samedi 6 avril 2024

The Neon Demon

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Nicolas Winding Refn. 2016. France/U.S.A/Danemark. 1h57. Avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee Kershaw, Desmond Harrington, Christina Hendricks.

Sortie salles France: 8 Juin 2016. U.S: 24 Juin 2016 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Nicolas Winding Refn est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur danois, né le 29 septembre 1970 à Coppenhague (Danemark). 1996: Pusher. 1999: Bleeder. 2003: Inside Job. 2004: Pusher 2. 2005: Pusher 3. 2008: Marple - Nemesis (télé-film). 2009: Bronson. 2010: Valhalla Rising. 2011: Drive. 2012: Only God Forgives. 2016: The Neon Demon.


Mea culpa
(Revoyure d'une) charge fĂ©roce contre l'univers pailletĂ© de la mode dans sa forme (ultra) superficielle, The Neon Demon laisse des traces dans l'encĂ©phale après que nous ayons observĂ© (en mode contemplatif) la descende aux enfers d'une mannequin de 16 ans initiĂ©e au narcissisme le plus dĂ©shumanisant. C'est ce que Nicolas Winding Refn nous relate progressivement lors de son introspection professionnele avec souci esthĂ©tique obsessionnel (chaque plan chiadĂ© nous Ă©clate Ă  la figure tel un feu d'artifices nĂ©crosĂ©) tout en lui confrontant en contrepoint un duo de rivales Ă©lectrisantes de soif de cĂ©lĂ©britĂ©. Des poupĂ©es barbies dĂ©nuĂ©es d'expressivitĂ© dans leur posture ultra guindĂ©e entièrement soumise Ă  leur (sur)ego. Discours sur les consĂ©quences dĂ©gĂ©nĂ©ratives de l'Ă©litisme, sur l'addiction de la chirurgie et ses apparences fallacieuses et sur la dĂ©chĂ©ance morale au sein de la compĂ©titivitĂ© du mannequinat, The Neon Demon dilue un climat glaçant de bassesse, d'abĂŞtissement, de silence terrifiant n'ayant rien Ă  envier aux univers troubles lynchĂ©ens. 

Notamment en se rĂ©fĂ©rant aux bizarreries horrifico-fantasmagoriques qui empoisonnent le rĂ©cit Ă  renfort d'images lascives, lĂ©chĂ©es, aussi fascinantes que malaisantes ou encore dĂ©rangĂ©es. Et si l'Ă©trange Ă©motion, qui s'instille au cours du vĂ©nĂ©neux rĂ©cit demeure sciemment timorĂ©e, dĂ©stabilisante, dĂ©concertante, voir Ă©galement frĂ©quemment impassible, c'est pour mieux perdre nos repères dans ce dĂ©dale charnel de beautĂ© funeste. L'absence d'Ă©thique, d'affection, d'humanitĂ© des personnages fĂ©minins (mais aussi masculins, Ă  l'exception du petit ami de Jesse non corrompu) nous sautant sournoisement Ă  la figure, tels des androĂŻdes huppĂ©s au regard perçant dĂ©nuĂ©s de charitĂ©. Leur sensibilitĂ© s'Ă©tant noyĂ© dans un vivier (d'acide) pĂ©cunier faute de s'ĂŞtre dĂ©voyĂ©es au concours d'une beautĂ© esthĂ©tique asexuĂ©e (elles ne sont que des plantes aseptiques soumises Ă  leur hiĂ©rarchie castratrice). Et ce avant de se complaire dans un cannibalisme ordurier pour tenter d'accĂ©der en un temps si furtif (passĂ© l'âge de 20 ans, elles sont dĂ©jĂ  hors course) Ă  la quintessence artistique. 

Expérience onirico-sensuelle substituée en offrande fétide, The neon Demon ne peut laisser indifférent à travers sa puissance formelle autant que morale faute de nous avoir projeté avec provocation (et une certaine dérision sardonique propre à la satire vitriolée) un tableau dérisoire sur la noblesse féminine la plus sournoise et délétère quand elle ne compte que sur son corps, son apparence pour être aimée et starisée.

*Bruno
2èx. Vo
06.04.24
02.09.16.

jeudi 4 avril 2024

Frenzy

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alfred Hitchcock. 1972. Angleterre. 1h56. Avec Jon Finch, Barry Foster, Anna Massey, Barbara Leigh-Hunt, Alec McCowen, Vivien Merchant, Billie Whitelaw.

Sortie salles France: 26 Mai 1972

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.

Avant dernier mĂ©trage du maĂ®tre du suspense alors que pour la 1ère fois de sa carrière il fut interdit aux - de 17 ans Outre Atlantique, Frenzy est un excellent thriller horrifique Ă©maillĂ© de saillies d'humour noir et de sĂ©quences dĂ©calĂ©es plutĂ´t impayables (les brouets que l'Ă©pouse de l'inspecteur Oxford lui occasionne chaque soir). "Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux, et très… très long". C'est ce que l'on nous dĂ©voile lors du premier homicide qu'Hitchcock façonne avec une Ă©vidente provocation vĂ©riste (symptomatique des Seventies) tant l'aura malsaine qui Ă©mane du huis-clos et des regards torturĂ©s entre tueur et victime invoquent un malaise palpable assez dĂ©rangeant (d'oĂą son interdiction aux - 17 ans). Hitchcock ne lĂ©sinant pas sur les images d'effroi Ă  la fois cruelles, perverses, violentes lorsque l'assassin s'acharne d'y Ă©trangler sa proie Ă  l'aide d'une cravate après l'avoir violĂ© (corps Ă©tonnamment dĂ©nudĂ© Ă  l'appui de la part du cinĂ©aste rĂ©signĂ© Ă  se renouveler). Or, c'est bel et bien l'unique meurtre que nous subirons si bien que les suivants (clairsemĂ©s) seront intelligemment soumis au hors-champs afin de ne pas sombrer dans une horreur gratuite trop complaisante (on peut d'ailleurs relever un superbe plan sĂ©quence rĂ©alisĂ© en marche-arrière afin de suggĂ©rer l'horreur de l'agression que nous redoutions sans ambages). 

Passionnant d'y renouer avec la thématique du faux-coupable que ce dernier subira lors d'un concours de circonstances à la fois insidieuses, infortunées et vindicatives, notamment parmi le témoignage grossier du préjugé (réflexion acide sur les commérages et le faux semblant), l'intrigue est établie du point de vue de cette victime irascible (en somme un connard machiste, pour ne pas dire misogyne) constamment piégée d'une accumulation d'incidents sardoniques qu'Hitchcock ose mettre en exergue sans complexe aucun. D'où l'aspect moderne de son thriller à suspense jonglant avec une alchimie goguenarde auprès d'un humour caustique aussi grinçant que jubilatoire. Quand bien même on reste autant surpris par l'imprévisibilité des prochains meurtres sachant qu'Hitchcock se délecta bien avant ses exactions de nous familiariser auprès de femmes raisonnables afin de mieux nous ébranler lors des passages à l'acte. La franche empathie pour elles fonctionnant à plein régime au point de se dire qu'il n'oserait se permettre pareils sacrifices. Quant aux acteurs british aux visages assez peu habituels, ils jouent autant sur la dérision (tacite pour certains) et la réflexion hésitante que sur la gravité morale de se confondre dans une scénographie Londonienne à la fois inquiétante, malsaine, insécure même si tout est suggéré et qu'aucune délinquance ne vienne entacher le tableau dérisoire.

