mardi 4 février 2025

Préparez vos Mouchoirs

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bertrand Blier. 1978. France/Belgique. 1h48. Avec Gérard Depardieu, Carole Laure, Patrick Dewaere, Michel Serrault, Éléonore Hirt, Jean Rougerie, Sylvie Joly, Riton Liebman, Liliane Rovère.

Sortie salles France: 11 Janvier 1978 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIE: Bertrand Blier est un réalisateur, scénariste et écrivain français, né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt.1967 : Si j'étais un espion. 1974 : Les Valseuses. 1976 : Calmos. 1978 : Préparez vos mouchoirs. 1979 : Buffet froid. 1981 : Beau-père. 1983 : La Femme de mon pote. 1984 : Notre histoire. 1986 : Tenue de soirée. 1989 : Trop belle pour toi. 1991 : Merci la vie. 1993 : Un, deux, trois, soleil. 1996 : Mon homme. 2000 : Les Acteurs. 2003 : Les Côtelettes. 2005 : Combien tu m'aimes ? 2010 : Le Bruit des glaçons. 2019 : Convoi exceptionnel.


« Il n’y a pas d’amour adulte, mĂ»r et raisonnable. Il n’y a devant l’amour aucun adulte, que des enfants, que cet esprit d’enfance qui est abandon, insouciance, esprit de la perte d’esprit. »

4 ans après les Valseuses, Bertrand Blier enrôle à nouveau le mythique tandem Depardieu / Dewaere pour une comédie acide reprenant le concept du triangle amoureux sous un angle moins vulgaire, effronté et choquant en dépit d'une ultime demi-heure abordant l'inceste et l'hébéphilie avec une sensibilité et une délicatesse éclipsant de justesse l'intolérable.

D'ailleurs, petite précision, il faut savoir que le film fut produit avec la Belgique et tourné dans cette région (pour les séquences finales) grâce à une législation moins drastique quant aux thèmes évoqués plus haut et pour une question de durées de tournage. L'acteur Riton Liebman étant un enfant au moment du tournage.

Et si le pitch (deux jeunes lurons tentent de satisfaire les besoins sentimentaux et sexuelles de leur partenaire) s'apparente à une séquelle des Valseuses, "Préparez vos mouchoirs" demeure moins provocateur, licencieux et autrement personnel à travers sa tonalité sémillante conjuguant à nouveau l'absurde et le réalisme naturaliste avec l'art consommé habituel de Blier.

Une farce de marivaudage aussi dĂ©calĂ©e que rĂ©jouissante car truffĂ© d'humour (corrosif) quant aux situations lunaires et de verve impayable pour les dialogues prĂ´nant les valeurs de l'amitiĂ©, de l'amour et de la fidĂ©litĂ©. Mais pas que, puisque nous questionnant sur la maternitĂ©, ce besoin maternel innĂ© chez la femme dĂ©peint ici sous l'impulsion du mal-ĂŞtre existentiel, d'une quĂŞte identitaire entre homme et femme notamment que tout sĂ©pare. Si bien que pour reprendre une illustre citation de Freud: “ Je n'ai toujours pas trouvĂ© de rĂ©ponse Ă  la grande question : Que veulent-elles au juste ?

Eclatant l'écran comme de coutume auprès de leurs excentricités (ici) gentiment dévergondées; il faut louer la tendre complicité que manifeste Gérard Depardieu / Patrick Dewaere accompagné ici d'une Carole Laure néophyte à la fois languissante, vaporeuse, attendrissante en bovarienne étouffée (d'où ses crises d'angoisse et d'évanouissement aléatoires) finissant par découvrir l'amour auprès d'une innocence responsable si j'ose dire avec une pointe de provoc.

Une comédie sociale de ma région (le Nord) ancré dans les Seventies et dégageant un charme insolite auprès de sa poésie à la fois prude, sensible, osée que les protagonistes amorcent malgré eux sous la mainmise d'un tonton Blier farceur instillant pour le coup une tendresse inattendue auprès des non-dits et des réflexions/interrogations personnelles de ses marginaux aussi autonomes qu'hétérodoxes dans leur fureur de vivre teintée de désillusion, de désespoir.

Une merveille du cinĂ©ma Français donc Ă©videmment infaisable aujourd'hui Ă  revoir d'urgence pour les amateurs OFNI burnĂ© (tout en finesse !) qui laissent des traces dans le ❤️ et l'encĂ©phale.

*Bruno

Distinctions:

Oscar du meilleur film étranger à la 51e cérémonie des Oscars

CĂ©sar de la meilleure musique originale pour Georges Delerue Ă  la 4e cĂ©rĂ©monie des CĂ©sar 

jeudi 30 janvier 2025

l'Amour au présent / We live in time

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de John Crowley. 2024. Angleterre/France. 1h47. Avec Andrew Garfield, Florence Pugh, Grace Delaney, Lee Braithwaite, Aoife Hinds, Adam James, Douglas Hodge.

Sortie salles France: 1er Janvier 2025. U.S: 18 Octobre 2024. Angleterre: 1er Janvier 2025

FILMOGRAPHIEJohn Crowley est un rĂ©alisateur irlandais nĂ© le 19 aoĂ»t 1969 Ă  Cork en Irlande. 2002 : Come and Go (tĂ©lĂ©film court). 2003 : Intermission. 2007 : Celebration (tĂ©lĂ©film). 2007 : Boy A. 2009 : Is Anybody There? 2013 : Closed Circuit. 2015 : Brooklyn. 2019 : Le Chardonneret (The Goldfinch). 2024 : L'Amour au prĂ©sent. 

                                                                        Top 2025

“Tout s’anĂ©antit, tout pĂ©rit, tout passe : il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure.”

DĂ©chirant quand on traite avec autant de tact, de pudeur et de rĂ©alisme naturaliste la maladie du cancer par le pouvoir de l'amour et de la maternitĂ©. Sous l'impulsion d'un duo de comĂ©diens d'une complicitĂ© amoureuse aussi exaltĂ©e que dĂ©pouillĂ©e au grand dam de leur chemin de croix inĂ©vitablement mortifère.  

Or, le titre et l'affiche française (mais aussi ricaine) ont beau survendre un produit chamallow gĂ©nĂ©rateur d'Ă©motions Ă  gros bouillon, il n'en n'est rien puisque l'on se surprend d'ĂŞtre chavirĂ© d'empathie, d'Ă©motions, de dĂ©tresse sans jamais nous prĂ©venir. D'oĂą la charge Ă©motive qui se dĂ©gage de l'intrigue compĂ©titive avec un art consommĂ© de l'intensitĂ© dramatique suggĂ©rĂ©e. 

