lundi 2 août 2021

Aventure du Poséidon (l')

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ronald Neame. 1972. U.S.A. 1h57. Avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Carol Lynley, Roddy McDowall, Stella Stevens, Shelley Winters, Jack Albertson, Pamela Sue Martin, Arthur O'Connell, Eric Shea, Leslie Nielsen. 

Sortie salles France: 29 Mars 1973. U.S: 15 Décembre 1972

FILMOGRAPHIERonald Neame est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 23 avril 1911 Ă  Londres (Angleterre) et mort le 16 juin 20101 Ă  Los Angeles (Californie). 1947 : Je cherche le criminel. 1950 : La Salamandre d'or. 1952 : Trois dames et un as. 1954 : L'Homme au million. 1956 : L'Homme qui n'a jamais existĂ©. 1956 : De la bouche du cheval. 1957 : Alerte en ExtrĂŞme-Orient. 1957 : La Passe dangereuse. 1960 : Les Fanfares de la gloire.1962 : Les Fuyards du Zahrain. 1963 : L'Ombre du passĂ©. 1963 : Mystère sur la falaise. 1965 : Mister Moses. 1966 : Un hold-up extraordinaire. 1966 : D pour danger. 1968 : Prudence et La Pilule. 1969 : Les Belles AnnĂ©es de miss Brodie. 1970 : Scrooge. 1972 : L'Aventure du PosĂ©idon. 1974 : Le Dossier ODESSA. 1979 : Meteor. 1980 : Jeux d'espions. 1981 : First Monday in October. 1986 : Le Sorcier de ces dames. 1990 : The Magic Balloon. 


Chef-d'oeuvre du film catastrophe Ă  trĂ´ner Ă  proximitĂ© de La Tour Infernale, l'Aventure du PosĂ©idon n'a rien perdu de sa puissance Ă  la fois dramatique et Ă©pique au grĂ© du parcours du combattant d'une poignĂ©e de survivants Ă  trouver une issue de secours pour s'extirper de leur geĂ´le d'acier. En l'occurrence, un paquebot de croisière que le rĂ©alisateur exploite sous toutes les coutures Ă  travers ses nombreux dĂ©cors dĂ©labrĂ©s, que ce soit Ă  l'air libre, sous les gaz d'Ă©chappement ou sous l'eau. InspirĂ© d'une histoire vraie issue de la seconde guerre mondiale (un navire dĂ» affronter une Ă©norme vague au moment d'avoir risquĂ© de chavirer), l'Aventure du PosĂ©idon est un modèle d'efficacitĂ© auprès de son lot de pĂ©ripĂ©ties et rebondissements dramatiques que Ronald Neame transcende avec souci du dĂ©tail technique. Dans la mesure oĂą nous restons plaquĂ©s au siège Ă  observer les espoirs dĂ©sespĂ©rĂ©s de cette poignĂ©e de survivants comptant sur l'hĂ©roĂŻsme impĂ©rieux d'un rĂ©vĂ©rend jamais avare d'idĂ©es et d'Ă©nergie pour dĂ©jouer la faucheuse. Si bien qu'Ă  travers ce rĂ´le Ă©tonnamment vaillant adepte des nobles valeurs chrĂ©tiennes, Gene Hackman excelle Ă  imposer son autoritĂ© drastique en dĂ©pit de son outrecuidance que nombre de passagers (en complexe d'infĂ©rioritĂ©) rĂ©futeront pour lui contredire ses stratĂ©gies de survie. 


Ernest Borgnine
lui disputant admirablement la vedette en policier Ă  la fois renfrognĂ© et obtus tentant de s'opposer Ă  ses propositions pour lui soumettre son refus d'obtempĂ©rer. D'ailleurs, Ă  travers ces protagonistes attachants gĂ©nĂ©ralement stĂ©rĂ©otypĂ©s auprès du genre catastrophe, on s'Ă©tonne de leur accorder autant d'empathie parfois poignante (pour ne pas dire bouleversante) si bien que Ronald Neame sait les diriger intelligemment en les profilisant avant tout comme des ĂŞtres humains fragiles, apeurĂ©s et terrifiĂ©s mais rapidement nantis d'un esprit solidaire fructueux au fil de leur escapade de dernier ressort. Spectaculaire en diable sans jamais verser dans la surenchère ou la gratuitĂ©, les incessantes bravoures de l'Aventure du PosĂ©idon font preuve d'un suspense infaillible pour rendre compte du sort prĂ©caires des personnages grâce au vĂ©risme de la rĂ©alisation au plus près de ses derniers, dĂ©munis, et aux trucages artisanaux absolument bluffants de rĂ©alisme. Tant et si bien que cette oeuvre matricielle, symptomatique des Seventies, demeure une expĂ©rience Ă©motionnelle, voir mĂŞme quelque peu sensorielle (surtout auprès des claustrophobes et ablutophobes) tant le spectateur s'immerge naturellement dans ce huis-clos maritime avec une tension anxiogène littĂ©ralement fascinante eu Ă©gard de sa vigueur visuelle cauchemardesque. 


De par son intensitĂ© dramatique parfois Ă©prouvante car sans concession (impossible d'anticiper les futures victimes Ă  trĂ©passer) dĂ©coulant d'une rĂ©alisation consciencieuse attachant autant d'importance Ă  la caractĂ©risation de ses personnages qu'Ă  l'exploration de ses dĂ©cors communĂ©ment dĂ©lĂ©tères qu'ils arpentent tels des enfants apeurĂ©s, l'Aventure du PosĂ©idon prĂ©serve intact son pouvoir de fascination quelques dĂ©cennies après sa conception. Il est donc Ă  revoir d'urgence si vous souhaitez (Ă  nouveau) participer Ă  une expĂ©rience de survie "humaniste" comme si vous y Ă©tiez Ă  l'aide d'un sens du sacrifice faisant office de sacerdoce. Du grand cinĂ©ma rĂ©volu donc, modèle de film catastrophe (alors en dĂ©but d'Ă©mergence !) Ă  la lisière de la perfection. 

*Eric Binford
3èx

Récompenses: Oscar du cinéma 1973 : Oscar de la meilleure chanson originale ; nominations dans les catégories meilleur second rôle féminin, meilleur son, meilleure musique.
BAFTA 1973 : Meilleur acteur (Gene Hackman)
Golden Globe 1973 : Meilleure second rôle féminin (Shelley Winters)

vendredi 30 juillet 2021

J.F partagerait appartement

                                            
                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site grainandnoise.wordpress.com

"Single White Female" de Barbet Schroder. 1992. U.S.A. 1h48. Avec Bridget Fonda, Jennifer Jason Leigh, Steven Weber, Peter Friedman, Stephen Tobolowsky, Frances Bay

Sortie salles France: 16 Septembre 1992. U.S: 14 AoĂ»t 1992

FILMOGRAPHIEBarbet Schroeder est un rĂ©alisateur et producteur, de nationalitĂ© française d'origine suisse, nĂ© le 26 AoĂ»t 1941 Ă  TĂ©hĂ©ran (Iran). 1969: More. 1972: La VallĂ©e. 1976: MaĂ®tresse. 1984: Tricheurs. 1987: Barfly. 1990: Le Mystère Von Bulow. 1992: J.F partagerait appartement. 1995: Kiss of Death. 1996: Before and after. 1998: l'Enjeu. 2000: La Vierge des Tueurs. 2002: Calculs Meurtriers. 2007: l'Avocat de la terreur (Documentaire). 2008: Inju, la BĂŞte dans l'ombre. 2009: Mad Men (sĂ©rie TV). 2015: Amnesia.


