lundi 13 décembre 2021

The Innkeepers. Prix du Public, Toronto After Dark Film Festival 2011.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ti West. U.S.A. 2011. 1h41. Avec Sara Paxton, Pat Healy, Kelly McGillis, George Riddle, Lena Dunham, Alison Bartlett, John Speredakos, Jake Schlueter.

Sortie U.S: 3 FĂ©vrier 2012. Sortie France (direct en dvd): 28 AoĂ»t 2013.

FILMOGRAPHIETi West est un rĂ©alisateur, producteur, Ă©diteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 5 Octobre 1977. 2001: The Wicked. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. The House of the Devil. 2010: Perdants Take All. 2011: The Innkeepers.


En 2009, Ti West surprit les puristes fantasticophiles avec House of the Devil pour son hommage affectueux au cinĂ©ma d'Ă©pouvante des annĂ©es 70 et 80. Trois ans plus tard, il renoue avec les mĂŞmes ambitions modestes dans un huis-clos imposĂ© par un vieil hĂ´tel classieux auquel deux employĂ©s vont invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte suicidĂ©e ! Le PitchDeux gĂ©rants d'un hĂ´tel prochainement clĂ´turĂ© s'intĂ©ressent de plus près aux phĂ©nomènes paranormaux en invoquant l'esprit d'un fantĂ´me en guise d'ennui. Avec l'arrivĂ©e d'une ancienne actrice et d'un vieillard interlope, d'Ă©tranges Ă©vènements vont peu Ă  peu se confirmer et devenir plus frĂ©nĂ©tiques.Ti West est un vĂ©ritable amoureux du genre horrifique des annĂ©es 70 et 80 tant il façonne avec parcimonie ce nouveau mĂ©trage largement influencĂ© par les ambiances latentes et les angoisses diffuses. Après son formidable House of the Devil, le rĂ©alisateur renoue donc avec une histoire classique de maison hantĂ©e entièrement dĂ©diĂ©e Ă  l'effet de suggestion et du suspense sous-jacent Ă©maillĂ© d'inattendues pointes de cocasserie. Dès la mise en place des deux employĂ©s juvĂ©niles, Ti West accorde une principale attention Ă  nous familiariser auprès d'eux Ă  travers leur complicitĂ© amicale des plus manifeste. Pat est un trentenaire solitaire occupant son temps Ă  surfer sur le net, spĂ©cialement les pages web Ă©rigĂ©es sur l'occultisme (voirs aussi quelques sites pornos, faute d'un cĂ©libat de longue durĂ©e) quand la clientèle de son hĂ´tel s'y fait rare. Son acolyte Claire demeurant une jeune fille un peu empotĂ©e attirĂ©e par les phĂ©nomènes paranormaux que Pat s'amuse Ă  lui narrer en guise d'ennui. Ensemble, ils dĂ©cident sans conviction d'invoquer le fantĂ´me d'une dĂ©funte anciennement pendue dans la chambre 353 de l'hĂ´tel. C'est le dĂ©but d'une succession de futiles Ă©vènements intrigants avant que n'y culmine un revirement cinglant !


Ainsi, la complĂ©mentaritĂ© spontanĂ©e des deux comĂ©diens accentuĂ©e de la maladresse de la jeune garçonne doit beaucoup Ă  l'attrait sympathique d'un rĂ©cit misant beaucoup sur leur complicitĂ© amiteuse Ă  jouer les parapsychologues en herbe. AffublĂ©s d'une physionomie naturelle en "cool attitude", Ti West prend son temps Ă  nous dĂ©crire leur relation amicale Ă©maillĂ©e de futiles instants de tendresse (la confession de Pat Ă  Claire sous emprise de l'alcool) avant de nous façonner sans esbroufe une traditionnelle histoire de fantĂ´me constamment efficiente. Par vague de scĂ©nettes burlesques improvisĂ©es par notre hĂ©roĂŻne puisque cumulant ses maladresses tributaires d'une peur panique, The Innkeepers rĂ©ussit Ă  provoquer l'amusement tout en nous faisant patienter pour les Ă©ventuelles apparitions surnaturelles. Une manière ludique et finaude Ă  mieux nous prendre au piège de l'effroi lĂ©gitimĂ© lors de sa dernière partie Ă©chevelĂ©e. Au soin vĂ©tuste accordĂ© Ă  l'architecture de l'hĂ´tel classique et Ă  ses dĂ©cors de lugubres corridors et de cave tamisĂ©e, le rĂ©alisateur nous entraĂ®ne en interne de ce huis-clos davantage anxiogène après qu'un dernier client eut prĂ©conisĂ© d'investir la fameuse chambre 353. Soin du cadre alambiquĂ© (parfois oblique) pour mettre en exergue des dĂ©cors raffinĂ©s ou lugubres et score musical vrombissant sont octroyĂ©s pour parachever vers un climat de terreur en crescendo. Si bien qu'avec une Ă©conomie de moyens, une bande son habilement distillĂ©e et une perspicacitĂ© Ă  Ă©luder le moindre effet choc inutilement explicite, The Innkeepers fait constamment appel Ă  l'imagination du spectateur plutĂ´t que de se laisser influencer par la surenchère en vogue. Quant aux fameuses apparitions fantomatiques, elles s'avèrent proprement terrifiantes de par leur aspect morbide et fĂ©tide dĂ©coulant d'un effet de surprise alors que son point d'orgue cruel Spoil ! surprendra le public habituĂ© aux happy-end salvateurs Fin du Spoil.


Hormis son Ă©pilogue perfectible oĂą nous n'apprendrons rien sur le mystère de Madeline O'Malley (en apprĂ©ciant sa dramaturgie imposĂ©e, mais la dernière image, vaine, ne surprend guère), le nouveau film de Ti West confirme tout le bien que l'on pensait de lui après l'excellent House of the Devil. De par la dextĂ©ritĂ© d'une rĂ©alisation assidue conçue Ă  renouer avec les ambiances angoissantes allouĂ©es au pouvoir de suggestion, The Innkeepers amuse, effraie (tout du moins Ă  3/4 occasions) et captive sans ambages sous l'impulsion de protagonistes dĂ©sirables qu'on aimerait cĂ´toyer dans notre quotidiennetĂ©. Du cinĂ©ma d'Ă©pouvante artisanal en somme se prenant autant au sĂ©rieux qu'en dĂ©rision dans un cadre minimaliste pour autant esthĂ©tisant.   
 
Eric Binford
13.12.21. VF d'excellente facture à privilégier pour la voix irrésistible de l'héroïne.
23.01.12. 179 v

mercredi 8 décembre 2021

A tombeau ouvert / Bringing Out the Dead

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Scorsese. 1999. U.S.A. 2h01. Avec Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore, Marc Anthony, Cliff Curtis.

Sortie salles France: 12 Avril 2000. U.S: 22 Octobre 1999.

FILMOGRAPHIEMartin Scorsese est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 Novembre 1942 Ă  Flushing (New-york). 1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant rĂ©alisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs Ă  vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese Ă  travers le cinĂ©ma amĂ©ricain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les InfiltrĂ©s, 2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret. 2013: Le Loup de Wall Street.

Ĺ’uvre Ă  part dans la carrière plĂ©thorique de Martin Scorsese, Ă€ Tombeau Ouvert s’impose par son climat mortifère, aussi envoĂ»tant que dĂ©concertant, et par une narration hystĂ©rique saturĂ©e de mĂ©lancolie existentielle. Le film s’Ă©rige en expĂ©rience surrĂ©aliste, Ă  la fois spirituelle et profondĂ©ment humaine, traversĂ©e par une angoisse mĂ©taphysique Ă  vif.

