lundi 13 juillet 2020

Les Félins

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alamyimages.fr

de René Clément. 1964. France. 1h37. Avec Alain Delon, Jane Fonda, Lola Albright, Sorrell Booke, Carl Studer.

Sortie salles France: 12 Juin 1964

FILMOGRAPHIERené Clément est un cinéaste français, réalisateur et parfois coscénariste, né le 18 mars 1913 à Bordeaux, décédé le 17 mars 1996 à Monaco. 1946 : La Bataille du rail. 1946 : Le Père tranquille. 1947 : Les Maudits. 1949 : Au-delà des grilles. 1950 : Le Château de verre. 1952 : Jeux interdits. 1954 : Monsieur Ripois. 1956 : Gervaise. 1958 : Barrage contre le Pacifique. 1960 : Plein soleil. 1961 : Quelle joie de vivre. 1963 : Le Jour et l'Heure. 1964 : Les Félins. 1966 : Paris brûle-t-il ? 1969 : Le Passager de la pluie. 1971 : La Maison sous les arbres. 1972 : La Course du lièvre à travers les champs. 1975 : La Baby-Sitter.


Jeu de pouvoir, de séduction et de manipulation sous la mainmise d'un quatuor d'amants maudits, Les Félins n'a pas usurpé sa réputation de classique du genre (au sens noble du terme) tant René Clément s'y entend pour nous amener à le suivre sur les pentes d'un vénéneux thriller à suspense. Tant auprès de la solidité de sa mise en scène (on peut également vanter l'incroyable géométrie de son montage véloce lors des scènes d'action ou de suspense oppressant) que de la force d'expression de ces acteurs communément habités par un ardent désir de courtiser leur partenaire. On peut d'ailleurs même parler de film d'acteur auprès de sa direction hors pair, tant et si bien que l'intrigue sert presque d'alibi pour cumuler les confrontations psychologiques entre sexes opposés. Marc, playboy en fuite après avoir séduit l'épouse d'un illustre mafieux, étant hébergé dans la demeure de la riche veuve Barbara accompagnée de sa domestique Melinda. Mais leur étrange relation bâtie sur la séduction, la jalousie, le mensonge et la trahison va tout remettre en question sous l'impulsion d'un certain "Vincent" planqué dans la bâtisse.


Ainsi, Ă  travers cette intrigue tortueuse fertile en règlements de compte "verbaux", RenĂ© ClĂ©ment y tisse (de prime abord) une toile d'araignĂ©e autour du personnage de Marc que campe avec charisme de sĂ©ducteur innĂ© l'immense Alain Delon. VĂ©ritablement inspirĂ© Ă  nous radiographier une poignĂ©e de personnages peu recommandables Ă  travers leur esprit vĂ©nal dĂ©nuĂ© de moralitĂ©, le rĂ©alisateur compte sur les tempĂ©raments envieux de Lola Albright et de Jane Fonda (bon Dieu quelle charme suave Ă  travers la tiĂ©deur de ses yeux concupiscents) pour faire monter la tension au compte compte eu Ă©gard de leur rivalitĂ© tacite Ă  s'approprier Marc en guise d'amant. Quand bien mĂŞme le personnage le moins influent et le plus vulnĂ©rable du quatuor n'aura pas dit son dernier mot Ă  travers son besoin de s'affirmer d'une manière autrement vindicative. Si bien que les rĂ´les perfides finiront par s'inverser auprès de ce dangereux chassĂ©-croisĂ© d'adultère criminogène.


Diabolique thriller charnel transcendé du charisme "félin" de ces acteurs criants de sensualité trouble, Les Félins n'a rien perdu de son intensité au fil d'un vénéneux jeu du chat et de la souris conçu sur le pouvoir de séduction. Un tableau peu flatteur sur les rapports trompeurs hommes/femmes dans leur désir égotiste de possessivité et de domination.

*Bruno

jeudi 9 juillet 2020

The Woodsman

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buddy-movierepack.blogspot.com

de Nicole Kassell. 2004. U.S.A. 1h27. Avec Kevin Bacon, Yasiin Bey, Eve, Kevin Rice, Michael Shannon, Hannah Pilkes, Carlos Leon, Jessica Nagle, Kyra Sedgwic, Benjamin Bratt.

Sortie salles France: 15 Mars 2006. U.S: 25 Février 2005

FILMOGRAPHIENicole Kassell, née en 1972 à Philadelphie, est une réalisatrice américaine. 2002: The Green Hour (court-métrage). 2004 : The Woodsman. 2011 : A Little Bit of Heaven.


Quelle est la pire chose que vous ayez jamais faite ?
Traitant du thème oh combien scabreux de la pĂ©dophilie avec en tĂŞte d'affiche l'illustre Kevin Bacon, The Woodsman aurait facilement pu sombrer dans le produit racoleur s'il n'eut Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par une cinĂ©aste aussi indĂ©pendante que talentueuse. Car outre l'incroyable prestation cĂ©rĂ©brale de notre acteur habitĂ© par son rĂ´le Ă©pineux (probablement le rĂ´le le plus probant de sa carrière !), le tact de la mise en scène posĂ©e nous scotche au siège Ă  travers sa fine Ă©tude psychologique d'un pĂ©dophile en rĂ©insertion sociale. Autrefois coupable d'attouchements sur deux fillettes de 10 et 12 ans, Walter tente aujourd'hui sa seconde chance après avoir purgĂ© une peine de 12 ans de rĂ©clusion. RecrutĂ© en tant  qu'ouvrier dans une entreprise, il se lie d'amitiĂ© avec la force de caractère Vicki sans toutefois lui avouer son passĂ© de criminel sexuel (tout du moins lors de leurs premiers rapports). D'une intensitĂ© psychologique rigoureuse Ă  travers le profil dĂ©viant de ce pĂ©dophile en constante remise en question,  The Woodman nous dĂ©range lourdement Ă  travers ce questionnement ardu sur sa plausible rĂ©habilitation.


Totalement immergé dans son introspection morale par le biais de sa quotidienneté morose (un appartement blafard dénué de mobilier avec, en face de sa fenêtre, une cour d'école en guise de provocation !); Walter est d'autant plus surveillé par son thérapeute et épié par un flic impassible avide de le remettre derrière les verrous. Seul, l'audacieux soutien de sa nouvelle compagne lui apporte néanmoins un regain de tendresse et d'attention du fait de sa croyance en sa frêle humanité. Mais alors que son entourage professionnel vient se mêler à son passé de délinquant sexuel, Walter est peut-être sur la corde raide de récidiver de par ses regards médisants l'estampillant monstre irrécupérable. Douloureux, âpre et malaisant d'y éprouver une réelle empathie pour ce paraphile hanté par ses démons et apeuré par le réveil de ses pulsions qu'il ne saisit pas; The Woodsman nous illustre sa descente aux enfers avec un humanisme à la fois désespéré et prometteur. Notamment auprès d'une saisissante séquence révélatrice quant à son trouble rapport affectueux avec une fillette de 12 ans victime d'abus sexuels par son paternel ! Tant et si bien que la réalisatrice ose théoriser sur l'éventuelle rédemption des pédophiles les moins dangereux s'efforçant de canaliser leurs pulsions pour ensuite les annihiler au fil d'un travail introspectif de longue haleine.


