996. Nouvelle-ZĂ©lande/U.S.A. 1h51. Avec Michael J. Fox, Trini Alvarado, Peter Dobson, John Astin, Jeffrey Combs, Dee Wallace-Stone, Jake Busey, Chi McBride. 

Sortie salles France: 29 Janvier 1997 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande). 1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.

Objet filmique aussi frappadingue que dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de par l'originalitĂ© de son intrigue menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure, son action Ă  rĂ©pĂ©tition et sa galerie de personnages lunaires s'opposant entre les valeurs du Bien et du Mal, FantĂ´mes contre FantĂ´mes exploite les codes avec une audace burnĂ©e eu Ă©gard de la contradiction des genres ballottĂ©s tous azimuts. EpaulĂ© de l'ultra dynamisme du montage et de la complicitĂ© expansive des personnages usant de bravoures pour venir Ă  bout d'un ectoplasme serial-killer; Peter Jackson se prend presque pour Sam Raimi Ă  travers ses situations Ă©chevelĂ©es tout droit sorties d'un cartoon mal Ă©levĂ©. Mais louablement, il parvient avec une Ă©nergie folingue Ă  y imprimer sa patte Ă  travers ses Ă©lans de cocasserie bonnard (sa 1ère partie avec les gentils fantĂ´mes missionnĂ©s pour faire peur Ă  de jeunes occupants) et sa dramaturgie frissonnante lors d'une seconde partie plus alerte quant au jeu mirobolant du chat et de la souris. Ainsi donc, en exploitant les clichĂ©s du film de hantise, entre modernitĂ© et gothisme sĂ©culaire, Peter Jackson redouble d'efficacitĂ© de par son inventivitĂ© en roue libre d'y cumuler les poursuites infernales entres hĂ©ros humains (le couple Franck/lucie), gentils fantĂ´mes (le trio protecteur de Franck) et mĂ©chants fantĂ´mes (le serial-killer d'outre-tombe Spoil ! bientĂ´t accompagnĂ© de sa compagne azimutĂ©e Fin du Spoil. Si bien qu'un nombre consĂ©quent de crises cardiaques viennent d'alerter les forces de l'ordre de la bourgade de Fairwater dĂ©pĂŞchant sur les lieux un agent du FBI aussi borderline que psychotique (Jeffrey Combs crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  travers sa force d'expression viscĂ©rale et son look de gestapo SM !).

Quant Ă  notre hĂ©ros Franck, chasseur de fantĂ´mes au rabais Ă  peine remis du deuil de son Ă©pouse, il a depuis la facultĂ© de communiquer et de voir les revenants. Mais alors qu'il tente de prĂŞter main forte Ă  un jeune couple tĂ©moins de phĂ©nomènes paranormaux, il doit se mesurer au plus redoutable des tueurs en sĂ©rie, un fantĂ´me revanchard poursuivant ses exactions sur terre après s'ĂŞtre Ă©chappĂ© de l'enfer. Au passage, ce dernier dĂ©guisĂ© en faucheuse se prendra vĂ©ritablement pour la mort en personne de manière faraude. Au-delĂ  de la fantaisie de sa narration fertile en rebondissements et inventions dĂ©jantĂ©es, on reste bluffĂ© par le renouvellement de son action effrĂ©nĂ©e poursuivant sa trajectoire vers des directions davantage inquiĂ©tantes. Quand bien mĂŞme des personnages secondaires (vivants ou morts) y font leur apparition de manière totalement improvisĂ©e afin de se mĂŞler Ă  l'aventure dĂ©moniale. Bref, c'est donc un vĂ©ritable tour de montagne russe que nous parachève Peter Jackson sous l'impulsion d'un Michael J. Fox Ă©tonnamment sobre et parfois mĂŞme (un brin) touchant dans sa fonction de hĂ©ros en herbe en quĂŞte d'exutoire. Et ce en exploitant aussi efficacement d'autres codes issus du genre policier oĂą s'y mĂŞlent Ă©nigme filiale, romance novice et acceptation du deuil. Seul bĂ©mol face Ă  ce divertissement de premier choix, les FX en CGI hĂ©las peu crĂ©dibles dans la majoritĂ© des sĂ©quences factices, si bien que Peter Jackson doit probablement aujourd'hui s'en mordre les doigts d'avoir accĂ©der Ă  une facilitĂ© aussi peu probante. A titre d'exemple, l'apparition de la faucheuse autrefois si fascinante ne possède plus aujourd'hui ce mĂŞme Ă©clat visuel, ce similaire fantasme formel, cet identique attrait magnĂ©tique. 

Quoiqu'il advienne, le plaisir du cinĂ©phile en quĂŞte d'Ă©motions, de frissons et de cocasserie reste intacte de par la pĂ©tulante Ă©nergie que procure FantĂ´mes contre FantĂ´mes Ă  travers sa pochette-surprise de tous les dangers. 

*Bruno

3èx

lundi 10 août 2020

Byzantium

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site onechannel.tv

de Neil Jordan. 2012. Irlande/Angleterre. 1h58. Avec Gemma Arterton, Saoirse Ronan, Jonny Lee Miller, Sam Riley, Caleb Landry Jones, Tom Hollander, Daniel Mays.

Sortie salles Angleterre / Irlande. 31 Mai 2013. France: Direct To Video

FILMOGRAPHIENeil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium


Auteur d'authentiques perles du genre (The Crying GameLa Compagnie des Loups, Entretien avec un Vampire), Neil Jordan renoue avec l'ambition de ses dĂ©buts en abordant Ă  nouveau la thĂ©matique du vampirisme au 1er degrĂ©. Tant et si bien que les fans seront ravis de retrouver ici ce cinĂ©ma intègre si cher Ă  nos yeux puisque conçu pour y contenter les adultes. Le pitchDeux femmes vampires tentent de survivre dans leur sociĂ©tĂ© moderne en trouvant refuge auprès d'un hĂ´tel surnommĂ©e Byzantium. La plus jeune d'entre elles tombe amoureuse d'un amant et lui dĂ©voile son histoire vieille de 200 ans. C'est alors que dĂ©barque une confrĂ©rie ayant pour unique motivation de les annihiler.  Pourvu de sincères intentions (oh combien louables) afin de redorer un sang neuf au mythe du vampire au sein du cinĂ©ma Fantastique le plus Ă©purĂ©, Byzantium joue dans la cour des grands Ă  daigner illustrer la nouvelle dĂ©bâcle d'un couple de vampires, prises Ă  parti avec des phallocrates indomptables entourĂ©s de quelques Ă©missaires aussi pugnaces. Alors qu'ElĂ©anor semble lamentĂ©e de sa condition d'immortelle dans son corps d'ado, sa mère Clara se livre Ă  la prostitution afin de subvenir Ă  leur besoin. Epris de mĂ©lancolie et de contrariĂ©tĂ©, ElĂ©anor trouve refuge dans les bras d'un partenaire tout aussi dĂ©pressif. Dans un dĂ©sir de confidence et afin de soulager sa culpabilitĂ©, elle Ă©crit un journal qu'elle finit par dĂ©voiler Ă  son confident. En alternant l'Ă©poque contemporaine et victorienne au grĂ© d'efficaces flash-back, son cheminement narratif langoureux nous en apprend toujours un peu plus sur le passĂ© de nos hĂ©roĂŻnes afin de saisir de quelle manière ont-elles pu devenir des vampires, par quelle malĂ©diction, et quel en est au final leur parcours personnel après avoir Ă©tĂ© longuement sĂ©parĂ©es ! 