Peu de cris et de larmes donc Ă  l'intĂ©rieur du cadre tant nos protagonistes, matures, censĂ©s, responsables, d'une force de caractère spartiate (surtout la mère instinctivement pugnace), vivent leur rĂ´le plus qu'ils ne le jouent sans se laisser distraire par la larme facile qui ne mènera nulle part de toute façon. 

Aucune Ă©motion programmĂ©e donc, aucune prise d'otage Ă©motionnelle, aucun aimant Ă  tous les excès (de pathos, de complaisance, de mièvrerie, de misĂ©rabilisme). 

Une simple chronique naturaliste de la vie d'un couple dans leur quotidiennetĂ© Ă  la fois tranquille, jouasse, un peu triste et contrariĂ©e parmi le tĂ©moignage de leur progĂ©niture que la gĂ©nitrice aura dĂ©cidĂ© de prĂ©server Ă  tous prix par le pouvoir du souvenir le plus digne et Ă©difiant. 

On en sort pour autant traumatisĂ©, au sens brut de dĂ©coffrage, (selon les sensibilitĂ©s de chacun et de chacune comme toujours) d'avoir parcouru dans la sobriĂ©tĂ© cet hymne Ă  la vie, Ă  l'amour (tant maternel que conjugal) et Ă  la bravoure en un laps de temps si restreint. 

Si bien que le temps qu'il nous reste à vivre est plus important que toutes les années écoulées.


P.S: déconseillé aux "gros durs" et aux machistes impassibles.
Ne vous fiez surtout pas Ă  la Bande-annonce mensongère très commerciale. 

*Bruno
Vost

mardi 28 janvier 2025

Babygirl. Meilleure Actrice: Mostra de Venise 2024.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Halina Reijn. 2024. U.S.A. 1h54. Avec Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas, Sophie Wilde, Esther McGregor, Vaughan Reilly, Gaite Jansen.

Sortie salles France: 15 Janvier 2025 

FILMOGRAPHIEHalina Reijn est une actrice, productrice, écrivaine et réalisatrice néerlandaise née le 10 novembre 1975 à Amsterdam (Pays-Bas). 2019 : Instinct : Liaison interdite. 2021 : For The Birds (court-métrage). 2022 : Bodies, Bodies, Bodies. 2024 : Babygirl.

Beaucoup liront ici et lĂ  qu'il s'agit d'un thriller Ă©rotique contemporain, alors que selon moi il n'en n'est rien. 

Car sous ses apparats d'expĂ©riences Ă©rotiques SM magnifiquement suggĂ©rĂ©es du hors-champs sonore (alors qu'Ă  d'autres moments la gĂŞne et le malaise interfèrent sans prĂ©venir pour la mĂŞme raison auditive et pour les intensitĂ©s corporelles si expressives) s'y dĂ©voilent un superbe drame psychologique magnifiĂ© des prestances de Nicole Kidman et de Harris Dickinson se livrant Ă  nu face camĂ©ra avec une expressivitĂ© sensorielle. 

C'est simple, on a l'impression d'ĂŞtre parmi eux, au coeur de leur corps en rut tant l'intensitĂ© de leur jeu fiĂ©vreux s'y transmet en nous grâce au rĂ©alisme documentĂ© d'une camĂ©ra hyper circonspecte. 

Le climat intime TRES particulier de leurs sulfureuses relations rĂ©servant mĂŞme des moments d'Ă©trangetĂ© dĂ©rangĂ©e aussi crues qu'ensorcelants sous l'impulsion musicale de chansons pops, de la techno et de la new-wave (parfois underground) que la gĂ©nĂ©ration 80 ne manquera pas de s'Ă©mouvoir dans leur rĂ©miniscence juvĂ©nile. La musique entĂŞtante Ă©tant au service narratif auprès des actions dĂ©complexĂ©es des personnages, jamais un effet de manche infructueux pour amuser l'ouĂŻe.  

Ajoutez Ă  cela la rĂ©alisation auteurisante hyper maĂ®trisĂ©e de la rĂ©alisatrice Halina Reijn auscultant tout le long de cette dĂ©rive lubrique un magnifique portrait de femme Ă  la fois fourbe, orgueilleuse, froide et humainement autant affaiblie par sa condition sclĂ©rosĂ©e que sa solitude maritale. Une PDG Ă©mĂ©rite ivre de dĂ©sir mais incapable d'y parfaire ses fantasmes SM faute d'un Ă©poux anachronique qu'Antonio Banderas compose avec une fragilitĂ© davantage dĂ©munie. 

D'oĂą l'Ă©motion poignante qui Ă©mane de ce trio sentimental apte Ă  se confronter pour tenter peut-ĂŞtre d'y pardonner l'adultère. 

Particulièrement saillant et si expressif auprès de ses images mĂ©lancoliques, stylisĂ©es et capiteuses au sein d'une urbanisation  New-yorkaise ouatĂ©e de crĂ©puscule, "Babygirl" dĂ©gage Ă©galement une sensualitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e auprès cette sexagĂ©naire huppĂ©e dĂ©passĂ©e par ses pulsions masochistes qu'elle finit par assumer grâce Ă  une jeunesse retrouvĂ©e. 

Précision toutefois, notamment faute de son climat hermétique si froid et déstabilisant, "Babygirl" divisera assurément le public non préparé, friand des sucreries faussement acides que caractérisent "50 nuances de Grey" et consorts.

*Bruno

Récompense: Mostra de Venise 2024 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Nicole Kidman

Bereavement

                                         
                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Stevan Mera. 2010. U.S.A. 1h46. Avec Michael Biehn, Alexandra Daddario, Brett Rickaby, Nolan Gerard Funk, Spencer List, John Savage.

InĂ©dit en salles en France. 

FILMOGRAPHIE: 2003: Malevolence. 2007: Brutal Massacre: A Comedy. 2010: Bereavement. 2018: Malevolence 3: killer. 2024: The Ruse. 


Si je m'attendais Ă  une telle surprise venant de la part d'un divertissement horrifique mainstream passĂ© inaperçu Ă  l'Ă©poque (2010) car d'autant plus inĂ©dit chez nous en salles en dĂ©pit de ses 4 prix Outre-Atlantique (Meilleur RĂ©alisateur et Meilleur Film au Long Island International Film Expo, Meilleur Film et Meilleure Photographie au New York City Horror Film Festival). 