Remarquable de dextĂ©ritĂ©, tant auprès de sa mise en scène dĂ©pouillĂ©e que de la sobriĂ©tĂ© des interprètes contraints de tĂ©moigner de l'Ă©volution morale d'un pĂ©dophile en instance de rĂ©insertion, The Woodsman ne nous laisse pas indemne face Ă  nos questionnements sur cette pathologie souvent rĂ©putĂ©e incurable. NĂ©anmoins traduit ici dans l'espoir, l'optimisme et la rĂ©demption auprès d'un profil humaniste torturĂ© de remord, de culpabilitĂ© et d'incomprĂ©hension face Ă  sa dĂ©viance, The Woodsman ose apporter une main secourable auprès des moins prĂ©judiciables. Du grand cinĂ©ma franc-tireur, sans fioriture, entièrement dĂ©diĂ© Ă  l'humanisme fĂ©brile de ces personnages antinomiques, entre haine et pardon. 

*Bruno

mercredi 8 juillet 2020

l'HĂ´tel de la Plage

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michel Lang. 1978. France. 1h50. Avec Sophie Barjac, Myriam Boyer, Daniel Ceccaldi, Michèle Grellier, Bruno Guillain.

Sortie salles France: 11 Janvier 1978

FILMOGRAPHIEMichel Lang est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 9 juin 1939 Ă  Paris,  dĂ©cĂ©dĂ© le 24 avril 2014 Ă  Saint-Arnoult (Calvados), . 1976 : Ă€ nous les petites Anglaises. 1977 : Une fille cousue de fil blanc. 1978 : L'HĂ´tel de la plage. 1980 : Tous vedettes. 1981 : On n'est pas des anges... elles non plus. 1982 : Le Cadeau. 1985 : Ă€ nous les garçons. 1986 : L'Étincelle. 1987 : Club de rencontres. 1990 : Édouard et ses filles - (TV). 1991 : Duplex (TV). 1991 : Mascarade (TV). 1992 : Le Fils d'un autre (TV). 1992 : Mord im Atomkraftwerk (TV). 1992 : Un mort très convenable (TV). 1994 : Les Faucons (TV). 1995 : Baldipata (TV). 1995 : BĂ©bĂ© coup de foudre (TV). 1997 : Sans cĂ©rĂ©monie (TV). 2002 : Louis et les enfants perdus, Ă©pis 5, Sais 3 Louis la Brocante (TV).


Peu diffusĂ© Ă  la TV alors qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie il cumula pas moins de 2 771 917 entrĂ©es; l'HĂ´tel de la plage vaut mieux que l'oubli qu'il se coltine injustement depuis des dĂ©cennies. Si bien que selon mon jugement de valeur il me parait aussi attachant et ludique que le 1er volet des BronzĂ©s de Patrice Lecomte auquel il emprunte le mĂŞme contexte estival au sein d'une commune trajectoire narrative.  Michel Lang retraçant les villĂ©giatures de français moyens ayant louĂ© une chambre d'hĂ´tel Ă  proximitĂ© d'une plage le temps de leurs semaines de congĂ©s. VĂ©ritable hommage intergĂ©nĂ©rationnel aux vacances d'Ă©tĂ© sous l'impulsion mĂ©lancolique de tubes des annĂ©es 70 (Mort Shuman, Sheila, Alain Souchon entre autre), l'intrigue limpide fleure bon l'insouciance et l'exaltation libertaire Ă  travers les adultères et fourberies sentimentales que nos vacanciers amorcent en guise d'Ă©vasion. L'attachante rĂ©ussite de cette romcom Ă©manant notamment de son rythme trĂ©pidant Ă  cumuler (sans lassitude) sur un ton pittoresque moult situations romanesques au sein d'un cadre exotique de club de vacances.


Au-delĂ  de l'Ă©motive sincĂ©ritĂ© de Michel Lang Ă  inscrire sur pellicule un tĂ©moignage mĂ©lancolique sur une pĂ©riode rĂ©volue conçue sur la simplicitĂ© des rencontres et retrouvailles amicales autour de slows ou d'un verre au cafĂ©, les attachants comĂ©diens (Sophie Barjac, Myriam Boyer, Daniel Ceccaldi, Guy Marchand et la jeunette Anne Parillaud) affichent une bonne humeur Ă  la fois expansive et sereine Ă  travers leurs pĂ©ripĂ©ties rocambolesques Ă  flirter avec les aventures impromptues. On s'Ă©tonne mĂŞme parfois de l'audace de certaines sĂ©quences d'attouchements, voires de harcèlement sexuel que la ligue fĂ©ministe d'aujourd'hui proscrirait fissa. Quand bien mĂŞme Michel Lang ose aborder le thème sulfureux de la diffĂ©rence d'âge Ă  travers la liaison sentimentale entre une charmante quadra et deux jeunes de 18 ans que l'un d'eux parviendra finalement Ă  sĂ©duire jusqu'au coĂŻt. Mais Michel Lang, très attachĂ© Ă  sa fidèle retranscription historique, ne sombre jamais dans la trivialitĂ© pour le plaisir de choquer. Si bien que ces sĂ©quences charnelles susnommĂ©es font preuve d'un rĂ©alisme aussi innocent que touchant Ă  travers les sentiments ardents des personnages finalement fĂ©rus de tendresse et de reconnaissance, aussi outrĂ©s soient leurs comportements incorrects.


Un été de porcelaine
Fort agrĂ©able Ă  suivre, notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens d'un peps infaillible (tant juvĂ©niles que plus âgĂ©s), l'HĂ´tel de la plage est une bouffĂ©e d'air frais au sein de la comĂ©die chorale parfois retranscrite avec une poignante nostalgie. A revoir avec le pincement au coeur donc, surtout pour ceux ayant vĂ©cu leur enfance ou leur adolescence au coeur des annĂ©es 70. 

*Bruno

mardi 7 juillet 2020

Le Vampire de ces Dames

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buddy-movierepack.blogspot.com

"Love at First Bite" de 1979. U.S.A. 1h36. Avec George Hamilton, Susan Saint James, Richard Benjamin, Dick Shaw, Sherman Hemsley, Art Johnson, Isabel Sanford.

Sortie salles France: ? U.S: 27 Avril 1979.

FILMOGRAPHIE: Stanley John Dragoti, dit Stan Dragoti, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 4 octobre 1932 Ă  New York et mort le 13 juillet 2018 Ă  Los Angeles. 1972 : Billy le cave. 1976 : McCoy (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1979 : Le Vampire de ces dames. 1983 : Mister Mom. 1985 : L'Homme Ă  la chaussure rouge. 1989 : Touche pas Ă  ma fille. 1991 : L'Équipe des casse-gueule.