Brillant, couillu et drĂ´lement noir pour son horreur macabre (tristement) contemporaine. 

*Bruno
2èx

mardi 2 avril 2024

Hellraiser (2022)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Bruckner. 2022. U.S.A. 2h01. Avec Odessa A'zion, Jamie Clayton, Adam Faison, Drew Starkey, Brandon Flynn, Aoife Hinds 

DiffusĂ© sur Paramount + le 15 octobre 2023 

FILMOGRAPHIEDavid Bruckner est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain né en 1977 ou 1978. 2007 : The Signal (coréalisé par Dan Bush et Jacob Gentry). 2011 : Talk Show (court métrage). 2012 : V/H/S - segment Amateur Night. 2015 : Southbound - segment The Accident. 2017 : Le Rituel (The Ritual). 2019 : Creepshow (série TV) - 2 épisodes. 2020 : La Proie d'une ombre (The Night House). 2022 : Hellraiser.

Très bonne surprise que ce reboot conçu par David Bruckner (Le Rituel, la Proie d'une Ombre) après avoir Ă©tĂ© plusieurs fois repoussĂ© par d'autres cinĂ©astes (dont Pascal Laugier en froid avec les producteurs car dĂ©sireux d'un objet plus conforme et ludique). Et si cet Hellraiser 2022 n'atteint pas Ă  mes yeux le niveau qualitatif des 2 premiers opus dans toutes les mĂ©moires des initiĂ©s, il demeure de loin le meilleur opus de tout ce qui a suivi ensuite pour le pire (dans 90% des cas si j'ose dire). Rien qu'au niveau de l'interprĂ©tation juvĂ©nile fort convaincante (Odessa A'zion en marginale Ă  la fois perplexe, paumĂ©e et torturĂ©e vampirise l'Ă©cran par son humanisme nĂ©vralgique inspirant d'autre part l'ambiguitĂ© morale), du design des nouveaux cĂ©nobites rĂ©gentĂ©s par une matrone dĂ©moniale assez charismatique pour inspirer apprĂ©hension, fascination, dĂ©goĂ»t, des sĂ©quences gores de tortures extrĂŞmes particulièrement viscĂ©rales, Hellraiser 2022 a tout pour sĂ©duire en dĂ©pit d'un traitement contemporain qui diffère bien que son approche SM s'inscrit dans ce mĂŞme goĂ»t de provocation sulfureuse. Ainsi, Ă  travers le caractère Ă  nouveau intrigant du cube casse-tĂŞte, l'efficacitĂ© du rĂ©cit narrĂ© sans temps mort (Ă  contrario de ce que j'ai pu entendre auprès de sa première partie - il faut bien planter l'intrigue et faire connaissance avec les personnages -) dĂ©pend de l'attitude censĂ©e d'une soeur dĂ©sespĂ©rĂ©e tentant de retrouver en vie son frère et de le sauver des forces du Mal en s'invitant dans une demeure suspicieuse.

Et ce tout en illustrant de façon toujours plus insĂ©cure les rĂ©actions fĂ©briles de ses amis mutuellement en proie au doute, Ă  l'espoir, la peur, l'interrogation, la fascination aussi, de se laisser dĂ©river vers un univers singulier Ă©chappant Ă  leur raison (et parfois mĂŞme leur contrĂ´le mental pour les plus vĂ©reux et proscrits). David Bruckner exploitant Ă  l'aide d'idĂ©es visuelles retorses l'enceinte de cette demeure abandonnĂ©e rĂ©duite en cage de fer semblable Ă  un cube gĂ©ant. Avec une judicieuse utilisation d'hallucinations Ă©peurantes que les martyrs perçoivent dans leurs tourments avant l'apparition dantesque d'un Leviathan, clin d'oeil aussi fantasque et disproportionnĂ© Ă  l'opus 2 rĂ©alisĂ© par Tony Randel, ici rĂ©alisĂ© avec des FX numĂ©riques tout Ă  fait rĂ©alistes afin de s'immerger dans cet univers mortifiĂ© autrement blafard. On peut enfin Ă©galement relever en guise de trouvaille impromptue un rebondissement bien amenĂ© vers ses 40 ultimes minutes afin de crĂ©er la surprise puis renforcer le caractère insidieux de tout un chacun lorsque l'homme avide de pouvoir est en requĂŞte de transaction interdite, de plaisirs corporels les plus trash et dĂ©viants. Et sur ce point rĂ©pulsif, Hellraiser 2022 possède dans sa maudite besace nombre de sĂ©quences hardcore quasi Ă©mĂ©tiques de par son rĂ©alisme cru plus vrai que nature explosant dans la dernière demi-heure. Tout du moins dans la majoritĂ© des cas car si d'autres sĂ©quences numĂ©riques font un tantinet tâche, on croit nĂ©anmoins Ă  ce que l'on voit et subi avec une rĂ©pulsion viscĂ©rale suscitant le haut le coeur (pour les plus sensibles du moins, ce qui fut facilement mon cas). Et puis comme on dit si bien, plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleure l'Ă©preuve sera, si bien que l'acteur croato-amĂ©ricain Goran Višnjić (Urgences !) inspire vĂ©ritablement le dĂ©goĂ»t en collectionneur d'oeuvre d'art nanti entièrement soumis Ă  ses instincts pervers les plus licencieux. L'acteur cassant son image docile avec une haine expressive assez vigoureuse pour inspirer l'aversion. 

Etrange et inquiĂ©tant, choquant et rĂ©vulsif auprès d'un rĂ©alisme couillu, Hellraiser 2022 prend son sujet au sĂ©rieux pour relancer la machine Ă  frissons SM avec assez d'efficacitĂ© et d'intelligence pour s'extirper du produit mercantile. Alors offrez lui sa chance car il mĂ©rite bien le coup d'oeil, et au-delĂ  (j'en Ă©tais au second visionnage encore plus attrayant). 

