vendredi 4 décembre 2020

Un plan Simple. Prix du Jury, Cognac 1999.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"A simple plan" de Sam Raimi. 1998. U.S.A. 2h01. Avec Bill Paxton, Billy Bob Thornton, Bridget Fonda, Brent Briscoe, Becky Ann Baker, Gary Cole. 

Sortie salles France: 24 Mars 1999

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.


"L'ignoble nous enserre, la vulgarité nous étouffe, la cupidité nous dévore."
Jeu de massacre entre une poignĂ©e d'honnĂŞtes citoyens sombrant peu Ă  peu dans la criminalitĂ© après avoir dĂ©couvert un juteux magot Ă  la suite du crash d'un avion, Un plan Simple n'accuse aucune concession pour leur cynique cupiditĂ© en roue libre. Car d'une puissance dramatique en crescendo sous l'impulsion de rebondissements aussi cruels qu'impitoyables, Un plan simple insuffle un sentiment d'amertume dĂ©sespĂ©rĂ© au fil de leur dĂ©rive (a)morale. Particulièrement celle de leur leader respectĂ© de tous mais aujourd'hui amenĂ© Ă  vendre son âme au diable depuis sa transaction auprès de ses complices, notamment auprès de son Ă©pouse beaucoup plus vĂ©nale qu'elle n'y parait (Bridget Fonda demeurant toujours plus pathĂ©tique dans sa rĂ©silience intraitable d'aller jusqu'au bout de son dessein). Echec commercial incomprĂ©hensible lors de sa sortie alors que les critiques l'eurent facilement comparĂ© Ă  Fargo des frères Cohen, Un plan simple joue pourtant dans une cour autrement renfrognĂ©e de par son refus de dĂ©rision macabre et de revirement dĂ©bridĂ© ou (volontairement) grotesque. Et ce mĂŞme si sa scĂ©nographie enneigĂ©e demeure l'un de ces principaux points communs entre ses 2 pièces maĂ®tresses. 
 
                                         


Tant et si bien que l'observe la scrupuleuse caractérisation de ses protagonistes perfides avec une aversion toujours plus appuyée que Sam Raimi brosse avec un réalisme dérangeant eu égard de leur (insatiable) appétence du gain quitte à y sacrifier les plus faibles ou les plus inconséquents de par leur mutuelle défiance. Tout du moins, parmi l'habileté d'un cheminement narratif serpenté, Raimi s'arrange pour les confronter à un concours de circonstances infortunées (dont celle du terrible dilemme de la légitime défense !) lorsque mensonges et félonies y seront les vecteurs du règlement de compte. Bill Paxton s'efforçant de falsifier les preuves parmi la complicité de son frère déficient que Billy Bob Thornton endosse avec un humanisme profondément torturé. On regrette toutefois l'attrait un brin caricatural de son physique benêt à travers sa banale défroque soutenue d'une paire de lunettes trop larges sur le visage. En tout état de cause, la dégénérescence morale de ce personnage secondaire s'avère aussi passionnante que bouleversante à travers sa sombre (pour ne pas dire funeste) amertume. Sa prise de conscience d'une culpabilité préjudiciable au fil d'une descente aux enfers semée d'épineuses complications.


D'une puissance dramatique rarement Ă©galĂ©e pour le genre, Un plan Simple ne nous laisse pas indemne Ă  observer sans retenue la lâchetĂ© de cette mĂ©diocritĂ© humaine embourbĂ©e dans une criminalitĂ© besogneuse. De cupides minables aptes Ă  se trahir et Ă  se feindre pour l'enjeu d'un magot abritĂ© par une aura dĂ©moniale, telle le souligne (symboliquement) cette poignĂ©e de corbeaux querelleurs Ă  l'affĂ»t de leur proie. Au terme, un sentiment tangible de gâchis, de colère et de tristesse irrigue nos Ă©motions face Ă  ce tableau dĂ©risoire de la nature humaine.   

*Bruno
3èx

Récompenses: Critics' Choice Movie Awards 1999 : meilleur scénario adapté et meilleur acteur dans un second rôle pour Billy Bob Thornton.
National Board of Review 1999 : NBR Award du meilleur scénario
Festival du film policier de Cognac 1999 : Prix du jury

jeudi 3 décembre 2020

THX 1138

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de George Lucas. 1971. U.S.A. 1h28. Avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley, Ian Wolfe. 

Sortie salles France: 3 Novembre 1971. U.S: 11 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: George Walton Lucas, Junior est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 14 Mai 1944 à Modesto, en Californie. 1971: THX 1138. 1973: American Graffiti. 1977: La Guerre des Etoiles. 1999: La menace Fantôme. 2002: L'Attaque des Clones. 2008: La Revanche des Siths.

A contre-emploi de sa machinerie stellaire Ă  dollars, Georges Lucas rĂ©alise en 71 son chef-d'oeuvre visionnaire d'une Ă©bouriffante modernitĂ© funèbre. 
Quand on estime que THX 1138 fut rĂ©alisĂ© en 1971 tient d'une vĂ©ritable prouesse Ă  la fois technique et formelle tant la dystopie de George Lucas demeure d'une effarante modernitĂ© (je pèse mes mots !). Car plus d'un demi-siècle plus tard, THX 1138 reste une claque visuelle et Ă©motionnelle sans prĂ©cĂ©dent de par l'acuitĂ© de ces images cauchemardesques retraçant avec souci de rĂ©alisme futuriste la condition soumise de ces milliers d'ouvriers confinĂ©s dans des sous-sols afin d'exercer leur tâche sans relâche au grĂ© de drogues synthĂ©tiques. Visionnaire s'il en est, et plus qu'actuel Ă  travers ses thĂ©matiques de la religion (vĂ©reuse), de l'asservissement, du totalitarisme, du confinement, de la police de la pensĂ©e, du capitalisme (pubard), du rigorisme, de la censure, des violences policières, de la dĂ©pression (on peut d'ailleurs peut-ĂŞtre aussi rappeler que nous sommes les champions d'Europe en terme de consommation d'anti-dĂ©presseur), faute de nos privations (davantage drastiques) de libertĂ©, THX 1138 parvient Ă  cristalliser un univers monochrome rĂ©solument Ă©touffant au sein d'une scĂ©nographie faussement rassurante. Dans la mesure oĂą la couleur symbolique du blanc perce l'Ă©cran afin que ses dĂ©tenus lobotomisĂ©s puissent Ă©prouver une certaine quiĂ©tude Ă  travers leur condition de vie aliĂ©nante. 


