jeudi 31 mars 2011

LARRY LE DINGUE, MARY LA GARCE (Dirty Mary Crazy Larry)


de John Hough, 1973. U.S.A. 1H33. Avec Peter Fonda, Susan George, Adam Roarke, Vic Morrow, Roddy McDowall.

Sortie U.S.A. le 17 Mai 1974.

FILMOGARPHIE: John Hough est un réalisateur britannique, né le 21 novembre 1941 à Londres (Royaume-Uni).
1969 : Wolfshead : The Legend of Robin Hood, 1970 : Eyewitness, 1971 : Les Sévices de Dracula, 1972 : L'Île au trésor , 1973 : La Maison des damnés, 1974 : The Zoo Gang (série TV) , 1974 : Dirty Mary, Crazy Larry , 1975 : La Montagne ensorcelée , 1978 : Les Visiteurs d'un autre monde, 1978 : La Cible étoilée , 1980 : Les Yeux de la forêt , 1981 : Incubus , 1982 : Le Triomphe d'un homme nommé cheval , 1985 : Black Arrow (TV) , 1985 : Mission casse-cou (série TV) , 1986 : Biggles , 1987 : Les Hasards de l'amour , 1988 : Hurlements IV , 1988 : American Gothic , 1989 : Le Cavalier masqué (TV) , 1990 : A Ghost in Monte Carlo (TV) , 1992 : Duel of Hearts (TV) , 1998 : Something to Believe In , 2002 : Bad Karma.

                                       

Trois ans après Point Limite Zero, John Hough réalise en 1974 un road movie beaucoup plus décomplexé et ludique,  Larry le dingue, Mary la garce, tiré du roman de Richard Unekis, The Chase. On peut rappeler que la même année sortira à quelques mois d'intervalle un autre métrage bien connu des amateurs et ayant récemment fait l'objet d'un remake aseptique, la Grande Casse (Gone in 60 seconds), quand bien même deux ans plus tard explose sur les écrans Cannonbal, suivi de Driver de Walter Hill ! Mais la mode des films de course-poursuites sur bitume atteindra son apogée en 1979 avec un premier film venu d'Australie, une bombe ayant défrayé la censure de l'époque: Mad-Max ! Un pilote de course et son co-équipier cambriolent un supermarché afin de pouvoir financer leur participation à un célèbre circuit de championnat automobile. Ils prennent la fuite à bord de leur voiture en compagnie de Mary, une jeune aguicheuse d'un soir que Larry eut abordé. Rapidement, la police locale est lancée à leur trousse sous la houlette d'un capitaine irascible ayant juré d'avoir leur peau. Véritable objet de culte depuis sa sortie, Larry le dingue, Mary la garce (quel titre saugrenu et audacieux !) est une nouvelle bouffée d'air frais dans le cinéma de genre politiquement incorrect hérité du courant contre-culturel d'Easy Rider. Superbement interprété par un trio de comédiens en roue libre (Peter Fonda / Susan George / Adam Roarke), ce road movie ludique mené sur un rythme calibré constitue un pur moment de fantaisie pour l'amateur d'action virile menée par des anti-héros à la p'tite semaine ! Coordonnée par deux petits malfrats et d'une attachante potiche, cette virée champêtre puise son charme dans la complicité amicale des comédiens et dans l'enchevêtrement de leurs situations folingues imparties aux crashs automobiles.

                                      

Car durant leur traque incessante avec les forces de l'ordre, le spectateur témoin de leurs faits et gestes s'avère d'autant plus impliqué par leur insouciance libertaire. Comme si nous étions nous aussi devenus des marginaux anarchistes complices de leur périple frénétique. En prime, les réparties pleine d'humour sardonique entre Larry et Mary et le sérieux alloué à Deke, témoin malgré lui d'une crise conjugale (Larry n'en n'a que faire de Mary !) distillent une ambiance futile, presque improbable lors de leurs prises de risques inconscientes pour l'adrénaline de la vitesse. Alors que du côté des forces de l'ordre, la police, impuissante, constamment ridiculisée, n'aura de cesse de tenter de les réprimander avec leurs barrages improvisés ou stratagèmes impondérables, tel cette avenue de marché commercial bondée de pèlerins. Spoil ! Les flicards constamment raillés n'avaient pas non plus prévu que nos malfrats étaient équipés d'un radio émetteur pouvant à tous moments permettre de signaler à quel point d'itinéraire ceux-ci pourraient envisager de les appréhender. Fin du Spoil. C'est avec l'arrivée rigoureuse d'un chef de police chevronné et obtu, Franklyn (endossé par le renfrogné Vic Morrow), que la course poursuite s'exacerbera d'un cran lors de l'intrusion draconienne d'un hélicoptère survolant l'échappée des fuyards. Spoiler ! On sera d'autant plus surpris du brusque changement de ton vers son estocade finale aussi glaçante que poignante, car d'une noirceur inattendue ! Une manière réaliste de rappeler aux contestataires que la vie n'est pas du cinéma et que la vitesse illégale peut se solder par une tragédie ! Fin du spoiler. Niveau distribution, l'épatante Susan George (les Chiens de Paille / Venin) insuffle une formidable ferveur dans sa prestance de potiche décervelée, désinvolte et insolente, souvent ridiculisée par son compagnon machiste faussement épris de romance de samedi soir. Peter Fonda lui partage la vedette dans celui d'un marginal autoritaire et présomptueux, as du volant belliqueux sans que personne ne puisse s'y mesurer avec autant de vélocité pour sa conduite suicidaire.

                                      

Classique Bis des années 70, Larry le dingue, Mary le dingue garde intact son pouvoir attractif et son charme vintage grâce à la fougue des comédiens aussi insolents que burnés et des poursuites automobiles impeccablement orchestrées. Dès lors, on peut constater qu'aujourd'hui les anti-héros tape à l'oeil, musclés et tatoués, et leurs bimbos siliconées exhibées chez Fast and Furious (multipliant par 10 son lot de scènes de cascades numériques pour nous combler !) font bien triste figure devant ce classique artisanal ancré dans l'authenticité subversive des années 70. 

31.03.11.
B-D.
                                   

Note: ATTENTION SPOILER !!!!!!!!!! La scène finale du crash avec le train apparait dans le générique de début de la série tv des 80's L'homme qui tombe à pic avec Lee Majors.

mercredi 30 mars 2011

LE ROYAUME DE GA'HOOLE, LA LEGENDE DES GARDIENS


Legend of the Guardians : The Owls of Ga'Hoole. de Zack Snyder. 2010. U.S.A. 1H39. Avec Emily Barclay, Abbie Cornish, Essie Davis, Adrienne DeFaria, Joel Edgerton, Deborra-Lee Furness, Sacha Horler, Bill Hunter...

Date de Sortie. France: 27 octobre 2010, U.S.A: 24 septembre 2010

FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un réalisateur, scénariste et acteur américain né le 1er mars 1966 à Green Bay, Wisconsin (États-Unis).
2004 : L'Armée des morts
2007 : 300
2009 : Watchmen
2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La Légende des gardiens
2011 : Sucker Punch
2012 : Superman: Man of Steel


    L'histoire est celle de Soren, un jeune hibou à qui son père relate la légende des Gardiens de Ga'Hoole, une bande de guerriers ailés mythiques qui menèrent une grande bataille afin de préserver la race des hiboux menacée par "les purs", des êtres démoniaques.