*Bruno
2èx. vf

Ambulance

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Bay. 2021. U.S.A. 2h16. Avec Jake Gyllenhaal, Yahya Abdul-Mateen II, Eiza González, Garret Dillahunt, A Martinez, Keir O'Donnell, Moses Ingram, Wale Folarin, Colin Woodell

Sortie salles France: 23 Mars 2022

FILMOGRAPHIE: Michael Benjamin Bay nĂ© le 17 fĂ©vrier 1965 Ă  Los Angeles (Californie), est un rĂ©alisateur, producteur et acteur amĂ©ricain. 1995 : Bad Boys. 1996 : Rock. 1998 : Armageddon. 2001 : Pearl Harbor. 2003 : Bad Boys 2. 2005 : The Island. 2007 : Transformers. 2009 : Transformers 2 : La Revanche. 2011 : Transformers 3 : La Face cachĂ©e de la Lune. 2013 : No Pain No Gain. 2014 : Transformers : L'Ă‚ge de l'extinction. 2016 : 13 Hours. 2017 : Transformers: The Last Knight. 2019 : Six Underground. 2022 : Ambulance. 

On peut peut-ĂŞtre parler de gageure que d'avoir tenter de nous tenir en haleine 2h14 durant (paradoxalement on ne compte que 2 mns de gĂ©nĂ©rique de fin !) sur le concept balisĂ© du road movie (ici alerte). Dans la mesure oĂą Michael Bay parvient Ă  ne jamais relâcher la pression face aux actions d'un duo de braqueurs tentant d'arpenter Los Angeles dans une ambulance dĂ©robĂ©e, avec, Ă  bord, un flic grièvement blessĂ© et une infirmière s'efforçant de le maintenir en vie en dĂ©pit des courses-poursuites incessantes amorcĂ©es entre eux et forces de l'ordre (tant en voiture qu'en hĂ©lico) dĂ©cuplĂ©es en masse. Or, afin de nourrir puis relancer l'intensitĂ© des enjeux prĂ©caires (maintenir en vie l'otage Ă  tous prix, notamment pour Ă©viter de trĂ©passer sous les balles de snipers, dĂ©jouer les renforts policiers dĂ©pĂŞchĂ©s Ă  tous coins de rue), Michael Bay utilise sa camĂ©ra tel un joujou technique Ă  travers sa mise en scène expĂ©rimentale Ă  donner le vertige. Les angles de camĂ©ra ultra alambiquĂ©s fusant tous azimuts avec fluiditĂ©, les drones survolant l'espace urbain avec vĂ©locitĂ©; de manière Ă  dynamiter l'action, maintenir la tension au sein d'une ville tentaculaire filmĂ©e tel un documentaire. Michael Bay filmant avec inventivitĂ© ses pyrotechnies sous tous les angles expĂ©rimentaux au risque parfois d'empiĂ©ter sur le plaisir du spectateur "insatiable" privĂ© de l'intĂ©gralitĂ© de l'action. 

Quant aux acteurs très attachants dans leur fonction (anti)hĂ©roĂŻque de braqueurs stoĂŻques multipliant bravoures, risques suicidaires, discordes morales et indulgences auprès de l'infirmière et l'otage en instance de survie, nous Ă©prouvions une inĂ©vitable empathie en dĂ©pit d'un Jake Gyllenhaal Ă©tonnamment Ă  l'aise en braqueur furibard davantage erratique car Ă  deux doigts d'opĂ©rer des intentions criminelles lourdes de consĂ©quences. EmaillĂ© de rebondissements aussi dingues qu'improbables (la chirurgie improvisĂ©e au sein de l'ambulance, les mafieux mexicains Ă  la rescousse des braqueurs pour mieux dĂ»per la police), Ambulance parvient toutefois Ă  transcender ses idĂ©es capilotractĂ©es de par son humour parfois hilarant (rien qu'au niveau des rĂ©pliques cinglantes, me suis surpris Ă  rire nerveusement) qui empiète le rĂ©cit Ă  juste dose. Et si Ambulance n'est ni un chef-d'oeuvre ni un grand film, ce qu'il ne cherche jamais Ă  ĂŞtre, il reste jusqu'Ă  l'ultime image très efficace pour asseoir une rĂ©putation d'excellent divertissement tout en y incluant une vĂ©ritable Ă©motion dans la fratrie lors de son happy-end Ă  la fois tragique et rĂ©dempteur. Des sĂ©quences intimistes Ă©mouvantes qui parviennent lĂ  encore Ă  excuser ses ficelles afin de pardonner les actes rĂ©prĂ©hensibles d'un des 2 braqueurs. Ambulance s'Ă©rigeant Ă©galement en rĂ©cit initiatique quant Ă  l'humanisme torturĂ© de Will endossĂ© avec force, incertitude et dĂ©sarroi par l'afro Yahya Abdul-Mateen II tĂ©moignant des incartades de son frère avec un discernement davantage appuyĂ©. Quant Ă  Eiza González, si on ne peut s'empĂŞcher de la comparer Ă  l'actrice Michelle Rodriguez, elle demeure toutefois suffisamment expressive dans ses Ă©motions intimes Ă  la fois caractĂ©rielles et dĂ©munies pour se dĂ©tacher de l'emprise de l'avatar. 

Un divertissement exhaustif donc auprès de nos attentes ludiques,  gĂ©nĂ©reusement explosif, Ă©motif, palpitant, que Michael Bay illustre avec une ambition technique aussi personnelle que rĂ©flĂ©chie tout en nous faisant vibrer ses personnages peu recommandables.

*Bruno
2èx

samedi 30 mars 2024

Haute Tension. Grand Prix du Film Fantastique, Catalogne 2003.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site allocine.fr

d'Alexandre Aja. 2003. France. 1h30. Avec Cécile de France, Maïwenn, Philippe Nahon, Franck Khalfoun, Andreï Finti, Oana Pellea.

Sortie salles France: 18 Juin 2003 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 7 Août 1978 à Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns. 2016: La Neuvième Vie de Louis Drax. 2019: Crawl.

Un sommet du gore frenchie profondĂ©ment malsain, infernal, redoutable. 

ConsidĂ©rĂ© comme une bombe lors de sa sortie, tant auprès de la critique que du public, et ce en dĂ©pit de son Ă©chec commercial, Haute Tension n'a strictement rien perdu de sa vigueur horrifique quelques dĂ©cennies plus tard. Au point mĂŞme de reconsidĂ©rer son final rĂ©vĂ©lateur tant dĂ©criĂ© (si bien que j'en fis parti Ă  3 reprises) alors qu'aujourd'hui Ă  la revoyure d'une 4è projo je fus littĂ©ralement traumatisĂ© par ce rebondissement finalement cohĂ©rent Spoil ! quant Ă  l'homosexualitĂ© refoulĂ©e d'un personnage aussi dĂ©sarmĂ© que profondĂ©ment esseulĂ© de ne pouvoir ĂŞtre aimĂ© par l'ĂŞtre cher Fin du spoil. Mais alors pourquoi Haute Tension reste une rĂ©fĂ©rence du genre avec cette fameuse rĂ©putation d'avoir su rivaliser avec les prods ricaines les plus notoires ? Parce que Alexandre Aja traite son sujet très au sĂ©rieux, rĂ©invente les codes avec cette volontĂ© farouche d'y terroriser le spectateur auprès d'un parti-pris jusqu'au boutiste pour son ultra violence gorasse dĂ©ployĂ©e Ă  gros bouillon. Qui plus est, bĂ©nĂ©ficiant d'une direction artistique irrĂ©prochable, Aja soigne son ambiance Ă  la fois insĂ©cure et si fĂ©tide auprès d'un environnement nocturne aussi Ă©touffant que malaisant. Immersion assurĂ©e en y redoutant incessamment la prochaine sĂ©quence impitoyable que l'on nous illustre sans fard et encore moins de fioriture. 

