jeudi 19 janvier 2012

Giallo

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6 Femmes pour l'assassin: https://brunomatei.blogspot.com/2020/01/6-femmes-pour-lassassin.html

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Baie Sanglante (la): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/la-baie-sanglante-reazione-catena.html
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Oeil du Labyrinthe (l'): http://brunomatei.blogspot.com/2020/02/loeil-du-labyrinthe.html
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Venin de la Peur (le): http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/le-venin-de-la-peur.html

Black Sunday


de John Frankenheimer. 1977. U.S.A. 2h23. Avec Robert Shaw, Bruce Dern, Marthe Keller, Bekim Fehmiu, Fritz Weaver, Steven Keats, Michael V. Cazzo, William Daniels, Walter Gotell, Victor Campos.

Sortie en salles en France le 17 Août 1977.U.S: 11 Mars 1977

FILMOGRAPHIE: John Frankenheimer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 19 FĂ©vrier 1930 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Juillet 2002 Ă  Los Angeles. 1957: Mon père, cet Ă©tranger. 1961: Le Temps du châtiment. 1962: l'Ange de la Violence. Le Prisonnier d'Alcatraz. Un crime dans la tĂŞte. 1964: 7 Jours en Mai. Le Train. 1966: Grand Prix. l'OpĂ©ration Diabolique. 1968: l'Homme de Kiev. 1969: Les Parachutistes arrivent. The Extraordinary Seaman. 1970: Le Pays de la Violence. Les Cavaliers. 1973: l'Impossible Objet. The Iceman Cometh. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy le monstre. 1982: A Armes Egales. 1985: Le Pacte Holcroft. 1986: Paiement Cash. 1989: Dead Bang. 1990: The Fourth War. 1992: Les Contes de la Crypte (Saison 4, Ă©pis 10). 1992: Year of the Gun. 1996: l'Ile du Dr Moreau. 1997: George Wallace. 1996: Andersonville (tĂ©lĂ©film). 1998: Ronin. 2000: Piège Fatal. 2002: Sur le Chemin de la guerre.


InspirĂ© de la prise d'otages des Jeux Olympiques de Munich en 1972 et adaptĂ© du roman de Thomas Harris, John Frankenheimer nous concocte avec Black Sunday un thriller politique d'autant plus surprenant qu'il est mâtinĂ© de suspense catastrophiste lors de sa dernière partie fertile en tension et spectacle dantesque. D'autre part, aujourd'hui, on peut s'Ă©tonner du caractère prĂ©monitoire de son acte terroriste d'une aussi grande envergure puisque faisant Ă©cho aux attentats du 11 Septembre 2001. D'ailleurs, depuis cette date tristement commĂ©morative, les chaĂ®nes amĂ©ricaines ont simplement dĂ©cidĂ© de bannir Black Sunday de leurs Ă©crans TV. 

SynopsisDes terroristes appartenant au groupuscule palestinien du Septembre Noir prĂ©voient de commettre un attentat sur le sol amĂ©ricain avec l'autoritĂ© d'une germano Palestienienne, Dahlia Lyad. Avec l'aide d'un ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam, ils vont tenter de faire exploser un dirigeable au dessus d'un stade attroupĂ© de 82 500 personnes. Une brigade anti-terroriste israĂ©lienne ainsi que le FBI vont s'affilier pour entreprendre une traque infernale afin de dĂ©jouer ce complot dĂ©mesurĂ©. 


Parmi son casting de choix rĂ©unissant les solides trognes des Seventies Robert Shaw (Jaws), Marthe Keller (Marathon Man), Bruce Dern (Driver), Black Sunday attise l'attention dès son prologue spectaculaire illustrant assidĂ»ment l'embuscade savamment planifiĂ©e d'une brigade israĂ©lienne pour Ă©radiquer l'ennemi terroriste planquĂ© dans un quartier rĂ©sidentiel. ScandĂ© de la puissante partition de John Williams (après qu'il eut composĂ© le fameux thème des Dents de la mer 2 ans plus tĂ´t), ce thriller haletant rĂ©ussit le tour de force de nous maintenir en haleine 2h20 durant ! Or, dans un habile montage assidu et incisif, l'intrigue nous familiarise avec un groupe de terroristes palestiniens dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  sanctionner les Etats-Unis pour leur soutien Ă  Israel. En particulier le profil d'un duo d'amants Ă   nationalitĂ© distincte. Dahlia Lyad, activiste d'origine germano-palestinienne rĂ©solue Ă  venger la mort de sa famille exĂ©cutĂ©e par les israĂ©liens quand bien mĂŞme son comparse amĂ©ricain Lander est ancien prisonnier de guerre traumatisĂ© par le conflit vietnamien. Leur stratagème: Ă  l'aide d'un dirigeable bourrĂ© d'explosifs ils envisagent d'y projeter des milliers de flĂ©chettes sur un stade sportif oĂą seront rĂ©unis 82 500 spectateurs ! Ainsi, avec une certaine audace, John Frankenheimer n'hĂ©site pas Ă  "humaniser" ses protagonistes pernicieux totalement vouĂ©s Ă  leur cause pour se venger d' une injustice ricaine. La sĂ©quence dĂ©voilant Lander s'apitoyer sur son sort face Ă  sa concubine dĂ©pitĂ©e de ne pouvoir entreprendre sa besogne pour y blâmer les amĂ©ricains provoquant une certaine empathie. 


Si bien que cet ancien combattant détenu 6 ans au Vietnam dans des conditions inhumaines fut injustement discrédité par les siens au retour du pays, et ce en dépit de ses décorations. Pour autant, le réalisateur dévoile également le vrai visage du terrorisme et leur barbarie déployée d'une revendication politique en exécutant avec sang-froid implacable de nombreux innocents. A cet égard, l'incroyable course-poursuite (à pied !) entamée avec un de leur collaborateur cerné par les forces de l'ordre démontre bien leur immoralité à tolérer le crime gratuit en tirant à l'aveuglette sur la foule en panique. Mais sans jamais faire preuve d'esbroufe, le suspense maintenu sans relâche nous oriente peu à peu vers un final en apothéose d'une acuité émotionnelle aussi tendue qu'un arc de compétition. 45 minutes d'anthologie confinant au genre catastrophe en vogue avec une maîtrise technique et un sens du montage qui laisse sans voix. L'entreprise périlleuse du chef des membres de la brigade israélienne (Robert Shaw, imperturbable !) déterminé à déjouer les exactions des terroristes Dahlia et Lander réfugiés à bord de leur dirigeable nous offrant un florilège de séquences homériques d'une tension échevelée. Nos nerfs étant mis à rude épreuve sur une durée éreintante. A deux, trois effets spectaculaires cheaps (faute de temps et d'argent pour la finalisation des effets-spéciaux avouera le réalisateur), ces séquences oppressantes remarquablement découpées nous laisse pantois face au caractère si vériste de l'évènement saugrenu. Imaginez donc un gigantesque dirigeable fonçant tête baissée en interne d'un stade car à deux doigts d'exploser sur des milliers de spectateurs présageant le danger in extremis !