De par leur caractĂ©risation sobrement humaniste sans fioritures, Neil Jordan ne s'embarrasse pas des stĂ©rĂ©otypes pour nous ressortir l'attirail vieillot des canines pointues, du miroir sans reflet et des pouvoirs surhumains. Si bien qu'Ă  contrario, et avec modestie, nos suceuses de sang sont tout simplement pourvues d'un ongle acĂ©rĂ© afin d'alpaguer leur proie pour y entailler la chair et y siroter la sève. Nanti d'une somptueuse photo et d'une imagerie lyrique parfois ensorcelante, Byzantium nous sĂ©duit sans effet de manche Ă  travers la complexitĂ© torturĂ©e de ces femmes condamnĂ©es Ă  la solitude, car dĂ©prĂ©ciĂ©es par une confrĂ©rie misogyne rĂ©futant la procrĂ©ation. Le scĂ©nario faisant la part belle Ă  la psychologie conflictuelle entre une mère obtuse et sa fille dĂ©pressive, d'autant plus Ă©piĂ©es par ces antagonistes Ă  la fois machistes et couards. Quand bien mĂŞme certaines sĂ©quences fantasmagoriques Ă  la poĂ©sie stylisĂ©e (la fontaine de jouvence inondĂ©e de sang) et son contexte Ă©colo-singulier pour se substituer au vampire (le repère des chauves-souris et leurs effets occultes) renforcent l'ambition de Neil Jordan Ă  nous narrer une sombre et fragile histoire de vampire Ă  hauteur de femme. Le script prenant toujours son temps Ă  nous dĂ©crire la difficile relation entre une mère et sa fille prisonnières de leur condition d'immortelles mais nĂ©anmoins pĂ©tries d'affection l'une pour l'autre en dĂ©pit de leur discorde davantage prĂ©judiciable. On peut d'ailleurs dignement saluer l'interprĂ©tation dĂ©pouillĂ©e des 2 jeunes actrices Ă  la fois charnelles et caractĂ©rielles dans leur force d'expression souvent contradictoire. Si bien que toute l'intrigue repose sur leur Ă©volution morale Ă  opter pour le meilleur choix de survie (le refuge de l'hĂ´tel) en dĂ©pit de la rĂ©bellion de sa fille (beaucoup plus censĂ©e et rĂ©vĂ©rencieuse en matière d'Ă©thique) avide de rĂ©demption et d'affection dans son petit corps de 16 ans. 


Une mĂ©taphore fĂ©ministe. 
A la fois beau et fragile, mĂ©lancolique et violent; Byzantium respecte impĂ©rativement le genre dans son dĂ©sir de l'imprimer au 1er degrĂ© sous l'impulsion d'une caractĂ©risation humaine aussi empathique que fascinante. L'essentiel Ă©tant qu'ici nous croyions Ă  nouveau au mythe du vampire Ă  travers un esthĂ©tisme sensuel saillant, Ă  l'instar de la beautĂ© naturelle de ces jeunes actrices se disputant le pouvoir avec une acuitĂ© pleine de tendresse. A ne pas rater, notamment afin de rĂ©parer son catastrophique Ă©chec commercial. 

*Bruno
10.08.20
30.10.13; 109 v

vendredi 7 août 2020

Magic

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Attenborough. 1978. U.S.A. 1h47. Avec Anthony Hopkins, Ann-Margret, Burgess Meredith, Ed Lauter, E.J André, Jerry Houser, David Ogden Stiers, Lillian Randolph, Joe Lowry, Bob Hackman, Mary Munday.

Sortie U.S: Novembre 1978

FILMOGRAPHIERichard Attenborough, né Richard Samuel, baron Attenborough, le 29 Août 1923 à Cambridge est un acteur, producteur et réalisateur britannique. 1969: Ah Dieu ! que la guerre est jolie. 1972: Les Griffes du Lion. 1977: Un Pont trop loin. 1978: Magic. 1982: Gandhi. 1985: A Chorus Line. 1987: Le Cri de la Liberté. 1992: Chaplin. 1993: Les Ombres du coeur. 1996: Un Temps pour l'amour. 1999: Grey Owl. 2006: War and Destiny. 2007: Closing the Ring.


D'après le scĂ©nario de William Goldman (tirĂ© de sa propre nouvelle), Magic est l'unique long-mĂ©trage de l'illustre Richard Attenborough. DominĂ© par la rĂ©vĂ©lation Anthony Hopkins littĂ©ralement transi d'Ă©moi en ventriloque erratique, ce drame psychologique transplantĂ© dans le cadre du thriller horrifique traite avec ambiguĂŻtĂ© d'un cas de schizophrĂ©nie Ă  travers le duo formĂ© par celui-ci et sa marionnette. Le pitchCorky est un illusionniste novice, introverti et timorĂ©, ayant peine Ă  rencontrer le succès dans les bars qu'il frĂ©quente. Jusqu'au jour oĂą il dĂ©cide de s'Ă©pauler d'une marionnette pour interprĂ©ter le rĂ´le de ventriloque face Ă  un public galvanisĂ©. En pleine ascension populaire, il dĂ©cide malgrĂ© tout de fuir un moment les projecteurs pour s'Ă©clipser dans une contrĂ©e bucolique par peur de la cĂ©lĂ©britĂ©. Mais Corky est atteint d'une grave pathologie le poussant Ă   commettre l'irrĂ©parable Ă  travers l'esprit de sa marionnette
.