Si bien que derrière sa facture hollywoodienne, son rutilant cinemascope (la photo onirique est Ă  tomber) et ses tĂŞtes d'affiche connues (Michael Biehn, John Savage, Alexandra Daddario), "Bereavement" prend Ă  rebrousse poil le Tortur'porn dans son parti-pris tranchĂ© d'y bousculer les codes en nous sortant de notre zone de confort. Car il vaut mieux ĂŞtre averti de son contenu nihiliste quand on s'adresse au public standard adepte des frissons ludiques si bien que cet excellent psycho-killer n'a nulle ambition de vous tranquiliser en bonne et due forme. L'intĂ©rĂŞt majeur, outre son suspense latent assez bien distillĂ© et ses acteurs familiers au jeu tranquille, Ă©manant de ses effets de surprises criminels permettant Ă  l'intrigue d'y relancer l'action vers une direction rĂ©solument opaque. 


Car en acceptant son traditionnel canevas du tortur'porn Ă  suspense sous tension, le rĂ©alisateur Stevan Mena injecte un rĂ©alisme mortifère Ă  la fois brutal, sanglant et putassier (si Ă©tonnamment dĂ©rangeant dans sa facture hollywoodienne) qu'on y Ă©prouve la gĂŞne et le malaise en espĂ©rant l'issue de secours qui viendra tout remettre en ordre. 

Mais si sa violence graphique a de quoi provoquer les haut le coeur, elle le doit autant Ă  l'audace du rĂ©alisateur d'y exploiter Ă  l'Ă©cran le jeu d'acteurs d'enfants candides molestĂ©s Ă  travers leur tĂ©moignage d'impuissance morale. Et Ă  ce niveau d'intensitĂ© psychologique difficilement tolĂ©rable, "Bereavement" marque Ă  nouveau des points pour susciter une terreur âpre sans jamais se laisser dĂ©river vers la dĂ©viation du droit chemin moral (prĂ©parez vous au choc final).  


"La douleur c'est le vide". 
Autant donc avertir que "Bereavement" est d'une noirceur insondable derrière sa forme quasi onirique d'une contrée champêtre faussement sereine qu'un serial-killer et son disciple juvénile auront décidé d'altérer depuis leur commune absence de douleur corporelle, pathologiquement parlant. Un survival antipathique où le pessimisme prédomine à travers son discours sur les conflits parentaux, voir la démission, et la misanthropie.

*Bruno
Vost

samedi 25 janvier 2025

Terrifier 2 et 3

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Damien Leone. 2024. U.S.A. 2h05. Avec David Howard Thornton, Lauren LaVera, Elliot Fullam, 
Samantha Scaffidi, Margaret Anne Florence, Bryce Johnson.

Sortie salles France: 9 Octobre 2024 (Int - 18 ans).

FILMOGRAPHIE: Damien Leone est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et artiste d'effets spĂ©ciaux amĂ©ricain nĂ© le 29 janvier 1982 Ă  Staten Island, New York. 2005 Love (court mĂ©trage). 2008: The 9th Circle (court mĂ©trage). 2011: Terrifier (court mĂ©trage). 2013: All Hallows' Eve. 2015: Frankenstein vs. The Mummy. 2016 Terrifier. 2022 Terrifier 2. 2024: Terrifier 3. 

🎪 Terrifier 2 & 3 — La kermesse putride de Damien Leone

Une fois n’est pas coutume : Damien Leone persĂ©vère d’opus en opus, et sa fange saignante s’Ă©paissit sans jamais perdre son âme d’enfant malsain.

Le deuxième volet, dĂ©jĂ  follement gĂ©nĂ©reux, reste un cran en dessous du troisième. Et quand on a goĂ»tĂ© Ă  la folie dĂ©mesurĂ©e du 3, l’absence de Victoria se fait cruellement sentir. Pour autant, avec son goĂ»t immodĂ©rĂ© pour un gore festoyant et d’une brutalitĂ© insolente, Terrifier 2 dĂ©roule son train fantĂ´me sous acide (au figurĂ© comme au propre) : bizarroĂŻde, putassier, dĂ©gueulbif, imprĂ©visible. Sa durĂ©e gargantuesque (2h18 tout de mĂŞme !) Ă©puise parfois les chairs et la patience, mais l’ultime demi-heure rehausse l’ensemble dans un bouquet final presque aussi dantesque que le climax infernal du 3 — avec en prime une touche de fantasy plus prononcĂ©e, flirtant avec le comics et l’action Ă©pique.

Ă€ tout prendre, pour qui goĂ»te au gore sans filtre, Terrifier 2 vaut amplement le dĂ©tour : ça suinte la sympathie, la gĂ©nĂ©rositĂ© artisanale, la passion candide de pousser le sous-genre vers des cimes aussi fendues que rĂ©jouissantes. Et tant pis pour le non-sens de certaines sĂ©quences nawaks qui dĂ©sarçonnent pour mieux aimanter (cet accouchement final, hallucination crado tout droit sortie d’un cauchemar de foire). Et quel plaisir de retrouver notre fratrie du 3 (le petit frère, la grande sĹ“ur et leur mĂ©gère inĂ©narrable !) qui s’Ă©chine, armes au poing ou Ă  mains nues, Ă  fracasser Art le clown et Ă  le renvoyer dans son trou, viscères Ă  l’air. Mention spĂ©ciale au score Ă©lectro, bien plus stylĂ© et entraĂ®nant que celui du 3 : on jurerait qu’il suinte de bobines granuleuses tout droit Ă©chappĂ©es des Eighties.

Et puis arrive Terrifier 3.
Je m’attendais Ă  un Ă©tron Z, digne d’un Uncut Movie allemand fauchĂ© — je me suis retrouvĂ© avec un formidable B-movie, digne hĂ©ritier des dĂ©viances Eighties (Brain Dead, Re-Animator, Evil Dead 1 & 2) comme le prouvent les camĂ©os clin d’Ĺ“il de Savini et Clint Howard. On y entend aussi gronder l’Ă©cho d’Amityville, Black Christmas, Vendredi 13, Halloween 4, La Fissure, Mausoleum (et son final fluo dĂ©moniaque) et toute la saga Freddy que Damien Leone, transi d’amour pour le sang Ă  l’ancienne (aucun CGI Ă  l’horizon), convoque avec un soin maniaque, jusqu’Ă  sa photo de NoĂ«l saturĂ©e en scope.

Quel rĂ©gal de voir un grand-guignol si artisanal ! Si bien que l’on y croit, malgrĂ© les tripes qui dĂ©goulinent et les bravoures sanguines perfectibles : c’est l’esprit cartoonesque qui triomphe, ce plaisir de fĂŞte foraine en roue libre. Et si je craignais un simple Ă©talage de gore cradingue, Leone prend le temps de planter son univers, ses personnages, de les laisser respirer avec cette naĂŻvetĂ© dĂ©licieuse typique des B-movies qu’on chĂ©rit. Leur charisme a beau paraĂ®tre standard, il s’ancre, familier, pour mieux nous faire avaler leurs vicissitudes tragi-cocasses.

