lundi 3 novembre 2025
La Belle et la Bête de Christophe Gans. 2014. France/Allemagne/Espagne. 1h53.
lundi 27 octobre 2025
Golem: le tueur de Londres / The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina. 2016.
Dans le brouillard jaune de Londres, la peur s’infiltre dans les ruelles comme une vapeur acide. Le sang, les cris, la scène et la potence.
Formidable thriller horrifique au suspense exponentiel, Golem: le tueur de Londres s’annonce d’abord comme une simple enquête victorienne, mais rapidement s'élève, se déploie, s'y tord une véritable tragédie humaine que nul ne pouvait prédire.
Au cœur de cette mécanique parfaitement huilée : Lizzie Cree, interprétée avec une intensité naturelle par Olivia Cooke (Bates Motel). Elle prend vie dans une douce affirmation. Elle magnétise délicatement. Or, derrière ses yeux, un abîme - celui d’une femme broyée par le mépris des hommes, par la faim de reconnaissance, par l’illusion de la célébrité. On éprouve pour elle une empathie profonde, dérangeante : enfant maltraitée, femme humiliée, marionnette du patriarcat victorien. Une longue asphyxie sociale et intime où moult suspects nous interrogent par leurs actions déplacées.
Le film se nourrit de cette tension psychologique, fiévreuse, entre Lizzie et l’inspecteur Kildare (un Bill Nighy d’une retenue poignante comme le souligne l'incroyable final dramatique). Deux âmes solitaires : lui cherche la vérité comme on cherche Dieu en guise de justice et de loyauté, elle cherche l’amour comme on mendie la lumière. Chacun est hanté par son propre masque. L’enquête devient alors un duel silencieux, un ballet d’ombres et de regards où les confessions se font par ricochet au fil d'un suspense toujours plus délétère.
Juan Carlos Medina filme ce labyrinthe mental avec une élégance froide, théâtrale - les rideaux rouges du music-hall deviennent le rideau de scène du crime passés les numéros comiques. Le théâtre, la presse, la morale : tout se confond dans un carnaval de faux-semblants où la société elle-même devient coupable, victime et ignorante de ce qui se trame.
Et quand vient la révélation, c’est un vertige émotionnel qui affecte la gravité. Non pas le triomphe d’un twist, mais l’effondrement d’une âme, faute d'un dilemme moral terriblement ambigu.
Le Golem n’est plus un tueur dans la nuit - c’est la créature que le monde narcissique fabrique lors de mises en scène ludiques. Une mise en abyme aussi fantasque que dramatique.
Visuellement somptueux, étonnamment cruel, tant d'un point de vue graphique que psychologique, Golem le tueur de Londres est d’une intelligence émotionnelle dans sa disparité des genres qu'unissent le drame, la romance, le policier et l'horreur mutuellement confinés dans une tragédie humaine. Le cœur y bat davantage sous le vernis des costumes, dans la solitude, dans ce besoin désespéré d’être regardée - même pour ses crimes.
Or, à travers cette vendetta victorienne impeccablement reconstituée, rien ne laissait présager la valeur des sentiments qui se détache de ce conte macabre, aussi stylisé que psychologiquement éprouvant. Si bien que l'on en sort taiseux, amer et démuni.
Tron: Ares de Joachim Rønning. 2025. U.S.A. 1h59.
Tron: Ares n’est pas qu’une suite tardive ou un reboot conçu pour plaire à la nouvelle génération : c’est un rite de passage, une immersion totale dans le cœur vibrant d’un univers où la lumière épouse la chair. Joachim Ronning signe un film d’une pure beauté visuelle, un trip électro aux pulsations presque mystiques, où chaque plan fusionne avec la musique pour former un gigantesque clip cosmique - une messe dédiée à l’image et au son j'vous dis.
