lundi 24 juin 2024

The Offence

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Lumet. 1972. U.S.A/Angleterre. 1h52. Avec Sean Connery, Trevor Howard, Ian Bannen, Vivien Merchant, Peter Bowles.

Sortie salles France: 12 Septembre 2007. Angleterre: 11 Janvier 1972

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.

35 ans il eut fallu que pour que The Offence soit enfin visible chez nous en salles, prĂ©cisĂ©ment en 2007, faute de la sociĂ©tĂ© de distribution United Artists terrifiĂ©e par le rĂ©sultat final. Et effectivement The Offence fait office de pavĂ© dans la mare pour son climat blafard quasi irrespirable, pour sa violence verbale et physique en roue libre lorsqu'un flic Ă  bout de nerf (pour ne pas dire en dĂ©pression nerveuse) se confronte au coupable prĂ©sumĂ© d'un violeur de fillette. Ainsi donc, en abordant le thème de la pĂ©dophilie avec un rĂ©alisme glaçant n'appartenant qu'au cinĂ©ma des Seventies, Sidney Lumet y extrait une rĂ©flexion sur le Mal et le refoulement auprès d'un affrontement psychologique d'une intensitĂ© davantage nĂ©vralgique. Tant et si bien que passĂ© le dĂ©nouement inqualifiable il demeure difficile de sortir indemne auprès de ce profil fragilisĂ© par une horrible vĂ©ritĂ©. 

Sean Connery, Ă  contre-emploi drastique (euphĂ©misme j'vous dit), incarnant un flic antipathique, violent, condescendant, discourtois avec une force expressive acharnĂ©e. Pour ne pas dire aux cimes de la folie. Comme s'il Ă©tait contraint de supporter du poids de ses Ă©paules tous les malheurs du monde. Tout du moins les exactions impardonnables d'un pĂ©dophile aussi rusĂ© que gouailleur. Visuellement grisonnant, voir dĂ©primant au sein de cette banlieue british afin de renforcer la noirceur opiniâtre du rĂ©cit cauchemardesque chargĂ© de dialogues difficiles, The Offence demeure d'autant plus singulier qu'il fait appel Ă  une narration Ă©clatĂ©e. Entre flash-back, visions d'effroi et instant prĂ©sent au coeur d'un huis-clos toujours plus tendu et escarpĂ©. A dĂ©couvrir absolument donc avec l'Ă©vident avertissement que ce drame psychologique incroyablement rigoureux est Ă  privilĂ©gier Ă  un public prĂ©parĂ© tant il dilacère les codes avec une franchise Ă©peurante.  


*Bruno

Merci à Jean-Marc Micciche et Jérôme André-Tranchant

vendredi 21 juin 2024

Le Château des Amants maudits / Beatrice Cenci

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Riccardo Freda. 1956. Italie/France. 1h33. Avec Micheline Presle, Gino Cervi, Mireille Granelli, Fausto Tozzi, Frank Villard, Claudine Dupuis.

Sortie salles France: 3 Avril 1957. Italie: 6 Avril 1956

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (24.02.1909 - 20/12/1999) est un réalisateur, scénariste et acteur italien à l'origine de 27 longs-métrages réalisés entre 1942 et 1989. Il sera surtout reconnu auprès des amateurs de cinéma fantastique avec Les Vampires, Caltiki, le monstre immortel, Maciste en Enfer ainsi que ses fausses suites l'Effroyable secret du Dr Hichcock, le Spectre du professeur Hichcock.


MĂŞme si l’on peut prĂ©fĂ©rer la version autrement malsaine, glaciale et rĂ©aliste de Fulci (Liens d’amour et de sang), rĂ©alisĂ©e plus tard, Le Château des amants maudits est loin, très loin de laisser indiffĂ©rent, tant son esthĂ©tisme flamboyant renverse Ă  chaque instant. Dario Argento s’en inspira d’ailleurs clairement pour le prĂ©lude de Suspiria, dans cette course effrĂ©nĂ©e d’une jeune fille s’enfonçant dans la nuit, au cĹ“ur des bois baignĂ©s d’une lumière bleutĂ©e.

Magnifique adaptation, le film oscille entre classicisme - par son traitement dĂ©pouillĂ© d’une horrible histoire familiale - et baroque, par sa mise en scène avisĂ©e, magnifiant chaque plan tel un tableau transalpin. Son climat historique, parfois au bord de l’onirisme surrĂ©aliste, demeure prĂ©gnant, hantant les allĂ©es et venues de personnages odieux, prĂŞts Ă  toutes les trahisons pour survivre après avoir renversĂ© un patriarche tyrannique - Ă©tonnamment incarnĂ© par un Gino Cervi dĂ©testable, Ă  contre-emploi de son Ă©ternel rĂ´le bougon dans la comĂ©die notoire Don Camillo


Quant Ă  Mireille Granelli (coproduction oblige, le film rĂ©unit la France et l’Italie), elle insuffle Ă  son personnage proscrit une chair douloureuse, habitĂ©e d’une sobriĂ©tĂ© contrariĂ©e qui contraste avec sa beautĂ© discrète, veloutĂ©e et Ă©purĂ©e. Une Ă©trange beautĂ© candide, traversĂ©e de fragilitĂ© torturĂ©e, fruit d’une condition soumise Ă  l’emprise d’un père abusif et sans vergogne.

Perle rare, mĂ©connue et oubliĂ©e, Le Château des amants maudits resplendit aujourd’hui de mille feux grâce Ă  son Ă©dition Blu-ray chez Gaumont, qui lui offre une seconde jeunesse Ă  l’orĂ©e de ses soixante-huit printemps, tandis que j’imprime ici mes impressions brĂ»lantes. Chaudement recommandĂ©, pour ne pas dire indispensable.

*Bruno
23.08.25. 3èx. VO
2è x vu en VF. 

mercredi 19 juin 2024

Exposé / The House on Straw Hill / Trauma

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Kenelm Clarke. 1976. 1h24. Angleterre. Avec Udo Kier, Linda Hayden, Fiona Richmond, Patsy Smart, Karl Howman, Vic Armstrong

Sortie salles Angleterre: Mai 76 (ClassĂ© X + Video Nasties).