    Malheureusement je ne pourrais pas faire une critique détaillée par manque de temps mais je ne regrette pas LE ROYAUME DE GA'HOOLE.
    C'est un joli spectacle flamboyant sur les valeurs du Bien et du Mal, à situer quelque part entre Dark Crystal (les hiboux lobotomisés réduits à l'esclavage d'une puissance maléfique) et La Revanche des Siths (le 3è volet, pour la dualité des frères dont l'un décide de se subordonner aux forces obscures). Les envolées lyriques sont vertigineuses, les images évidemment magnifiques et il y a quelques scores musicaux envoutants et sublimes. Sans compter les séquences d'action quelque peu violentes (pour du familial) avec ses ralentis chorégraphiés, magistralement mis en scène par Snyder. Mission réussie pour notre réal actionner qui n'oublie jamais l'émotion de nos attachants hiboux ! L'animation est pour pas changer bluffante !




    mardi 29 mars 2011

    A BOUT PORTANT


    de Fred Cavayé. 2010. France. 1h24. Avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin, Elena Anaya, Mireille Perrier, Claire Perot, Moussa Maaskri, Pierre Benoist, Valérie Dashwood, Virgile Bramly...

    Date de sortie France: 01 Decembre 2010.

    FILMOGRAPHIE: Fred Cavayé est un réalisateur français né à Rennes le 14 décembre 1967.
    2008: Pour elle
    2010: A bout portant.

                              

    Dans la lignée des films d'action hollywoodiens correctement emballés, A bout portant a de quoi rivaliser en terme de mise en scène maîtrisée menée à un rythme effrénée. Doté d'un indéniable savoir-faire technique, le réalisateur débutant Fred Cavayé prouve qu'il est un habile faiseur de polar survitaminé. Mais est-ce pour autant la résultante d'un grand film d'action laissant dans la mémoire une trace indélébile ?

    Samuel est un infirmier vivant paisiblement avec sa femme qui est sur le point d'accoucher. Un jour, un gang de malfrats débarque brutalement à son domicile pour kidnapper sa compagne. Quelques instants plus tard, après avoir été violemment assommé, Samuel se réveille avec la sonnerie de son téléphone portable ! Au bout du fil, les ravisseurs lui somment d'enlever un homme gravement blessé réfugié dans son centre hospitalier et surveillé par les forces de l'ordre. Mais pour cela, il  n'a que trois heures à remettre à ses malfaiteurs ce suspect dangereux afin de sauver la vie de sa dulcinée.

                             

    ATTENTION SPOILER !!! Deux hommes dans la ville que tout oppose, seuls contre tous, vont tenter de déjouer un odieux complot machiavélique mettant en cause un important dirigeant des services de police, coupable d'avoir commandité un crime en guise d'héritage faramineux. FIN DU SPOILER.
    Voilà en gros le bref résumé de ce polar clinquant misant tout son potentiel dans une imparable efficacité de revirements intrépides et d'action échevelée !
    Il sera alors bien difficile pour le spectateur de s'y ennuyer tant les situations pernicieuses et les coups de trafalgar éloquents se succèdent à un rythme maximum ! Le problème avec ce genre de bondissant spectacle totalement ludique, c'est qu'il ne mise que sur son caractère haletant et spectaculaire au détriment des personnages et de la consistance d'un solide scénario. Car c'est là où le bas blesse avec ce projet prometteur car les revirements incessants et rebondissement haletants en font finalement tellement des tonnes que les invraisemblances et les grosses ficelles coutumières pullulent avec une facilité déconcertante. Comme les tentatives d'évasion de notre héros sautant du haut d'une fenêtre d'un appartement pour regagner celle située en face avec une improbable aisance ! Ou celui d'empoigner avec une désarmante agilité une altère pour la balancer dans la gueule de son adversaire hostile ! Des exemples comme ceux énumérés sont introduits à intervalle régulier durant la globalité du récit endiablé !
    Mais le pire intervient avec l'arrivée organisée d'une bande de délinquants défavorisés venus foutre le zouc dans un commissariat sous les recommandations de l'équipier de Samuel, Starter, interprété par Roschdy Zem ! Une séquence loufoque complètement débridée alors que nos héros vont tenter désespérément de s'échapper des locaux policiers dans une succession d'incidents déployés avec une frénésie délurée !

                              

    Techniquement, le film percutant s'en sort haut la main et utilise habilement le maniement d'une caméra inventive investissant les lieux avec une agilité consciencieuse et structurée. Les décors urbains sont esthétiquement soignés et particulièrement bien exploités et les courses poursuites vertigineuses sont parfaitement spectaculairement dirigées.
    Mais l'émotion forte est surtout privilégiée vers son point d'orgue culminant dans une dernière demi-heure particulièrement intense pour les tentatives désespérées que nos héros doivent faire face à rétablir la vérité et retrouver saine et sauve une otage condamnée à une mort certaine !

    Gilles Lelouche se sort honorablement d'un rôle de citoyen lambda destiné à retrousser ses manches et devenir un valeureux héros pour sauver la vie de sa jeune future mère de famille. Agile, bondissant et téméraire, l'acteur dirigé à contre-emploi offre le meilleur de lui même dans une jolie prestance qui permet d'accentuer le caractère dramatique de sa situation désespérée.
    L'excellent Roschdy Zem et sa trogne confirmée de briscard finaud au regard austère assure un maximum dans sa froideur déterminée à faire payer les responsables de sa traque démesurée. Son déploiement de violence ferme et sa capacité à s'extraire des pires situations accordent pas mal de crédit envers cette incessante chasse à l'homme.
    Gérald Lanvin dans le rôle du salaud détestable compose avec son habituelle autorité et son charisme endurci un personnage perfide, potentiellement dénaturé par une expression quelque peu caricaturale dans son regard noir dénué de la moindre parcelle d'humanité.

                               

    Sous ses airs de 24 h chrono limité en 3 heures de direct, A bout portant est un bon film d'action techniquement adroit et mené à un rythme d'enfer. Malheureusement, son scénario classique n'éludant pas les invraisemblances et les facilités requises empêchent le film captivant de se hisser au niveau du polar brut mémorable.
    Alors que l'interprétation globalement pertinente et l'efficacité des scènes d'action concourent malgré tout de nous faire passer un bon moment aimablement ludique.
    Les fans d'action pure et dure devraient en tous cas y trouver leur compte alors que notre pays hexagonal fait honneur au cinéma de genre techniquement judicieux et acéré.

    29.03.11
    Bruno Matéï.

    lundi 28 mars 2011

    RESURRECTION. Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1981.


    de Daniel Petrie. U.S.A. 1h43. Avec Ellen Burstyn, Sam Shepard, Richard Farnsworth, Roberts Blossom, Clifford David, Pamela Payton-Wright, Jeffrey DeMunn, Eva Le Gallienne, Lois Smith...

    Sortie U.S.A: 26 Septembre 1980.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Daniel Petrie est un producteur, réalisateur et scénariste canadien, né le 26 novembre 1920 à Glace Bay (Canada), et décédé le 22 août 2004 à Los Angeles, en Californie (États-Unis).
    1962: The Main Attraction. 1978: The Betsy. 1980: Resurrection. 1981: Le Policeman. 1988: Cocoon, le retour. 1997: The Assistant

                                         

    Vainqueur du Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1981, présidé par Norman Jewison, Résurrection est un film fantastique méconnu d'autant plus oublié de la part des cinéphiles et même de la critique spécialisée. Ce récit humaniste d'une grande pudeur et donc éludé de toute esbroufe évoque le thème spirituel de la vie après la mort par l'entremise du pouvoir inexpliqué d'une guérisseuse. Edna est une jeune femme prospère menant une existence paisible en compagnie de son fidèle mari. Un jour, ils partent entamer une virée bucolique en voiture mais leur destination va subitement bifurquer vers un un ravin après avoir tenter d'esquiver un adolescent en skateboard. Son mari décédera sur le coup alors que Edna réchappera in extremis de la mort. Depuis, paralytique et profondément choquée, elle part se réfugier chez son père. Paradoxalement, elle s'aperçoit qu'elle possède le don de guérisseuse par le biais de la chaleur irrationnelle de ses mains.

