mercredi 1 octobre 2025

The Toxic Avenger de Macon Blair. 2023. U.S.A. 1h42.

                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
"The Toxic Avenger : entre gore potache et tendresse paternelle."

En dĂ©pit de mon instinct fureteur, je n’attendais pas grand-chose de cette rĂ©actualisation contemporaine. Or, malgrĂ© un prologue un peu lourdingue dans son comique ratĂ©, quelle surprise de me retrouver face Ă  une attachante sĂ©rie B respectueuse de son modèle - mĂŞme si une frange de puristes restera fidèle Ă  la version gravĂ©e dans la mĂ©moire des rats des vidĂ©os. ChapotĂ© par le mĂŞme duo Troma (Michael Hertz, Lloyd Kaufman), The Toxic Avenger nouvelle mouture doit beaucoup de son charme Ă  sa simplicitĂ© innocente. Exit toute prĂ©tention : malgrĂ© son budget plus Ă©levĂ© et ses acteurs familiers, ce divertissement reste aussi mal Ă©levĂ© que son aĂ®nĂ©, portĂ© par une galerie de cabotins dĂ©complexĂ©s jusqu’Ă  l’extravagance vrillĂ©e.

Sans jamais sombrer dans le copier-coller, The Toxic Avenger s’impose comme une dĂ©clinaison inventive, rĂ©jouissante et frĂ©tillante, bâtissant son propre univers plus futuriste que l’original, sublimĂ© par une photo saturĂ©e inspirĂ©e de la BD. Ce cĂ´tĂ© cartoonesque, au gore vitriolĂ© mais inoffensif, inspire une irrĂ©sistible sympathie sous l’impulsion d’un vengeur toxique au charisme Ă©trangement persuasif. C’est l’une des vraies plus-values de cet Ă©crin trashouille : mettre en avant un super-hĂ©ros aussi grotesque que touchant, dans son design verdâtre Ă©clatant d’une pestilence jubilatoire avec un oeil exorbitĂ©. 
 

Étonnamment Ă  l’aise et jamais pĂ©dant, Peter Dinklage se fond dans ce corps vitriolĂ© avec une modestie presque paternelle, imposant une valeur affective dans sa confrontation avec son fils solitaire. Ajoutez Ă  cela des mĂ©chants benĂŞts tout droit sortis d’un Atomic College, des leaders mĂ©galos aussi vulgaires qu’abrutis, et vous obtenez un climat dĂ©bridĂ©, Ă  la fois dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, dĂ©jantĂ© et politiquement incorrect, nourri de blagues potaches et de giclĂ©es gore (parfois mĂŞme musicalement rock !) qui tachent sous couvert d’une diatribe Ă©colo bien dans l’air du temps.

Formidable moment de dĂ©tente, sincère et gĂ©nĂ©reux, cette nouvelle incarnation parvient Ă  imposer sa propre personnalitĂ© dans un univers futuriste immersif, Ă©voquant un anime joyeusement fun et crados, mĂŞme si moins comique que son prĂ©dĂ©cesseur. The Toxic Avenger renaĂ®t ainsi dans la peau d’un super-hĂ©ros plus expressif et empathique que son congĂ©nère originel, façonnĂ© avec une prĂ©cision oĂą aucun dĂ©tail n’est laissĂ© au hasard. Encore une belle surprise donc pour le genre horrifique, en cette annĂ©e florissante digne des plus nobles souvenirs des annĂ©es 80.
 
P.S: Restez jusqu'au dernier crédit du générique de fin !
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

mardi 30 septembre 2025

Accident domestique / La Mesita del comedor de Caye Casas. 2022. Espagne. 1h30

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"Accident Domestique, chronique d’une horreur indicible."
 
Avertissement !
Ă‚mes sensibles rĂ©fractaires aux dĂ©viances filmiques façon Cannibal Holocaust, A Serbian Film, IrrĂ©versible, La Dernière maison sur la gauche et consorts, mieux vaut sans doute dĂ©tourner le regard. 
Car Accident Domestique est un franc-tireur qui repousse pourtant les limites de l’inmontrable avec un art consommĂ© de la suggestion. RĂ©alisme acĂ©rĂ©, climat oppressant jusqu’Ă  l’asphyxie, contexte morbide impensable - le tout traversĂ©, comme pour mieux provoquer, d’un humour ultra noir, d’horreur brute et d’une acuitĂ© dramatique dĂ©rangeante Ă  l’extrĂŞme - nous plongent dans un malaise trop corrosif pour nourrir des impressions agrĂ©ables si bien que notre zone de confort vole en Ă©clats.

Sans effusions de sang - ou si peu, tant la rĂ©sultante morbide Ă©chappe presque Ă  toute image - Accident Domestique ose suggĂ©rer l’innommable avec une audace suicidaire. D’oĂą la fracture inĂ©vitable : un public qui adoube ou rejette en bloc cette proposition ibĂ©rique tournĂ©e en dix jours Ă  peine. Car cette idĂ©e incongrue d'horreur bouleversĂ©e, malmenant jusqu’Ă  l'immense cruautĂ© morale un père anĂ©anti, isolĂ© de tous, nous confronte Ă  une introspection insoutenable, sans issue de secours.
 

Si certaines sĂ©quences, quasi hilarantes, dĂ©clenchent un rire nerveux - comme cette dĂ©claration d’amour dĂ©lirante d’une ado Ă  son voisin quinquagĂ©naire, mĂ©dusĂ© par tant d’audace immorale - l’ambiance, elle, demeure viciĂ©e, suffocante, plombante au possible et s’alourdit encore par l’intrusion innocente d’un couple ignorant la tragĂ©die macabre qui se joue autour d’eux.

Ultra dĂ©rangeant, oppressant jusqu’au vertige moral et viscĂ©ral, Accident Domestique se vit comme une expĂ©rience morale Ă©prouvante, dominĂ©e par une horreur rigoureuse (euphĂ©misme !), pulvĂ©risant tout espoir de rĂ©demption dès les premières minutes sous l’impulsion d’une tension rĂ©frigĂ©rante intolĂ©rable oĂą la culpabilitĂ© refuse toute Ă©chappĂ©e. Et son final traumatique ne fait que parachever le dĂ©sastre annoncĂ©, nous laissant aussi dĂ©sarmĂ©s qu’en ruine.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 
 

Récompenses:
Festival international du film fantastique de Bruxelles 2023 : White Raven
Macabro – Festival internacional de cine de horror 2023 (Mexico) : prix du public
Festival européen du film fantastique de Strasbourg 2023 : Grand prix Crossovers
Festival du film d'horreur et fantastique de San Sebastián 2023 (Saint-Sébastien, Espagne) : prix du public ex æquo
Festival du film d'horreur de Molin (en) (TerrorMolins) 2023 : meilleur film.

samedi 27 septembre 2025

Apparences / What Lies Beneath de Robert Zemeckis. 2000. 2h10. U.S.A.

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"Apparences : quand Zemeckis fait frissonner l’ombre d’Hitchcock dans un Ă©crin surnaturel."

Succès commercial lors de sa sortie (300 millions de dollars engrangĂ©s pour un budget de 100), Apparences est l’hommage direct Ă  Hitchcock signĂ© par le maĂ®tre du divertissement Robert Zemeckis. Si je n’en gardais jadis qu’un souvenir aimable, quelle surprise de redĂ©couvrir aujourd’hui un thriller horrifique d’une bien plus grande conviction, jouant habilement de son pitch rĂ©fĂ©rentiel et de l’argument fantastique de la demeure hantĂ©e. Certes, son scĂ©nario fut Ă  l’Ă©poque dĂ©nigrĂ© pour sa prĂ©visibilitĂ©, mais c’est oublier que Zemeckis manie ces clichĂ©s empruntĂ©s Ă  Hitchcock avec adresse, subtilitĂ© et efficacitĂ© sans paraĂ®tre "pot-pourri" – notamment dans la caractĂ©risation des personnages interlopes – pour mieux nous captiver et surprendre malgrĂ© ses codes mille fois rebattus.
 