Et sous son apparente simplicité, le scénario cache en filigrane une réflexion mélancolique - à juste dose épurée - sur la fatalité et l’acceptation de la mort, sur la fragilité de l’humain face à ses créations faute de sa mégalomanie, sa soif d'autorité intolérante. Ici, l’intelligence artificielle n’est pas un monstre apocalyptique mais un nouveau-né, un miroir, une éventuelle promesse : celle d’un outil capable de sauver, de nourrir, de guérir - à condition qu’on lui insuffle une conscience de bon sens et qu'on l'utilise à bon escient.
Chaque séquence d’action, lisible, chorégraphiée avec une élégance stylée, sert le récit et non l’inverse. La photographie, rutilante comme une armure de verre, capte la lumière des pixels et la transforme en émotion pure. Les acteurs familiers, formidablement impliqués, donnent chair à leurs caractères et à leur programmes en éveil existentiel. Leur empathie, palpable, irrigue le film d’une tendresse inattendue : la relation entre Ares et Eve par exemple devient le coeur battant du récit, un lien amical fragile et humain, promesse de paix intérieure et d’avenir possible entre deux voix humanoïdes.
Un coup de cœur ? Disons plutôt une onde de choc thermique, brève mais persistante, dans la mémoire du rêve. Mais rêver, c’est aussi croire que le cinéma peut sauver le monde.
Le Règne animal de Thomas Calley. 2023. France. 2h07.
mercredi 22 octobre 2025
Dead of Winter de Brian Kirk. 2025. U.S.A. 1h38 (1h33).
mardi 21 octobre 2025
Marche ou crève / The Long Walk de Francis Lauwrence. 2025. U.S.A. 1h48 (1h42).
lundi 20 octobre 2025
Le Pacte des Loups de Christophe Gans. 2001. France. 2h30.
3èx
Dracula de Tod Browning. 1931. U.S.A. 1h14.
Chef-d’œuvre absolu âgé de quatre-vingt-quatorze printemps, Dracula de Tod Browning prouve, à chaque nouvelle vision, que la magie de la première fois se régénère indéfiniment. Le film lui-même, vampirisé par l’entreprise de son auteur et de la présence archétypale de son acteur, accède ainsi à l’immortalité après s’être nourri du roman de Bram Stoker. Cette fraîcheur originelle, gravée sur pellicule monochrome, confère à l’histoire - pourtant mille fois revisitée - une singularité intacte, que Browning cisèle avec un soin formel hallucinatoire.
Tout concourt à cette envoûtante perfection : la nature environnante imprégnée d’un onirisme crépusculaire, les intérieurs du château drapés d’immenses toiles d’araignées, son escalier en colimaçon s’étirant jusqu’au vertige, les extérieurs noyés de brume, ou encore la demeure familiale où les héros cherchent refuge. Et comment oublier les apparitions spectrales et sensuelles du trio de femmes vampires, voilées de soie, déambulant au seuil du désir et de la mort dans les sous-sols décrépis.
Tout, dans Dracula, transpire un gothisme charnel et sépulcral, un sang du rêve, sublimé par un noir et blanc granuleux à damner un saint. Et Bela Lugosi, de sa prestance hiératique, snobée, maléfique, hante chaque plan, agrippe le regard, fige le temps - jusqu’à devenir, à lui seul, la pulsation nocturne du mythe.
jeudi 16 octobre 2025
The Slumber party massacre de Amy Holden Jones. 1982. U.S.A. 1h17.
Fleurant bon le parfum des années 80 - alors qu’à l’époque je le tenais pour un semi-nanar, semi-navet - The Slumber Party Massacre se révèle aujourd’hui un sympathique psycho-killer, agréable à suivre, ludique et même rigolo, grâce à sa facture semi-parodique que la réalisatrice Amy Holden Jones exploite avec sobriété, sans jamais se railler du genre.