Avec pudeur, sobriĂ©tĂ© et rĂ©alisme oh combien vigoureux, Magic y autopsie le portrait torturĂ© d'un saltimbanque Ă  l'orĂ©e d'une riche carrière mais compromis par les arcanes du dĂ©doublement de personnalitĂ© sous l'impulsion tyrannique de son pantin de bois. Ainsi, Ă  travers les provocations sarcastiques de ce dernier prĂ©nommĂ© Fats, Corky se laissera peu Ă  peu influencer puis asservir par son autoritĂ© aussi dĂ©sinvolte que dĂ©moniale. ProfondĂ©ment solitaire et introverti depuis sa tendre enfance, Corky y endosse un ĂŞtre refoulĂ©, paniquĂ© Ă  l'idĂ©e d'Ă©chouer, Ă  l'instar de son antĂ©cĂ©dente idylle de jeunesse discrĂ©ditĂ©e par sa timiditĂ©. Ainsi, en osant se convertir Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© pailletĂ©e, cet intermittent s'accoutre d'une marionnette pour pouvoir transcender sa crainte de l'Ă©chec. Mais sitĂ´t le succès amorcĂ©, il dĂ©cidera de s'Ă©clipser vers sa contrĂ©e natale le temps d'une rĂ©flexion. Par cette mĂŞme occasion placide, il tentera de renouer les liens avec son amour de jeunesse. Mais son producteur suspicieux de son instabilitĂ© Ă  y refuser un examen mĂ©dical entreprend de lui rendre visite. A ce titre, la sĂ©quence auquel celui-ci lui propose de le mesurer Ă  une Ă©preuve de force temporelle (dans la mesure d'efforcer Corky Ă  ne pas s'exprimer par l'entremise de Fats 5 minutes durant) constitue un morceau d'anthologie terriblement sensoriel et Ă©prouvant ! Au prĂ©alable, on peut d'ailleurs aussi citer Ă  travers son intensitĂ© dramatique scrupuleuse l'expĂ©rience tĂ©lĂ©pathique du jeu de cartes entamĂ© entre Corky et Peggy !


Fort d'une narration aussi cruelle que nihiliste, Richard Attenborough nous oppose donc le cas pathologique d'un homme de spectacle dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rencontrer le succès après avoir subi les brimades d'un public Ă©goĂŻste ne tablant que sur leur plaisir personnel pour y savourer un spectacle de choix. TranscendĂ© de la force d'expression dĂ©pressive d'Anthony Hopkins dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lateur de son talent factuel, Magic nous transcende son profil bicĂ©phale par le biais de son double rancunier avide d'autonomie dĂ©complexĂ©e (la nature contradictoire de Corky donc plongĂ© dans l'autisme). De par son climat Ă  la fois trouble et feutrĂ©, exacerbĂ© du huis-clos bucolique d'un chalet que le trio d'amants trouve refuge pour se dĂ©mĂŞler de leur conflit amoureux, Magic alimente une anxiĂ©tĂ© davantage redoutĂ©e auprès de ses exactions aussi perfides que pernicieuses. Ainsi donc, Ă  travers le dĂ©clin pathologique de Corky tyrannisĂ© par son double malĂ©fique, Magic emprunte le cheminement du  drame psychologique Ă  la fois fragile et arbitraire auprès de la tragĂ©die qui se dessine lentement devant nos yeux. AccompagnĂ© du thème langoureux de Jerry Goldsmith, le rĂ©alisateur insiste sobrement sur la dĂ©tresse humaine de sa victime compromise par un choix cornĂ©lien. Tant et si bien qu'Ă  travers sa romance enfin concrĂ©tisĂ©e avec Peggy après 15 ans d'attente, on ne peut s'empĂŞcher d'y Ă©prouver une terrible empathie pour l'impossible romance d'un artiste Ă  la sensibilitĂ© beaucoup trop nĂ©vralgique.


Huis-clos intimiste Ă  la fois trouble et contraignant, Magic constitue une poignante tragĂ©die humaine Ă  travers une rĂ©flexion sur l'ambition et l'apprĂ©hension d'approcher la fioriture de la cĂ©lĂ©britĂ©. Et ce tout en Ă©gratignant en filigrane l'Ă©litisme du show-business et son public orgueilleux toujours plus avide de virtuositĂ©. Il y dĂ©coule un chef-d'oeuvre funèbre de par son climat aigre Ă  la lisière du fantastique car y semant le doute quand Ă  la vĂ©ritable identitĂ© de Fats. Pantin articulĂ© de vie par le biais de son crĂ©ateur ou vĂ©ritable entitĂ© malĂ©fique douĂ©e de vie grâce Ă  son auteur ? SublimĂ© de l'interprĂ©tation fĂ©brile d'Anthony Hopkins en Ă©moi versatile, Magic envoĂ»te et Ă©meut en y provoquant dĂ©sarroi, confusion et oppression avec une intelligence rare pour la facture surnaturelle de sa thĂ©matique de la "poupĂ©e diabolique". 

*Bruno
07.08.20. 5è
17.01.11. 

jeudi 6 août 2020

24 Heures avant la nuit / La 25è Heure

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"25th hour" de Spike Lee. 2002. U.S.A. 2h15. Avec Edward Norton, Barry Pepper, Philip Seymour Hoffman, Rosario Dawson, Anna Paquin, Brian Cox.

Sortie salles France: 12 Mars 2003

FILMOGRAPHIESpike Lee (Shelton Jackson Lee) est un scénariste, réalisateur, acteur et producteur américain né le 20 mars 1957 à Atlanta (Géorgie, États-Unis).1983 : Joe's Bed-Stuy Barbershop: We Cut Heads. 1986 : Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. 1988 : School Daze. 1989 : Do the Right Thing. 1990 : Mo' Better Blues. 1991 : Jungle Fever. 1992 : Malcolm X. 1994 : Crooklyn. 1995 : Clockers. 1996 : Girl 6. 1996 : Get on the Bus. 1998 : He Got Game. 1999 : Summer of Sam. 2000 : The Very Black Show. 2002 : La 25e Heure. 2004 : She Hate Me. 2006 : Inside Man. 2008 : Miracle à Santa Anna. 2012 : Red Hook Summer. 2013 : Old Boy. 2014 : Da Sweet Blood of Jesus. 2015 : Chi-Raq. 2018 : BlacKkKlansman. 2020 : Da 5 Bloods.


Marche funèbre désabusée, chemin de croix cérébral auprès d'un dealer en quête désespérée de rédemption après avoir été alpagué par la police avec une grosse quantité de drogue, 24 Heures avant la nuit y sublime son ultime jour de liberté en compagnie de ses fidèles proches. Car condamné à 7 années de réclusion, Monty Brogan profitera de cette ultime bouffée d'air en compagnie de sa compagne auquel il éprouve une suspicion de trahison, de 2 de ses meilleurs amis et de son père hanté de culpabilité. La trajectoire narrative étant assujettie aux prises de conscience des personnages communément soucieux pour l'avenir de Monty transi d'appréhension quant à sa future épreuve carcérale. Superbement incarné par Edward Norton en dealer au grand coeur assailli de désagrément, de doute et de culpabilité, 24 heures avant la nuit se décline donc en film d'acteurs tant Spike Lee prend son temps à radiographier ses personnages tourmentés avec une intensité dramatique aussi dépouillée que bouleversante.