FILMOGRAPHIE: James Kenelm Clarke est nĂ© le 5 fĂ©vrier 1941 Ă  Gloucestershire, Angleterre, Royaume-Uni. Il Ă©tait rĂ©alisateur et producteur. 1974: Got it Made. 1976: ExposĂ©. 1977: Hardcore. 1978: Let's get laid. 1983: Funny Money. 1985: Yellow Pages. 

A rĂ©server prioritairement aux bissophiles amateurs de curiositĂ©s oubliĂ©es (et introuvables), ExposĂ© est une sympathique sĂ©rie B Ă©rotico-horrifique, aussi rachitique soit son contenu narratif. En gros, une jeune  dactylographe est recrutĂ©e par un Ă©crivain misanthrope au sein de sa demeure champĂŞtre confinĂ©e Ă  proximitĂ© d'un champs de paille afin d'y clĂ´turer son dernier roman. BientĂ´t, des meurtres sauvages vont intenter Ă  leur tranquillitĂ©. ClassĂ© X lors de sa sortie Outre-manche et estampillĂ© "Video Nasties" (ces Vhs interdites de location), ExposĂ© a de quoi faire sourire de nos jours pour sa violence sanguine peu crĂ©dible car dĂ©nuĂ©e d'effets spĂ©ciaux et ses sĂ©quences Ă©rotiques un tantinet effrontĂ©es qui ne choquera plus personne. 

L'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant dans la formalitĂ© de son atmosphère d'Ă©trangetĂ© assez immersive pour qui raffole des films d'ambiance aujourd'hui rĂ©volus (Ă  quelques exceptions). Et si l'intrigue parfois bizarre (le sort des 2 violeurs, les hallucinations prĂ©monitoires de Paul Watel dĂ©nuĂ©es de sens) a tendance Ă  se rĂ©pĂ©ter, faute d'une ossature linĂ©aire dĂ©nuĂ©e de surprises (si bien que l'on voit venir Ă  des kilomètres son twist escomptĂ©), ExposĂ© est heureusement renforcĂ© de sa rĂ©alisation assez personnelle et parfois expĂ©rimentale et du jeu inquiĂ©tant d'Udo Kier en Ă©crivain chafouin accompagnĂ© de deux charmantes anglaises souvent dĂ©vĂŞtues et aussi dĂ©tachĂ©es que lui dans leur posture d'aguicheuse dĂ©complexĂ©e au caractère pour autant expressif. 

ExposĂ© est donc Ă  dĂ©couvrir d'un oeil amusĂ© bien qu'il reste bizarrement en mĂ©moire sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos de par le vĂ©risme de son atmosphère british assez indicible.

P.S: CommercialisĂ© chez Bach Films dans une mĂ©diocre Ă©dition Dvd,  la copie est hĂ©las d'autant plus censurĂ©e de 2 minutes (le viol et le meurtre dans la salle de bain).

*Bruno
19.06.24. 3èx. Vostf. Uncut. 

lundi 17 juin 2024

I saw the TV Glow

                                             
                                                                 Photo empruntĂ©e sur Facebook

de Jane Schoenbrun. 2024. U.S.A. 1h41. Avec Justice Smith, Brigette Lundy-Paine, Helena Howard, Lindsey Jordan, Conner O'Malley, Emma Portner

Sortie salles U.S: 3 mai 2024

FILMOGRAPHIEJane Flannery Schoenbrun est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© en 1987. 2018: A Self-Induced Hallucination. 2021: We're All Going to the World's Fair. 2024: I saw the Glow TV.


                              « Parfois, The Pink Opaque semble plus rĂ©el que ma propre vie. »

Souvenez-vous : il n’est pas nĂ©cessaire de tout comprendre pour aimer — l’essentiel est de rĂŞver.
Il y a des films, et puis il y a des expĂ©riences. I Saw the TV Glow appartient Ă  cette seconde catĂ©gorie, plus autonome, plus crĂ©ative, plus personnelle, plus singulière. Ă€ mi-chemin entre Lynch et Cronenberg (VidĂ©odrome en Ă©tendard), I Saw the TV Glow explore le mal-ĂŞtre existentiel depuis la fissure adolescente, avec une sensibilitĂ© marginale, sans une once de moralisme. Si bien qu’au fil du cheminement tortueux, fragile, de deux adolescents taiseux, timorĂ©s, engloutis dans leur sĂ©rie fĂ©tiche — quasi fĂ©tichiste — le spectateur dĂ©rive, hypnotisĂ©, dans leur bad trip hallucinatoire, impuissant Ă  dĂ©tourner le regard.

C’est dire si I Saw the TV Glow ensorcelle. Hypnotique, envoĂ»tant, aussi beau que malaisant, terriblement Ă©mouvant dans sa mĂ©taphore universelle : ce besoin irrĂ©pressible de fuir la rĂ©alitĂ© d’un quotidien mĂ©lancolique pour s’engloutir dans l’illusion tĂ©lĂ©visuelle, addictive, dĂ©lĂ©tère, fallacieuse. Par l’entremise de ce refuge cathodique, Ă  la fois enivrant et troublant, se dĂ©ploie un discours sur le pouvoir de l’image, la nostalgie du souvenir et son emprise sur une psychĂ© dĂ©pressive, esseulĂ©e, suicidaire mĂŞme — que Jane Schoenbrun, cinĂ©aste transgenre, transfigure en un fantastique d’une imagerie onirique Ă  damner un saint. Entre la quotidiennetĂ© rose fluo de ce duo zombifiĂ© errant dans une banlieue tranquille, et les bribes VHS qu’ils ressassent sur leur Ă©cran, règne The Pink Opaque.

Et si son final, sciemment ambigu, voire absurde (mais l’on se console dans la mĂ©taphore mĂ©taphysique), nous laisse autant subjuguĂ© que dĂ©sarmĂ©, I Saw the TV Glow brĂ»le l’encĂ©phale au fer rouge — qu’on adhère ou non.