Le pitch :
Ambulancier noctambule, Frank Pierce frĂ´le la mort chaque nuit en tentant d’arracher quelques âmes au chaos urbain. DĂ©filent alors marginaux suicidaires, vieillards avinĂ©s, trafiquants de drogue, criminels errants, prostituĂ©es, demeurĂ©s et SDF psychotiques. ÉreintĂ© par l’Ă©puisement et hantĂ© par l’impuissance de ne pouvoir sauver davantage de vies, Frank sombre dans une morositĂ© sans fond, jusqu’Ă  se raccrocher Ă  la prĂ©sence amère d’une jeune femme en berne, Ă©cho douloureux d’une connaissance qu’il n’a jamais su sauver.

Humour noir vitriolĂ© dans les dialogues et les situations, personnages lunaires aux comportements absurdes, ambiance crĂ©pusculaire d’un New York hantĂ© par les âmes des dĂ©funts : Ă€ Tombeau Ouvert malmène le spectateur, prisonnier du bad trip d’un secouriste en pleine nĂ©vrose paranoĂŻaque. Frank assiste chaque nuit Ă  la mort d’autrui, entend presque tĂ©lĂ©pathiquement l’appel muet des mourants, reniant toute volontĂ© de survivre, tandis que les familles s’effondrent dans l’angoisse d’un trĂ©pas imminent.

Au cĹ“ur de ce marasme funèbre, oĂą les cadavres saturent les morgues hospitalières, cet insomniaque Ă  bout de nerfs tente de se rĂ©conforter auprès d’une âme sĹ“ur en perdition : Mary, jeune femme aigrie, dangereusement attirĂ©e par la mort. Baroque, stylisĂ©e, alambiquĂ©e, dĂ©bridĂ©e, dĂ©calĂ©e, la mise en scène virtuose - sans cesse rĂ©inventĂ©e - de Scorsese radiographie une citĂ© cauchemardesque peuplĂ©e de laissĂ©s-pour-compte, que la vie extorque parfois sans mĂ©nagement.
Sa texture blafarde, presque hypnotique, s’incarne dans l’Ă©puisement maladif d’un Nicolas Cage transi, sublimĂ© par une photographie fiĂ©vreuse et trouble. Le film est transcendĂ© par ses interprètes borderline, tous parfaitement ajustĂ©s Ă  cette galerie d’ĂŞtres fragiles, Ă  la lisière de la dĂ©mence.

Nicolas Cage incarne avec un humanisme dĂ©pressif et torturĂ© un ambulancier en perdition morale, traĂ®nant sa silhouette de mort-vivant entre amertume morbide, remords cafardeux - celui de n’avoir pu sauver une fugueuse latine - et lassitude besogneuse face Ă  un quotidien jonchĂ© de paumĂ©s irrĂ©cupĂ©rables. Ă€ tel point qu’il tentera Ă  plusieurs reprises de se faire licencier par un patron goguenard, conscient de sa dĂ©pendance maladive Ă  cette endurance sacrificielle.
Patricia Arquette lui donne la rĂ©plique avec une vulnĂ©rabilitĂ© tout aussi prĂ©caire, incarnant une fille paumĂ©e en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une figure paternelle rompue depuis trois ans. Ensemble, ils forment - avec une pudeur bouleversante et sans jamais sombrer dans le pathos - les amants de l’infortune, jusqu’Ă  ce qu’une lueur d’espoir les arrache Ă  leur torpeur dans un Ă©pilogue bipolaire d’une candeur inoubliable.


Sauver autrui pour se sauver soi-mĂŞme.
 
DĂ©calĂ©, vrillĂ©, Ă©lectrifiant et tĂ©nĂ©breux, Ă€ Tombeau Ouvert est profondĂ©ment mĂ©lancolique, tendre, onirique et anxiogène, notamment Ă  travers des sĂ©quences surrĂ©alistes surgissant sans prĂ©venir. Le film n’a aucune ambition de caresser le spectateur dans le sens du poil : son ambiance mortifiĂ©e Ă©pouse entièrement les Ă©tats d’âme d’un secouriste en quĂŞte d’un hĂ©roĂŻsme de dernier recours.
Scorsese y interroge sa propre conscience dĂ©saxĂ©e dans une introspection morale Ă©prouvante, vĂ©cue en immersion, portĂ©e par une intensitĂ© dramatique jamais forcĂ©e. Chef-d’Ĺ“uvre pulsatile dĂ©diĂ© Ă  la fragilitĂ© humaine aux frontières de la psychose, Ă€ Tombeau Ouvert rĂ©sonne comme un poème morbide, mĂ©ditation existentielle sur le sens de la mort et celui de la vie Ă  travers l’assistance portĂ©e aux plus dĂ©munis.
Un cinĂ©ma Ă©corchĂ© vif, d’une puissance formelle et cĂ©rĂ©brale troublante, paradoxalement empreinte de pudeur et d’humilitĂ©. On ne sort pas indemne de cette interminable descente aux enfers, cri d’alarme contre la dĂ©liquescence des proscrits livrĂ©s au chaos et au mutisme de l’injustice sociale.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

08.12.21. 4èx
16.09.15.

mardi 7 décembre 2021

The Burrowers /Les Créatures de l'Ouest.

                                               
                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de J.T Petty. 2008. U.S.A. 1h36. Avec Clancy Brown, William Mapother, Laura Leighton, Sean Patrick Thomas, Doug Hutchison, Alexander Skarsgard.

Sortie en France directement en Dvd.

FILMOGRAPHIEJ.T. Petty est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 28 FĂ©vrier 1976. 2001: Soft for Digging. 2002: Mimic: Sentinel (video). 2006: S and Man. 2008: The Burrowers. 2012: Hellbenders.


Le Pitch: En 1879, dans une rĂ©gion dĂ©serte et dĂ©nudĂ©e des Badlands, des fermiers et une troupe militaire s'associent pour partir Ă  la recherche d'une famille disparue. Suspectant en premier lieu les indiens de l'avoir enlevĂ©, ils vont dĂ©couvrir une rĂ©vĂ©lation cauchemardesque qui ne les lâchera pas d'une semelle durant leur houleux pĂ©riple. 

InĂ©dit en salles, tant Outre-Atlantique que dans l'Hexagone, The Burrowers est une excellente surprise injustement mĂ©prisĂ©e en dĂ©pit d'une poignĂ©e de dĂ©fenseurs chez certaines critiques spĂ©cialisĂ©es. Tant et si bien qu'Ă  la 3è revoyure, cette sĂ©rie B rĂ©fractaire aux conventions (car ne caressant jamais dans le sens du poil le spectateur) fascine irrĂ©mĂ©diablement Ă  travers la chevauchĂ©e rigoureuse d'une poignĂ©e de cow-boys tentant de survivre en s'en prenant aux indiens qu'ils croient responsables de la disparition de femmes et enfants. Avec ces personnages austères peu aimables, assez individualistes, mĂ©prisables et racistes, qui plus est jamais romantisĂ©s, le spectateur a bien du mal Ă  s'identifier Ă  eux si bien que le cinĂ©aste J.T. Petty nous les prĂ©sente comme des quidams rigides sans volontĂ© de nous plaire mais en restant tout simplement eux mĂŞmes avec leurs dĂ©fauts respectifs prĂ©citĂ©s. Pour autant, on suit avec un intĂ©rĂŞt davantage croissant leur errance sinueuse au sein d'une nature redoutablement hostile implantĂ©e dans le cadre du western classique. Tout du moins en apparence puisque l'horreur s'y conjuguera rapidement de manière perfide Ă  travers un climat solaire et crĂ©pusculaire lestement malsain. Tant auprès de la menace des indiens non avares de cruautĂ© pour se venger (mais aucunement responsables des portĂ©s disparus) que de celle des monstres voraces que le cinĂ©aste retarde au possible afin d'accentuer leur attrait fascinant. Et Ă  cet Ă©gard, The Burrowers marque de nombreux points en jouant la carte d'une horreur Ă  la fois adulte, insalubre et escarpĂ©e eu Ă©gard des victimes pouvant trĂ©passer Ă  tous moments, jusqu'aux rĂ´les les plus majeurs et autoritaires. 