Pour ce faire, au-delĂ  de son casting au p'tits oignons parmi lesquels on y retrouve le regrettĂ© Philip Seymour Hoffman en professeur timorĂ© en manque affectif, de la portoricaine de braise Rosario Dawson en amante aussi discrète qu'indĂ©cise, on peut privilĂ©gier la prestance pleine de charisme de Barry Pepper en comparse couard rĂ©solument embarrassĂ© et offensĂ© pour le sort de son meilleur ami en dĂ©route morale. Superbement mis en scène en y auscultant au plus près de leur sensibilitĂ© les fĂŞlures psychologiques de ces personnages en proie Ă  la dĂ©sillusion, 24 Heures avant la nuit fait office de grand moment de cinĂ©ma Ă©purĂ© de par son brio d'y transcender une Ă©tude caractĂ©rielle Ă  travers les valeurs familiales, fraternelles et sentimentales. Ainsi, en abordant ces thĂ©matiques universelles inscrites dans la pudeur et la rancoeur, Spike Lee fait vibrer notre corde sensible Ă  l'aide d'un vĂ©risme aussi pur que cinĂ©gĂ©nique eu Ă©gard de l'attention portĂ©e Ă  sa mise en scène alambiquĂ©e et au talent naturel de ces comĂ©diens ne dĂ©bordant jamais. Sorte de mĂ©lodrame pudique car tout en retenue combinĂ© au polar noir intimiste, 24 heures avant la nuit aborde avec beaucoup de tact ces valeurs humaines Ă  travers la dichotomie du Bien et du Mal. Dans la mesure oĂą l'on ne cesse d'Ă©prouver une Ă©prouvante empathie mĂŞlĂ©e de sentiment d'injustice pour le profil de Monty payant aujourd'hui son lourd tribus pour la facilitĂ© de l'illĂ©galitĂ©.


Plus l'amitié est grande plus la douleur est forte
Douloureux drame humain donc à la fois chétif et crépusculaire quant aux états d'âme contrariés affectés de culpabilité, 24 heures avant la nuit oppose notamment en filigrane les sentiments de suspicion et de paranoïa post 11 Septembre (le film ayant été tourné 1 an après les attentats de 2001) à travers la posture anxiogène de Monty observant sobrement ses proches (et les étrangers !) avec une inquiétude hésitante. Peut-être le plus beau film de Spike Lee.

*Bruno
2èx

Récompenses:
Central Ohio Film Critics Association Awards 2003 : meilleure musique pour Terence Blanchard
Las Vegas Film Critics Society Awards 2003 : meilleure musique pour Terence Blanchard
Prix Sant Jordi du cinéma 2004 : meilleur acteur étranger pour Edward Norton

mercredi 5 août 2020

Lust for a Vampire

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Jimmy Sangster. 1971. Angleterre. 1h35. Avec Yutte Stensgaard, Michael Johnson, Ralph Bates, Barbara Jefford, Suzanna Leigh.

Sortie salles France: 22 Février 1973

FILMOGRAPHIE: Jimmy Sangster est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma britannique né le 2 décembre 1927 dans le North Wales (Pays de Galles), décédé le 19 août 2011 à Londres. 1970 : Les Horreurs de Frankenstein. 1971: Lust for a Vampire. 1972 : Sueur froide dans la nuit.


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une sinistre rĂ©putation, Lust for a Vampire fait clairement parti du bas du panier de l'Ă©curie Hammer. RĂ©alisĂ© par Jimmy Sangster Ă  qui l'on doit les sympatoches Les Horreurs de Frankenstein et Sueurs Froides dans la nuit, celui-ci semble bien peu inspirĂ© Ă  exploiter les fourberies de la Comtesse Mircalla Karnstein dĂ©jĂ  illustrĂ©e dans le superbe Vampire Lovers puis un peu plus tard dans l'effrontĂ© les SĂ©vices de Dracula. Son Ă©chec Ă©manant d'un script d'une navrante platitude (un professeur tombe amoureux d'une de ses Ă©lèves - personnifiĂ©e par la comtesse - avant de la suspecter d'y ĂŞtre un vampire) et d'une rĂ©alisation falote faisant pâle figure pour une prod Hammer. Incapable d'insuffler un quelconque suspense autour du sort de ses Ă©lèves (parfois dĂ©nudĂ©s) en proie au danger du vampirisme quand bien mĂŞme la timide romance amorcĂ©e entre Richard et Mircalla ne nous accorde aucune dimension dramatique; Lust for a Vampire ne compte que sur la beautĂ© de certaines images (marque de fabrique de la Hammer, Ă  l'instar de ce corps fĂ©minin dĂ©valant un puits au ralenti) et sur celle lascive de certaines actrices (avec un soupçon d'Ă©rotisme folichon quant aux corps dĂ©nudĂ©s) pour Ă©veiller notre timide attention. A oublier donc, Ă  moins de le dĂ©couvrir d'un oeil curieux chez les aficionados tant la Hammer nous ne avait pas habituĂ© Ă  tant de mĂ©diocritĂ©.


*Bruno

Ci-joint une excellente critique tranchĂ©e: https://tortillapolis.com/critique-film-lust-for-a-vampire-jimmy-sangster-1971/

mardi 4 août 2020

Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lecinemaavecungranda.com 

"Big trouble in Little China" de John Carpenter. 1986. U.S.A. 1h40. Avec Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, James Hong, Victor Wong, Kate Burton, Donald Li, Carter Wong, Peter Kwong, James Pax.