"L’opaque rose brĂ»le encore".
En tout Ă©tat de cause, cet OFNI dĂ©jĂ  culte fera date — Ă  l’instar du bouche-Ă -oreille qui fit naĂ®tre Donnie Darko — et dĂ©chaĂ®nera passions et interrogations autour de cette Ă©tude cĂ©rĂ©brale, bouleversante, sur notre quĂŞte identitaire, ligotĂ©e Ă  l’Ă©vasion hypnotique du petit (et grand) Ă©cran, au mĂ©pris d’une rĂ©alitĂ© imberbe, dĂ©shumanisante. Avec, en guise d’Ă©crin, un hommage nostalgique aux annĂ©es 90, transfigurĂ© en banlieue rĂ©tro baignĂ©e de nuances roses, bleues, violettes — du plus bel effet, et terriblement insolite.

*Bruno

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Ci-joint un p'tit mot du devoir:
Le film, dont le message n’est pas Ă©vident au premier visionnement, est une expĂ©rience avant tout sensorielle, qui prend aux tripes, bouscule et force le cerveau Ă  s’extraire de ses propres nĂ©vroses et fictions pour constater leurs dangers comme les limites de leur pouvoir. On sort de la salle la tĂŞte remplie de questions, mais certain d’avoir vĂ©cu quelque chose d’absolument unique.
Le Devoir.

vendredi 14 juin 2024

Toutes les couleurs du vice / L'Alliance Invisible / Tutti i colori del buio

                                                                                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Sergio Martino. 1972. Italie/Espagne. 1h34. Avec George Hilton, Edwige Fenech, Ivan Rassimov, Julián Ugarte, George Rigaud, Nieves Navarro.

Sortie salles France: 3 Janvier 1974. Italie: 28 FĂ©vrier 1972.

FILMOGRAPHIE SELECTIVESergio Martino est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste italien nĂ© le 19 Juillet 1938 Ă  Rome (Italie). 1970: l'AmĂ©rique Ă  nu. Arizona se dĂ©chaĂ®ne. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. 1972: Toutes les couleurs du vice. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme Ă  la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière Ă©trusque. 1983:2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


"Ces jeunes qui flottent sont des proies parfaites pour les sectes et les mouvements extrĂ©mistes. Quand on ne sait pas qui on est, on est ravi qu’une dictature vous prenne en charge et, dès l’instant oĂą l’on se soumet Ă  un maĂ®tre, Ă  un texte unique, on devient fanatique." Boris Cyrulnik.

TournĂ© un an après l'Etrange vice de Mme WardhToutes les couleurs du vice change de registre pour s'aventurer dans le thriller Ă©sotĂ©rique eu Ă©gard de l'Ă©preuve de force morale que Jane doit endurer afin de ne pas sombrer dans la folie. Car depuis la mort de sa mère et de son propre enfant, elle souffre  d'hallucinations intermittentes oĂą s'y conjuguent une communautĂ© sectaire adepte du sacrifice ainsi que la filature d'un Ă©tranger patibulaire aux yeux bleus perçants (le grand - par la taille - Ivan Rassimov  toujours intrigant Ă  souhait Ă  travers la force d'expression de son regard reptilien). Ainsi, en s'Ă©cartant du Giallo qui lui valu un joli succès, Sergio Martino nous structure ici une intrigue vĂ©nĂ©neuse oĂą cauchemar et rĂ©alitĂ© se tĂ©lescopent sous le tĂ©moignage d'une victime en berne en  paranoĂŻa progressive. Fort de son climat de mystère constamment inquiĂ©tant et de cette foule de personnages Ă©quivoques que l'hĂ©roĂŻne frĂ©quente avec toujours plus de mĂ©fiance, Toutes les couleurs du vice nous immerge dans un cauchemar cĂ©rĂ©bral vertigineux si bien que le spectateur, pleinement identifiĂ© Ă  son dĂ©sarroi, ne parvient lui non plus Ă  distinguer la chimère de la rĂ©alitĂ©.


C'est dire si la rĂ©alisation solide, d'autant plus Ă©maillĂ©e de plages d'onirisme macabre saillantes, parvient Ă  nous faire douter de ce que nous dĂ©couvrons Ă  travers le regard Ă©peurĂ© de Jane ne sachant plus vraiment vers quel soutien se vouer. Portant le film sur ses Ă©paules charnues, Edwige Fenech, omniprĂ©sente, insuffle une solide expression fragile sous l'impulsion de sa psychose exponentielle d'ĂŞtre persĂ©cutĂ©e par son entourage et la secte marquĂ©e d'un oeil divin sur la peau en guise de tatoo emblĂ©matique. Quand bien mĂŞme nous nous interrogeons notamment sur l'Ă©ventuelle complicitĂ© de l'Ă©poux de Jane souvent absent du cocon familial et possĂ©dant un Ă©trange recueil de magie. Un personnage bicĂ©phale, une part de mystère irrĂ©solu que Sergio Martino se rĂ©serve de nous divulguer ouvertement jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. Ainsi donc, sa scĂ©nographie sensiblement envoĂ»tante et schizophrène nous expose nombre d'images patibulaires oĂą horreur malsaine et suspense vertigineux se chevauchant avec une Ă©gale efficacitĂ©. MĂŞme si hĂ©las la rĂ©pĂ©tition des agressions et filatures auprès d'un personnage patibulaire s'y fait ressentir 1 heure durant. 


Excellent thriller horrifico-cĂ©rĂ©bral soutenu du splendide thème solennel de Bruno NicolaiToutes les couleurs du vice traite des thèmes de l'emprise sectaire, de la cupiditĂ© et de la paranoĂŻa Ă  travers une narration labyrinthique jouant habilement de notre perception de la rĂ©alitĂ©. Si bien que nous nous interrogeons avec empathie sur la santĂ© mentale de Jane pĂ©niblement Ă©branlĂ©e par le deuil et les consĂ©quences pĂ©cuniaires qui en Ă©manent.  