Sans jamais rivaliser avec les meilleures rĂ©ussites du genre (Dr Jerry et Mr Love, Le Bal des Vampires, Frankenstein Junior et le plus rĂ©cent Vampires en toute intimitĂ©), le Vampire de ces dames est une charmante et sympathique parodie, notamment auprès de ces attachants personnages se prĂŞtant au jeu de la dĂ©connade avec un humour bonnard. Tant auprès de George Hamilton en vampire dandy anachronique plutĂ´t inoffensif, de l'envoĂ»tante Susan Saint James (quelle sombre beautĂ© spontanĂ©e !) en maĂ®tresse caractĂ©rielle timidement influencĂ©e par l'amour Ă©ternel, de Richard Benjamin en Docteur revanchard endossant la double fonction de chasseur de vampire et d'amant Ă©plorĂ© et de Arte Johnson en domestique badin au rictus dĂ©monial. AssurĂ©ment le personnage le plus pittoresque de l'Ă©quipe Ă  travers son naturel innĂ© d'y pouffer de rire sous l'impulsion de ses rĂ©pliques sardoniques.


Quant à l'intrigue éculée centrée sur notre triangle amoureux mais transplantée dans notre monde contemporain, elle se permet quelques libertés afin d'y injecter quelques touches d'originalité (le vampire doit ici mordre à 3 reprises sa proie pour qu'elle devienne immortelle et s'alloue de pouvoirs télékinésiques pour moderniser le mythe). Notamment auprès de la caractérisation borderline du petits fils de Van Helsing endossant le double rôle susnommé. Mais comme de coutume au sein du genre casse-gueule de la parodie parfois trop irrévérencieuse, tout n'est pas du meilleur goût, à l'instar du duel d'hypnose dans le restaurant d'une drôlerie plutôt lourdingue. Rien d'alarmiste pour autant si bien que l'on préserve fréquemment le sourire (et les rires) aux lèvres à travers sa pléthore de situations cocasses dénuées de prétention. Le méconnu Stan dragoti emballant donc efficacement son film de par son rythme fougueux (les acteurs s'en donnant à coeur joie sans se complaire dans l'outrance ou les effets de manche) et sa sincérité d'y traiter le mythe avec une bonne humeur et dérision tantôt romanesque (avec en filigrane une réflexion sur la peur de l'engagement). A revoir sans se prendre la tête.

*Bruno

lundi 6 juillet 2020

Je veux manger ton pancréas

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Kimi no suizĹŤ o tabetai" de ShĹŤ Tsukikawa. 2017. Japon. 1h50. Avec Shun Oguri, Keiko Kitagawa, Takumi Kitamura, Minami Hamabe.

Sortie salles France: ? Japon: 28 Juillet 2017 

FILMOGRAPHIEShō Tsukikawa est un réalisateur et scénariste japonais. 2017: Je veux manger ton pancréas.

"Le plus grand Ă©chec est de ne pas avoir le courage d’oser."

MĂ©lo existentiel d’une intensitĂ© Ă  couper au rasoir, Je veux manger ton pancrĂ©as est un moment de cinĂ©ma Ă©purĂ©, touchĂ© par la grâce. La candeur d’un duo romantique s’y dĂ©ploie Ă  travers la maladie mortelle : Kyoko, condamnĂ©e, rencontre un lycĂ©en introverti, paria asocial pointĂ© du doigt par ses camarades. Poignant, bouleversant sans rien de programmĂ©, le film s’Ă©rige en ode Ă  l’amour le plus virginal et salvateur. Car au fil de leur relation, le jeune garçon apprend Ă  s’affirmer, guidĂ© par la tendresse lumineuse de Kyoko.

Ă€ travers les thèmes sombres de la maladie et du deuil, ShĹŤ Tsukikawa transfigure le portrait de ces deux ĂŞtres dissemblables. Kyoko, sĂ©millante et spontanĂ©e, dĂ©vore la vie Ă  pleines dents malgrĂ© l’Ă©pĂ©e de Damoclès suspendue au-dessus d’elle. Lui, solitaire taciturne, se replie sur son silence. Leur fragilitĂ© commune, mise Ă  nu dans l’intimitĂ© de sentiments que le lycĂ©en peine Ă  exprimer, confère au film une universalitĂ© : l’amour comme apprentissage d’une complĂ©mentaritĂ©, un pacte de soutien face au deuil.


La communication, la confiance, le partage et la confidence (notamment lors de leur jeu « action/vĂ©ritĂ© ») deviennent alors les vecteurs de cette initiation. Tsukikawa narre cette romance avec une simplicitĂ© dĂ©sarmante, portĂ©e par une pudeur sincère : le regard terne du garçon se reflète dans l’Ă©clat vital de Kyoko. Jamais complaisant, jamais sirupeux, le film s’appuie sur le tempĂ©rament fringant de la jeune fille pour faire jaillir l’exaltation, teintĂ©e d’un onirisme existentiel. Par instants, on croit voir en elle un ĂŞtre de chair et de sang, tant son humanisme incandescent bouleverse la vie de son compagnon, bientĂ´t capable d’embrasser le monde. De son cĂ´tĂ©, l’introverti dĂ©livre ses Ă©motions timorĂ©es avec une intensitĂ© tangible, sensorielle, jusqu’Ă  cette Ă©volution morale optimiste qui le mène Ă  trouver le courage d’oser, notamment face Ă  la meilleure amie de Kyoko.


L’amour de la vie est la vĂ©ritable force Ă  protĂ©ger.
D’un lyrisme parfois enchanteur, mais surtout d’une acuitĂ© Ă©motionnelle envoĂ»tante, le film respire le sentiment d’urgence d’aimer et la beautĂ© de l’instant prĂ©sent. Sans doute l’un des plus beaux poèmes romantiques jamais imprimĂ©s sur Ă©cran. Car si le rĂ©cit demeure limpide et fataliste (attention au coup de théâtre cinglant du milieu !), il transcende sa simplicitĂ© par une vibrante caractĂ©risation humaine, militante pour la valeur de l’amour comme clef du sens de la vie. Aimer et ĂŞtre aimĂ©. Donner et recevoir. Encore faut-il apprendre Ă  aimer. Car ce n’est qu’Ă  travers nos contacts, nos rapports aux autres, que la rĂ©alitĂ© de l’existence s’Ă©claire enfin.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Dédicace à Frederic Serbource.

jeudi 2 juillet 2020

Le Jour de la fin des Temps / La Nuit des Extra-Terrestres

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Day Time Ended" de John 'Bud' Cardos. 1980. U.S.A. 1h20. Avec Jim Davis, Christopher Mitchum, Dorothy Malone, Marcy Lafferty, Scott C. Kolden.

Sortie salles France: 10 Juin 1981. U.S: Novembre 1980.

FILMOGRAPHIE: John 'Bud' Cardos est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 20 Décembre 1929 à Saint Louis, Missouri. 1970: The red, white, and black. 1971: Drag Racer. 1971: The Female Bunch (non crédité). 1977: L'Horrible Invasion. 1979: The Dark. 1979: Le Jour de la fin des temps. 1984: Mutant. 1988: Act of Piracy. 1988: Skeleton Coast. 1988: Les Bannis de Gor.


