mardi 22 juillet 2025
Dangerous Animals de Sean Byrne. 2025. Australie/U.S.A. 1h38.
lundi 21 juillet 2025
Underworld Evolution (2006) / Underworld Awakening (2012).
Nous avons affaire ici Ă deux sĂ©ries B idoines du samedi soir. Deux super divertissements Ă la narration linĂ©aire mais redoutablement efficaces, oĂą l’action rebondit sans cesse avec une sincĂ©ritĂ© attentionnĂ©e. Une mise en scène nerveuse, bardĂ©e d’effets spĂ©ciaux numĂ©riques souvent soignĂ©s - mĂŞme si parfois un peu brinquebalants, il faut bien l’avouer.
Underworld: Evolution (le second opus) s’ouvre sur un prologue Ă©pique, dans un dĂ©cor enneigĂ© baignĂ© de violence ancestrale, avant de nous entraĂ®ner dans une course-poursuite infernale Ă bord d’un camion, traquĂ© par une immense chauve-souris humanoĂŻde - vampire bestial Ă la fĂ©rocitĂ© dĂ©chaĂ®nĂ©e, qui pourchasse SĂ©lène et Michael avec une rage quasi mythologique.
Underworld: Awakening (le quatrième volet, Une nouvelle ère) se rĂ©vèle tout aussi attachant, notamment grâce Ă la nouvelle venue : la fillette de SĂ©lène, le sujet 2, tout Ă fait convaincante dans son rĂ´le Ă la fois fragile et inquiĂ©tant. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, tous les seconds rĂ´les, solidement campĂ©s, se prĂŞtent au jeu de l’action avec une implication hĂ©roĂŻque rĂ©jouissante.
Kate Beckinsale, quant Ă elle, est toujours aussi sexy, fĂ©brile et sĂ©rieuse dans son rĂ´le de guerrière invincible. Son charisme glacial Ă©lectrise l’Ă©cran, tandis que la photographie crĂ©pusculaire, teinte de bleu mĂ©tallique, Ă©pouse parfaitement les contours nĂ©o-gothiques de cet univers tĂ©nĂ©breux, oĂą s’affrontent sans relâche vampires et lycans. Des crĂ©atures littĂ©ralement fascinantes, impressionnantes de voracitĂ© et de puissance brute.
Quant Ă savoir lequel est le meilleur, difficile Ă dire : les deux films se rĂ©pondent en complicitĂ© sans jamais se singer. En tout cas, on tient ici sans doute les meilleurs opus d’une saga inĂ©gale - seuls le troisième et le cinquième me semblent, Ă vrai dire, parfaitement dispensables. Ces deux chapitres-lĂ sont redoutablement bonnards, franchement jouissifs, portĂ©s par une formalitĂ© gothico-fantastique Ă la fois crĂ©dible, contrastĂ©e et dĂ©paysante, qui assume avec panache ses codes de sĂ©rie B et son goĂ»t pour l’imagerie tĂ©nĂ©breuse.
Deux petits films d’action allant droit Ă l'essentiel, donc, furieusement impactants, qui font le bonheur aussi bien du cinĂ©phile joueur du plaisir innocent que du grand public complice, prĂŞt Ă plonger dans la dĂ©connade furibarde avec un sourire de gosse retrouvĂ©.
Du pop corn noir pour ces lycans en furie, - Underworld 2 / 4 - mĂŞme combat - Des sĂ©ries B Fantastiques dans ce qu’elles ont de plus noble, de plus simple et de plus gĂ©nĂ©reuse.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
dimanche 20 juillet 2025
Une bougie pour le Diable / Una vela para el diablo de Eugenio Martin. 1973. Espagne.
Un drame psychologique grave et intense, transplantĂ© dans le cadre d’une horreur sociale comparable Ă Cannibal Man (La semaine d’un assassin) d’Eloy de la Iglesia, rĂ©alisĂ© un an plus tĂ´t. Une bougie pour le diable (Una vela para el diablo, 1973), signĂ© Eugenio MartĂn, adopte une horreur adulte, au premier degrĂ©, Ă travers les portraits glaçants de deux aubergistes profondĂ©ment catholiques et puritaines, exerçant leurs exactions meurtrières dans un petit village figĂ©, recroquevillĂ© au cĹ“ur des montagnes.