Sortie salles France: 3 Septembre 1986. U.S: 2 Juillet 1986

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


Deux ans après son inattendue love story Starman, John Carpenter se prĂŞte au jeu d'une aventure fantastico-parodique sous le pilier d'un flamboyant hommage au cinĂ©ma d'arts-martiaux (Zu, les Guerriers de la montagne magique en tĂŞte !). Le pitchParce qu'une jeune fille asiatique aux yeux verts est enlevĂ©e Ă  l'aĂ©roport de San Francisco par des mafieux chinois, Jack Burton et son acolyte Wang, fiancĂ© de cette dernière, doivent faire face Ă  encore plus plus pernicieux. Pour cause, des samouraĂŻs aux pouvoirs extraordinaires vont Ă  leur tour kidnapper la fille pour la retenir prisonnière dans un bordel et l'offrir en sacrifice Ă  Lo Pan, vieux sorcier adepte du jeunisme. EpaulĂ© de nouveaux acolytes venus lui prĂŞter main forte, Jack Burton s'engage fissa dans une aventure endiablĂ©e si bien que moult pĂ©ripĂ©ties et traquenards leurs seront invoquĂ©s sans retenue. Alors que la mode des aventuriers virils sans peur et sans reproche bat son plein Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 avec la fameuse saga Indiana JonesAlan QuatermanA la poursuite du diamant vert ou encore avec l'ersatz transalpin les Aventuriers du cobra d'orJohn Carpenter opte pour le dĂ©tournement du genre afin d'y symboliser un nouveau hĂ©ros singulier: Monsieur Jack Burton ! Une icone parodique apte Ă  trĂ´ner dans la lĂ©gende des plus cĂ©lèbres baroudeurs en mode "dĂ©complexĂ©e". Pour cause, Jack Burton est un simple camionneur machiste et faraud se prenant donc au sĂ©rieux lors de ses trĂ©pidantes tribulations mais dĂ©pourvu d'une maladresse impayable de par son hĂ©roĂŻsme en herbe ! Bref, un empotĂ© indĂ©crottable. 


D'une verve aussi insolente que provocatrice, Kurt Russel met notamment en valeur son physique saillant dans son rĂ´le cocasse Ă  contre emploi de l'anti-hĂ©ros infaillible que l'on a tant connu autrefois. Jean, dĂ©bardeur, bottes de cuir et casquette noire imprimĂ©e du logo Harley Davidson, l'acteur adopte une posture Ă  la fois fringante et dĂ©contractĂ©e pour affronter puis provoquer ses rivaux surhumains lors d'une humeur dĂ©complexĂ©e ! Quand bien mĂŞme les seconds-rĂ´les aussi pĂ©tulants se fondent dans le corps d'aventuriers nĂ©ophytes avec une pĂŞche et une Ă©nergie galvanisantes ! ProfondĂ©ment amoureux de son projet, John Carpenter rĂ©alise une fois de plus avec son Ă©gale virtuositĂ©, c'est Ă  dire entre sens de l'efficacitĂ© optimale (c'est peu de le dire Ă  travers son action dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e !) et ultra dynamisme du montage une aventure folingue soumise aux lĂ©gendes orientales et aux mystères de la magie noire. L'enchaĂ®nement des situations toutes plus dĂ©jantĂ©es et belliqueuses nous entraĂ®nant dans un maelstrom de rebondissements Ă  travers sa moissons de gags, arts-martiaux improbables, chausse trappes, invitĂ©s surprises, monstres poilus et bĂ©vues hilarantes. Tant et si bien que le spectacle flamboyant inscrit dans la magie ancestrale (notamment auprès de l'exploitations des somptueux dĂ©cors exotiques !) conjugue avec une rare alchimie les composants de l'aventure, du fantastique, de l'humour, de l'action et de la romance d'après l'influence d'une Ă©poque pionnière oĂą les films de Bruce Lee explosaient les Ă©crans français et ricains. Quand bien mĂŞme dans l'injustice la plus prĂ©judiciable les chefs-d'oeuvre de Tsui Hark auquel Carpenter rend ici vibrant hommage n'eurent mĂŞme pas la possibilitĂ© de s'y faire une maigre place dans nos salles obscures !


Un spectacle luminescent d'une fantaisie et d'une action dĂ©bridĂ©es Ă  tombeau ouvert ! 
Absolument rien n'est laissĂ© au hasard dans les Aventures de Jack Burton, tant auprès de la fulgurance de ces dĂ©cors orientaux et de ces FX artisanaux, de la musique tonitruante de Carpenter  en parfait accord avec l'imagerie Ă©pique que de la fougue de nos attachants hĂ©ros que Kurt Russel  tente de manoeuvrer avec une virilitĂ© badinNonobstant un sĂ©vère Ă©chec public Ă  sa sortie (que  Carpenter a bien eu du mal Ă  encaisser), amplement rĂ©parĂ© depuis son statut culte, Les Aventures de Jack Burton constitue un authentique chef-d'oeuvre doublĂ© d'un modèle de sĂ©rie B d'une pĂŞche et d'un charme si sĂ©millants que les nombreux visionnages ne parviennent pas Ă  altĂ©rer son pouvoir enchanteur. Et si la perfection existait, Jack Burton en serait probablement un noble prototype ! 

Bruno
18.11.10. 364 v
04.08.20. 5èx

Note (wikipedia): Le film a été un échec commercial, rapportant $11,1 millions en Amérique du Nord, bien en dessous des estimations avec $25 millions de budget. Les commentaires mitigés des critiques ont laissé Carpenter déçu par Hollywood et ont conforté sa décision de devenir un cinéaste indépendant. Le film est toutefois devenu culte en grande partie grâce à son succès en VHS et DVD.
  • La chanson finale est Ă©crite et interprĂ©tĂ©e par The Coupe De Ville... groupe composĂ© de John Carpenter, Nick Castle et Tommy Lee Wallace.

lundi 3 août 2020

Les Enfants d'Abraham / "El segundo nombre". Grand Prix du film fantastique européen, Catalogne, 2002.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cine.coveralia.com

de Paco Plaza. 2002. Espagne. 1h39. Avec Erica Prior, Trae Houlihan, Denis Rafter, Craig Stevenson, John O'Toole, Frank O'Sullivan.

Sortie salles France: 13 Août 2003. Espagne: 15 Novembre 2002

FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol nĂ© en 1973 Ă  Valence (Espagne). 2002 : OT: la pelĂ­cula (doc). 2002 : Les Enfants d'Abraham. 2004 : L'Enfer des loups. 2006 : Scary Stories - Ă©pisode Conte de NoĂ«l (TV). 2007 : [●REC] (corĂ©alisĂ© avec Jaume BalaguerĂł). 2008 : [●REC]2 (corĂ©alisĂ© avec Jaume BalaguerĂł). 2012 : [●REC]3 GĂ©nesis. 2017 : VerĂłnica.


"Pour faire un tel sacrifice, disparaĂ®tre pour le bien de l’autre, il faut l’aimer vraiment."

RĂ©vĂ©lĂ© plus tard par la trilogie [REC], Paco Plaza amorça sa carrière en 2002 avec Les Enfants d’Abraham. Première Ĺ“uvre perfectible, tant dans sa mise en scène que dans sa direction d'acteurs, elle n’en demeure pas moins un excellent thriller intimiste que la prĂ©sence d’Erica Prior porte avec une intensitĂ© humaniste, forgĂ©e dans une idĂ©ologie maternelle viscĂ©rale. DĂ©terminĂ©e Ă  lever le voile sur le suicide mystĂ©rieux de son père, liĂ© Ă  une secte catholique, l’hĂ©roĂŻne se confronte Ă  une enquĂŞte fertile en indices et en rebondissements, que Plaza distille avec une habiletĂ© discrète. Mais ce cheminement la conduit surtout Ă  reconsidĂ©rer sa propre identitĂ©, prise dans les filets d’une machination.