Mais revenons un peu Ă  l'apparence hideuse de ces crĂ©atures de l'Ouest filmĂ©s hĂ©las en CGI lors d'effets parfois ratĂ©s mais pour autant Ă©tonnamment crĂ©dibles de par leur aspect rĂ©solument repoussant, visqueux, rampant, et leur manière insidieuse d'alpaguer leurs victimes Ă  l'aide d'un venin paralysant. Leurs proies Ă©tant ensevelies sous terre, le temps que le cadavre y pourrisse (pour ne pas dire fermente) afin de leur servir de garde manger et manger les morceaux les plus tendres. On peut d'ailleurs y relever de bonnes idĂ©es de mise en scène lors de cadrages alambiquĂ©s, de façon Ă  entrevoir une victime moribonde par l'orifice d'un oeil entrouvert Ă  la surface d'un sol terreux. Des sĂ©quences malaisantes renforcĂ©es de la respiration contenue de la victime puisque enterrĂ©e vivante en ayant l'incapacitĂ© d'y bouger leur membre (Ă  l'exception de l'index d'une main grattant par rĂ©flexe nerveux la terre ou un doigt de pied !). Et si de prime abord, le rĂ©cit destructurĂ© peine Ă  captiver; notamment faute du classicisme de son pitch initial (retrouver en vie une famille disparue en s'en prenant aux indiens durant leur expĂ©dition criminelle) et ses persos languides, son climat westernien Ă  la fois malsain, Ă©trange et inquiĂ©tant s'avère toujours plus prĂ©gnant au fil de rebondissements alertes d'une violence insidieuse. LĂ  encore, le cinĂ©aste adopte un parti-pris draconien Ă  travers l'Ă©preuve de force de nos anti-hĂ©ros Ă©puisĂ©s tentant de combattre les 2 menaces dans un sentiment de dĂ©sarroi et d'incomprĂ©hension assez nĂ©vralgique eu Ă©gard des pièges tendus contre eux qu'ils se coltinent de façon dĂ©sabusĂ©e. Le tout Ă©tant exploitĂ© dans une mise en scène dĂ©pouillĂ©e et rĂ©aliste agrĂ©mentĂ©e de sĂ©quences chocs davantage fortuites au sein d'un vĂ©nĂ©neux climat fĂ©tide. 


Le mariage réussi du western classique et de l'horreur faisandée.
Plaidoyer Ă©colo en faveur de la cause des bisons (que les crĂ©atures eurent autrefois l'opportunitĂ© de sacrifier pour s'y sustenter), rĂ©quisitoire contre le gĂ©nocide indien pointĂ© du doigt comme la menace intrusive du sol ricain, The Burrowers fait office d'Ă©trangetĂ© horrifique au sein du western vitriolĂ© que l'on reluque avec une fascination Ă  la fois perverse, malsaine et viscĂ©rale. A dĂ©couvrir avec une vive attention donc pour les amateurs de raretĂ© rubigineuse en dĂ©pit d'une mise en place un tantinet laborieuse (notamment faute du caractère peu empathique des personnages orgueilleux - bĂ©mol tout de mĂŞme payant puisqu'ils existent par eux mĂŞmes sans dĂ©border -). 

*Eric Binford
07.12.21. 3èx
18.12.14. 90 v

lundi 6 décembre 2021

The Power of the Dog. Lion d'Argent, Meilleure Réalisatrice: Mostra de Venise.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jane Campion. 2021. U.S.A/Nouvelle-Zélande, Australie, Canada, Royaume-Uni. 2h08. Avec Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst, Jesse Plemons, Kodi Smit-McPhee, Thomasin McKenzie, Frances Conroy, Keith Carradine.

Diffusé sur Netflix le 1er Décembre 2021

FILMOGRAPHIE: Jane Campion est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste nĂ©o-zĂ©landaise nĂ©e le 30 avril 1954 Ă  Wellington. 1989 : Sweetie. 1990 : Un ange Ă  ma table. 1993 : La Leçon de piano. 1996 : Portrait de femme. 1999 : Holy Smoke. 2003 : In the Cut. 2009 : Bright Star. 2021 : The Power of the Dog. 


Un excellent drame psychologique qui doit beaucoup Ă  l'intensitĂ© de son vĂ©nĂ©neux rĂ©cit que Jane Campion affine sans fioriture, et Ă  son cast rĂ©solument irrĂ©prochable auquel se disputent Kirsten Dunst (en mère alcoolique trop chĂ©tive pour se tailler une carrure frondeuse), Benedict Cumberbatch (en homo refoulĂ© se complaisant dans la condescendance puis dans la rĂ©demption), Jesse Plemons (Ă©poux accort trop soumis Ă  l'autoritĂ© de son frère aĂ®nĂ© pour fonder sa famille en bonne et due forme) et Kodi Smit-McPhee (jeune adulte gay Ă  la fois introverti et Ă©quivoque quant Ă  son rapprochement amiteux avec son ennemi). Ainsi, Ă  travers la scrupuleuse mise en place de son rĂ©cit morcelĂ© en plusieurs chapitres (il s'agit de l'adaptation d'un roman de Thomas Savage), on reste captivĂ© par les Ă©corchures de ces personnages en constante souffrance tentant d'asseoir leur autoritĂ© et d'y rĂ©soudre leur conflit dans une posture Ă  la fois taiseuse, nĂ©vrotique et insidieuse. The Power of Dog Ă©tant avant tout un pur film d'acteurs magnifiquement dirigĂ©s sans esbroufe au sein d'un cadre naturel apte aux grands espaces (splendide photo en sus aux teintes sĂ©pias). On reste enfin surpris par la dramaturgie funeste de son Ă©pilogue interlope que personne n'a vu arriver. 


*Eric Binford

vendredi 3 décembre 2021

Black Christmas

 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Glen Morgan. 2006. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Katie Cassidy, Kristen Cloke, Michelle Trachtenberg, Mary Elizabeth Winstead, Lacey Chabert, Andrea Martin, Crystal Lowe, Oliver Hudson, Karin Konoval.

Sortie salles U.S: 25 Décembre 2006

FILMOGRAPHIE: Glen Morgan est un scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 23 mai 1967 Ă  Syracuse (New York). 2003 : Willard. 2006 : Black Christmas. 2016 : X-Files (saison 10 Ă©pisode 4). 2018 : X-Files (saison 11 Ă©pisode 2). 

Un pied de nez blasphématoire à la fête religieuse de Noël.
Formidable dĂ©clinaison - bien plus qu’un remake Ă©culĂ© - du chef-d’Ĺ“uvre de Bob Clark, ce Black Christmas new look porte la signature d’un Glen Morgan (dĂ©jĂ  coupable du sous-estimĂ© Willard) terriblement impliquĂ©, tant sur le plan formel, technique, mĂ©lomane que narratif. Maudit d’avance, ce psycho-killer festif fut accueilli Ă  sa sortie par des critiques dĂ©confites, aveugles Ă  l’inventivitĂ© en roue libre du divertissement retors qu’il proposait avec une gĂ©nĂ©rositĂ© pourtant louable. Honteusement inĂ©dit en salles chez nous, malgrĂ© un modeste succès Outre-Atlantique, Black Christmas version 2006 assume pleinement son goĂ»t du dĂ©tournement acide. Saupoudrant sa narration imprĂ©visible (tout du moins pendant une bonne heure) d’une ironie tantĂ´t tacite, tantĂ´t explicite, le film redouble d’efficacitĂ© dans sa plĂ©thore de rebondissements horrifiques menĂ©s tambour battant - sans jamais lasser, ni griser, ni irriter le spectateur embarquĂ© dans ce conte macabre fait de chausse-trappes et de revirements fulgurants (avec quelques clins d’Ĺ“il bien sentis Ă  son modèle originel), malgrĂ© un dernier quart d’heure un peu plus classique, mais redoutablement spectaculaire.