"Les annĂ©es 90 et leur thriller domestique restĂ© dans les mĂ©moires." 
Surfant sur la vague du thriller Ă©rotique initiĂ© par Liaison Fatale puis Basic Instinct, JF partagerait appartement adopte le principe du psycho-killer hollywoodien avec efficacitĂ© et savoir-faire. Le pitchA la suite d'une annonce, Hedy se prĂ©sente Ă  l'appartement d'Allie pour s'y partager une collocation. Rapidement, les deux locataires parviennent Ă  entamer une relation amicale en dĂ©pit de la nouvelle intrusion de l'ancien amant d'Allie. Mais peu Ă  peu, Hedy Ă©prouve des signes de jalousie envers leur rĂ©conciliation. Un pitch simpliste et prĂ©visible que l'artisan Barbet Schroder parvient Ă  imprimer sur pellicule au grĂ© d'un percutant suspense toujours soutenu, et ce avant de se laisser chavirer vers les conventions lors d'un final sanglant pour autant intense, haletant et assez convaincant. Pour ce faire, il compte avant tout sur le jeu mesurĂ© de son duo fĂ©minin pleinement convaincant Ă  travers leur affrontement psychologique de longue haleine oĂą l'une ne cesse de s'interroger sur l'ambiguĂŻtĂ© morale de l'autre constamment fureteuse et envieuse. Hedy (Jennifer Jason Leigh) demeurant une fille solitaire profondĂ©ment perturbĂ©e (pour ne pas dire traumatisĂ©e) depuis la mort accidentelle (?) de sa soeur jumelle. Ainsi, incapable de se pardonner sa culpabilitĂ©, Hedy, en mal d'affection et de rĂ©demption, tente de renouer une amitiĂ© (amoureuse) indĂ©fectible auprès de sa co-locataire Allison Jones. 


Trouble, malaisante, saisissante, voire parfois mĂŞme Ă©peurante, Jennifer Jason Leigh porte l'intrigue sur ses frĂŞles Ă©paules avec une force d'expression lestement dĂ©rangĂ©e. La jeune actrice insufflant un jeu taciturne et insidieux davantage malsain au fil d'un climat vĂ©nĂ©neux agrĂ©mentĂ© de morts quelque peu horrifiques. Barbet Schroder exploitant d'autant mieux les pièces de l'immeuble acadĂ©mique (façon Rosemary's Baby) auquel finira par s'y jouer une partie de cache-cache pour la survie entre victime et bourreau. Un ascenseur, une chambre ou un salon se dĂ©clinant en huis-clos Ă©touffant lorsque les victimes se retrouvent prises au piège en tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'y invoquer de l'aide par l'entremise d'un tĂ©lĂ©viseur, d'internet ou d'un tĂ©lĂ©phone. Quant Ă  Bridget Fonda, petite bout de femme gironde ultra sexy, celle-ci n'a rien Ă  envier Ă  sa rivale en proie autrement influençable un brin naĂŻve Ă  pardonner un trop facilement l'adultère de son amant et la folie meurtrière de sa rivale rĂ©solument amoureuse d'elle. De par sa personnalitĂ© assez sensible, son indulgence humaine et sa luciditĂ© d'y cerner peu Ă  peu la personnalitĂ© torturĂ©e de sa comparse, Bridget Fonda nous provoque une empathie mĂ©ritoire, notamment auprès de son initiation hĂ©roĂŻque Ă  se mesurer Ă  Hedy avec une dĂ©termination assez vĂ©loce, voire Ă©galement retorse (son opposition dans l'ascenseur, sa planque dans un conduit). 


Psycho-killer grand public jouant habilement avec les nerfs du spectateur (tout du moins 1h30 durant avant la facilitĂ© des confrontations explicites pour autant percutantes), J.F Partagerait appartement  repose beaucoup sur les talents indiscutables de son duo fĂ©minin en y cultivant Ă  terme une fascinante rĂ©flexion sur la dichotomie de la culpabilitĂ© et du pardon du point de vue d'une gĂ©mellitĂ© avilie par la jalousie, la rancoeur et la manipulation. Bon suspense psycho donc toujours aussi diaphane, inquiĂ©tant et captivant en dĂ©pit de scories tĂ©lĂ©phonĂ©es (bien qu'on a largement vu pire ailleurs avec beaucoup moins d'efficacitĂ© et de plausibilitĂ©).  

*Eric Binford
30.07.21. 4èx
27.10.16. 

jeudi 29 juillet 2021

Milla. Coup de coeur du Jury au Festival de Valenciennes.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Shannon Murphy. 2019. Australie. 1h58. Avec Eliza Scanlen, Essie Davis, Ben Mendelsohn, Toby Wallace, Andrea Demetriades, Emily Barclay.

Sortie salles France: 28 Juillet 2021. Australie: 23 Juillet 2020

FILMOGRAPHIE: Shannon Murphy est une réalisatrice, scénariste et productrice australienne. 2019: Milla.


"Un crève-coeur capiteux; condensé d'humour, d'onirisme, de fraîcheur et de violence amoureuse, sans jamais se morfondre dans la sinistrose. Eprouvant mais rédempteur."
Romcom mâtinĂ©e de mĂ©lo Ă  la sauce australienne sous couvert d'un pitch Ă©culĂ© faisant craindre le produit sirupeux Ă  faire pleurer dans les chaumières, Milla en est le contre-exemple impĂ©ratif dans sa capacitĂ© Ă  Ă©lever les genres Ă  un Ă©tat de grâce insoupçonnĂ©. C'est dire si la nĂ©ophyte (c'est sa 1ère rĂ©alisation) s'y entend pour nous amener Ă  la suivre sur les pentes d'une tragĂ©die humaine Ă©corchĂ©e vive (le final dĂ©chirant vous martyrisera la mĂ©moire ad vitam aeternam) dĂ©tournant les clichĂ©s avec une dextĂ©ritĂ© forçant le respect. Tant et si bien qu'Ă  travers la maladie mortelle de Milla, jeune ado en mal d'amour mais fĂ©rue de joie de vivre au grand dam de sa condamnation, c'est le portrait d'une famille dysfonctionnelle que l'on nous dĂ©peint parmi l'intrusion prĂ©cipitĂ©e d'un dĂ©linquant impertinent tombant peu Ă  peu amoureux de celle qu'il venait de secourir (incidemment ?) lors d'une tentative de suicide ferroviaire. Mais pour quelles mobiles Milla s'avère aussi puissamment vertigineux, lumineux, universel sans jamais s'en rendre compte ? (les sĂ©quences se succèdent au rythme d'Ă©vènements alĂ©atoires en se laissant bercer par la confusion des sentiments des personnages dĂ©sorientĂ©s). Pour une raison d'authenticitĂ© documentĂ©e Ă  travers l'expression sidĂ©rante des acteurs, juvĂ©niles ou adultes, s'Ă©changeant la rĂ©plique auprès de leurs homologues avec une intensitĂ© humaine plus vraie que nature. Parce que Shannon Murphy s'alloue aussi d'un pilier inĂ©branlable pour s'extraire du pathos bon marchĂ© Ă  travers un humour ravageur quasi permanent quant aux portraits fragilisĂ©es des parents substituĂ©s en junkies pour y pallier leur douleur morale difficilement gĂ©rable. 


Ce qui donne lieu Ă  des moments bipolaires rafraichissants tout en saisissant le sens de leurs comportement troublĂ© face Ă  l'injustice du cancer que leur fille supporte tel un fardeau sans jamais se plaindre, ouvertement parlant (en dĂ©pit du final rĂ©dempteur oĂą l'on se confond vers une autre dimension Ă©motionnelle). Et ce au point qu'on en omet la maladie de l'hĂ©roĂŻne tant son climat de tendresse rĂ©confortant, orageux, cocasse, badin nous est scandĂ© dans un dĂ©luge d'images exaltantes, positives, vitales, sĂ©millantes, gracieuses, naturelles tout simplement, de par la personnalitĂ© Ă©purĂ©e de son auteur au plus près des sentiments humains qu'elle se refuse Ă  caricaturer sans soupçon de voyeurisme. Quand bien mĂŞme le jeune charismatique  Toby Wallace se dĂ©gage du stĂ©rĂ©otype dĂ©linquant avec une force de caractère anti manichĂ©enne en paumĂ© sur la corde raide rĂ©cupĂ©rĂ© par un soupçon de sentiments pour cette Ă©trangère qu'il apprend Ă  cĂ´toyer. Eliza Scanlen endossant sa petite amie avec une douceur d'âme et de personnalitĂ© responsable en malade incurable dĂ©vorant l'instant prĂ©sent avec une joie de vivre ancrĂ©e dans la pudeur. Tous ces personnages dĂ©ambulant autour de Milla avec une sincĂ©ritĂ© humaine jamais outrĂ©e dans leur dĂ©sir d'y susciter le goĂ»t de vivre, l'appât de la joie quotidien jusqu'Ă  la fatalitĂ©. Le tout irriguĂ© d'un onirisme tantĂ´t lunaire (la sĂ©quence singulière de la boite de nuit puis celle au sein d'un bar avec ses mouvements sensuels des corps dĂ©hanchĂ©s), tantĂ´t naturaliste (la plage, le crĂ©puscule Ă  l'Ă©coute des oiseaux) afin d'Ă©lever le film vers des horizons gratifiantes en dĂ©pit de la violence toujours plus affirmĂ©e des sentiments que les personnages expriment (mais aussi combattent) avec une personnalitĂ© autoritaire pleine de dignitĂ©, d'humilitĂ©, de modestie. 