Leur cible : des touristes fĂ©minines, jeunes, jolies, libĂ©rĂ©es, dont les tenues lĂ©gères et les Ă©lans de dĂ©sir choquent une morale engoncĂ©e dans la rĂ©pression. Ivres d’Ă©mancipation, ces Ă©trangères incarnent une libertĂ© sexuelle en pleine effervescence - que Marta et VerĂłnica, dans leur frustration contenue, ne peuvent tolĂ©rer. Leur propre sexualitĂ© refoulĂ©e, corsetĂ©e par le dogme, s’exprime alors dans une violence croissante. Victimes invisibles du franquisme, les deux sĹ“urs glissent dans une spirale meurtrière, une descente aux enfers criminelle nourrie par le dĂ©goĂ»t, la honte et le besoin d’expiation.
Le suspense monte crescendo, notamment autour du sort d’une touriste plus perspicace, prĂŞte Ă tĂ©moigner des mystĂ©rieuses disparitions qui s’accumulent.
Une Ĺ“uvre fĂ©tide remarquable, notamment par sa dimension psychologique finement dessinĂ©e - et sublimĂ©e par les interprĂ©tations incendiaires d’Aurora Bautista et Esperanza Roy, qui incarnent avec un charisme insidieux cette foi malade en complicitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e, ce fanatisme religieux empreint d’obscurantisme, de châtiment et d’autopunition.
Un cauchemar impudique aux allures de documentaire clinique dont on ne sort pas indemne.
Gratitude Criterion.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
samedi 19 juillet 2025
Le cinéma Fantastique des années 80: mode d'emploi.
Le cinĂ©ma fantastique et d’horreur des annĂ©es 80 possĂ©dait un cĹ“ur. Un cĹ“ur battant, gĂ©nĂ©reux, palpitant d’idĂ©es folles, de visions enflammĂ©es, d’une tendresse presque enfantine pour ses monstres, ses freaks, ses damnĂ©s. Ces films transpiraient la sincĂ©ritĂ©. On sentait, sous le latex et les hectolitres de sang, une humanitĂ© profonde, une chaleur singulière, un amour farouche du cinĂ©ma. Ils voulaient nous raconter quelque chose - surtout dans les cauchemars.
Il y avait une foi. Une foi aveugle, belle, dans ce qu’on filmait. Et comme les cinĂ©astes y croyaient, nous aussi. On rĂŞvait avec eux, parce qu’ils rĂŞvaient pour de bon, et non pour vendre du rĂŞve. Il y avait de l’âme, du feu, du bricolage gĂ©nial. Des effets spĂ©ciaux faits main, charnels, mĂ©caniques, pleins de tripes et de texture. Du sang qui collait, de la chair qui palpitait, des visages qui fondaient vraiment.
Des films comme Bad Taste, Re-Animator, Frères de sang, l'Au-delĂ , Maniac, Carnage, Cauchemar Ă Daytona Beach, Evil Dead… c’Ă©tait une rĂ©volution faite Ă la scie sauteuse, Ă la giclĂ©e rouge et au rire nerveux. Mais derrière la sauvagerie, il y avait toujours un regard. Quelque chose d’intime, de tangible. On tenait Ă ces personnages, si humains dans leur dĂ©sespoir ou leur maladresse. MĂŞme les pires dĂ©viances gardaient cette Ă©trange aura d’amour inavouĂ©.
Et puis, il y avait cette ambiance… Ces lumières bleutĂ©es, ces brumes Ă©paisses, cette manière d'envelopper le spectateur dans un monde parallèle. Les musiques Ă©taient entĂŞtantes, ensorcelantes, ciselĂ©es avec soin - elles vibraient longtemps après le gĂ©nĂ©rique. On n’Ă©coutait pas que des synthĂ©s : on Ă©coutait un souffle, une incantation. Quelque chose qui hantait et berçait Ă la fois.
Le cinĂ©ma fantastique des annĂ©es 80 Ă©tait un cinĂ©ma d’artisans possĂ©dĂ©s, de fous doux, de poètes gore. Il Ă©tait fait de bouts de ficelle, de nerfs Ă vif et de tendresse. Il avait ce lyrisme naĂŻf, cette chaleurositĂ© (oui, ce mot inventĂ© lui va bien) qu’on ne retrouve plus. Et mĂŞme si tout partait en vrille, mĂŞme si la rĂ©alitĂ© s’effondrait, il restait une lueur d’espoir. Une lumière Ă©trange, vacillante, mais fidèle.