Oui, l’on peut dĂ©plorer quelques ficelles grossières et jump scares triviaux, surtout dans une première partie parfois convenue et jusque dans l’ultime confrontation outrancière (un Vendredi 13 fantasmĂ©, avec ce tueur increvable). Mais le talent de mise en scène demeure indiscutable : Zemeckis insuffle aussi par moments une dĂ©licieuse angoisse Ă©thĂ©rĂ©e – les sĂ©quences dans la salle de bain restent les plus rĂ©ussies, en intensitĂ© comme en inquiĂ©tude – et s’appuie sur une direction d’acteurs absolument remarquable. En Ă©pouse bon chic bon genre en proie Ă  une paranoĂŻa grandissante, tour Ă  tour erratique puis guidĂ©e par la luciditĂ©, Michelle Pfeiffer crève l’Ă©cran. Radieuse, d’une force expressive Ă  la fois rĂ©signĂ©e et dĂ©chirĂ©e, elle envoĂ»te de son charme naturel digne des plus grandes stars. La retrouver dans une Ĺ“uvre aussi soignĂ©e que captivante force le respect et dĂ©cuple l’impact Ă©motionnel de sa dĂ©tresse esseulĂ©e. Plus en retrait, Harrison Ford n’est pas en reste : son jeu, contractĂ© et pourtant d’une sĂ©rĂ©nitĂ© inquiĂ©tante, traduit subtilement l’angoisse contenue devant la dĂ©liquescence morale et mentale de son Ă©pouse.


Ainsi, Ă  travers le huis-clos d’une splendide demeure champĂŞtre, travaillĂ©e par des forces surnaturelles et un voisinage potentiellement suspect, Apparences exploite avec un savoir-faire implacable les codes du thriller, de l’horreur et du fantastique sans dĂ©border vers l'invraisemblance la plus ridicule. Et si son final verse effectivement dans la surenchère d’une course-poursuite effrĂ©nĂ©e Ă  rallonge, la tension tangible qui en Ă©mane, son action brutale, le dynamisme du montage et l’implication habitĂ©e des acteurs nous clouent au siège. Enfin, rien que pour la sĂ©quence rigoureusement hitchcockienne de la baignoire, Apparences ranime la peur de trĂ©passer avec un art consommĂ© de la tension inexorable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. Vostf. 4K 

vendredi 26 septembre 2025

Les enquêtes du département V: Délivrance de Hans Petter Moland. 2016. Danemark. 1h52.

                                                     
                                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
3ᵉ opus des EnquĂŞtes du dĂ©partement V au pays scandinave, DĂ©livrance est, paraĂ®t-il, considĂ©rĂ© comme le sommet de la saga. Je n’irai pas contredire cette rĂ©putation : Ă  mes yeux subjectifs, il se rĂ©vèle en tout cas aussi solide et captivant que MisĂ©ricorde et Profanation. On y retrouve l’attachant duo Nikolaj Lie Kaas / Fares Fares, investigateurs antinomiques pĂ©tris d’humanitĂ©, fragiles et fĂ©briles, Ă©corchĂ©s moralement, divisĂ©s par leur rapport Ă  la foi - divergence ici mise en pleine lumière.

C’est l’une des forces du rĂ©cit : interroger la valeur de la croyance pour rĂ©flĂ©chir au sectarisme (les tĂ©moins de JĂ©hovah), au racisme et Ă  l’athĂ©isme. Carl Mørck, inspecteur bourru, finit d’ailleurs par vaciller dans ses certitudes : lui qui mĂ©prise la parole contradictoire et les dogmes dĂ©couvre une forme d’ouverture au contact de son partenaire, croyant sans ĂŞtre pratiquant.
 
 
Beaucoup plus proche de Seven que ses prĂ©dĂ©cesseurs, DĂ©livrance nous plonge dans l’ombre d’un serial killer redoutable - flegmatique, retors, insidieux dans sa façon d’attirer ses proies. Sa force tranquille, son charisme rassurant et sa foi pervertie par le Mal le plus lâche le rendent d’autant plus glaçant. Toujours menĂ© avec une efficacitĂ© redoutable, plus haletant encore que MisĂ©ricorde et Profanation, le film ose une violence sordide profondĂ©ment dĂ©rangeante, surtout lorsqu’elle s’attaque Ă  la candeur de l’enfance, broyĂ©e par une main diabolique sans la moindre concession.

Une sĂ©quence aqueuse, notamment, risque de provoquer un choc viscĂ©ral Ă  la limite du soutenable, tant les enfants, d’une justesse et d’une expressivitĂ© dĂ©sarmantes, se laissent happer par leur bourreau — lui-mĂŞme prisonnier d’un passĂ© traumatique liĂ© Ă  la religion. Passionnant par son enquĂŞte criminelle aussi Ă©prouvante qu’intolĂ©rable (lorsqu’il s’agit d’enlèvements d’enfants), DĂ©livrance nous colle au siège, inconfortable mais fascinĂ©. Mention spĂ©ciale Ă  l’incroyable scène de l’hĂ´pital : d’une intensitĂ© affolante, elle montre le tueur dĂ©jouant la vigilance policière avec une perspicacitĂ© glaçante. RĂ©alisĂ©e avec brio, lĂ  oĂą un autre sombrerait dans l’invraisemblance, elle impose sa crĂ©dibilitĂ© et la noirceur machiavĂ©lique de ce prĂ©dateur.
 
 
Quant Ă  Carl Mørck, son parcours psychologique Ă©meut autant qu’il secoue : une Ă©preuve de force Ă  perdre haleine, qui se conclut sur une dĂ©livrance intĂ©rieure, une rĂ©conciliation avec lui-mĂŞme et une ouverture nouvelle, plus respectueuse, plus tolĂ©rante, envers cette idĂ©ologie religieuse tant dĂ©battue.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

jeudi 25 septembre 2025

Les enquêtes du Département V: Profanation / Fasandræberne

                                                    
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Remarquable thriller que cette seconde enquĂŞte danoise du DĂ©partement V, adaptĂ©e d’un illustre roman de Jussi Adler-Olsen. Photographie monochrome lĂ©chĂ©e, mise en scène studieuse - aucun plan ne dĂ©borde —, intrigue solide, climat malaisant oĂą liaisons dangereuses et exactions criminelles comme sexuelles s’abandonnent en roue libre, complĂ©mentaritĂ© attachante d’un duo de flics solidaires malgrĂ© leurs divergences caractĂ©rielles. Tout concourt Ă  façonner un thriller criminel redoutablement efficace, nourri de rebondissements en flash-back, tandis que Mikkel Nørgaard s’applique Ă  conter son rĂ©cit sordide avec un rĂ©alisme blafard, fusionnant en nous inquiĂ©tude, tension et angoisse au fil de rĂ©vĂ©lations toujours plus sentencieuses.

Et puis ce final haletant, convoquant tous les protagonistes, nous place face Ă  l’apprĂ©hension et Ă  l’impuissance, dans une inversion des rĂ´les hĂ©roĂŻques, tendue entre rĂ©demption et fatalisme sacrificiel.