"La mort commence lorsque vous cessez d'ĂŞtre un enfant".
Bijou d'humour et de gravitĂ© sous l'impulsion d'une poignĂ©e de personnages extrĂŞmement familiers, Milla est un miracle d'Ă©motions capiteuses jamais programmĂ©es. Un hymne Ă  la tolĂ©rance et Ă  la vie Ă©tablit du point de vue de l'atavisme de la mort, cette injustice morbide que la rĂ©alisatrice traite sans ambages, avec autant de tact et de suggestion que de brutalitĂ© escarpĂ©e (on a parfois rĂ©ellement l'impression de se retrouver face Ă  la mort Ă  travers les yeux de saphir de Milla). 

*Eric Binford

Récompenses: Mostra de Venise 2019 : Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Toby Wallace
Festival international du film de Transylvanie 2020 : TrophĂ©e Transilvania du meilleur film et prix du public. 
Coup de coeur du Jury au 18è Festival de Valenciennes. 

mercredi 28 juillet 2021

Voyage au bout de l'horreur / The Nest

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Terence H. Winkless. 1987. U.S.A. 1h29. Avec  Robert Lansing, Lisa Langlois, Franc Luz, Terri Treas, Stephen Davies. 

Sortie salles France: ?. U.S: 13 Mai 1988

FILMOGRAPHIE: Terence H. Winkless est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 1988: Voyage au bout de l'horreur. 1992 Rage and Honor. 1992. The Berlin Conspiracy. 1990 Private Offerings. 1990 Corporate Affairs. 1989 Bloodfist. 1996: Les aventuriers de la rivière sauvage. 1996: Ladykille. 1995. Mighty Morphin Power Rangers: Ninja Quest (Video).  1995 Not of This Earth. 1997: The Westing Game (TV Movie). 2013: Heart of Dance. 2009Twice as Dead. 2007 Nightmare City 2035.  2003 Fire Over Afghanistan. 


Formidable B movie inĂ©dit en salles chez nous (si je ne m'abuse), Voyage au bout de l'horreur fit les beaux jours des vidĂ©ophiles lors de son exploitation en Vhs Ă  l'issue des annĂ©es 80. Et bien qu'aujourd'hui il demeure hĂ©las Ă  la fois oubliĂ© et mĂ©connu (en dĂ©pit de sa sortie Blu-ray chez Le Chat...), ce divertissement sans prĂ©tention dĂ©gage un charme encore plus probant aujourd'hui faute de son Ă©poque rĂ©volue Ă  l'ère du tout numĂ©rique. C'est dire si Terence H. Winkless s'y entend pour nous divertir avec une gĂ©nĂ©rositĂ© et une sincĂ©ritĂ© transpirants Ă  chaque coin de l'Ă©cran. Et ce 1h29 durant car Voyage au bout de l'horreur se permet en outre d'y cultiver un rythme vif pour ne pas ennuyer le spectateur embarquĂ© dans une Ă©nième invasion de cafards mutants (ils sont quasi omniprĂ©sents Ă  l'Ă©cran afin de nous fasciner avec apprĂ©hension viscĂ©rale) qu'une poignĂ©e d'entomologistes, de bĂ©nĂ©voles et un shĂ©rif tentent de juguler avec un courage en herbe. Or, ce qui rend si ludique et bonnard le spectacle du samedi soir Ă©mane autant du charisme ingĂ©nu des comĂ©diens de seconde zone se prĂŞtant Ă  l'aventure avec une bonhomie inĂ©branlable. 


On reconnaĂ®tra d'ailleurs Ă  travers cet attachant cast la jeune actrice Lisa Langlois rĂ©vĂ©lĂ©e dans le gĂ©nialement cintrĂ© Class 84, incarnant ici la fille d'un savant s'efforçant d'Ă©pauler ce dernier Ă  la suite des consĂ©quences dramatiques de ses expĂ©riences gĂ©nĂ©tiques. Une prestance amiteuse convaincante donc puisque l'on craint pour sa survie lors de ses stratĂ©gies de dernier ressort culminant au final explosif confinĂ© dans une grotte. PonctuĂ© d'humour noir entre deux sĂ©quences comiques (dont un clin d'oeil Ă  RĂ©-animator avec ce chat mutant erratique coursant ses victimes tous azimuts dans une cave, ou encore cette tenancière d'un snack affrontant les cafards avec ses ustensiles de cuisine !), Voyage au bout de l'horreur est gĂ©nĂ©reux en scènes gorasses du plus bel effet rĂ©pulsif. Et si certains trucages ont beau accuser une facture inĂ©vitablement cheap, le spectateur immergĂ© dans l'action croit dur comme fer Ă  ce qu'il voit. A l'instar d'un bambin guilleret contemplant son jouet qu'on vient de lui offrir dans son paquet cadeau artisanal. Non, franchement, les situations horrifiques les plus sanglantes demeurent jouissives par leur attrait plaisamment provocateur, voir Ă©galement par leur aspect dĂ©bridĂ©. Quand bien mĂŞme on se fascine avec recul pour la posture malsaine d'une des protagonistes fĂ©minines jouant les mĂ©decins scientifiques avec un sado-masochisme dĂ©viant pour son amour lubrique des cafards hybrides ! 


Beaucoup plus stimulant et divertissant qu'à son époque alors qu'il s'agit d'un 1er essai, Voyage au bout de l'Horreur est l'archétype du B movie horrifique du samedi soir pour son amour immodéré aux insectes mutants ici pleinement convaincants quant au parti-pris du réal à recruter de véritables blattes à l'écran (hélas parfois sacrifiés pour un mobile de réalisme morbide). A redécouvrir sans hésiter donc, surout auprès des puristes nostalgiques des années 80.

*Eric Binford
2èx

mardi 27 juillet 2021

Pig

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Sarnoski. 2021. U.S.A. 1h32. Avec Nicolas Cage, Alex Wolff, Adam Arkin, October Moore, Dalene Young, Gretchen Corbett.

Sortie salles U.S: 16 Juillet 2021

FILMOGRAPHIEMichael Sarnoski est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2021: Pig. 


Difficile de se faire une opinion objective Ă  la sortie de la projo si bien que Pig dĂ©concerte, dĂ©sarçonne autant qu'il sĂ©duit selon notre immersion Ă©motionnelle, notre humeur du jour et notre degrĂ© de sensibilitĂ©. Tant auprès de la cause animale, subsidiaire au rĂ©cit, que de la dĂ©chĂ©ance humaine d'un solitaire dĂ©chu de son passĂ© vĂ©reux. Le kidnapping de son cochon n'Ă©tant qu'un prĂ©texte pour y tenter de profiliser ce veuf meurtri repliĂ© sur lui mĂŞme au point de vivre en autarcie en pleine nature. Difficile d'accès et dĂ©nuĂ© de violence, en dĂ©pit du 1er quart d'heure concis et d'une bastonnade officieuse (sorte de Fight Club Ă  l'envers !), Pig insuffle un rythme très lent au fil de la requĂŞte de Robin Feld dĂ©terminĂ© Ă  retrouver son cochon truffier par simple amour pour l'animal comme il l'avoue Ă  son jeune complice (et non comme outil de travail rentable pour y renifler les truffes). L'intrigue prenant son temps Ă  Ă©tudier les personnalitĂ©s de 3 protagonistes du point de vue contestataire de Rob en dĂ©sarroi affectif. Son climat langoureux baignant dans une aigre mĂ©lancolie face Ă  un type dĂ©soeuvrĂ© noyĂ© de pessimisme, de chagrin et de remord Ă  la suite de son passĂ© torturĂ©. Par consĂ©quent, par le truchement moral de celui-ci, spĂ©cialiste culinaire entre autre, et de ces confrères peu recommandables, Pig dresse un tableau plutĂ´t pessimiste sur la nature humaine.