*Bruno
31.08.22. 
14.06.24. 4èx

jeudi 13 juin 2024

Sous la Seine

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Xavier Gens. 2024. France. 1h45. Avec BĂ©rĂ©nice Bejo, Nassim Lyes, LĂ©a LĂ©viant, Sandra Parfait, Aksel Ustun, AurĂ©lia Petit. 

Diffusé sur Netflix le 5 Juin 2024

FILMOGRAPHIEXavier Gens est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma français, né le 27 avril 1975 à Dunkerque (Nord-Pas-de-Calais). 2007 : Hitman. 2007 : Frontière(s). 2011 : The Divide. 2012 : The ABCs of Death (segment X is for XXL). 2017 : The Crucifixion. 2017 : Cold Skin. 2018 : Budapest. 2023 : Farang. 2024 : Sous la Seine.
 

Au vu des critiques assassines que j'ai pu lire et Ă©couter, tant sur Youtube que sur Facebook, me suis dĂ©cidĂ© Ă  le voir ce matin car Ă  la base je n'Ă©tais pas vraiment emballĂ© par ce projet improbable j'avoue alors que j'apprĂ©cie le cinĂ©ma de Xavier (et l'humain en tant que personnalitĂ© humble qu'il reprĂ©sente pour moi). 

Et bien j'ai trouvĂ© cela super sympa, sans provocation aucune. 

Alors oui le schĂ©ma narratif est cousu de fil blanc indubitablement, on peut reprocher le cĂ´tĂ© caricatural de certains personnages (surtout les gentils militants Ă©colos), l'absence d'intensitĂ© et de terreur, son montage maladroit pour les scènes d'action (alors que j'ai vu bien pire chez Fast and Furious par ex ou d'autres produits bourrins opportunistes). Mais pour moi l'intĂ©rĂŞt est ailleurs car il s'agit d'un pur divertissement du samedi soir (comme il en pullulait lors des annĂ©es VHS 80), dĂ©gingandĂ© sans doute, certes, mais dĂ©nuĂ© d'aucune prĂ©tention, fun, ludique, voir mĂŞme parfois jubilatoire.  Tant pour le cĂ´tĂ© dĂ©bridĂ©, cocasse du gĂ©nial concept "zinzin" que de certains personnages sciemment parodiĂ©s (la maire de Paris apparentĂ©e Ă  ValĂ©rie PĂ©cresse, ah c'te blague de Carambar). 

J'ai lu aussi que l'image était dégueulasse, que Paris était mochement filmé. Ah bon ? On n'a pas du tout vu la même scénographie tant Xavier soigne cette imagerie urbaine ET sous-marine, tant il table sur son savoir-faire technique afin de rendre constamment efficace également sa narration éculée. Et puis j'ai lu aussi que les FX étaient désastreux ! ? Là encore je ne suis pas d'accord car les rares agressions d'attaques du squale (justement dosées puisque l'on mise d'abord sur l'attente, à l'instar du cinéma de Spielberg) m'ont réellement amusé, impressionné, voires même fasciné. Surtout auprès de son final catastrophiste génialement bordélique, tous azimuts. Même si j'aurai toutefois préféré des séquences chocs un peu plus longues, nombreuses et gorasses pour les arrachages de membres en bonne et due forme.

Et puis je reviens encore sur le concept d'y confiner un requin sous la seine (non mais allo quoi ! ah ah !). Rien que pour cela je trouve le film frĂ©quemment fun, dĂ©lirant et c'est justement cette idĂ©e saugrenue qui a fait que je suis restĂ© constamment amusĂ©, dĂ©complexĂ© par ce que je voyais sans jamais me prendre la tĂŞte comme beaucoup d'autres spectateurs ont pu le faire (Ă  tort ou Ă  raison).  Et puis il ne faut pas oublier non plus que quand on aime rĂ©ellement un film on voit les belles choses (plutĂ´t que les mauvaises), en dĂ©posant parfois (sciemment ou non) son cerveau au vestiaire. 

Au final donc il s'agit selon moi d'un bon divertissement du samedi soir que je reverrai d'ailleurs avec plaisir (innocent) en dépit de sa réputation railleuse pour moi injustifiée (ou si peu).

*Bruno

mercredi 12 juin 2024

Possession Meurtrière / The Possession of Joel Delaney

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site  Imdb.com

de Waris Hussein. 1972. U.S.A. 1h45. Avec Shirley MacLaine, Perry King, Michael Hordern, David Elliott, Lisa Kohane, MĂ­riam ColĂłn 

Sortie salles France: 23 Octobre 1974 (sortie limitée). U.S: 24 Mai 1972.

FILMOGRAPHIE SELECTIVEWaris Hussein est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique nĂ© le 9 dĂ©cembre 1938 Ă  Lucknow (Inde).1969 : A Touch of Love. 1970 : Quackser Fortune Has a Cousin in the Bronx. 1971 : Great Performances (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1971 : Mercredi après-midi (Melody). 1972 : Les Six Femmes d'Henry VIII. 1972 : Possession meurtrière (The Possession of Joel Delaney). 1973 : Between the Wars (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1973 : Divorce (Divorce His, Divorce Hers) (TV). 1973 : Black and Blue (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1974 : Shoulder to Shoulder (feuilleton TV). 1974 : Notorious Woman (feuilleton TV).1976 : The Glittering Prizes (feuilleton TV). 1977 : Three Weeks (TV). 1977 : Moths (TV). 1978 :  Daphne Laureola (TV). 1978 : Rachel in Danger (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1978 : Edward and Mrs. Simpson (feuilleton TV). 1979 : And Baby Makes Six (TV). 1980 : Death Penalty (TV). 1980 : The Henderson Monster (TV). 1980 : Un bĂ©bĂ© de plus (Baby Comes Home) (TV). 