Sa durĂ©e, pourtant gĂ©nĂ©reuse (2h05), ne pèse jamais vraiment : un ventre mou de quinze minutes tout au plus, et l’on repart, sourire de gosse greffĂ© au visage. Quant Ă  l’interdiction aux moins de 18 ans : on la comprend, tant ça hache du bambin ou ça dynamite du poupon, hors champ ou non, dans un feu d’artifice de cruautĂ© et de fun sardoniquement assumĂ©.

Et ça dĂ©pote sec : massacre Ă  la tronçonneuse dans la salle de bain, tuerie au bar, prologue hallucinĂ© (quasi inmontrable), atroce Ă©preuve des rats dans la gorge, final interminable oĂą se dĂ©chaĂ®nent les Enfers... Si Terrifier 3 reste jouissif, fascinant et pourtant dĂ©rangeant, c’est grâce Ă  son duo de dĂ©mons : Art le clown, pantomime Ă  la bonhomie sournoise, et Victoria, cadavre enjĂ´leur, langue venimeuse, injuriant la chair juvĂ©nile scotchĂ©e Ă  ses Ă©crans. Deux salopards d’outre-tombe qui ne forment qu’un seul monstre pour parfaire cette orgie de tripes dans une bourgade ricaneuse, nappĂ©e d’une aura macabre joliment stylisĂ©e (surtout la première et la dernière demi-heure, cadre atypique Ă  la clef).

Si l’ancienne gĂ©nĂ©ration dĂ©croche, c’est peut-ĂŞtre qu’elle est dĂ©sormais trop vieille pour ces conneries. Moi ? J’en redemande.

Bruno

 24–25.01.25

jeudi 23 janvier 2025

Les Valseuses

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bertrand Blier. 1974. France. 1h58. Avec GĂ©rard Depardieu, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Jeanne Moreau, Brigitte Fossey, Jacques Chailleux, Michel Peyrelon, Eva Damien, GĂ©rard Jugnot, Thierry Lhermitte, Dominique Davray. 

Sortie salles France: 20 Mars 1974 (int - 18 ans).

FILMOGRAPHIE: Bertrand Blier est un réalisateur, scénariste et écrivain français, né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt.1967 : Si j'étais un espion. 1974 : Les Valseuses. 1976 : Calmos. 1978 : Préparez vos mouchoirs. 1979 : Buffet froid. 1981 : Beau-père. 1983 : La Femme de mon pote. 1984 : Notre histoire. 1986 : Tenue de soirée. 1989 : Trop belle pour toi. 1991 : Merci la vie. 1993 : Un, deux, trois, soleil. 1996 : Mon homme. 2000 : Les Acteurs. 2003 : Les Côtelettes. 2005 : Combien tu m'aimes ? 2010 : Le Bruit des glaçons. 2019 : Convoi exceptionnel.

"Dewaere est mort, Depardieu au bout du rouleau. Blier ne tourne plus. Les beaufs avaient du talent, dans les années 1970."

Triomphe commercial chez nous (5 726 031 entrĂ©es) en dĂ©pit d'une critique grise mine, les Valseuses est un objet de scandale encore plus virulent aujourd'hui depuis l'Ă©mergence des mouvements fĂ©ministes qui ont de quoi s'arracher les cheveux (Ă  sang !) aujourd'hui. ComĂ©die Ă©rotico-polissonne illustrant la grande vadrouille d'un duo de marginaux et d'une catin au grand coeur au sein de la France profonde des Seventies, les Valseuses explose les barrières du bon goĂ»t et du politiquement correct Ă  renfort de gags aussi pittoresque qu'ubuesques. Le tout saturĂ© de dialogues caustiques hallucinants d'inventivitĂ© couillue mĂŞme si la cruditĂ© y est sciemment requise puisque totalement assumĂ©e. 

Et si parfois l'aspect dĂ©rangeant de certaines sĂ©quences semi-dramatiques (le suicide, la scène dans le train: Ă  mon sens la plus compliquĂ©e Ă  tolĂ©rer) font grincer les dents jusqu'au malaise, la verve ironique des rĂ©pliques (estampillĂ©es Bertrand Blier), le cĂ´tĂ© versatile des personnages lunaires (notamment adeptes de l'exaltation), l'insolite de leurs situations improbables emportent l'adhĂ©sion Ă  travers ce vent libertaire qui irrigue tout leur pĂ©riple de manière follement dĂ©complexĂ©e. Il faut dire que le pĂ©tulant tandem GĂ©rard Depardieu / Patrick Dewaere crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  travers leur naturel dĂ©complexĂ© aussi bonnard que sarcastique. Si bien que aussi effrontĂ©es, parfois violentes et machistes soient leurs actions illĂ©gales, les Valseuses dĂ©gage pour autant une poĂ©sie naturaliste parfois candide auprès de ses exclus avides d'amour (sexuel) et d'affection sous la mainmise d'une Miou-Miou  empathique irrĂ©sistible de naĂŻvetĂ© Ă  la fois irraisonnĂ©e et insolente.

Farce pittoresque n'ayant rien perdu de son aura subversive au risque d'ĂŞtre taxĂ© de misogyne, les Valseuses n'en demeure pas moins un monument de comĂ©die scabreuse au souffle libertaire terriblement communicatif. Si bien que l'on ne peut que regretter cette Ă©poque passĂ©iste Ă  la fois bohème et frivole sous la houlette d'un Bertrand Blier terriblement provocateur pour mieux bousculer la zone de confort des bien penseurs rĂ©fractaires Ă  l'anarchie libertaire et sexuelle. Et puis quelle mise en scène personnelle n'appartenant qu'au talent de son auteur composant une sĂ©rie de sketchs et quiproquos rĂ©jouissants de non-sens dans l'art et la manière si singulière de donner chair Ă  ses fantaisies Ă  la lisière d'un certaine forme de surrĂ©alisme.  

*Bruno
2èx

A l'aube de l'Amérique / American Primeval

                                               
                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Peter Berg. 2024. U.S. A. 6 épisodes. Avec Taylor Kitsch Betty Gilpin, Dane DeHaan, Saura Lightfoot-Leon, Derek Hinkey, Joe Tippett, Jai Courtney.
 