Les victimes dĂ©munies, paralysĂ©s de frayeur tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'Ă©chapper au tueur fou (qu'endosse avec une aura aussi viciĂ©e que dĂ©bauchĂ©e l'impressionnant Philippe Nahon humectĂ© de sueur chaude sur son visage adipeux) avec une impuissance humaniste Ă  la limite du tolĂ©rable. Aja parvenant constamment Ă  entretenir une tension permanente auprès de ses victimes lâchement persĂ©cutĂ©es, en utilisant notamment des jumps-cares ultra efficaces afin de nous terroriser comme si nous Ă©tions Ă  l'intĂ©rieur de la demeure champĂŞtre, théâtre d'abominations crapuleuses. Si bien que l'ultra brutalitĂ© qui dĂ©coule des exactions putassières a de quoi franchement choquer, mĂŞme auprès des spectateurs les plus blasĂ©s, en dĂ©pit des provocateurs machistes n'ayant peur de rien se vanteront-ils. Quant au tendre duo formĂ© par CĂ©cile de France et MaĂŻwenn, celles-ci parviennent naturellement Ă  donner corps Ă  leur personnage torturĂ© avec une finesse de jeu expressif, entre nĂ©vralgie apeurĂ©e et crises de larmes aux confins de la folie dĂ©pressive. Portant le rĂ©cit sur leurs Ă©paules autour du monstre Nahon, nos deux jouvencelles contournent facilement les clichĂ©s de la potiche Ă©cervelĂ©e avec une fragilitĂ© humaniste pour autant dĂ©brouillarde et finalement combattive auprès de leur initiation Ă  la survie. 


Schizophrenia
De par son ambiance morbide indĂ©crottable Ă©paulĂ© d'un score funeste aussi monocorde que lancinant qui imprègne chaque image crĂ©pusculaire, Haute Tension fascine et dĂ©range au possible Ă  travers son concentrĂ© d'horreur licencieuse et d'âpre terreur que le spectateur perçoit entre fascination morbide et malaise viscĂ©ral d'une rigueur morale proche du traumatisme. Comme le souligne d'autant mieux son impensable final incongru d'une dramaturgie cĂ©rĂ©brale aussi rude qu'accablĂ©e. 

*Bruno
4èx

Babysitter Wanted

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de  Jonas Barnes et Michael Manasseri. 2008. U.S.A. 1h26. Avec Sarah Thompson, Matt Dallas, Bruce Thomas, Kristen Dalton, Bill Moseley, Nana Visitor.

DTV

FILMOGRAPHIE: Michael Manasseri (nĂ© le 28 fĂ©vrier 1974 Ă  Poughkeepsie, New York) est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 2008: Babysitter Wanted. 


OubliĂ©e aujourd'hui, cette sympathique sĂ©rie B demeure si charmante et attachante qu'on jurerait qu'elle fut rĂ©alisĂ© fin 80 / dĂ©but 90 si j'ose dire. D'ailleurs on pense Ă©videmment au chef-d'oeuvre de Fred Walton "Terreur sur la Ligne" mais aussi Ă  "House of the devil", tant pour l'ambiance obscure impartie au psycho-killer "harceleur tĂ©lĂ©phonique", que de la dĂ©rive dĂ©moniale du second acte faisant intervenir un rebondissement aussi couillu qu'improbable. Et si Ă  cause d'un certain personnage peu expressif (pour ne pas spoiler) surfe un peu vers le ridicule, il faut reconnaĂ®tre l'audace du rĂ©alisateur de s'Ă©carter des sentiers balisĂ©s alors que vers le dernier acte nombre de clichĂ©s viennent toutefois contredire ses intentions premières plutĂ´t louables. Ainsi, afin d'apprĂ©cier Ă  sa juste valeur ce divertissement bonnard souvent atmosphĂ©rique (et sur ce point c'est parfaitement rĂ©ussi, on est immergĂ© dans l'action bucolique !) il faut savoir le savourer au second degrĂ© comme le souligne d'ailleurs les comĂ©diens cabotins se fondant dans le corps de leur personnage avec un plaisir Ă©motif palpable Ă  l'Ă©cran. 


On peut aussi en dire autant de l'hĂ©roĂŻne principale (catholique dans l'âme auprès d'une mère bigote qui servira par ailleurs de vecteur hĂ©roĂŻque quant Ă  l'habiletĂ© d'une conclusion assez fun, pour ne pas dire prometteuse), jouant les victimes dĂ©munies avec assez d'expression (sciemment) timorĂ©e pour s'inquiĂ©ter constamment de son sort incertain. Et ce mĂŞme si plusieurs agressions physiques finissent hĂ©las (et c'est bien dommage) par tomber Ă  plat tant celle-ci demeure stupide Ă  se dĂ©fendre contre son adversaire en adoptant le moins de dĂ©termination et de violence possible (le frapper une seule et unique fois Ă  chaque estocade). Quand aux scènes gores qui irriguent ce survival davantage haletant elle surfe sur la mode du Tortur'porn avec un goĂ»t viscĂ©ral Ă©tonnamment putassier afin de combler nos attentes gentiment perverses. LĂ  aussi c'est particulièrement rĂ©ussi si bien que les trucages artisanaux font plaisir Ă  voir de par leur charnalitĂ© mĂ©canique ici assez dĂ©gueulbif (j'ai mĂŞme songĂ© Ă  D'Amato Ă  un moment propice, toutes proportions gardĂ©es). 


Franchement bonnard donc, tout du moins pour les inconditionnels de bisserie sans prétention, Babysitter Wanted mérite à être revu tant le métrage dégage aujourd'hui un charme rétro au point d'établir un trait d'union avec nos divertissements d'exploitation Eighties. Or il est évident que les auteurs y soient férus du genre.