Son orgueil, sa mĂ©galomanie et son Ă©goĂŻsme pour tenter de survivre, de se faire une place dans un monde dĂ©loyal toujours plus intolĂ©rant envers son prochain. C'est ce qui fait la force ou la puissance dramatique de Pig, errance existentielle d'un proscrit contraint de s'extirper de son terrier pour tenter de retrouver sa seule compagnie amiteuse dans sa morne condition de dĂ©rĂ©liction. Presque mĂ©connaissable auprès d'un regard martyrisĂ© par le dĂ©sastre, on n'avait pas observĂ© un Nicolas Cage aussi striĂ© dans sa carapace de clodo Ă  la fois flegme et taciturne plombĂ© du deuil, de la vie impossible en sociĂ©tĂ© tout en se remĂ©morant son passĂ© probablement meurtrier. Contemplatif, dĂ©pressif et plein de pudeur (notamment auprès de la fragilitĂ© fortuite des seconds-rĂ´les), Pig tente donc de nous dĂ©voiler au compte goutte de maigres indices sur le passĂ© de Robin au grĂ© d'un climat de dĂ©sillusion dĂ©nuĂ© de fioriture. Tant et si bien que sa conclusion, bouleversante mais rĂ©solument sobre, risquera sans doute de dĂ©plaire Ă  une frange de spectateurs, surtout ceux militant pour la cause animale (rester dans l'interrogation demeure ici assez frustrant). Le rĂ©alisateur s'efforçant d'authentifier sa tragĂ©die humaine sans optimisme du happy-end. Et ce parmi cette volontĂ© assumĂ©e d'y parfaire la gravitĂ© de son rĂ©cit dans une intimitĂ© humaine ne comptant que sur les traces du passĂ© pour se remĂ©morer un bonheur conjugal aujourd'hui Ă©teint. 


En tout Ă©tat de cause, pour qui sait apprĂ©cier les vraies propositions d'un cinĂ©ma personnel rĂ©fractaire aux codes, Ă  la conformitĂ© et aux effets de manche, Pig ne peut laisser indiffĂ©rent. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette ambulation humaine que Nicolas Cage immortalise de sa (douce) prĂ©sence en berne. 

*Eric Binford

lundi 26 juillet 2021

The Visitor

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buddy-movierepack.blogspot.com

"Stridulum / Le Visiteur MalĂ©fique". de Giulio Paradisi (Michael J. Paradise). 1979. U.S.A/Italie. 1h48. Avec John Huston, Mel Ferrer, Glenn Ford, Lance Henriksen, Shelley Winters, Sam Peckinpah, Joanne Nail 

Sortie salles France: 21 Novembre 1980. Italie: 3 Août 1979.

FILMOGRAPHIEGiulio Paradisi (nĂ© en 1934 Ă  Rome, Italie) est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur italien. Il est aussi connu sous le nom de Michael J. Paradise. 1970 : Terzo canale (Avventura a Montecarlo); 1976 : Ragazzo di Borgata; 1979 : Tesoro mio. 1979 : Le Visiteur malĂ©fique (Stridulum). 1982 : Spaghetti House. 

Quelle bien Ă©trange curiositĂ© que ce Visitor autrefois diffusĂ© sur Canal + lors des annĂ©es 80, si bien que j'en ai toujours prĂ©servĂ© un souvenir assez sĂ©duisant Ă  travers son alliage hybride des genres (Fantastique - Horreur - Science-Fiction se tĂ©lescopent en mode psychĂ©dĂ©lique). Production italo-amĂ©ricaine dont on reconnait bien lĂ  la patte transalpine Ă  travers le soin de sa partition musicale et de son inquiĂ©tante bande-son monocorde), The Visitor surfe sur le succès de la MalĂ©diction Ă  travers son synopsis rĂ©fĂ©rentiel lorsqu'une fillette, envoyĂ©e du Mal, tente d'asseoir sa rĂ©putation sur Terre en tourmentant sa famille et son entourage. RĂ©alisĂ© sans habiletĂ© (notamment au niveau du montage superficiel) avec parfois quelques incohĂ©rences narratives (Ă©galement dans la posture de certains personnages, tel l'envoyĂ© du Bien se substituant Ă  la baby-sitter le temps d'une soirĂ©e, ou encore la mère de Katy devenue tĂ©traplĂ©gique sans que cela ne la traumatise), l'intrigue militant pour l'affrontement entre le Bien et le Mal demeure sans surprise bien que le spectacle tantĂ´t envoĂ»tant (toutes les sĂ©quences onirico-mystiques Ă©paulĂ©es d'une bande-son lancinante) ne manque pas de surprises. 

Tant auprès de certaines scènes chocs surgies de nulle part (la conduite erratique de Glenn Ford sur l'autoroute, la poursuite entre bambins sur la patinoire) et assez bien rĂ©alisĂ©es, de ses moments Ă©sotĂ©riques planants (on peut parfois songer Ă  La Forteresse Noire), de ses idĂ©es ou dĂ©tails imprĂ©visibles (l'utilisation symbolique des volatiles) que de son incroyable casting parmi lesquels s'y croisent John Huston, Mel Ferrer, Glenn Ford, Lance Henriksen, Shelley Winters, Sam Peckinpah et Franco Nero !). Une distribution oh combien surprenante d'avoir accepter de se compromettre Ă  un projet aussi mineur bien que le rĂ©alisateur demeure tout Ă  fait inspirĂ© pour se dĂ©marquer de l'ornière en y alliant efficacement les genres au grĂ© d'un climat d'Ă©trangetĂ© prĂ©gnant. C'est ce qui fait le charme dĂ©suet de The Visitor que l'on a plaisir Ă  revoir (mĂŞme si uniquement rĂ©servĂ© aux afficionados d'ovni introuvable !) en dĂ©pit d'un schĂ©ma narratif approximatif, voir parfois mĂŞme redondant (notamment auprès des moult tentatives de Katy Ă  se dĂ©barrasser de sa mère).


Killing Birds
RĂ©alisĂ© sans habiletĂ© mais formellement baroque et souvent soignĂ© Ă  daigner se dĂ©marquer des convenances, The Visitor demeure une intĂ©ressante curiositĂ© aussi dĂ©concertante que surprenante (notamment auprès de la brutalitĂ© inopinĂ©e de certaines situations punitives que Katy impulse). 

Remerciement Ă  buddy-movierepack

*Eric Binford
2èx

mercredi 21 juillet 2021

La Mante Religieuse

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Tang lang" de Liu Chia-liang. 1978. Hong-Kong. 1h36. Avec David Chiang, Cecilia Wong, Lily Li, Chia Yung Liu, Norman Chu, Frankie Wei. 

Sortie salles France: 6 Avril 1983. Hong-Kong: 28 Juin 1978.