FILMOGRAPHIE: Peter Berg est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 11 mars 1964 à New York. 1998 : Very Bad Things. 2003 : Bienvenue dans la Jungle (The Rundown). 2004 : Friday Night Lights. 2007 : Le Royaume (The Kingdom). 2008 : Hancock. 2012 : Battleship. 2013 : Du sang et des larmes (Lone Survivor). 2016 : Deepwater (Deepwater Horizon). 2016 : Traque à Boston. Patriots Day). 2018 : 22 Miles (Mile 22). 2020 : Spenser Confidential.

                                                                             Coup de ❤

Retraçant avec un rĂ©alisme dĂ©saturĂ©, aussi cru que poisseux - proche de Deadwood pour les uns, de The Revenant pour d'autres - les Ă©vĂ©nements dramatiques ayant rĂ©ellement sĂ©vi durant la guerre de l’Utah, entre les États-Unis et l’État du Deseret (dirigĂ© par des Mormons - disciples religieux), Ă€ l’aube de l’AmĂ©rique est une claque Ă©motionnelle autant que visuelle (attention les yeux !), qui Ă©lève le western vers des horizons rarement explorĂ©s Ă  l’Ă©cran.

Ici, Ă  travers deux points de vue fĂ©minins en initiation de survie (soutenus en filigrane par des seconds rĂ´les masculins, anti-manichĂ©ens dans leur autonomie punitive), c’est une vĂ©ritable descente aux enfers qu’on nous relate. Le cadre, Ă´ combien hostile - rĂŞche, sauvage, peuplĂ© de montagnes enneigĂ©es - suinte la mort, la pourriture, la dĂ©solation, la puanteur. Un chemin de croix, fourbu, dĂ©sespĂ©rĂ©.


Les acteurs, striés, transis de viscéralité dans leur fonction de martyrs, rendent hommage à ces belligérants apatrides avec une force expressive littéralement dépouillée.

Et si la violence, omniprĂ©sente, nous martyrise l’ouĂŻe, l’esprit, les mirettes - brutalitĂ© tranchĂ©e oĂą tout quidam peut trĂ©passer -, Ă€ l’aube de l’AmĂ©rique suit rigoureusement sa ligne historique : retranscrire, avec un rĂ©alisme souvent intolĂ©rable, les exactions d’une religion mĂ©galomaniaque, dĂ©terminĂ©e Ă  Ă©liminer tous les tĂ©moins gĂŞnants pour mieux rĂ©gner sur sa sociĂ©tĂ© sectaire.


Transpirant la sueur, le sang, la maladie, l’insalubritĂ©, la fatigue, les protagonistes de cet interminable pĂ©riple deviennent les figures d’un cauchemar glacĂ©, que Peter Berg met en exergue avec une âpretĂ© rarement abordĂ©e dans l’univers du western. Cowboys et AmĂ©rindiens apparaissent ici comme des guerriers primaux, souvent esseulĂ©s, incapables de compter les uns sur les autres, faute d’une idĂ©ologie commune - tous engluĂ©s dans une logique coloniale dĂ©lĂ©tère.

Et pourtant, loin de se complaire dans une sauvagerie putassière - mĂŞme si l’ensemble reste en roue libre, avec une louche de menace consanguine d'origine française -, Ă€ l’aube de l’AmĂ©rique n’omet jamais la dimension humaine de ses personnages Ă  bout de souffle. Il leur laisse mĂŞme respirer, dans de rares accalmies, une dignitĂ© familiale, une rage de survivre, une dĂ©termination morale qui force le respect.


Peter Berg, jusqu’au-boutiste au rictus diablotin, n’hĂ©site jamais Ă  sacrifier l’innocence, poussĂ© par une acuitĂ© dramatique d’une dĂ©chirante cruautĂ©, que l’on peine Ă  digĂ©rer sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

Et sa partition, si dĂ©licate et fragile, parce qu’inscrite dans la rĂ©serve et la pudeur, finit par nous achever - dans notre impuissance, dans notre isolement inconsolable.


Conclusion:
Ă€ l’aube de l’AmĂ©rique restera pour moi une expĂ©rience humaine d’une rigueur morale inextinguible, Ă  travers un fait historique chargĂ© de sadisme, de larmes, d’essoufflement et de fĂ©rocitĂ©.
 
*Bruno

mardi 21 janvier 2025

Nosferatu (2024)

                                             
                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com
 
de Robert Eggers. 2024. U.S.A. 2h12. Avec Bill SkarsgĂĄrd, Lily-Rose Depp, Nicholas Hoult, Aaron Taylor-Johnson, Willem Dafoe.
 
Sortie salles France: 25 Décembre 2024 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIE: Robert Eggers est un réalisateur américain né le 7 juillet 1983 à Lee (New Hampshire). 2015: The Witch. 2019: The Lighthouse. 2022: The Northman. 2024: Nosferatu.


"Possession"
Ă€ mes yeux (Ă©tourdis), deux authentiques films d’horreur auront marquĂ© de leur empreinte — mature, ambitieuse, personnelle — l’annĂ©e 2024 : The Substance et Nosferatu.

VouĂ© corps et âme Ă  redonner chair au plus cĂ©lèbre vampire du cinĂ©ma, Robert Eggers accomplit ici le prodige de rĂ©inventer le mythe Ă  travers un schĂ©ma narratif Ă©culĂ©, que l’on revit pourtant comme s’il s’agissait de la première fois. Ă€ celles et ceux qui n’y ont vu qu’un Ă©crin de fulgurance formelle, reprochant surtout un classicisme narratif poussif, je rĂ©torque que Nosferatu possède bien plus que ses lauriers visuels : il s’arrache aux conventions, il dĂ©borde. Il contient un cĹ“ur, voire une âme, dans l’autonomie si singulière de son climat — austère, trouble, dĂ©concertant, froid, glacial, violent, putrescent, primitif mĂŞme. Ă€ l’image des exactions du vampire pestilentiel, que l’on redoute avec une fascination aussi irrĂ©pressible que morbide. Chaque apparition provoque rejet et sidĂ©ration : noirceur du regard sans fond, vigueur gestuelle, voix rocailleuse, soupir assourdissant — Ă  damner un saint — et une corporalitĂ© nouvelle, mĂ©tamorphosĂ©e, plus vraie que nature.

Et pour mieux asseoir son potentiel dramatique : la teneur audacieuse de son final, d’une beautĂ© funeste, bouleversĂ©e, dĂ©sespĂ©rĂ©e — Ă©lĂ©gie macabre qui brave la conclusion du roman de Bram Stoker.