RĂ©alisĂ© par John Bud Cardos, un habituĂ© des sĂ©ries B au rabais Ă  qui l'on doit The Dark, le sympatoche Mutant et surtout l'Horrible Invasion (de loin sa meilleure - et authentique - rĂ©ussite), le Jour de la fin des temps est une sorte de croisement bisseux de Rencontres du 3è type lorsqu'une famille de fermiers demeurent les tĂ©moins de prĂ©sences extra-terrestres lors d'une nuit spatio-temporelle. Les OVNIS parvenant par instants Ă  brouiller la notion du temps sans que l'on ne sache pour quelle raison Ă©quitable. ConfinĂ©s dans leur demeure en plein dĂ©sert, ils vont avoir affaire Ă  une multitude d'Ă©vènements paranormaux Ă  base de bulles de lumières, de monument triangulaires d'un vert fluorescent (faisant disparaĂ®tre et rĂ©apparaĂ®tre n'importe quelle prĂ©sence humaine ou animale), de mini crĂ©atures et de monstres gargantuesques filmĂ©s en stop motion. De par son ambiance westernienne confinĂ©e en plein dĂ©sert solaire et grâce Ă  l'attachante galerie de persos gogos aux rĂ©actions tantĂ´t atones, tantĂ´t hĂ©bĂ©tĂ©es; Le Jour de la fin des Temps prĂŞte inĂ©vitablement Ă  sourire Ă  travers sa plĂ©thore de sĂ©quences facĂ©tieuses oĂą des extra-terrestres de toutes formes n'auront de cesse de les harceler tous azimuts.


Et si on peut déplorer la redondance des situations d'harcèlement et d'agressions finalement infructueuses, John Bud Cardos parvient in extremis à relancer modestement l'action grâce à la disparité des OVNIS s'en donnant à coeur joie dans les effets de surprise et ballets féeriques. A l'instar donc de Rencontres du 3è type lorsque des centaines de bulles, de rayons gammas et d'étoiles filantes y forment des esquisses dans l'air et le ciel afin d'ébranler nos personnages en proie à la stupeur (contractée). Tout cela demeure donc gentillet, simplet, gratuit et inoffensif à travers son ambiance bonnard de science-fiction conjuguée au merveilleux et au fantastique, quand bien même les FX artisanaux s'avèrent assez bien fichus dans l'ensemble. Le point le plus fructueux étant les fascinants déplacements des monstres filmés en stop motion que l'on croirait extraits d'un film de Ray Harryhausen si bien que l'on a droit à un moment à un houleux corps à corps, aussi mineure soit leur chorégraphie épique.


Sans laisser de souvenir impĂ©rissable, le Jour de la fin des temps se dĂ©cline donc en sympathique curiositĂ© fantasque sous l'impulsion d'aimables trognes du samedi soir parfois issues de la sĂ©rie TV (Jim Davis en tĂŞte, l'inoubliable Josh Ewing de Dallas). Quand au final salvateur Ă  la fois fĂ©erique et dĂ©concertant, on accepte pour autant le non-sens du twist fantasmagorique de par sa scĂ©nographie aussi flamboyante que dĂ©paysante. N'oubliez donc pas de dĂ©poser votre cerveau au vestiaire avant de goĂ»ter cette friandise acidulĂ©e au charme (agrĂ©ablement) dĂ©suet, tant il n'y a pas grand chose Ă  saisir. 

*Bruno

mardi 30 juin 2020

Marathon Killer

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Courage" de Robert L. Rosen. 1984. U.S.A. 1h30. Avec Ronny Cox, Art Hindle, M. Emmet Walsh, Tim Maier, Lois Chiles.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Novembre 1984

FILMOGRAPHIE: Robert L. Rosen est un réalisateur, acteur et producteur américain né le 7 Janvier 1937 à Palm Springs, Californie. 1984: Marathon Killer.


Inédit en salles chez nous mais édité en Vhs, Marathon Killer ne manqua pas d'interpeller le videophile des années 80 attisé par sa jaquette prometteuse suggérant un film d'horreur plutôt réaliste. Tout du moins chez les friands de série B d'exploitation surfant sur la vague du survival brut de décoffrage, ou plus précisément de la chasse à l'homme initiée par un certain Zaroff. En ce sens que l'intrigue assez originale va nous dépeindre l'épreuve de force d'un trio de marathoniens pris à parti avec une unité militaire partie en mission de survie en plein désert du Nouveau Mexique. Spoil ! Or, après qu'ils eurent accidentellement tués l'un des joggeurs lors d'une violente rixe, ils se décident à les traquer pour les tuer sous l'impulsion de leur leader mégalo. Fin du Spoil. Réalisé par le néophyte Robert L. Rosen si bien qu'il s'agit de son unique métrage, Marathon Killer demeure un sympathique survival aussi perfectible et maladroit soit-il. Car si la gestion d'acteurs laisse à désirer (principalement auprès des militaires en herbe parfois peu convaincants dans leur posture patibulaire et leurs actions infructueuses) et que le montage demeure tantôt anarchique, Marathon Killer gagne en efficacité oppressante à travers sa pléthore de poursuites endiablées que nos survivants ne cessent d'arpenter pour leur enjeu de survie.


Qui plus est, nous sommes surpris de constater à travers son concept d'exploitation alimentaire la densité humaine qui se dégage des états d'âme de nos héros réfractaires de prime abord à tuer leur prochain afin de pouvoir rester en vie. Mais s'efforçant solidairement de survivre pour accéder à la ligne d'arrivée, entre désespoir désenchanté et pugnacité rebelle, ils vont donc apprendre à s'affirmer en faisant preuve de perspicacité, d'héroïsme et de bravoure audacieuse. C'est donc une initiation à l'auto-justice que nous suggère Robert L. Rosen à travers leur inévitable légitime défense de dernier ressort. Ainsi, en suivant scrupuleusement leur marathon chaotique sous un écrasant soleil, on reste notamment surpris de l'intensité dramatique de certains rebondissements d'une cruauté aride (tant auprès de la 1ère partie que de l'épilogue salvateur). On peut toutefois regretter le manque de réalisme de certains corps à corps, sachant notamment que nos héros parviennent un peu trop facilement à exterminer leurs assaillants. C'est un tantinet dommageable pour autant pardonnable tant on s'identifie pleinement à leur humanisme fébrile puisque se résignant à rester en vie avec une hargne indéfectible. On peut enfin saluer l'attrait quelque peu envoûtant de sa partition au synthé quasi omniprésente durant tout le parcours du combattant si bien que Marathon Killer ne manque pas de charme atmosphérique à travers sa scénographie aussi vaste et dépaysante qu'inhospitalière.


A dĂ©couvrir avec rĂ©el intĂ©rĂŞt donc car cette sĂ©rie B injustement sombrĂ©e dans l'oubli mĂ©riterait Ă  ĂŞtre plus connue. 