FILMOGRAPHIELiu Chia-liang (劉家良 en chinois, Lau Kar-leung en cantonais) (nĂ© le 28 aoĂ»t 1936 Ă  Canton et mort le 25 juin 2013 Ă  Hong Kong) est un rĂ©alisateur, acteur et chorĂ©graphe chinois.1975 : Wang Yu dĂ©fie le maĂ®tre du karatĂ©. 1976 : Le Combat des maĂ®tres. 1977 : Les ExĂ©cuteurs de Shaolin. 1978 : La Mante religieuse. 1978 : La 36e Chambre de Shaolin. 1979 : Les DĂ©mons du karatĂ© ou Shaolin contre Ninja. 1979 : Spiritual Boxer 2. 1979 : Le Prince et l'arnaqueur. 1979 : Le Singe fou du kung-fu. 1980 : Retour Ă  la 36e chambre. 1980 : Emperor of Shaolin Kung Fu. 1981 : Martial Club. 1981 : Lady Kung-Fu. 1982 : Cat Versus Rat. 1982 : Les 18 armes lĂ©gendaires du kung-fu. 1983 : Les Huit Diagrammes de Wu-Lang. 1983 : The Lady Is the Boss. 1984 : Carry On Wise Guy. 1985 : Les Disciples de la 36e chambre. 1986 : Les Arts martiaux de Shaolin. 1988 : Tiger on the Beat. 1989 : Mad Mission 5. 1990 : Tiger on the Beat 2. 1992 : OpĂ©ration Scorpio. 1994 : Combats de maĂ®tre/Drunken Master 2. 1994 : Drunken Master 3 (Jui kuen III). 2002 : Drunken Monkey. 

Sans daigner concourir au chef-d'oeuvre du genre, La Mante Religieuse est un excellent divertissement revisitant Romeo et Juliette avec tendresse, espièglerie, cruautĂ© et action virevoltante. Wei Fung ayant pour mission d'infiltrer la famille de la jeune Chi-chi afin d'y dĂ©nicher une liste secrète. Or, en tant qu'enseignant, celui-ci tombe amoureux d'elle si bien qu'ils finissent par se marier. Mais pour leur enjeu de survie, les deux amants auront Ă  traverser 5 Ă©preuves mortels avant de vouloir prĂ©senter Chi-chi Ă  sa belle-famille. Si les 3 premiers quarts-d'heure imprĂ©gnĂ©s de suave lĂ©gèretĂ© cèdent place aux batifolages de nos amants en apprentissage martial, pĂ©dagogue et amoureux, la suite relève de la pyrotechnie estampillĂ©e "Shaw Brothers" eu Ă©gard des improbables combats s'enchaĂ®nant Ă  coup de sabre, de lance, de poignard, de nunchaku ou Ă  poings nus. Les affrontements ultra furtifs nous donnant le vertige Ă  travers la lisibilitĂ© d'une action Ă©clectique que se partagent 2, 3, voir 4 adversaires fĂ©rus de soif de victoire. 

Tant auprès des 5 Ă©preuves offensives d'une inventivitĂ© en roue libre que de la vengeance intime de Wei Fung s'inspirant des gestes de dĂ©fense d'une vĂ©ritable mante religieuse pour venir Ă  bout de ses futurs ennemis. Ses sĂ©quences d'entrainement instaurĂ©es en pleine nature nous valant des moments de poĂ©sie Ă  la limite de la fĂ©erie lorsque celui-ci s'efforce de reluquer consciencieusement les expressions et gestes de la mante pour reproduire son agilitĂ© hĂ©roĂŻque. Ainsi donc, Ă  travers le thème des valeurs familiales,  Liu Chia-liang y dĂ©nonce la tradition conservatrice sous couvert de rivalitĂ© engendrant Ă  mi-parcours des bravoures toutes plus Ă©poustouflantes les unes que les autres. Et ce au risque de dĂ©concerter Ă  terme une partie du public lors de son Ă©pilogue d'une amère cruautĂ© (si bien que l'on ne s'y attend pas vraiment tant le revirement demeure aussi soudain que beaucoup trop prĂ©cipitĂ©). En tout Ă©tat ce cause, le spectacle Ă©bouriffant en vaut la chandelle pour tous amateurs de divertissement d'art-martial d'une fulgurance visuelle inĂ©galable. Et ce plus de 40 ans après sa sortie, comme quoi les classiques (mĂŞme les plus mineurs !) ont encore de belles soirĂ©es devant eux pour courtiser le fan. 

*Eric Binford.

mardi 20 juillet 2021

Le Trésor de la Montagne sacrée

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Arabian Adventure" de Kevin Connor. 1979. Angleterre. 1h34. Avec Christopher Lee, Oliver Tobias, Puneet Sira, Milo O'Shea, Emma Samms, Mickey Rooney, John Wyman.

Sortie salles France: 18 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937 à Londres (Royaume-Uni). 1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent Oublié. 1978: Les 7 cités d'Atlantis. 1979: Le Trésor de la Montagne Sacrée. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres.


Encore une fois, Kevin Connor se plaĂ®t Ă  exhumer les mirages de l'aventure pulp avec cette sĂ©rie B d’un autre âge, Le TrĂ©sor de la montagne sacrĂ©e, oĂą l’archĂ©ologie de pacotille devient prĂ©texte Ă  l’Ă©vasion pure, brute, presque naĂŻve. Si le film a vieilli, comme un artefact un peu Ă©raflĂ© dans la poussière du temps, il en conserve pourtant la patine d’un plaisir sincère — celui du dĂ©paysement immĂ©diat, de la promesse d’un ailleurs aux Ă©chos perdus.

Derrière cette quĂŞte de trĂ©sor enfoui dans les replis d’un dĂ©sert hostile, Connor convoque les figures d’un exotisme un peu rĂŞche, parfois caricatural, mais jamais cynique. Le rĂ©cit se dĂ©roule comme un carnet de route bonnard, tâchĂ© de sable, de sueur, et de rencontres dĂ©complexĂ©es. Les personnages, silhouettes exubĂ©rantes dans l’Ă©ternel mirage de la gloire ou de la richesse, se dĂ©battent entre trahisons et mirages mystiques. Mais l’enjeu vĂ©ritable est ailleurs : dans ce souffle d’aventure un peu perdu, ce romantisme de la fin des grandes conquĂŞtes, comme le souligne son final Ă©dĂ©nique.

La mise en scène, discrète mais appliquĂ©e, s’offre mĂŞme quelques visions insolites, presque Ă©sotĂ©riques, comme si la montagne sacrĂ©e elle-mĂŞme bruissait d’un mystère ancien — un cĹ“ur minĂ©ral battant sous la roche. La musique, simple mais Ă©vocatrice, accompagne cette virĂ©e comme un murmure de vent parmi les ruines. 

Christopher Lee, impassible comme une stèle oubliĂ©e, distille ici son autoritĂ© naturelle avec un calme menaçant. MĂŞme dans un rĂ´le plus mineur, sa simple prĂ©sence magnĂ©tise l’Ă©cran, comme si chaque mot pesait le poids des siècles. Oliver Tobias, en hĂ©ros de circonstance, incarne avec une nonchalance racĂ©e cet aventurier amoureux parfois faillible, partagĂ© entre bravade et rĂ©signation. Il ne surjoue rien, mais laisse filtrer, dans ses silences, une attachante noblesse d'âme et de loyautĂ©. Puneet Sira, dans son jeune rĂ´le, apporte une touche d’innocence vive, parfois un peu maladroite, mais jamais fausse. Il offre au rĂ©cit une ancre Ă©motionnelle simple, presque candide, au cĹ“ur d’un monde de dupes. Milo O’Shea, enfin, s’amuse visiblement dans son rĂ´le de prĂŞtre excentrique. Il en fait peut-ĂŞtre un peu trop, mais avec une verve gĂ©nĂ©reuse qui n’est jamais dĂ©placĂ©e — un contrepoint fantasque qui colore la poussière ambiante d’un Ă©clat d’ironie. Emma Samms, quant Ă  elle, irradie d’un Ă©clat discret mais tenace. Son jeu, tout en retenue, mĂŞle une grâce un peu mĂ©lancolique Ă  une force intĂ©rieure inattendue. Elle semble parfois perdue dans cet univers d’hommes et de poussière, mais ses regards, ses silences, trahissent une volontĂ© farouche, presque mystique. Elle incarne moins un personnage qu’un souffle d’Ă©nigme — une prĂ©sence qui traverse le rĂ©cit comme une brise venue d’ailleurs.