Au bout du compte, nous demeurons captifs et dĂ©munis, happĂ©s par l’intensitĂ© dramatique de cette cohĂ©sion SM oĂą bien et mal se confondent, sous le regard scrupuleux d’une cagole Ă  la fois bourreau et victime, et d’un flic introverti, taciturne, tentant d’offrir une ultime signification Ă  son existence en secourant autrui - rĂ©duit ici Ă  une dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, prisonnière d’une rapacitĂ© vindicative impossible Ă  contenir.

Par sa profondeur psychologique, bouleversant la destinĂ©e de deux ĂŞtres esseulĂ©s confinĂ©s dans le repli et le pessimisme mais animĂ©s par la rage de l’injustice, Profanation s’impose comme un incontournable pour les amateurs Ă©clairĂ©s de thriller noir, oĂą toute complaisance se trouve bannie. Les comĂ©diens, mĂ©connus chez nous, y brillent d'autant plus par une expressivitĂ© austère et un charisme contractĂ©, jamais forcĂ©.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

25.09.25. 2èx. Vost 

mercredi 24 septembre 2025

Bleu d'Enfer / Into the blue de John Stockwell. 2005. U.S.A. 1h50.

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"Le vertige des profondeurs."

DiscrĂ©ditĂ© dès sa sortie par la critique et boudĂ© par le public (mĂŞme si Outre-Atlantique l’accueil fut meilleur), Bleu d’Enfer est de ces pĂ©pites maudites qu’il faut réévaluer d’urgence - au point que j’en suis dĂ©jĂ  Ă  ma troisième rĂ©vision. RĂ©alisĂ© par l’acteur, scĂ©nariste et producteur John Stockwell (illustre second rĂ´le de Christine de Carpenter), le film s’impose comme une dĂ©clinaison moderne des Grands fonds, autre aventure injustement mĂ©prisĂ©e et comparĂ©e Ă  tort Ă  un ersatz des Dents de la mer.

SublimĂ© par une photographie saturĂ©e qui magnifie la scĂ©nographie maritime des Bahamas, des Ă®les CaĂŻmans et de la Floride, Bleu d’Enfer enchaĂ®ne les sĂ©quences sous-marines d’une fĂ©erie immersive (effet 3D en sus). Sous la houlette d’une chasse au trĂ©sor aux rebondissements toujours plus intenses, il joue Ă  fond la carte d’une sĂ©rie B redoutablement efficace par sa simplicitĂ© innocente. PortĂ© par le mĂ©tronomique rythme effrĂ©nĂ© d’un quatuor de jeunes touristes terriblement attachants, le film repose sur un casting volontairement clinquant.
 

Au sein de cette ambiance exotique dĂ©paysante, Paul Walker sĂ©duit, magnĂ©tise par delĂ  l'Ă©cran, par un charisme rassurant, une force morale affirmĂ©e sobrement expressive. Naturellement convaincant en redresseur de torts, il se laisse pourtant happer par l’irresponsabilitĂ© de son comparse hâbleur incarnĂ© par Scott Caan, moteur sournois des vicissitudes Ă  venir. Filiforme et solaire, Jessica Alba Ă©chappe sans mal au clichĂ© de la gentille cruche : sa douceur de miel et sa sagesse d’esprit s’opposent Ă  la cupiditĂ© qui gangrène son entourage. Quant Ă  Ashley Scott, hyper sexy en allumeuse attirĂ©e par les mauvais garçons, elle insuffle une joie de vivre expansive et exaltante, renforçant la dimension ludique de ce film d’action maritime au savoir-faire infaillible.

ConcentrĂ© d’humour, de romance, de suspense et de violence punitive, Bleu d’Enfer s’impose comme un pur divertissement du samedi soir - techniquement maĂ®trisĂ©, mais surtout fun et jouissif Ă  coeur ouvert. Son attachement Ă  ces personnages juvĂ©niles piĂ©gĂ©s par de mauvaises influences nourrit l’Ă©rosion progressive d’un climat solaire qui s’assombrit, menacĂ© par une ligue mafieuse tentaculaire faite de traĂ®tres et de complices. Un sacrĂ© bon moment de dĂ©tente d'autant plus espiègle et rafraichissant qu'il se rĂ©clame d'un charme innocent irrĂ©sistible.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. Vost
 

jeudi 18 septembre 2025

Au nom du père / In the Name of the Father de Jim Sheridan. 1993. Irlande/Angleterre. 2h13.

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Puissant rĂ©quisitoire contre l’erreur judiciaire nourrie par la corruption policière, Au nom du père s’impose comme un moment de cinĂ©ma gravĂ© dans les mĂ©moires, dont on ne sort pas indemne. Relatant l’histoire vraie de la famille Conlon accusĂ©e Ă  tort de terrorisme au cĹ“ur des annĂ©es 70, alors que l’IRA ensanglantait l’Irlande du Nord, le film se concentre sur la descente aux enfers d’un père et de son fils, incarcĂ©rĂ©s trente ans durant dans la mĂŞme cellule.

Jim Sheridan, armĂ© d’un rĂ©alisme âpre et d’une chronologie implacable, nous immerge de plein fouet dans l’univers carcĂ©ral, jusqu’au jour oĂą le vĂ©ritable coupable y est lui-mĂŞme enfermĂ© aux cĂ´tĂ©s de Gerry et de son père Giuseppe. Poignant, bouleversant, le drame se fait rĂ©volte lorsque leur combat dĂ©sespĂ©rĂ© pour la vĂ©ritĂ© Ă©claire l’injustice d’un procès fallacieux qui condamna quatre innocents tandis que les vĂ©ritables coupables demeuraient impunis.
 

Mais au-delĂ  de l’indignation, Sheridan peint aussi le portrait fragile d’un père et de son fils, minĂ©s par la haine, la rancĹ“ur et la rĂ©bellion, cherchant malgrĂ© tout la rĂ©conciliation au sein de la geĂ´le. Dans la peau d’un petit dĂ©linquant Ă©corchĂ©, animĂ© par la fureur de vivre, Daniel Day-Lewis crève l’Ă©cran avec une intensitĂ© foudroyante. Face Ă  lui, Pete Postlethwaite incarne un père brisĂ©, rongĂ© par la culpabilitĂ© de n’avoir su retenir son fils sur la pente de la dĂ©linquance, faute d’un amour paternel mal exprimĂ© mais brĂ»lant.

Électrochoc d’une rigueur Ă©motionnelle suffocante avant de libĂ©rer son spectateur de l’Ă©tau judiciaire et policier, Au nom du père reste l’un des drames carcĂ©raux les plus puissants jamais portĂ©s Ă  l’Ă©cran. On en ressort transformĂ© Ă  jamais.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. Vostf

Récompenses: Festival de Berlin 1994 : Ours d'or du meilleur film

mardi 16 septembre 2025

L'affaire Josey Aimes / North Country de Niki Caro. 2005. U.S.A. 2h06.

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"La rĂ©volte enfouie, la rĂ©volte Ă©clatĂ©e". 

InspirĂ© d’une histoire vraie qui fit grand bruit aux États-Unis en 1984, lorsque Lois Jensen se rĂ©signa Ă  poursuivre son employeur, la compagnie minière Eleveth, pour discrimination et harcèlement sexuel, L’Affaire Josey Aimes demeure un tĂ©moignage d’une puissance intacte, toujours aussi brĂ»lant quelques dĂ©cennies plus tard. PortĂ© par la prĂ©sence dĂ©pouillĂ©e de Charlize Theron en jeune mineur vouĂ©e aux gĂ©monies par une horde aussi machiste que dĂ©cervelĂ©e, le film insuffle une Ă©motion Ă  la fois poignante et bouleversante dans son Ă©preuve de force : traduire devant les tribunaux une entreprise dĂ©nuĂ©e de morale, oĂą les femmes subissent harcèlement, intimidations, brimades et menaces sous la fĂ©rule d’une dictature prolo, triviale et abrutissante, gonflĂ©e d’un orgueil pusillanime.
 