Car c'est bien connu, Ă  opĂ©rer les mĂŞmes actions quotidiennes 24h/24 tend Ă  nous converger vers la dĂ©mence sous l'impulsion de narcotiques aux effets secondaires fatalement addictifs. Outre son incroyable illustration technologique oĂą les voix de synthèse fusent tous azimuts afin d'orienter ses ouvriers semi-comateux dans la meilleure trajectoire morale et professionnelle, on reste dĂ©rangĂ© par les postures atones de ceux-ci incapables de se rebeller contre des flics humanoĂŻdes faussement diplomates. A l'exception de THX 1138 (Ă©paulĂ©s de 2/3 comparses en perte de conscience et de repères) depuis que celui-ci Ă©prouve une attirance sentimentale pour sa compagne LUH 3417. Outre les forces d'expression moralement dĂ©rangĂ©es des seconds-rĂ´les rĂ©duits Ă  l'Ă©tat vĂ©gĂ©tatif (notamment la composition subtilement hystĂ©risĂ©e de Donald Pleasance en dĂ©tenu couard), Robert Duvall insuffle un intonation impassible progressivement humaniste lors de son initiation Ă  l'amour, la rĂ©silience et la rĂ©bellion. En parvenant lestement Ă  nous susciter ses nouvelles Ă©motions clairsemĂ©es au fil de son enjeu de survie oĂą plane une Ă©ventuelle lueur d'espoir (quel plan final symbolique !). Ce qui nous vaut d'ailleurs un final autrement barrĂ© et spectaculaire (mais aussi baroque avec l'intrusion impromptue de ses animaux mutants !) Ă  travers une course automobile littĂ©ralement vertigineuse (on reste plaquĂ© Ă  son fauteuil par la vitesse ressentie sans fard). Ainsi, et après avoir tĂ©moignĂ© durant la projo du soin allouĂ© Ă  ses (discrets) effets-spĂ©ciaux, on se dit que Georges Lucas est parvenu Ă  les utiliser efficacement de par leur vĂ©risme frĂ©quemment probant. 


L'important c'est d'aimer.
Pierre angulaire de la science-fiction cĂ©rĂ©brale, chef-d'oeuvre visionnaire s'il en est, en espĂ©rant ne jamais subir pareille dystopie funeste, THX 1138 nous transcende une expĂ©rience cauchemardesque Ă  la fois auditive Ă  travers ses sonoritĂ©s atonales et formelle de par son souci du dĂ©tail technologique, urbain et architectural. Du cinĂ©ma d'auteur infiniment expressif et Ă©motionnellement dĂ©moralisant si bien que son attrait de fascination quasi hypnotique demeure aussi inĂ©puisable qu'inextinguible. 

*Bruno
2èx

Spielberg dira Ă  l'occasion d'une interview: « C'est l'un des meilleurs films de SF que j'ai jamais vus ». 

mardi 1 décembre 2020

Le Retour de Patrick (Uncut version)

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Patrick vive ancora / Patrick still lives" de Mario Landi. 1980. Italie. 1h32 (uncut version). Avec Sacha Pitoëff, Gianni Dei, Mariangela Giordano, Carmen Russo, Paolo Giusti, Franco Silva.

Sortie salles Italie: 15 Mai 1980 (int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Mario Landi (Messine, 12 octobre 1920 – Rome, 18 mars 1992)1950 : Canzoni per le strade. 1953 : Siamo tutti Milanesi. 1954 : Così è (se vi pare). 1955 : Andrea ChĂ©nier. 1957 : All'insegna delle sorelle Kadar. 1957 : Un mese in campagna. 1959 : Il povero fornaretto di Venezia. 
1961 : Il piacere dell'onestĂ . 1962 : Racconti dell'Italia di oggi - Una lapide in Via Mazzini. 1963 : Giacobbe ed EsaĂą. 1967 : Maigret a Pigalle. 1969 : Dal tuo al mio. 1976 : Le impiegate stradali. 1979 : Supersexymarket. 1979 : Giallo a Venezia. 1980 : Il viziaccio. 1980 : Le Retour de Patrick. 


Une déclinaison de Patrick complètement vrillée dans son cocktail d'horreur / obscénité faisandées !
Improbable sĂ©quelle transalpine rĂ©alisĂ©e 2 ans après Patrick de Richard Franklin, le Retour de Patrick fleure bon la bisserie Z comme on en ose plus en faire de nos jours (conservateurs). Car l'intrigue linĂ©aire a beau ĂŞtre con comme la lune et les personnages mutuellement inexpressifs (mais facĂ©tieux), Patrick 2 est sauvĂ© par son cocktail de gore/nichon illustrĂ© sans modĂ©ration. La plupart des femmes en rut exposant leur corps dans leur plus simple appareil au sein d'une sinistre clinique, fruit d'expĂ©riences scientifiques fumeuses. Dans la mesure oĂą après avoir Ă©tĂ© dĂ©figurĂ© lors d'un accident, Patrick se retrouve clouĂ© sur son lit d'hĂ´pital, avec comme consigne paternelle de se venger des responsables de son Ă©tat vĂ©gĂ©tatif. Pour se faire, Ă  l'aide de 3 cobayes humains que son paternel expĂ©rimente en direct, il parvient Ă  absorber leur Ă©nergie vitale pour ainsi pouvoir extĂ©rioriser un pouvoir tĂ©lĂ©kinĂ©sique. Dès lors, et de manière mĂ©tronome passĂ©e la 1ère demi-heure, chaque hĂ´te de la clinique trĂ©passera de la manière la plus trashouille qui soit. Et Ă  ce niveau crapoteux, le Retour de Patrick ne peut dĂ©cevoir l'afficionado de nanar transalpin avide de dĂ©rives gorasses limite dĂ©gueulbifs. En tĂ©moigne avec l'hallucinante sĂ©quence de l'empalement du vagin d'une femme par un tisonnier jusqu'Ă  s'extraire de sa bouche que Ruggero Deodato eut au moins la dĂ©cence de suggĂ©rer dans le scandaleux Cannibal Holocaust. Or, ici, tout ou presque nous est dĂ©voilĂ© sans scrupule par le biais de zooms grossiers du plus bel effet putassier (marque de fabrique de nos opportunistes italiens pillant les succès des autres Ă  leur sauce typiquement racoleuse). J'oserai mĂŞme dire: il faut le voir pour le croire tant la sĂ©quence extrĂŞme demeure aussi impressionnante que dĂ©mentielle. 


Mais aussi incongrue soit cette sĂ©quence dĂ©viante d'une Ă©poque rĂ©volue, Le Retour de Patrick regorge d'autres scènes-chocs presque aussi hardgores. Ou tout du moins presque aussi rĂ©pulsives et dĂ©rangeantes. A l'instar de la femme (limite zoophile dans ses allusions sentimentales) dĂ©vorĂ©e par ses propres chiens (on reste constamment dĂ©rangĂ© par son rĂ©alisme et ses dĂ©rives gores cracras), d'une autre dĂ©capitĂ©e par la vitre Ă©lectrique d'une voiture, d'un type la gorge empalĂ©e par un crochet de boucher ou encore d'un nageur Ă©bouillantĂ© dans sa piscine. Quand bien mĂŞme, en frĂ©quente intermittence, on se rince l'oeil des sĂ©quences de nuditĂ© que nos actrices italiennes surenchĂ©rissent afin de griser leurs amants bizarrement indiffĂ©rents Ă  leur attrait concupiscent. On s'amuse Ă©galement de la posture sous hypnose d'une des jeunes protagonistes tentant d'amadouer Patrick alitĂ© depuis que celui-ci est tombĂ© amoureux d'elle. S'ensuit mĂŞme une sĂ©quence de strip-tease limite porno lorsque celle-ci finit par se caresser les parties gĂ©nitales en gros plans aguicheurs. Comment voulez vous donc vous ennuyer face Ă  tant de provocations gratuites exposĂ©es Ă  travers une ambiance horrifique parfois envoĂ»tante (score dissonant Ă  l'appui !) ! ? Tant et si bien que Le retour de Patrick fut filmĂ© dans les mĂŞmes dĂ©cors que le (gĂ©nialement Z) Manoir de la Terreur (les amateurs reconnaĂ®tront fissa les extĂ©rieurs de la bâtisse gothique) tournĂ© la mĂŞme annĂ©e par le mĂŞme producteur Gabriele Crisanti, alors que l'actrice Mariangela Giordano sera Ă©galement recrutĂ©e pour ses 2 tournages successifs. 