En s’attaquant au thème du sacrifice d’enfant sur fond de lecture biblique, Les Enfants d’Abraham refuse tout compromis : climat renfrognĂ©, photographie sombre et sĂ©pia appuyant sa tonalitĂ© dĂ©pressive, personnages interlopes rongĂ©s par le mensonge, la manipulation et l’immoralitĂ© concertĂ©e.


Certains spectateurs pourront ĂŞtre dĂ©concertĂ©s par son Ă©pilogue tragique, rejetant le happy-end de rigueur. Pourtant, grâce Ă  un suspense latent, efficacement entretenu, et Ă  ce fil rouge - l’amour paternel perverti par la foi - Plaza retient toujours l’attention. Son film esquisse une investigation de longue haleine, portĂ©e par une hĂ©roĂŻne Ă  l’humanisme torturĂ© puis finalement dĂ©muni. Le cinĂ©aste confère Ă  sa psychologie une intensitĂ© particulière, au fil d’une Ă©volution morale en perdition, gangrenĂ©e de secrets obscurs. Si l’on aurait pu souhaiter une rĂ©alisation plus solide - mĂŞme si parfois soignĂ©e par le choix des cadres -, il reste que ce sujet malsain, terrifiant et cruel, ne peut laisser indiffĂ©rent. Un thriller flegmatique, qui privilĂ©gie la suggestion et gagne ainsi en rĂ©alisme clinique, glauque, anxiogène, hermĂ©tique. Ă€ (re)dĂ©couvrir, d’autant qu’il demeure hĂ©las injustement mĂ©connu, malgrĂ© son Grand Prix Ă  Catalogne

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. 08.09.25. Vost

samedi 1 août 2020

Hot Shots 2

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineserie.com

de Jim Abrahams. 1993. U.S.A. 1h28. Avec Charlie Sheen, Lloyd Bridges, Valeria Golino, Richard Crenna, Brenda Bakke, Miguel Ferrer, David Wohl.

Sortie salles France: 25 Août 1993

FILMOGRAPHIE: Jim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur de cinéma et acteur américain né le 10 mai 1944 à Shorewood, Wisconsin (États-Unis). 1980 : Y a-t-il un pilote dans l'avion ? 1984 : Top secret ! 1986 : Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988 : Quand les jumelles s'emmêlent. 1990 : Welcome Home, Roxy Carmichael. 1991 : Hot Shots! 1993 : Hot Shots! 2. 1997 : Au risque de te perdre (Téléfilm). 1998 : Le Prince de Sicile.


Deux ans sĂ©parent cette sĂ©quelle du 1er opus et on peut avouer sans rougir que Jim Abrahams est parvenu Ă  transcender son modèle en y parodiant ouvertement Rambo 2 et 3. Mais pas que car s'y cĂ´toient Ă  un rythme toujours aussi effrĂ©nĂ© Basic Instinct, Apocalypse Now, Wall Street, Terminator 2, les Canons de Navarone, Star Wars, le Magicien d'Oz ou encore La Belle et le Clochard (et j'en ai probablement omis quelques autres !). Pur cartoon live se raillant autant du patriotisme ricain que de  Saddam Hussein dans le cadre du film d'action dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, Hot Shot 2 se permet tout et n'importe quoi dans un bordel assumĂ© irrĂ©sistible de dĂ©connade. Et si, comme de coutume, tout n'est pas du meilleur goĂ»t (les gags lourdingues se mĂŞlent Ă  ceux dĂ©jantĂ©s de manière totalement dĂ©complexĂ©e), le surrĂ©alisme des situations dĂ©bridĂ©es parviennent frĂ©quemment Ă  nous enjailler sous l'impulsion de comĂ©diens se moquant d'eux mĂŞme avec une dĂ©rision expansive. Outre sa constante drĂ´lerie en y tablant un gag par seconde (tant visuel qu'oral), Hot Shots 2 se permet en prime de nous pondre un film de guerre pĂ©taradant de par son action belliqueuse en roue libre calquĂ©e sur le principe de Rambo 2. Dans la mesure oĂą Topper Harley et quelques mercenaires se retrouvent en mission pour rĂ©cupĂ©rer des otages ricains retenus prisonniers au moyen-orient. On reconnaĂ®tra d'ailleurs dans son propre rĂ´le (parodique) Richard Crenna aussi Ă  l'aise en colonel influent, puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  convaincre Topper de reprendre les armes au confins d'une jungle. Une suite bougrement ludique donc dont il s'avère difficile de faire grise mine 1h30 durant si on Ă©carte le public pisse-froid.


*Bruno
3èx

vendredi 31 juillet 2020

Seizure, la reine du Mal

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Oliver Stone. 1974. Canada / U.S.A. 1h38. Avec Jonathan Frid, Martine Beswick, Joseph Sirola, Christina Pickles, HervĂ© Villechaize, Anne Meacham, Roger De Koven, Troy Donahue, Mary Woronov, Richard Cox, Henry Judd Baker, Lucy Bingham. 

Sortie salles U.S: 15 Novembre 1974

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ©  le 15 septembre 1946 Ă  New-York. 1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: NĂ© un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs NĂ©s, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (tĂ©lĂ©-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible PrĂ©sident, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais.

 
DĂ©lires d’un Edgar Poe obsĂ©dĂ© par les arcanes de la mort
Premier essai derrière la camĂ©ra pour Oliver Stone, Seizure, la Reine du Mal est ce qu’on appelle un OFNI, un objet filmique non identifiĂ©, tant l’intrigue dĂ©cousue, tarabiscotĂ©e, capillotractĂ©e, et sa mise en scène anarchique – parfois quasi expĂ©rimentale – nous donnent le tournis sans la moindre modĂ©ration.

Le pitch : un cĂ©lèbre Ă©crivain, rĂ©putĂ© pour ses Ă©crits horrifiques, est hantĂ© par un cauchemar rĂ©current oĂą les hĂ©ros de son dernier roman viennent le tourmenter lors de ses nuits agitĂ©es. Un jour, alors qu’il reçoit des convives dans sa demeure, ses crĂ©atures de fiction prennent chair pour confronter l’assemblĂ©e Ă  une sĂ©rie d’Ă©preuves lĂ©tales.

