dimanche 6 mars 2011

REPO MEN (Repossession Mambo)

                            

de Miguel Sapochnik. 2010. U.S.A. 2H00. Avec Jude Law, Forest Whitaker, Alice Braga, Liev Schreiber, Carice van Houten, Chandler Canterbury, Joe Pingue, Liza Lapira, Tiffany Espensen, Yvette Nicole Brown...

BIO: Il s'agit du premier long-métrage de Miguel Sapochnik, adapté du roman d’Eric Garcia intitulé The Repossession Mambo.

L'ARGUMENT: Dans un futur indéterminé, une société appelée "l'union" a réussi à fabriquer des organes artificiels pour prolonger la vie de nos concitoyens. Le problème est que leur coût est très élevé sitôt la transplantation réalisée. C'est à ce moment là qu'interviennent les Repo Men, des hommes chargés de récupérer les organes non débités et ainsi tuer sans conscience morale leur clientèle endettée.

LES RESCAPES DU FUTUR.
Attention film OVNI réalisé par un jeune premier inconnu, Repo Men n'est pas le remake du film culte des années 80 avec Emilio Estevez mais un film de science-fiction pessimiste à la manière des sociétés totalitaires tels qu'elles étaient représentées dans Brazil, Blade Runner, THX 1138, Silent Running ou Starship Troopers.
Avec une narration aussi hallucinée et débridée, on ne pouvait qu'enfanter un métrage bariolé, hybride, déroutant, indéfinissable tant il épouse à rythme intermittent divers ingrédients inhabituellement réunis. Un mélange détonnant d'humour noir, d'action, de gore, d'ultra violence, de mauvais goût, de poésie macabre, de science-fiction, romance et film noir. Le tout rendu dans une ambiance singulière ambivalente qui joue avec l'opacité d'un univers sombre déshumanisé et le rythme irrégulier d'une intrigue déroutante jalonnée de séquences d'action extrêmement violentes et sanguinolentes, magnifiquement chorégraphiées.

                   

Après une première partie où l'on suivra le travail coutumier de nos deux héros dénués d'humanité ou d'une parcelle de compassion envers le citoyen endetté, la seconde partie va rappeler à l'ordre l'un de nos deux protagonistes qui, à la suite d'une arrestation qui va mal tourner, perdra connaissance à cause d'un arrêt cardiaque. Quelques instants plus tard le repo man, Rémi, se relève d'une chambre d'hôpital pour s'apercevoir qu'un coeur artificiel lui aura été transplanté !
L'ironie caustique sera qu'avec ce nouveau coeur métallisé, Rémi va soudainement se méprendre d'une prise de conscience envers son régime capitaliste extrémiste n'ayant aucune notion d'humanité à qui il va aujourd'hui lui même devoir payer sa lourde dette.
Après avoir rencontré dans sa fuite impromptue une femme androïde pourchassée elle aussi par son élite, notre nouveau duo insolite va devoir contourner les traquenards imposés par ses sbires chevronnés, lancés à leur trousse dans une traque éperdue et sans issue.

                           

Avec cette impression déroutante d'assister à un métrage peu commun, les interprètes du film seront eux aussi étonnamment réunis pour former un trio unifié anti caricatural.
Jude Law dans le rôle de Rémi est naturellement étonnant dans un personnage en demi-teinte, soudainement épris d'une conscience émotionnelle envers son travail quotidien qui consiste à éradiquer les mauvais payeurs d'organes. La seconde partie du film le rendra davantage compatissant et amoureux envers sa charmante partenaire méditerannéenne.
C'est Beth interprétée par Alice braga qui va peu à peu se laisser charmer et attendrir par la renaissance de Rémy. Une jeune femme androïde rebelle et solitaire, tourmentée, apeurée de survivre dans une société de consommation condescendante et despotiste.
L'équipier de Rémi interprété par l'excellent Forrest Whitaker est un personnage fourbe, intransigeant et ignorant jusqu'à ce qu'il délivre en fin de parcours un retournement de situation inattendu dans ses ambitions réappropriées.
  
                   

LE PARADIS DES SONGES.
Le final du film totalement imprévisible, énergique, ultra violent et sanguinolent va nous secouer les sens dans un mélange de situations inconcevables et atypiques ! On est aussi particulièrement étonné par la radicalité à mettre en scène des scènes de violence très brutales, impeccablement maitrisées dans une partition musicale qui multiplie les styles alternant rock indépendant et mélodie sensuelle.
Il y a une scène mémorable à retenir, sans doute la meilleure du film, quand notre couple se retrouve dans la centrale de l'union pour désactiver leurs implants mis en exergue à l'intérieur de leur corps. Un accouplement charnel et sanglant ou nos deux héros vont s'amuser à tripatouiller la chair de l'autre avec des ustensiles coupants. Une séquence superbement viscérale et sensorielle dans l'amour du couple désuni que n'aurait pas renié David Cronenberg.
Quand au twist final, il risque d'en déconcerter plus d'un dans sa terrifiante conclusion nihiliste héritée d'un Total Recall, où la vaste supercherie aura été de mise.

                   

UNE PROD CATHARTIQUE POUR L'EMPIRE D'HOLLYWOOD.
Repo Men n'est pas un film parfait avec sa mise en scène désordonnée et risque d'en laisser plus d'un sur les rotules dans sa narration effrontée et anticonformiste. Il reste en tous cas une série B subversive, abstraite, jamais ennuyeuse, assez prenante et agressive entre deux scènes intimistes désenchantées. Son climat insolite et sans concession le rendra d'autant plus intéressant à suivre dans son regard pessimiste alloué à notre société de consommation dénaturée et perfide.
Une découverte étonnante sortie dans l'indifférence la plus totale, sans doute aussi à cause de son caractère clinique, austère, brutal n'ayant pas froid aux yeux.

06.09.10

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