*Bruno
2èx. Vo

mardi 26 mars 2024

La Mort aux Trousses / North by Northwest. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario, 1960

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site posterlounge.fr

d'Alfred Hitchcock. 1959. Angleterre. 2h16. Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Leo G. Carroll, Josephine Hutchinson, Philip Ober, Martin Landau 

Sortie salles France: 21 Octobre 1959. U.S: 17 Juillet 1959

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


Un grand classique des annĂ©es 50 qu'on ne prĂ©sente plus lorsqu'il porte la signature du grand Hitch. Bien que l'on peut toutefois rappeler que si la mise en place de l'intrigue n'accorde que peu de place Ă  l'action 1h28 durant (en dĂ©pit de cette fameuse poursuite en avion Ă  proximitĂ© d'un champs), les 45 ultimes minutes demeurent un grand moment de cinĂ©ma auprès de ses rebondissements, ses cascades vertigineuses sur le mont Rushmore et son intensitĂ© plus dĂ©complexĂ©e de par la progression du suspense savamment charpentĂ© en dĂ©voilant des indices Ă©loquents sans pouvoir l'anticiper. Et puis quel plaisir distinguĂ© de retrouver le duo glamour Gary Grant / Eva Marie Saint Ă  travers leur liaison houleuse si bien qu'Hitchcock se permet notamment d'y parfaire une Ă©treinte Ă©rotique d'une Ă©lĂ©gance tĂ©nue auprès des corps tendrement enlacĂ©s, et ce sur une durĂ©e inhabituellement consĂ©quente d'insister autant auprès de leur commune alchimie sensuelle (ah ces yeux qui se ferment d'Ă©motions Ă©panouies !). 


Des images subtilement concupiscentes plus fondantes les unes que les autres qu'on ne retrouve hĂ©las dans aucun mĂ©trage contemporain. Et si on a peut-ĂŞtre connu le maĂ®tre du suspense un peu plus inspirĂ© auprès d'autres rĂ©fĂ©rences plus immersives, hypnotiques et affolantes, La Mort aux Trousses n'en demeure pas moins un palpitant suspense d'espionnage truffĂ© de sĂ©quences jouissives en insistant Ă  nouveau sur l'Ă©lĂ©gance d'un final Ă©tourdissant, avec, cerise sur la gâteau, des trucages (d'incrustation) encore aujourd'hui bluffant de rĂ©alisme. Suffit de poser la question aux spectateurs souffrant vĂ©ritablement de vertigo pour s'apercevoir du talent perfectionniste d'Hitchcock jamais Ă  court d'idĂ©es cruelles afin d'amplifier l'intensitĂ© d'affrontements Ă  la fois insidieux et escarpĂ©s tout en malmenant sĂ©vèrement la femme (Ă©ventuellement) fatale. Enfin, il n'y a plus qu'Ă  compter sur  l'orchestration exhaustive de Bernard Herrmann irriguant tout le pĂ©riple pour renforcer son Ă©motion Ă  la fois exaltante (les sĂ©quences intimes entre le couple), inquiĂ©tante (notamment auprès de ses moult jeux de regards menaçants) et Ă©pique.


*Bruno
3èx

Récompenses:
1959 : coquille d'argent pour Alfred Hitchcock au Festival international du film de Saint-Sébastien
1960 : prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario pour Ernest Lehman

Mama

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  AndrĂ©s Muschietti. 2013. U.S.A. 1h40. Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Isabelle NĂ©lisse, Daniel Kash. 

Sortie salles France: 15 Mai 2013

FILMOGRAPHIEAndrĂ©s Muschietti est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur argentin, nĂ© le 26 aoĂ»t 1973 Ă  Buenos Aires. 2013 : Mama (Mamá). 2017 : Ça (It). 2019 : Ça : Chapitre 2 (It: Chapter Two). 2023 : The Flash. 

AurĂ©olĂ© de 3 prix Ă  Fantasporto et Ă  GĂ©rardmer dont le fameux Grand Prix que l'on peut toutefois trouver discutable, Mama est un charmant divertissement horrifique intelligemment conçu dans son refus de surenchère, de facilitĂ© (mĂŞme si 2 jumpscares inutiles tombent Ă  l'eau), de trivialitĂ©. Dans la mesure oĂą AndrĂ©s Muschietti exploite son argument fantastique sous l'impulsion de la suggestion d'y retarder au possible la crĂ©ature qui importune sournoisement les personnages, alors qu'Ă  d'autres moments furtifs nous ne la percevions que dans l'ombre ou Ă  moitiĂ© Ă©bruitĂ©e par d'astucieux effets de camĂ©ra. Et si le scĂ©nario plutĂ´t prĂ©visible, voir dĂ©jĂ  vu (une vengeance maternelle spectrale) n'a point l'intention de renouveller le genre, le rĂ©alisateur table sur l'efficacitĂ© et la conduite du rĂ©cit en accordant nottamment pas mal d'attouts aux traitements moraux des persos. Le genre horrifique n'Ă©tant finalement qu'un prĂ©texte ludique pour nous questionner sur l'ambition de la maternitĂ©, la maltraitance et la responsabilitĂ© parentale par le truchement d'une initiation Ă  la communication, Ă  la confiance et Ă  l'amour. 

En Ă©vitant toutefois d'opĂ©rer un favoritisme infantile si je me rĂ©fère Ă  la rancune de la crĂ©ature souvent impressionnante, fascinante, voir mĂŞme quelque peu flippante Ă  travers son apparence dĂ©charnĂ©e numĂ©riquement imposĂ©e mais assez rĂ©aliste et expressive pour croire en sa furibonde animositĂ©. Outre son efficacitĂ© narrative soumise Ă  la parole (timorĂ©e) des enfants et Ă  celle des parents adoptifs en questionnemment surnaturel, on peut Ă©galement compter sur la prĂ©sence si naturelle des fillettes Ă©tonnamment justes, impeccablement dirigĂ©es pour s'extirper du stĂ©rĂ©otype, comme le souligne par ailleur son final Ă©mouvant faisant intervenir une imagerie onirique Ă  la mĂ©lancolie tangible sans forcer le trait de sentiments bipolaires. Mama se dĂ©clinant en conte horrifique oĂą Ă©motions et frissons finissent pas ne faire plus qu'un dans un vertige de sens Ă©motifs aussi cruels que rĂ©dempteurs. Et c'est ce qui rend si attachante (et qui a sans doute tant sĂ©duit le public de GĂ©rardmer) cette modeste sĂ©rie B fantastique que d'avoir su conjuguer avec une sensibilitĂ© somme toute fragile suspense, frissons, tendresse auprès d'une valeur maternelle souffreteuse. 


*Bruno
3èx

Récompenses:

Festival international du film fantastique de Gérardmer 2013 : Grand prix, prix du public et prix du jury jeunes

Fantasporto 2013 : meilleur film, meilleure actrice pour Jessica Chastain et meilleur réalisateur

jeudi 21 mars 2024

Road House

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Doug Liman. 2024. U.S.A. 2h04. Avec Jake Gyllenhaal, Daniela Melchior, Billy Magnussen, Jessica Williams, Darren Barnet, Conor McGregor, J. D. Pardo.

Diffusion Prime Video: 21 Mars 2024.

FILMOGRAPHIE: Doug Liman est un producteur, rĂ©alisateur et directeur de la photographie amĂ©ricain, nĂ© le 24 juillet 1965 Ă  New York (États-Unis). 1994 : Getting In. 1996 : Swingers. 1999 : Go. 2002 : La MĂ©moire dans la peau. 2005 : Mr. et Mrs. Smith. 2006 : Heist (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2007 : Mr. et Mrs. Smith (pilote sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2008 : Jumper. 2010 : Fair Game. 2014 : Edge of Tomorrow. 2017 : The Wall. 2017 : Barry Seal: American Traffic. 2021 : Locked Down. 2021 : Chaos Walking. 2023 : Justice (Documentaire). 2024 : Road House. prochainement : The Instigators. 