C’est peut-ĂŞtre pour ça qu’on y revient toujours. Parce qu’on y sent quelque chose de vrai, de pur, de sacrĂ©. Parce qu'on se sent bien avec eux, parce qu'on les aime. Toujours.
La Zone d'intérêt / The Zone of Interest de Jonathan Glazer. 2023. Royaume-Uni/Pologne/U.S.A.
J’y reviens, un peu moins fermĂ© qu’au premier contact. Quelque chose, malgrĂ© la rugositĂ© du geste, s’impose. Le film reste difficile, particulier dans son traitement Ă la fois froidement auteurisant, presque expĂ©rimental, et pourtant inscrit dans une trivialitĂ© dĂ©rangeante. Il y a lĂ une forme d’hermĂ©tisme, d’austĂ©ritĂ©. Un refus du spectaculaire, qui pousse Ă bout le malaise.
Tout est glaçant. Antipathique au possible. Et c’est sans doute lĂ toute sa force.
Le parti-pris est saisissant : Ă©pouser le quotidien fade et mĂ©thodique d’une famille nazie, aux portes de l’horreur, sans jamais y entrer frontalement. Ce dĂ©ni de regard crĂ©e un vide, un abĂ®me. Un rĂ©cit âpre, ancrĂ© dans la dĂ©sillusion. Une manière de dire qu’il n’y a rien Ă sauver. Ces monstres, ces gens ordinaires devenus rouages de la mort, sont irrĂ©cupĂ©rables.
C’est un film qui ne cherche pas Ă faire comprendre, encore moins Ă pardonner. Juste Ă montrer, frontalement mais sans fracas, l’effrayante banalitĂ© du mal.
Et cela suffit Ă glacer l’âme.
vendredi 18 juillet 2025
Holiday de Isabella Eklöf. 2018. Danemark/Suède/Pays-Bas. 1h33.
"Chair de luxe, violence sous vide".
Produit entre la Suède, le Danemark et les Pays-Bas en 2018, Holiday demeure une œuvre indépendante encore inédite en salles chez nous, tout comme en support physique DVD/Blu-ray, en dépit des récompenses glanées au Danemark (Meilleur Film, Meilleure Actrice pour Vic Carmen Sonne, Meilleur Second Rôle Masculin pour Lai Yde, Meilleure Photographie) et au Texas (Meilleur Film, Meilleure Photo au Fantastic Fest).
Relatant la quotidiennetĂ© luxueuse d'une jeune prostituĂ©e au service d’un parrain mafieux, Holiday est un objet sulfureux, profondĂ©ment dĂ©rangeant, au malaise persistant. Sa scĂ©nographie pailletĂ©e joue avec brio du non-dit, du hors-champ - de la suggestion - malgrĂ© deux sĂ©quences extrĂŞmes, quasi insoutenables. Deux exactions relevant d’une pornographie brute, sans plan serrĂ©, et d’une ultra-violence concise, Ă©voquant le rĂ©alisme cru d’IrrĂ©versible ou les uppercuts glacĂ©s du cinĂ©ma de Haneke.
Hypnotique et passionnant, Holiday tient en haleine 1h30 durant, Ă travers cette banalitĂ© insouciante magnifiĂ©e par une mise en scène stylisĂ©e (photo lĂ©chĂ©e Ă l’appui), Ă la fois personnelle et expĂ©rimentale. Le film se concentre sur le profil d’une jeune prostituĂ©e incarnĂ©e par Victoria Carmen Sonne, bouleversante de naturel, de candeur irresponsable et d’ambivalence morale. Une actrice mĂ©connue, fascinante dans sa passivitĂ© docile, subissant la domination d’un amant tortionnaire Ă la masculinitĂ© primitive, dĂ©nuĂ©e de toute vergogne. Or, une rencontre fortuite avec une vieille connaissance (un touriste nĂ©erlandais) mettra Sascha face Ă sa propre moralitĂ©, jusque-lĂ refoulĂ©e, prĂŞte Ă jaillir au moment le plus imprĂ©visible.