Vous l'aurez donc compris, le Retour de Patrick mĂ©rite largement le coup d'oeil pour les fans irrĂ©ductibles de nanars transalpins n'ayant pas froid aux yeux. Car en y conjuguant avec modeste efficacitĂ© (j'ose le dire) horreur et Ă©rotisme, le Retour de Patrick divertit sans ennuyer, avec mĂŞme parfois un esprit involontairement drĂ´le dont seuls les italiens ont le secret (les crĂŞpages de chignons entre 2 godiches dĂ©vergondĂ©es lors du repas d'invitĂ©s s'avère aussi loufoque que dĂ©bridĂ©). Il est d'ailleurs Ă©tonnant de constater que ce pur produit d'exploitation assumĂ© demeure aussi rare que timorĂ© lors des conversations entre cinĂ©philes aguerris. 

P.S: un grand merci à Ciné-Bis-Art.

*Bruno

vendredi 27 novembre 2020

Le Corps et le Fouet / La Frusta e il corpo

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lipercubo.it

de Mario Bava. 1963. Italie. 1h27. Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Ida Galli/evelyn Stewart, Gustavo de Nardo, Harriet White.

Sortie salles France: 26 Janvier 1966. Italie: 29 AoĂ»t 1963

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


"Le masochisme est une perversion absurde qui consiste Ă  se faire du mal Ă  soi-mĂŞme, alors qu'il y a les autres pour cela."
Après La Fille qui en savait trop et Les Trois Visages de la peur, Mario Bava rĂ©alise la mĂŞme annĂ©e Le Corps et le Fouet, thriller gothique Ă  tendance sexuelle. Car oser Ă©voquer, en 1963, les thèmes fĂ©tichistes de la perversion et du sadomasochisme relevait dĂ©jĂ  d’un geste provocateur dans une Italie encore muselĂ©e par le puritanisme. Par l’entremise d’un suspense latent compromis Ă  une hantise spectrale, Bava ressuscite l’esthĂ©tisme baroque d’un gothisme raffinĂ©, enfermĂ© dans un château isolĂ© du XIXe siècle. La splendeur architecturale des dĂ©cors, le soin pictural accordĂ© Ă  la photo azur-verdâtre traversĂ©e de teintes carmin, forgent l’identitĂ© visuelle d’un cauchemar typiquement transalpin. Infiniment envoĂ»tant et inquiĂ©tant, Le Corps et le Fouet renoue avec la tradition de l’esprit frappeur venu persĂ©cuter sa propre lignĂ©e. RejetĂ© de sa famille après l’Ă©trange suicide de la fille d’une domestique, le Baron Kurt Menliff revient parmi les siens pour tenter de raviver la flamme sulfureuse qu’il entretenait avec sa belle-sĹ“ur. Sur un canevas classique de malĂ©diction, Bava injecte le venin du masochisme, par le truchement d’un couple maudit livrĂ© aux griffes du Mal.


"Le corps, la nuit, le nœud serré".
Si la structure narrative laisse prĂ©sager un rĂ©cit Ă©culĂ© de revenant vengeur, Bava en dĂ©tourne les codes grâce Ă  un habile usage du whodunit et une relation incestueuse larvĂ©e entre amants damnĂ©s. L’aura transgressive du film frappe d’autant plus fort que le cinĂ©aste ne recule pas devant la violence sèche : le baron, dans un plaisir malsain partagĂ©, fouette sans retenue sa belle-sĹ“ur soumise - et oh combien complice. Ă€ mesure que les morts s’accumulent et que plane le doute sur l’identitĂ© du coupable (ou la vengeance d’un spectre tyrannique), Le Corps et le Fouet glisse lentement vers une rĂ©vĂ©lation finale ambigĂĽe. Dans le rĂ´le du baron renfrognĂ©, Christopher Lee insuffle une froideur souveraine - silhouette rigide, regard impassible, cynisme spectral. Au-delĂ  de la mort, ses agissements masochistes continuent d’infester le château comme une fièvre noire. En maĂ®tresse torturĂ©e, Daliah Lavi embrase l’Ă©cran : beautĂ© tĂ©nĂ©breuse fascinante, elle incarne le refoulement masochiste dans ce qu’il a de plus troublant, jusqu’Ă  cette haine amoureuse retournĂ©e contre son propre tyran. Cette charge Ă©rotique et ce romantisme dĂ©chu s’enchevĂŞtrent autour d’un portrait fĂ©minin rongĂ© par la nĂ©vrose et peut-ĂŞtre, par une schizophrĂ©nie insidieuse.


"Tout couple humain vit dans un rapport qui, d'une certaine façon, à un moment ou à un autre, est d'ordre sadomasochiste."
D’une beautĂ© funèbre, glaçante et ensorcelante — oĂą chaque plan ciselĂ© Ă©blouit la rĂ©tine (le Suspiria du gothisme latin, j’vous dis !) - Le Corps et le Fouet ose aborder la paraphilie avec une insolence visuelle, un Ă©rotisme charnel et une brutalitĂ© primitive. Poème en berne, romance damnĂ©e, partition mĂ©lancolique : Bava sculpte le portrait d’une femme Ă©plorĂ©e, incapable de se dĂ©faire de l’emprise d’un amant maudit. Tout bien considĂ©rĂ©, l’un des plus grands films gothiques de tous les temps.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.02.25. 5èx. Vostf
27.11.20. 
17.06.13. 100 v


jeudi 26 novembre 2020

Christmas Evil

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"You Better Watch Out" de Lewis Jackson. 1980. U.S.A. 1h34. Avec : Brandon Maggart, Jeffrey Demunn, Dianne Hull, Andy Fenwick, Brian Neville.

Sortie salles U.S: Novembre 1980.

FILMOGRAPHIE: Lewis Jackson est un réalisateur, scénariste et acteur américain. 1980: Christmas Evil. 1974: The Transformation: A Sandwich of Nightmares. 1970: The Deviates.

Parce que, trente ans plus tĂ´t, un soir de rĂ©veillon, il fut traumatisĂ© en surprenant un Père NoĂ«l - en rĂ©alitĂ© son propre père - se livrer Ă  des attouchements sexuels sur sa mère, Harry, introverti et solitaire, dĂ©cide en cette nouvelle pĂ©riode de NoĂ«l de rendre ses lettres de noblesse Ă  une fĂŞte catholique qu’il estime pervertie par le consumĂ©risme. PrĂ©curseur de la saga Silent Night, Deadly Night, Lewis Jackson rĂ©alise quatre ans auparavant cette curieuse sĂ©rie B horrifique Ă  l’atmosphère profondĂ©ment Ă©trange, au point que certains fans lui vouent aujourd’hui un vĂ©ritable culte (John Waters le considère comme le meilleur film de NoĂ«l jamais rĂ©alisĂ© - rien que ça).

Avec son ton caustique, plus insidieux que frontal, Christmas Evil s’impose comme une curiositĂ© singulière, sans jamais chercher la surenchère gore ni la terreur pure - autant prĂ©venir les amateurs. Le film privilĂ©gie, surtout dans une seconde partie plus vigoureuse, des idĂ©es inventives et inattendues : les villageois pourchassant un Père NoĂ«l Ă  la lueur des torches (clin d’Ĺ“il appuyĂ© Ă  Frankenstein), ou cet Ă©pilogue hallucinant oĂą un camion s’Ă©lève dans le ciel, en lieu et place du traĂ®neau traditionnel. Le tout baigne dans une ambiance lourde, poisseuse, saturĂ©e d’une partition musicale ombrageuse.