CuriositĂ© interlope autant que fascinante, malgrĂ© une seconde partie plus relâchĂ©e, Seizure s’aventure sur le terrain du trip expĂ©rimental, abstrait et foutraque, au grĂ© de situations aussi dĂ©bridĂ©es que lunaires. Un trio dĂ©moniaque au look improbable – un gĂ©ant mutique, un nabot sardonique surnommĂ© « l’AraignĂ©e » et une vamp indomptable personnifiĂ©e par une reine noire – sème la zizanie parmi les invitĂ©s du romancier. Ces figures malfaisantes soumettent les convives Ă  des Ă©preuves physiques et morales pour jauger leur capacitĂ© Ă  affronter la mort.

Par son montage anarchique, presque Ă©pileptique, Seizure dĂ©soriente, brouille les repères. Peut-ĂŞtre pour mieux reflĂ©ter l'angoisse diffuse de la finitude, ou le dĂ©lire obsessionnel d’un Ă©crivain enfermĂ© dans sa propre fiction.

Oliver Stone sème le doute avec malice : dès les premières minutes, une info glissĂ©e Ă  la radio annonce l’Ă©vasion de trois dangereux individus d’un asile psychiatrique. DĂ©tail anodin ? Ou clef de lecture ? Le film vacille entre rĂ©alitĂ© et cauchemar, les Ă©preuves infernales semblant plutĂ´t convoquer des figures malĂ©fiques surgies d’ailleurs. BordĂ©lique en diable, Ă  travers ses multiples pĂ©ripĂ©ties horrifiques, parfois baignĂ©es d’une Ă©trangetĂ© glaçante, Seizure intrigue autant qu’il dĂ©boussole, surtout dans sa seconde moitiĂ© trop bavarde, embourbĂ©e dans des explications d’inspiration moyenâgeuse.

Pourtant, la direction d’acteurs, Ă©tonnamment solide pour une première Ĺ“uvre, mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ©e. Notamment celle du nain HervĂ© Villechaize (L’ĂŽle fantastique), franchement inquiĂ©tant, malaisant, sardonique, distillant ses provocations avec un goĂ»t pervers pour la cruautĂ©. Mais c’est surtout la prĂ©sence magnĂ©tique de Martine Beswick, l’une des reines noires de l’horreur, qui Ă©lectrise le film. Vamp opaque, vaniteuse et intraitable, silhouette longiligne, regard impassible, elle pousse la malveillance jusqu’Ă  sacrifier l’innocence infantile sans l’ombre d’un frisson. 


Curieusement fascinant malgrĂ© son chaos narratif, Seizure dĂ©ploie un gothisme baroque, Ă©trange, vĂ©nĂ©neux, parfois mĂŞme rĂ©ellement effrayant. Si l’intrigue s’Ă©gare en cours de route, Oliver Stone parvient in extremis Ă  la recoller par une pirouette narrative certes convenue, mais Ă©trangement bienvenue. On en retient des visions d’effroi, des images oniriques et macabres, qui hantent après le dernier plan. Une bizarrerie Ă  dĂ©couvrir, surtout pour les amateurs de cinĂ©ma malade, vrillĂ©, possĂ©dĂ©.

*Bruno
24.06.25. 5èx 
31.07.20
24.08.11. 180 v

mercredi 29 juillet 2020

Hot Shots !

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jim Abrahams. 1991. U.S.A. 1h24. Avec Charlie Sheen, Cary Elwes, Valeria Golino, Lloyd Bridges, Jon Cryer, Kevin Dunn, William O'Leary.

Sortie salles France: 30 Octobre 1991

FILMOGRAPHIEJim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur de cinéma et acteur américain né le 10 mai 1944 à Shorewood, Wisconsin (États-Unis). 1980 : Y a-t-il un pilote dans l'avion ? 1984 : Top secret ! 1986 : Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988 : Quand les jumelles s'emmêlent. 1990 : Welcome Home, Roxy Carmichael. 1991 : Hot Shots! 1993 : Hot Shots! 2. 1997 : Au risque de te perdre (Téléfilm). 1998 : Le Prince de Sicile.


"Ils ont l'étoffe des Zéros !"
Classique de la parodie ricaine des annĂ©es 90, Hot Shots revisite les grands succès des annĂ©es 80 parmi lesquels Danse avec les Loups; Susie et les Baker Boys, Full Metal Jacket et surtout Top Gun, notamment auprès de sa scĂ©nographie aĂ©ronavale soumise Ă  une intrigue de pacotille. Mais jamais avare d'idĂ©es saugrenues, Jim Abrahams y dissĂ©mine d'autres rĂ©fĂ©rences comme Superman de Donner, Rocky, Le Parrain9 semaines et demi ou encore Autant en emporte le vent. SpĂ©cialiste du gag aussi bien verbal que visuel, avec en intermittence quelques calembours bien placĂ©s, Jim Abrahams dĂ©cuple son efficacitĂ© hilarante Ă  travers une moisson de mini sketchs particulièrement cartoonesques. Et si comme de coutume tout n'est pas du meilleur goĂ»t (certains gags lourdingues font juste sourire alors que d'autres nous suscitent un rire nerveux de par leur Ă©normitĂ©), Hot Shots amuse la galerie sans jamais ennuyer le spectateur emportĂ© dans un maelstrom de bĂ©vues surrĂ©alistes. Pour ce faire, on peut enfin compter sur le tempĂ©rament communĂ©ment fringant (pour ne pas dire perchĂ© !) des acteurs (Charlie Sheen, Cary Elwes, Valeria Golino, Lloyd Bridges en tĂŞte) s'en donnant Ă  coeur joie, entre pitreries et fantaisies ironiques. Sans toutefois rivaliser avec les chefs-d'oeuvre du genre Y'a t'il un pilote dans l'Avion, Y'a t'il un flic pour sauver la reine ? et Top Secret; Hot Shots n'en demeure pas moins une excellente parodie menĂ©e sur un rythme infernal, tant et si bien que les centaines de gags s'enchaĂ®nent jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. A revoir, sans omettre de dĂ©nigrer sa suite d'une bonne humeur aussi expansive qu'explosive !


Box Office France: 2 121 622 entrées

*Bruno
3èx

mardi 28 juillet 2020

Togo

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site

de Ericson Core. 2019. U.S.A. 1h53. Avec Willem Dafoe, Leonhard Seppala, Diesel, Julianne Nicholson, Christopher Heyerdahl, Richard Dormer, Adrien Dorval.

Sortie salles France: 7 Avril 2020. U.S: sur Disney + le 20 Décembre 2019.

FILMOGRAPHIE: Ericson Core est un réalisateur américain. Invincible (2006), Point Break (2015) et Togo (2019).