On pourra nĂ©anmoins regretter un final Ă©tonnamment moins convaincant, lestĂ© de revirements de ton - le père de Josey, un harceleur repentant, et une amie condamnĂ©e par la maladie dans un mĂ©lo sentencieux - mais L’Affaire Josey Aimes est une Ĺ“uvre forte, engagĂ©e, marquĂ©e d’une dignitĂ© farouche. Elle montre Josey debout face Ă  la lâchetĂ© des hommes et au silence complice de ses collègues fĂ©minines, murĂ©es dans le mutisme pour sauver leur emploi.

Vibrant d’humanisme, ce rĂ©cit d’une femme seule contre tous, cherchant notamment Ă  renouer avec son fils rancunier faute d'un passĂ© plus sordide qu’on ne l’imaginait, interpelle et scandalise par la cruditĂ© avec laquelle il dĂ©peint un univers machiste aussi rĂ©trograde que putassier.

A redécouvrir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. Vost

vendredi 12 septembre 2025

Erin Brockovich de Steven Sodenbergh. 2000. U.S.A. 2h11.

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"Elle a mis une petite ville Ă  ses pieds et une multinationale Ă  genoux."
Relatant un cĂ©lèbre fait divers qui fit grand bruit outre-Atlantique - une affaire de pollution des eaux qu’une petite ville californienne endura, ses habitants contaminĂ©s et brisĂ©s - Erin Brockovich s’impose comme un grand moment de cinĂ©ma, rare dans le paysage souvent languissant, rĂ©barbatif ou bavard des films de procès. Ici, tout s’inverse : une jubilatoire investigation de longue haleine, menĂ©e par une marginale tenace qui refuse d’abandonner et finit par faire plier des margoulins persuadĂ©s de leur intouchabilitĂ©.

Julia Roberts (Oscar de la Meilleure Actrice) y explose l’Ă©cran, tour Ă  tour fine, intelligente, spontanĂ©e, mais aussi vulgaire - son langage fleuri claque comme une gifle - et provocante dans ses tenues sexy portĂ©es comme des armes. Elle impose un mĂ©lange dĂ©calĂ© de dĂ©rision et de fĂ©rocitĂ© qui laisse pantois. Face Ă  elle, Albert Finney irradie un charisme paternel, autoritaire et bornĂ©, mais empreint de patience et de rĂ©silience. Ensemble, ils affrontent la Pacific Gas and Electric Company (PG&E), machine froide et monstrueuse, filiale d’un empire indiffĂ©rent aux vies qu’elle broie.
 

Steven Soderbergh orchestre ce rĂ©cit avec une maĂ®trise implacable : aller droit Ă  l’essentiel, ne jamais s’Ă©garer, mĂŞme dans les scènes intimes, conjugales ou professionnelles, toujours dessinĂ©es avec une prĂ©cision sans gras. L’intensitĂ© Ă©motionnelle jaillit, inattendue, sous l’impulsion d’une Julia Roberts qui dĂ©vore chaque plan avec une dĂ©termination infaillible, laissant le souffle coupĂ©. On suit son combat avec une attention irrĂ©vocable, face Ă  l’effrayant scandale qui se dĂ©voile : des familles entières condamnĂ©es Ă  des maladies incurables, parfois mortelles, pour nourrir la cupiditĂ© d’une sociĂ©tĂ© sans vergogne.

Passionnant, drĂ´le, poignant et rĂ©voltant, nourri d’une mise en scène vibrante d’amour de cinĂ©ma, Erin Brockovich est sans doute l’Ĺ“uvre la plus salutaire et convaincante de Steven Soderbergh, malgrĂ© une filmographie inĂ©gale. Un classique authentique, brĂ»lant de courage et de rage, qui rappelle que l’endurance et la force de conviction suffisent parfois Ă  mettre Ă  genoux les gĂ©ants que l’on croyait intouchables.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. Vost 
 
Récompenses
BMI Film & TV Awards 2000 : BMI Film Music Award pour Thomas Newman
Oscars 2001 : meilleure actrice pour Julia Roberts
BAFTA Awards 2001 : meilleure actrice pour Julia Roberts
AFI Awards 2001 : film de l'année
Golden Globes 2001 : meilleure actrice dans un film dramatique pour Julia Roberts

jeudi 11 septembre 2025

Dark

                         (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

Ces trois dernières semaines, j’ai revu une troisième fois la saison 1 de Dark, avant de dĂ©couvrir, pour la toute première fois, ses deux saisons finales. En matière de sĂ©rie fantastique, je n’ai rien vu d’aussi fort et de plus beau depuis La Quatrième Dimension, X-Files, The Leftovers, Twin Peaks, Penny dreadful, L’HĂ´pital et ses fantĂ´mes, Le Carnaval de l'Ă©trange ou Fringe.

Les quinze dernières minutes de l’Ă©pisode final comptent parmi les plus belles sĂ©quences que j’aie vues, au cinĂ©ma comme Ă  la tĂ©lĂ©vision, en termes d’intensitĂ© Ă©motionnelle et d’immersion onirique. C’est du niveau crĂ©atif du final de L’Au-delĂ  de Fulci ou du prologue criminel de Suspiria d’Argento.

Bouleversant, dĂ©chirant - presque traumatisant - ce dernier adieu dĂ©miurgique, traversĂ© d’une vision mystique indicible, s’imprime en moi comme une plaie ardente. Dark restera gravĂ© en moi, tel un organisme vivant qui, au fil de ses vingt-six Ă©pisodes, n’a cessĂ© de me rappeler que tout ce que je sais n’est qu’une goutte d’eau, tandis que tout ce que j’ignore appartient Ă  l’ocĂ©an.
 

Une Ĺ“uvre dense, flamboyante, complexe, profondĂ©ment humaine et fragile (TOUS les comĂ©diens, sans exception aucune, sont transis, imperturbables), mais toujours passionnante. Une Ĺ“uvre qui choisit la lumière plutĂ´t que l’ombre, et qui invite Ă  repenser notre existence par le prisme du temps et des univers parallèles. Car ici, Dieu n’est pas un vieillard barbu trĂ´nant au ciel : Dieu est le temps lui-mĂŞme, la trame infinie qui nous façonne et nous dĂ©fait.

Et peut-ĂŞtre que notre vie n’est rien d’autre qu’un cycle de renaissances : nous mourons, nous revenons, nous tentons Ă  chaque fois d’amĂ©liorer l’histoire, de corriger ce qui fut brisĂ©, de sauver ceux que nous aimons. Comme si nous Ă©tions condamnĂ©s Ă  rejouer la partition jusqu’Ă  trouver l’accord juste, jusqu’Ă  apaiser enfin le tumulte. Alors, le dĂ©but devient la fin, et la fin s’ouvre toujours sur un commencement.

"Vous me suivez ? Peu importe. J’ai changĂ© - alors l’univers changera."

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Docteurs in love / Young Doctors in Love de Gary Marshall. 1982. U.S.A. 1h36

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site notrecinema. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).


"Docteurs in love : l’Ă©clat oubliĂ© d’une parodie furieuse."