RenforcĂ© d'une solide distribution au charisme viril et rĂ©alisĂ© avec un brio habitĂ©, Black Sunday n'a rien perdu de sa dĂ©mesure pour se dĂ©cliner en sommet de thriller des annĂ©es 70 au mĂŞme titre que modèle du film catastrophe d'une rigueur technique Ă©bouriffante. On peut enfin (Ă  nouveau) saluer la partition frĂ©nĂ©tique de John Williams orchestrĂ©e avec tant de souffle afin d'exacerber son implacable dramaturgie. 

*Bruno
Dédicace à Isabelle Rocton
19.01.12. 3èx

vendredi 13 janvier 2012

PRESUME COUPABLE


de Vincent Garenq. 2011. France. 1h42. Avec Philippe Torreton, Wladimir Yordanoff, Noémie Lvovsky, Raphael Ferret, Michelle Goddet, Farida Ouchani, Olivier Claverie, Jean-Pierre Bagot.

RĂ©compenses: Valois d'Or et Valois MagĂ©lis au Festival du film francophone d'AngoulĂŞme pour PrĂ©sumĂ© Coupable.
Prix du Meilleur Film européen lors de la 68è Mostra de Venise.

Sortie en salles en France le 7 Septembre 2011

FILMOGRAPHIE: Vincent Garenq est un réalisateur, scénariste, dialoguiste, adaptateur français.
2008: Comme les Autres
2011: Présumé Coupable


Ce film est la fidèle adaptation du journal écrit en détention par Alain Marécaux paru chez Flammarion en 2005.
D'après le livre Chronique de mon erreur judiciaire, Présumé Coupable revient sur le procès d'une des plus incongrues erreurs judiciaires de France à travers l'affaire d'Outreau. Et en particulier sur le calvaire imposé à cet huissier de justice, accusé en 2001 de viols sur mineur et finalement acquitté le 1er Décembre 2005.

En 2001, en pleine nuit, les forces de l'ordre arrivent en renfort chez le domicile d'Alain MarĂ©caux pour l'apprĂ©hender envers des accusations de pĂ©dophilie. Sa femme Ă©galement dĂ©noncĂ©e est placĂ©e en dĂ©tention alors que les enfants sont envoyĂ©s dans un foyer spĂ©cialisĂ©. Sur une durĂ©e Ă©talĂ©e de 5 annĂ©es d'affaire pĂ©nale, c'est le dĂ©but d'un calvaire insensĂ© pour un homme de droit annihilĂ© par la machine judiciaire. 


Epaulé par la performance cinglante du comédien Philippe Torreton pour incarner avec souci de vérité le rôle d'un avocat brisé par l'équité, Vincent Garenq nous illustre son calvaire improbable émanant d'une machine judiciaire castratrice, délibérée à le réprimander derrière les barreaux.
Avec sobriété d'une réalisation introspective au plus près de son personnage déchu, Présumé Coupable nous entraîne dans la descente aux enfers de ce père de famille accusé au grand jour d'une sordide affaire d'abus sexuel sur mineur. La cause primordiale de ce procès maladroitement géré en est surtout attribuée à l'arrogance d'un juge néophyte particulièrement prétentieux car déterminé à envoyer en prison nombre de témoins inéquitablement accusés à tort de faits crapuleux.
Dans un souci d'authenticité proche du documentaire, nous allons suivre le cheminement abrupt d'Alain Marécaux, de son arrestation et celle de sa famille durant une nuit à son propre domicile. S'ensuit ses interrogatoires et gardes à vue prolongées d'une police arrogante et inflexible pour tenter de lui faire avouer des actes licencieux de pédophilie. Alors que du côté de la cellule familiale, les questions perfides octroyées à ces enfants juvéniles sont tolérées sans vergogne afin d'accumuler les preuves d'inculpation. Place ensuite à ses différentes détentions en établissement carcéral mais aussi son internement en hôpital psychiatrique, faute de tentatives de suicide récurrentes puis de sa grève de la faim. Le réalisateur souligne également les conséquences psychologiques allouées à son entourage, à ses beaux parents, à sa mère décédée par désespoir meurtri, à la séparation de sa femme dépitée et humiliée, à la négligence de ses enfants mais aussi à la délinquance de l'aïné révolté.


Philippe Torreton livre une performance criante de vĂ©ritĂ© humaine dans le portrait avili d'un homme d'honneur fustigĂ© par une police et une magistrature impitoyable. Implacablement et sans concession, nous suivons sa lente dĂ©rive psychologique mais aussi sa dĂ©ficience physique dans son entreprise d'une grève de la faim (l'acteur aura perdu 27 kilos pour mettre en exergue la physionomie dĂ©charnĂ©e de son corps rendu moribond). Bouleversant dans sa probitĂ© sans cesse remise en cause, sa solitude dĂ©sespĂ©rĂ©e de ne pouvoir convaincre l'autoritĂ©, son amertume et ses dĂ©sillusions d'une potentielle remise en libertĂ©, l'acteur dĂ©gage une dimension humaine d'une acuitĂ© rude et Ă©prouvante.

Puissamment interprĂ©tĂ© par un acteur transi jusqu'aux seconds rĂ´les dĂ©pouillĂ©s et remarquablement construit dans une rĂ©alisation limpide Ă©ludĂ©e d'artifice, PrĂ©sumĂ© Coupable est un puissant plaidoyer pour la prĂ©somption d'innocence et le respect de la dignitĂ© humaine. A travers le rĂ©cit vĂ©ridique d'une sordide affaire aux investigations mal gĂ©rĂ©es par un juge orgueilleux, ce drame humain nous donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur les rouages d'un système judiciaire totalement anarchique et Ă©branlĂ©. Glaçant, âpre et effrayant ! 
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Note: Le conseil supérieur de la magistrature a reconnu le manque de rigueur caractérisé du juge burgaud et lui a infligé une simple réprimande le 24 Avril 2009.
Aucun autre magistrat n'a été sanctionné.
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13.01.12
Bruno Matéï

 

jeudi 12 janvier 2012

DERIVE MORTELLE (Open Water 2: Adrift)


de Hans Horn. 2007. Allemagne. 1h38. Avec Susan May Pratt, Richard Speight Jr, Niklaus Lange, Ali Hillis, Cameron Richardson, Eric Dane, Wolfgang Raach, Alexandra Raach, Alfred Cuschieri.

Sortie en salles en France le 27 Juin 2007.