Malsain dans ses sous-entendus, ses jeux de regard viciĂ©s et ses complaisances sexuelles, Holiday dĂ©peint une femme rĂ©duite Ă la consommation de chair dans un cocon domestique luxueux, mais nĂ©crosĂ©. Le film distille une aura vĂ©nĂ©neuse, ancrĂ©e dans une confrontation psychologique (bourreau/victime) oĂą les rĂ´les, peut-ĂŞtre, pourraient s’inverser sous l'effet d’un sursaut rancunier inĂ©quitable.
Jusqu’au-boutiste et sans fard pour nous extraire de notre zone de confort, le film nous confronte Ă des figures antipathiques, dĂ©testables, dont la scĂ©nographie trompeusement apaisĂ©e, faussement sĂ©duisante, exsude une contagion insidieuse. Holiday cultive un climat d’insĂ©curitĂ© rampante, dĂ©lĂ©tère pour le spectateur comme pour sa jeune prisonnière, jusqu’Ă une conclusion glaçante - amorale, sans illusion - dont on ne ressort pas indemne.
Une Ĺ“uvre-choc, d’une rigueur dramatique implacable, impeccablement interprĂ©tĂ©e, brillamment rĂ©alisĂ©e (gratitude pour Isabella Eklöf alors qu'il s'agit de son 1er essai), avec ce tact perfide qui fait chanceler tout repère dans ce jeu de sĂ©duction aux doux relents mortifères.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
mercredi 16 juillet 2025
Black Dog
Forbidden Zone de Richard Elfman. 1982. U.S.A. 1h13.
lundi 14 juillet 2025
Jean Pierre Putters 1946 / 2025. Fondateur de la revue Mad Movies, 1972.
Cet homme qui a nourri nos nuits de monstres et de merveilles,
ce passeur d’ombres lumineuses,
ce conteur fou qui nous a appris que le bizarre, le mystère, le sanglant, le viscéral
avaient une âme, un cœur, une intelligence.
Celui qui m’a appris qu’aimer le cinĂ©ma, ce n’Ă©tait pas seulement aimer les chefs-d’Ĺ“uvre,
mais aussi les créatures visqueuses, les cris muets, le sang factice qui disait parfois plus vrai que la réalité.
Je pleure aujourd’hui.
De tristesse, de tendresse… et de respect.
Ce n’est pas seulement un homme qui s’Ă©teint,
c’est une flamme.
Celle qui brûlait dans les pages de Mad Movies,
dans les salles obscures du Grand-Guignol, ces églises du délire,
dans nos cœurs adolescents qui trouvaient enfin une tribu parmi les monstres.
Putters, c’Ă©tait l’Ă©rudit dĂ©glinguĂ© d'une pudeur inouĂŻe, d'une discrĂ©tion timorĂ©e,
le passionné réservé non blasé,
le grand frère gothique qui n’avait pas peur du mauvais goĂ»t,
parce qu’il savait que derrière le latex et les hurlements,
il y avait des vĂ©ritĂ©s, de la beautĂ©, de l’humanitĂ©, de la sensibilitĂ©.
À ne pas avoir honte de nos passions souvent ciblées comme "déviantes".
À faire du bizarre une maison. Du cinéma de genre, une langue maternelle.
on continue de rĂŞver, de frissonner, de hurler…
parce qu’il nous l’a appris. Et que ça ne s’oublie pas.
La Dernière Cavale / Truth or Consequences, N.M. de Kiefer Sutherland. 1997. 1h46.
La Dernière Cavale, rĂ©alisĂ© par Kiefer Sutherland (qui en endosse aussi l’un des rĂ´les principaux), a des allures de sĂ©rie B influencĂ©e jusqu’Ă l’os par True Romance et ses cousins. Mais derrière ses clichĂ©s, ses situations Ă©culĂ©es, ses mĂ©chants un brin caricaturaux - sauvĂ©s in extremis par des comĂ©diens habitĂ©s -, il y a une vraie tendresse, une sincĂ©ritĂ© brute qui finit par percer.
Sutherland soigne sa mise en scène. Il n’invente rien, mais il regarde ses personnages avec une attention sincère, presque inquiète. Cette bande de bras cassĂ©s, paumĂ©s magnifiques, cumule les bourdes avec la maladresse d’un humanisme dĂ©boussolĂ©, une contrariĂ©tĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e, une incapacitĂ© viscĂ©rale Ă s’extraire de la marginalitĂ© criminelle faute d’y avoir trop cru, trop vĂ©cu, trop sombrĂ©. Et l’on s’y attache. Vraiment. Franchement.