Bijou maudit de la comĂ©die hilarante, clairement influencĂ©e par Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? des ZAZ sorti deux ans plus tĂ´t, Docteurs in love est d’autant plus invisible depuis des dĂ©cennies que tout le monde - ou presque - semble l’avoir oubliĂ©, pour ne pas dire mĂ©prisĂ©, y compris la gĂ©nĂ©ration 80. Et pourtant, enchaĂ®nant gags visuels et sonores toutes les cinq Ă  dix secondes avec une efficacitĂ© presque aussi effrĂ©nĂ©e que son modèle, le film s’impose comme un rĂ©gal de comĂ©die dĂ©jantĂ©e, parodiant avec une Ă©nergie insolente et galvanisante les sĂ©ries mĂ©dicales saturĂ©es de romances mièvres et de rebondissements mĂ©lodramatiques - au chevet des malades les plus atteints, au propre comme au figurĂ©.

Les acteurs, en roue libre, s’en donnent Ă  cĹ“ur joie, incarnant mĂ©decins, intrus mafieux, junkie ou patients possĂ©dĂ©s par un grain de folie contagieux. Leurs personnages faussement sĂ©rieux, confrontĂ©s Ă  leur propre pitrerie irresponsable, crĂ©ent un dĂ©calage irrĂ©sistible. Docteurs in love s’avère ainsi bien plus drĂ´le, libre, osĂ© et dĂ©bridĂ© que la majoritĂ© des comĂ©dies ricaines de ces vingt dernières annĂ©es - loin, très loin par exemple, du poussif Y’a t-il un flic pour sauver le monde ?, fraĂ®chement exploitĂ© dans nos salles, tellement moins sincère, fĂŞlĂ© et inspirĂ©.


Et je dirais mĂŞme qu’avec son parfum irrĂ©sistible des annĂ©es 80, transpirant l’innocence rĂ©volue, le film me paraĂ®t aujourd’hui encore plus drĂ´le, charmant et expressif qu’Ă  sa sortie. D’autant qu’il s’agit de la première Ĺ“uvre de Garry Marshall, futur auteur inoubliable de Pretty Woman et d’une plĂ©thore de succès populaires au box-office. Produit par l’illustre Jerry Bruckheimer, portĂ© par une musique signĂ©e Maurice Jarre, Docteurs in love demeure un classique incomprĂ©hensiblement englouti par l’anonymat - une parodie aussi folle que brillante, injustement relĂ©guĂ©e dans l’ombre (en dĂ©pit de ses 1 092 743 entrĂ©es chez nous). Et il y a de quoi pleurer face Ă  une telle injustice. Pour preuve, il reste toujours inĂ©dit en Dvd comme en Blu-ray...

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. VF
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"Histoire de vous convaincre davantage, je vous joins l’avis de corsu61, publiĂ© le 28 aoĂ»t 2011 sur son blog SOS MOVIES".

Attention, ce film est un petit bijou de parodie. Dans la lignée des "Y a t-il un pilote dans l'avion" avec sa griffe "Un gag à la minute", cette histoire totalement farfelue réunit une pléiade de personnages tout aussi amusants les uns que les autres. Les situations absurdes s'enchaînent à la vitesse grand V pour notre plus grand bonheur, et les plus réfractaires des spectateurs ne pourront s'empêcher de réprimer quelques rires. L'enchevêtrement des scènes comiques fait que l'on ne s'ennuie jamais, grâce notamment aux sauts de puce qui nous projettent dans les différentes histoires. De l'amourette-quiproquo entre la chef infirmière et l'interne dealer aux règlements de compte entre tueurs de la mafia, du directeur véreux à l'histoire d'amour entre étudiants, tout se combine pour ne former qu'un vaste réseau de gags. Il faut même écouter avec attention toutes les annonces faites par la sono de l'hôpital.... Petite cerise sur le gâteau, vous découvrirez également les débuts de deux futures stars du cinéma : Demi Moore (Harcèlement, Ghost) et Richard Dean Anderson (Mc Gyver, Stargate). En bref, "Doctors in love" est un modèle de grand n'importe quoi qui fait travailler les zygomatiques ! Quatre smileys et demis.

Date de sortie en France : 25 novembre 1982

Notation : 4.5/5

mardi 9 septembre 2025

Evanouis / Weapons de Zach Cregger. 2025. U.S.A. 2h08.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Evanouis - l’art noir du suspense hystĂ©risĂ©"

PhĂ©nomène horrifique de 2025, raflant tous les suffrages tant publics (bientĂ´t 1 million d'entrĂ©es chez nous) que critiques, Evanouis est la seconde rĂ©alisation de Zach Cregger, encore plus investi et ambitieux depuis son excellent premier essai, Barbarians. Mais pour prĂ©server l’effet de surprise - que le cinĂ©aste prend malin plaisir Ă  retarder jusqu’Ă  une ultime demi-heure marquĂ©e au fer rouge dans la mĂ©moire - moins vous en saurez, mieux vous serez terrassĂ©s. J’en suis tĂ©moin : clouĂ© Ă  mon siège deux heures durant, les nerfs vrillĂ©s, Ă  tenter de deviner ce que tout cela pouvait bien dissimuler.

Évitez donc les synopsis trop bavards, et plus encore les trailers mercantiles qui dĂ©florent son imagerie choc. Car le plaisir rĂ©side dans ce moment de frousse, bâti sur un suspense latent, fascinant autant qu’irritant, tandis que Cregger prend tout son temps pour dĂ©rouler son rĂ©cit choral Ă  travers le regard de plusieurs protagonistes prisonniers d’une journĂ©e de cauchemar interminable. Impeccablement structurĂ© autour des faits et gestes de cette poignĂ©e d’âmes ballottĂ©es, Evanouis installe une maĂ®trise redoutable, une malice inquiĂ©tante qui distille mystère et malaise, entre postures ombrageuses et comportements erratiques dignes d’un Ă©pisode grandeur nature de La Quatrième Dimension.


En abordant de plein fouet paranoĂŻa, suspicion et harcèlement scolaire au cĹ“ur d’une bourgade autrefois paisible, Cregger Ă©rige un train fantĂ´me ricaneur qui ne cesse de miser sur l’expectative. Son suspense omniprĂ©sent, insoutenable, s’Ă©tire Ă  travers les rares indices semĂ©s avec parcimonie. Mais en jouant la carte de la suggestion avec une prĂ©cision chirurgicale, Evanouis libère une intensitĂ© dramatique oĂą l’horreur se teinte de brutalitĂ© sèche. Jusqu’Ă  un final Ă©bouriffant, jusqu'au-boutiste, offert aux amateurs de terreur insolente, de dĂ©lire sardonique et de violence acĂ©rĂ©e - une sĂ©quence hallucinĂ©e m’a d’ailleurs rappelĂ© un classique sanglant des annĂ©es 80, pour son gore massif et son effet de foule.

Captivant, passionnant, car intriguant par l’originalitĂ© de son rĂ©cit dĂ©lĂ©tère et la sobriĂ©tĂ© d’acteurs livrĂ©s Ă  l’infortune, Evanouis dĂ©ploie une terreur pure, redoublĂ©e d’efficacitĂ©, en conjuguant suspense et horreur graphique avec un art consommĂ© de la surprise hystĂ©risĂ©e. Et, aux cĂ´tĂ©s de Bring Her Back, Together et The Ugly Stepsister, il s’impose comme la rĂ©vĂ©lation horrifique inattendue d’une annĂ©e faste pour notre cinĂ©ma marginal fĂ©tichiste.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

lundi 8 septembre 2025

Ouvre les yeux / "Abre los ojos" de Alejandro Amenabar. 1997. Espagne/France/Italie. 1h59.

                            (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Le vertige des faux-semblants : plonger dans Ouvre les yeux."