                                           

    Voilà l'exemple type du film Fantastique vintage alloué au pouvoir de suggestion dans sa description d'un très beau portrait de femme témoin d'une réminiscence spirituelle et qui depuis s'investie de sauver les quidams atteint d'une maladie incurable. Résurrection traite avec une foi inébranlable du thème mystique et nous invite à réfléchir sur l'éventuelle vie après la mort. C'est à la suite d'un très violent accident de voiture qu'Edna aura eu la faculté d'entrevoir une vision irréelle et réconfortante de l'au-delà. Un univers opaque baignant dans une lumière surnaturelle alors que des ombres rassurantes d'ancêtres familiers flottaient à l'intérieur de ce néant. Dès lors, la mission d'Edna est de sauver et guérir la vie des miséreux atteints de dégénérescence physique ou d'un handicap irréversible. En illustrant son sujet avec sobriété et parmi la caractérisation de son héroïne, Daniel Petrie en profite pour dénoncer également le fanatisme religieux par l'intermédiaire de l'ami d'Edna, persuadé que sa dulcinée est la résurrection du Christ et qu'il se doit donc de la sacrifier selon les écrits de la bible. Il démontre également l'intolérance d'individus apeurés par le pouvoir surnaturel d'Edna et plongeant leur incompréhension dans une haine abrutissante de révolte inquisitrice. Ellen Burstyn (l'Exorciste) se fond dans le corps de son personnage altruiste sans verser dans les bons sentiments, l'actrice exprimant un jeu naturel fondé sur bienséance, le respect d'autrui et la tolérance pour sa foi divine en l'éternité. Et cela malgré la réticence bougonne de son paternel inscrit dans le pessimisme.

                                           

    Traversé de séquences troublantes (les visions nocturnes de l'au-delà sont d'une beauté funèbre envoûtante), émouvantes (les rapports conflictuels père/fille, le final poignant confiné en questionnement existentiel) et parfois impressionnantes (le violent préambule et son crash automobile réaliste, la paralytique retrouvant l'usage de ses membres, le protocole scientifique), Resurrection offre ses lettres de noblesse au cinéma fantastique adulte dans une volonté de nous questionner sur la foi religieuse. C'est à travers cette doctrine spirituelle témoignant également du droit à la différence que Daniel Petrie transcende le profil d'une femme vertueuse vouée à l'amour et au respect d'autrui, en dépit de l'intolérance de notre monde dit civilisé.   
              
    28.03.11.
    Bruno Matéï.

    dimanche 27 mars 2011

    MOTHER AND CHILD. Grand Prix au Festival de Deauville 2010.

     

    de Rodrigo Garcia. 2010. U.S.A. 2H06. Avec Naomi Watts, Samuel L. Jackson, David Morse, Annette Bening, Carla Gallo, Brittany Robertson, Kerry Washington, Amy Brenneman, Tatyana Ali, Marc Blucas...

    Date de Sortie: France: 17 novembre 2010, U.S.A: 07 mai 2010.

    FILMOGRAPHIE:  Rodrigo Garcia est un réalisateur colombien né le 24 Aout 1959. Après diverses séries TV, il entreprend de passer au long-métrage en 2008 avec Les Passagers.
    2008: Les Passagers
    2010: Mother and Child
    2011: Albert Nobbs.

                                    

    Grand vainqueur du Festival de Deauville en 2010, Mother and Child établit sans niaiserie mielleuse un drame intimiste et pudique décrivant avec une sobre sensibilité le témoignage tourmenté de trois femmes lamentées. Une frustration commune de ne pouvoir accéder à leur rêve d'une union familiale et maternelle inscrite dans la sérénité et l'épanouissement.

    Karen est une cinquantenaire caractérielle, solitaire et introvertie, contrariée par l'état de santé fébrile de sa mère gravement malade. Sa fille Elisabeth a été abandonnée à sa naissance alors que Karen n'avait que 14 ans au moment de l'accouchement. Elle est aujourd'hui une avocate cumulant les conquêtes masculines jusqu'au jour où elle décide d'envisager la naissance d'un enfant avec son patron. Lucy est une jeune fille inféconde mais qui décide en ultime recours d'adopter un enfant avec le soutien de son compagnon. Par le fruit du hasard, ces trois femmes inassouvies plongées dans l'amertume et les incertitudes vont finalement fusionner et s'épauler par l'alchimie de l'amour cathartique.

                               

    Dominé par la présence chétive et gracieuse de trois actrices formidables de justesse et de frugalité, Mother and Child est comme son titre le suggère l'union universelle des relations parentales bafouées. Une description introspective sur les rapports difficiles et conflictuels de trois femmes confrontées à la lâcheté, l'égoïsme et l'immaturité de parents complexés eux mêmes fustigés par leur enfance déloyale soumise à la souffrance morale.
    C'est ce manque d'amour, de communication et de dignité qui aura à jamais changer leur destinée et leur manière précaire de prendre en main un avenir austère pour la naissance éventuelle d'une progéniture infantile.
    Le réalisateur Rodrigo Garcia décrit avec un soin humaniste entièrement dédié à la ligue féminine et sans discours pompeux le poignant cheminement de ces trois femmes profondément meurtries par leur passé troublé. Une fêlure ancrée dans leur mentalité depuis leur enfance galvaudée par la cause d'une démission maternelle, alors qu'une malformation congénitale est sévèrement réprimée pour l'une d'entre elles incapable de procréer.
    C'est ce parcours tortueux, semé d'obstacles que nous allons suivre durant leurs moments intimes de doute et d'espoir jusqu'au jour où la fatalité souhaite les unir pour tenter de réconcilier les rancoeurs et sauver l'avènement d'un nouvel enfant.

                              

    Naomi Watts incarne avec sensualité et un charme désenchanté sous-jacent le profil instable d'une jeune avocate courtisane et indépendante, incapable d'assumer un foyer familial à cause d'une mère absente depuis sa naissance.
    Son instinct maternel d'entreprendre malgré tout la naissance d'un enfant et le fait de retrouver sa mère biologique sont une manière rédemptrice de pouvoir offrir un regain d'intérêt à sa vie esseulée éludée d'un amour pur et épanoui. Et cela, même si son nouvel amant (Samuel L. Jackson) semble avoir la maturité nécessaire pour s'y accorder avant de se défiler au moment le plus opportun.
    C'est Annette Bening qui compose le rôle fragile d'une quinquagénaire taciturne et caractérielle, victime d'avoir enfanté dès son plus jeune âge un enfant qu'elle s'est vue contrainte et forcée d'abandonner.
    Sans doute le personnage le plus empathique du trio du fait d'une vie morne jalonnée de déceptions amoureuses mais surtout une femme à l'aube du 3è âge, rongée par la culpabilité à cause d'une fille qu'elle aura trop longtemps dénigré.
    Enfin, Kerry Wahington (les 4 Fantastiques / The Dead Girl) interprète avec conviction une jeune femme de couleur déterminée à adopter un enfant en guise d'infécondité mais lâchement abandonnée et trahie par deux évènements fortuits. Son impatience, son pessimisme illégitime et son manque de courage envers un enfant qu'elle ne connait pas seront malgré tout privilégiés par la présence cette-fois ci fructueuse d'une mère aimante et attentionnée qui aura l'intelligence maternelle d'inculquer à sa fille son éthique liée au devoir parental, aux sens des valeurs mises en exergue dans la dignité humaine.