*Bruno
2èx

lundi 29 juin 2020

M.A.L

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Deep Star Six" de Sean S. Cunningham. 1989. U.S.A. 1h39. Avec Greg Evigan, Nancy Everhard, Cindy Pickett, Miguel Ferrer

Sortie salles France: 31 Mai 1989

FILMOGRAPHIE: Sean Sexton Cunningham est un réalisateur, producteur et scénariste américain. Né en 1941 à New York. 1970 : Art of Marriage. 1971 : L'Amour à deux. 1973 : Case of the Full Moon Murders. 1978 : Manny's Orphans. 1978 : Here Come the Tigers. 1980 : Vendredi 13. 1982 : A Stranger Is Watching. 1983 : La fièvre du printemps. 1985 : Représailles. 1989 : MAL : Mutant aquatique en liberté. 2001 : XCU: Extreme Close Up. 2002 : Invasion finale (TV). 2006 : Trapped Ashes.


Sorti la mĂŞme annĂ©e que son cousin Leviathan, M.A.L est un ersatz mineur d'Alien et d'Abyss que Sean S. Cunningham exploite avec une relative efficacitĂ©. Car si on dĂ©plore son manque d'action et d'angoisse oppressante au sein de ce huis-clos maritime (attendez 1 bonne heure pour voir apparaĂ®tre le monstre), l'intrigue cousue de fil blanc demeure un agrĂ©able divertissement Ă  travers ses moult clichĂ©s Ă©culĂ©s et ses personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s. Mention spĂ©ciale Ă  Miguel Ferrer en trouillard empotĂ© en proie Ă  une psychose dĂ©gĂ©nĂ©rative. D'ailleurs, afin de relancer l'action vers une direction davantage en porte-Ă -faux, Sean S. Cunningham compte sur l'hypocrisie de celui-ci multipliant les bourdes et les coups bas pour s'en sortir vivant. Ainsi, si on anticipe frĂ©quemment les incidents techniques de l'Ă©quipage et les altercations du monstre (pas trop mal fichu en dĂ©pit de son absence de vĂ©locitĂ©) au sein d'une plateforme nuclĂ©aire, l'aspect semi-parodique de certaines situations retient l'attention d'un oeil amusĂ©. Tant auprès de nos attachants personnages d'une vaillance hĂ©roĂŻque souvent suicidaire que du charme innocent de la rĂ©alisation singeant ces classiques prĂ©citĂ©s avec un modeste savoir-faire. Un sympathique divertissement donc, aussi dispensable soit-il, Ă  privilĂ©gier Ă  la gĂ©nĂ©ration 80, mĂŞme si on est en droit d'y prĂ©fĂ©rer le beaucoup plus fun et palpitant, Leviathan.


Ci-joint la chronique de Leviathanhttp://brunomatei.blogspot.com/2019/03/leviathan-prix-des-effets-speciaux.html

*Bruno
3èx

vendredi 26 juin 2020

Le Monstre qui vient de l'Espace / The Incredible Melting Man

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de William Sachs. 1977. U.S.A. 1h26. Avec Alex Rebar, Burr DeBenning, Myron Healey, Michael Alldredge, Ann Sweeny, Lisle Wilson, Jonathan Demme.

Sortie salles France: 18 Mars 1981. U.S: 9 DĂ©cembre 1977

FILMOGRAPHIE: William Sachs est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 16 Octobre 1942 Ă  New-York. 1971: South of Hell Mountain. 1974: There is no 13. 1976: Secrets of the Gods (documentaire). 1977: Le Monstre qui vient de l'espace. 1978: The Force Beyond (documentaire). 1979: Van Nuys Blvd. 1980: Galaxina. 1985: Hot Chili. 1991: The Last Hour. 1992: Judgement. 2002: Spooky House.

Responsable du sympathique space-opĂ©ra (pour rire) Galaxina, Le Monstre qui vient de l’espace doit une partie de sa rĂ©putation culte Ă  l’attrait grand-guignolesque de sa rutilante jaquette, que nombre de cinĂ©philes se sont empressĂ©s de louer au vidĂ©oclub du coin. En prime, pour rameuter le chaland et flatter l’instinct racoleur, la mention "interdit aux moins de 18 ans" fut apposĂ©e en bas de l’affiche ! Une aberration aussi lucrative que mensongère, tant le rĂ©alisateur abuse du hors-champ pour suggĂ©rer les effets gores escomptĂ©s.

Le pitch : Ă  la suite d’une expĂ©dition spatiale près de Saturne, l’unique survivant, Steve West, revient parmi les siens dans un Ă©tat de putrĂ©faction avancĂ©e. Fortement irradiĂ© et mutilĂ©, il est soignĂ© dans le centre hospitalier du mĂ©decin Ted Nelson. Ă€ son rĂ©veil, Steve dĂ©couvre son visage bandĂ©. Pris de panique, il arrache les pansements et se retrouve face Ă  son faciès tumĂ©fiĂ©, truffĂ© de pustules suppurantes. En dĂ©sespoir de cause, il s’Ă©vade de l’hĂ´pital… et sème derrière lui une vague de crimes sauvages, comme un cri de rage dĂ©sincarnĂ©.

Observer les exactions erratiques d’un monstre Ă  tĂŞte de rhubarbe dĂ©ambulant dans la campagne ou rĂ´dant autour de paisibles demeures s’avère dĂ©licieusement facĂ©tieux, tant l’aspect involontairement parodique de sa mise en scène — aussi bricolĂ©e qu’attentionnĂ©e — amuse plus qu’il ne terrifie. Ă€ cela s’ajoute la cocasserie permanente de dialogues crĂ©tins, l’apparence putrescente de la crĂ©ature se liquĂ©fiant Ă  chaque pas, et une galerie de personnages tous plus empotĂ©s ou inconsĂ©quents les uns que les autres : le couple en Ă©bat, le trio d’enfants fumeurs, le mĂ©decin et le gĂ©nĂ©ral castrateur, les beaux-parents retraitĂ©s, ou encore le photographe lubrique et son modèle concupiscent !

Et ce, malgrĂ© un cheminement narratif redondant, sans surprise, dont on aurait pu retrancher un bon quart d’heure. Mais grâce Ă  l’aspect auto-parodique des situations de stress, aux suspense languissants et aux altercations horrifiques en carton-pâte, Le Monstre qui vient de l’espace divertit modestement, sans jamais trop se prendre au sĂ©rieux. Le final, campant l’ultime course de la crĂ©ature — Ă  tĂŞte de pizza fondue — dans un entrepĂ´t industriel, n’est pas avare de fantaisies, alimentĂ© par des flics dĂ©cervelĂ©s Ă  la gâchette facile.

Il faut Ă©galement saluer les maquillages artisanaux, bien cracras, de Rick Baker, qui prĂ©figurent les outrances cartoonesques de Street Trash ou du Toxic Avenger, tant cette crĂ©ature irradiĂ©e, impressionnante autant que grotesque, suinte une horreur gluante et faussement terrifiante. Avec une naĂŻvetĂ© attendrissante, le rĂ©alisateur tente mĂŞme un regain d’empathie via un humanisme bancal — et pourtant touchant. RĂ©duit Ă  l’Ă©tat de charpie, le monstre agonise sous nos yeux… et l’on ne peut s’empĂŞcher d’en Ă©prouver une forme de perplexitĂ©. D’autant qu’il vient de sauver le mĂ©decin d’une mort certaine, comme une ultime rĂ©demption teintĂ©e d’amitiĂ©. La disparition brutale de ce dernier, probable relan de dramaturgie forcĂ©e, achève de troubler la tonalitĂ© d’un rĂ©cit brinquebalant.