Il y a des films. Et puis il y a des expĂ©riences Ă©motives qui vous saisissent par la main comme dans un rĂŞve Ă©veillĂ©, au point que, tel le hĂ©ros torturĂ©, nous ne savons plus distinguer l’illusion de la rĂ©alitĂ©, happĂ©s dans un cheminement existentiel aux confins de la folie. Et dans ce jeu de dupe, ce simulacre vĂ©nĂ©neux et insidieux, Alejandro Amenábar s’infiltre en vĂ©ritable alchimiste, tant Ouvre les yeux nous entraĂ®ne dans une Ă©preuve morale marquĂ©e d’une pierre blanche pour quiconque raffole des films-pièges au concept aussi dĂ©vastateur que rĂ©volutionnaire.

Au-delĂ  du jeu rigoureux des comĂ©diens emportĂ©s dans la tourmente du doute, de la folie, voire de la schizophrĂ©nie - et au-delĂ  de l’ensorcelante beautĂ© filiforme de PenĂ©lope Cruz - le scĂ©nario conçu par Amenábar et Mateo Gil relève du pur gĂ©nie. Ă€ l’instar d’un suspense hitchcockien rĂ©glĂ© au millimètre, sa mĂ©canique narrative impeccablement huilĂ©e n’oublie jamais de ciseler la chair humaine de ses protagonistes pour mieux nous engloutir. Eduardo Noriega incarne CĂ©sar - figure altier et tranquille en apparence - avec une expressivitĂ© rapidement dĂ©sarmĂ©e, poignante, affolante, presque inquiĂ©tante.


Le rĂ©cit, puzzle Ă  reconstituer entre minutie et impuissance, explore avec intelligence et fièvre discursive les thèmes du faux-semblant, de la mĂ©taphysique et du mysticisme, dans un rĂ©alisme diaphane d’une intensitĂ© rare. Ouvre les yeux demeure une expĂ©rience de cinĂ©ma enivrante et dĂ©routante, pour qui aime se perdre dans des labyrinthes hermĂ©tiques oĂą le romantisme cĂ´toie l’hypocrisie la plus lâche, lorsque l’apparence prend le pas sur la vĂ©ritĂ© des sentiments.

On se trouve ainsi face Ă  la fois Ă  un thriller de science-fiction charpentĂ© avec une rigueur implacable, Ă  un suspense horrifique inquiĂ©tant et trouble, Ă  un drame psychologique caustique et Ă©mouvant sur la rĂ©demption d’un bellâtre machiste, et Ă  un mĂ©lo vibrant d’humanisme torturĂ© que les acteurs transcendent par une implication fragile, presque nue.

Gros morceau de cinĂ©ma, conjuguant ses genres avec une maĂ®trise implacable, Ouvre les yeux s’impose comme une rĂ©fĂ©rence vivante que le spectateur absorbe avec une attention diabolique, Ă  la fois craintive et fascinĂ©e.

P.S: "Ouvre les yeux" fait partie de la liste des 1001 films Ă  voir avant de mourir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

3èx. Vost

jeudi 4 septembre 2025

She Rides Shotgun de Nick Rowland. 2025. U.S.A. 2h00.

                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Une larme arrachée au milieu des clichés."

Je suis bien embĂŞtĂ©, terriblement frustrĂ© : c’est un bon polar aride, violent et dĂ©sespĂ©rĂ©, mâtinĂ© de tendresse et de drame psychologique, que le couple Taron Egerton / Ana Sophia Heger soulève Ă  la seule force de leurs Ă©paules. 

Mais le rĂ©cit initiatique, prĂ©visible, s’enlise dans une moisson de clichĂ©s que l’on connaĂ®t sur le bout des ongles, sans pouvoir nous impliquer avec passion dans ce pĂ©riple dĂ©sertique. Or, leurs instants d’intimitĂ©, vibrants, arrachent Ă  ce canevas convenu une intensitĂ© Ă©motionnelle dense pour les moments les plus rĂ©ussis, culminant dans une sĂ©quence musicale finale d’une beautĂ© dĂ©chirante, qui nous arrache les larmes.

Et c’est bougrement dommage, car la rĂ©alisation, carrĂ©e, maĂ®trisĂ©e, inventive, choisit la sobriĂ©tĂ© et Ă©pouse un jeu d’acteurs dĂ©pouillĂ©, dont le charisme tranchant se fait trop rare dans le paysage du polar indĂ©pendant. Quant Ă  la bande originale, d’une fragilitĂ© Ă©purĂ©e, elle sĂ©duit elle aussi, glissant sous la peau avec une Ă©motion dĂ©licate et tenace, Ă  l'instar des plus chaudes Ă©treintes entre un père Ă©corchĂ© vif et sa fille en perte d'innocence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

L'Amour braque de Andrzej Żuławski. 1985. France. 1h41.

                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
 
"L’amour en transe, la douleur en hĂ©ritage."
 
Face Ă  une Ĺ“uvre aussi libre que marginale, littĂ©ralement cintrĂ©e, traversĂ©e par une folie dĂ©rangĂ©e et contagieuse, on ne peut qu’aimer ou dĂ©tester, en dĂ©pit du non-sens de son intrigue amphigourique. 
Mais faut-il vraiment tout comprendre pour aimer ? Non : l’important, c’est le voyage - rĂŞver, cauchemarder, dans une complicitĂ© assumĂ©e.
DĂ©couvert un dimanche après-midi au cinĂ©ma, le film m’avait laissĂ© de profondes cicatrices dans l’encĂ©phale.
 
Le revoir ce soir - une troisième fois - avec la mĂŞme fascination mĂŞlĂ©e de sidĂ©ration, c’est mesurer le gĂ©nie d’Andrzej Ĺ»uĹ‚awski, littĂ©ralement possĂ©dĂ© par ses ambitions outrancières, christiques, animales, existentielles, pathologiques. Car, entre les mains d’un vulgaire tâcheron, l’hystĂ©rie collective oĂą se consument en live les comĂ©diens serait devenue insupportable, irritante Ă  la vitesse de l’Ă©clair.
 
Et puis il y a Sophie Marceau, se livrant Ă  nu, corps et âme, avec une foi Ă©lectrisante. Elle est presque aussi habitĂ©e qu’Adjani possĂ©dĂ©e dans Possession. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Francis Huster partage la vedette, traversĂ© lui aussi par une folie expressive, semi-dĂ©pressive. Et je ne vous parle pas de TchĂ©ky Karyo pĂ©nĂ©trĂ© par la rage et la dĂ©bauche en gangster envieux. 
 
Un OVNI malade, au sens large, au pouvoir de fascination indicible, à l'émotivité irrationnelle, réservé aux spectateurs avertis.
  
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx 

lundi 1 septembre 2025

The Collection

                                 (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"The Collection : la débauche qui dilue la terreur."
C’est pas mal, c’est sympa, on passe un bon moment - mais c’est clairement en dessous de son modèle.
Pourquoi ? Parce que Marcus Dunstan lâche la bride, choisit la surenchère bourrine plutĂ´t que de nourrir ce climat d’angoisse et de terreur qui faisait toute la force du très efficace The Collector.
Ici, les pièges dissĂ©minĂ©s dans les couloirs d’un hĂ´tel abandonnĂ© sont multipliĂ©s Ă  l’excès, jusqu’Ă  perdre parfois en crĂ©dibilitĂ© Ă  force de vouloir piĂ©ger au moindre faux pas. Heureusement, certains conservent leur impact, notamment l’hallucinant prologue dans une boĂ®te de nuit, d’une ambition folle dans sa brutalitĂ© saisissante.