L'impensable pochette-surprise.
Remake d'un actionner des annĂ©es 80 considĂ©rĂ© comme culte auprès des afficionados de divertissement bourrin alors que personnellement je ne fus jamais un fervent admirateur (mĂŞme si Ă  la revoyure, et avec le recul, je l'apprĂ©cie beaucoup mieux aujourd'hui), Road House, nouvelle mouture, est Ă  mon sens "subjectif" une formidable surprise au point d'y transcender son modèle (quitte Ă  faire grincer les dents des fans indĂ©fectibles). Si bien qu'en l'occurrence, tout est (Ă  nouveau) rĂ©uni pour nous sĂ©duire avec cette similaire motivation musicale aussi sincère que dĂ©complexĂ©e eu Ă©gard de l'ambiance folingue, pĂ©tulante, dĂ©jantĂ©e qui s'y dĂ©gage avec un charme exotique luminescent. Doug Liman exploitant Ă  merveille son cadre floridien auprès de cette station balnĂ©aire frĂ©quentĂ©e par de gros bras du samedi soir fĂ©rus d'insolence afin de s'approprier l'enceinte du Road House. Et si le scĂ©nario inĂ©vitablement minimaliste avait de quoi inquiĂ©ter Ă  rĂ©pĂ©ter le mĂŞme schĂ©ma que son modèle, Doug Liman parvient pour autant Ă  le rendre enthousiasmant, sĂ©millant mĂŞme, jamais ennuyeux, efficace, un tantinet substantiel (pour le profil tourmentĂ© de Dalton que l'on apprend Ă  connaĂ®tre au fil de son Ă©volution morale suicidaire et criminelle); plutĂ´t bien structurĂ© sous l'impulsion d'une foule de grandes gueules sciemment lunaires, borderline, voir carrĂ©ment demeurĂ©s (le fameux mĂ©chant herculĂ©en incarnĂ© par Conor McGregor crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  travers son show hystĂ©risĂ© jusqu'au point d'orgue d'une sauvagerie inouĂŻe !). 

Quand bien mĂŞme Jake Gyllenhaal surprend Ă  point nommĂ© en justicier redresseur de tort d'une force tranquille et de suretĂ© aussi bonnard qu'amiteuse. L'acteur dĂ©gageant un charme serein, une sympathie rĂ©solument attachante, une cool-attitude dĂ©pouillĂ©e, sans compter les seconds-rĂ´les bon enfant qu'il cĂ´toie afin de les prĂ©server de l'intimidation et d'un danger toujours plus envahissant. Quant aux scènes d'action qui empiètent le rĂ©cit Ă  juste dose et en crescendo, elles demeurent davantage funs et jouissives, monstrueuses et dĂ©cadentes auprès d'FX en CGI parfois perfectibles mais d'un rĂ©alisme pour autant Ă©bouriffant, notamment de par l'ultra agressivitĂ© du montage et de mouvements de camĂ©ra ultra fluides (euphĂ©misme) que Doug Liman exploite Ă  la perfection afin de mieux nous impliquer dans une action aussi inventive que virevoltante. Certaines cascades techniques (voiture, hors-bord) s'avĂ©rant d'autre part aussi Ă©piques que disproportionnĂ©es au point de nous scotcher Ă  notre fauteuil, Ă  l'instar d'un blockbuster rĂ©gressif symptomatique des plus belles rĂ©ussites des annĂ©es 80. D'oĂą le charme exaltant, attentionnĂ©, dĂ©sinhibĂ© qui se dĂ©gage de chaque sĂ©quence Ă  travers son esprit bon enfant autant cocasse que cartoonesque. Car si Road House demeure tant rĂ©ussi, immersif, fun, parfois mĂŞme jubilatoire, il le doit autant Ă  sa dĂ©rision assumĂ©e en dĂ©pit d'une ultra violence terriblement impressionnante auprès des coups Ă©changĂ©s avec une hargne infiniment primitive. Un excellent spectacle donc oĂą tous les ingrĂ©dients savamment concoctĂ©s bout Ă  bout confinent Ă  la rĂ©ussite, tant technique que formelle, sous l'impulsion d'une foule de personnages disjonctĂ©s se prĂŞtant Ă  la dĂ©connade musclĂ©e (quelle pagaille mĂ©tronome !) avec une foi plutĂ´t impayable. 

*Bruno

Ce qu'en a pensé Gilles Rolland[CRITIQUE] ROAD HOUSE (2024) - On rembobine

Ci-joint chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.fr/2018/04/roadhouse.html

mercredi 20 mars 2024

Crimes au musée des Horreurs / Horrors of the Black Museum

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Arthur Crabtree. 1959. Angleterre. 1h22. Avec Michael Gough, June Cunningham, Graham Curnow, Shirley Anne Field, Geoffrey Keen, Gerald Anderson 

Sortie salles France: 2 DĂ©cembre 1959. U.S: 29 Avril 1959 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIEArthur Crabtree est un directeur de la photographie et réalisateur britannique, né le 29 octobre 1900 à Shipley et mort le 15 mars 1975 à Worthing (Royaume-Uni). 1945 : La Madone aux deux visages. 1945 : Elles étaient sœurs. 1946 : Caravane. 1947 : Dear Murderer. 1948 : The Calendar. 1948 : Quartet. 1949 : Don't Ever Leave Me. 1950 : Lilli Marlene. 1952 : Hindle Wakes. 1953 : The Wedding of Lilli Marlene. 1953 : Stryker of the Yard. 1956 : Les Aventures du colonel March (série TV). 1957 : Morning Call. 1958 : Death Over My Shoulder. 1958 : Ivanhoé (série TV). 1958 : Monstres invisibles. 1959 : Crimes au musée des horreurs.

Production british qui fit scandale Ă  l'Ă©poque pour sa violence sanguine et l'audace de son climat malsain, Crimes au musĂ©e des horreurs est une formidable sĂ©rie B que domine (amplement) l'illustre Michael Gough en demeurĂ© misogyne Ă  la fois Ă©crivain criminologue et propriĂ©taire d'un musĂ©e, Ă©paulĂ© qui plus est d'un Ă©trange assistant (notamment auprès de sa petite posture physiquement "carrĂ©e") Ă  qui il perpĂ©tue sur lui d'Ă©tranges expĂ©riences inspirĂ©es du cas du Dr Jekyll et My Hyde. Ce qui donne lieu Ă  un alliage assez dĂ©lirant d'y conjuguer au sein de la mĂŞme intrigue ce mythe schizo ainsi que l'homme au masque de cire pour le repère d'un musĂ©e d'horreurs autrement plus sordides tout en surfant sur les succès nĂ©ophytes de la Hammer Ă  travers son dosage de sexe et violence au sein d'un scope rutilant. Bien entendu, si les meurtres paraissent aujourd'hui timorĂ©s ils n'en demeurent pas moins assez violents et percutants, tant pour l'originalitĂ© de l'ustensile utilisĂ© (Ă  l'instar de cette paire de jumelles au pointes acĂ©rĂ©es ayant rĂ©ellement existĂ© lors d'un assassinat survenu dans les annĂ©es 30) que des effets de surprise parfois saisissants lorsque apparait brièvement Ă  2 reprises (prĂ©cisĂ©ment !) le tueur que nous n'attendions pas surgir Ă  un moment aussi furtif qu'inventif. 