Dès le prologue, le rĂ©alisateur tisse tension, mystère et apprĂ©hension en alternant habilement prĂ©sent et flashbacks sur les origines d’un tueur Ă©levĂ© dans un cadre familial dysfonctionnel. Difficile alors de bouder cette pochette surprise, formellement somptueuse - photo rutilante Ă  tomber Ă  la renverse -, stylisĂ©e jusqu’Ă  la moelle, semblable Ă  un conte de NoĂ«l dĂ©goulinant de fiel. Entre la brutalitĂ© glaçante des meurtres (brefs mais acĂ©rĂ©s, portĂ©s par un tueur teigneux, impitoyable), et une scĂ©nographie constamment transfigurĂ©e Ă  l’aide de cadrages tarabiscotĂ©s et d’un montage ultra nerveux sans jamais perdre en lisibilitĂ©, Glen Morgan livre un exercice de style d’une rare maestria.

On flirte sans cesse avec la semi-parodie assumĂ©e - que les critiques n’ont sans doute pas su dĂ©celer - tant le rĂ©alisateur s’amuse Ă  grossir le trait dans les rĂ©actions parfois cartoonesques des protagonistes (fĂ©minins comme masculins), courant Ă  l’aveugle dans un dĂ©cor devenu piège de fĂŞte foraine sadique. Le tueur, lui, règne en maĂ®tre dans l’art de la planque, du camouflage et de la mise Ă  mort festive. Et pour les amateurs de gore faisandĂ©, le film ose sans dĂ©tour : arrachages d’yeux en gros plans, festin de chair crue... L’horreur y devient grotesque, presque carnavalesque, dans un jeu du chat et de la souris dont le vrai but est de profaner la culture de NoĂ«l Ă  grands coups d’humour noir corrosif.

Prototype dĂ©viant du slasher de fĂŞtes, Black Christmas ne se prend que rarement au sĂ©rieux — et pourtant, son rĂ©alisme acĂ©rĂ© contredit en permanence cette dĂ©sinvolture, au fil de sĂ©quences brillamment stressantes. DĂ©tonnant et gĂ©nĂ©reux, ce joyau maudit du psycho-killer 2000’s, fausse sĂ©rie B et vraie perle d’inventivitĂ©, mĂ©rite d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ©. Le portrait du tueur, marquĂ© par une maladie corporelle aussi monstrueuse que charismatique, en impose. Tandis que son casting fĂ©minin - pĂŞchu, charmant, dĂ©terminĂ© - affronte cette tempĂŞte d’hĂ©moglobine avec une vaillance qui force l’admiration.

En dĂ©finitive, Black Christmas version 2006 demeure, ni plus ni moins, l’un des meilleurs psycho-killers de sa dĂ©cennie.

*Eric Binford
2èx

Dream Lover. Grand Prix, Avoriaz 86.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alan J. Pakula. 1986. U.S.A. 1h44. Avec Kristy McNichol, Ben Masters, Paul Shenar, Justin Deas, John McMartin, Gayle Hunnicutt. 

Sortie salles France: 2 Avril 1986

FILMOGRAPHIEAlan J. Pakula est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 7 avril 1928 Ă  New York et mort dans un accident de voiture le 19 novembre 1998 Ă  Melville (État de New York)).1969 : Pookie. 1971 : Klute. 1973 : Love and Pain and the Whole Damn Thing. 1974 : Ă€ cause d'un assassinat. 1976 : Les Hommes du prĂ©sident. 1978 : Le Souffle de la tempĂŞte. 1980 : Merci d'avoir Ă©tĂ© ma femme. 1981 : Une femme d'affaires. 1982 : Le Choix de Sophie. 1986 : Dream Lover. 1987 : Les Enfants de l'impasse. 1989 : Ă€ demain, mon amour. 1990 : PrĂ©sumĂ© innocent. 1992 : Jeux d'adultes. 1993 : L'Affaire PĂ©lican. 1996 : Ennemis rapprochĂ©s. 

FlinguĂ© dès sa sortie hexagonale, dĂ» en grande partie Ă  son Grand Prix (injustifiĂ©) Ă  Avoriaz, le mal aimĂ© Dream Lover ne mĂ©ritait pas tant de discrĂ©dit selon mon jugement de valeur, aussi perfectible et parfois incohĂ©rent soit-il (notamment faute d'un montage malhabile et de l'attitude nonsensique de certains protagonistes - le couteau en plastique plantĂ© dans le dos du confrère de Kathy-). Car proposition sincère d'un Fantastique psychanalytique superbement interprĂ©tĂ© par Kristy McNichol (le meilleur rĂ´le de sa carrière, qui, pour le coup, aurait mĂ©ritait un Prix d'InterprĂ©tation), Dream Lover empreinte la thĂ©matique du rĂŞve de manière rĂ©solument adulte eu Ă©gard de son parti-pris scientifique (nous apprenons par exemple qu'une substance chimique secrĂ©tĂ©e par le cerveau nous empĂŞche de  mouvoir notre corps au moment de nos songes nocturnes) et de son rythme languissant dĂ©nuĂ© de fioriture. Sur ce dernier point, il est vrai que son climat Ă  la fois vaporeux, ombrageux et feutrĂ© (qui plus est renforcĂ© de la posture interlope du père de Kathy excellemment endossĂ© par Paul Shenar tout en charisme funeste) peut parfois prĂŞter Ă  la lassitude (on aurait peut-ĂŞtre pu raccourcir le mĂ©trage de 20 minutes) et dĂ©courager le grand public peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter les divertissements languides rĂ©futant une action ostentatoire. 

Mais l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue en suspens reprend souvent le dessus grâce Ă  la fascination exercĂ©e sur le cas de conscience de l'hĂ©roĂŻne hantĂ©e de culpabilitĂ© et qui tentera après moult expĂ©riences de s'extirper de son mal-ĂŞtre. Kathy demeurant profondĂ©ment perturbĂ©e après s'ĂŞtre violemment dĂ©fendue contre un intrus menaçant au sein de son domicile durant une nuit de sommeil. Dès lors, sujette Ă  de frĂ©quents cauchemars malsains, elle finit par accepter de se porter cobaye auprès d'un spĂ©cialiste du sommeil afin d'extĂ©rioriser ses dĂ©mons agitant ses nuits de sommeil. Dans la mesure oĂą celui-ci va peu Ă  peu parvenir Ă  modifier les rĂŞves de Kathy (par le mouvement corporel !) alors que cette dernière se laisse dĂ©river par le somnambulisme pour y confondre rĂ©alitĂ© et illusion. Et ce au point d'intenter Ă  sa propre vie. 

Correctement rĂ©alisĂ© par Alan J Pakula (loin d'ĂŞtre un manchot au vu de son illustre carrière) et servi par le surprenant jeu Ă  la fois fĂ©brile et fragile de Kristy McNichol (DressĂ© pour Tuer), Dream Lover est un intĂ©ressant essai psychanalytique (teintĂ© de futile romance quelque peu attachante) par le biais d'un Fantastique Ă©thĂ©rĂ© Ă  la fois trouble et imprĂ©gnĂ© d'Ă©trangetĂ© (qui plus est renforcĂ© d'Ă©clairages limpides assez poĂ©tiques). Le rĂ©cit s'autorisant des sĂ©quences fantasmatiques sensiblement fascinantes, inquiĂ©tantes ou envoĂ»tantes au grĂ© de la nĂ©vrose morale de l'hĂ©roĂŻne traumatisĂ©e par ses pulsions criminelles qu'elle n'aurait jamais soupçonnĂ©es. A (re)dĂ©couvrir donc, tout du moins chez les amateurs de Fantastique dĂ©pouillĂ© adeptes du 1er degrĂ©.

*Eric Binford.
2èx

mardi 30 novembre 2021

Le Dernier Duel / The Last Duel

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ridley Scott. 2021. U.S.A/Angleterre. 2h33. Avec Matt Damon, Adam Driver, Jodie Comer, Ben Affleck, Harriet Walter, Nathaniel Parker, Sam Hazeldine, Michael McElhatton.

