mercredi 2 mars 2011

Buried


de Rodrigo Cortés. 2010. Espagne. 1h34. Avec Ryan Reynolds, Robert Paterson, José Luis García Pérez

BIOGRAPHIE: Rodrigo est un réalisateur, scénariste, monteur, producteur exécutif espagnol pour son premier long-métrage Buried.

Synopsis: « Ouvrez les yeux. Vous ĂŞtes dans un espace clos, sous 1 tonne de terre irakienne avec 90 minutes d’oxygène et pour seule connexion vers l’extĂ©rieur un tĂ©lĂ©phone portable Ă  moitiĂ© rechargĂ©. Tel est le destin de Paul, entrepreneur AmĂ©ricain pris en otage et enfermĂ© dans une boĂ®te. Le temps file et chaque seconde qui passe le rapproche d’une morte certaine… »


Avec un pitch aussi linéaire, comment réussir à maintenir l'intérêt du spectateur 1h30 durant dans un décor aussi exigu avec comme seul protagoniste un chauffeur de camion pris en otage de manière peu commune dans un état Irakien ? Silence pesant face à l'écran noir, futile mise en attente avant la révélation suffocante pour quelques secondes plus tard entendre dans le néant la respiration houleuse et anxiogène d'un homme inhumé dans un cercueil de bois. L'homme blessé à la tête se réveille difficilement pour réaliser subitement avec l'aide de la flamme de son briquet et la lueur bleutée de son portable qu'il est enfermé au sein de nulle part dans une boite à faible oxygène. Dans un état de faiblesse davantage précaire, notre protagoniste désorienté tentera de survivre dans cet écrin crépusculaire. Et tenter d'appeler désespérément diverses administrations américaines, acolytes et membres de sa famille pour implorer de l'aide en désespoir de cause. Mais les mises en attente insolentes des interlocuteurs et les questionnements interminables sur l'identité véritable de notre cobaye vont davantage enrayer les minces chances de sa potentielle survie. Si bien que le cadran de sa montre imparti à 19h30 lui laissera 1h30 d'espoir à sortir de ce piège pernicieux.


Ainsi donc, de par l'habiletĂ© d'un montage inventif multipliant les capacitĂ©s techniques Ă  filmer le dĂ©cor restreint d'un endroit aussi opaque, Buried nous plaque au fauteuil dès les premières secondes Ă  travers son ambiance claustro particulièrement viscĂ©rale. Une atmosphère rugueuse qui va insidieusement imprĂ©gner durablement les sens du spectateur, c'est Ă  dire 1h30 durant de suspense exponentiel mis Ă  rude Ă©preuve. Notamment grâce Ă  l'intelligence d'un scĂ©nario dĂ©nonçant la dĂ©shumanisation de la sociĂ©tĂ© ricaine imbue de ses pouvoirs et dans l'incapacitĂ© de prĂŞter main forte Ă  leurs prisonniers faute de risque d'incident diplomatique. Les nombreuses conversations tĂ©lĂ©phoniques entretenues entre la victime et les opĂ©rateurs insufflant un climat haletant davantage oppressant, angoissant, pour ne pas dire Ă©prouvant pour nos nerfs. Les divers coups de théâtre infligĂ©s et le sens acĂ©rĂ© du suspense convergeant vers un final aussi caustique que jusqu'au boutiste dont le spectateur hĂ©bĂ©tĂ© en sortira KO ! Quant Ă  notre interprète en instance de survie, Ryan Reynolds endosse avec une fougue nĂ©vralgique un humanisme toujours plus poignant en otage Ă  la fois tĂ©mĂ©raire et dĂ©sespĂ©rĂ©, car Ă©videmment terrifiĂ© de sa situation de claustration Ă  faible lueur d'espoir (euphĂ©misme j'vous dit).


Six Feet Under
Etonnamment efficace, inquiĂ©tant, cauchemardesque et tendu, Buried est un de ces petits mĂ©trages jouissifs terriblement immersifs pour l'atmosphère claustro d'un huis-clos aussi pĂ©niblement restreint. Une sĂ©rie B finaude doublĂ©e d'un tour de force technique parvenant l'exploit de nous captiver au sein d'un dĂ©cor et d'un personnage uniques. Les claustrophobes ne sont donc pas près d'oublier cette Ă©preuve de force singulière littĂ©ralement Ă  bout de souffle (attention, euphĂ©misme !)

RĂ©compense: Prix de la critique internationale au festival de Deauville 2010.

*Bruno
13.11.10.

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