Les ruptures de ton donnent parfois le tournis : entre humour et horreur, on tangue, on vacille, mais avec une maladresse si sincère qu’elle en devient presque Ă©mouvante. L’exemple le plus flagrant de ce comique assumĂ© ? Ce couple de retraitĂ©s conviĂ©s Ă  souper chez leur fille, s’aventurant sur une route bucolique patibulaire… pour aller chaparder des citrons !


Tout Ă  fait frĂ©quentable pour les nostalgiques de l’Ă©poque, Le Monstre qui vient de l’espace demeure un plaisir innocent et gentiment crĂ©tin, dans son hommage ubuesque aux films de monstres des annĂ©es 50. Il en conserve, en filigrane, la peur sourde des effets dĂ©vastateurs de la radioactivitĂ© sur l’homme — fruit pourri de ses conquĂŞtes stellaires trop orgueilleuses (!?).


*Bruno
26.06.20. 4èx
03.08.13. 93 v

jeudi 25 juin 2020

Cul et Chemise

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Io sto con gli ippopotami" de d'Italo Zingarelli. 1979. Italie. 1h48. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Joe Bugner, May Dlamini, Dawn JĂĽrgens, Malcolm Kirk.

Sortie salles France: 5 Décembre 1979

FILMOGRAPHIE: Italo Zingarelli est un producteur et rĂ©alisateur italien de cinĂ©ma, nĂ© le 15 janvier 1930 Ă  Lugo di Vicenza en VĂ©nĂ©tie, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 avril 2000 Ă  Rome. 1969 : Cinq hommes armĂ©s. 1970 : Une prostituĂ©e au service du public et en règle avec la loi. 1979 : Cul et chemise.


Qu'il est bon de revisionner cette comĂ©die familiale sous l'impulsion du duo fripon Terence Hill / Bud Spencer. Les "Laurel et Hardy" contemporains de souche italienne. Car l'intrigue dĂ©gingandĂ©e a beau raser les murs (quoique son message Ă©colo en faveur de la cause animale ne passe pas inaperçu), Terence Hill et son acolyte Bud Spencer sauvent le film de la vacuitĂ© de par leur fringance endiablĂ©e d'y compiler une moisson de baffes et coups de poing toutes les 10 minutes. Tant et si bien qu'il s'avère impossible de s'ennuyer au sein de ce fracas d'actions en règle mĂŞme si la plupart des situations risibles, pour ne pas dire ridicules ou surrĂ©alistes (la scène du repas, celle du tribunal ou encore du casino) ne font guère preuve de vraisemblance. Et c'est tant mieux car il se dĂ©gage de ce joyeux bordel zĂ©difiant une libertĂ© de ton dĂ©sinvolte qu'on ne retrouve guère aujourd'hui sur nos Ă©crans formatĂ©s adeptes de l'ultra conservatisme.


Ainsi donc, on a également beau étriller le classicisme de sa réalisation anodine (Italo Zingarelli possède d'ailleurs à son actif 3 uniques longs-métrages), le spectacle dépaysant (une scénographie Africaine peuplée de figurants accorts et d'animaux sauvages) vaut son pesant de péripéties burlesques de par ses bastonnades inventives que Hill et Spencer transcendent avec une spontanéité galvanisante. Anti-dépresseur par excellence donc, Cul et Chemise demeure un excellent divertissement puisant son charme dans sa simplicité bonnard que le duo cultive avec un naturel décomplexé. Con comme la lune certes à travers ses récurrents règlements de compte entre bons et méchants (quelles gueules cartoonesques !), mais débordant d'inventivité, de bonne humeur et de gags si outranciers qu'on cède à l'hilarité, Cul et Chemise n'a pas pris une ride de par son inépuisable ressort comique en roue libre.

*Bruno
2èx

mercredi 24 juin 2020

La Petite soeur du Diable

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Suor Omicidi / Killer Nun" de Giulio Berruti. 1978. Italie. 1h29. Avec Joe Dallensendro, Anita Ekberg, Alida Valli.

Sortie salles Italie: 10 Mai 1979. France: ?.

FILMOGRAPHIE: Giulio Berruti est un réalisateur et scénariste Italien né le 28 Avril 1937. 1976: Noi siam come le lucciole. 1979: La Petite soeur du Diable.


Voici un nunsploitation bougrement attachant, portĂ© par un cocktail vitriolĂ© de saphisme, de nĂ©crophilie, de luxure et d’homicides parfois incongrus. Ă€ l’instar de ces aiguilles filmĂ©es en gros plan, transperçant le visage d’une victime sclĂ©rosĂ©e avec une complaisance glaçante. L’Angleterre rigoriste s’en offusqua d’ailleurs au point d’inscrire le film sur la tristement cĂ©lèbre liste des Video Nasties. Mais au-delĂ  de son concept d’exploitation dosant habilement fesses et gore au cĹ“ur d’un institut psychiatrique en rut, La Petite sĹ“ur du Diable se rĂ©vèle bien plus intĂ©ressant qu’il n’y paraĂ®t, grâce Ă  une intrigue sinueuse distillant un suspense poisseux jusqu’Ă  un Ă©pilogue aussi fortuit que dĂ©rangeant. ÉmaillĂ© de situations tordues, le rĂ©cit s’abandonne au thriller horrifique autour d’une Ă©nigme centrale : dĂ©masquer le vĂ©ritable assassin. Et ce, malgrĂ© l’avertissement liminaire du cinĂ©aste - responsable de seulement deux longs-mĂ©trages, quel dommage au vu de son sens du malaise - prĂ©tendant s’inspirer d’une histoire vraie. Étonnamment bien interprĂ©tĂ© pour une production indĂ©pendante aussi fauchĂ©e, tant dans ses rĂ´les majeurs que secondaires (notamment cette figuration inquiĂ©tante de patients revanchards que n’aurait pas reniĂ©e Francis Leroy), le film se voit aussi transcendĂ© par le charisme dĂ©monial d’Anita Ekberg, dont le regard azur, Ă  la fois perçant et souffreteux, imprime durablement la rĂ©tine.