 
Quelle bien Ă©trange curiositĂ© que cette Possession Meurtrière d'autant plus rare, introuvable et exploitĂ©e en salles en sortie limitĂ©e dans nos contrĂ©es 2 ans après son tournage issu de 72. Soit rĂ©alisĂ© 1 an avant l'Exorciste de William Friedkin  alors qu'initialement l'actrice Shirley Mc Laine devait incarner la mère de Regan. Or celle-ci refusa le rĂ´le au profit de cette Possession Meurtrière rĂ©alisĂ©e par l'anglais Waris Hussein, spĂ©cialiste de tĂ©lĂ©-films et sĂ©ries TV. Ce qui frappe d'emblĂ©e avec cette oeuvre indĂ©pendante Ă©mane de son rĂ©alisme documentĂ© (symptomatique des Seventies !) qui imprègne la pellicule sous l'impulsion d'un cast franchement irrĂ©prochable. Tant auprès de Shirley Mac Laine totalement investie en soeur aĂ®nĂ©e Ă  la fois dĂ©munie, incrĂ©dule et Ă©plorĂ©e, de Perry King rigoureusement habitĂ© dans celui du frère possĂ©dĂ© par l'âme d'un porto-ricain ou encore des enfants filiaux sĂ©vèrement molestĂ©s lors d'un final hallucinĂ© d'une grande violence aussi bien physique que morale. 
 
 
Si bien que de nos jours ultra conservateurs cette Possession Meurtrière serait implacablement cadenassĂ©e par dame censure. Relativement lent mais plutĂ´t soignĂ© et assez prenant d'y suivre avec  curiositĂ© dĂ©concertante le pĂ©riple cauchemardesque d'une soeur et d'un frère en proie avec les forces du Mal, Possession Meurtrière ne peut laisser indiffĂ©rent l'amateur Ă©clairĂ© fan de productions dĂ©viantes dĂ©libĂ©rĂ©es d'y transgresser les règles de la morale. Comme le souligne son Ă©trange sĂ©ance d'exorcisme vue nulle part ailleurs (et dĂ©nuĂ©e d'effets grand-guignolesques) et son point d'orgue erratique illustrant sans ambages l'humiliation d'un enfant nu et d'une fillette accroupie contrainte de manger du canigou pour chien dans une gamelle. Le rĂ©cit constamment inquiĂ©tant par son climat Ă  la fois feutrĂ© et anxiogène alternant avec minutie l'Ă©tude comportementale d'un ĂŞtre fragilisĂ© d'un deuil maternel (et donc facilement influençable pour ĂŞtre habitĂ© par le dĂ©mon), l'interrogation et le tĂ©moignage de sa soeur indĂ©cise et l'enquĂŞte policière Ă  travers ses dĂ©couvertes morbides de dĂ©capitations fĂ©minines. 
 
 
Bizarrerie introuvable rarement chroniquĂ©e auprès des critiques spĂ©cifiques, Possession Meurtrière mĂ©rite d'ĂŞtre dĂ©couvert avec intĂ©rĂŞt pour qui apprĂ©cie les expĂ©riences horrifiques malaisantes ne ressemblant Ă  nul autre mĂ©trage. Son intensitĂ© dramatique parfois terrifiante, oppressante et dĂ©stabilisante nous plongeant d'autant plus au sein d'une descente aux enfers dĂ©nuĂ©e d'illusion, de rĂ©demption jusqu'au trama psychologique que cette famille prĂ©servera lors d'une ultime image Ă©vocatrice. 
 
P.S: attention toutefois à la rigueur de son climax décomplexé qui risque de heurter les personnes les plus fragiles de par son intensité psychologique sans retenue.
 
*Bruno
2èx

vendredi 31 mai 2024

The King Tide. Meilleur Film au Festival de l'Atlantique, 2023.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christian Sparkes. 2023. Canada. 1h43. Avec  Frances Fisher, Lara Jean Chorostecki, Clayne Crawford, Aden Young.

Sortie salles Canada: 26 Avril 2024

FILMOGRAPHIEChristian Sparkes est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste canadien originaire de St. John’s, Ă  Terre-Neuve-et-Labrador. 2014: Cast no shadow. 2019: Hammer. 2023: The King Tide. 2024: Sweetland.

En dépit de son côté prévisible, le final glaçant, autrement surprenant et escarpé, se rattrape fructueusement pour mieux dénoncer l'intégrisme d'une populace vivant en autarcie en exploitant les pouvoirs d'une fillette afin de se déculpabiliser de la peur de la mort. Des thèmes religieux, existentiels, sociétaux efficacement développés au sein d'une scénographie naturaliste magnifiquement photographiée. Le cast majoritairement méconnu est d'autant plus crédible pour maintenir une certaine attention, on passe un bon moment teinté d'angoisse et d'émotions amères.

RĂ©compense: prix du meilleur long mĂ©trage et du meilleur montage au Festival international du film de l’Atlantique 2023 Ă  Halifax, en Nouvelle-Écosse.



mardi 28 mai 2024

La Malédiction, l'Origine / The First Omen

                                                        
                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Arkasha Stevenson. 2024. U.S.A. 1h59. Avec Nell Tiger Free, SĂ´nia Braga, Ralph Ineson, Bill Nighy, Tawfeek Barhom, Nicole Sorace. 

Sortie salles France: 10 Avril 2024 (int - 16 ans).

FILMOGRAPHIE: Arkasha Stevenson est ue rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et productrice amĂ©ricaine. 
2024: La MalĂ©diction, l'Origine. 

Révision de La Malédiction : l'Origine, formidable surprise comme tout bon film d'horreur adulte qui se respecte, sous la forme d'une préquelle à la fois intelligente, humble et respectueuse de son matériau d'origine. Avec, en filigrane, une audacieuse et originale réflexion sur le fanatisme religieux à travers cette volonté délibérée de la parole divine de reconquérir son pouvoir auprès d'une populace inflexible ne croyant plus en l'avenir (tristement actuel, donc). Pour ce faire, elle brandit le spectre de l'Antéchrist, prêt à débarquer sur Terre dans une société à la morale cynique, afin que le Bien reprenne ses droits sur le Mal.