Sortie salles France: 13 Octobre 2021

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus. 2013 : Cartel. 2014 : Exodus: Gods and Kings. 2015 : Seul sur Mars. 2017 : Tout l'argent du monde. 2017 : Alien : Covenant. 2021 : Le Dernier Duel. 2021 : House of Gucci. 2023 : Kitbag. En prĂ©production : Gladiator 2 (titre provisoire). 


Immense, somptueux, magnifique... Scott se taille une seconde naissance. 
2h32 de cinĂ©ma Ă©purĂ© comme on en voit que trop rarement sur nos Ă©crans numĂ©risĂ©s ! VoilĂ  ce que nous propose sur un plateau argentĂ© Ridley Scott terriblement inspirĂ© Ă  retranscrire avec rĂ©alisme historique le dernier duel survenu en France en 1386. Car du haut de ses 83 ans, cela fait bien des dĂ©cennies que je n'avais pas assistĂ© Ă  une oeuvre aussi gracieuse, puissante, limpide et maĂ®trisĂ©e venant de sa part. Tant auprès de sa mise en scène studieuse entièrement dĂ©diĂ©e Ă  la psychologie de ses protagonistes que de sa direction d'acteurs sobrement dĂ©pouillĂ©s jouant communĂ©ment la contrariĂ©tĂ© au sein d'un triangle amoureux. Car entièrement vouĂ© Ă  la cause des femmes en cette Ă©poque fĂ©odale oĂą le patriarcat, la religion et l'obscurantisme ne laissaient que peu de crĂ©dit Ă  la parole fĂ©ministe, Ridley Scott nous conçoit un rape and revenge scindĂ© en 3 temps. C'est Ă  dire relancer l'histoire du point de vue de nos 3 personnages (les 2 rivaux: le chevalier et l'Ă©cuyer, autrefois amis, et leur victime dĂ©sireuse de dĂ©voiler l'esclandre au grand jour au pĂ©ril de sa vie) Ă  travers des flash-back subtilement reconsidĂ©rĂ©s selon l'Ă©motivitĂ© de chacun des personnages. Tant masculin que fĂ©minin. Le 3è chapitre demeurant le plus violent et Ă©prouvant du point de vue subjectif de la femme que Scott radiographie avec une dramaturgie bouleversante. Le champ-contrechamp ne cessant d'y modifier l'emplacement de tel personnage selon les chapitres Ă©voquĂ©s. Passionnant et anxiogène quant aux affrontements psychologiques que s'opposent Jacques Le Gris et Jean de Carrouges ne cessant d'hurler l'arbitraire afin de retrouver sa dignitĂ©, Le Dernier Duel jongle dans la juste mesure, entre fĂ©lonie amicale et violence sexuelle (si actuelle de nos jours, Me Too oblige) en dĂ©pit de son action timorĂ©e que Scott filme brièvement sans trop s'attarder sur l'impact dĂ©vastateur des corps Ă  corps armurĂ©s (tant Ă  cheval que lorsqu'ils combattent Ă  pied). Je songe uniquement aux batailles rangĂ©es dissĂ©minĂ©es en intermittence lors de la première heure. 


Le cinĂ©aste faisant plutĂ´t preuve d'une attention infinie pour nous familiariser auprès de ces 3 personnages peu Ă  peu divisĂ©s par un Ă©vènement dramatique aussi sournois que crapuleux. Le violeur se dĂ©culpabilisant au possible pour substituer sa victime en complice afin de la forcer Ă  ne pas Ă©bruiter l'affaire. Quand bien mĂŞme l'Ă©poux, vaniteux, rĂ©trograde et Ă©goĂŻste mais stoĂŻque et pugnace au front (peu de le dire !), songe plus Ă  son ego plutĂ´t que de servir l'amour de sa femme. Et ce en dĂ©pit de ses Ă©clairs de prise de conscience que celle-ci tente Ă  plusieurs reprises de lui raisonner dans son sens de l'Ă©quitĂ© et de la maternitĂ©. D'une dramaturgie Ă  la fois latente et Ă©thĂ©rĂ©e si bien qu'on ne la voit jamais arriver, Le Dernier Duel invoque une vibrante Ă©motion culminant lors du dĂ©nouement paroxystique oĂą les 2 hommes se combattront avec une fĂ©rocitĂ© sans Ă©gale. VĂ©ritable morceau d'anthologie Ă  l'issue si prĂ©caire que l'on redoute, comme l'hĂ©roĂŻne, en larmes, apeurĂ©e et oppressĂ©e, avec une apprĂ©hension somme toute viscĂ©rale. L'enjeu Ă©manant autant du destin de l'Ă©poux d'un courage hors-pair Ă  nous laisser pantois (qui plus est rongĂ© par la peur de la trahison !), que de celle-ci potentiellement vouĂ©e Ă  brĂ»ler vive si Dieu ne permettait pas la victoire Ă  celui-ci. Probablement l'un des plus impressionnants duels vus au cinĂ©ma puisque traitĂ© avec vĂ©risme nĂ©vralgique eu Ă©gard de son intensitĂ© Ă  la limite du soutenable que Scott transfigure sans fioritures en dĂ©pit de son immense brutalitĂ© primale dĂ©voilĂ©e au compte goutte (les Ă©changes des coups, toujours plus lourds, s'impactant lentement sur les corps dĂ©chiquetĂ©s, faute du poids de leurs armures et de la fatigue corporelle).  


Grand moment de cinéma militant avec tact, pudeur, rigueur et intelligence pour la parole émancipatrice de la femme discréditée par l'autorité patriarcale,
le Dernier Duel nous offre 2h30 durant un affrontement physique et cĂ©rĂ©bral d'une gravitĂ© peu Ă  peu bouleversante Ă  travers les consĂ©quences dĂ©sastreuses du viol Ă©minemment impardonnable. Matt Damon (habitĂ© par ses pulsions frondeuses),  Adam Driver (quel charisme tĂ©nĂ©breux Ă  travers sa large carrure !), Jodie Comer (toute en Ă©lĂ©gance candide presque rĂ©servĂ©e), Ben Affleck (quasi mĂ©connaissable en comte railleur et dĂ©daigneux, puisqu'il m'a fallu 45 minutes pour m'en apercevoir !) s'opposant mutuellement avec une vĂ©ritĂ© humaine sobrement expressive jusqu'Ă  la rĂ©demption finale faisant preuve d'acuitĂ© Ă©motive incontrĂ´lĂ©e. Et s'il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre selon le public le plus drastique, Ridley Scott l'a probablement effleurĂ© au vu des traces qu'il nous laisse dans la rĂ©tine, le coeur et l'encĂ©phale, alors que notre actualitĂ© contemporaine ne cesse de tenter de libĂ©rer la parole de la femme violentĂ©e et bafouĂ©e depuis des siècles de machisme comme nous le rappelle ici dignement le cinĂ©aste Ă  travers le motif "fait-divers".

*Eric Binford. 

samedi 27 novembre 2021

976-Evil / La Ligne du Diable

                                            
                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site primatemaster.blogspot.com

de Robert Englund. 1988. U.S.A. 1h32. Avec Stephen Geoffreys, Jim Metzler, Maria Rubell, Pat O'Bryan, Sandy Dennis

Sortie salles France: uniquement en Dvd. U.S: 24 Mars 1989

FILMOGRAPHIERobert Englund est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 6 Juin 1947 Ă  Glendale, Californie, USA. 2008: Killer Pad. 1989: Freddy, le cauchemar de vos nuits (TV Series) (2 episodes). 1988: 976-Evil.


Le pitch: Après avoir composé un numéro de téléphone leur promettant l'avenir, les citadins d'une bourgade sont victimes des sarcasmes du diable en personne en quête de suppôt influençable. C'est à cet instant qu'intervient Hoax, un jeune ado timoré et mal dans sa peau, délibéré à prendre sa revanche sur ses oppresseurs.