                                 

    Superbement interprété par la candeur de trois actrices affirmées, Mother and Child est un drame fébrile réalisé avec modestie et pudeur compromis à la filiation générationnelle de femmes engagées à rendre leur vie plus harmonieuse par l'entremise de la fécondité malgré leur profonde fêlure enracinée.
    Dans une mise en scène dépouillée de sentiments facilement lacrymaux, Rodrigo Garcia dépeint avec vérité mesurée le témoignage de ses femmes versatiles et refoulées blâmées par la faute de parents irresponsables, égoïstes, lâches ou incapables d'assumer leur rôle pédagogique. Mother and Child démontrant que l'innocence infantile est la période de la vie la plus précieuse, qu'il faut à tous prix en préserver sa pureté par l'amour conjugal engagé à une relation de confiance, équilibrée et épanouie.

    28.03.11
    Bruno Matéï.
                                             

    SATANICO PANDEMONIUM (La Sexorcista / La Novizia Indemoniata)


    de Gilberto Martínez Solares. 1973. Mexique. 1h28. Avec Cecilia Pezet, Enrique Rocha, Delia Magaña, Clemencia Colin, Sandra Torres, Adarene San Martin, Patricia Alban, Yayoi Tokawa, Amparo Fustenberg, Paula Aack, Laura Montalvo, Verónica Ávila, Leo Villanueva, Daniel Albertos, Verónica Rivas, Valeria Lupercio.

    FILMOGRAPHIE: Gilberto Martínez Solares (né le 19 janvier 1906 à Mexico - décédé le 18 janvier 1997 à Mexico) était un réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, producteur et acteur mexicain. Ce réalisateur mexicain méconnu du public français aura réalisé plus de 160 films.


    Réalisé un an avant Flavia la défroquée et le magnifique Couvent de la bête sacréeSatanico Pandemonium est une nouvelle variation christico-masochiste du sous-genre de la Nunsploitation (récit d'exploitation à caractère religieux prétextant la libération des moeurs par le blasphème caustique de leur intégrisme). L'inspiration de cette sombre histoire de reconversion sataniste est aussi peut-être inuencée par le thème de la possession démoniaque initiée par l'Exorciste et sorti la même année. Le sous-titre "la sexorcista" n'est d'ailleurs pas non plus étranger à son entreprise lucratif. Soeur Marie est une nonne vertueuse au sein de son couvent confiné en pleine campagne parmi l'assemblée de soeurs prêchant la bonne parole. Mais durant une balade bucolique, elle est attirée par l'apparence intrigante d'un homme dévêtu lui proposant le fruit défendu d'une pomme. Celle-ci repousse son offrande avant qu'il ne disparaisse comme par enchantement. De manière récurrente, Soeur Marie va être en proie aux visions dérangées de cet esprit indocile pourvu de pouvoirs surnaturels. Rapidement, elle sombre à la tentation du Mal. Méconnu dans notre pays hexagonal, ce film scabreux et sulfureux au climat trouble distille dès le préambule un esthétisme flamboyant sous ses couleurs criardes contrastant avec la beauté écologique d'une nature solaire. Tandis qu'au beau milieu de cette verdure, une jolie nonne juvénile vêtue d'une robe ecclésiastique bleu ciel savoure ce moment en cueillant un bouquet parfumé de fleurs sauvages et en écoutant le sifflotement des oiseaux (pour un peu, on se croirait presque dans Blanche Neige... !). Mais l'ambiance agréablement angélique va brusquement virer de ton avec l'apparition d'un homme dans sa plus simple apparence ! Dès lors, Marie décide de fuir précipitamment cette inquiétante présence !
                
                                            

    Passé l'exposition de ce climat hybride, Satanico Pandémonium va pouvoir concrétiser son intrigue et dépeindre le portrait déliquescent d'une religieuse terrifiée à l'idée de se laisser séduire par l'emprise du mal car irrésistiblement attirée par la sexualité, la déviance et les interdits les plus répréhensibles. Dans une première mesure, révulsée par ses désirs, elle décide de se châtier en s'infligeant diverses flagellations et scarifications corporelles. Mais fugacement, Marie ne pourra pas longtemps décliner le mal qui s'est malencontreusement insinué en elle depuis l'influence perfide de ce mentor perfide. S'ensuit donc une série d'expériences sexuelles saphiques, voires même limite pédophiles, comme le fait de daigner séduire un jeune mineur esseulé réuni à proximité d'un lac que Marie s'empressera d'embrasser sur la bouche après l'avoir provoqué. SPOIL ! Mais le plus scabreux est à venir lorsque un peu plus tard, ce même garçonnet isolé dans sa demeure familiale s'est enfoui sous la couette de son lit. Marie, entièrement nue, décide alors de le rejoindre en se faufilant sous les draps pour le violenter sexuellement. L'adolescent surpris dans son sommeil et profondément apeuré refuse illico ses avances ! Elle décide donc en ultime recours de le poignarder sauvagement à maintes reprises ! Fin du Spoil. Cette séquence incongrue se révèle d'une audace d'autant plus choquante qu'elle se révèle explicite dans son acte meurtrier éludé du hors-champ. De plus, la répétition des coups de couteau assénés sur la victime incommode avec persistance le spectateur gêné par cette vision d'horreur ! Autant dire que des séquences aussi couillues et dérangeantes comme celle là ont largement de quoi choquer encore aujourd'hui, d'autant plus que l'ambiance démoniaque sous jacente est rehaussée d'une bande son gutturale ! Un climat d'autant plus licencieux qu'il se déroule sous la hiérarchie d'une doctrine catholique complètement bafouée par la présence du Malin venu contaminer cette innocente résidence. Le film est d'autant plus osé en terme d'imagerie gore excessive ou de déviance sexuelle qu'il profane le corps ecclésiastique sous la doctrine puritaine du pays Mexicain !

                                          

    On peut aussi saluer l'interprétation convaincante de la ravissante Cecilia Pezet portant le film à bout de bras car exacerbant le caractère malsain qui émane de son apparence angélique sensiblement provocante. Le cheminement évolutif de sa dépravation étant bâti sur son profil dérangé, possédé par l'esprit du Mal. A contrario, nous sommes surpris de constater le caractère cathartique de son épilogue exorcisant les névroses démoniaques. En dehors du portrait adressé à cette religieuse hantée par ses démons intérieurs que Gilberto Martinez Solares filme avec provocation, il dénonce au passage les pratiques barbares d'une juridiction inquisitrice (créée de prime abord par l'église catholique romaine !) lorsque la personne potentiellement coupable de s'être soumise au diable se voyait flagellée par des actes de torture innommables !

                                          

    Bénéficiant d'une splendide photo, à l'instar de ces images limpides d'une nature idyllique, Satanico Pandemonium est un fleuron du film de Nunsploitation à découvrir d'urgence pour l'amateur d'objet sulfureux à l'odeur de naphtaline. Son ambiance patibulaire et l'interprétation effarouchée de la jeune Cecila Pezet nous entraînant dans un poème pervers compromis par la peur de la mort, le refoulement sexuel et la crainte innée du Mal. Une bizarrerie audacieuse pleine de charme et injustement méconnue.  

    25.03.11.
    Bruno Matéï.

    mercredi 23 mars 2011

    HARRY BROWN

                   
    de Daniel Barber. 2009. Angleterre. 1h43. Avec Michael Caine, Emily Mortimer, Liam Cunningham, Iain Glen, Jack O'Connell, Charlie Creed-Miles, Ben Drew, David Bradley, Raza Jaffrey, Joseph Gilgun...