Réservé sans doute aux inconditionnels, ce massacre diurne met davantage en valeur la gente féminine que masculine : ici, point de potiches décervelées aux seins siliconés. Les filles conversent plus que les mecs, se défendent à plusieurs lors du final musclé avec un certain acharnement, parlent sans complexe de sexe, de drogue, d’alcool… et s’accordent même quelques traits d’humour macabre - il fallait oser la dégustation de pizza sur un cadavre encore tiède. Le rythme s’emballe peu à peu, les meurtres s’enchaînent à renfort de gore rutilant jusqu’au carnage final sans final girl éprouvé, étonnamment bien maîtrisé par une mise en scène soignée, soutenue par une splendide photographie contrastée (à redécouvrir absolument dans son incroyable écrin 4K).
Quant au tueur sans masque, au visage banal - évoquant celui de Blood Feast de Herschell Gordon Lewis - il dégage une inquiétante étrangeté : même regard demeuré, même aura malsaine, amplifiée par une partition d’orgue délicieusement anachronique. Sa présence inspire tout à la fois la crainte, une légère appréhension, et un sourire complice devant son ustensile aussi phallique qu’incongru, brandi comme une déclaration d’amour tordue aux femmes.
Jouant avec les clichés du psycho-killer avec malice et une certaine habileté, The Slumber Party Massacre séduit par son esprit parodique discret, son ton badin et sa sincérité d’époque. Une série B bonnard, baignée dans la sainte lumière des années 80, que la réalisatrice ausculte avec un sens esthétique inattendu.
1982 : The slumber party massacre. 1984 : Love Letters. 1988 : Mystic Pizza. 1987 : L'apprentie domestique. 1991 : Saturday's (téléfilm). 1992 : Beethoven. 1992 : Indecency (téléfilm). 1993 : Proposition indécente. 1993 : Beethoven 2. 1994 : Guet-apens. 1996 : Sombres Soupçons. 1997 : Relic. 2000 : Beethoven 3. 2001 : Beethoven 4. 2003 : Beethoven et le Trésor perdu. 2007 : Indecent Proposal (court-métrage). 2010 : H.M.S.: White Coat (téléfilm). 2011 : Beethoven sauve Noël. 2014 : Black Box. 2014 : Beethoven et le Trésor des pirates. 2018 - 2023 : The Resident.
lundi 13 octobre 2025
Good Boy de Ben Leonberg. 2025. U.S.A. 1h13.
samedi 11 octobre 2025
Shiva Baby
jeudi 9 octobre 2025
En première ligne / Heldin de Petra Biondina Volpe. 2025. Suisse/Allemagne. 1h33.

mercredi 8 octobre 2025
Monster: Ed Gein. 2025. U.S.A. 8 épisodes.
lundi 6 octobre 2025
Les Enquêtes du département V: Dossier 64 de Christoffer Boe. 2018. Danemark / Allemagne. 1h58.
Sans hésitation aucune, Dossier 64 marque, selon moi, le sommet de la saga du département V.
Dernière enquête de nos inspecteurs Carl Mørck et Assad, c’est un film d’une intensité dramatique éprouvante à son diapason, qui manie avec une rare habileté l’art de la suggestion.
Inspiré d’un pan sombre de l’histoire danoise - les stérilisations forcées de 11 000 femmes entre 1934 et 1967 -, il laisse planer l’ombre du fascisme sur une affaire effroyable remontant à 1961. À cette époque, le docteur Curt Wad pratiquait sur des patientes marginales des abus sexuels suivis de stérilisations, au nom d’une idéologie malade.
Le récit s’ancre dans le regard d’une jeune femme, Nete, enceinte de son cousin, que Carl et Assad retrouvent en filigrane d’une enquête ouverte après la découverte macabre de trois squelettes dans un appartement abandonné. Tout ici glace le sang : les exactions sexuelles filmées hors champ, les patientes condamnées à avorter puis stérilisées au nom d’un héritage moral bâti sur l’épuration ethnique, la haine de la différence et de l’étranger.
Implacable, impeccablement mené, ce récit fiévreux explore une corruption tentaculaire - bureaucratique, médicale, politique, policière - et s’impose comme une méditation sur la mémoire refoulée d’un pays. Il montre comment le mal se recycle, se perpétue, se dissimule dans les institutions les plus respectables.