Quant Ă  la vengeance de l’anti-hĂ©ros rescapĂ© du premier opus Ă©paulĂ© ici d'une Ă©quipe de mercenaires aguerris, elle s'avère un tantinet timorĂ©e, lĂ©gèrement en retrait et se dissout dans un final expĂ©diĂ©, pas si spectaculaire qu’espĂ©rĂ©, avec en prime une image de clĂ´ture aussi dispensable que cette suite dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e, prĂ©fĂ©rant l’action pure Ă  l’horreur glauque et au tortur'porn cru de son modèle. Reste, malgrĂ© tout, quelques sĂ©quences chocs qui font leur effet de rĂ©pulsion, et ce tueur mastard, toujours fascinant, inquiĂ©tant, pervers, d’une robustesse tranchante comme une lame.

Dispensable, donc. Mais ludique, bonnard même, avec ce parfum bisseux de série B de samedi soir, mal élevée, décomplexée, réactionnaire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

samedi 30 août 2025

The Collector de Marcus Dunstan. 2009. U.S.A. 1h30.

                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"La mécanique sadique de The Collector."

PrivĂ© de salles chez nous Ă  l’Ă©poque, directement expĂ©diĂ© en DVD et Blu-ray, The Collector fut une heureuse surprise pour les amateurs Ă©clairĂ©s, surtout pour celles et ceux friands de torture porn relancĂ© par les franchises Saw et Hostel. Ce qui frappe dans ce pur film d’exploitation, empruntant au survival en huis clos domestique, c’est son efficacitĂ© effrĂ©nĂ©e : un rythme haletant, un cache-cache constant, une traque de chat et de souris entre un anti-hĂ©ros - cambrioleur en dĂ©sespoir de cause - et un criminel vicieux, sadique, ordurier, qui truffe la maison de pièges et de sĂ©vices destinĂ©s Ă  ses victimes suppliciĂ©es. Le cambrioleur tente de dĂ©jouer cette mĂ©canique meurtrière tout en prĂŞtant main-forte Ă  ceux qui agonisent, coincĂ©s entre torture et instinct de survie.

PortĂ© par l’ultra-dynamisme d’un montage chirurgical, The Collector nous plaque au siège durant 1h25, tant les offensives et les stratĂ©gies de survie rebondissent dans ce huis clos infernal, repaire de tous les dangers lĂ©taux. Exploitant Ă  merveille chaque recoin de la demeure transformĂ©e en champ de bataille et en geĂ´le, Marcus Dunstan nous enferme avec ses victimes, et l’on observe, avec une apprĂ©hension constante, leur dĂ©sespoir hurlĂ©, leur martyr d’un rĂ©alisme dĂ©rangeant. Les sĂ©quences hard gore, Ă  la lisière de la complaisance, imposent un malaise viscĂ©ral d’une intensitĂ© quasi insoutenable dans l’exposition des sĂ©vices les plus extrĂŞmes.
 

C’est une vĂ©ritable descente aux enfers, triviale et putassière, que l’on subit aux cĂ´tĂ©s des victimes dĂ©munies, tandis que l’anti-hĂ©ros s’efforce de retourner les pièges contre le tueur retors. Outre l’aspect hypnotique d’une mise en scène Ă©tonnamment soignĂ©e et maitrisĂ©e, The Collector gagne en pouvoir de fascination avec la prĂ©sence du tueur cagoulĂ©, silhouette SM vĂŞtue de noir, bloc de tĂ©nèbres et de force brute, quasiment indĂ©passable quand vient l’affrontement physique. Ces combats demeurent d’un rĂ©alisme brutal, poussĂ©s jusqu’Ă  l’ultra-violence, sculptĂ©s par un art consommĂ© du sadisme crapuleux.

Et dans ce pĂ©riple cauchemardesque, Dunstan ose un final hallucinant, dĂ©nuĂ© d’illusion, qui risque de laisser sur le carreau plus d’un spectateur. Malsain et poisseux, ultra-violent et sanglant jusqu’Ă  frĂ´ler la pornographie, The Collector s’impose comme une sĂ©rie B odieusement mĂ©chante et jouissive, menĂ©e tambour battant par un montage anthologique, enchaĂ®nant les sĂ©quences chocs Ă  un rythme mĂ©tronomique - pour ne pas dire Ă©reintant. Et on en sort assez troublĂ© et KO, surtout après avoir enchaĂ®nĂ© avec le presque aussi maladif Sweeney Todd de Tim Burton.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. Vost 
 

mardi 26 août 2025

Together de Michael Shanks. 2025. U.S.A/Australie. 1h42.

                                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

                                                     "Le vertige organique de Together"
Choc thermique !
Cette annĂ©e dĂ©jĂ , l’horreur nous avait surpris par quelques Ă©clats inattendus : The Ugly Stepsister, Bring Her Back, Évanouis, et dans une moindre mesure Dangerous Animals. Or voici qu’un dernier venu s’invite dans la danse macabre : Together. Le renouveau de l’horreur organique. Ni plus, ni moins.

Car si l’on pensait avoir tout vu en matière de body horror, depuis les dĂ©rives cliniques de Cronenberg, Carpenter ou encore Coralie Fargeat avec The Substance, Michael Shanks dĂ©montre qu’il est encore possible de rĂ©inventer l’horreur sensorielle, pour peu qu’on y croie avec une foi absolue. Together respire cet amour du genre : il nous invite Ă  une expĂ©rience viscĂ©rale, hyper crĂ©dible dans sa mise en image, cherchant Ă  nous terrifier de la manière la plus sensitive qui soit. Tant et si bien que, de mon point de vue subjectif (car tout cela reste affaire de ressenti), Together s’impose comme l’un des films les plus terrifiants que j’aie vus au sein d’une moisson de classiques imputrescibles.
 

Un concept à la fois simple et ravageur, derrière sa satire au vitriol sur les valeurs du couple, de la confiance à la fidélité en passant par la peur de l'engagement. Jugez plutôt : Tim, indécis face à la demande en mariage de Millie, vacille dans sa relation. Mais après une chute accidentelle dans une crevasse, leur quotidien bascule : Tim sombre dans un malaise physique et psychologique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents.
 
L’efficacitĂ© de Together tient dans cette observation Ă  la fois craintive, dĂ©munie, Ă©pouvantĂ©e de la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un couple frappĂ© par une maladie contagieuse. Huis-clos domestique au malaise croissant, le film nous cueille au plexus par des sĂ©quences chocs enchaĂ®nĂ©es avec un art consommĂ© de la peur psychologique. Son intensitĂ© fulgurante, affolante, immersive surtout, doit beaucoup Ă  la justesse de ses personnages, impeccablement habitĂ©s, d’une expressivitĂ© spontanĂ©e. Alison Brie et Dave Franco forment un couple fusionnel au charisme saillant, assez humain pour permettre au spectateur de s’identifier sans dĂ©lai Ă  leurs gestes contradictoires.
 

VĂ©ritable descente aux enfers sans Ă©chappatoire, Together injecte en prime une dĂ©rision grinçante quant aux valeurs de l’amour et de la fidĂ©litĂ©, sĂ©vèrement malmenĂ©es par une accoutumance incontrĂ´lable des corps en Ă©treinte sexuelle et sentimentale, malgrĂ© la perplexitĂ© amoureuse rĂ©vĂ©lĂ©e dès le prologue. Pour une première Ĺ“uvre, la maĂ®trise est sidĂ©rante : Shanks provoque peur et malaise avec une acuitĂ© psychologique rare, ses images rĂ©alistes insinuant une terreur rampante, comme si nous Ă©tions nous-mĂŞmes contaminĂ©s par ce mal Ă©trange.