Le TrĂ©sor de la montagne sacrĂ©e n’a pas l’ampleur des grandes fresques du genre, mais il en garde l’ombre, le parfum. Une Ĺ“uvre modeste, oui, mais animĂ©e d’une foi sincère dans le pouvoir du cinĂ©ma d’aventures Ă  l’ancienne, celui qui, sans dĂ©tour, regarde l’horizon comme on fixe un mirage — avec espoir, avec fièvre.

*Eric Binford
08.05.25. 4èx

lundi 19 juillet 2021

Cop

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James B. Harris. 1988. U.S.A. 1h51. Avec James Woods, Lesley Ann Warren, Charles Durning, Charles Haid, Raymond J. Barry, Randi Brooks.

Sortie salles France: 25 Janvier 1989. U.S: 11 Mars 1988

FILMOGRAPHIEJames B. Harris est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 3 aoĂ»t 1928 Ă  New York. 1965 : Aux postes de combat. 1973 : Some Call It Loving. 1982 : Fast-Walking. 1988 : Cop. 1993 : L'ExtrĂŞme Limite (Boiling Point). 

Si James B. Harris n’a laissĂ© derrière lui qu’une carrière aussi brève que discrète, il aura nĂ©anmoins signĂ© l’une des Ĺ“uvres les plus marquantes du thriller amĂ©ricain des annĂ©es 80. Cop, portĂ© Ă  bout de bras par un James Woods habitĂ©, adaptĂ© d’un roman de l’illustre James Ellroy, s’impose comme bien plus qu’une simple sĂ©rie B. Sous ses faux airs modestes, ce psycho-killer symptomatique de son Ă©poque dĂ©ploie un suspense criminel d’une noirceur poisseuse, nourri par un cheminement narratif aussi imprĂ©visible que dĂ©lĂ©tère.

Au centre du rĂ©cit, Lloyd Hopkins, flic sournois, cynique et expĂ©ditif, Ă©volue dans un univers gangrenĂ© par la corruption, la drogue, la prostitution et les flics ripoux qui entravent son enquĂŞte. Depuis quinze ans, un serial-killer sĂ©vit dans le quartier : un tueur de prostituĂ©es, poète macabre, qui envoie gerbes de fleurs et vers morbides Ă  ses victimes. Ă€ l’aide de tĂ©moignages fĂ©minins, Lloyd s’acharne Ă  dĂ©masquer l’assassin, usant et abusant de son insigne lors de ripostes aussi tranchĂ©es que discutables. Si l’intrigue peut sembler exigeante pour le spectateur distrait, Cop captive par l’intelligence d’un James B. Harris rĂ©solument rĂ©fractaire au conformisme et aux clichĂ©s du produit standardisĂ©.

PortĂ© par un score monocorde et opaque, flirtant avec les sonoritĂ©s du film d’horreur, Cop adopte la carrure d’un psycho-killer franc-tireur et dresse une galerie de portraits aussi marginaux que grotesques - notamment cette Ă©crivaine godiche, Ă  deux doigts de se faire dessouder par ignorance sirupeuse. L’action, volontairement parcimonieuse, frappe toujours au moment juste, ciblĂ©e, suivant la logique tordue des lĂ©gitimes dĂ©fenses de Lloyd, prĂŞt Ă  Ă©radiquer tout ennemi croisant sa route. James Woods y crève l’Ă©cran, incarnant un flic en rut, indĂ©pendant, rustre, rĂ©actionnaire et parfois manipulateur, prĂŞt Ă  tout pour parvenir Ă  ses fins. On savoure aussi quelques Ă©clats d’humour acide, surgissant de rĂ©parties irascibles ou de situations absurdes - l’interrogatoire avec l’Ă©crivaine et la première rencontre avec la prostituĂ©e de luxe adepte des partouzes valent leur pesant de cacahuètes.

PonctuĂ© d’Ă©clairs de violence froide, sèche et impressionnante, Cop distille un climat d’insĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©neux et persistant, et joue finalement dans la cour des grands grâce Ă  une narration tortueuse, farouchement rĂ©fractaire Ă  l’ornière. James Woods, Ă©paulĂ© par l’accort et bon vivant Charles Durning, monopolise l’Ă©cran avec une pugnacitĂ© imparable, donnant naissance Ă  des figures profondĂ©ment anti-manichĂ©ennes. De ce fait, Cop conserve aujourd’hui une patine proĂ©minente, fruit d’un emballage âpre et discourtois, aucunement conçu pour plaire Ă  tous.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
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vendredi 16 juillet 2021

Dans ma peau

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marina de Van. 2002. France. 1h34. Avec Marina de van, Laurent Lucas, LĂ©a Drucker, Thibault de Montalembert, Dominique Reymond, Bernard Alane, Marc Rioufol. 

Sortie salles France: 4 Décembre 2002 (Int - 16 ans avec mention: certaines scènes du film peuvent être difficilement soutenable).

FILMOGRAPHIEMarina de Van est une réalisatrice, scénariste, écrivaine et actrice française de cinéma, née le 8 février 1971 à Boulogne-Billancourt. 2002 : Dans ma peau. 2009 : Ne te retourne pas. 2011 : Le Petit Poucet (Téléfilm). 2013 : Dark Touch.

 
La femme qui se mange elle-mĂŞme
Ĺ’uvre extrĂŞme flirtant avec l’horreur viscĂ©rale, Dans ma peau nous plonge dans la dĂ©rive autodestructrice d’une jeune femme, Esther, qui bascule dans l’automutilation après s’ĂŞtre accidentellement blessĂ©e Ă  la jambe - sans mĂŞme ressentir la moindre douleur sur le moment. Le film, formellement dĂ©conseillĂ© aux âmes sensibles, expose des sĂ©quences Ă  la limite du soutenable tant leur rĂ©alisme cru nous malmène (j’ai moi-mĂŞme dĂ» dĂ©tourner les yeux Ă  deux reprises). Premier long-mĂ©trage de Marina de Van, qui en signe aussi la mise en scène et le rĂ´le principal, Dans ma peau s’impose comme une Ă©prouvante expĂ©rience corporelle : la mutilation, la scarification, l’anthropophagie s’y enchaĂ®nent au fil de pulsions morbides incontrĂ´lables - pour ne pas dire littĂ©ralement addictives.

TroublĂ©e de ne pas avoir ressenti la douleur initiale, l’hĂ©roĂŻne tente de renouer avec son corps, de le ressentir Ă  nouveau, en martyrisant sa peau. Une quĂŞte nĂ©vrotique, presque mystique, de souffrance intime. Ce film d’auteur premier degrĂ©, redoutablement malaisant, nous aspire dans sa mise en scène clinique et Ă©purĂ©e, si bien que l’on observe la dĂ©liquescence morale de son personnage avec une fascination rĂ©pulsive. Le sang, les plaies bĂ©antes, les morceaux de chair s’imposent avec une rĂ©gularitĂ© presque mĂ©tronomique.

Mais au-delĂ  de sa rigueur formelle, Ă©trange, poĂ©tique, presque documentaire, le film est transcendĂ© par le jeu schizo de Marina de Van, absolument terrifiante en victime dĂ©pressive qui, par le goĂ»t du sang, apprend Ă  rĂ©interprĂ©ter - remodeler ? - son corps, Ă  l’aimer, Ă  le possĂ©der, Ă  s’y fondre. Jusqu’Ă  se tailler un morceau de peau qu’elle tanne pour le glisser entre son sein et son soutien-gorge. Nouvelle chair. Nouvelle identitĂ©.

Peut-ĂŞtre faut-il y voir une mĂ©taphore du malaise moderne, celui d’un monde du travail aliĂ©nant, cannibalisĂ© par la rentabilitĂ© et la performance. Dans ce cadre, le film laisse aussi transparaĂ®tre l’Ă©goĂŻsme rampant et l’opportunisme glacĂ© de collègues en guerre larvĂ©e (la discussion au restaurant entre confrères et consĹ“urs en est l’Ă©cho parfait). Tandis que Sandrine, amie envieuse, se mue en rivale sourde et sadique, dans sa course infantile au pouvoir après avoir dĂ©crochĂ© un poste de leader.