    Date de Sortie. France: 12 janvier 2011 / U.S.A: 30 avril 2010

    FILMOGRAPHIE: Daniel Barber est un réalisateur britannique. 
    2007: The Tonto Woman (court-métrage)
    2009: Harry Brown

                                   

    Sur les traces d'Un Justicier dans la ville, Vigilante, le Droit de tuer ou plus récemment l'excellent Death Sentence, ce premier film anglais de Daniel Barber renoue avec la violence hardcore, abrupte et poisseuse du Vigilante movie sur fond de malaise des banlieues. Sans toutefois jamais verser dans la surenchère racoleuse soumise à l'apologie de la justice individuelle comme il est généralement requis.
    Cet électro-choc subversif se révèle d'une puissance dramatique rarement illustrée de manière aussi clinique dans le genre stigmatisé de l'auto-défense, trop souvent engagé dans le divertissement de défouloir refoulé ou fantasmé.

    Après le décès de sa femme gravement malade, Harry est un retraité vivant reclus dans l'immeuble précaire d'un quartier glauque contrôlé par la délinquance environnante.
    Profondément peiné de la disparition de sa défunte, il coule des jours langoureux en compagnie de son ancien ami Léonard en se remémorant avec nostalgie son passé idyllique entre deux parties d'échec.
    Un jour, Léonard qui réside dans le même bâtiment lui avoue avec désespoir son ras le bol de devoir faire face à une bandes de jeunes désoeuvrés qui ne vivent que pour la violence, via leurs récurrents règlements de compte pour cause de trafics de drogue.
    Le lendemain de leur conversation alarmiste, la police dépêchée au domicile de Harry lui apprend que son ami a été retrouvé sauvagement assassiné sous un tunnel à proximité de leur building.
    De surcroît, il aura fallu un autre incident majeur portant atteinte cette fois-ci à Harry pour que l'homme déchu se transforme en justicier vindicatif.

                                    

    VIOLENT SHIT.
    Dans une mise en scène rugueuse impeccablement maîtrisée, portant une sensible attention à l'humanité meurtrie de ses personnages, Harry Brown nous emmène droit en enfer, au coeur d'un problème de société davantage expansif et sinistré: la montée de l'ultra-violence par l'entremise de la délinquance juvénile désoeuvrée.
    Dès le âpre préambule, filmé caméra tremblotante à l'épaule, le ton est donné ! Un acte de violence lâchement gratuit est brutalement perpétré devant notre témoignage en impuissance envers une mère de famille horrifiée ! Alors que sa conclusion ironiquement percutante ciblant nos meurtriers décervelés va nous surprendre de façon impondérable dans sa pathétique destinée involontairement fustigée.
    Sans compromis et refus du spectaculaire pétaradant, avec souci de véracité proche du documentaire, Harry Brown nous entraîne irrémédiablement dans la moiteur d'un climat malsain tangible, sordide et poisseux octroyé à une folie meurtrière d'un nihilisme confondant !
    Le cheminement mortuaire que mène ce retraité pacifiste et docile de prime abord est une langoureuse épreuve suicidaire pour rétablir la justice individuelle dans un monde putride en état d'agonie !
    Chaque personnage marginal que Harry côtoie est incarné par des comédiens sidérants d'authenticité dans leur charisme fétide de trogne burinée, fracassé par une existence en déliquescence et ravagé par le fléau de la drogue dure. Des brutes putanesques psychotiques se vautrant en toute négligence dans l'insalubrité sordide, uniquement destinées à l'auto-destruction et l'addiction refoulée de la violence immorale.
    Des acteurs faméliques si criant de vérité que l'on en vient même à se demander s'il ne s'agit pas de véritables toxicomanes jouant leur propre rôle devant l'écran !
    En exemple imparable, la séquence qui voit Harry Brown pénétrer dans l'enceinte d'un appartement crasseux suintant la puanteur et l'écume auquel deux camés ont maltraité une jeune prostituée après avoir filmé leurs ébats sexuels se révèle sidérant de malaise persuasif. Une atmosphère licencieuse est dévouée à s'insinuer  lentement à travers notre psyché tourmenté avant l'explosion de la violence explicite et radicale !

                                   

    Ce parcours funeste dirigé avec autorité par un cinéaste consciencieux démontre avec un esprit de maturité délibéré et une puissance dramatique acérée le cheminement de certains protagonistes épaulés par leur moralité mais irrésolus, impuissants face à la sauvagerie d'une jeunesse qu'ils ne comprennent plus.
    Un triste constat déloyal nous est donc établi sans détour parce que la communication est définitivement dissoute dans l'intolérance des deux camps opposés pour cause d'une parité davantage discriminatoire et tendancieuse.
    Alors que certains parents incriminés et responsables sont également de la partie pour déraciner une société laxiste en chute libre, sans déontologie, pratiquant une violence punitive sauvagement rétorquée.

    C'est l'immense Michael caine qui s'accapare de l'écran avec une austérité amère et envoûte chaque séquence engourdie dans la déchéance humaine de ces quidams toxicos et meurtriers qu'il combat sans restriction. Une imposante présence humaine chétive car n'oubliant jamais sa dignité empathique (voir la séquence où il décide de sauver une jeune fille droguée en allant la déposer devant l'entrée d'un hôpital) pour un homme soudainement laminé par le poison de la violence gratuitement perpétrée. Un vengeur spectral et méthodique étrangement diabolisé par l'emprise de la haine, l'iniquité et la rancoeur. Ce qui aura pour conséquence irréversible d'alimenter sa vengeance expéditive.
    Démuni de ceux qu'ils chérissaient, anéanti par la perte de son vieil ami sauvagement assassiné dans des conditions atroces, l'acteur habité par la souffrance élégiaque nous envoie en pleine face son malaise insurmontable de devoir nécessairement affronter en ange exterminateur des jeunes délinquants réduits à l'état bestial d'animosité.

                                  

    TOUTE SOCIETE ENGENDRE LES CRIMES QU'ELLE MERITE.
    Nonobstant un final futilement conventionnel dans son effet de suspense escompté, Harry Brown est un cauchemar urbain d'une aura viscérale suffocante et éreintante. Noyé dans un pessimisme alarmant, le film profondément dérangeant dépeint avec une vérité aride qui laisse sur les rotules un terrifiant sentiment d'échec sur la délinquance juvénile. Un tableau tristement actuel sur cette jeunesse désoeuvrée réfugiée dans la drogue et la banalité de la mort, totalement désorientée d'un avenir impondérable et négligeable, davantage enracinée dans leur révolte aliénée.
    Alors que les forces de l'ordre ordonnées à éradiquer les émeutes intempestives se regroupent machinalement à une guerre sans merci pour un scénario stéréotypé qui ne fera que se répéter indéfiniment. Et ce n'est pas au final les résultats insidieux des chiffres prometteurs de la baisse de la délinquance qui viendront nous réconforter sur l'avenir d'une génération sacrifiée, prête à ordonner le chaos !
    Proprement effrayant de lucidité éhontée, tristement contemporain et implacablement dévastateur !

    Dédicace à Philippe Beun-Garbe et Daniel Aprin.
    23.03.11
    Bruno Matéï.
                         
                                           

    mardi 22 mars 2011

    NAVIGATOR (The Navigator: A Mediaeval Odyssey)

                                         

    de Vincent Ward. 1988. Australie/Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Bruce Lyons, Chris Haywood, Hamish McFarlane, Marshall Napier, Noel Appleby, Paul Livingston, Sarah Peirse, Mark Wheatley, Tony Herbert, Jessica Cardiff-Smith...