Pur film de trouille exploitant son concept singulier avec une vĂ©racitĂ© troublante, Together nous enferme dans un cauchemar domestique abyssal. Ses visions tordues, fondĂ©es sur la communication des corps et la confrontation charnelle avec l’autre sexe, rĂ©sonnent jusque dans l’hĂ©ritage de Platon. DĂ©jĂ  un classique, et vive l'Australie. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir



lundi 25 août 2025

F1

                                    (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

Moins rageur que Rush ou Le Mans 66, mais d’une maĂ®trise grandiose (ultra dynamisme du montage Ă  couper au rasoir, photo lĂ©chĂ©e, sens du cadre, gestion du tempo musical), le film dĂ©ploie un spectacle tenu d’une main sĂ»re, portĂ© par un savoir-faire dĂ©sarmant face Ă  une intrigue dont l’attrait (pas si) prĂ©visible et les clichĂ©s sont exploitĂ©s avec une efficacitĂ© revivifiĂ©e.

Les personnages, profondĂ©ment attachants, nous font vibrer avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©nuĂ©e de cynisme. Ă€ l’image d’un Brad Pitt flamboyant, gentleman d’Ă©cran, dont l’aplomb naturel, sa force tranquille parfois fragile, n’a rien de pĂ©dant : bouleversant et impressionnant en pilote vieillissant en quĂŞte d’une seconde chance.


Le final, somptueux feu d’artifice (au propre comme au figurĂ©), retrouve l’intensitĂ© Ă©motionnelle d’un Rocky, transcendĂ© par un Hans Zimmer en grande forme : sa partition Ă©pique Ă©lectrise, sa mĂ©lodie entĂŞtante du prologue (hĂ©las entendue une seule fois) distille ce parfum Ă©motif des annĂ©es 80 qui Ă©treint les nostalgiques. 

Du grand cinĂ©ma donc, plus vertigineux que spectaculaire, empreint de cette patte Ă©motive propre Ă  Joseph Kosinski: un artisan des divertissements sincères, gĂ©nĂ©reux et carrĂ©s, oĂą Ă©motion et tendresse s’entrelacent Ă  l’action. Sa filmographie, d’Oblivion Ă  Only the Brave, de Twisters Ă  l’incontournable Top Gun: Maverick, ne cesse de le rappeler. 


Et grâce Ă  F1 je me surprends Ă  admirer, avec un respect toujours plus affirmĂ©, cet artiste Ă  l’ancienne, hĂ©ritier de ses aĂ®nĂ©s qui jamais ne confondaient efficacitĂ© et prĂ©cipitation, et savaient encore faire rĂŞver le spectateur du samedi soir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
4K, Vost

samedi 23 août 2025

Eenie Meanie / Wild Speed Girl de Shawn Simmons. 2025. U.S.A. 1h42/ 46.

                                                     
                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

"Eenie Meenie : l’Ă©lĂ©gance tragique de la sĂ©rie B".
 
Formidable surprise passĂ©e par la trappe Hulu aux États-Unis et sur Star/Disney+ ailleurs, Eenie Meenie / Wild Speed Girl s’impose comme un hommage sincère au cinĂ©ma d’exploitation des seventies par l’entremise du film de braquage pur et dur. Il ne cherche pas Ă  s’affranchir des conventions mais assume pleinement sa nature de sĂ©rie B - menĂ©e avec efficacitĂ©, implication, Ă©lĂ©gance visuelle et surtout habitĂ©e par ses interprètes. Le duo Samara Weaving / Karl Glusman crève littĂ©ralement l’Ă©cran en Bonnie and Clyde modernes, portant le film Ă  bout de bras grâce Ă  une complicitĂ© vibrante, badine et insolente, nourrie par les dĂ©rives du banditisme mafieux.

Qu’on se le dise : les amateurs de bourrinades calibrĂ©es risquent d’ĂŞtre dĂ©concertĂ©s. Eenie Meenie refuse cette case triviale et confortable. Shawn Simmons prĂ©fère dresser le portrait d’une femme dĂ©chue mais digne, dissimulĂ© derrière l’Ă©crin ludique du polar. Il conjugue avec finesse humour, action et drame, mais sans jamais programmer l’Ă©motion : elle surgit de manière inattendue, notamment dans une ultime demi-heure marquĂ©e par une rupture de ton aussi abrupte que bouleversante. ÉmaillĂ© de deux poursuites chorĂ©graphiĂ©es Ă  l’ancienne - l’antithèse des outrances hypertrophiĂ©es de Fast and Furious - le film divertit sans faiblir, portĂ© par des dialogues jamais vains (ils sont nombreux), toujours au service des prĂ©paratifs du casse, des concertations et de l’Ă©volution d’un couple bancal. John manipule sournoisement la psychĂ© dĂ©sarmĂ©e d’Edie, qui vacille au seuil de la criminalitĂ©, dĂ©chirĂ©e entre fronde et soumission.
 

Tout l’intĂ©rĂŞt du rĂ©cit rĂ©side lĂ  : dans le parcours fragile, douloureusement humain, d’Edie. Prisonnière de son indulgence envers les hommes - qu’elle a toujours protĂ©gĂ©s, depuis sa jeunesse au sein d’une famille dysfonctionnelle - elle se jette dans l’illĂ©galitĂ© avec une audace aussi dĂ©sespĂ©rĂ©e que suicidaire. As du volant exploitĂ©e par une ligue masculine Ă  la fois solidaire, autoritaire et fallacieuse, elle finira par comprendre que l’emprise de John sur son cĹ“ur pourrait la conduire Ă  sa perte. Andy Garcia, en patriarche mafieux, apporte quant Ă  lui une force tranquille qui Ă©chappe Ă  toute caricature : expressif sans excès, presque rĂ©confortant, il accompagne Edie dans son cheminement, tout en laissant affleurer la dignitĂ© d’une remise en question rĂ©demptrice.

Le final Ă©meut profondĂ©ment, grâce au tact du rĂ©alisateur qui filme l’Ă©motion sans emphase, avec une pudeur vibrante de sincĂ©ritĂ©. Samara Weaving y dĂ©ploie un charisme hypnotique, inquiĂ©tant et troublĂ©, rĂ©vĂ©lant un humanisme torturĂ© d’une intensitĂ© presque cachĂ©e. Karl Glusman n’est pas en reste : petite frappe casse-cou, insolente, bravache, il incarne avec instinct une masculinitĂ© immature, oscillant entre bravoure et irresponsabilitĂ©.
 
 
Excellent polar d’action truffĂ© d’humour, de dĂ©rision mais aussi de gravitĂ© et de tendresse, Eenie Meenie s’impose enfin grâce Ă  une nappe musicale discrète et fragile (The Haxan Cloak), qui Ă©pouse la fĂ©brilitĂ© dĂ©senchantĂ©e de ses personnages. Mais c’est surtout Samara Weaving qui embrase chaque plan, prĂ©sence Ă  la fois candide et incandescente, oscillant entre altruisme, audace et fragilitĂ© extrĂŞme, dans l’Ă©crin vibrant d’un cinĂ©ma d’antan retrouvĂ©.

On ne peut donc qu’ĂŞtre saisi par cette première rĂ©alisation, Ă  la fois digne, noble, modeste et inspirĂ©e, qui laisse tant le rĂ©cit respirer avec une attention psychologique, une fĂŞlure humaine dĂ©sormais presque disparue derrière ses portraits (faussement) dĂ©tendus.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir 
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