B movie horrifique symptomatique de son Ă©poque dans laquelle il fut conçu, 976 Evil fit les beaux jours des vidĂ©ophiles des annĂ©es 80, aussi mineur soit son contenu terriblement maladroit. L'acteur Robert Englund se prĂŞtant pour la première fois au jeu de la rĂ©alisation sans prĂ©tention aucune au grand dam de son inexpĂ©rience pour autant gratifiante. Si bien que sa rĂ©crĂ©ation horrifique bricolĂ©e avec futile tendresse demeure aussi charmante qu'attachante. Et rien que d'un aspect purement esthĂ©tique, 976 Evil dĂ©gage une sĂ©duisante atmosphère de "teen movie" Ă  l'orĂ©e de la BD macabre, de par sa photo flamboyante Ă©maillĂ©e de dĂ©cors saillants (notamment un impressionnant enfer glacĂ© lors du règlement de compte final). 


Ainsi, Ă  travers la caractĂ©risation approximative de ses personnages franchement caricaturaux (la mère bigote qu'endosse avec plaisante outrance Sandy Dennis Ă  travers sa perruque Ă  bigoudis, le dĂ©tective privĂ© dĂ©ambulant durant tout le mĂ©trage sans parvenir Ă  faire avancer l'intrigue ni Ă©voluer son personnage, la blonde lunaire maladroitement Ă©prise d'affection pour Hoax), 976 Evil nous illustre la quotidiennetĂ© de Spike, jeune charmeur au gros bras batifolant avec sa nouvelle compagne volage (une blondasse qu'incarne Lezlie Deane dans une posture hyper sexy d'avatar de Madonna), accompagnĂ© de son cousin Hoax (endossĂ© par le ouistiti Stephen Geoffreys, chieur hystĂ©rique de Vampires, vous avez dits Vampires), souffre-douleur auprès d'une bande de marginaux dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s. Spike venant frĂ©quemment Ă  sa rescousse tout en encaissant les prĂ©ceptes religieux de la mère d'Hoax fanatisĂ©e par les 10 commandements. Mais un beau soir, (après la prĂ©dication mystique d'une pluie de poissons !?), Spike tombe par mĂ©garde sur un Ă©trange lobby-card lui suggĂ©rant de composer un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. La voix du combinĂ© lui prĂ©disant des Ă©vènements futurs qui s'avĂ©reront payants. Quand bien mĂŞme, un peu plus tard, c'est au tour de Hoax d'y composer le fameux numĂ©ro du diable afin d'y planifier une vengeance morbide en concertation avec Satan. Hoax affichant lors de l'ultime demi-heure une posture de possĂ©dĂ© ricaneur Ă  travers ses exactions gorasses sympathiquement ludiques, pied de nez Ă  la dĂ©ontologie catholique de sa mĂ©gère follingue. 


Méfiez vous quand l'appel est gratuit !
Par consĂ©quent, Ă  travers sa rĂ©alisation inexpĂ©rimentĂ©e, son pitch Ă  la fois dĂ©cousu et prĂ©mâchĂ© (en quoi les prĂ©dictions de Satan sont elles nĂ©cessaires ?, le crĂ©ateur de la ligne tĂ©lĂ©phonique, citoyen lambda, est-il complice auprès des forces du Mal ?), son cast stĂ©rĂ©otypĂ© et la motivation simpliste mais intègre d'Englund de nous distraire avec fantaisie sardonique, 976 Evil fait son petit effet de spectacle dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© du Samedi soir. Notamment grâce Ă  sa facture visuelle tantĂ´t fascinante et sĂ©duisante (mĂŞme auprès de dĂ©cors quelconques), tantĂ´t inquiĂ©tante au grĂ© d'un (original) concept dĂ©bridĂ© loin de passĂ© inaperçu. Ses nombreuses imperfections (indiscutables) extĂ©riorisant un charme innocent assez magnĂ©tique tout en patientant la vendetta d'Hoax avec une stimulante curiositĂ©. 

Dédicace à Seb Lake

*Eric Binford
01/11/19. 147 v
27.11.21. 3èx

Remerciement au blog "le primate indisciplinĂ©" pour sa version HD. 

mercredi 24 novembre 2021

187: Code Meurtre

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"One Eight Seven" de Kevin Reynolds. 1997. U.S.A. 1h59. Avec Samuel L. Jackson, Clifton Collins Jr., Kelly Rowan, John Heard, Tony Plana, Karina Arroyave.

Sortie salles France: 29 Avril 1998

FILMOGRAPHIE: Kevin Reynolds est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 17 Janvier 1952 à San Antonion, Texas. 1985: Une Bringue d'enfer. Histoires Fantastiques (Epis, vous avez intérêt à me croire). 1988: La Bête de Guerre. 1991: Robin des Bois, prince des voleurs. 1993: Rapa Nui. 1995: Waterworld. 1998: 187 Code Meurtre. 2002: La Vengeance de Monte Cristo. 2006: Tristan et Yseult.

Cri d'alarme nĂ©crosĂ© contre la violence scolaire du point de vue d'une dĂ©linquance criminelle sans Ă©thique, 187 Code meurtre nous laisse un goĂ»t de souffre dans la bouche au fil du gĂ©nĂ©rique de fin. Kevin Reynolds retraçant avec une efficacitĂ© vĂ©nĂ©neuse le calvaire moral, ou plutĂ´t la rĂ©silience d'un enseignant dĂ©jĂ  victime de tentative d'homicide sur lui 1 an plus tĂ´t. Acceptant un poste de supplĂ©ant dans un lycĂ©e aussi difficile puisque soumis Ă  la tyrannie de gangs, Trevor Garfield tente malgrĂ© tout d'enseigner ses cours avec une amertume hĂ©las davantage plombante. Samuel L. Jackson portant le film Ă  bout de bras dans sa fonction victimisĂ©e recluse sur lui mĂŞme en dĂ©pit de l'amitiĂ© quelque peu sentimentale qu'il entame avec sa consoeur, Ellen Henry, elle aussi victime d'intimidation et de menaces au grand dam d'un quelconque appui solidaire du cĂ´tĂ© de ses pairs. 

Ainsi, Ă  travers une ambiance peu Ă  peu dĂ©pressive, malsaine et suicidaire, 187 Code Meurtre demeure insidieux, nihiliste, fĂ©tide de par son terrifiant discours sur l'impuissance du corps enseignant ne bĂ©nĂ©ficiant d'aucun soutien juridique, scolaire et judiciaire Ă  travers un dialogue de sourds oĂą chacun se renvoit la balle sans pouvoir faire preuve d'altruisme et de discernement. Or, c'est Ă  partir de cette impasse insupportable que 187 Code meurtre bifurque peu Ă  peu vers une idĂ©ologie rĂ©actionnaire lorsque Trevor dĂ©cide subrepticement de se faire justice Ă  force d'essuyer les menaces et provocations quotidiennes. Le climat inhospitalier demeurant franchement inquiĂ©tant, Ă©touffant (environnement solaire Ă  l'appui) et Ă©peurant, notamment auprès du sort prĂ©caire de celui-ci ayant inĂ©vitablement gĂ©nĂ©rĂ© de futurs règlements de compte Ă  la fois criminels et suicidaires. Par consĂ©quent, Ă  travers un drame social assez captivant, tĂ©nĂ©breux et parfois clippesque (traversĂ© d'une BO rap envoĂ»tante - très atmosphĂ©rique - alors qu'Ă  la base je n'y suis absolument pas fan !), Kevin Reynolds n'y va pas avec le dos de la cuillère pour y dĂ©noncer avec pessimisme et amertume la lassitude de ces enseignants  incapables de diriger leur cours en bonne et due forme, qui plus est discrĂ©ditĂ©s par leur hiĂ©rarchie plus prĂ©occupĂ©e par leur rĂ©putation et leur finance.  