FILMOGRAPHIE: Hans Horn est un réalisateur, producteur et scénariste allemand.
1994: Wolpodzilla
1999: Piège en sous-sol
2006: Dérive Mortelle
2009: Tod aus der Tiefe
2011: Die Tote im Moorwald


Fausse suite d'Open Water, DĂ©rive Mortelle ne souhaite pas renouer avec la peur du squale narguant un duo d'amants confinĂ©s au milieu de l'ocĂ©an. NĂ©anmoins, il reprend l'astuce de l'Ă©vènement rĂ©el pour illustrer une poignĂ©e de protagonistes sĂ©questrĂ©s dans les flots car incapable de remonter Ă  bord de leur yacht après avoir plongĂ©s sans dĂ©plier l'Ă©chelle de secours ! Un groupe d'amis s'invitent en croisière Ă  bord d'un yacht le temps d'un week-end. Après avoir plongĂ© dans l'eau en guise de loisir, ils ont omis de dĂ©ployer l'Ă©chelon. EmprisonnĂ©s dans l'eau glacĂ©, ils vont tenter par tous les moyens de remonter en interne du bateau, sachant en outre qu'un bĂ©bĂ© endormi s'y trouve dans l'une des cabines.


Avec peu de moyens, une équipe de comédiens à la trogne aseptisée et un scénario incongru réfutant l'esbroufe, Dérive Mortelle souhaite nous éprouver en interne d'une croisière en enfer. Cette série B dédiée à la claustration accentuant son caractère intense par une atmosphère anxiogène au bord du marasme. Avec l'entremise d'une trame saugrenue tirée d'un évènement réel, ce survival maritime rivalise de tension et de malaise tangible dans la vaine tentative de nos héros s'efforçant par tous les moyens de remonter par la coque coulissante de leur bateau. Avec un pitch aussi insensé dans son sarcasme alloué, le réalisateur allemand Hans Horn en tire un métrage d'une belle acuité émotionnelle, en dépit du manque de profondeur de certains personnages. La conduite du récit implacable est tellement efficiente dans son ambition de nous immerger parmi nos héros au coeur d'un enfer bleu qu'elle nous confine au malaise sensoriel. De prime abord, la succession d'évènements malchanceux découlant de l'anxiété de nos protagonistes peut au départ irriter à force d'accumuler les bourdes. Mais la tension dramatique davantage fléchissante transcende ces menus défauts pour nous plonger tête baissée au coeur d'un cauchemar jusqu'au-boutiste.


Une Ă©preuve de survie inlassable auquel nos victimes vont devoir faire face Ă  leur bravoure pour rĂ©primer la peur de trĂ©passer, l'engourdissement du froid, l'Ă©puisement de la fatigue, la dĂ©shydratation, la faim et la colère du dĂ©sespoir. Quand bien mĂŞme notre hĂ©roĂŻne principale va ĂŞtre contrainte d'affronter sa pire phobie pour tenter de transcender un trauma infantile qui causa la mort de son paternel. Mais quand il n'y a plus de solution Ă  envisager, ne reste donc pour certains qu'Ă  tolĂ©rer le suicide en dĂ©sespoir de cause. En prime, pour exacerber cette situation dĂ©sespĂ©rĂ©e sĂ©vèrement endurĂ©e, le rĂ©alisateur va insĂ©rer la prĂ©sence d'un autre otage, un bambin enfermĂ© Ă  l'intĂ©rieur du bateau alors que la mère blottie dans l'eau se trouve dans l'incapacitĂ© de pouvoir lui porter assistance. Chaque minute de l'intrigue nous place donc dans une situation d'inconfort accrue face aux tentatives de nos hĂ©ros pour  se dĂ©pĂŞtrer d'un piège aussi insidieux. D'autant plus que son atmosphère claustrophobique administrĂ©e par le dĂ©chaĂ®nement naturel de l'eau comprimant les victimes se transmet viscĂ©ralement sur notre psychĂ©.

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Hormis un prologue laborieux, son final Ă©quivoque et quelques invraisemblances rudimentaires, DĂ©rive Mortelle distille le malaise et une tension omniprĂ©sente face Ă  une situation extravagante digne d'une farce de comptoir. Hormis un manque Ă©vident de maĂ®trise dans la rĂ©alisation conventionnelle, la sincĂ©ritĂ© du cinĂ©aste Ă  nous concocter un suspense cuisant nous prend littĂ©ralement au tripes pour ne plus nous lâcher jusqu'au point d'orgue en demi-teinte. Un concentrĂ© d'angoisse d'une belle dimension humaine car dĂ©diĂ© Ă  la bravoure d'un instinct de survie. 
A découvrir !

Dédicace à Isabelle Rocton
13.01.12
Bruno Matéï

mercredi 11 janvier 2012

Le corniaud


de Gérard Oury. 1964. France. 1h50. Avec Bourvil, Louis De Funès, Venantino Venantini, Henri Genès, Saro Urzi, Daniela Rocca, Lando Buzzanca, Henri Virlojeux, Michel Galabru, Jacques Ary.

Récompense: Prix du Meilleur Scénario au festival de Moscou en 1965.

Sortie en salles en France le 24 Mars 1965. U.S: 8 Octobre 1967

FILMOGRAPHIE: GĂ©rard Oury (Max-GĂ©rard Houry Tannenbaum) est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste français nĂ© le 29 avril 1919 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 20 Juillet 2006 Ă  Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent Ă  Plumes. La Joncque (inachevĂ©). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: FantĂ´me avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.
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NumĂ©ro 1 au box-office français avec 11,74 millions d’entrĂ©es !
L’un des premiers longs-mĂ©trages de GĂ©rard Oury accède rapidement au statut de classique de la comĂ©die populaire, portĂ© par un atout de prestige : le duo De Funès / Bourvil, dont la complĂ©mentaritĂ© est devenue proverbiale (ce dernier toucha d’ailleurs un cachet trois fois supĂ©rieur Ă  son comparse).
Ă€ l’origine, le film s’inspire d’un fait divers survenu en 1962, lorsqu’un prĂ©sentateur de la tĂ©lĂ©vision française fut arrĂŞtĂ© aux États-Unis au volant d’une Buick contenant 50 kilos d’hĂ©roĂŻne pure — mĂŞme si, lors de son interpellation, la drogue ne fut jamais retrouvĂ©e. Ayant plaidĂ© coupable, l’animateur de l’Ă©mission Paris-Club Ă©copa de cinq ans de prison, l’enquĂŞte ayant dĂ©montrĂ© qu’il avait touchĂ© 10 000 dollars pour cette transaction.
Fort du succès colossal rencontré en 1965, les Américains proposèrent à Gérard Oury de produire un remake avec Dean Martin et Jack Lemmon. Mais malgré une offre financière généreuse, il déclina.

Le pitch :
Après un accident de voiture avec un riche homme d’affaires, un quidam ingĂ©nu accepte, en guise de dĂ©dommagement, de convoyer sa Cadillac de Naples Ă  Bordeaux. Ce directeur sans vergogne est en rĂ©alitĂ© un important contrebandier, ayant dĂ©cidĂ© d’utiliser un “corniaud” pour transporter sa marchandise. S’ensuit une folle Ă©quipĂ©e Ă  travers l’Italie, sous la poursuite de nos joyeux lurons.
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Immense succès populaire, multi-diffusĂ© depuis sa sortie, Le Corniaud mĂ©rite amplement sa rĂ©putation de phĂ©nomène. On a beau le revoir Ă  l’envi, cette aventure rocambolesque menĂ©e par un duo d’acteurs nĂ©s pour dĂ©clencher l’Ă©clat de rire conserve intacte sa fraĂ®cheur. Il y a dans ce film une alchimie rare entre cocasserie et tendresse, qui s’exprime dans une simplicitĂ© dĂ©sarmante. Jusqu’aux seconds rĂ´les, tous inoubliables : cet Italien jaloux Ă  l’extrĂŞme, la blondinette Ă  l’accent germanique fĂ©rue d’auto-stop, le policier autoritaire mais ahuri, les complices de Saroyan, les deux fripouilles Ă  la trogne de “Laurel et Hardy”, ou encore leur rival bègue, secouĂ© d’un dĂ©bit anarchique.