Lewis Jackson s’efforce ainsi de dresser, de manière quasi documentaire - Ă  la manière de Maniac ou Henry, en beaucoup moins glauque - le portrait pathĂ©tique d’un homme brimĂ©, marginalisĂ©, cherchant Ă  se rĂ©approprier la magie de NoĂ«l après un traumatisme infantile. De son point de vue torturĂ©, cette cĂ©lĂ©bration censĂ©e glorifier la naissance du Christ se retrouve dĂ©sacralisĂ©e, vidĂ©e de son sens par une sociĂ©tĂ© de consommation obscène et sans vergogne.

Satire vitriolĂ©e, non dĂ©nuĂ©e de quelques incohĂ©rences (la tentative d’Ă©touffement d’un père de famille dans son lit, tandis que son Ă©pouse comateuse ne bronche pas), Christmas Evil capte pourtant l’attention par son cheminement singulier. Les situations saugrenues abondent : ce Père NoĂ«l tentant vainement de s’introduire dans une cheminĂ©e trop Ă©troite, ou ces sĂ©quences parodiques dĂ©licieusement absurdes - l’auditoire improbable de Pères NoĂ«l contraints de clamer un “Merry Christmas” poussif face Ă  des policiers mĂ©dusĂ©s. Le film dĂ©tourne ainsi les codes du cinĂ©ma familial avec une ironie grinçante.

On retiendra Ă©galement cette scène incongrue d’un rĂ©veillon bondĂ© d’invitĂ©s, oĂą notre Père NoĂ«l, convaincu de sa mission morale, avertit des enfants attentifs qu’il leur infligera des choses terribles s’ils ne se montrent pas dociles l’annĂ©e suivante. Les parents, mĂ©dusĂ©s, hĂ©sitent entre le rire et l’inquiĂ©tude, avant que l’homme ne libère un rire aussi railleur que libĂ©rateur. Plus loin, une autre sĂ©quence, dĂ©rangeante et presque euphorique, voit des enfants tenter de protĂ©ger le tueur, dĂ©sormais dĂ©masquĂ©, face Ă  un père de famille armĂ© d’un couteau.

Pour incarner ce profil inquiĂ©tant, Brandon Maggart se rĂ©vèle Ă©tonnamment persuasif, grâce Ă  la neutralitĂ© de son regard, Ă  la fois fuyant et habitĂ©, reflet d’un esprit rongĂ© par des hallucinations cauchemardesques. Un portrait fragile, presque touchant, qui suscite une forme d’empathie - notamment Ă  travers son Ă©pilogue cathartique. Harry n’aspirait finalement qu’Ă  chĂ©rir et protĂ©ger les chĂ©rubins de l’influence licencieuse de parents asservis par le goĂ»t du lucre.


MalgrĂ© une mise en place un brin laborieuse et une rĂ©alisation inĂ©gale - tantĂ´t soignĂ©e dans ses dĂ©tails fĂ©eriques, tantĂ´t maladroite dans son montage - Christmas Evil demeure une Ă©tonnante curiositĂ©, pilier d’une horreur au premier degrĂ©, injectĂ©e d’un sarcasme discret mais corrosif. Ă€ dĂ©couvrir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
26.11.20
29.11.10.

L'anecdote subsidiaire: le film aurait Ă©tĂ© saisi et confisquĂ© au Royaume-Uni en vertu de l'article 3 de 
l'Obscene Publications Act 1959 lors de l'affluence de la Vhs

lundi 23 novembre 2020

La Disparue

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

"The Vanishing" de George Sluizer. 1993. U.S.A. 1h49. Avec Jeff Bridges, Kiefer Sutherland, Sondra Locke, Nancy Travis, Park Overall, Maggie Linderman . 

Sortie salles France: 7 Juillet 1993 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIEGeorge Sluizer, nĂ© le 25 juin 1932 Ă  Paris, et mort le 19 septembre 2014 Ă  Amsterdam, Ă©tait un rĂ©alisateur nĂ©erlandais. 1961 : De lage landen. 1967 : National Geographic Specials. 1971 : Stamping Ground. 1972 : JoĂŁo et le couteau. 1979 : Un homme, deux femmes. 1982 : Tepito si. 1983 : Adios Beirut. 1985 : Red Desert Penitentiary. 1988 : L'Homme qui voulait savoir. 1992 : Utz, la passion de l'art. 1993 : La Disparue. 1996 : Crimetime. 1996 : Mortinho por Chegar a Casa. 1998 : The Commissioner. 2002 : La Balsa de piedra. 2012 : Dark Blood. 

Remake de l'Homme qui voulait savoir (que je n'ai hĂ©las jamais vu), La Disparue est un bon thriller hollywoodien si on fait fi de son modèle plus intègre, nihiliste et authentique (après m'ĂŞtre un peu renseignĂ© sur la toile). George Sluizer se permettant de remaker son propre film Ă  l'aide d'une rĂ©alisation acadĂ©mique et en y modifiant aussi un final autrement conventionnel et prĂ©visible (bien que formidablement menĂ© Ă  travers sa tension spectaculaire fertile en pĂ©ripĂ©ties). Suspense hitchcockien menĂ© sans temps mort, La Disparue doit beaucoup de son intensitĂ© grâce Ă  son contexte en suspens. A savoir si l'Ă©poux parviendra Ă  retrouver sa compagne, morte ou en vie, après 3 ans d'enquĂŞte infructueuse. Pour se faire, il comptera Ă©galement sur les rapports houleux avec sa nouvelle amie en dĂ©sarroi amoureux mais apte Ă  redresser la situation lors de circonstances fructueuses quant au dĂ©nouement attendu. Mais au-delĂ  de l'aspect ludique de son intrigue interlope, La Disparue est rehaussĂ© des prĂ©sences de Kiefer Sutherland sobrement convaincant en Ă©poux teigneux avide de vĂ©ritĂ©, Sondra Locke en victime chĂ©tive partagĂ©e entre doute et optimisme pour la situation de son couple, et la mĂ©connue Nancy Travis en amante affirmĂ©e d'une force de caractère finalement hĂ©roĂŻque. Mais c'est Ă  Jeff Bridges que revient la palme de la prĂ©sence la plus proĂ©minente de par son statut dĂ©lĂ©tère subtilement tranquille en kidnappeur fascinĂ© par la dichotomie du Bien et du Mal. L'acteur dĂ©ployant (Ă  nouveau) un jeu Ă  contre-emploi littĂ©ralement magnĂ©tique et fascinant Ă  chacune de ses prĂ©sences perfides. 

Ainsi, pour ceux ignorant l'existence de son modèle, La Disparue mérite le coup d'oeil pour qui raffole de thriller ludique si bien qu'ici l'intrigue correctement menée demeure intense et efficace sous l'impulsion d'un quatuor de comédiens communément expressifs.

*Bruno
2èx

vendredi 20 novembre 2020

Alone

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Hyams. 2020. U.S.A. 1h38. Avec Jules Willcox, Marc Menchaca, Anthony Heald.

Sortie salles U.S: 18 Septembre 2020

FILMOGRAPHIE: John Hyams est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 1997: One dog Day. 2009: Universal Soldier: RĂ©gĂ©nĂ©ration. 2012: Dragon Eyes. 2012: Universal Soldier: RĂ©gĂ©nĂ©ration. 2018: All Square. 2002: Alone. Prochainement: Maniac Cop. 