Plus dure sera la chute.
A la fois dĂ©rangeant et malsain, poignant et rĂ©voltant, dĂ©senchantĂ© et sentencieux, 187 Code Meurtre ne nous laisse pas indemne de nous avoir retracĂ© avec force et rĂ©alisme parfois poisseux la dĂ©rive morale d'un enseignant perdant lentement pied avec sa propre Ă©thique. Quand bien mĂŞme nous apprenons au cours du gĂ©nĂ©rique final que le scĂ©nariste fut autrefois professeur dans le système public Ă  Los Angeles. On ne peut plus tristement actuel, c'est donc un cri de dĂ©sespoir dĂ©nuĂ© d'illusions que nous assène froidement Kevin Reynolds, notamment quant au devenir d'une jeunesse dĂ©soeuvrĂ©e abdiquĂ©e par leurs parents et la sociĂ©tĂ©, alors que quelques enseignants forcĂ©ment soucieux de leur avenir tentaient de leur Ă©veiller les valeurs de la pĂ©dagogie, de la dignitĂ© et du respect d'autrui.  

*Eric Binford
3èx

mardi 23 novembre 2021

Nocturnal Animals. Lion d'Or / Grand Prix du Jury, Mostra de Venise 2016

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tom Ford. 2016. U.S.A. 1h56. Avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher.

Sortie salles France: 4 Janvier 2017. U.S: 9 Décembre 2016

FILMOGRAPHIE: Thomas Carlyle Ford, dit Tom Ford, nĂ© le 27 aoĂ»t 1961 Ă  Austin (Texas), est un styliste, acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 2009 : A Single Man. 2016 : Nocturnal Animals. 


"Les plus belles histoires d'amour sont celles qu'on a pas eu le temps de vivre."
Douloureux drame conjugal transplantĂ© dans le cadre du thriller noir, Nocturnal Animals dĂ©gage un sentiment mĂ©lancolique de plus en plus poignant (voir bouleversant Ă  un moment propice) au fil de la dĂ©rive existentielle de son hĂ©roĂŻne, Susan Morrow, galeriste mal dans sa peau Ă  la suite de son Ă©chec marital et celui actuel qu'elle subit dans la fĂ©lonie d'un Ă©poux volage engluĂ© dans son confort. Superbement interprĂ©tĂ© dans une expression humaniste Ă  la fois torturĂ©e et prĂ©venante, Amy Adams et Jake Gyllenhaal forment le duo infortunĂ© au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique dĂ©pouillĂ©e. Le rĂ©alisateur dĂ©peignant scrupuleusement les Ă©crits de Edward Sheffield, l'ex compagnon de Susan dĂ©libĂ©rĂ© Ă  lui prouver ses talents d'Ă©crivain en herbe Ă  travers le rĂ©cit d'un thriller sauvage oĂą la vengeance finira par y souiller la victime en quĂŞte de rĂ©demption. Sa facture visuelle, Texane, demeurant aussi vĂ©nĂ©neuse qu'hypnotique Ă  travers son dĂ©sert crĂ©pusculaire, de jour comme de nuit. A l'instar de la composition faussement frĂ©quentable de l'excellent Michael Shannon en flic mourant adepte d'une violence Ă  la fois expĂ©ditive et contagieuse. 

Ainsi donc, au fil de la lecture qu'amorce Susan, entre fascination et apprĂ©hension, elle se remĂ©more son passĂ© en Ă©tablissant un lien Ă©troit avec les Ă©tats d'âme de son ex Ă©poux, Edward Sheffield (que Jake Gyllenhaal compose dans un rĂ´le bicĂ©phale Ă  travers l'exploration de sa culpabilitĂ© et de son manque de confiance qu'elle lui reprocha autrefois). Or, au fil de la prise de conscience dĂ©munie de Susan en proie au remord et au regret (notamment le fait d'avoir inconsciemment considĂ©rĂ© la parole contradictoire de sa mère rĂ©fractaire Ă  sa 1ère relation maritale), cette fois-ci trahie par son nouvel Ă©poux de la manière la plus sournoise, Nocturnal Animals suscite une pudeur Ă©motive que le spectateur perçoit avec une empathie Ă©prouvĂ©e. Tant auprès de la cruautĂ© psychologique exercĂ©e sur sa profonde solitude et celle, torturĂ©e, d'Edward, que de la sauvagerie des actes des violeurs sans vergogne qu'Edward retranscrit avec un rĂ©alisme brute Ă  travers son livre cathartique. 


"Il y aura toujours des histoires d'amour qui se frôleront du bout des doigts et qui prendront vie dans les pensées. Ce sont celles-ci qui durent toute une vie..."
D'une vibrante Ă©motion jamais outrĂ©e, puisque contenue et introvertie sous l'impulsion d'une Amy Adams d'une fragilitĂ© timorĂ©e, Nocturnal Animals exploite brillamment le drame psychologique en dissĂ©quant les Ă©tats d'âme bafouĂ©s du couple en quĂŞte d'absolution. Spoil ! La conclusion, froide, inquiĂ©tante et bouleversante, s'autorisant un parti-pris mĂ©lodramatique que le spectateur subira impuissant la gorge nouĂ©e au grĂ© du score sensible, sentencieux d'Abel Korzeniowski (rĂ©sonnant bien au-delĂ  de la projection). Fin du Spoil.

*Eric Binford
2èx

Récompenses:

Mostra de Venise 2016 : Lion d'argent - Grand prix du jury

Golden Globes 2017 : Golden Globe du meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Aaron Taylor-Johnson

David di Donatello 2017 : Meilleur film étranger

Festival Polar de Cognac 2017 : « POLAR » 2017 du Meilleur Film Long MĂ©trage International de CinĂ©ma

jeudi 18 novembre 2021

Last night in Soho / Dernière nuit à Soho

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Edgar Wright. 2021. Angleterre. 1h56. Avec Thomasin McKenzie, Anya Taylor-Joy, Matt Smith, Terence Stamp, Sam Claflin, Diana Rigg, Michael Ajao

Sortie salles France: 27 Octobre 2021 (int - 12 ans). U.S: 29 Octobre 2021 (int - 17 ans).

FILMOGRAPHIE: Edgar Wright est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© le 18 avril 1974 Ă  Poole, dans le Dorset (Royaume-Uni). 1994 : A Fistful of Fingers. 2004 : Shaun of the Dead. 2007 : Hot Fuzz. 2010 : Scott Pilgrim. 2013 : Le Dernier Pub avant la fin du monde. 2017 : Baby Driver. 2021 : The Sparks Brothers (documentaire). 2021 : Last Night in Soho. 


"Et le miroir se brisa."
La résurgence du Psycho-killer artisanal au sens le + gracieux.
Nouveau maĂ®tre du divertissement au sens le plus noble enchaĂ®nant les surprises Ă  rythme quasi mĂ©tronomique, Edgar Wright ne dĂ©roge pas Ă  la règle qualitative avec son dernier nĂ©, Last Night in Soho. Pur thriller Hitchockien mâtinĂ© de Giallo Ă  la Argento taillĂ© sur mesure Ă  travers sa mise en scène capiteuse oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, Last Night in Soho est un pur plaisir de cinĂ©ma comme on en voit que trop rarement dans le paysage ludique. La rĂ©alisateur parvenant mĂ©ticuleusement Ă  nous introduire dans le conscience paranoĂŻde de l'hĂ©roĂŻne sous l'impulsion d'un pitch redoutablement solide pour qui raffole de psycho-killer schizo Ă  l'aura nĂ©vralgique. Dans la mesure oĂą l'alchimiste Edgar Wright, terriblement inspirĂ© par son rĂ©cit labyrinthique (c'est peu de le dire), parvient Ă  nous mener par le bout du nez en tĂ©lescopant admirablement les genres (Fantastique, Musical, Romance, Thriller, Drame psychologique, Horreur) avec une sagacitĂ© forçant le respect. L'Ă©motion hybride, Ă  la fois inquiĂ©tante et féérique nous emportant dans un vortex de sĂ©quences musicales oĂą les tubes des annĂ©es 60 se mĂŞlent Ă  la pop-rock contemporaine. L'intrigue se focalisant sur l'ambition d'une jeune crĂ©atrice de mode partie s'exiler Ă  Londres pour tenter de percer dans le milieu. 