En mariant le cinĂ©ma d’aventure, la comĂ©die burlesque, le road movie et l’enquĂŞte policière sur un canevas truffĂ© de pĂ©ripĂ©ties, GĂ©rard Oury trouve le dosage parfait. En prime, il nous offre une escapade touristique Ă  travers Rome, Naples, Pise, la Villa d’Este, le château Saint-Ange, la Toscane, puis le Sud de la France : Carcassonne, et enfin Bordeaux. Cette course-poursuite effrĂ©nĂ©e entre un brave candide et deux bandes de malfrats — dignes hĂ©ritiers des Pieds NickelĂ©s — ne laisse aucun rĂ©pit, enchaĂ®nant les rebondissements dĂ©bridĂ©s avec une Ă©nergie communicative.


CĂ´tĂ© casting, la bonhomie de Bourvil, son innocence docile, insufflent une tendresse irrĂ©sistible au personnage du corniaud, dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ© et de maladresses amoureuses. Sa drague empotĂ©e avec l’Italienne puis l’Allemande voluptueuse donne lieu Ă  des scènes d’une fragilitĂ© touchante, empreintes d’une Ă©motion sincère. Son tempĂ©rament gaffeur gĂ©nère quiproquos et catastrophes, dĂ©jouant malgrĂ© lui les plans de contrebandiers aussi minables qu’acharnĂ©s.
En face, Louis de Funès dĂ©ploie son gĂ©nie : irascible, mesquin, dĂ©chaĂ®nĂ© dans ses mimiques et ses crises nerveuses. FlanquĂ© de deux acolytes incultes, il tente de suivre en voiture son convoyeur insaisissable, dans un ballet de ratĂ©s et de contretemps Ă  travers l’Italie et la France provinciale.


Mené à un rythme effréné, Le Corniaud doit sa jubilation avant tout à son duo mythique : Bourvil / De Funès.
La mĂ©canique intrĂ©pide du scĂ©nario, l’inventivitĂ© des gags, la tendresse des personnages secondaires et la beautĂ© des dĂ©cors naturels participent d’un charme intemporel, hautement sympathique. Deux ans plus tard, le trio Oury / De Funès / Bourvil rĂ©cidivera avec La Grande Vadrouille : un doublĂ© historique pour trois figures lĂ©gendaires du 7ᵉ art.

*Bruno
11.01.12. 3èx.


lundi 9 janvier 2012

Open Water


de Chris Kentis. 2003. U.S.A. 1h19. Avec Blanchard Ryan, Daniel Travis, Saul Stein, Estelle Lau.

Sortie en salles en France le 11 Août 2004. U.S: 20 Août 2004.

FILMOGRAPHIE: Chris Kentis est un réalisateur, scénariste, monteur, directeur de la photo, né le 23 Octobre 1962 à New-York. 1997: Grind. 2004: Open Water. 2011: Silent House (remake)

 
"Le bleu pour cercueil".
Ă€ la manière d’un documentaire pris sur le vif, comme le confirme sa camĂ©ra DV, Chris Kentis renoue avec la peur primaire du squale tapi sous les algues du grand bleu — lĂ  oĂą Spielberg avait traumatisĂ© des gĂ©nĂ©rations avec son chef-d’Ĺ“uvre inĂ©galĂ©, Les Dents de la Mer (mĂŞme si perso il ne m'a jamais terrifiĂ©, l'intĂ©rĂŞt fut ailleurs). Mais bien avant The Reef et son rĂ©alisme escarpĂ©, Open Water s’inspirait dĂ©jĂ  d’une histoire vraie : celle de Tom et Eileen Lonergan, couple de nageurs mystĂ©rieusement disparus en pleine mer le 25 janvier 1998, au large de la Grande barrière de corail, en Australie.

Synopsis : En vacances aux Bahamas, Susan et Daniel participent Ă  une sortie de plongĂ©e sous-marine, accompagnĂ©s d’autres binĂ´mes. Ă€ la remontĂ©e, chaque duo rejoint le bateau - sauf eux. OubliĂ©s par le capitaine, Susan et Daniel se retrouvent livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, contraints d’attendre les secours au beau milieu de l’ocĂ©an, cernĂ©s par les requins.

Avec une Ă©conomie de moyens, un script linĂ©aire et deux comĂ©diens mĂ©connus confinĂ©s dans un dĂ©cor marin anxiogène, Open Water tente de raviver un genre dĂ©vorĂ© par des ersatz stĂ©riles. Pourtant, ce modeste mĂ©trage terriblement angoissant, malaisant, parfois terrifiant, transcende ses prĂ©dĂ©cesseurs grâce Ă  une mise en scène fine et au pouvoir de suggestion, tout en apprivoisant le dĂ©pouillement limpide de son dĂ©cor naturaliste. Ressenti comme une expĂ©rience immersive de par son caractère documentaire, le film partage l’horreur d’un couple abandonnĂ© en pleine mer, livrĂ© aux prĂ©dateurs d’un territoire qu’ils n’auraient jamais dĂ» effleurer.

Ce qui rend cette dĂ©rive aussi dĂ©lĂ©tère qu’Ă©touffante, c’est sa manière ultra-rĂ©aliste d’aborder le sujet — sans effets, sans tape-Ă -l’Ĺ“il - en laissant filtrer, sur les visages des deux naufragĂ©s, la peur muette, le dĂ©sarroi montant, l’Ă©puisement en crescendo. Ce sentiment d’isolement absolu face Ă  l’immensitĂ© liquide, cette confrontation Ă  un monde flottant et hostile oĂą rode une espèce rĂ©putĂ©e pour sa dangerositĂ©, voilĂ  ce qui ronge. VoilĂ  ce qui glace.


Le rĂ©alisateur accentue cette sensation de temps figĂ© par une chronologie intermittente, rappelant l’attente interminable Ă  laquelle le couple est acculĂ©. Chaque heure devient un supplice. La banalitĂ© du prĂ©sent se dĂ©forme sous l’effet de la peur, de l’espoir amaigri et de la conscience aiguĂ« d’une mort suspendue. La menace croissante du squale, enfoui dans les tĂ©nèbres sous-marines, Ă©pouse la chute morale des deux protagonistes - jamais dans l’outrance, toujours dans la retenue. Et lorsque l’attaque surgit, puis que la nuit avale le jour, l’angoisse bascule dans une apnĂ©e terminale.