D'oĂą l'effet Ă©peurant procurĂ© encore aujourd'hui amplifiĂ© d'une violence aussi sadique que brutale, mĂŞme si souvent hors-champs. D'autant plus jamais ennuyeux de par l'efficacitĂ© de la rĂ©alisation, si bien que l'on surprend de l'arrivĂ©e prĂ©cipitĂ©e du dĂ©nouement au bout d'1h22, Crimes au musĂ©e des Horreurs fleure bon l'Ă©pouvante vintage hĂ©las aujourd'hui rĂ©volue. Tant auprès de la stature lunaire des personnages (tant antagonistes que victimes), du rĂ©cit Ă  suspense (mĂŞme si Ă©troit et plutĂ´t saugrenu) que du cadre photogĂ©nique comme l'illustre, esthĂ©tiquement parlant, l'exploitation d'une fĂŞte foraine nocturne, le fameux musĂ©e expĂ©rimental aux mannequins franchement morbides, la boutique de l'antiquaire ou encore l'appartement tamisĂ© d'une jeune blonde cagole au bagout dĂ©complexĂ©. Quant au rappel de ses sĂ©quences chocs aussi funs que dĂ©bridĂ©es qui firent tant jaser en 59 (mention "interdit aux - de 16 ans" aux 4 coins du monde) on les savoure aujourd'hui avec autant de curiositĂ© perverse que de fascination malsaine tout en frissonnant de plaisir ludique en dĂ©pit de son Ă©tonnante brutalitĂ©, tout du moins lors de 2 moments assez marquants.    

*Bruno
2èx. vf. 

Remerciement Ă  Warning Zone pour sa copie 1080P de toute beautĂ©. 

mardi 19 mars 2024

Grand Canyon. 1992 : Ours d'or du meilleur film au Berlinale

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lawrence Kasdan. 1991. U.S.A. 2h14. Avec Danny Glover, Kevin Kline, Steve Martin, Mary McDonnell, Mary-Louise Parker, Alfre Woodard, Jack Kehler, Jeremy Sisto.

Sortie salles France: 26 Février 1992. U.S: 25 Décembre 1991

FILMOGRAPHIE: Lawrence Kasdan est un producteur, scénariste, réalisateur et acteur américain né le 14 janvier 1949 à Miami Beach, Floride (États-Unis). 1981 : La Fièvre au corps. 1983 : Les Copains d'abord. 1985 : Silverado. 1988 : Voyageur malgré lui. 1990 : Je t'aime à te tuer. 1991 : Grand Canyon. 1994 : Wyatt Earp .1995 : French Kiss. 1999 : Mumford. 2003 : Dreamcatcher. 2012 : Freeway et nous.


L'Océan de la Colère.
Totalement oubliĂ© depuis sa sortie alors qu'il fut un Ă©chec commercial, Grand Canyon est un poignant drame choral s'Ă©panchant sur la destinĂ©e d'une poignĂ©e de rĂ©sidants issus de quartiers (huppĂ©s et malfamĂ©s) de Los Angeles. Traitant des thĂ©matiques on ne peut plus actuelles du racisme, de la violence, de la haine et de la dĂ©linquance au sein d'une ville chaotique surveillĂ©e par un hĂ©lico durant chaque nuit, Grand Canyon dĂ©gage un climat anxiogène de nonchalance, d'amertume mĂ©lancolique auprès de la contrariĂ©tĂ© existentielle de ces amĂ©ricains s'efforçant de trouver une issue de secours par le pilier de l'amour, de l'amitiĂ©, de l'unitĂ© familiale. Tous les acteurs excellents de sobriĂ©tĂ© demeurant suffisamment attachants, voirs parfois mĂŞme Ă©mouvants Ă  travers leurs failles, leurs faiblesses, leurs indĂ©cisions, leurs hĂ©sitations, leur apprĂ©hension pour nous harponner Ă  leur malaise existentielle avec Ă©paisseur cĂ©rĂ©brale. Ce qui converge Ă  nous questionner sur nos propres motivations personnelles Ă  concevoir notre existence par le truchement de l'espoir, mais surtout de la chance et de la coĂŻncidence auquel nous nous changions les uns les autres d'après un concours de circonstances solaires, pour ne pas dire solidaires. 


Et mĂŞme si le tableau imparti Ă  cette insĂ©curitĂ© grandissante fait froid dans le dos sans que n'y soit exploitĂ© une violence graphique cinĂ©matographique (en dĂ©pit d'un extrait de sĂ©rie Z sciemment caricatural afin de dĂ©noncer la violence Ă  l'Ă©cran et l'influence qu'elle pourrait exercer auprès des esprits fragiles ou ignorants), Grand Canyon dĂ©gage toutefois un sentiment positif quant Ă  l'Ă©lan de fraternitĂ© qui se dĂ©ploie lors de sa conclusion Ă  la fois lyrique et mĂ©taphysique. Et mĂŞme si on peut dĂ©plorer lors de sa première heure quelques bons sentiments un tantinet faciles (accentuĂ©s d'un score parfois peu subtil alors qu'Ă  d'autres moments l'Ă©motion qui s'y dilue demeure autrement sincère par ses sonoritĂ©s humbles), Grand Canyon sĂ©duit par sa franche loyautĂ© auprès d'adultes fragiles d'un humanisme Ă  la fois meurtri et contrariĂ© mais nĂ©anmoins d'une rĂ©silience payante pour s'extirper d'une sinistrose (davantage) envahissante. Reflet inquiĂ©tant d'une sociĂ©tĂ© en dĂ©liquescence morale auprès de nos pertes de repères gagnĂ©s de solitude, de peur de l'autre, d'apprĂ©hension du trĂ©pas de la façon la plus inĂ©quitable. Une oeuvre perfectible certes, avec un rythme parfois en dent de scie, mais qui Ă©meut et laisse toutefois des traces par son intensitĂ© dramatique Ă  la fois contenue, exaltĂ©e et sensiblement Ă©lĂ©giaque. 


*Bruno
2èx. Vostfr

lundi 18 mars 2024

Les Pleins pouvoirs / Absolute Power

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Clint Eastwood. 1997. U.S.A. 2h01. Avec Clint Eastwood, Gene Hackman, Ed Harris, Laura Linney, Scott Glenn, Dennis Haysbert, Judy Davis, E. G. Marshall.