Or, Ă  partir du moment oĂą celle-ci emmĂ©nage dans le quartier, elle est victime de visions Ă  la fois enchanteresses et cauchemardesques en s'identifiant auprès du personnage de Sandie, chanteuse de music-hall dans les annĂ©es 60. Peu Ă  peu, au fil d'hallucinations davantage prĂ©gnantes et agressives, Eloise perd pied avec la rĂ©alitĂ© au point de virer vers une dĂ©rive potentiellement psychotique. Autant dire que le spectateur, dĂ©routĂ© par cette Ă©nigme sinueuse, essaie de dissĂ©quer sa psychologie torturĂ©e avec une apprĂ©hension toujours plus opaque et Ă©peurante. HabitĂ©e par son rĂ´le bicĂ©phale auquel nous nous identifions cĂ©rĂ©bralement Ă  son dĂ©sarroi (Ă  croire qu'elle finit par nous possĂ©der par la puissance sensorielle des images baroques dĂ©filant avec une musicalitĂ© Giallesque façon Goblin), Thomasin McKenzie transperce l'Ă©cran (et les miroirs !) avec une expression exorbitĂ©e Ă  la fois poignante et malaisante. Son parcours moral en perdition s'apparentant Ă  une course effrĂ©nĂ©e pour la quĂŞte de vĂ©ritĂ© Ă  travers une investigation criminelle toujours plus ombrageuse quant on y cultive le faux semblant. Quand bien mĂŞme l'illustre Anya Taylor-Joy se fond dans le corps langoureux d'une danseuse de music-hall avec l'Ă©lĂ©gance charnelle qu'on lui connait Ă  travers ses yeux noirs perçants souillĂ©s par ..............................


"Terror Eyes.
"
Hommage passionnel aux thrillers psychologiques et psycho-killers macabres que les plus grands cinĂ©astes ont su marquer de leur empreinte infaillible (on peut Ă©galement Ă©voquer Polanski pour  RĂ©pulsion et Nicolas Roeg pour Ne vous retournez pas selon les aveux de Wright jamais Ă  court de rĂ©fĂ©rences subtilement Ă©thĂ©rĂ©es), Last night in Soho relève la gageure de les honorer avec un brio formel, Ă©motionnel et technique hypnotisant. L'expĂ©rience, Ă  la fois dĂ©routante, fascinante, ensorcelante et dĂ©rangeante demeurant d'une intensitĂ© dramatique dĂ©gingandĂ©e. Si bien que le spectateur absorbĂ© par l'Ă©trangetĂ© de cette proposition "pailletĂ©e", orange sanguine, ne parvient pas Ă  maitriser ce que dĂ©roule lentement le cinĂ©aste sous nos yeux jusqu'au dĂ©nouement antithĂ©tique (et ce sans argument tarabiscotĂ©), feu d'artifice cathartique Ă  l'Ă©motivitĂ© disparate. Futur classique, sans se soucier de son Ă©ventuelle dĂ©gradation temporelle.     

*Eric Binford

mercredi 17 novembre 2021

Dredd

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pete Travis. Angleterre/Afrique du Sud. 2012. 1h35. Avec Karl Urban, Olivia Thirlby, Lena Headey, Domhnall Gleeso.

Sortie salles France: 16 Septembre 2012, uniquement en avant-première à l'Etrange Festival. U.S.A. 21 Septembre 2012. Belgique: 21 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Pete Travis est un réalisateur britannique né à Manchester en Angleterre.
2008: Angles d'attaque. 2009: Endgame. 2012: Dredd. 


Si le nanar Judge Dredd campé par un Stallone cabotin fut un échec cuisant lors de sa sortie en 1995, sa réactualisation entreprise aujourd'hui par un réal pourtant novice va définitivement inhumer le pudding édulcoré de Danny Cannon

Le pitch: Dans une sociĂ©tĂ© futuriste totalitaire rĂ©gie par des juges pugnaces, Dredd et sa nouvelle recrue, Anderson, doivent faire face Ă  un cartel de la drogue manoeuvrĂ© par une psychopathe notoire. Alors qu'ils sont sur le point de mettre sous les verrous l'un de ses alliĂ©s, la matriarche "ma-ma" dĂ©cide de boucler l'immeuble pour les embrigader en invoquant Ă  la population de les dĂ©ssouder. 

Ainsi donc, ceux qui attendaient désespérément une version cinématographique emblématique du comics créé par John Wagner risquent bien de jubiler à la vue de cet actionner bourrin dédié à la subversion ultra violente. Caractérisé d'un scénario simpliste mais redoutablement haletant de par son enchaînement d'action décomplexée, Dredd nouveau cru est un plaisir innocent à la générosité difficilement perturbable.


Avec peu de décors (l'essentiel de l'action se focalisant derrière les murs anti-atomiques d'une gigantesque tour), le réalisateur Pete Travis réussit à nous immerger de plein fouet dans l'urbanisation d'une cité futuriste en décrépitude. Un monde irradié et déshumanisé où drogue et criminalité y sont un fléau permanent sous l'allégeance d'une criminelle sanguinaire (elle dépèce vivant ses adversaires qui empiètent son territoire avant de les droguer et de les éjecter du haut de 200 étages !). Avec sa photo cristalline saturée de teintes fluos, cette mouture hardgore utilise harmonieusement une palette de couleurs criardes afin de mettre en exergue les nombreuses effusions sanguinolentes qui en émanent. Notamment quelques plages de poésie fantasmagorique, tels ces effets hallucinogènes de la nouvelle drogue "slo-mo" produisant chez le sujet un effet de ralentissement sur la notion temporelle ! Pour ce qui concerne les péripéties encourues chez nos deux baroudeurs pourvus d'armes high-tech (gadgets à l'appui !), Pete Travis ne cesse de leur faire subir moult épreuves de survie au sein d'un immeuble infesté de tueurs et de quidams corrompus. Ainsi, à l'instar d'une compétition, nos deux héros doivent affronter subterfuges et rixes cinglantes face à des antagonistes toujours plus déterminés (telle cette embuscade furibonde à la sulfateuse, morceau d'anthologie du film !) et tenter d'obstruer la mégère dégénérée.


Dans le rôle titre, Karl urban s'en sort avec les honneurs pour incarner le nouveau justicier impassible. S'il peut paraître au départ un poil rigide dans sa posture héroïque à la mâchoire contractée, il réussit fissa à s'imposer en héros flegmatique, sensiblement épris de conscience humaniste depuis l'indulgence de sa co-équipière. La charmante Olivia Thirlby prêtant son talent pour endosser de façon circonspecte une mutante douée de pouvoirs psychiques, mais aussi de compassion chez les déshérités. Enfin, en baronne de la drogue burinée d'une cicatrice sur le visage, Lena Headey se révèle aussi délectable que méprisable lors de ses agissements sanguinaires afin de prouver son autorité inébranlable à une populace disciplinée. On peut même prétendre qu'elle crève l'écran.


Escape from Mega City One
Ultra violent, bourrin, gore, immersif et surtout redoutablement jouissif, Dredd se coltine en prime d'une bande-son Ă©lectro Ă©moustillante afin d'y scander les pĂ©ripĂ©ties explosives qui empiètent le rĂ©cit. Honteusement ignorĂ© en salles dans l'hexagone, ce film d'action furibond, symptomatique de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e, insuffle une vigueur et un charisme animal face Ă  la dĂ©liquescence urbaine d'une sociĂ©tĂ© en perdition. Juste avant de lever un voile d'espoir en la prĂ©sence clairvoyante de la mutante clĂ©mente. Une perle du genre Ă  ne pas rater. 

Eric Binford
03.01.13
17.11.21. 
23.10.24. Vostfr