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Avec cette troublante impression d’avoir Ă©tĂ© filmĂ© en temps rĂ©el, Open Water parvient admirablement Ă  provoquer la frousse par pure suggestion, sans jamais forcer le trait. La sincĂ©ritĂ© brute des comĂ©diens, Ă  l’humanitĂ© bouleversante, porte le film bien au-delĂ  du simple exercice de style. Quant aux requins, silhouette mouvante d’un mal insidieux, ils parviennent Ă  faire surgir l’effroi sans artifice - peut-ĂŞtre comme seul The Reef, son homologue aussi escarpĂ©, l’aura fait depuis.
Traumatisant Ă  ce point que, mĂŞme au troisième visionnage, j’en ressors plus Ă©branlĂ© encore.

RĂ©compense : Prix de la Meilleure Actrice pour Blanchard Ryan, remis par l’AcadĂ©mie des films de science-fiction, fantastique et horreur (2005).

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

10.01.25. 3èx. Vostf
09.01.12.

vendredi 6 janvier 2012

POLISSE. Prix du Jury Ă  Cannes.


de Maïwenn Le Besco. 2011. France. 2h07. Avec Karin Viard, Marina Foïs, Joey Starr, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher, Lou Doillon, Riccardo Scamarcio, Frédéric Pierrot, Emmanuelle Bercot, Jérémie Elkaïm.

Sortie en salles en France le 19 Octobre 2011.

FILMOGRAPHIE: Maïwenn Le Besco est une réalisatrice, actrice, scénariste française, née le 17 Avril 1976 aux Lilas (Seine-Saint-Denis). 2004: I'm an actrice (court-métrage). 2006: Pardonnez moi. 2009: Le Bal des Actrices. 2011: Polisse


Pour son 3è film, l'actrice rĂ©alisatrice MaĂŻwen nous assène un vĂ©ritable uppercut Ă  l'instar du docu-vĂ©ritĂ© pour suivre la quotidiennetĂ© Ă©prouvĂ©e de policiers de la BPM (Brigade des protections des mineurs) confrontĂ©s aux garde Ă  vue de pĂ©dophiles mais aussi Ă  leur discorde conjugale sitĂ´t rentrĂ©s au cocon familial. Ainsi, Ă  travers le quotidien de ces policiers dans une commune de Paris, Melissa, jeune photographe, est recrutĂ©e pour suivre leur labeur professionnelle et rĂ©diger un reportage Ă©difiant. Avec souci de rĂ©alisme proche d'un L.627 de Bertrand Tavernier, la jeune rĂ©alisatrice MaĂŻwen nous retranscrit le quotidien abrupt d'un groupe de flics solidaires dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  protĂ©ger les mineurs contre les pĂ©dophiles de tous bords ou des maltraitances infligĂ©es par des parents incapables d'assumer leur fonction parentale. De par la complicitĂ© d'une flopĂ©e de comĂ©diens d'un naturel confondant Ă  travers leur physionomie ordinaire, Polisse nous plonge en interne de leur psychĂ© Ă©voluant dans une jungle urbaine en Ă©bullition si bien que les enfants y demeurent les dommages collatĂ©raux.


Le rĂ©alisme acĂ©rĂ© des situations glauques ou dĂ©rangeantes provoquant souvent gĂŞne et malaise, voir parfois mĂŞme l'insupportable lorsqu'une jeune ado violĂ©e prend subitement conscience d'avoir mis au monde un bĂ©bĂ© mort-nĂ©. Avec souci d'humanisme Ă©prouvĂ©, voir dĂ©sespĂ©rĂ© auprès de certains reprĂ©sentants de l'ordre irascibles ou tĂ©mĂ©raires, la rĂ©alisatrice nous dĂ©peint sans esbroufe ni pathos le destin de ces flics acolytes constamment contrariĂ©s (voir pour certains, au bord du marasme suicidaire). Par consĂ©quent, elle nous dĂ©voile avec une sobre dignitĂ© une autre facette de la police souvent taxĂ©e d'incompĂ©tente Ă  travers le français moyen dĂ©sireux de leur devoir de protection. En l'occurrence, ces policiers de la BDM s'avèrent ici des ĂŞtres humains ordinaires dĂ©bordant de vitalitĂ© et de courage mais aussi accablĂ©s par les infortunes et leur fĂŞlure morale d'une vie conjugale en dĂ©sĂ©quilibre. Le film traitant Ă©galement de la gestion disciplinaire d'une hiĂ©rarchie policière Ă  bout de souffle si bien que certains collègues dĂ©pitĂ©s sont facilement au bord de l'implosion. Il sous entend notamment les failles juridiques d'une sociĂ©tĂ© davantage dĂ©pourvue de subvention afin de pouvoir loger les sans abris dans des foyers saturĂ©s.


Avec une luciditĂ© Ă©difiante, MaĂŻwen nous dresse donc un constat implacable envers cette nouvelle gĂ©nĂ©ration sĂ©vèrement rĂ©primĂ©e ou violĂ©e par des adultes sans vergogne Ă  travers leur pathologie perverse. Elle nous dĂ©voile Ă©galement sans tabou le comportement irresponsable d'adolescentes endoctrinĂ©es par l'univers virtuel d'internet et de ses dĂ©rives sexuelles par jeu de provocation ou de soumission lubrique sollicitĂ©s par des camarades de classe. Il y a aussi la prĂ©caritĂ© endurĂ©e par des roumains coexistants dans des caravanes insalubres, acculĂ©s Ă  faire travailler illĂ©galement leur bambin. Quand bien mĂŞme certaines africaines sans domicile se voient contraintes d'abdiquer leur enfant dans un foyer, faute de ne pouvoir subvenir Ă  leur besoin. Sans compter ses quidams toxicomanes ou ses mères immatures incapables d'endosser la responsabilitĂ© d'un enfant pour pouvoir dignement l'assumer. Le choix idoine des comĂ©diens sĂ©lectionnĂ©s parfois Ă  contre emploi (Karin Viard et Marina foĂŻs sont Ă©poustouflantes d'animositĂ© dans leur conflit d'Ă©go !) renforce son cachet d'authenticitĂ© de par leur posture brute de dĂ©coiffage. Pour preuve Ă©galement, la prestance fortuite de Joey Star en flic obtus nous surprend admirablement tant il parvient Ă  retranscrire avec une vĂ©ritĂ© humaine chĂ©tive son dĂ©sarroi de ne pouvoir immuniser tous les maux de notre sociĂ©tĂ©.

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L'île aux enfants
DĂ©bordant de vigueur de par la posture contrariĂ©e des protagonistes s'extĂ©riorisant parfois avec une rage incontrĂ´lĂ©e mais pour autant constamment imprimĂ©s d'un humanisme Ă  fleur de peau, Polisse se dĂ©cline en drame social d'une rare puissance Ă©motionnelle. La cohĂ©sion vigoureuse des comĂ©diens particulièrement autoritaires ainsi que sa mise en scène incisive au plus près de leurs sentiments nous accablent l'esprit Ă  travers leur combat quotidien contre l'injustice. Ainsi, après tant d'Ă©motion parfois dĂ©cuplĂ©e avec âpre verdeur, il nous est impossible de sortir indemne de ce brĂ»lot sociĂ©tal, d'autant plus que son Ă©pilogue inopinĂ©ment tragique nous laisse sur le bitume Ă  travers son aigreur victorieuse. 