    Date de sortie: U.S.A: Décembre 1988.

    FILMOGRAPHIE: Vincent Ward est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais né en 1956 à Greytown (Nouvelle-Zélande).
    1984 : Vigil
    1988 : The Navigator: A Mediaeval Odyssey
    1993 : Map of the Human Heart
    1998 : Au-delà de nos rêves
    2005 : River Queen

                                 

    Une décennie avant la guimauve Au delà de nos rêves dominée par un mielleux Robin Williams, le méconnu Vincent Ward réalise en 1988 un chef-d'oeuvre du film d'aventures hors normes, inexplicablement condamné à errer dans l'oubli le plus éhonté depuis sa sortie en salles.

    En 1348, dans un village anglais, la peste noire fait rage et créé l'affolement chez les habitants de la région.
    Un groupe de villageois mené par un enfant doué de prescience décide de partir à la quête d'une cathédrale située à l'autre bout du monde pour entreprendre d'y déposer une croix. C'est à travers la vision précise d'un rêve prémonitoire que le jeune Griffin décide de convaincre ses camarades que seule une icone religieuse pourrait les protéger de la maladie mortellement contagieuse.
    En creusant un profond tunnel, ils se retrouvent projetés quelques siècles plus tard, en 1988, dans l'agglomération urbaine du pays de la Nouvelle Zélande !

                                 

    Attention ovni filmique venu de Nouvelle Zélande destiné à nous embarquer dans une aventure singulière proprement immersive et étrangement prégnante, à situer quelque part entre Bandits, bandits de Terry Gillian et le tristement célèbre Les Visiteurs de Jean Marie Poiret (avec son exécrable Okkkaaayyyy !).
    L'oeuvre insolite est d'autant plus évasive et captivante qu'elle est interprétée par de formidables comédiens méconnus sortis tout droit de l'époque médiévale dans lequel ils tentent de nous convaincre.
    Comme le sous-titre originel l'indique, cette odyssée médiévale conduite avec entrain par deux frères et leur quatre valeureux compagnons nous transporte dans un récit fantastique baroque et délirant retranscrit avec un souci de véracité qui laisse songeur.
    En effet, de manière récurrente, nombre de séquences impromptues vont interférer pour nos héros envenimés par l'ambition héroïque comme le fait de devoir traverser la peur au ventre une autoroute bondée de circulation intensive, s'opposer contre les grues industrielles d'un chantier en plein travaux ou affronter à bord d'une barque, accompagné d'un cheval blanc, un sous-marin s'évacuant brusquement de la mer déchaînée. Sans compter qu'un peu plus tard, l'un des deux frères se verra plaquer contre la devanture d'un train en marche circulant à une allure effrénée ou le fait d'escalader en clef de voûte une gigantesque cathédrale pour y déposer une croix spirituelle.
    Nombre de ces situations saugrenues et débridées transposées dans notre environnement contemporain auraient pu sombrer dans le ridicule (remember les pitreries bas de plafond des Visiteurs et d'un insupportable Clavier gesticulant comme un aliéné des répliques pétaradantes !) s'ils n'étaient pas mis en exergue dans une volonté drastique de nous convaincre avec sobriété face à l'exubérance d'un voyage temporel.
    Une expédition semée d'embûches rationnelles, rendues extraordinaires par la faculté qu'ont nos héros à vouloir s'y mesurer et s'extasier de stupeur devant des éléments anodins de notre monde dit civilisé. Comme l'illumination féerique d'une métropole nocturne, l'apparence académique de nos véhicules routiers motorisés, la structure démesurée d'un navire submersible ou celle rectiligne d'un convoi à chemin de fer roulant à grande vitesse.

                                  

    La force du récit alloué à un contexte historique médiéval illustrant une période noire de pandémie via la transmission mortelle de la peste est de nous relater avec frugalité, humour pittoresque et plages de poésie suggérée une allégorie sur la peur de la maladie et la mort qui s'ensuit octroyée au sens du sacrifice.
    Car à travers les songes d'un enfant doué de pouvoirs divinatoires, Navigator entreprend par l'entremise du composant fantastique de nous conter avant tout le voyage initiatique d'une poignée de héros engagés dans leur solidarité et l'union de l'amitié avec une candeur humaine qui force l'admiration.

    Doté d'une superbe photographie alternant le noir et blanc et les chaudes couleurs ocres et soutenu par une musique occidentale, religieuse et profane variant les chants courtois, Navigator est un chef-d'oeuvre atypique au pouvoir chimérique et de fascination qui laisse en état d'apesanteur sitôt le final mortifère achevé. Ultime point d'orgue d'un conte noir et fantasque clôturant un humble hommage pour un héros infantile voué au sacrifice pour l'honneur de sa famille.

                                 

    Note: Le film aurait été couronné de 21 récompenses à travers le monde dont le Meilleur Film à Sitges, au Fantafestival, au New Zealeand Film and TV Awards et à l'Australian Film Institute.

    22.03.11
    Bruno Matéï.
                
    http://www.vodkaster.com/bonus-cinema/Cannes-88-conference-de-presse-de-Vincent-Ward-3254


    lundi 21 mars 2011

    RED ROAD. "Prix du Jury au Festival de Cannes 2006"

                


    de Andrea Arnold. 2006. Angleterre. 1H53. Avec Kate Dickie, Andrew Armour, Tony Curran, Nathalie Press, Martin Compston...

    Prix du Jury au Festival de Cannes 2006.

    Sortie France: 06 décembre 2006, U.S.A: 13 avril 2007

    FILMOGRAPHIE: Andrea Arnold, est une réalisatrice et scénariste britannique née le 5 avril 1961 à Datford dans le Kent en Angleterre. 2006 : Red Road. 2009 : Fish Tank
                                                

    Trois ans avant le remarquable Fish Tank qui dépeignait avec vérité crue le portrait d'une adolescente en plein éveil sexuel et identitaire, Red Road, récompensé du Prix du Jury à Cannes, relate le douloureux parcours d'une femme esseulée, brisée par un destin meurtri, en quête désespérée d'une justice rédemptrice. Jackie est une trentenaire solitaire exerçant la profession d'opératrice d’une société de vidéo-surveillance. Chaque jour, elle scrute les faits et gestes d'invididus lambdas déambulant dans les ruelles d'une métropole anglaise. Un matin et de façon quotidienne, elle aperçoit un homme suspicieux commettant de petits larcins jusqu'au moment où il semble être en transaction avec une jeune fille marginale. Fascinée par cet homme méfiant, elle décide de partir à sa rencontre pour tenter d'en savoir plus à son égard.
                                                 

    Dans le même esprit de souci de réalisme filmé à la manière du documentaire, Red Road est un drame humain particulièrement inhabituel dans sa structure conditionnée à la forme d'un thriller laissant le spectateur perplexe en suspens durant les 2/3 tiers du film. En effet, les motivations de l'héroïne n'appartiennent qu'à elle seule durant la majeure partie du récit car nous ne savons rien ou si peu de ces agissements ordonnés, déraisonnés et contradictoires quand celle-ci décide d'aborder un homme suspicieux entr'aperçu à travers ses caméras de vidéo-surveillance. Cet individu marginal d'une quarantaine d'années vit reclus parmi un jeune couple dans une banlieue précaire, entre soirée arrosées et petits trafics avec délinquants de seconde zone. Jackie est une femme austère, distante et secrète vivant dans une solitude volontairement introvertie même si elle se permet de manière récurrente d'offrir son corps rigide en guise d'affection sexuelle pour les faveurs d'un collègue de travail. Après avoir aperçu cet homme mystérieux via ses caméras de vidéo surveillance, elle décide de pénétrer dans ce monde marginalisé qu'elle ne fréquentait pas et se laisse aguicher par l'homme sans indentité tout en faisant la connaissance occasionné d'un couple juvénile désorienté vivant communément en trio. Dès lors, elle n'aura de cesse de se contredire dans son état d'esprit tourmenté et hésitant voué à l'attraction / répulsion envers cet être socialement instable et inflexible cachant un pénible secret. C'est ce que nous allons enfin apprendre dans la dernière partie du métrage, au moment où un jeune fils ira se confronter physiquement avec son propre père dans un bar miteux que le récit va prendre une toute autre ampleur psychologiquement abrupte et salvatrice pour le spectateur délivré par les confidences subversives de nos personnages écorchés.
                                               