Il faut dire que les interprètes y mettent du cĹ“ur. Kim Dickens, sexy sans surjouer, impose une sĂ©duction tout en fragilitĂ©, une douceur blessĂ©e qu’elle dĂ©ploie sans forcer. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Grace Phillips, d’une sensualitĂ© prude, presque Ă©thĂ©rĂ©e, hypnotise avec ses splendides yeux bleus d’innocente troublĂ©e. Et puis il y a Vincent Gallo, instinctif, magnĂ©tique, bad boy fracassĂ© au grand cĹ“ur, qu’on croit sorti d’un rĂŞve dĂ©glinguĂ© de cinĂ©ma indĂ©pendant. Il crève l’Ă©cran sans en faire trop, Ă fleur de nerfs, animal et poignant.
Le récit reste trop classique, trop balisé. On devine souvent les trajectoires, les ruptures, les élans. Mais parfois, une idée jaillit - comme cette planque perchée au-dessus du camping-car, improbable et presque poétique - et vient troubler l'attendu. La musique, rock et nerveuse, entrecroisée de nappes plus lyriques, ne laisse pas indifférent. Elle imprime un souffle, un rythme, une tension presque romanesque.
La Dernière Cavale n’est pas un grand film, loin s’en faut. Mais c’est un film attachant. Une sĂ©rie B honnĂŞte, souvent touchante, parfois maladroite, qui aurait pu frapper plus fort si son scĂ©nario avait osĂ© s’aventurer hors des sentiers rebattus. Il n’en reste pas moins une Ĺ“uvre humaine, sincère, portĂ©e par l’Ă©lan gĂ©nĂ©reux d’un cinĂ©aste dĂ©butant qui regarde ses marginaux comme on regarde des frères perdus.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. Vost
Birth / Rebirth de Laura Moss. 2023. U.S.A. 1h39.
samedi 12 juillet 2025
RĂŞves Sanglants / The Sender de Roger Christian. 1982. Angleterre. 1h32.
Avec RĂŞves sanglants, Roger Christian glisse une lame fine sous la peau du fantastique. Pas de second degrĂ©, pas d’Ă©chappatoire, pas de clin d’Ĺ“il au spectateur. Juste une horreur adulte, froide, troublĂ©e. Une douleur blanche, enveloppĂ©e dans la lumière blafarde d’un hĂ´pital psychiatrique oĂą l’on scrute la folie comme un phĂ©nomène biologique.
Ici, les terreurs ne sortent pas des murs ou des masques grotesques. Elles sortent d’un esprit. Elles s’infiltrent. Elles contaminent.
Car John n’est pas seulement un jeune homme perdu. Il est un Ă©metteur : il projette ses cauchemars dans la tĂŞte des autres. Ce qu’il rĂŞve, vous le vivez. Ce qu’il redoute, vous l’endurez. Et ce qu’il a vĂ©cu… vous le revivez, en boucle.
Une scène en particulier, d’un choc absurde et effrayant, vous laisse suspendu comme en apnĂ©e - l’horreur n’est plus une pulsion, c’est une maladie mentale, une contagion de l’invisible.
Sa mise en scène, sobre et chirurgicale, refuse l’esbroufe. Chaque plan est cadrĂ© comme un soupçon. Chaque coupe, un fragment de conscience qui bascule. Ce monde est feutrĂ©, Ă©touffant, comme si le cauchemar lui-mĂŞme avait besoin de silence pour s’exprimer.
P.S: Fait notable, attestĂ© par le livret de Marc Toullec : parmi tous les films d’horreur sortis en 1982, c’est celui-ci que Quentin Tarantino dĂ©signe comme son prĂ©fĂ©rĂ©.
"The Sender/Deadly Dreams" de Roger Christian. 1982. Angleterre. 1h22. Avec Kathryn Harrold, Željko Ivanek, Shirley Knight, Paul Freeman, Sean Hewitt.
Sortie salles U.S: 22 Octobre 1982.