*Bruno
06.01.11

Récompenses: Prix du Jury à Cannes 2011.
Premier Grand Prix Cinéma du magazine Elle.
Prix du Public Mel Hoppenheim au Cinémania 2011.


jeudi 5 janvier 2012

DR JEKYLL ET MR HYDE (Dr Jekyll and Mr Hyde)


de Victor Fleming. 1941. U.S.A. 1h53. Avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman, Lana Turner, Donald Crisp, Ian Hunter, Barton MacLane, C. Aubrey Smith, Peter Godfrey, Sara Allgood, Frederick Worlock.

Sortie en salles en France le 25 Septembre 1946. U.S: 12 Aout 1941

FILMOGRAPHIE: Victor Fleming est un réalisateur américain né le 23 Février 1883 à Pasadena en Californie. Il est décédé le 6 Janvier 1949 à Cottonwood dans l'Arizona.
1925: Le Cargo Infernal. 1932: La Belle de Saigon. 1934: l'Ile au Trésor. 1939: Le Magicien d'Oz.
1939: Autant en emporte le Vent. 1941: Dr Jekyll et Mr Hyde. 1945: l'Aventure. 1948: Jeanne d'Arc.


10 ans après la version de Rouben Mamoulian de 1931, Victor Fleming s'entreprend de remaker la cĂ©lèbre adaptation du roman de Stevenson, l'Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde. Cette nouvelle lecture va transcender son modèle, de par son intensitĂ© dramatique et surtout grâce Ă  la prestance d'un trio de comĂ©diens Ă  l'apogĂ©e de leur talent, Spencer Tracy et les ravissantes Ingrid Bergman et Lana Turner. Le pitch: Alors qu'il est sur le point de se marier avec Beatrix Emery, le Dr Jekyll expĂ©rimente ses thĂ©ories sur la dualitĂ© du Bien et du Mal avec des mammifères de laboratoire. Le père de sa fiancĂ©e ne voit pas d'un bon oeil sa rĂ©flexion mĂ©taphysique opposĂ©e Ă  la dĂ©ontologie de Dieu. Convaincu, Jekyll dĂ©cide un soir d'expĂ©rimenter sa potion sur lui mĂŞme après avoir rendu docile un rat agressif. Mais sous l'effet du produit, il se transforme en ĂŞtre diabolique, vĂ©ritable incarnation du Mal, qu'il dĂ©cide de prĂ©nommer Mr Hyde. 


Revoir en l'occurrence ce remake 71 ans après sa sortie prouve Ă  quel point l'oeuvre Ă©mouvante de Fleming su faire preuve d'audace pour illustrer le calvaire insurmontable d'un homme dĂ©chu, obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de scinder la part de Bien et de Mal innĂ©e en chaque ĂŞtre humain. Il faut aussi rappeler que la censure dans les annĂ©es 40 Ă©tait plutĂ´t drastique pour sanctionner certaines productions hollywoodiennes un peu trop sulfureuses. La grande force du film Ă©mane donc de sa terreur psychologique lourdement Ă©prouvante lorsque notre diabolique Mr Hyde dĂ©cide d'asservir et d'humilier la jeune Ivy Peterson, serveuse de bar influençable. Ce docteur ambitieux particulièrement renommĂ© et Ă©rudit se retrouvera malencontreusement dans une situation irrĂ©versible lorsqu'il dĂ©cide d'expĂ©rimenter sur sa propre personne une drogue aux effets dĂ©vastateurs. Ainsi, en jouant les apprentis sorciers, le Dr Jekyll qui envisageait annihiler le Mal enfoui en chacun de nous se retrouvera pris au piège de son dĂ©doublement de sa personnalitĂ©. Car après avoir ingurgitĂ© sa potion, Jekyll ne peut plus maĂ®triser ses pulsions perverses si bien que Mr Hyde pourra prendre le dessus afin de corrompre sa personnalitĂ© et l'empresser de martyriser une serveuse de bar prĂ©alablement Ă©prise d'amour pour lui. Les sĂ©quences de soumission octroyĂ©es Ă  Ivy Peterson par un Mr Hyde habitĂ© par le diable s'avèrent d'une cruautĂ© psychologique Ă©prouvante. Tandis que les sobres maquillages rĂ©ussissent avec subtilitĂ© Ă  enlaidir un homme habitĂ© par la folie, Ă  l'image de sa dĂ©bauche fielleuse. Dès lors, pour retrouver sa personnalitĂ© docile, Jekyll est contraint d'absorber sa potion puisque le Mal a cette fois-ci transcendĂ© les valeurs du Bien, tel un poison intraitable. La situation alarmiste Ă©chappant Ă  tout contrĂ´le, Jekyll se rĂ©signe en dĂ©sespoir de cause Ă  rĂ©pudier sa future Ă©pouse afin de la protĂ©ger de son double nuisible.
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Dans un double rĂ´le, Spencer Tracy se rĂ©vèle littĂ©ralement habitĂ© par son personnage en demi-teinte. Haineux, sadique et bourreau dans la peau du terrifiant Hyde puis studieux, diplomate, dĂ©fĂ©rent mais peu Ă  peu dĂ©muni de sa malĂ©diction dans celui de Jekyll, l'acteur dĂ©gage une poignante empathie face Ă  sa dĂ©tresse de ne pouvoir s'opposer Ă  son double malĂ©fique. SecondĂ© par Ingrid Bergman, sa beautĂ© gracieuse envoĂ»te autant le spectateur que notre hĂ©ros troublĂ© de sa candeur et de son charme tĂ©nu. Son dĂ©sarroi face Ă  la tyrannie de Hyde nous octroie rĂ©gulièrement des sĂ©quences bouleversantes de par sa situation d'impuissance. Pour interprĂ©ter la fiancĂ©e du docteur, Lana Turner campe avec dĂ©fĂ©rence une jeune Ă©pouse entièrement vouĂ©e aux liens du mariage mais finalement condamnĂ©e Ă  la malĂ©diction d'une tragĂ©die humaine Ă©pouvantĂ©e.
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Baignant dans une photographie blafarde accentuant une ambiance des plus troubles, Dr Jekyll et Mr Hyde demeure un chef-d'oeuvre du genre d'une acuité émotionnelle rare auprès de sa cruauté psychologique. Magnifiquement interprété par un trio d'illustres comédiens et bouleversant chez la quête improbable de l'homme déterminé à démystifier les lois spirituelles, cette réflexion sur la dualité du Bien et du Mal et sur notre instinct pervers (un monstre sommeille en chacun de nous !) se réserve en prime d'y générer une métaphore sur l'addiction.