La nouvelle chair.
Qu’on y adhère ou qu’on le rejette en bloc, cet objet filmique inclassable, rigoureusement autre et profondĂ©ment couillu, ne peut laisser indiffĂ©rent tout passionnĂ© de cinĂ©ma en quĂŞte d’expĂ©rience. Aussi malsain et dĂ©rangeant que soit son contenu, Dans ma peau Ă©vite toute complaisance - un exploit vu la nature scabreuse, dĂ©viante, de sa matière. Étouffant, psychologiquement terrifiant, le film ausculte l’accoutumance pathologique d’une femme en chute libre, irrĂ©mĂ©diablement seule, avec une tension qui semble sans retour, malgrĂ© une fin laissĂ©e ouverte.

L’Ĺ“uvre tire sa puissance de fascination d’un langage visuel rĂ©solument sensoriel, transfigurĂ© par la prĂ©sence ambivalente de Marina de Van, dont les expressions faciales - effacĂ©es, indicibles - perturbent, inquiètent, dĂ©sarçonnent. Face Ă  Laurent Lucas, excellent compagnon dĂ©passĂ© par les simulacres de son amante, elle impose une aura froide, Ă©rotisante, troublĂ©e, dĂ©nuĂ©e de logique, de rĂ©solution, de mots.

Un film pour public averti, mais essentiel.

*Eric Binford
2èx

jeudi 15 juillet 2021

L'Anti-gang

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

"Sharky's Machine" de Burt Reynolds. 1981. U.S.A. 2h02. Avec Burt Reynolds, Charles Durning, Vittorio Gassman, Brian Keith, Bernie Casey, Rachel Ward, Darryl Hickman, Earl Holliman, Henry Silva. 

Sortie salles France: 7 Juillet 1982 (Int - 13 ans). U.S: 18 Décembre 1981 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Burton Leon Reynolds, dit Burt Reynolds est un acteur, producteur de cinĂ©ma et cascadeur amĂ©ricain nĂ© le 11 fĂ©vrier 1936 Ă  Lansing au Michigan, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 septembre 2018 Ă  Jupiter en Floride. 1976 : Gator. 1978 : Suicidez-moi docteur. 1985 : Stick, Le Justicier de Miami. 1993: La gloire oubliĂ©e (TV Movie). 1993: Harlan & Merleen (TV Movie). 1998: Hard time - Coup dur (TV Movie). 2000 : The Last Producer. 


Encore une oeuvre maudite, un polar urbain oubliĂ© des annĂ©es 80, une perle rare que Burt Reynolds  rĂ©alisa avec inspiration somme toute consciencieuse. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure, l'Anti-gang peut se targuer d'ĂŞtre sa plus grande rĂ©ussite (nulle hĂ©sitation possible !) Ă  travers son lot d'actions sanglantes (peu de le dire !), de suspense latent surfant sur le principe du psycho-killer (il y plane parfois un climat dĂ©lĂ©tère aux cimes de l'horreur; notamment de par la prestance hallucinĂ©e d'Henry Silva habitĂ© par son personnage de junkie psychotique), de romance suave et de policier investigateur. Le tout mis en scène avec une solide inventivitĂ© afin d'y dĂ©tourner les codes de manière aussi finaude que narquoise (ah ce 1er baiser fallacieux que Sharky hĂ©site Ă  Ă©changer avec Dominoe lors de regards mutiques !). Le pitch: Ă  la suite d'une bavure ayant engendrĂ© la mort d'une victime par un preneur d'otage froidement abattu l'instant d'après, « Sharky » se retrouve mutĂ© Ă  la brigade des moeurs pour prendre en filature une prostituĂ©e de luxe. Mais un mystĂ©rieux assassin poursuit sa sĂ©rie de meurtres auprès de jeunes catins en coĂŻt avec des sĂ©nateurs. Quand bien mĂŞme Sharky est sur le point d'alpaguer un Ă©minent macro en Ă©troite connivence avec son frère toxico, le tĂ©nĂ©breux "Billy Score". Clairement influencĂ© par la saga l'Inspecteur Harry et son fameux 357 magnum, L'Anti-gang rĂ©exploite surtout le flingue et ses Ă©clairs de violence encore plus incisifs (aux States le film est interdit aux moins de 17 ans) au sein d'une efficace intrigue minutieusement charpentĂ©e. 


Burt Reynolds
soignant autant la caractĂ©risation de ses personnages, en prime de nous dresser un magnĂ©tique profil de flic Ă  la fois stoĂŻque, rĂ©ac, studieux et empathique (sa relation naissante avec Dominoe donne lieu Ă  des Ă©treintes romantiques d'une Ă©lĂ©gance Ă©purĂ©e, sans compter une splendide et mĂ©lancolique vision fantasmatique biaisĂ©e) que sa rĂ©alisation assidue oĂą rien n'est laissĂ© au hasard (dĂ©cors high-tech parfaitement exploitĂ©s Ă  l'appui avec en sus un Ă©pilogue vertigineux en gratte-ciel). Burt Reynolds se fondant dans le corps d'un flic en faction au tempĂ©rament discret et laconique mais perspicace dans sa colère contenue lorsqu'il s'agit de mettre hors d'Ă©tat de nuire un rĂ©seau de prostitution huppĂ©e. Et si Burt Reynolds monopolise l'Ă©cran sans jamais singer Harry Callahan pour imposer sa personnalitĂ© autonome, les seconds-rĂ´les dĂ©lĂ©tères, machiavĂ©liques, ne sont pas en reste. Tant auprès du monstre sacrĂ© Vittorio Gassman en mac pĂ©dant injectĂ© d'arrogance Ă  travers ces petits yeux noirs viciĂ©s, que du monolithique Henry Silva absolument bluffant d'expression dĂ©moniale Ă  travers ses hurlements hystĂ©risĂ©s faute d'abus de coke. Probablement l'un de ses meilleurs rĂ´les Ă  l'Ă©cran, tout du moins le plus Ă©lectrisant, se permettant d'ailleurs Ă  un moment fatidique de larmoyer face Ă©cran avec un rĂ©alisme toujours aussi trouble que dĂ©rangeant. Qui plus est, le final homĂ©rique se permet d'y exacerber sa prĂ©sence dĂ©lĂ©tère en instaurant subitement un climat horrifique Ă  la lisière du surnaturel ! Une dĂ©marche aussi couillue que convaincante grâce au talent de la rĂ©alisation profilant cet acteur charismatique en proie Ă  une haine indĂ©crottable. Quant Ă  l'envoĂ»tante Rachel Ward (Ă  la carrière hĂ©las concise mais fascinante),  elle illumine naturellement l'Ă©cran de sa prĂ©sence charnelle aussi voluptueuse que rassurante. Aucunement potiche, elle livre une sobre prestance de prostituĂ©e au grand coeur en instaurant parfois des sĂ©quences intimistes quelque peu empathiques dans sa condition soumise sans Ă©chappatoire. 


Captivant et passionnant de par son enquĂŞte soigneusement brodĂ©e, cinglant et sans concession auprès de ses bravoures sanguinolentes impeccablement montĂ©es, surprenant et frĂ©quemment imprĂ©visible Ă  travers ces rebondissements ou situations faussement Ă©culĂ©es, L'Anti-gang se dĂ©cline en polar de grande classe en prime d'y cĂ´toyer le psycho-killer en mode thriller Ă©rotique. Si bien que De Palma s'en serait peut-ĂŞtre inspirĂ© pour y parfaire Body Double (notamment auprès de la posture spectrale, assumĂ©e, du tueur sans pitiĂ©, comme extirpĂ© d'un film d'horreur). A ne pas rater, ou Ă  redĂ©couvrir d'urgence sous l'impulsion d'un score gĂ©nialement stylĂ© oscillant Jazz, Funk and Soul ! 

*Eric Binford. 
3èx

mardi 13 juillet 2021

Comme un homme libre

                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Jericho Mile" de Michael Mann. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Peter Strauss, Richard Lawson, Roger E. Mosley, Brian Dennehy, Geoffrey Lewis, Billy Green Bush, Ed Lauter, Beverly Todd, William Prince, Miguel Pinero, Richard Moll, Edmund Penney.