    Dans son physique famélique et un regard austère étrangement attirant, Kate Dickie campe avec un naturel inné une femme bafouée, involontairement fustigée et violée au plus profond de son âme. Son parcours méticuleux et aride n'étant qu'une quête individuelle pour délivrer sa douleur insurmontable d'un épouvantable drame inéquitable. Alors que son instinct vindicatif va prendre une tournure inhabituelle en point d'orgue aléatoire pour lui permettre de renouer avec un semblant de vie normalisé. Entaché de quelques longueurs et d'un rythme langoureux qui pourrait rebuter certains spectateurs, Red Road est pourtant une remarquable introspection sur un personnage taciturne rongé par sa rancune dans son aigreur insurmontable pour cause d'une tragédie intimiste. Avec force, réalisme brut (la relation sexuelle entre les deux amants, à la limite de la pornographie, est sidérante d'authenticité viscérale !!!) et émotion sans esbroufe, ce faux thriller tourné à l'envers ne cesse d'intriguer notre questionnement avant les révélations justifiées vouées à l'humanité rugueuse de chaque personnage. Une seconde vision du film serait alors indispensable pour mieux capter et saisir toute l'essence dramatique enfouie dans le psyché intérieur de notre héroïne lamentée, obsédée par la quête de repentance potentiellement rédemptrice.
                                                                            

    Récompenses:
    . Festival de Cannes 2006 : Prix du Jury
    . BAFTA 2007 : prix Carl Foreman du nouveau venu le plus prometteur pour Andrea Arnold
    . BAFTA écossais 2006 : BAFTA du meilleur film, BAFTA du meilleur réalisateur, BAFTA du meilleur scénario, BAFTA du meilleur acteur dans un film écossais pour Tony Curran, BAFTA de la meilleure actrice dans un film écossais pour Kate Dickie
    . British Independent Film Awards 2006 (BIFA) : prix du meilleur acteur pour Tony Curran, de la meilleure actrice pour Kate Dickie, nommé pour le prix du meilleur film, du meilleur second rôle pour Martin Compston et au Douglas Hickox Award pour Andrea Arnold
    . Coup de cœur du jury au festival du film britannique de Dinard 2006
    . London Critics Circle Film Awards 2007 : nommé pour le prix du meilleur film, du meilleur acteur pour Tony Curran, de la meilleure actrice pour Kate Dickie, du meilleur nouveau venu britannique de l'année pour Andrea Arnold
    Festival du film de Londres 2006 : trophée Sutherland

    21.03.11.
    Bruno Matéï.
                                             

    dimanche 20 mars 2011

    LES YEUX DE JULIA (Los Ojos de Julia)

                                                

    de Guillem Morales. 2010. Espagne. 1H56. Avec Belén Rueda, Lluís Homar, Pablo Derqui, Francesc Orella, Joan Dalmau, Boris Ruiz, Daniel Grao, Clara Segura, Andrea Hermosa, Julia Gutiérrez Caba...

    Date de Sortie: France: 22 décembre 2010

    FILMOGRAPHIE: Guillem Morales est un réalisateur et scénariste espagnol. Les yeux de Julia est son premier long-métrage.

                                          

    Dans la tradition du thriller à suspense hérité de classiques notoires comme Seule dans la Nuit de Terence Young ou Terreur Aveugle et Jennifer 8 à moindre échelle, Les Yeux de Julia est un premier long-métrage dont l'ambition première est de tenter de confectionner avec intelligence et savoir-faire un scénario déterminant. Un script structuré, futilement confus de prime abord mais finalement limpide, prenant son temps à amplifier l'attente révélatrice de l'énigme avant d'établir le profil psychotique d'un tueur désespérément esseulé, en quête d'amour parce que trop longtemps ignoré et écarté d'une population dédaigneuse. A la suite d'un cauchemar prémonitoire, Julia demande à son mari de se rendre au domicile de sa soeur aveugle, Sara, pour s'apercevoir avec horreur qu'elle vient de se pendre dans la cave. Dubitative de ce suicide soudain, elle décide de mener une enquête abstraite sur l'entourage de sa défunte et les raisons qui auraient pu la pousser à entreprendre un acte aussi improbable. Rapidement, Julia va découvrir que celle-ci entretenait une potentielle liaison avec un mystérieux inconnu qu'aucun témoin proche de la victime ne peuvent décrire avec précision. A son tour, Julia commence à perdre la vue de manière dégénérative et envisage une opération chirurgicale de dernière chance. Mais le mystérieux individu tapi dans l'ombre rode et semble maintenant en vouloir à sa nouvelle dulcinée.

                                            

    En abordant la thématique du trouble identitaire réprimandé par le poids de la solitude, le néophyte Guillem Morales s'engage à un formidable exercice de style qui doit beaucoup à son scénario dense et haletant avant que la dernière partie nous entraîne dans un angoissant huis-clos d'une intense efficacité. En jouant de la faculté des aveugles à percevoir les présences tangibles dans l'opacité de la transparence, le réalisateur tisse un diabolique récit d'épouvante auquel un individu lambda victime de sa solitude s'envisage de réprimander avec affection les femmes privées de lucidité. Et en particulier vers ces deux soeurs au handicap commun afin que celles-ci puissent ressentir sa présence invisible via le noir de l'obscurité. Seule et unique manière salvatrice pour le tueur d'éprouver un regain d'attention à son existence aseptique, se condamnant lui même à errer dans l'invisibilité. La première partie s'alloue d'une enquête saugrenue entreprise par notre héroïne, persuadée que sa soeur n'est pas décédée d'un suicide mais d'un potentiel crime passionnel. En ne dévoilant le moindre indice possible qui pourrait enfin nous éclairer cette sombre histoire de cécité paranoïaque, le scénario agencé va brouiller les pistes, effleurer les cimes du fantastique (comme ses songes cauchemardesques falsifiant la part de réalité) et éliminer un protagoniste éloquent à mi parcours pour mieux nous empiéter dans la confusion de l'interrogation. Alors que son langoureux final inscrit dans l'intensité va multiplier les situations alertes et échevelées. C'est dans cette seconde partie que Guillem Morales va apporter un soin particulier à établir un affrontement tendu entre les relations psychologiques et tourmentées de la victime séquestrée avec ce meurtrier glaçant d'austérité dans son regard dérangé. La belle Belén Rueda (reconnue dans l'Orphelinat) incarne avec conviction et naturel son personnage en demi-teinte d'aveugle novice désorientée par la peur de l'obscurité mais renouant avec la vision par l'entremise diaphane d'une parcelle de luminosité le temps d'un brusque retour à la réalité. Une manière exutoire de tenter de s'extraire des griffes du tueur à la suite d'une délicate opération chirurgicale au cours duquel elle doit garder durant quinze jours un bandage autour des yeux. Une astuce narrative donnant lieu à un affrontement final riche en rebondissements et d'un sens du suspense acerbe, exacerbé par le sentiment d'angoisse palpable causé entre l'héroïne et le tueur. S'ensuit sur un rythme alerte une succession de séquences jouissivement sardoniques comme Spoil !!! l'échange des tasse de thé dont l'une d'elles est empoisonnée, l'ouverture du congélateur confinant une surprise de choix, la voisine aussi suspicieuse que fructueuse dans ses avides tentatives de secourir l'héroïne, la vieille dame au profil identitaire fortuit, le riverain voyeur épris subitement d'attouchements sexuels envers la victime, et enfin les flashs de l'appareil photo interposés en pleine obscurité par notre tueur afin d'appréhender Julia dans leur ultime opposition. Fin du Spoil