           "L'espoir de la survie passait par cet homme sans Ă©lĂ©gance que le jour baignait de sang."

Traque impitoyable entre un tueur et sa proie, Alone est une sĂ©rie B du samedi soir tout Ă  fait frĂ©quentable. Dans la mesure oĂą si John Hyams n'invente rien Ă  travers son schĂ©ma narratif Ă©culĂ©, il parvient Ă  s'extirper du produit standard de par l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation Ă  la fois nerveuse, intense et soignĂ©e (notamment auprès de l'habile exploitation de ses dĂ©cors sauvages nous remĂ©morant inconsciemment Rambo, DĂ©livrance et TraquĂ© de Friedkin pour l'ultime mano a mano primitif), le rĂ©alisme de ses situations censĂ©es (en dĂ©pit de 2/3 facilitĂ©s un chouilla grossières, telle la victime appelant les secours du coffre - sans plage arrière - du vĂ©hicule du tueur au volant) et du casting quasiment composĂ© de 2 acteurs si on Ă©lude un second-rĂ´le furtif (un peu stĂ©rĂ©otypĂ© dans son interrogation dubitative sur air connu). 

Le tueur adoptant une carrure de pervers roublard Ă  travers sa force tranquille et de suretĂ© Ă  courser sa proie, la victime insufflant une apprĂ©hension dĂ©pouillĂ©e Ă  travers son initiation au courage quasiment dĂ©nuĂ©e de temps morts. Le spectateur s'identifiant Ă  cette jeune veuve sans fard avec une attention permanente quant au rĂ©alisme du contexte horrifique imposĂ© de jour comme de nuit. On apprĂ©cie Ă©galement la manière retorse dont cette dernière fait preuve pour s'extirper de sa géôle tout en multipliant les stratĂ©gies de survie Ă  travers sa course Ă  travers bois Ă©maillĂ©e d'une rencontre alĂ©atoire et de pĂ©ripĂ©ties pernicieuses. La rĂ©ussite prioritaire de Alone Ă©manant donc de cette confrontation ardue entre eux si bien que la victime finit par dĂ©tourner les codes dans sa capacitĂ© pugnace Ă  se rebeller contre son tortionnaire. Preuve en est avec ce final tendu comme un arc Ă  travers sa sauvagerie primitive correctement chorĂ©graphiĂ©e. 


A dĂ©couvrir. 
*Bruno

mercredi 18 novembre 2020

The Backwoods

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Bosque de sombras" de Koldo Serra. 2006. France/Espagne/Angleterre. 1h36. Avec Gary Oldman, Paddy Considine, Aitana Sánchez-Gijón, Virginie Ledoyen, Lluís Homar.

Sortie salles France: 18 Mai 2006 (1ère à Cannes). Espagne: 16 Février 2007

FILMOGRAPHIEKoldo Serra est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© le 15 avril 1975 Ă  Bilbao, en Espagne. Amor de madre (1999). El Tren de la bruja (2003). The Backwoods (2006). Gominolas (2007) SĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e (1 Ă©pisode). El Comisario (2008) SĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e (1 Ă©pisode). Es bello vivir (2008) TV. Muchachada nui (2009) SĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e (1 Ă©pisode). Gernika (2016). Banco (70 binladens) (2018). 


Honteusement écarté de nos salles en dépit de ses prometteuses têtes d'affiche (Gary Oldman, Virginie Ledoyen, Paddy Considine s'avèrent d'autant plus irréprochables à travers leur jeu dépouillé), The Backwoods fut exploité chez nous uniquement en dvd chez One plus One puis commercialisé avec le magazine Mad Movies qui en fit l'éloge dans leur rubrique Dvd mensuelle. Ouvertement influencé par les Chiens de Paille et Délivrance sans toutefois vulgairement les singer, The Backwoods demeure une remarquable surprise de par sa facture naturaliste renvoyant aux plus belles réussites du genre natives des Seventies. Tant et si bien que ce survival à la fois oppressant, cruel et lestement tendu captive et triture nos nerfs avec une diabolique habileté. Tant auprès de sa trajectoire narrative toujours imprévisible au gré de situations sensées, de sa réalisation étonnamment taillée que de la caractérisation scrupuleuse des personnages éludant admirablement le stéréotype. Et ce tout en prenant son temps à y planter son univers forestier et ses personnages en perte de repères, notamment auprès de l'évolution morale d'un des amants en frustration à la fois personnelle, sexuelle et conjugale.

L'intrigue relatant la dĂ©rive criminelle de 2 couples de vacanciers anglais contraints d'unir leur force et leur courage pour se dĂ©fendre contre des rednecks consanguins après avoir sauvĂ© de sa geĂ´le une sauvageonne infantile rĂ©duite Ă  l'esclavage. On peut d'ailleurs saluer la force d'expression terrorisĂ©e de cette fillette mutique jouant la victime erratique avec un rĂ©alisme subtilement poignant. Ainsi, Ă  travers ses rebondissements sanglants jamais gratuits puisque dĂ©nonçant avec tact les consĂ©quences immorales de la vendetta (quand bien mĂŞme les Ă©pouses contrariĂ©es s'efforcent d'apaiser les tensions), The Backwoods est sublimĂ© par ses personnages victimisĂ©s contraints de cĂ©der Ă  la violence afin de pouvoir rester en vie. Un thème Ă©culĂ© ici renouvelĂ© avec force, tact et brio si bien que l'on ne sait jamais quel sort adviendra Ă  tel ou tel personnage empiĂ©tĂ© dans des règlements de compte davantage incontrĂ´lables. Quand bien mĂŞme on se passionne pour la dĂ©liquescence morale d'un des protagonistes partagĂ© entre sa lâchetĂ©, sa peur de trĂ©passer et sa rĂ©signation personnelle de prouver sa capacitĂ© Ă  nuire Ă  autrui en abusant d'une violence expĂ©ditive irrĂ©versible (notamment pour y tenter de sauver son couple). Le rĂ©alisateur espagnol Koldo Serra puisant notamment dans l'hommage rĂ©fĂ©rentiel Ă  ces notoires ancĂŞtres  (DĂ©livrance / Les Chiens de Paille) avec une dignitĂ© dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention.


Remarquable survival ibĂ©rique Ă  la photo scope aussi soignĂ©e que rĂ©aliste, The Backwoods demeure une perle du genre impeccablement huilĂ©e, notamment Ă  travers la vigueur de sentiments de dĂ©sespoir davantage poignants quant aux consĂ©quences dramatiques de leur dĂ©marche hĂ©roĂŻque. Du vrai cinĂ©ma Ă  l'ancienne qui donne du baume au coeur, sans effets de manche. 

*Bruno
2èx

lundi 16 novembre 2020

La Mort vous va si bien

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Death Becomes Her" de Robert Zemeckis. 1992. 1h44. Avec Meryl Streep, Bruce Willis, Goldie Hawn, Isabella Rossellini, Ian Ogilvy, Adam Storke, Michelle Johnson. 

Sortie salles France: 23 Décembre 1992

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk. 2016 : AlliĂ©s. 2018 : Bienvenue Ă  Marwen. 2020 : SacrĂ©es Sorcières. 