Car au-delĂ  de ses idĂ©es neuves, Ă©manant de sa formalitĂ© picturale comme des expressivitĂ©s des corps meurtris, contorsionnĂ©s, en lutte contre le Mal, Nosferatu est transcendĂ© par le jeu transi d’Ă©moi de ses comĂ©diens, habitĂ©s par la peur de l’Ă©trange, de l’inconnu, la fièvre du dĂ©sordre, du dĂ©sarroi, la rage de vaincre la bĂŞte immonde qui hante les rĂŞves d’Ellen. Lily-Rose Depp l’endosse avec une force expressive Ă  la fois viscĂ©rale, charnelle, erratique — une dimension morale (et hĂ©roĂŻque !) aussi pĂ©nĂ©trante et Ă©vocatrice qu’Isabelle Adjani dans Possession de Ĺ»uĹ‚awski.

Quand bien mĂŞme notre vampire iconique, dĂ©lestĂ© de moult clichĂ©s sĂ©culaires — pas de canines, pas de corps famĂ©lique, pas de miroir sans reflet — adopte ici une posture robuste, nĂ©crosĂ©e, inspirant l’effroi, le dĂ©goĂ»t, la rĂ©vulsion, l’aversion. Bref, il fait peur. Vraiment. Autant par sa prĂ©sence insalubre, que l’on redoute Ă  des kilomètres, que par son immoralitĂ© Ă  s’approprier l’âme d’Ellen : imposteur, tricheur, traĂ®tre, manipulateur — Ă©goĂŻste rigoureusement dĂ©testable. Un ĂŞtre abject, incapable d’aimer la femme, aussi mĂ©prisant que puant — comme les pustules qui rongent son corps — que Bill SkarsgĂĄrd incarne avec un art consommĂ© de l’accent roumain (Ă  dĂ©couvrir absolument en VO, tant l’intonation y est incisive, emphatique, inĂ©dite).
 

"Nekromantik".
Film de vampire conjuguant Ă  l’unisson classicisme et modernitĂ© (notamment dans une violence gore Ă©tonnamment organique), autant que film de possession renversant, Nosferatu est transcendĂ© par l’expressionnisme saisissant — et tĂ©mĂ©raire — d’Eggers. Un poème sublime, d’une beautĂ© nĂ©crosĂ©e, singulière. Peut-ĂŞtre difficile d’accès de prime abord pour une frange de spectateurs les plus exigeants, il divisera, c’est certain, par sa facture gothique puritaine et sa tonalitĂ© aussi froide qu’austère. Mais une fois la hype passĂ©e, j’en suis persuadĂ© : un second visionnage rĂ©vĂ©lera sa grâce, sa richesse. Peut-ĂŞtre mĂŞme son vĂ©ritable pouvoir.

*Bruno 

Budget: 50 millions de dollars

dimanche 19 janvier 2025

Le Cadavre d'Anna Fritz / El cadaver de Anna Fritz / The Corpse of Anna Fritz

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Hector Hernandez Vicens. 2015. Espagne. 1h15. Avec Alba Ribas, Cristian Valencia, Albert Carbo, Bernat Saumell, Belen Fabra, Montserrat Miralles

Exploitant avec une efficacitĂ© gratifiante le huis-clos Ă  la fois macabre et sordide Ă  travers sa thĂ©matique de la nĂ©crophilie, le cadavre d'Anna Fritz est un formidable suspense Hitchcockien aux rebondissements justement dosĂ©s afin de relancer les actions morales de nos antagonistes putassiers aussi irresponsables qu'infortunĂ©s. 

A condition toutefois de ne rien connaĂ®tre de l'intrigue et de se laisser dĂ©river vers un final probablement discutable auprès de ses facilitĂ©s (d'autres Ă©voqueront Ă  court sĂ»r l'improbabilitĂ©), le Cadavre d'Anna Fritz est d'autant plus inquiĂ©tant, anxiogène, (quelque peu mystique) et passionnant qu'il ne dure qu'1h15 et que l'excellence de l'interprĂ©tation permet d'autant mieux de nous identifier aux personnages Ă  travers leur physique standard inconnu chez nous (production ibĂ©rique oblige). 

Et si le dĂ©but de l'intrigue (faisant Ă©cho Ă  l'excellent Dead Girl) a de quoi rĂ©vulser Ă  travers ses Ă©treintes nĂ©crophiles scandĂ©es d'une photo glacĂ©e, le rĂ©alisateur est suffisamment habile et intelligent pour ne jamais verser dans la complaisance en militant sur la (demi-) suggestion et le hors-champs sonore, aussi insupportables soient ses exactions lubriques singulières que l'on reluque (entre effroi et malaise) du trou de la serrure. 

Il est surtout rarement Ă  court d'idĂ©es retorses pour nous surprendre lĂ  oĂą on ne l'attend pas. Car si son schĂ©ma narratif semble effectivement prĂ©visible tout en restant magnĂ©tique grâce aux concertations hĂ©sitantes de ce trio immoral, le Cadavre d'Anna Fritz se pare d'une ambiance macabre clinique assez immersive pour ne jamais dĂ©crocher de son intensitĂ© dramatique Ă  faible lueur d'espoir. 

Quant au surprenant final politiquement incorrect il se fige sur une image Ă©quivoque efficacement trouble et dĂ©voyant. 

Tout bien considéré, supérieur à "l'Autopsie de Jane Doe" bâti sur le même principe d'angoisse et suspense tendu en huis-clos hermétique.

*Bruno


lundi 13 janvier 2025

PrĂŞte Ă  tout / To Die For

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gus Van Sant. 1995. U.S.A/Angleterre. 1h46. Avec Nicole Kidman, Matt Dillon, Joaquin Phoenix, Alison Folland, Casey Affleck, Buck Henry, Dan Hedaya

Sortie salles France: 6 Décembre 1995

FILMOGRAPHIE: Gus Van Sant est un réalisateur, directeur de photo, scénariste et musicien américain, né le 24 Juillet 1952 à Louisville dans le Kentucky. 1985: Mala Noche. 1989: Drugstore Cowboy. 1991: My Own Private Idaho. 1993: Even Cowgirls get the blues. 1995: Prête à tout. 1997: Will Hunting. 1998: Psycho. 2000: A la rencontre de Forrester. 2002: Gerry. 2003: Elephant. 2005: Last Days. 2007: Paranoid Park. 2008: Harvey Milk. 2011: Restless. 2012: Promised Land. 2015 : Nos souvenirs. 2018 : Don't Worry, He Won't Get Far on Foot.

IlluminĂ© d'une ensorcelante Nicole Kidman transperçant l'Ă©cran Ă  chaque seconde dans sa posture ultra sexy (elle change de tenue vestimentaire toutes les 2 minutes pour mieux nous donner le tournis), PrĂŞte Ă  tout est une jouissive satire caustique sur l'arrivisme et le narcissisme au sein de la sphère mĂ©diatique. 

