Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywood90.com
de William Friedkin. 1990. 1h32. U.S.A. Avec Jenny Seagrove, Dwier Brown, Carey Lowell, Brad Hall, Miguel Ferrer, Natalia Nogulich, Pamela Brull, Gary Swanson, Jack David Walker, Willy Parsons, Frank Noon...
Sortie salles France: 25 Juillet 1990
FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.

Démolie par la critique et boudée par le public de l'époque, cette formidable incursion dans les sortilèges maternels mérite d'être réhabilitée sans l'ombre d'une hésitation.
Deux ans après Le Sang du châtiment et juste avant d'enchaîner avec Jade - à réhabiliter également ! - ainsi que les plus décevants Blue Chips et L'Enfer du devoir, William Friedkin réaborde en 1990 le registre de l'épouvante, un genre qu'il n'avait plus côtoyé depuis 1973 avec son mythique L'Exorciste !
Le pitch : Un jeune couple récemment installé dans une bourgade de la région de Los Angeles engage une nurse à l'occasion de la naissance de son bébé. Mais cette dernière, de prime abord séduisante, avenante et rassurante, s'avère être une adoratrice des forces du Mal, vouée à un arbre maléfique auquel elle offre des nouveau-nés en sacrifice.
Avec une trame aussi troublante, renvoyant aux contes d'antan - comme le précisera d'ailleurs l'un des enfants à l'orée du métrage en évoquant sa lecture de Hansel et Gretel - William Friedkin nous concocte une série B horrifique sans autre ambition que de tenter de nous inquiéter efficacement. Le scénario demeure linéaire et relativement prévisible, sans véritable revirement, il faut bien l'avouer. Si bien qu'au regard d'une filmographie exceptionnelle souvent habitée par les thématiques du Bien et du Mal, peu de critiques et de spectateurs lui pardonnèrent ce petit film largement sous-estimé lors de sa sortie.
À tort.
Car aussi mineur soit-il, La Nurse parvient à distiller l'inquiétude, l'angoisse, la peur et la fascination à travers cette étrange figure de gardienne vouée à un arbre maléfique, auquel elle offre des nourrissons en sacrifice dans l'espoir d'obtenir la vie éternelle. Et ce, grâce à un parti pris plutôt étonnant pour une série B sans prétention : celui d'insuffler au récit une forme de vérisme quasi documentaire, notamment grâce à la prestance et au jeu particulièrement expressif de son interprète principale, méconnue mais irréprochable.
Sur ce dernier point, La Nurse ne déçoit jamais quant à la progression dramatique d'une cellule familiale progressivement mise à l'épreuve par une succession d'événements troubles et de révélations improbables. Le spectateur observe alors, avec une attention de plus en plus tendue, la lente désagrégation de ce quotidien familial pourtant placé sous le signe de l'amour et de la sérénité.
Jenny Seagrove, qui incarne Camilla, compose une figure d'une beauté aussi sensuelle que reptilienne, comme en témoigne son immoralité insidieuse entièrement vouée aux causes du Mal. Une présence féminine dérangeante qui pourrait évoquer la gouvernante de La Malédiction de Richard Donner ou, de manière plus factuelle, la tentatrice de The Kiss, rôle endossé par la toute aussi sublime Joanna Pacula.
Son regard bleu hypnotique et son allure concupiscente attirent irrémédiablement le spectateur, comme le souligne cette séquence où Camilla sort dévêtue de son bain sous le regard timoré du mari, visiblement gagné par un certain voyeurisme.
Le couple vedette, interprété par les méconnus Dwier Brown et Carey Lowell, se montre également convaincant en imprimant sans ambages le portrait de jeunes parents insouciants, débordant d'amour et d'attention pour leur nouvelle progéniture. Mais, confrontés à une succession d'événements troubles et de révélations aussi improbables qu'inquiétantes - notamment ces fameux messages téléphoniques -, ils vont peu à peu redouter l'horrible machination qui se dessine lentement autour d'eux.
Et si Friedkin se contente de livrer un récit limpide sans véritable réflexion de fond, il se rattrape largement sur le plan esthétique, notamment dans sa manière de filmer les éléments d'une nature presque onirique. À l'instar de plusieurs superbes séquences picturales semblant tout droit sorties d'un conte pour adultes : Camilla nue au creux de l'arbre, ses promenades nocturnes fantasmagoriques, les rêves insolites du père de famille ou encore ce dernier plan final où, depuis l'embrasure d'une fenêtre, un hibou nous observe au milieu d'un bosquet.
Quant au final, oppressant et terrifiant, il adopte les contours d'un véritable cauchemar furibond où l'on retrouve toute la maestria du maître dans sa manière véloce de filmer des scènes-chocs particulièrement détonantes sans jamais sombrer dans le ridicule. Camilla s'envolant subitement dans les airs, l'intense séquence de cet homme terrorisé et recroquevillé chez lui face à une meute de loups, puis ce final complètement fou avec son combat à la tronçonneuse contre un arbre tentaculaire qu'un certain Ashley n'aurait certainement pas renié, clin d'œil évident à la saga Evil Dead.

Œuvre à la fois étrange, ombrageuse et angoissante, pâtissant certes d'un scénario prévisible mais constamment rehaussée par l'efficacité de son déroulement narratif, son réalisme et sa distribution infaillible, La Nurse mérite assurément le détour.
Au gré d'images singulières, filmées en caméra mobile et parfois même avec une certaine agressivité, Friedkin parvient à nous captiver sans l'ombre de dérision - ou alors si peu, si je me réfère notamment au trio de violeurs crapuleux.
Et c'est précisément ce qui fait tout le charme de cette série B horrifique, finalement étonnamment crédible dans sa manière de mettre en exergue les stratégies odieuses d'une sorcière maternelle vouée à une étrange obsession écologique.
P.S. : À privilégier en VOSTFR pour son saisissant degré de réalisme.
— Celui du cœur noir des images 🖤
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