Mal accueilli Ă  sa sortie, tant Outre-atlantique que chez nous, La Mort vous va si bien ne mĂ©ritait pas tant de discrĂ©dit. Car si l'intrigue un peu trop simpliste nous donne plutĂ´t un sentiment final d'inachevĂ© (d'autant plus que son rythme est fringant) et que les surprises s'y font assez rares, cette comĂ©die endiablĂ©e est littĂ©ralement sauvĂ©e par son cast 3 Ă©toiles s'en donnant Ă  coeur joie dans les règlements de compte conjugaux. Tant auprès de Bruce Willis Ă©tonnamment Ă  l'aise dans celui du chirurgien influent ballotĂ© par 2 mĂ©gères aussi rancunières qu'envieuses, de Meryl Streep en actrice sclĂ©rosĂ©e avide de gloire et de jeunesse Ă©ternelle et de Goldie Hawn en nĂ©mĂ©sis forcenĂ©e sombrant dans une vendetta criminelle pour rĂ©cupĂ©rer sa dignitĂ©. De par leur tempĂ©rament Ă  la fois hystĂ©rique et survoltĂ© on se rĂ©gale de leurs affrontements Ă  rĂ©pĂ©tition pour un enjeu de sur-ego que Bruce Willis tente de contenir avec une maladresse frĂ©quemment impayable. A eux 3 ils monopolisent sans cesse l'Ă©cran avec une spontanĂ©itĂ© frĂ©tillante. 

Quand bien mĂŞme Ă  mon sens, Willis n'aura jamais Ă©tĂ© aussi drĂ´le que dans cette comĂ©die fantastique efficacement dirigĂ©e avec un sens de dĂ©rision ostensiblement macabre. On peut Ă©galement saluer la prestance d'Isabella Rosselini en dĂ©esse (Ă  demi-nu) propriĂ©taire d'un mystĂ©rieux Ă©lixir offrant la jeunesse Ă©ternelle Ă  ceux et celles incapables d'y tolĂ©rer leur fatale destinĂ©e. C'est donc une satire corrosive sur le paraĂ®tre que nous illustre Robert Zemeckis Ă  renfort de cocasserie en roue libre et de gags survoltĂ©s eu Ă©gard de l'originalitĂ© des effets numĂ©riques utilisĂ©s pour susciter rire et effets de surprise. Des effets un peu cheaps certes, mais qui fonctionnent encore assez bien de par leur rĂ©alisme gentiment convaincant. Et bien que leur effet escomptĂ© s'avère parfois maladroitement exploitĂ©, on pardonne vite ses effets de facilitĂ© tant on s'amuse constamment Ă  observer les crĂ©pages de chignon de ces 3 adversaires rĂ©unis pour un jeu de massacre en pagaille. 

Parfois franchement drĂ´le (Goldie Hawn rembobinant la mĂŞme sĂ©quence pour contempler son ennemie jurĂ©e se faire Ă©trangler dans une scène de film !) et constamment ludique en dĂ©pit d'une baisse de rĂ©gime vers son final un chouilla bâclĂ©, La Mort vous va si bien demeure un excellent divertissement se raillant d'une middle class d'Hollywwod adepte de chirurgie esthĂ©tique. 

*Bruno
2èx

Récompenses
Cérémonie des Oscars 1993 : Meilleurs effets visuels
British Academy Film Awards 1993 : Meilleurs effets visuels
Saturn Awards 1993 :
Meilleurs effets spéciaux
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Isabella Rossellini

vendredi 13 novembre 2020

Le Retour de l'Abominable Dr Phibes. Prix du meilleur réalisateur, Festival international du film de Catalogne en 1974.

                                                

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vostfr.club

"Dr. Phibes Rises Again" de Robert Fuest. 1972. Angleterre/U.S.A. 1h29. Avec Vincent Price, Robert Quarry, Peter Jeffrey, Fiona Lewis, Hugh Griffith, John Cater.

Sortie salles France: 29 Mai 1974. U.S: Juillet 1972.

FILMOGRAPHIERobert Fuest est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais, nĂ© le 30 Septembre 1927 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 21 Mars 2012. 1967: Just like a Woman. 1970: And soon the Darkness. 1970: Les Hauts de Hurlevent. 1971: L'Abominable Dr Phibes. 1972: Le Retour du Dr Phibes. 1973: Les DĂ©cimales du Futur. 1975: La Pluie du Diable. 1977: Three Dangerous Ladies. 1980: Revenge of the Stepford Wives (tĂ©lĂ©-film). 1981: The Big Stuffed Dog (tĂ©lĂ©-film). 1982: Aphrodite.


Une sĂ©quelle fort sympathique toujours illuminĂ©e de la prĂ©sence persiffleuse de Price. 

Le pitch10 ans se sont Ă©coulĂ©s depuis les sinistres exploits du Dr Phibes de s'ĂŞtre vengĂ© des responsables de la mort de son Ă©pouse. Cette fois, il est dĂ©terminĂ© Ă  la ramener Ă  la vie Ă©ternelle grâce Ă  la rivière de la vie situĂ©e dans le dĂ©sert Egyptien. Et ce selon un prĂ©cepte spirituel Ă©colo. Mais Darius Biederbeck, rufian opportuniste Ă©paulĂ© de ses sbires, est Ă©galement de la partie Ă  daigner accĂ©der Ă  l'immortalitĂ©. 

Quelle judicieuse idĂ©e d'avoir dĂ©localisĂ© l'action en Egypte (bien que les extĂ©rieurs naturels soient natifs d'Espagne) afin d'y exploiter un cadre autrement exotique oĂą plane la menace de serpents, scorpions et pièges incongrus afin de nuire aux rivaux de Phibes aussi dĂ©lĂ©tère Ă  y parfaire les pires inventions morbides. Sur ce point, il est impossible d'y ĂŞtre déçu mĂŞme si certaines mises Ă  mort ne dĂ©pendent pas toujours du cheminement narratif imparti Ă  une course au trĂ©sor. Toujours rĂ©alisĂ© par Robert Fuest auquel on sent bien son attachement pour le mythe et tout le folklore spirituel et baroque engendrĂ©, le Retour de l'abominable Dr Phibes ne déçoit pas en dĂ©pit de sa futile impression de dĂ©jĂ  vu. 


Futile car Fuest possède suffisamment de bonne volontĂ©, d'idĂ©es retorses et de savoir-faire (notamment pour l'exploitation de dĂ©cors naturels ou ornementaux et de quelques dĂ©tails amusants - Ă  l'instar du ventilateur gĂ©ant -), pour ranimer l'Ă©tincelle du 1er opus Ă  travers un rythme furtif fertile en persos extravagants, rĂ©parties cocasses et scènes chocs cinglantes. Et si l'intrigue et les meurtres qui se succèdent en mode mĂ©tronome demeurent un peu moins efficaces qu'au prĂ©alable, on prend tout de mĂŞme rĂ©el plaisir Ă  poursuivre les aventures de Phibes confrontĂ© en l'occurrence Ă  un ennemi aussi avide que lui pour s'approprier papyrus et sarcophage. Au-delĂ  des plaisantes retrouvailles de certains seconds-rĂ´les (le duo de flics) et de figurants (les pantins mĂ©lomanes et leur orchestre, la supplĂ©ante mutique de Phibes); quel bonheur expansif de retrouver Vincent Price dans celui du monstre grandiloquent de par sa stature singulière (notamment sa façon de s'exprimer avec un appareil auditif) Ă  perdurer ses exploits criminels dans une posture sardonique. On peut Ă©galement souligner les prĂ©sences trop Ă©phĂ©mères du monstre sacrĂ© Peter Cushing en capitaine de navire (comptez quelques secondes Ă  l'Ă©cran) et de l'icone Caroline Munro dans le rĂ´le de Victoria, Ă©pouse de Phibes.