Sortie salles France: 21 Mai 1997

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2021: Cry Macho.

Un excellent thriller un peu occultĂ© de nos jours et c'est bien dommage tant Clint Eastwood, rĂ©al et acteur, s'y entend pour nous captiver Ă  travers son suspense (parfois) hitchockien (la sĂ©quence du bar filmĂ©e de l'extĂ©rieur d'une terrasse) au concept de base redoutablement allĂ©chant, prometteur, percutant. Si bien qu'un gentleman cambrioleur est tĂ©moin d'un meurtre parmi la complicitĂ© du prĂ©sident des Etats-Unis. Or, Ă©goĂŻstement, ce premier ne porte pas assistance Ă  la victime faute de sa posture illĂ©gale. Il dĂ©cide toutefois d'y dĂ©rober une preuve Ă©loquente avant de prendre la poudre d'escampette. Mais alors qu'il compte quitter le pays, un discours mĂ©diatique le ravise afin de rĂ©parer justice. Solidement mis en scène sans cĂ©der une seconde Ă  l'ennui, les Pleins pouvoirs fait la part belle aux tourments psychologiques des personnages (tant antagonistes que protagonistes) impliquĂ©s dans la scĂ©nographie d'un meurtre, quand bien mĂŞme notre anti-hĂ©ros Luther (Eastwood donc) profite notamment de sa culpabilitĂ© (en demi-teinte) pour tenter de renouer avec sa fille depuis son absence parentale. Ce qui nous vaut d'ailleurs par petites touches Ă©motionnelles des sĂ©quences intimistes subtilement poignantes tant le rĂ©alisateur attache du crĂ©dit humaniste aux rapports conflictuelles entre une fille et un père d'autant plus rĂ©unis dans un contexte de deuil familial. 

Quant au "mĂ©chant" du rĂ©cit, Gene Hackman demeure une fois de plus parfait de lâchetĂ©, de vilĂ©nie, d'hypocrisie dans sa fonction de prĂ©sident pĂ©dant usant de ses (pleins) pouvoirs pour masquer la vĂ©ritĂ© d'une tragĂ©die meurtrière. Les seconds-rĂ´les ne sont pas en reste non plus, principalement Scott Glenn Ă  travers son charisme striĂ© impassible en adjoint des services secrets, Ed Harris en flic loyal ne lâchant nullement d'un iota le fil de son enquĂŞte auprès d'un potentiel coupable redoutablement retors, mais aussi Laura Linney en fille esseulĂ©e plombĂ©e par l'absence d'un père peu recommandable en voleur professionnel au passĂ© pour autant hĂ©roĂŻque (ancien dĂ©corĂ© de guerre de CorĂ©e). Outre son discours sulfureux sur la corruption des hommes de pouvoir victimes de leur condition fortunĂ©e, Clint Eastwood aborde en filigrane une rĂ©flexion sur la vengeance auprès de 2 points de vue dont leur point commun s'Ă©rige sur les valeurs familiales. Un excellent suspense donc qui ne perd jamais le spectateur en cours de route de par l'adresse et la maĂ®trise d'une rĂ©alisation robuste dont le moteur essentiel rĂ©side dans les profils bien dessinĂ©s de ses personnages s'affrontant entre perspicacitĂ©, ruse et maladresse. 

*Bruno

samedi 16 mars 2024

Stopmotion. Prix Spécial du Jury, Sitges 2023.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Morgan. 2023. Angleterre.1h33. Avec Aisling Franciosi, Stella Gonet, Tom York, Caoilinn Springall, James Swanton, Joshua J. Parker 

Sortie salles France: 8 Décembre 2023 (Festival du Rex de Paris)

FILMOGRAPHIERobert Morgan (nĂ© en 1974) est un rĂ©alisateur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique. 2014: ABC of Death: « D is for Deloused » 2023: Stopmotion. 

                                       Du cinĂ© indĂ© qui ne demande jamais Ă  se faire aimer.

Attention, OFNI british Ă  aborder avec des pincettes tant l'expĂ©rience horrifique demeure difficilement digĂ©rable sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t. Si bien qu'Ă  l'instar des chefs-d'oeuvre schizo RĂ©pulsions et Eraserhead, Stopmotion est Ă  rĂ©server Ă  un public prĂ©parĂ© pour qui sait apprĂ©cier les oeuvres d'auteur s'efforçant de rajeunir le genre avec une personnalitĂ© marginale eu Ă©gard de l'ambiance dissonante qui se dĂ©gage de chaque pore du mĂ©trage, de son indicible climat malsain et de sa violence sanguine intervenant prioritairement lors du dernier acte rĂ©vĂ©lateur (encore que nombre de questions restent dĂ©libĂ©rĂ©ment en suspens). Malaisant, trouble et inquiĂ©tant Ă  la fois dans une posture aussi feutrĂ©e qu'Ă©touffante, Ă©trange, interlope, Ă©quivoque, ombrageux pour mieux nous perdre dans le dĂ©dale de la psychĂ© torturĂ©e d'une jeune femme victime malgrĂ© elle d'une maman bigote, Stopmotion demeure finalement un drame psychologique singulier auprès de sa mise en scène expĂ©rimentale conjuguant assez efficacement prises de vue rĂ©elles et animation lorsque Ella s'efforce d'orchestrer un rĂ©cit fantastique en compagnie de ses figures de cire qu'elle a bien du mal Ă  conclure. 

Notamment faute de l'intervention de sa voisine de palier, une fillette influente bizarroĂŻde de lui suggĂ©rer des idĂ©es morbides pour mettre Ă  terme son ambitieux projet de cinĂ©ma en stopmotion. Nanti d'un rythme constamment languissant (qui ne plaira assurĂ©ment pas Ă  tous), composĂ© de personnages de chair physiquement inquiĂ©tants (des visages quelque peu dĂ©charnĂ©s aux yeux plutĂ´t exorbitĂ©s) et de crĂ©atures de cire terriblement malaisantes au sein d'un cinĂ©mascope auteurisant, Stopmotion ne cesse de titiller angoisse, inquiĂ©tude, curiositĂ© Ă  part Ă©gale au sein d'une structure narrative Ă©clatĂ©e afin de mieux perdre nos repères. Une leçon de cinĂ©ma en herbe pour nous engloutir dans un cauchemar cĂ©rĂ©bral redoutablement franc-tireur Ă  travers son refus de concession, de fioriture, de quiĂ©tude, de main secourable. Une expĂ©rience assez extrĂŞme donc probablement vouĂ©e Ă  devenir culte qu'il vaut mieux revoir plusieurs fois pour en saisir toute son essence psychologique, notamment auprès de sa thĂ©matique de la crĂ©ation Ă  donner chair Ă  des personnages inertes au pĂ©ril de la raison.  

A ne pas mettre entre toutes les mains.

*Bruno

Distinctions: Prix du meilleur réalisateur, Fantastic Fest 2023

Prix spécial du jury, Sitges