On peut d'autre part relever le soin apportĂ© Ă  sa rĂ©alisation appliquĂ©e, Ă©paulĂ©e d'une photographie fastueuse et portĂ©e par quelques plans stylisĂ©s d'une Ă©lĂ©gance picturale Ă  tomber Ă  la renverse. Mais ce qui frappe finalement après rĂ©vision de cette vĂ©ritable prĂ©quelle (rien Ă  voir, par exemple, avec le mensonger Massacre Ă  la tronçonneuse : le commencement ou encore The Thing), c'est qu'elle respecte avec une rare honnĂŞtetĂ© tout ce qui fut imprimĂ© dans la trilogie initiale, tout en lui offrant un second souffle dans sa manière de traiter du satanisme Ă  travers une imagerie sensuelle, parfois brutale et glaçante, sans jamais se livrer Ă  la complaisance ni Ă  la gratuitĂ© d'effets chocs Ă©culĂ©s. 

 
Et ce, en nous concoctant un scénario conspirationniste en trompe-l'œil, émaillé de clins d'œil sans toutefois vouloir les singer ni en abuser. Faire croire à l'improbable : voilà ce à quoi était parvenue la trilogie originale en mettant en scène l'avènement de Damien Thorn. Et quand bien même La Malédiction : l'Origine remonte les pendules pour nous faire croire à nouveau à sa venue, cette fois du point de vue de sa génitrice, cela fonctionne avec une réelle efficacité. Avant qu'un rebondissement incongru ne vienne relancer l'intrigue lors d'un second acte plus horrifiant, explicitement parlant (avec, entre autres, un étonnant hommage tacite à Possession de Zulawski).

Ainsi, la réalisatrice Arkasha Stevenson s'autorise à nous forger quelques séquences chocs particulièrement couillues et détonantes, d'un réalisme dérangeant tel que l'on croit sans douter à l'impensable. Un climat d'autant plus malfaisant et déstabilisant, cultivant habilement l'inconfort sans céder à la facilité du grand-guignol, au gré d'un onirisme morbide particulièrement léché.

 
Soigneusement reconstitué en toute modestie (l'action se déroule à l'orée des seventies au sein d'une Rome élégamment ornementale) et formidablement interprété par des gueules d'acteurs au charisme robuste - Ralph Ineson endossant notamment un prêtre préoccupé avec un sérieux monolithique -, La Malédiction : l'Origine ne pouvait guère faire mieux pour respecter et moderniser sa saga proverbiale dans toutes les mémoires.

Porté à bout de bras par le talent naturel, si pur et candide, de Nell Tiger Free, toujours plus encline au doute et à la psychose face à ces événements improbables, La Malédiction : l'Origine réanime avec une efficacité inattendue nos peurs innées les plus profondes grâce à un esthétisme extrêmement ambitieux. Tout en nous alertant intelligemment sur les dérives d'un pouvoir religieux imposant son emprise sectaire par la terreur la plus couarde et irresponsable.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
 08.06.26. 2èx. Vo 4K
 
                               


vendredi 24 mai 2024

Civil War

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alex Garland. 2024. U.S.A/Angleterre. 1h49. Avec Kirsten Dunst, Wagner Moura, Stephen McKinley Henderson, Cailee Spaeny, Jesse Plemons.

Sortie salles France: 17 Avril 2024 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIEAlex Garland, nĂ© le 26 mai 1970 Ă  Londres, est un romancier, scĂ©nariste et rĂ©alisateur britannique. Il est le fils du dessinateur de presse Nicholas Garland. 2014 : Ex machina. 2017 : Annihilation. 2022 : Men. 2024 : Civil War. 

 
Terrifiant, Ă©prouvant, malaisant au point d'y susciter un malaise viscĂ©ral inconfortable, Civil War est une Ă©preuve de force en perdition. Autant pour les personnages que pour le spectateur immergĂ© dans un conflit belliqueux de guerre civile Ă  la suite des exactions d'une dictature prĂ©sidentielle. D'un rĂ©alisme saisissant si bien que l'on peut Ă©voquer le "modèle de mise en scène" Ă  travers ses anthologies destroy plus vraies que nature (on se retrouve rĂ©ellement au coeur du chaos), cette expĂ©rience cinĂ©matographique peu commune y dĂ©nonce admirablement les insalubritĂ©s de la guerre Ă  travers sa gangrène de la violence infectant chaque tĂ©moin. Or, ici, en nous attardant au road trip d'un quatuor de journalistes contraint de photographier les clichĂ©s les plus percutants au risque de trĂ©passer lors d'une balle perdue, ou pire, lors d'une exĂ©cution sommaire perpĂ©trĂ©e par des terroristes d'extrĂŞme droite, Civil War nous place dans un voyeurisme inconfortable davantage prĂ©judiciable au point d'avoir l'envie de se doucher passĂ© le gĂ©nĂ©rique de fin afin de se purifier de cette dĂ©cadence humaine littĂ©ralement toxique. 
 
 
Ce qui frappe donc irrémédiablement lors de ce périple chaotique toutefois émaillé d'accalmie mélancolique émane de son climat sournoisement malsain instauré auprès d'une nature dévisagée de sa sérénité et d'une urbanisation en déliquescence morale de par ces moult dangers toujours plus disproportionnés que l'on subit de plein fouet. Alex Garland radiographiant avec tact, humanisme, sensibilité (notamment à travers les yeux de cette jeune photographe néophyte désireuse d'y braver ses affres pour un enjeu initiatique) et ambiguïté morale les profils burnés de ces photographes de guerre peu à peu anesthésiés par la terreur, la haine et la violence faute de leur privation de questionnement. Le réalisateur ne cessant d'alterner leurs intimités flegmatiques avec d'autres épisodes de bravoure d'une intensité belliciste toujours plus aliénante car exténuante, couarde, escarpée, imperturbable. Outre la sobriété des comédiens très attachants en dépit de leur posture parfois déplacée, on retient surtout à mon sens la présence discrètement dépressive de Kirsten Dunst en photographe émérite probablement hantée par la lassitude du danger, sa corruption et son parti-pris impassible à ne jamais se laisser envahir par les sentiments pour mieux s'opposer au danger des guérillas urbaines ici déployées en plein coeur de Washington.