Avec une grosse rasade de dĂ©rision, d'humour noir et d'Ă©rotisme torride si bien que, comme les protagonistes dĂ©sorientĂ©s du rĂ©cit, nous devenions aussi troublĂ©s et obsĂ©dĂ©s qu'eux Ă  contempler les stratĂ©gies lubriques de cette speakerine sans morale destinĂ©e Ă  s'emparer de la cĂ©lĂ©britĂ©. 

Un point technique sur le soin apportĂ© Ă  la photo et Ă  la mise en scène Ă  la fois inventive et inspirĂ©e vouant Ă  travers sa camĂ©ra voyeuriste un amour immodĂ©rĂ© pour son actrice gracile habitĂ©e d'une dĂ©complexion Ă©trangement vĂ©nĂ©neuse. 

Si bien que cette diatribe sur le pouvoir de la télévision nous laisse un goût à la fois sucrée, acidulé, amer dans la bouche.

Récompense: 1996 : Golden Globe de la meilleure actrice pour Nicole Kidman

*Bruno

3èx. 4K vostf

mardi 7 janvier 2025

Network: main basse sur la TV / Network. 4 Oscars, 77.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Lumet. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Faye Dunaway, William Holden, Peter Finch, Robert Duvall, Ned Beatty

Sortie salles France: 16 Mars 1977. U.S: 27 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.


«I'm as mad as hell and I'm not going to take this anymore!» 
«Je suis fou de rage! Je commence Ă  en avoir ras le bol!» 

Sans conteste, la charge la plus fĂ©roce, la plus violente et virulente que j’aie subie contre l’univers vĂ©nal de la sphère mĂ©diatique. Un Ă©lectrochoc rigoureusement cĂ©rĂ©bral, psychologiquement Ă©prouvant, ad nauseam. Une mise en abyme de notre propre condition morale, gangrenĂ©e par les magnats de l’audiovisuel qui, patiemment, ont corrompu nos instincts par le biais de notre voyeurisme incurable.

Ă€ cĂ´tĂ©, Le Prix du Danger fait figure de comptine. L’extrĂŞme violence verbale prĂ©conisĂ©e par un Sidney Lumet furibond produit bien plus d’Ă©tincelles — dans sa facture documentĂ©e — que les effets graphiques d’un Yves Boisset. Car ici, il est tout bonnement impossible de sortir indemne d’un tel dĂ©chaĂ®nement de haine dĂ©shumanisante, vocifĂ©rĂ©e par des margoulins (ça hurle Ă  tous vents pendant deux heures) ne reculant devant aucune ignominie pour asseoir leur suprĂ©matie nouvelle.


Les acteurs, hystĂ©riques, borderline, dĂ©saxĂ©s, nous assènent leur verve avec un art consommĂ© du cynisme le plus putassier. Et lorsqu’on apprend que la trame s’inspire du suicide en direct de la journaliste amĂ©ricaine Christine Chubbuck, cette fiction dystopique, hyperbolique, nous laisse un goĂ»t âcre et poisseux au fond de la gorge. Jusqu’Ă  cette conclusion, invraisemblable, improbable (la rĂ©pĂ©tition est volontaire), qui sonne comme une farce macabre surchargĂ©e au vitriol.

ProfondĂ©ment malsain, hautement dĂ©rangeant, trouble, inquiĂ©tant, alarmant : Network est moralement infect, ignoble, antipathique — mais terriblement lucide. Ces figures toutes plus licencieuses les unes que les autres nous renvoient en miroir notre propre image : celle d’un public dĂ©saxĂ©, intoxiquĂ© jusqu’Ă  l’os par cette tĂ©lĂ©vision racoleuse devenue pandĂ©mie planĂ©taire.


*Bruno

Récompenses
LAFCA 1976 :
Meilleur film
Oscars 1977 :
Meilleur acteur - Peter Finch
Meilleure actrice - Faye Dunaway
Meilleure actrice dans un second rĂ´le - Beatrice Straight
Meilleur scénario original - Paddy Chayefsky
Golden Globes 1977 :
Meilleur acteur dans un film dramatique - Peter Finch
Meilleure actrice dans un film dramatique - Faye Dunaway
Meilleur réalisateur - Sidney Lumet
Meilleur scénario - Paddy Chayefsky
BAFTA 1978 :
Meilleur acteur - Peter Finch
National Film Registry 2000 : Sélectionné et conservé à la Bibliothèque du Congrès américain.

lundi 6 janvier 2025

My Fair Lady. Oscar du Meilleur Film, 1965.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Cukor. 1964. U.S.A. 2h53. Avec Audrey Hepburn, Marni Nixon, Rex Harrison, Stanley Holloway, Wilfrid Hyde-White, Gladys Cooper, Jeremy Brett. 

Sortie salles France: 23 Décembre 1964. U.S: 21 Octobre 1964

FILMOGRAPHIE: George Dewey Cukor est un rĂ©alisateur amĂ©ricain d'ascendance hongroise, nĂ© le 7 juillet 1899 Ă  New York et mort le 24 janvier 1983 Ă  Los Angeles. 1930 : Grumpy. 1930 : The Virtuous Sin. 1930 : The Royal Family of Broadway. 1931 : Tarnished Lady. 1931 : Girls About Town. 1932 : Une heure près de toi. 1932 : What Price Hollywood? 1932 : HĂ©ritage. 1932 : Rockabye. 1932 : The Animal Kingdom. 1933 : Haute SociĂ©tĂ©. 1933 : Les InvitĂ©s de huit heures. 1933 : les Quatre Filles du docteur March. 1934 : L'Ennemi public n° 1. 1935 : David Copperfield. 1935 : La Femme de sa vie. 1935 : Sylvia Scarlett. 1936 : RomĂ©o et Juliette. 1936 : Le Roman de Marguerite Gautier. 1938 : Vacances. 1939 : Zaza. 1939 : Femmes. 1939 : Autant en emporte le vent. 1940 : Suzanne et ses idĂ©es. 1940 : IndiscrĂ©tions. 1941 : Il Ă©tait une fois. 1941 : La Femme aux deux visages. 1942 : Her Cardboard Lover. 1942 : La Flamme sacrĂ©e. 1944 : Hantise. 1944 : Winged Victory. 1947 : La Femme de l'autre. 1947 : Othello. 1949 : Édouard, mon fils. 1949 : Madame  porte la culotte. 1950 : Ma vie Ă  moi. 1950 : Comment l'esprit vient aux femmes. 1951 : Agence Cupidon. 1952 : Je retourne chez maman. 1952 : Mademoiselle Gagne-Tout. 1953 : The Actress. 1953 : Une femme qui s'affiche. 1954 : Une Ă©toile est nĂ©e. 1955 : La CroisĂ©e des destins. 1957 : Car sauvage est le vent. 1957 : Les Girls. 1959 : La Diablesse en collant rose. 1959 : Le Bal des adieux. 1960 : Le Milliardaire. 1962 : Something's Got to Give. 1963 : Les Liaisons coupables. 1964 : My Fair Lady. 1969 : Justine. 1972 : Voyages avec ma tante. 1976 : L'Oiseau bleu. 1981 : Riches et CĂ©lèbres. TĂ©lĂ©vision: 1975 : Il neige au printemps. 1979 : Le blĂ© est vert. 