On prend les mĂŞmes et on recommence dans un cadre solaire Ă©crasant afin d'y affilier le genre aventureux au sein d'une course au sarcophage semĂ©e d'embuches, chausse-trappes, dĂ©couvertes macabres et surprises saugrenues. Visuellement fun de par sa scĂ©nographie Ă  la fois baroque et touristique et sa mĂ©lodie Ă©vanescente, le Retour de l'abominable Dr Phibes est une fois de plus illuminĂ© du magnĂ©tisme spectral de Vincent Price toujours aussi avisĂ© Ă  imposer ses ambitions spirituelles sous couvert de tortures d'une cruautĂ© raffinĂ©e. Jigsaw n'a qu'Ă  bien s'tenir !


*Bruno 
13.11.20. 3èx
13/03/17. 528 v

jeudi 12 novembre 2020

I start counting !

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Listal.com

de David Greene. 1969. Angleterre. 1h45. Avec Jenny Agutter, Bryan Marshall, Clare Sutcliffe

Sortie salles Angleterre: 1er Janvier 1969

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: L. David Syms-Greene (nĂ© Lucius David Syms Brian Lederman ; 22 fĂ©vrier 1921 - 7 avril 2003) Ă©tait un rĂ©alisateur de tĂ©lĂ©vision et de cinĂ©ma britannique. 1997 Meurtrière par amour (TV Movie). 1997 Les charmes de la vengeance (TV Movie). 1997 Le justicier braque la mafia (TV Movie). 1996 Princess in Love (TV Movie). 1994 Une famille Ă  l'Ă©preuve (TV Movie). 1994 Le prix de la tyrannie (TV Movie). 1992 ExtrĂŞme jalousie (TV Movie). 1992 Honor Thy Mother (TV Movie). 1991 Au coeur du rapt (TV Movie). 1991 Le missionnaire du mal (TV Movie). 1991 Qu'est-il arrivĂ© aux soeurs Hudson? (TV Movie). 1990 In the Best Interest of the Child (TV Movie). 1989 On a tuĂ© mes enfants (TV Mini-Series). 1989 Chute libre (TV Movie). 1989 Frères de sang (TV Movie). 1988 Liberace: Behind the Music (TV Movie). 1988 Tu rĂ©colteras la tempĂŞte (TV Movie). 1987 Rendez-moi mes enfants (TV Movie). 1987 Betty Ford, femme de prĂ©sident (TV Movie). 1986 Un long chemin (TV Movie). 1986 Circle of Violence: A Family Drama (TV Movie). 1986 Ma femme a disparu (TV Movie). 1986Triplecross (TV Movie). 1985 Murder Among Friends (TV Movie). 1985 Cet enfant est le mien (TV Movie). 1985 Cas de conscience (TV Movie). 1984 Sweet Revenge (TV Movie). 1984 Le dernier rempart (TV Movie). 1983 Prototype humain (TV Movie). 1983 Ghost Dancing (TV Movie).  1982 Tentez votre chance (TV Movie). 1982RĂ©pĂ©tition pour un meurtre (TV Movie). 1982 La troisième guerre mondiale (TĂ©lĂ©-film). 1981 Hard Country. 1981 The Choice (TV Movie). 1979 A Vacation in Hell (TV Movie). 1979 Mort au combat. 1978: Sauvez le Neptune. 1970: The People Next Door. 1969: I Star Counting. 


Le sexe mène à la violence ou à la mélancolie.
Entre drame psychologique et thriller (bien que le drame l'emporte), I Start counting est une intĂ©ressante raretĂ© issue d'Angleterre si bien qu'il aurait une rĂ©putation culte chez eux. Ainsi donc, en abordant les thèmes de la pubertĂ© et de l'Ă©mancipation sexuelle au terme des annĂ©es 60, David Greene (prioritairement spĂ©cialiste de sĂ©ries et de tĂ©lĂ©-films d'une riche filmo) distille un malaise sous-jacent lorsqu'une ado Ă©prouve une attirance incestueuse pour son frère au moment oĂą un tueur en sĂ©rie s'en prend Ă  de jeunes filles impures. PortĂ© Ă  bout de bras par le talent naturel de la jeune Jenny Agutter (l'inoubliable infirmière sexy du Loup-Garou de Londres !), I start counting demeure parfois intense et Ă©trange au fil de ces errances urbaines et champĂŞtre (la fameuse maison abandonnĂ©e auquel elle s'y confine de façon ambivalente). Quand bien mĂŞme cette dernière laisse libre court Ă  ces fantasmes au contact de son frère aĂ®nĂ©, et ce en dĂ©pit de sa suspicion contradictoire qu'il en soit prĂ©sumĂ© coupable. 

Qui plus est plutĂ´t soignĂ© Ă  travers sa rĂ©alisation inspirĂ©e jalonnĂ©e de moments de poĂ©sie en accord avec sa douce nature que les filles en jupe courte arpentent en toute insouciance, I Start Counting ne manque pas non plus de susciter un suspense oppressant quant au dĂ©nouement redoutĂ© du tueur sexuellement refoulĂ©. On peut d'ailleurs par instants songer au classique transalpin Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? Ă  travers sa peinture rĂ©aliste, richement dĂ©taillĂ©e et pleine de vie d'une jeunesse friponne aussi fureteuse qu'aguichĂ©e par une sexualitĂ© permissive. A dĂ©couvrir donc, mĂŞme si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© un rythme plus captivant si bien que l'aspect thriller s'Ă©clipse souvent au profit du drame intimiste (l'introspection morale de Wynne en remise en question identitaire) que Jenny Agutter endosse avec une fraĂ®cheur innocente teintĂ©e de fragilitĂ©. 

Remerciement Ă  Warning Zone.

*Bruno

mercredi 11 novembre 2020

Bacurau

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. 2019. BrĂ©sil/France. 2h12. Avec Barbara Colen, SĂ´nia Braga, Udo Kier, Thomas Aquino, Silvero Pereira 

Sortie salles France: 25 Septembre 2019

FILMOGRAPHIEKleber Mendonça Filho est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et ingĂ©nieur du son brĂ©silien, nĂ© le 3 novembre 1968 Ă  Recife. 2012 : Les Bruits de Recife. 2016 : Aquarius. 2019 : Bacurau (corĂ©alisĂ© avec Juliano Dornelles).  Juliano Dornelles est un rĂ©alisateur et producteur brĂ©silien. 2019: Bacurau. 2016: O AteliĂŞ da Rua do Brum. 