Sortie salles France: 6 Mai 1981. U.S: 18 March 1979 (diffusion ABC)

FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain nĂ© le 5 fĂ©vrier 1943 Ă  Chicago, dans l'État de l'Illinois, aux États-Unis. 1979: Comme un homme libre, 1981 : Le Solitaire, 1983 : La Forteresse noire, 1986 : Le Sixième Sens, 1992 : Le Dernier des Mohicans, 1995 : Heat, 1999 : RĂ©vĂ©lations, 2001 : Ali, 2004 : CollatĂ©ral,  2006 : Miami Vice - Deux flics Ă  Miami ,2009 : Public Enemies. 2015 : Hacker 


“Tout ce que tu vois, derrière ou devant toi, tu dois le dĂ©passer en te dĂ©passant toi-mĂŞme.”
OubliĂ© de nos jours, Comme un homme libre est le premier long-mĂ©trage de Michael Mann rĂ©alisĂ© pour la tĂ©lĂ©vision. Sa diffusion programmĂ©e sur la chaine ABC le 18 Mars 1979 eut un tel Ă©cho mĂ©diatique qu'elle fut rĂ©exploitĂ©e dans certaines salles de cinĂ©ma (ce qui Ă©tait dĂ©jĂ  le cas 8 ans plus tĂ´t avec Duel de Spielberg). Quand bien mĂŞme sa diffusion TV chez nous aura marqua toute une gĂ©nĂ©ration de tĂ©lĂ©spectateurs fascinĂ© par les talents athlĂ©tiques d'un taulard pas comme les autres. Le pitch: Rain Murphy est un dĂ©tenu du pĂ©nitencier de Folsom condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© pour le meurtre sauvage de son père. Afin de palier sa routine, faute de sa privation de libertĂ©, il court machinalement autour du terrain de la prison sans jamais y Ă©prouver un sentiment de lassitude. Et ce face au tĂ©moignage mĂ©dusĂ© de la populace carcĂ©rale et de son directeur compatissant. Au point d'ailleurs que celui-ci lui propose de concourir aux jeux olympiques ! Avec un certain souci de rĂ©alisme proche du documentaire, le nĂ©ophyte Michael Mann exploite son intrigue au coeur d'un vĂ©ritable pĂ©nitencier de Californie, et ce parmi la prĂ©sence d'authentiques prisonniers purgeant leur peine. Ainsi, durant le tournage parfois houleux, un meurtre fut hĂ©las perpĂ©trĂ© sans qu'un quelconque comĂ©dien n'y soit impliquĂ©. Scrupuleusement dĂ©peint, l'atmosphère Ă©touffante du pĂ©nitencier Ă©clairĂ© d'un soleil Ă©crasant n'a pas de peine Ă  nous immerger dans cet environnement marginal oĂą plane incessamment les provocations entre bandes rivales. 


Par consĂ©quent, parmi cette foule peu recommandable aussi sournoise qu'arrogante, un dĂ©tenu s'extirpe du lot. Il s'agit de Larry Murphy condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© mais aspirĂ© Ă  retrouver un semblant de libertĂ© de par son enjeu d'une course Ă  pied en interne de la cour de la prison surveillĂ©e par les géôliers. Ainsi, avec la permission du directeur accort et de l'aide fraternelle de prisonniers afros rĂ©solument reconnaissants pour son courage et son amitiĂ© indĂ©fectible pour l'un des leurs, le terrain de l'Ă©tablissement y devient une piste chevronnĂ©e afin de parfaire ses performances. Dès lors, Murphy va pouvoir s'entrainer dans des conditions idĂ©ales et ainsi envisager de participer aux fameux jeux olympiques bien qu'il prĂ©fère expier sa faute dans une solitude assumĂ©e. Au-delĂ  de la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, connus et mĂ©connus, assez attachants et au charisme assorti, Peter Strauss s'y dĂ©tache haut la main dans celui du coureur aguerri rongĂ© par une culpabilitĂ© morale irrĂ©vocable. DĂ©terminĂ© et acharnĂ© Ă  accomplir un exploit afin de cultiver la rĂ©demption, Peter Strauss se transcende corps et âme, mâchoire serrĂ©e, pour se donner un nouveau sens Ă  sa vie dans sa condition recluse. Ainsi, grâce Ă  sa force d'expression pugnace et Ă  sa rĂ©silience communicative, l'acteur soulève le mĂ©trage du poids de ses agiles Ă©paules avec une dignitĂ© poignante. L'intĂ©rĂŞt de l'intrigue rĂ©sidant dans son Ă©volution morale Ă  se pardonner sa culpabilitĂ© en affichant une rĂ©silience qui laissera pantois d'admiration tout le corps carcĂ©ral après un règlement de compte meurtrier et en dĂ©pit de la dĂ©cision drastique d'un dirigeant impassible. 


Vivre libre.
En dĂ©pit d'un score obsolète plutĂ´t inappropriĂ© auprès de certaines actions romantisĂ©es (alors que paradoxalement son thème principal affiche une tonalitĂ© cadencĂ©e beaucoup plus idoine), Comme un homme libre reste un tĂ©moignage fort du surpassement de soi auprès d'un taulard en guerre contre lui mĂŞme pour autant dĂ©cidĂ© Ă  accomplir l'improbable en guise de catharsis. Humble et loyal, torturĂ© et Ă©corchĂ© la rage au ventre, spartiate et intransigeant auprès de son Ă©thique, Peter Strauss imprimant de son empreinte un poignant portrait de forçat renouant avec la libertĂ© (morale et corporelle) par sa passion du sprint. 

*Bruno
13.07.21. 3èx
21.02.11

lundi 12 juillet 2021

Alphabet City

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Amos Poe. 1984. U.S.A. 1h25. Avec Vincent Spano, Michael Winslow, Kate Vernon, Jami Gertz, Zohra Lampert, Raymond Serra. 

Sortie salles France: 27 fĂ©vrier 1985. U.S.A: 4 Mai 1984

FILMOGRAPHIEAmos Poe est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1949 Ă  Tel-Aviv, IsraĂ«l. Night Lunch (1975). The Blank Generation (1976). Unmade Beds[2] (1976). The Foreigner (1978). TV Party (1978). Subway Riders (1981). Alphabet City (1985). Rocket Gibraltar (1988) (screenplay)
Triple Bogey on a Par Five Hole (1991). Dead Weekend (1994). Frogs for Snakes (1998). 29 Palms (2001) (murchian engineering). Steve Earle: Just An American Boy (2003). When You Find Me (2004). John The Cop (2004). Her Illness (2004). Empire II (2007). La Commedia di Amos Poe (2010). Ladies & Gentlemen (2012). A Walk in the Park (2012). Happiness Is a Warm Gun (2015). 


SĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80 (tournĂ©e en seulement 20 nuits), Alphabet City n'Ă©chappe pas aux poncifs et au personnages caricaturaux Ă  travers un scĂ©nario prĂ©visible beaucoup trop faible pour captiver le spectateur embarquĂ© dans la virĂ©e nocturne d'un petit caĂŻd de la drogue mis Ă  mal avec sa hiĂ©rarchie après avoir refusĂ© une mission. Si Vincent Spano demeure quelque peu attachant en mafieux en herbe au tempĂ©rament (gentiment) rebelle tentant de se fonder un semblant de vie familiale malgrĂ© sa marginalitĂ© criminelle, les autres seconds-rĂ´les sont beaucoup trop outrĂ©s dans leur posture caricaturale Ă  forcer le trait d'expressions surjouĂ©es. Et si l'ensemble s'avère Ă©culĂ© et que les situations effleurent la semi-parodie le rythme est bizarrement assez soutenu (Ă©paulĂ© de l'omniprĂ©sence de sa bande-son pop dĂ©suète), sa rĂ©alisation parfois stylisĂ©e et son climat nocturne quelque peu surrĂ©aliste (nĂ©ons Ă  dominante rouge, rose et bleue). Si bien que Alphabet City dĂ©gage un petit charme bisseux symptomatique des annĂ©es 80 tout en Ă©tant largement dispensable. 


*Eric Binford
2èx