Dédicace à Lirandel.
05.01.12
Bruno Matéï

mardi 3 janvier 2012

KILL BILL: volume 2


de Quentin Tarantino. 2004. U.S.A. 2h17. Avec Uma Thurman, David Carradine, Lucy Liu, Vivica A. Fox, Chia Hui Liu, Michael Madsen, Daryl Hannah, Michael Parks, Bo Svenson, Jeannie Epper, Stéphanie L. Moore.

Sortie en salles en France le 17 Mai 2004. U.S: 16 Avril 2004.

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: RĂ©servoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort.
2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained (tournagĂ© dĂ©butĂ© en Mai 2011). 2014: Kill Bill: Volume 3


Second volet des vicissitudes flamboyantes de la mariĂ©e ensanglantĂ©e, Quentin Tarantino s'approprie cette fois-ci de l'univers aride du Western Spaghetti pour lui rendre un humble hommage. Avec un gout plus prononcĂ© pour la verve de ces dialogues incisifs, l'action Ă©bouriffante du premier volet laisse place Ă  une sobriĂ©tĂ© mesurĂ©e afin de mieux exacerber le profil altĂ©rĂ© de personnages iconiques en phase de dĂ©clin. Après avoir Ă©radiquĂ© de sa liste noire 5 membres des vipères assassines, la mariĂ©e entreprend sa dernière quĂŞte vindicative pour retrouver les trois derniers responsables du massacre commis dans la chapelle de Two Pines. Budd, Elle Driver et enfin Bill se prĂ©parent Ă  l'affronter avec une certaine prĂ©vention. 
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Après une première partie gĂ©nĂ©reusement axĂ©e sur la surenchère spectaculaire dans son hommage affectĂ© au cinĂ©ma d'arts martiaux, place Ă  une certaine sobriĂ©tĂ© pour cette seconde monture beaucoup plus centrĂ©e sur l'introspection de la mariĂ©e, alias Mamba Noir, dans sa relation affective prĂ©alablement Ă©tablie avec son ancien leader Bill. Quentin Tarantino nous rĂ©vĂ©lant enfin les vĂ©ritables motivations qui ont conduit notre guerrière chevronnĂ©e Ă  dĂ©cimer un Ă  un les membres des Vipères assassines pour mieux fustiger son impitoyable baron du crime. Nous allons apprendre aussi de quelle manière notre hĂ©roĂŻne a rĂ©ussi Ă  enseigner la maitrise du Kung-Fu par la discipline drastique d'un vieux maĂ®tre lĂ©gendaire d'arts-martiaux, Pai Mei. Avec son habituelle culture cinĂ©matographique nourrie de rĂ©fĂ©rences toutes azimuts, le rĂ©alisateur rend particulièrement hommage Ă  Sergio Leone et Ennio Morricone pour les dĂ©cors clairsemĂ©s de plaines assĂ©chĂ©es par un soleil ardent et ses visages impassibles suintant la sueur et la poussière. Il adresse Ă©galement un clin d'oeil sarcastique Ă  Lucio Fulci pour se rĂ©approprier d'une fameuse sĂ©quence de claustration auquel Catriona Mc Coll Ă©tait enfermĂ©e en interne d'un cercueil dans le funeste Frayeurs. En dehors d'une sĂ©quence d'action extrĂŞmement spectaculaire et furieusement cinglante, le rĂ©alisateur attache beaucoup plus d'importance Ă  dĂ©velopper en l'occurrence le portrait caractĂ©riel de trois tueurs narcissiques experts en maniement du sabre. Mais c'est surtout le lien affectif alliant finalement notre couple maudit formĂ© par Bill et Beatrix qu'on nous dessine avec poignante empathie, notamment parmi le compromis parental de leur progĂ©niture. Tarantino dĂ©peint avec beaucoup d'humanitĂ© fĂ©brile le psychĂ© tourmentĂ© d'une ancienne tueuse Ă  gage reconvertie par la cause de sa maternitĂ©. Le rĂ´le capital d'une mère dĂ©vouĂ©e, destinĂ©e Ă  rayer un trait sur son passĂ© dĂ©lĂ©tère, quitter un amant tributaire de sa corruption et ainsi offrir une vie Ă©quilibrĂ©e Ă  sa future progĂ©niture.

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Michael Madsen traĂ®ne son traditionnel charisme de cowboy apathique dans celui d'un videur de club de strip-tease avant d'exercer une dernière faveur pour son frère prĂ©ventif Bill, craignant l'arrivĂ©e redoutĂ©e de la mariĂ©e. Darryl Hannah excelle et se voit carrĂ©ment confier le rĂ´le de sa vie dans celle d'une tueuse borgne odieusement perfide, perverse et sournoise. Ses exactions meurtrières audacieuses rivalisant de traĂ®trise en guise d'orgueil et de condescendance. Spoil ! A ce sujet, nous ne sommes pas prĂŞt d'oublier la mort de Budd, mordu Ă  trois reprises dans son camping-car par le venin du Mamba Noir, serpent rĂ©putĂ© le plus venimeux au monde, après qu'il eut ouvert par inadvertance une valise remplie de dollars ! Fin du Spoiler. En leader de l'organisation secrète, David Carradine endosse le rĂ´le majeur Ă  la mesure de son talent pour extĂ©rioriser une rancune tenace envers sa liaison amoureuse qu'il avait prĂ©alablement Ă©tabli avec la tueuse aux cheveux d'or. Enfin, Uma Thurman exprime une humanitĂ© plus Ă©quilibrĂ©e dans son personnage de vengeresse dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  abdiquer son rĂ´le de tueuse Ă  gage au profit de la postĂ©ritĂ© de sa fille. Leur règlement de compte salvateur nous valant une bouleversante confession engagĂ©e sur l'amertume du regret, la faiblesse de la rancoeur, la lâchetĂ© de la haine au nom d'une candeur infantile.


Beaucoup plus substantiel dans les tenants et aboutissants des personnages tributaires de leur mentalitĂ© corrompue, Kill Bill: volume 2 dĂ©ploie enfin toute l'essence de sa puissance dramatique confrontĂ© Ă  une bouleversante romance en berne. De film d'action prĂ©alablement entamĂ© dans le moule du divertissement jouissif, Quentin Tarantino en extrait dans son second volet une somptueuse tragĂ©die humaine fondĂ©e sur la notion d'hĂ©roĂŻsme et notre humanitĂ© fragilement compromise. D'une virtuositĂ© technique perfectionniste sans surenchĂ©rir dans l'action orgasmique antĂ©cĂ©demment entreprise, la quĂŞte rĂ©demptrice de Beatrix Kiddo nous dĂ©ploie sans prĂ©venir toute son humanitĂ© au nom de l'amour maternel. Une Ă©popĂ©e frĂ©nĂ©tique confinant au chef-d'oeuvre d'un rĂ©alisateur entièrement vouĂ© Ă  son art (dĂ©sincarnĂ©) du langage cinĂ©matographique. 