 
D'une intensité émotionnelle toute à la fois névralgique, sous-jacente et substantielle de par son refus de complaisance et de surenchère, Civil War atteint son but pour sa mise en garde des conséquences tragiques que pourrait occasionner une guerre civile de tout un état réduit à feu et à sang. Porté à bout de bras par un quatuor d'interprètes superbement dessinés dans leur conflit interne ambivalent, Civil War met les nerfs à rude épreuve de nous plonger dans un chaos meurtrier dénué de raison, d'empathie, de rédemption. Quitte à en perdre son âme, sa dignité quelque soit le camp politique où l'on se place.

*Bruno

jeudi 23 mai 2024

Pauvres Créatures / Poor Things. Lion d'Or, Venise 2023.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de YĂłrgos Lánthimos. 2024. U.S.A/Angleterre/Irlande. 2h21. Avec Emma Stone, Willem Dafoe, Mark Ruffalo, Ramy Youssef, Jerrod Carmichael, Christopher Abbott, Vicki Pepperdine, Margaret Qualley

Sortie salles France: 17 Janvier 2024

FILMOGRAPHIEYĂłrgos Lánthimos est un rĂ©alisateur et dramaturge grec nĂ© le 23 septembre 1973 Ă  Athènes. 2001 : My Best Friend co-rĂ©alisĂ© avec Lákis LazĂłpoulos. 2005 : Kinetta. 2009 : Canine. 2011 : Alps. 2015 : The Lobster. 2017 : Mise Ă  mort du cerf sacrĂ©. 2018 : La Favorite. 2023 : Pauvres CrĂ©atures. 2024 : Kinds of Kindness. 


Le mythe de Frankenstein d'un point de vue foncièrement fĂ©ministe revisitĂ© (pour ne pas dire dĂ©poussiĂ©rĂ©) par le franc-tireur Yorgos Lanthimos. CinĂ©aste grec s'Ă©tant fait une spĂ©cialitĂ© d'oeuvres atypiques anti-conformistes, Pauvres CrĂ©atures ne dĂ©roge pas Ă  la règle de l'expĂ©rience quasi inclassable. Car littĂ©ralement dĂ©calĂ©, constamment caustique, cruel, audacieux et d'un Ă©rotisme salace Ă  la fois dĂ©complexĂ©, dĂ©rangeant et rĂ©dempteur, Pauvres CrĂ©atures ne nous laisse pas indiffĂ©rent Ă  travers son concentrĂ© de provocations fĂ©minines se raillant du patriarcat avec un art consommĂ© de l'humour vitriolĂ©. Formellement flamboyant, inventif et baroque, ce divertissement sciemment marginal dĂ©gage un pouvoir de fascination, une libertĂ© de ton aussi folingue que fructueuse eu Ă©gard de l'initiation humaine de cette pauvre crĂ©ature apprenant Ă  se libĂ©rer du carcan machiste avec une autoritĂ© rebelle davantage substantielle. Emma Stone se fondant dans le corps du monstre attardĂ© avec une innocence aussi sĂ©millante que spontanĂ©e avant de s'Ă©manciper vers d'autres horizons insoupçonnĂ©es. Outre son humour corrosif (qui ne plaira pas Ă  tous et Ă  toutes); Pauvres CrĂ©atures ne manque pas non plus d'y distiller une certaine tendresse entre celle-ci et son crĂ©ateur (endossĂ© par Willem Dafoe au visage taillĂ© Ă  la serpe) auprès de leur cohĂ©sion parentale finalement rĂ©vĂ©rencieuse après avoir assimilĂ© les valeurs de l'amour (autant pour soi que pour l'autre), de la rĂ©flexion existentielle et du respect d'autrui. Une oeuvre remarquable donc, mĂŞme si Ă©tonnamment dĂ©routante et dĂ©concertante, notamment grâce Ă  cette volontĂ© si personnelle de nous proposer une expĂ©rience humaine gratifiante auprès de l'Ă©galitĂ© des sexes que nous ne sommes pas prĂŞts d'omettre. 
 
*Bruno


Récompenses:
Récompenses
Mostra de Venise 2023 : Lion d'Or29,30
BAFTA 2024 :
Meilleure actrice pour Emma Stone
Meilleurs décors
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages et coiffures
Meilleurs effets visuels
Golden Globes 2024 :
Meilleur film musical ou comédie
Meilleure actrice dans un film musical ou comédie pour Emma Stone
Oscars 2024 :
Meilleure actrice pour Emma Stone
Meilleurs décors et direction artistique
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages et coiffures

lundi 20 mai 2024

Le Cercle : The Ring 2

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Hideo Nakata. 2005. U.S.A/Japon. 1h50. Avec Naomi Watts, David Dorfman, Daveigh Chase, Simon Baker, Elizabeth Perkins, Gary Cole, Sissy Spacek.

Sortie salles France: 10 Décembre 2005. U.S: 18 Octobre 2005

FILMOGRAPHIE: Hideo Nakata est un réalisateur et un scénariste japonais né le 19 juillet 1961 à Okayama (Japon). 1996 : Le Spectre de l'actrice. 1998 : Joseph Losey: The Man with Four Names. 1998: Ring. 1998: Ring 2. 1999: Chaos. 1999 : Sleeping Bride. 2000: Sadistic and Masochistic. 2002: Dark Water. 2002: Last Scene. 2005: Le Cercle 2. 2007: Kaidan. 2008: L: Change the World. 2010: Chatroom. 2010 : Incite Mill (TV Show). 2013: The Complex. 2014: Monsterz. 2015: Ghost Theatre.

Le pitch: Six mois après les horribles événements de Seattle qu'ils fuièrent, Rachel Keller et son jeune fils Aidan se sont réfugiés à Astoria, dans l'Oregon. La journaliste espère oublier ses épreuves dans cette paisible bourgade côtière, mais de nouvelles menaces ne tardent pas à planer sur sa vie. Un crime énigmatique, commis à l'aide d'une cassette trop familière, donne l'alerte : l'esprit de Samara n'a pas renoncé à sa vengeance et Rachel devra enquêter sur le lointain passé de la fillette pour arrêter le cycle infernal de ses violences maléfiques...