"La fidélité n'est pas dans les actes mais dans le coeur."
TirĂ© de l'histoire vraie de Togo, un chien husky parcourant l'Alaska en traĂ®neau parmi son maĂ®tre Seppala afin d'y convoyer un sĂ©rum pour des enfants atteints de diphtĂ©rie, Togo nous dĂ©sarme d'Ă©motions bruts de dĂ©coffrage Ă  travers son souffle tantĂ´t Ă©pique, tantĂ´t lyrique Ă©manant de morceaux de bravoure insensĂ©s et d'une remise en question humanitaire. Tant et si bien que nous peinons Ă  croire ce que nous subissions Ă  l'Ă©cran eu Ă©gard de l'exceptionnelle bravoure des chiens obĂ©issants Ă  leurs maĂ®tres avec une loyautĂ© indĂ©fectible, quitte Ă  en payer de leur vie ! Et ce dans le but de relever les gageures les plus improbables. Car Ă  travers leur parcours du combattant Ă  explorer sur plus de 1000 kms de distance les contrĂ©es hostiles rĂ©frigĂ©rantes, Togo nous fait participer Ă  une aventure outre-mesure Ă  travers les thĂ©matiques de l'hĂ©roĂŻsme, de la rĂ©silience et du dĂ©passement de soi d'un point de vue principalement canin. Ainsi, Ă  travers sa vaste scĂ©nographie limpide, on peut notamment prĂ´ner sa formalitĂ© naturelle, tant son panorama enneigĂ©, agressif, patibulaire nous dĂ©payse et nous inspire l'insĂ©curitĂ© avec un sens de l'esthĂ©tisme cauchemardesque (nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier les 2 traversĂ©es du lac gelĂ© sortis tout droit d'un enfer glacier !). En d'autres termes, nous vivons et subissons de plein fouet les Ă©vènements mĂ©tĂ©orologiques tempĂ©tueux comme si nous  Ă©tions Ă  la place de nos preux hĂ©ros !


Terriblement intense donc de par son action rigoureuse souvent désespérée, bouleversant et déchirant passé l'exploit historique, notamment après avoir témoigné des évolutions morales de Seppala et de son chien apprenant à s'aimer et à se connaître au fil de l'enjeu sanitaire, Togo nous laisse KO d'émotions ardues de par la noblesse du canidé délibéré à combler son mentor pour l'unique enjeu de l'AMOUR. Celui tendre, sincère, candide, stoïque. Quand bien même ce maître, autrefois obtus, intolérant et inflexible, finira par apprendre la notion de tendresse qu'un chien puisse susciter au fil de ses efforts homériques. Willem Dafoe parvenant sobrement (et sans ambages) à nous transmettre ses émotions contradictoires, entre remord, culpabilité et remise en question sous l'impulsion d'un regard aussi digne que désemparé. Pour ce faire, le réalisateur aura pris soin de nous attacher à ce duo impétueux via l'entremise du flash-back pour tenir lieu de leur initiation amicale et de leur complémentarité future. Le film retraçant autant un récit héroïque devenu proverbial qu'une magnifique histoire d'amour (pétrie d'humilité) entre l'homme et le chien communément inséparables. Tant en insistant sur le tempérament insolent de Togo en proie à une rage de vivre et un goût du périple insatiables que sur l'intolérance du maître privilégiant avant tout leur héroïsme le plus factuel pour y préserver le destin d'enfants infectieux. Ces chiens husky demeurant avant tout à ses yeux des animaux dressés à accomplir les tâches les plus ardues plutôt que de simples animaux de compagnie destinés à attendrir tout bonne famille.


Aventure singulière au pouvoir Ă©motionnel capiteux (prĂ©voyez le paquet de mouchoirs pour les plus sensibles) Ă  travers une louange canine, tant auprès de sa complicitĂ© que de sa nature gĂ©nĂ©reuse, Togo peut sans rougir entrer dans la lĂ©gende des chiens les plus accomplis Ă  travers son intelligence, sa fidĂ©litĂ©, sa loyautĂ© et surtout son hĂ©roĂŻsme Ă  relever une gageure sanitaire de grande ampleur. Oeuvre fragile pleine de lyrisme et de sentiments jamais racoleurs (alors que c'est estampillĂ© Disney !), Togo n'en n'oublie pas pour autant les traits de cocasserie afin de dĂ©tendre l'atmosphère au coeur de cet enfer naturel infiniment immersif. Un spectacle exhaustif proprement inoubliable que les amoureux de chiens trĂ´neront fièrement auprès de l'autre crève-coeur Hatchi. Une histoire intemporelle vĂ©cue Ă  travers l'Ă©preuve de force du meilleur ami de l'homme sous l'impulsion du score tout en Ă©lĂ©gie de Mark Isham.

*Bruno


SPOILER !!! Exactitude historique (source Wikipedia):
La plupart du film est fidèle Ă  l'histoire de Leonhard Seppala et de Togo. Deux passages importants du films se sont rĂ©ellement dĂ©roulĂ©s : Togo a Ă©chappĂ© Ă  son deuxième propriĂ©taire en sautant Ă  travers une fenĂŞtre en verre et le chien a utilisĂ© sa force pour tirer le traĂ®neau de Seppala hors du Norton Sound8. Cependant, le film ne parle pas de Sigrid, la fille de Seppala et Constance, qui faisait partie des nombreux enfants risquant de contracter la diphtĂ©rie. La rĂ©action de Seppala lorsque Balto obtient tous les honneurs n'est pas montrĂ©e, tandis que Constance est prĂ©sentĂ©e comme agacĂ©e. En rĂ©alitĂ©, Seppala a exprimĂ© ouvertement sa dĂ©sapprobation de la confusion des hĂ©ros canins. Le film raconte d'autre part que Togo a vĂ©cu ses derniers jours auprès de Seppala alors qu'il a en fait Ă©tĂ© donnĂ© Ă  une autre musher nommĂ©e Elizabeth Ricker vivant dans le Maine. Lorsqu'il s'est sĂ©parĂ© de son meilleur chien, Seppala a dĂ©clarĂ© : « C'Ă©tait triste de se sĂ©parer par un matin froid et gris de mars, lorsque Togo a levĂ© sa petite patte jusqu'Ă  mon genou comme s'il me demandait pourquoi il ne restait pas avec moi. Je n'ai jamais eu de meilleur chien que Togo. Son endurance, sa loyautĂ© et son intelligence ne pourront jamais ĂŞtre Ă©galĂ©es. Togo fut le meilleur chien qui ait jamais parcouru les sentiers de l'Alaska. » Seppala a rendu visite Ă  Togo Ă  quelques reprises et Ă©tait Ă  ses cĂ´tĂ©s lorsqu'il a Ă©tĂ© euthanasiĂ©. FIN DU SPOILER.