FILMOGRAPHIE: Roger Christian est un réalisateur et scénariste britannique, né en 1944 à Londres. 1982 : Rêves sanglants. 1985 : Starship. 1994 : Nostradamus. 1995 : The Final Cut. 1996 : Underworld. 1997 : Masterminds. 1999 : Star Wars, épisode I : La Menace fantôme de George Lucas (réalisateur 2e équipe). 2000 : Battlefield Earth - Terre champ de bataille. 2004 : American Daylight. 2004 : Bandido. 2013 : La Malédiction de la pyramide (TV). 2013 : Intuition maternelle (Dangerous Intuition) (TV) . 2013 : Invasion sur la Lune.
vendredi 11 juillet 2025
On ira de Enya Baroux. 2025. France. 1h37.
jeudi 10 juillet 2025
The Quiet Girl de Colm Bairéad. 2022. Irlande. 1h34.
mercredi 9 juillet 2025
Et... ta mère aussi! (Y tu mamá también) de Alfonso Cuarón. 2001. Mexique. 1h46.
mardi 8 juillet 2025
Else de Thibault Emin. 2025. France. 1h43.
"Else, la métamorphose comme dernière étreinte".
What the fuck ???!!!
Et dire que cet ovni, aussi discret que discrĂ©ditĂ© (pas un seul trophĂ©e Ă GĂ©rardmer, alors que l’anecdotique A Violent Nature rĂ©colta le Grand Prix !), est de souche française…
Et pourtant, il s’agit d’un premier long inspirĂ© d’un court-mĂ©trage que Thibault Emin a mis des annĂ©es Ă faire Ă©clore.
Ă€ l’arrivĂ©e : une expĂ©rience singulière, vue nulle part ailleurs, Ă travers son concept de "mĂ©tamorphisme" - terme gĂ©ologique dĂ©signant une transformation physique minĂ©rale - que le rĂ©alisateur transpose Ă l’Ă©cran avec une crĂ©ativitĂ© sans limites. Et ce, malgrĂ© un budget Ă©triquĂ© et un dĂ©cor rĂ©duit Ă un huis clos domestique, bientĂ´t transfigurĂ© en espace organique, mouvant, sans repère spatial.
Croyez-moi : le spectacle, fascinatoire, demeure aussi vertigineux que malaisant, en s’Ă©merveillant de l’onirisme d’une scĂ©nographie charnelle Ă la beautĂ© irrĂ©elle et insoupçonnĂ©e.
D’un point de vue technique, impossible de ne pas penser au duo surdouĂ© HĂ©lène Cattet / Bruno Forzani, notamment dans la première demi-heure, oĂą les effets de camĂ©ra - cadrages alambiquĂ©s, jeux optiques, mouvements habitĂ©s - captivent l’Ĺ“il. Pendant ce temps, on s’attache lentement Ă ce couple d’amants : l’un, rĂ©servĂ©, l’autre, excentrique, presque perchĂ©e. Bonjour l'ambiance indicible oĂą l'on avance pas Ă pas parmi eux.
D’une libertĂ© de ton dĂ©routante par ses ruptures Ă©motionnelles, Else demeure un bad trip organique Ă la poĂ©sie sensuelle rare, traversĂ© de visions cauchemardesques - claustros, troubles, charnelles, insĂ©cures.
Et si, au premier visionnage, on reste stupĂ©fait, saisi, presque victime de ce choc visuel en perpĂ©tuelle mutation (mĂŞme la couleur vire au noir et blanc, lors d’une rĂ©gĂ©nĂ©ration corporelle d’une puissance folle), on se dit très vite qu’il faudra y replonger. Urgemment. Car sous ce dĂ©lire incongru affleure un conte mĂ©taphysique, oĂą la thĂ©matique du deuil et de son acceptation devient le sĂ©same d’un ailleurs - Ă©trange, mais apaisĂ©.
D’une puissance visuelle hallucinĂ©e, Else est une proposition fantastique radicale, auteurisante, qui ne plaira pas Ă tous - mais qui ravira les amateurs (Ă©clairĂ©s) de spectacle viscĂ©ral autre, oĂą l’Ă©motion, trouble, charnelle, dĂ©sespĂ©rĂ©e, nous happe irrĂ©mĂ©diablement dans un vertige d’impuissance.
Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir.
