Formidable sĂ©quelle rĂ©alisĂ©e par Hideo Nakata himself, le Cercle, the Ring 2 s'inscrit dans le cadre intelligent du drame psychologique au profit du genre horrifique relatĂ© ici avec suffisamment d'efficacitĂ©, de suspense latent et de quelques effets frissonnants pour maintenir l'intĂ©rĂŞt 1h49 durant (comptez 1h43 sans le gĂ©nĂ©rique de fin). Car entièrement bâti sur les solides Ă©paules de Naomi Watts accompagnĂ©e du jeune David Dorfman tout Ă  fait Ă©tonnant, notamment par son Ă©trange regard plutĂ´t mature, en bambin taciturne en proie Ă  la possession de Samara, le Cercle 2 insuffle une Ă©motion Ă  la fois fragile et sensible auprès de son discours intime sur l'instinct maternel, le sens du sacrifice et l'amour inaltĂ©rable liant une mère et son fils. 

Hideo Nakata empruntant lors de la seconde partie la dĂ©marche de l'investigation autonome auprès de la mère s'efforçant d'y percer les origines de Samara afin de pouvoir sauver la vie de son fils davantage dans la tourmente depuis que Samara tente de le possĂ©der par besoin maternel. EmaillĂ© de sĂ©quences chocs inventives par l'entremise de l'Ă©lĂ©ment naturel de l'eau (les sĂ©quences dans la baignoire, le puits), d'une cassette Vhs (superbe prologue) et de cerfs (une agression violente d'une grande intensitĂ©), le Cercle 2 ne manque donc pas non plus d'intensitĂ© horrifique et d'originalitĂ© pour nous projeter dans une dimension fantastique aussi fascinante qu'inquiĂ©tante. En tout Ă©tat de cause on garde surtout en mĂ©moire une fragile histoire d'amour entre une mère et son fils sĂ©vèrement malmenĂ©s par une entitĂ© vindicative qu'Hideo Nakata relate avec une fine attention afin de nous familiariser avec empathie auprès de ce duo monoparental transcendĂ© par la dignitĂ© de l'amour et de l'instinct de confiance. 

*Bruno
3èx. Vost. 4K.
20.04.16
20.05.24.

jeudi 16 mai 2024

Adagio

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stefano Sollima. 2023. Italie. 2h07. Avec Pierfrancesco Favino, Adriano Giannini, Gianmarco Franchini, Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Francesco Di Leva.

Sortie salles: 14 Décembre 2023

FILMOGRAPHIEStefano Sollima, nĂ© le 4 mai 1966 Ă  Rome, est un cinĂ©aste et rĂ©alisateur italien. 2012 : A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015 : Suburra. 2018 : Sicario : La Guerre des cartels (Sicario: Day of the Soldado). 2021 : Sans aucun remords (Without Remorse). 2023 : Adagio. 

MaĂ®tre du polar italien contemporain, Stefano Sollima ne dĂ©roge pas Ă  la règle d'y transfigurer un nouveau morceau de cinĂ©ma Ă  la fois substantiel et formel (quasiment chaque plan est soigneusement stylisĂ©) comme on n'a plus coutume d'en voir de nos jours. L'histoire "contemplative" d'un jeune orphelin adoptĂ© par un père incapable de le choyer et qui, au fil d'un acte rĂ©prĂ©hensible est contraint de nĂ©gocier une mission de filature avec la police au sein d'une boite de nuit. Or, se ravisant au moment d'y dĂ©couvrir une camĂ©ra planquĂ© au mur, Manuel demande l'aide de son père depuis qu'une police vĂ©reuse est Ă  sa recherche pour l'occire. Splendide polar noir d'une dimension psychologique rigoureuse au fil d'un vĂ©nĂ©neux rĂ©cit impeccablement structurĂ©, qui plus est prenant son temps pour y planter son univers mortifère (avec en filigrane un brasier mĂ©taphorique) et ses protagonistes auquel nous nous familiarisons auprès de leurs fĂŞlures morales que Sollima dĂ©livre lestement au compte goutte, Adagio est une virĂ©e nocturne Ă  la dramaturgie sobrement mise en place. 

RenforcĂ© de la prĂ©sence infaillible d'authentiques gueules d'acteurs (ici sclĂ©rosĂ©s) accompagnĂ© d'un jeune paumĂ© Ă©carquillĂ© traquĂ© tous azimuts, Adagio n'a aucune peine pour nous immerger dans leurs conflits parentaux (avec une habile inversion des rĂ´les anti-manichĂ©ens) Ă  travers les thĂ©matiques de la culpabilitĂ©, de la trahison, de la corruption puis enfin de la rĂ©demption de dernier ressort. Les personnages pourchassĂ©s demeurant aussi bien fascinants qu'empathiques lorsque deux pères s'efforcent in extremis de se remettre en cause pour tenter de rĂ©parer leur dĂ©route d'un passĂ© dĂ©loyal. Ainsi, vouant un amour immodĂ©rĂ© pour sa mise en scène scrupuleuse et pour ses comĂ©diens habitĂ©s par l'amertume et la hantise de la faucheuse, Stefano Sollima transcende son rĂ©cit nĂ©crosĂ© avec une rigueur Ă©motionnelle intelligemment dĂ©pouillĂ©e. TruffĂ© de dĂ©tails techniques et narratifs inventifs, baroques, alambiquĂ©s afin de nous maintenir captivĂ© tout le long de ce chemin de croix fataliste, Adagio se dĂ©cline sans prĂ©tention en moment de cinĂ©ma crĂ©pusculaire auprès de son intimitĂ© psychologique latente toute Ă  la fois mĂ©lancolique, meurtrie, dĂ©soeuvrĂ©e, sentencieuse au sein d'une capitale acrimonieuse. 

*Bruno