"La guerre, c'est comme la chasse, sauf qu'Ă  la guerre les lapins tirent."
Ovni franc-tireur produit entre la France et le BrĂ©sil, Bacurau ne peut laisser indiffĂ©rent le spectateur fureteur d'expĂ©rience atypique si bien que le divertissement bigarrĂ© proposĂ© ici surfe avec le film d'auteur Ă  travers un contexte politique aussi arbitraire que dictatorial. L'intrigue se focalisant sur les us et coutumes d'un peuple brĂ©silien au sein de leur microcosme rural dĂ©nuĂ© de hiĂ©rarchie policière et politique. Car vivant en autarcie en dĂ©pit des sollicitations d'un Ă©lu perfide en lice pour la prĂ©sidentielle, les villageois solidaires vont finalement avoir affaire Ă  une menace nonsensique fondĂ©e sur une chasse Ă  l'homme somme toute triviale. Version tropicale des Chasses du Comte Zaroff donc, tout du moins lors de sa seconde partie autrement gorasse et sauvage (tĂŞte explosĂ©e et corps dĂ©membrĂ©s Ă  coups de machette Ă  l'appui !), Bacuro cultive les ruptures de ton au risque de dĂ©router une partie du public impliquĂ© dans un bad trip capiteux oĂą les laissĂ©s pour compte nous suscitent une empathie non programmĂ©e. Car si la 1ère partie documentĂ©e parvint avec succès Ă  nous familiariser auprès de ses contestataires tentant de survivre avec un sens innĂ© de la dĂ©brouillardise, le second acte dĂ©ploie la carte du divertissement pugnace lorsque ces derniers se rĂ©approprieront les armes de leurs ancĂŞtres belliqueux pour se dĂ©fendre contre l'oppresseur assoiffĂ© de sang. 

Nos prĂ©dateurs Ă©missaires ayant comme unique motivation de massacrer la populace Ă  balle rĂ©elle, et ce en essayant d'Ă©pargner femmes et enfants. Inutile de prĂ©ciser que les dommages collatĂ©raux Ă©piceront leur cheminement criminel appuyĂ© d'un sadisme (orgasmique) parfois dĂ©rangeant (le couple en coĂŻt dans les champs afin de fĂŞter leur victoire sanglante). Dès lors, le carnage peut commencer, avec en intermittence, des situations insolites impromptues que l'on ne voit pas arriver. Les rĂ©alisateurs adoptant une Ă©tonnante maĂ®trise Ă  travers un esprit de dĂ©rision sardonique, et ce mĂŞme si l'ultra rĂ©alisme du contexte drama ne prĂŞte pas Ă  la rigolage en dĂ©pit d'un grand-guignol graphique sporadique. Parfaitement mis en scène sous l'impulsion d'un suspense lestement oppressant; notamment en y oscillant les partitions musicales au synthĂ©, Bacurau s'engage vers un cheminement tortueux de règlements de compte Ă©piques en y conjuguant les composants du western, du thriller, de l'horreur, de la guerre et d'un soupçon de science-fiction avec ce drone discoĂŻde surplombant le village afin d'espionner la populace retranchĂ©e dans des planques sous-terraines. Tout un programme vitriolĂ© donc frĂ©quemment dĂ©tonnant et fulgurant en faisant la nique aux codes usuels. 


IlluminĂ© de la prĂ©sence du monstre sclĂ©rosĂ© Udo Kier en leader militariste Ă  demi-demeurĂ© (mĂŞme s'il faut patienter 1 heure pour le diaboliser) et d'une poignĂ©e de seconds-rĂ´les mĂ©connus rĂ©solument expressifs Ă  travers leur humanisme Ă  la fois meurtri et frondeur, Bacuro laisse une drĂ´le d'impression d'expĂ©rience incongrue sous couvert d'une rĂ©flexion politico-sociale (inĂ©vitablement fascisante) dĂ©nuĂ©e de scrupule quant au sort des minoritĂ©s ethniques livrĂ©es Ă  l'isolement et Ă  l'abandon, jusqu'Ă  Ă©puration. 
Pour public averti

*Bruno  

mardi 10 novembre 2020

Je suis un monstre / I, monster

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Weeks. 1971. Angleterre. 1h20 (extented version). Avec Christopher Lee, Peter Cushing, 

Sortie salles France: 11 Décembre 1974

FILMOGRAPHIE: Stephen Weeks est un rĂ©alisateur anglais nĂ© en 1948. 1984: The Bengal Lancers!  1984: L'Ă©pĂ©e du vaillant. 1976: Scars (TV Movie documentary). 1974: Histoire de fantĂ´mes. 1973: Gawain et le chevalier vert. 1971: Je suis un Monstre. 

Je suis un monstre – L’Ă©lĂ©gance du mal

Complètement oubliĂ© aujourd’hui par la communautĂ© fantasticophile alors qu'il est toutefois produit par la Amicus, Je suis un monstre mĂ©rite pourtant d’ĂŞtre redĂ©couvert. J’en garde un souvenir limpide : celui d’un dimanche soir sur TV6, dans la douce torpeur d’un dĂ©but de soirĂ©e oĂą le gothique s’invitait Ă  la tĂ©lĂ©vision. Ce soir encore, Ă  mon quatrième visionnage, l’immersion demeure indicible. J’y ai Ă©prouvĂ© le mĂŞme plaisir qu’Ă  ma toute première fois - sans la trace de nostalgie, mais avec la certitude d’un film habitĂ©.

Car cet Ă©nième remake de Dr Jekyll and Mr Hyde a beau rĂ©pĂ©ter le mĂŞme procĂ©dĂ© narratif, sa première partie s’en Ă©carte par une sĂ©rie d’essais cliniques sur des cobayes humains. Et malgrĂ© cette fidĂ©litĂ© au mythe, il n’en reste pas moins un formidable cauchemar gothique, admirablement troussĂ© par un Stephen Weeks pleinement impliquĂ© par ce qu'il filme. On le sent autant dans le soin accordĂ© aux dĂ©cors victoriens - baignĂ©s de lueurs violettes ou rouges qui rappellent la Hammer par leur somptueuse architecture domestique et urbaine - que dans cette atmosphère d’Ă©trangetĂ© crĂ©pusculaire, oĂą la brume s’invite comme un personnage Ă  part entière.

Christopher Lee, impĂ©rial, s’y dĂ©lecte du rĂ´le du monstre sans la moindre emphase. Weeks Ă©vite les effets spĂ©ciaux grandiloquents et prĂ©fère la sobriĂ©tĂ© d’un maquillage expressif, laissant transparaĂ®tre la terreur dans le rictus et le regard viciĂ© de Lee - un regard littĂ©ralement habitĂ©. Jamais il ne verse dans le cabotinage : tout au contraire, il impose une intensitĂ© calme, presque funèbre, d’une noblesse rare.

Ă€ ses cĂ´tĂ©s, l’immense Peter Cushing, plus en retrait, incarne avec retenue un avocat redresseur de torts, de plus en plus suspicieux face aux agissements de son acolyte apprenti sorcier. Si l’intrigue, prĂ©visible, ne rĂ©serve guère de surprises, on s’Ă©tonne pourtant de s’y plonger avec passion. Weeks dĂ©ploie un univers de corruption macabre oĂą le Bien et le Mal se livrent une bataille intime, ravivĂ©e par les expĂ©rimentations immorales d’un savant cherchant Ă  dĂ©sinhiber les pulsions humaines les plus enfouies Ă  travers une drogue inĂ©vitablement addictive.

Une sĂ©quence de meurtre, d’une brutalitĂ© saisissante, retient particulièrement l’attention : l’agression d’une prostituĂ©e Ă  coups de canne. Cruelle, mais jamais complaisante, la scène frappe par la rigueur de son montage et sa violence sèche.

Immersif, vibrant, portĂ© par la prĂ©sence saisissante de Christopher Lee, monstre tragique et tangible, Je suis un monstre mĂ©rite amplement d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ©. On y retrouve un gothisme sĂ©culaire, une dramaturgie sociale tendue et sinistre, et la beautĂ© malade d’un cinĂ©ma hantĂ© par la dualitĂ© de l’âme humaine.

Remerciement Ă  Lupanars Visions.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
31/10/25. 4èx. Vost