Car celle-ci parvient Ă  susciter une forme d’empathie dans sa fonction misĂ©rable de nonne nĂ©vrosĂ©e et dĂ©pressive, dĂ©pendante Ă  la morphine depuis une opĂ©ration du cerveau. En proie Ă  une perte identitaire et Ă  une solitude oppressante, sĹ“ur Gertrude glisse alors vers une Ă©mancipation sexuelle trouble : entre la proposition saphique d’une nouvelle sĹ“ur et la tentation charnelle d’un quidam aguichĂ© par ses formes plantureuses gainĂ©es de jarretelles. Les scènes d’Ă©treinte et de dĂ©shabillage, souvent gĂ©nĂ©reuses, Ă©vitent pourtant la gratuitĂ© grâce au portrait torturĂ© d’une carmĂ©lite sexuellement refoulĂ©e, dĂ©sormais encline Ă  substituer le fantasme Ă  son dĂ©sarroi moral. D’autant que tout l’institut - patients comme mĂ©decins - la scrute d’un Ĺ“il soupçonneux depuis une sĂ©rie de meurtres inexpliquĂ©s. Au-delĂ  de cette atmosphère malsaine nichĂ©e au sein d’une hiĂ©rarchie religieuse gangrenĂ©e par le manque affectif et sexuel, La Petite sĹ“ur du Diable fascine irrĂ©mĂ©diablement par son esthĂ©tisme nacrĂ©, oĂą le macabre s’entrelace Ă  un Ă©rotisme aussi scabreux qu’effrontĂ©.


Une vĂ©ritable perle horrifique typiquement latine, Ă  dĂ©couvrir d’urgence pour les amateurs de curiositĂ©s dĂ©viantes Ă  la psychologie Ă©tonnamment Ă©toffĂ©e, tant La Petite sĹ“ur du Diable parvient Ă  s’affranchir sans rougir du simple produit (faussement) alimentaire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

mardi 23 juin 2020

Snake Eyes

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinememorial.com

"Dangerous Game" d'Abel Ferrara. 1993. U.S.A. 1h49. Avec Harvey Keitel, Madonna, James Russo, Victor Argo, Nancy Ferrara.

Sortie salles France: 13 Octobre 1993. U.S: 19 Novembre 1993

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


"Je ne connais pas d'autre événement qui cause autant de douleur et de destruction, et qui est aussi peu compréhensible, que la fin de l'amour."
Film choc s'il en est, Snake Eyes constitue une expĂ©rience de cinĂ©ma Ă  rude Ă©preuve si bien que la frontière entre fiction et rĂ©alitĂ© demeure toujours plus exigue de par son extrĂŞme rĂ©alisme d'une intensitĂ© dramatique Ă  couper au rasoir. Et ce quitte Ă  bousculer les repères du spectateur littĂ©ralement troublĂ© par l'improvisation des acteurs se livrant Ă  une dĂ©chĂ©ance psychologique d'une violence capiteuse. Car Ă  travers l'immersion d'un tournage chaotique illustrant la confrontation morale entre un couple en perdition (l'amant dĂ©sire poursuivre ses excès tous azimuts alors que sa compagne en voie de sagesse spirituelle souhaite s'en libĂ©rer), Abel Ferrara exploite la mise en abyme afin d'exorciser la propre situation vĂ©reuse d'un metteur en scène hantĂ© de culpabilitĂ©. Ou tout du moins le rĂ©signer par le truchement de ce reflet de miroir Ă  avouer enfin sa responsabilitĂ© et ses fautes Ă  son Ă©pouse dĂ©nuĂ©e de suspicion Ă  son Ă©gard. Celui-ci cumulant depuis son mariage sexe, drogue et alcool qu'il cĂ´toie lors des tournages ou lors des soirĂ©es mondaines. DirigĂ© de main de maĂ®tre par un Abel Ferrara toujours aussi torturĂ© par le remord et la quĂŞte de rĂ©demption Ă  travers l'image divine, Snake Eyes nous laisse en Ă©tat de malaise prĂ©gnant sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique bouclĂ©.


Tant et si bien que les acteurs résolument habités par leur rôle schizo nous transmettent leurs émotions névralgiques avec une vérité (ac)crue de par la volonté psycho-rigide de Ferrara de les pousser dans leurs derniers retranchements, au risque de flirter avec la démence. Si bien que l'on peut d'ailleurs craindre le pire quant à l'ambiguïté de l'épilogue suggérant une mort en direct, via le snuf-movie, quand bien même nous venions d'assister à une oeuvre indépendante à la fois personnelle et confidentielle ! C'est donc un tableau dérisoire des coulisses du cinéma que nous assène sans concession Abel Ferrara, son envers du décor vitriolé à travers cette faune d'acteurs corrompus par leur confort et la célébrité, quitte à se laisser dériver à une descente aux enfers irréversible. Quand bien mêmes les cinéastes en quête insatiable de perfectionnisme et de soif de réalisme exploitent leurs acteurs avec soupçon de sado-masochisme. Outre l'époustouflant jeu viscéral de James Russo en amant borderline à la cime de la démence, et la force (faussement) tranquille d'Harvey Keitel en cinéaste notoire en proie à l'opprobre, on reste sidéré par l'authenticité névrosée de Madonna en victime soumise accablée de fragilité et de rébellion auprès de ses deux partenaires livrés à un machisme aussi perfide que couard. Chacun d'eux s'échangeant sans se l'avouer le corps de l'actrice dans une volonté vulgairement lubrique !


Estomaquant de vĂ©risme ardu Ă  point tel de confondre la technicitĂ© du reportage, Snake Eyes se dĂ©cline donc en cinĂ©ma vĂ©ritĂ© brut de dĂ©coffrage de par son extrĂŞme animositĂ© morale. Tant et si bien qu'il reste rĂ©servĂ© Ă  un public averti du fait de l'extrĂŞme violence des rapports conjugaux emportĂ©s dans une spirale de rĂ©primandes dĂ©nuĂ©es d'Ă©chappatoire. ExtrĂŞmement noir, dĂ©rangeant et Ă©prouvant, un tableau terrifiant, asphyxiant, mĂ©phitique sur l'envers du cinĂ©ma glamour dĂ©nuĂ© d'union maritale. 

*Bruno
4èx  

vendredi 19 juin 2020

Live Like a Cop, Die Like a Man

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Uomini si nasce poliziotti si muore" de Ruggero Deodato. 1976. Italie. 1h38. Avec Marc Porel, Ray Lovelock, Adolfo Celi, Franco Citti, Silvia Dionisio, Marino Masé, Renato Salvatori, Sofia Dionisio.

Sortie salles France: ?. Italie: 11 Mars 1976

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ruggero Deodato est un réalisateur italien, né le 7 Mai 1939.
1976: Live Like a Cop, Die Like a Man. 1977: Le Dernier monde Cannibale. 1979: SOS Concorde. 1980: Cannibal Holocaust. 1980: La Maison au fond du parc. 1983: Les Prédateurs du Futur. 1985: Amazonia, la jungle blanche. 1987: Les Barbarians. 1987: Body Count. 1988: Le Tueur de la pleine lune. 1993: The Washing Machine.