                                            

    Ferme les yeux
    Les yeux de Julia est un excellent thriller hispanique apportant comme ambition première un scénario charpenté quand bien même l'interprétation mesurée de Belan Rueda ajoute une dimension émotionnelle culminant vers un final fantasmagorique. Pour parachever, le récit alerte adopte également en toile de fond une histoire d'amour écornée entre deux amants insolubles, condamnés à s'aimer dans l'obscurité des ténèbres.

    21.03.11.
    Bruno Matéï.

                                          

    samedi 19 mars 2011

    MEURTRES A LA ST-VALENTIN (My Bloody Valentine). Version intégrale inédite en France.

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site cultreviews.com

    de George Mihalka. 1981. Canada. 1H31. Avec Paul Kelman, Lori Hallier, Neil Affleck, Keith Knight, Alf Humphreys, Cynthia Dale, Helene Udy, Rob Stein, Thomas Kovacs, Terry Waterland, Carl Marotte...

    Sorti en France le 10 Mars 1982. U.S.A: 11 Février 1981.

    FILMOGRAPHIE: George Mihalka (1953 en Hongrie - ) est un réalisateur et producteur québécois.
    1980 : Pick-up Summer, 1981 : Meurtres à la St-Valentin (My Bloody Valentine) 1982 : Scandale, 1983 : Le Voyageur (The Hitchhiker) (série TV) 1985 : The Blue Man (TV) 1986 : Adventures of William Tell (TV)1988 : Hostile Takeover, 1987: Midnight Magic, 1988 : Le Chemin de Damas, 1988 : Crossbow (série TV) 1989 : Straight Line, 1990 : Wish You Were Here (série TV) 1991 : The Final Heist (TV) 1992 : Scoop (série TV) 1992 : Psychic, 1993 : La Florida, 1994 : Relative Fear, 1995 : Bullet to Beijing, 1995 : Deceptions II: Edge of Deception, 1996 : Windsor Protocol (TV) 1996 : L'Homme idéal, 1998 : Thunder Point (TV) 1999 : Omertà - Le dernier des hommes d'honneur (série TV) 2000 : Haute surveillance (série TV) 2000 : Dr Lucille - La remarquable histoire de Lucille Teasdale (Dr. Lucille) (TV) 2001 : Watchtower, 2001 : "Undressed" (1999) TV Series, 2002 : Galidor: Defenders of the Outer Dimension (série TV) 2005 : Charlie Jade (série TV) 2005 : Les Boys IV.

                                             

    Sorti en pleine vogue du slasher natif d'Halloween et de Vendredi 13, Meurtres à la St-Valentin s'attelle à l'académisme pour emprunter le schéma du film de Sean S. Cunningham. Là encore, le succès en salles est au rendez-vous à la surprise générale des créateurs du film puisque Meurtres à la St-Valentin sort en version tronquée de ses effets sanglants partout dans le monde alors que sa réputation d'honnête psycho-killer va gentiment accroître au fil des ans. Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, ce sympathique whodunit n'eut jamais eu l'honneur de voir le jour dans une version rigoureusement intégrale. Chose réparée aujourd'hui chez nos voisins ricains à l'occasion de sa sortie Dvd certifiée Uncut ! C'est cette version inédite que je vais aujourd'hui vous évoquer ! Le jour de la St-Valentin, lors d'un bal local, cinq mineurs se retrouvent coincés dans leur carrière à la suite d'une violente explosion. Seul, un survivant, Harry Warden, est parvenu à s'extraire des décombres. Depuis, chaque année, il décide de se venger des jeunes étudiants qui auront l'audace de renouveler la fête des amoureux durant la sauterie promotionnelle.

                                               

    Lorsque l'on assiste pour la première fois à la version non censurée de Meurtres à la St-Valentin, nous sommes agréablement ébranlés par la teneur malsaine de ces homicides graphiques ! Les nombreux meurtres qui émaillent l'intrigue s'avérant incisifs dans leur violence gore, non exempts d'inventivité dans l'art et la manière de décimer la prochaine victime ! (pioche perforant un sein ou un gosier, femme empalée par la bouche d'un robinet, écorchement d'un coeur bien frais, pratique de cannibalisme, tranchage de bras, tête vivante ébouillantée dans une marmite ou transpercée de clous, et enfin corps brûlé dans une lessiveuse). Grâce à cette surenchère jouissive au stylisme morbide, Meurtres à la St-Valentin se pare d'une texture autrement plus insolente et sardonique ! Par cette occasion, on se rend compte que parfois un métrage a besoin d'un ton racoleur pour rendre l'aventure plus sombre et délétère, de manière aussi à accentuer la crainte redoutée du tueur, faute de sa cruauté ostentatoire.

                                             

    En dehors de l'aspect fun des FX artisanaux, on retrouve les clichés habituels du slasher avec son meurtrier exterminant de manière méthodique une victime tous les quarts d'heure ! Notamment la caricature émise aux étudiants stéréotypés, du dragueur insolent au plaisantin farceur, de l'aguicheuse au rondouillard sympa, du flic dubitatif au fameux quidam sollicité à mettre en garde tous ces garnements risquant un grave danger. Malgré tout, les comédiens attachants s'avèrent tout de même moins superficiels que de coutume même si une sirupeuse amourette entre trois amants viennent ternir l'esprit mature de leur posture héroïque. Durant les 2/3 du film, la narration efficacement gérée ne fait donc que dépeindre les réunions amicales et étreintes amoureuses de nos jeunes protagonistes pendant qu'un tueur les décime un à un lors d'exactions grands-guignolesques. Quand bien même sa dernière demi-heure, plus vigoureuse dans son action haletante, va confiner l'essentiel de son action dans l'environnement opaque d'une ancienne mine. Une dernière partie atmosphérique car utilisant judicieusement ses décors lugubres d'une ambiance inquiétante tout en distillant l'expectative du suspense. L'aspect patibulaire du meurtrier n'est pas non plus à négliger et ajoute un charme singulier à son accoutrement vestimentaire  (alors qu'il aurait pu sombrer dans le ridicule !). Affublé d'une combinaison de mineur, d'un casque de lampiste sur la tête et d'un masque à gaz constamment imposé sur son visage, sa présence obscure nous inspire une certaine fascination.

                                                

    Réalisé sans génie particulier mais agréablement troussé, efficace et toujours plus haletant, Meurtres à la St-Valentin fait sans doute parti du haut du panier des slashers des eighties, aussi mineur soit-il ! (jeu de mot à l'appui !). Quand bien même ses effets-gores audacieux dans la version Uncut vont permettre d'insuffler une aura malsaine étonnamment prégnante ! Enfin, le concept inédit d'ironiser sur la fête sirupeuse des coeurs tendres est savoureusement détourné au profit d'un humour noir caustique. 

    19.03.11.
    B. M.