«Audrey a jouĂ© ça avec beaucoup de brio. Elle travaille dur… Elle est extrĂŞmement intelligente, inventive, modeste… et drĂ´le. Quand vous travaillez avec elle vous ne sauriez croire qu’elle est une superstar. Elle est pleine de tact, c’est la crĂ©ature la plus charmante du monde." George Cukor.

Un chef-d'oeuvre de la comĂ©die musicale profondĂ©ment fĂ©ministe Ă  travers cette lutte de classe que se livre une fleuriste et un linguiste misogyne issu de la haute bourgeoisie. 

2h53 de pur spectacle (mĂŞme si effectivement il y a une toute petite baisse de rĂ©gime 15' durant passĂ©e l'entracte) que la divine Audrey Hepburn (euphĂ©misme) et Rex Harrison monopolisent dans une commune fringance. 

DĂ©cors (entièrement tournĂ©s en studio), photo, format scope, costumes, mobiliers Ă  l'unisson dans une rutilante Ă©dition 4K Ă  damner un saint. 

Quant aux nombreuses chansons antidĂ©pressives qui enveloppent l'intrigue elles donnent autant envie de chanter et danser que les protagonistes communĂ©ment transis de liesse. 

*Bruno
4K vost


Récompenses:
David di Donatello 1965 : Meilleure production étrangère
Golden Globes 1965 :
Meilleur film musical ou de comédie
Meilleur rĂ©alisateur  : George Cukor
Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie : Rex Harrison

Oscars 1965 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour George Cukor
Meilleur acteur pour Rex Harrison
Meilleure direction artistique - couleur pour Gene Allen, Cecil Beaton et George James Hopkins
Meilleurs costumes - couleur pour Cecil Beaton
Meilleure photographie - couleur pour Harry Stradling Sr.
Meilleur son pour George R. Groves
Meilleure musique de film - adaptation pour André Previn

BAFTA 1966 : Meilleur film

vendredi 3 janvier 2025

Vacances Romaines / Roman Holiday. Oscar Meilleure Actrice: Audrey Hepburn.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de William Wyler. 1952. U.S.A. 1h58. Avec Gregory Peck, Audrey Hepburn, Eddie Albert, Hartley Power, Harcourt Williams, Margaret Rawlings

Sortie salles France: 9 Avril 1954. U.S: 27 AoĂ»t 1953

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: William Wyler (Wilhelm Weiller) est un réalisateur et producteur américain d'origine suisse, né le 1er Juillet 1902 à Mulhouse, décédé le 27 Juillet 1981 à Los Angeles (Californie). 1926: Lazy Lightning. 1930: La Tourmente. 1935: La Bonne Fée. 1939: Les Hauts de Hurlevent. 1940: Le Cavalier du Désert. 1941: La Vipère. 1946: Les Plus belles années de notre vie. 1952: Un Amour Désespéré. 1953: Vacances Romaines. 1955: La Maison des Otages. 1956: La Loi du Seigneur. 1958: Les Grands Espaces. 1959: Ben Hur. 1961: La Rumeur. 1965: L'Obsédé. 1966: Comment voler un million de dollars. 1968: Funny Girl. 1970: On n'achète pas le silence.

TournĂ© en 53, Vacances Romaines est un grand classique hollywoodien dont j'ignorai l'existence jusqu'Ă  ce soir. 

Une splendide comĂ©die romantique illuminĂ©e de la prĂ©sence gracile d'Audrey Hepburn (couronnĂ©e 1 an plus tard de l'Oscar et d'un Golden Globe pour la Meilleure Actrice !) accompagnĂ©e de la force tranquille et de suretĂ© d'un Gregory Peck Ă©galement touchĂ© par l'Ă©lĂ©gance, la pudeur le raffinement. 

Outre la finesse d'esprit pour ses rapports psychologiques Ă  la fois amiteux, censĂ©s et teintĂ©s de tendresse, on se balade tranquillement dans la capitale touristique de Rome (parfois mĂŞme antique) sous l'impulsion de traits d'humour habilement modĂ©rĂ©s puisque prĂŞtant souvent Ă  sourire plutĂ´t que d'en rire. 

TournĂ© en noir et blanc en 1.37, on reste impressionnĂ© par la maitrise de rĂ©alisation de William Wyler extrĂŞmement circonspect pour donner chair Ă  sa fable romantique avec un rĂ©alisme surprenant Ă©cartĂ© de bons sentiments. Toutes les situations gentiment folingues, picaresques ou pittoresques demeurant si sobrement expressives qu'on jurerait qu'elles soient parfois improvisĂ©es. 

Ainsi, Ă  travers son discours acide sur la cupiditĂ© du journalisme confrontĂ© Ă  l'Ă©litisme d'une haute sociĂ©tĂ© y rĂ©sulte une impossible histoire d'amour dont le final, plein de sagesse, d'humilitĂ©, de rĂ©vĂ©rence et de non-dit (les Ă©changes de regards Ă  la fois brillants et Ă©minents sont Ă  marquĂ©s d'une pierre blanche !) est un grand moment d'Ă©motions Ă©lĂ©giaques.  


*Bruno
4K. Vost.

P.S: En 1999, l'American Film Institute classe Audrey Hepburn à la troisième place de sa liste des plus grandes actrices de films américains de tous les temps

Récompenses
Oscar de la meilleure actrice pour Audrey Hepburn
Oscar de la meilleure histoire originale pour Ian McLellan Hunter (alors prĂŞte-nom de Dalton Trumbo, ostracisĂ© par le maccarthysme), l'AcadĂ©mie des Oscars a corrigĂ© cette attribution au profit de Trumbo en 1992-1993. 
Oscar de la meilleure création de costumes pour Edith Head.
Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique pour Audrey Hepburn
British Academy Film Award de la meilleure actrice pour Audrey Hepburn