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation de polar ultra violent, Live Like a Cop, Die Like a Man accuse hĂ©las le poids des annĂ©es de par son rĂ©alisme peu convaincant auprès de scènes chocs volontairement outrĂ©es. Notamment auprès de la couleur terne ou autrement saturĂ©e du sang ne trouvant jamais la juste colorimĂ©trie pour mieux offenser le spectateur. C'est fort dommageable sachant que Ruggero Deodato pousse souvent le bouchon assez loin dans son refus de concession rĂ©fractaire au hors-champ comme on en a coutume d'en voir dans le genre policier standard. Qui plus est, l'intrigue timidement efficace ne passionne guère en dĂ©pit de la posture dĂ©complexĂ©e du duo de flics rĂ©acs s'autorisant tout et n'importe quoi Ă  alpaguer leurs malfrats de la façon la plus cynique et sournoise. A l'instar de leur partie de jambes en l'air perpĂ©trĂ©e avec la soeur d'un dangereux criminel. Pour autant, de par son ambiance bizarroĂŻde dĂ©nuĂ©e de moralitĂ© et le punch de certaines scènes d'actions (notamment cette Ă©tonnante course-poursuite urbaine filmĂ©e sans autorisation lors du prĂ©ambule),  Live Like a Cop, Die Like a Man divertira les amateurs de poliziotteschi sous l'impulsion du duo Marc Porel / Ray Lovelock parfaitement Ă  l'aise dans leur complĂ©mentaritĂ© fougueuse dĂ©nuĂ©e de scrupule. Ainsi, Ă  travers son cocktail sarcastique de violence en roue libre y Ă©mane une sĂ©rie B politiquement incorrecte infaisable de nos jours.


*Bruno

Synopsis: En ces annĂ©es de plomb, la vie suit son cours normal Ă  Rome. Un vol Ă  la tire dĂ©gĂ©nère et une femme, coincĂ©e par la lanière de son sac, est trainĂ©e sur plusieurs mètres jusqu’Ă  ce que sa tĂŞte croise malencontreusement un lampadaire. Cinq frangins essayent de dĂ©valiser un fourgon blindĂ©. Une honnĂŞte citoyenne est prise en otage chez elle par trois cinglĂ©s… La routine. Pour essayer malgrĂ© tout d’y remĂ©dier, la police s’est dotĂ©e d’une “force spĂ©ciale” aux mĂ©thodes radicales. Au dĂ©part composĂ©e de trois hommes, cette unitĂ© se rĂ©duit bientĂ´t Ă  un binĂ´me : les insĂ©parables Fred et Tony (Marc Porel et Ray Lovelock). Le responsable de cette rĂ©duction d’effectif n’est autre que le parrain Roberto “Bibi” Pasqualini (Renato Silvestri), tĂŞte de turc de la force spĂ©ciale.

jeudi 18 juin 2020

Black Snake Moan

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Craig Brewer. 2006. U.S.A. 1h55. Avec Samuel L. Jackson, Christina Ricci, Justin Timberlake, S. Epatha Merkerson, John Cothran Jr., David Banner.

Sortie salles France: 30 Mai 2007. U.S: 9 Décembre 2006

FILMOGRAPHIECraig Brewer est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 6 dĂ©cembre 1971 en Virginie. 2000 : The Poor and Hungry. 2005 : Hustle et Flow. 2007 : Black Snake Moan. 2011 : Footloose. 2019 : Dolemite Is My Name. 2020 : Coming 2 America.

 
"Toi et moi, on sera toujours lĂ  quand il le faut pour croire en l’autre."
PassĂ© inaperçu en 2006, malgrĂ© une affiche rutilante, clinquante et dĂ©libĂ©rĂ©ment racoleuse, Black Snake Moan Ă©tait trop atypique pour sĂ©duire le grand public. VĂ©ritable film culte Ă  la trajectoire aussi tentaculaire que reptilienne - notamment Ă  travers son poème musical sur la tentation du Mal - il aborde, avec une originalitĂ© couillue, les thèmes sulfureux de la nymphomanie, de l’abus sexuel et de l’anxiĂ©tĂ© la plus corrosive. Imaginez un Afro-AmĂ©ricain brisĂ© sentimentalement, s’unissant Ă  une jeune nymphomane incontrĂ´lable pour dĂ©passer leurs failles respectives, rongĂ©es par une colère autodestructrice, au nom d’un amour rĂ©dempteur. Et, hĂ©tĂ©rodoxie suprĂŞme, cet homme, guidĂ© par une foi profonde, n’hĂ©site pas Ă  enchaĂ®ner cette femme - prĂ©alablement violĂ©e - pour l’arracher Ă  la luxure. Tout un programme punitif et drastique, sans le consentement d’une victime dĂ©jĂ  dĂ©munie.
 
Sur le papier, on pourrait douter qu’une telle trame - dĂ©calĂ©e, violente, presque ubuesque - dĂ©nonçant en filigrane le rigorisme du dĂ©vot, tienne la route 1h55 durant. C’Ă©tait sans compter sur le talent inspirĂ© de Craig Brewer, qui tisse une splendide Ă©treinte amicale doublĂ©e d’une bouleversante romance, aussi Ă©purĂ©e que torturĂ©e. Car le compagnon de la nymphomane tentera lui aussi, en dernier ressort, d’affronter ses propres dĂ©mons pour rĂ©primer ses crises d’angoisse et atteindre enfin l’Ă©quilibre dans sa relation. Son anxiĂ©tĂ© pathologique s’enracinant dans une suspicion inconsciente, nourrie par la rĂ©putation putassière de celle qu’il aime, rĂ©duite aux yeux du monde Ă  un simple objet sexuel.

ÉmaillĂ© de tubes blues entraĂ®nants - le concert au pub dĂ©gage une Ă©nergie galvanisante, jusqu’Ă  faire onduler une foule en transe - Black Snake Moan est illuminĂ© par le duo improbable Samuel L. Jackson (père de substitution attentionnĂ©) et Christina Ricci (Betty Boop au sex-appeal brĂ»lant, sans artifice). Ensemble, ils crèvent littĂ©ralement l’Ă©cran, leur complĂ©mentaritĂ© vibrant au rythme de la sagesse, de la modĂ©ration et du self-control. Et si la première partie, dĂ©complexĂ©e, traite la nymphomanie avec provocation et rĂ©alisme cru, Brewer affine ensuite le portrait humain de cette esclave fĂ©minine, lestĂ©e d’un passĂ© traumatique Ă©crasant. L’intrigue gagne alors en densitĂ© psychologique, au moment mĂŞme oĂą le jeune Ronnie refait surface après son service militaire. On dĂ©couvre aussi la sobriĂ©tĂ© Ă©tonnamment juste de Justin Timberlake, en amant en herbe pris entre rĂ©serve, indĂ©cision et timiditĂ©, dissimulĂ©es derrière le masque d’un faux rebelle en quĂŞte de force d’esprit. Brewer y esquisse un nouveau portrait d’amant torturĂ©, en marche vers la rĂ©demption amoureuse.

Le message de Black Snake Moan reste avant tout un poème mĂ©lomane sur l’amour le plus candide, Ă  travers un trio impromptu meurtri par l’infortune, l’infidĂ©litĂ© et la dĂ©mission parentale - notamment dans ces Ă©changes dĂ©chirants entre mère et fille, oĂą la confidence devient arme tranchante.


"Cette lumière que j’ai en moi, je vais la laisser briller."
Un chant d’amour incandescent, Ă  graver dans la pierre de l’histoire du cinĂ©ma indĂ©pendant. Ă€ ne pas manquer, ne serait-ce que pour rĂ©parer l’injustice de son Ă©chec commercial.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

2èx