03.01.12
Bruno Matéï


lundi 2 janvier 2012

KILL BILL: volume 1


de Quentin Tarantino. 2003. U.S.A. 1h51. Avec Uma Thurman, David Carradine, Daryl Hannah, Michael Madsen, Vivica A. Fox, Sonny Chiba, Julie Dreyfus, Chiaki Kuriyama, Chia Hui Liu, Lucy Liu, Julie Manase.

Sortie en salles en France le 26 Novembre 2003. U.S: 10 Octobre 2003.

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood)
1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained (tournagé débuté en Mai 2011). 2014: Kill Bill: Volume 3
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La vengeance est un plat qui se mange froid
Six ans après son hommage Ă  la Blaxploitation dans Jacky Brown, Quentin Tarantino s'approprie de l'univers nippon du Wu Xia Pian (film de sabre ou de chevalier-errant) et du film de samouraĂŻ pour illustrer avec Kill-Bill un concentrĂ© d'action orgasmique enchaĂ®nant les moments d'anthologie en crescendo. Ce revenge movie flamboyant est Ă©galement privilĂ©giĂ© par le profil subversif d'un "mamba noir" personnifiĂ© par la prestance virile d'Uma ThermanL'histoire d'une vengeance implacable et mĂ©thodique d'une jeune mariĂ©e sauvĂ©e in extremis d'une mort certaine. Par ordre chronologique, elle dĂ©cide de supprimer les importants membres d'une organisation nommĂ©e DĂ©tachement International des Vipères Assassines. Un rĂ©seau mafieux commanditĂ© par leur chef Bill qui avait dĂ©cidĂ© de massacrer la famille de son ancienne tueuse Ă  gage repentie, Mamba Noire.
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Quentin Tarantino, plus motivĂ© que jamais Ă  se rĂ©approprier instinctivement de ces rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques, nous concocte une fois de plus un jubilatoire jeu de massacre transcendĂ© par le cheminement d'une mariĂ©e ensanglantĂ©e, unique survivante d'un massacre de masse. Après avoir sombrĂ© dans un coma durant plus de quatre ans, l'Ă©pouse prĂ©alablement enceinte dĂ©cide d'accomplir une vengeance impitoyable envers les responsables de la mort de son mari et de sa fille. Cette ancienne tueuse Ă  gage, experte en maniement du sabre et du kung-fu va amorcer un parcours du combattant pour affronter un Ă  un des membres mafieux tout aussi robustes et pugnaces. Pour ce premier opus impeccablement structurĂ© avec un soin technique d'une inventivitĂ© virtuose, Tarantino mise l'accent sur l'action jouissive des chorĂ©graphies d'art martial d'une beautĂ© Ă©purĂ©e. S'il soigne de manière assidue chaque Ă©bauche spectaculaire confrontĂ©e aux combats de sabre ou aux armes blanches, il ne dĂ©nigre pas pour autant la caractĂ©risation dĂ©lĂ©tère de certains personnages. Comme ce mystĂ©rieux leader sans visage rĂ©pondant au nom de Bill, ou encore cette reine de la pègre de Tokyo, O-Ren Ishii, au passĂ© galvaudĂ©. Une matriarche insidieuse (Lucy Liu, impĂ©riale de noirceur raffinĂ©e) auquel son enfance avilie nous sera remĂ©morĂ©e sous la forme d'un livret d'animation pour illustrer la mort inĂ©quitable de ses parents, perpĂ©trĂ©e sous ses yeux par des assassins sans vergogne. Un somptueux conte laconique dĂ©peint Ă  la manière d'un manga ultra gore et violemment stylisĂ© pour mieux dĂ©cupler la souffrance morale d'une fillette prochainement livrĂ©e Ă  l'errance meurtrière.
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Mais c'est bien Ă©videmment le jeu Ă©pidermique d'Uma Thurman dans sa fonction pugnace qui permet de transcender cette rancune vindicative aussi intense qu'haletante. VĂŞtue d'une combinaison jaune criarde et exacerbĂ© d'un regard de louve imperturbable, sa hargne inflexible, son tempĂ©rament flegme et sa vĂ©locitĂ© Ă  combattre toute une armĂ©e de Yakusa Ă©clabousse l'Ă©cran de la première Ă  la dernière seconde. A la manière de Bruce Lee dans le Jeu de la Mort, notre Mamba Noir sera contrainte d'achever sa besogne dans une succession d'Ă©preuves physiques toujours plus ardentes afin d'Ă©radiquer en point d'orgue final la baronne de la pègre, O-Ren Ishii. La caractère insolite de nos personnages excentriques (les alliĂ©s masquĂ©s Ă  la manière de Zorro, la collĂ©gienne en jupe Ă©cossaise accoutrĂ© d'une guillotine volante en forme de sphère, l'infirmière borgne au bandeau noir), physiquement affublĂ©s d'une tenue distinguĂ©e et empoignant des sabres aussi aiguisĂ©s qu'un rasoir acĂ©rĂ© contribue Ă  moderniser une quĂŞte vindicative inspirĂ©e d'une culture asiatique ancestrale. La recette hĂ©tĂ©roclite fonctionne Ă  plein rĂ©gime, les couleurs sont fastes, la musique exalte l'ouĂŻe, les pĂ©ripĂ©ties bondissantes s'enchaĂ®nant nĂ©cessairement au service de l'histoire et leurs chorĂ©graphies (supervisĂ©es par Yuen Woo-Ping, spĂ©cialiste des Wu Xia Pian) nous donnant le vertige.


La mariée était en jaune
MenĂ© sans une once de rĂ©pit avec le score de tubes entraĂ®nants, visuellement splendide et Ă©maillĂ© de personnages mĂ©crĂ©ants, Kill Bill est un savoureux concentrĂ© d'action ultra rĂ©fĂ©rentiel. En dehors de son spectacle gĂ©nĂ©reux mis en exergue dans le dĂ©fouloir dĂ©complexĂ©, Tarantino n'oublie pas pour autant de nous narrer une solide histoire de vengeance transcendĂ©e par le portrait d'une femme dĂ©chue en quĂŞte de justice expĂ©ditive. Avant de parfaire un deuxième opus plus dense pour l'achèvement du leader criminel et afin d'attiser notre expectative, un ultime coup de théâtre nous est habilement divulguĂ© avant le gĂ©nĂ©rique de fin !
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02.01.12
Bruno Matéï
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RĂ©compenses: 
Prix du Public au festival du film de Catalogne en 2003.
Award du Meilleur Montage au San Diego Film Critics Society
Saturn award du meilleur film d'action et de la meilleur actrice (Uma Thurman) en 2004
MTV Movie Awards de la meilleur actrice (Uma Thurman), du meilleur combat (la mariĂ©e contre Gogo Yubari) et du meilleur mĂ©chant (Lucy Liu) en 2004
Meilleur RĂ©alisateur et Meilleure Actrice (Uma Thurman) au Empire Awards en 2004
Sierra Award du meilleur montage au Las Vegas Film Critics Society en 2004
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