Avec un réalisme aussi perturbant que bouleversant, et par la gravité de son sujet, on est pas loin du chef-d'oeuvre.
dimanche 5 octobre 2025
Pris au piège / Caught Stealing de Darren Aronofsky. 2025. 1h47. U.S.A.
Car si Pris au piège n’est qu’une récréation en bonne et due forme, il demeure d’une sincérité rare : attachant, retors, enlevé, surprenant - un récit frétillant où humour et violence s’entrelacent pour mieux nous surprendre dans une rupture de ton aussi grave que bouleversée. On ne peut que lui vouer le respect.
Constamment fun et captivant, ce jeu de piste où des criminels lunaires se disputent un trésor compose, en creux, l’histoire initiatique d’un jeune serveur passionné de base-ball. Sa traque devient une quête de rédemption, même si son dénouement badin se moque bien du politiquement correct - alibi parfait d’une comédie noire que Darren Aronofsky met en scène avec un savoir-faire désarmant.
Outre sa galerie d’illustres acteurs délicieusement investis dans la déconnade, Pris au piège repose sur l’alchimie brûlante du duo Zoë Kravitz / Austin Butler. Et si ce dernier m’avait laissé de marbre dans The Bikeriders, il se révèle ici d’une humanité à fleur de peau, fébrile et fragile, émouvant dans la pudeur sans jamais forcer l’émotion. Kravitz, quant à elle, irradie d’un charme tranquille, d’une grâce mutine et affable : elle apaise là où tout vacille, ancre la folie du film dans un sourire, une caresse, un regard presque trop doux pour ce monde de violence froide et sournoise.
samedi 4 octobre 2025
The Lost Bus de Paul Greengrass. 2025. U.S.A. 2h09.
Fans de récits catastrophistes adultes, humbles, et surtout intelligemment traités sans complaisance racoleuse, The Lost Bus a de quoi vous clouer au siège deux heures durant. Paul Greengrass, réalisateur émérite, nous immerge dans son enfer forestier en y imprimant sa signature auteurisante - un parti-pris déjà amorcé avec Bloody Sunday, Un 22 Juillet ou encore le traumatisant Vol 93. Caméra à l’épaule, au plus près des stratagèmes de pompiers et secouristes aussi interrogatifs que sur le qui-vive, il nous embarque tête baissée dans une descente aux enfers, inspirée de faits réels survenus en Californie en 2028.
Ce pitch métaphorique développe, avec un humanisme à la fois torturé, fragile et stoïque, l’épreuve d’un père seul contre tous - épaulé seulement par une partenaire de survie improvisée. Dans sa lutte, Kevin cherche à conjurer son manque de confiance, sa perte identitaire, hérité d’un père démissionnaire, et à dépasser sa mauvaise réputation par la force du courage et de la détermination.
Le film marie attention psychologique et séquences de bravoure saisissantes, d’un réalisme cauchemardesque. La scénographie apocalyptique, où nos protagonistes se retrouvent reclus dans un bus saturé de fumée et d’angoisse, installe une tension suffocante, un état d’appréhension continue, soutenu par l’expressivité démunie mais combative des personnages. Hypnotique dans sa mise en scène proche du docu-fiction, The Lost Bus insuffle un suspense oppressant et une action improvisée, tant les flammes dévorent tous azimuts les forêts environnantes jusqu'à plus soif.
Témoignage plein de pudeur et d’humilité sur les valeurs familiales vues à travers un père écorché vif en quête d’affirmation ; hymne à la vie auprès d’une jeune mère brutalement consciente de sa précarité existentielle ; mise en garde enfin contre l’irresponsabilité humaine qui engendre la déforestation par le feu : The Lost Bus redonne ses lettres de noblesse au cinéma catastrophe. Et Matthew McConaughey, bouleversant d’humanité désespérée, incarne cette rage contenue avec une pudeur émotive inscrite dans la réserve.
























